Future - Try It (PREMIERE)

FutureFormé en 2012 par le duo d'échappés Yann Canévet et Brice Delourmel - le premier de Venera 4 et Maria False, le second de Dead et de son projet solitaire Giirls - , Future rime désormais avec trio et l'adjonction de Pauline La Chaceray dans la cyclothymie névrosée de ce groupe passant concomitamment l'ensemble de ses mélodies pop dans un four à haute température shoegaze et un anguleux congélo cold-wave - soit un intense mélange et un savant numéro d'équilibriste entre murs de saturations et nappes de synthétiseurs. Ceux qui avait déjà squatté notre mixtape Anti-frenchpop (lire) à l'occasion de leur EP Stay Behind sorti en avril 2014 sur Anywave Records, dégoiseront le 25 mai prochain leur premier LP, intitulé Horizons, via le label Parisien Requiem Pour Un Twister. En attendant la release party de l'album le 4 juin à l'International (EVENT FB), le morceau Try It s'écoute ci-après, en exclusivité.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Future - Horizons (Requiem Pour Un Twister, 25 mai 2015)

01. OOO2
02. Horizons
03. Colors
04. Try it
05. Side Effects
06. Feel Like I Do
07. Prisms
08. Stay
09. Again
10. Space Hole


V.A. - Nøthing #03

Ce n'est une nouveauté pour personne, ou presque, l'Ouest s'organise. Faisant échos à celle des Bordelais d'Iceberg (lire), le collectif Nøthing, ferraillant de Rennes à Paris, dévoile aujourd'hui sa troisième compilation - après celle de juin 2013 et mai 2014 - avec au programme pas moins de vingt groupes contre six et dix les années précédentes. Une livraison solidement installée sur les piliers du collectif, de Saintes d'Anne-Sophie Le Creurer (lire) - qui a sorti il y a peu la cassette The Raven EP sur Les Disques Anonymes et qui est à l'origine de l'artwork - à Marble Arch, récemment interviewé (lire), en passant par Venera 4, Maria False, Beat Mark, ou encore FUTURE et DEAD que l'on retrouvait dans notre tape Anti-frenchpop publiée quelques mois auparavant (lire). Mais un troisième volet jouant volontairement l'ouverture avec Volage (lire) d'Howling Banana Records, les Rennais de Soft Blonde ou encore les Angevins de San Carol fraîchement intégrés, en plus d'une myriade de projets à peine emmanchés par des membres de groupes déjà affiliés - on pense notamment au Giirls de Brice Gill auteur du récent single Dance. En perpétuelle extension donc, le collectif Nøthing est un vivier de formations qu'il serait regrettable de prendre à la légère. Sous peine de rater un train.

Audio

Tracklisting

V.A. - #03 (Nøthing, 2 février 2015)

01. Soft Blonde - Lost in the Room
02. Dead Horse One - Hopper
03. Venera 4 - Velveteen
04. Marble Arch - Heartshake
05. Maria False - Shadows
06. Beat Mark - I Wonder Why
07. Cavale Blanche - Deer Funeral
08. Mara - Night
09. Des Roses - Old Mistake
10. Seahorse Hunter - L'Hippocampe
11. The Name of the Band - Starider
12. Shadow Motel - What for a Dissolute Spell
13. Giirls - Dance
14. Still Charon - Stuff That I Like
15. Volage - Loner
16. Saintes - Trust
17. FUTURE - Side Effects
18. Hermetic Delight - The Gravedigger's Song (Mark Lanegan Cover)
19. San Carol - Le Graal Ardent
20. DEAD - Side Effects (FUTURE Remix)


2014, le rap US en trente incontournables

migosEn 2014, le rap US a poursuivi sa grande mutation entamée il y a quelques années pour devenir ce marché déjà complètement plongé dans son futur. S’éloignant de plus en plus des canons des « albums » traditionnels, aligné sur les modes de consommation de ses auditeurs, le voilà qui s’engouffre dans un monde semi-ouvert où règnent en maîtres singles et autres mixtapes lâchés par kilos, où la survie va dépendre de sa propre capacité à suivre la cadence. Car de la matière, il y en a : un compte Audiomack et Soundcloud, un tour quotidien sur Datpiff et Livemixtapes, vous voilà noyés chaque semaine sous des dizaines de sorties en tous genres. Autant dire qu’opérer un tri savant entre bombe inattendue et énième morceau radio-calibré sans surprise devient un véritable sport de combat. Pour vous, j’ai sélectionné les 30 morceaux qui ont dépassé tous les autres de la tête et des épaules, classés selon aucun ordre particulier. Beaucoup d’Atlanta, la Mecque, l’avant-garde, mais aussi des nouveaux venus, des vieux renards, des stars ou des comètes. Au global, pas mal d’allumés, surtout. Le rap outre-Atlantique a rarement été aussi exaltant qu’aujourd’hui, la mixtape à télécharger ci-après d'une dizaine de morceaux et ce top 30 en sont l’illustration.

Mixtape

01. Lil Boosie - I'm Coming Home
02. OG Maco - Seizure
03. Rich Gang - Flava
04. Shy Glizzy - Handcuffs
05. Rome Fortune - Why
06. Starlito - My Story, History
07. King Louie - Live & Die In Chicago
08. Future - Covered N Money
09. Kevin Gates - Perfect Imperfections
10. Lil B - Be Brave Welcome Home

Top 30

1. OG Maco feat. JerZ - Seizure (Prod : Lex Luger)

C'est peu de dire que le nom d'OG Maco était sur toutes les lèvres en 2014. Porté par un Quality Control qui s'impose aujourd'hui comme la véritable relève d'ATL, Maco se voit propulsé par la hype sur Vine entourant U Guessed It et sa prod ultra minimaliste sur fond d’explosion canalisée. Sur Seizure, l'ambiance est à un rap maximaliste du fond de la cave mais qui retrouve cette envie de mordre tout ce qui bouge, propre au flow singulier de son géniteur, à la limite de la crise d'asthme. Une véritable claque sur une production dangereuse signée par l'incontournable Lex Luger.

https://www.youtube.com/watch?v=HcHmuNMkFsE

2. Future - Blood, Sweat, Tears (Prod : Boi-1da)

Honest aura été attendu, trop attendu. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, il aura aussi été mal écouté, trop mal écouté. Mésestimé en cette fin d'année, il reste pourtant l'un des albums les plus solides du rap US de 2014. Future a grandi depuis Pluto, le voilà face à un tournant décisif pour sa carrière. Une performance commerciale décevante plus tard, Honest est pourtant une confirmation esthétique : plus mature, plus accrocheur et cohérent, il est porté par quelques véritables morceaux de bravoure pop-rap uniques, dont ce Blood, Sweat, Tears plus cheesy, percutant et touchant que n'importe quel refrain passé du rappeur d'ATL. Sur une production ambitieuse et un poil cliché de Boi-1da, Future se prouve à lui-même et aux autres que rien n'a remplacé le travail acharné pour passer du rôle de space cadet à celui de star en devenir. Mais le chemin est encore long.

https://www.youtube.com/watch?v=ylbLjXwFVuU

3. Migos - Take Her (Prod : Phenom Da Don & Dee Money)

L'autre sensation de 2014, c'est l'inarrêtable ascension du trio Migos. Porte-étendards du rap à onomatopées qui fait mouche, surfant sur le tsunami Versace de l'année passée, Offset, Quavo et Takeoff ont pris leur envol en 2014 : 4 tapes dont la récente Rich Nigga Timeline, quintessence du rap sudiste porté par une palanquée de producteurs au sommet de leur art (le Zaytoven nouvelle saveur, TM88, Swift, Cheeze Beats...), beats dépouillés, presque décharnés, mais vivants au possible. Sur Take Her, paradoxalement le morceau le plus réussi de la tape, Migos délaisse les cris primaires, s'autotune légèrement et nous emporte sur la prod groovy de Dee Money & Phenom Da Don pour une session rapprochement des corps plus que convaincante.

https://www.youtube.com/watch?v=caFd87_Yh7Y

4. King Louie - Live & Die In Chicago (Prod : Smylez)

Dans la catégorie « arlésiennes du rap », le premier véritable LP de King Louie commence à rejoindre le haut du classement. A peu de choses près, sa mixtape Tony aurait pu être cet album tant attendu. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait du rappeur de Chicago l'une des véritables valeurs sûres du rap ces dernières années : ambiance pesante, voix profonde et hommage à sa ville, Louie a fait de ce Live & Die In Chicago un véritable hymne à l'une des métropoles les plus dangereuses du pays, tour à tour admirée et crainte. Si sa trajectoire est aujourd'hui au moins autant étrange que captivante (un feat sur Yeezus mais pas encore de véritable existence en major), loin de la hype drill d'il y a deux ans, King Louie est resté là, les dreads solides, pour se faire une place privilégiée dans le paysage US.

https://www.youtube.com/watch?v=HDxYRTKNmw0

5. Lil Boosie - I’m Coming Home (Prod : Lil Boosie)

En 2010, on pensait Lil Boosie condamné pour le rap : accusé du meurtre de Terry Boyd, le voilà pourtant qui sort Incarcerated, son quatrième solo et son meilleur disque à ce jour. Mais en près de quinze ans de carrière, le rappeur de Baton Rouge a déjà démontré à maintes reprises sa capacité à revenir de loin pour marquer les esprits. Innocenté puis libéré au printemps dernier, le voilà de retour avec Life After Deathrow, sorti fin octobre. Boosie et son flow nasillard plus tranchants que jamais nous rappellent que rien n'est jamais terminé. Sur I'm Coming Home, Boosie règle ses comptes et embraye sur 2015, regonflé comme jamais.

https://www.youtube.com/watch?v=CLljATzo5aI

6. Cozz - Dreams (Prod : Meez)

Signé sur Dreamville, label de J. Cole, Cozz n'était pas à proprement parler l'un des noms les plus attendus de l'année écoulée. Mais son premier solo, Cozz & Effect, aura suffi à convaincre les plus réticents. A tout juste 21 ans, le rappeur originaire de South Central, L.A., déploie une formule simple, sans fioriture : des prod dures, un flow agressif et une hargne trop rare pour un rap aussi simple et direct qu'efficace. A l'image de ce Dreams qui ouvre l'album, sur ces notes de piano langoureuses et inquiétantes.

https://www.youtube.com/watch?v=i8Dg6qj8L3M

7. Rome Fortune - Why (Prod : Pat Lukens)

Sorti de la cuisse du DIY ATLantiste après des années de tapes balancées plus ou moins anonymement, Rome Fortune voit en 2014 sa hype atteindre le niveau max. Début 2013, Beautiful Pimp avait mis du temps à sortir du lot mais présentait déjà un Rome Fortune concentré sur une autre forme de son du Sud, différent de ses comparses à succès mais partageant des potes avec eux (Childish Gambino en premier lieu). Small VVorld repousse encore les limites d'un Rome Fortune plus que jamais à la limite de l'arty, mais qui le fait bien : du claustrophobique 4 Seasons au surf sous la pleine lune sur un Why captivant, mis en musique par Pat Lukens, tout est déjà bien maîtrisé et mature. Comme le dit Fortune lui-même : « I chose the composition of this project the way I did because the degrees of separation between each of the individuals I worked with was so small but the elements that they all brought sonically varied in such a huge way ».Le rappeur que tes potes blanchots ont écouté toute l'année, sans trop se gourer cette fois. Atlanta l'éternelle.

8. Ghostface Killah, Elzhi & BadBadNotGood - Gunshowers (Prod : BBNG)

Pour Ghostface et la clique du Wu, 2014 s'est avéré aussi compliqué à gérer que 2013 : un album collectif que l'on aimerait oublier, une série d'apparitions gênantes sur les plateaux télé aux US, un 36 Seasons tellement classique et sans surprises qu'on le croirait sorti de l'académie du rap 90's... Heureusement qu'il y a eu ça, Gunshowers, en collaboration avec les jeunes jazzmen de BBNG et le rappeur de Slum Village Elzhi. Soit l'un des meilleurs moments estampillés GFK entendus depuis un long moment : de la hargne, de la subtilité dans la composition sur cette petite guitare glissante et beaucoup d'efficacité. Pas d'innovation mais le perfectionnisme d'une formule que l'on sait plus que jamais efficace. On attend Sour Soul de pied ferme.

https://www.youtube.com/watch?v=H-qmZ_J7WGc

9. Migos feat. Young Thug, Rich Homie Quan & Jermaine Dupri - New Atlanta (Prod : Murda)

Atlanta est partout, me direz-vous. Je n'y suis pour rien si la métropole géorgienne reste aujourd'hui encore l'épicentre de tout ce qui se fait de plus excitant et prometteur au sein du rap US. Surtout quand les stars du coin, Migos, Young Thug, Rich Homie Quan et Jeremiah se mettent ensemble pour sortir l'hymne définitif à la nouvelle génération d'ATL, hommage assumé à un morceau de Jermaine Dupri sorti début 2000's. Les années passent mais les valeurs sûres demeurent. On n'a jamais été aussi content d'écouter ce rap-là en 2014.

https://www.youtube.com/watch?v=1yZd33mPRoE

10. Rich Homie Quan, Young Thug & Birdman - Flava (Prod : Dun Deal & London On Da Track)

Sur leur projet commun, Rich Homie Quan, Young Thug et Birdman ont prouvé à tous à quel point le concept de supergroupe pouvait encore avoir du sens. Publiée à l'origine pour soutenir une série de concerts dans le courant de l'année écoulée, leur mixtape Rich Gang - Tha Tour Part 1 s'est tout de même payé le luxe de finir 2014 dans tous les tops existants, bien au-delà du petit univers rap. C'est peu de dire que le trio aura réussi son coup en combinant trois artistes aux capacités et talents tout à fait complémentaires. La preuve une nouvelle fois sur Flava et Tell 'Em, deux grands moments de la tape que l'on doit à l'évident talent de London On Da Track, l'un des énièmes talentueux producteurs du coin. Entre refrain hommage à Flavor Flav, flows tout-terrain sur sol en marbre et délicatesses rnb pleines de stupre, le trio prouve s'il était nécessaire qu'en 2014, Atlanta a dominé les débats de la tête et des épaules.

https://www.youtube.com/watch?v=69WltTXlmHs
https://www.youtube.com/watch?v=GkbohVXgxx8

11. Lil Herb - 4 minutes Of Hell Part. 3 (Prod : Luca Vialli)

Changement d'ambiance : Chicago, 2014. Après son featuring avec Nicki Minaj sur le bien nommé Chiraq et un feat. sur le Nobody's Smilling de Common, Lil Herb se voit propulsé sur le devant de la scène rap nationale. Au début d'année, il avait déjà frappé fort avec sa première mixtape solo Welcome To Fazoland que tous les fans de rap ultra-durs ont écoulé en boucle cette année. Une souffrance palpable sur 4 Minutes Of Hell Part. 3 qui se répand sur le reste de la tape : la voix rauque et l'agressivité manifeste de Herb, les voix mystiques de la prod de Luca Vialli, tout concorde pour créer une ambiance aussi oppressante que possible. Chicago cuvée 2014 en 4 minutes 40.

https://www.youtube.com/watch?v=MHQ4y-ppSZ0

12 G-Side - Dead Fresh (Prod : The Block Beattaz & Stack Trace)

Des Gs de l'espace au volant de leur bagnole, hustle stellaire et rap cosmique aux accents 90's, le duo originaire de Huntsville, Alabama, a fait les choses bien pour son retour aux affaires après dix-huit mois de hiatus. Sur Dead Fresh, épaulés par le trop rare Kristmas, Huntsville aussi, et Grilly, le duo pose les bases de sa formule en décalage complet avec l'époque. Revenus d'une errance dans les étoiles, ils en ont ramené de la poussière de groove d'une autre galaxie. Tant pis pour les charts, tant mieux pour nous : Gs II Godz est un voyage ailleurs, sur fond de synthé vintage, à la découverte d'un rap entre les dimensions, aussi singulier que percutant.

http://www.youtube.com/watch?v=4fNR6YXE6L0

13 Rick Ross feat. Kanye West & Big Sean - Sanctified (Prod : Kanye West, Mike Dean & DJ Mustard)

Après une promo en grande pompe, la transformation de Rick Ross en Barry White remixé sur Mastermind n'aura pas tout à fait convaincu. Mais Rozay n'a jamais vraiment su faire d'albums réussis de bout en bout, rien ne change. Il est par contre capable de fulgurances, à l'image de ce Sanctified sur une très prod très « Kanye à l'ancienne » mais diablement efficace. Le lien entre la soul la plus torturée et le rap de brigand de 2014 a rarement été aussi bien fait récemment. Kanye et Big Sean complètent le tableau. Le sample de Betty Wright, choix du roi, file des frissons et place les compères sur une rampe de lancement à destination d'un paradis rempli de blé et de nanas pas trop farouches.

http://vimeo.com/88754057

14. Future - Covered N Money (Prod : Sonny Digital)

Enième single d'un album qui n'aura jamais vraiment trouvé son rythme, Covered N Money est l'une des belles réussites de Honest : une prod dangereuse signée Sonny Digital dévoile un Future intouchable, à bout de souffle mais en pleine maîtrise. Un déséquilibre permanent qui dévoile combien l'ATLien est seul dans son univers parfois mal compris et mal écouté. Les sourds s'en mordront les doigts, Future est loin.

https://www.youtube.com/watch?v=8qj2rrxrC4I

15. Starlito feat. Too Tone & Petty - My Story, History (Prod : Trakksounds & Albie Dickson)

Mental Warfare en 2012, Cold Turkey / Fried Turkey en 2013, Black Sheep Don't Grin en 2014, une volée de tapes entre tout ça : Lito poursuit son ascension vers les sommets d'un rap géré presque tout seul mais qui commence à former de jolies grosses vagues bien régulières. Le trentenaire de Nashville trace sa route sur ses morceaux où il marmonne presque, la voix traînante et accrochée sur tous les beats. Sans véritables moments de bravoure, Black Sheep... s'écoute d'une traite ; nouvelle livraison solide et cohérente où le rappeur s'enfonce à dessein dans le côté obscur de sa musique, plus downtempo et grave que jamais, très ambient dans l'esprit, par endroits. Lito ne triche pas, renoi sensible.

https://www.youtube.com/watch?v=-p_RQ0tZ6WI

16. Kevin Gates - Perfect Imperfections (Prod : Red On Da Track & Touchdown)

Si Lito est l'ombre, Kevin Gates est la lumière. Bien brillante et bien dingue. La comète Gates se rapproche de la Terre et commence à en changer très subtilement l'axe de rotation. Sur le même trend que son pote de Nashville, le rappeur de Baton Rouge débarque le même jour, le 15 décembre, avec un Luca Brasi 2 plus dense que jamais. Un second volet qui éclipse même la première mouture qui aura bien squatté nos platines début 2013. Blindé de bombes en puissance, à l'image de ce Perfect Imperfections qui résume à merveille tout le talent de Gates : il passe du réel à l'irréel, du chant vocodé au rap le plus dur, avec une aisance folle. La densité des productions et l'inventivité du rappeur font de ce Luca Brasi 2 l'un des grands moments de 2014. On n'en attendait pas moins.

https://www.youtube.com/watch?v=QWZpbrU1h9A

17. Tree feat. Lennon Of Project Mayhem - Grace (Prod : Tree)

Baptisée « soul trap » par son géniteur, la musique de Tree n'a pas vraiment d'équivalent aujourd'hui. Puisant à la fois dans l'héritage soul de sa ville natale, Chicago, et dans les influences trap incontournables depuis la fin des années 2000, Tree est un mystère mais se fait petit à petit sa place dans le panorama des figures singulières d'un rap en renouvellement permanent. Après la très réussie Sunday School II, Tree balance début 2014 un nouvel EP gratuit bien fumé comme on l'aime : la voix rauque et dure de Tree qui se balade sur des samples soul pitchés à fond ou des prods parfois à la limite du rap expé early 2000's, Grace rassemble tout ça et plus encore, dans une tentative de trait d'union en forme de Frankenstein étrange par moments. En 2014, personne n’a sonné comme Tree, c'est une certitude.

https://www.youtube.com/watch?v=mx5H4V_k7-o

18. Gucci Mane - Swole Pocket Shawty (Prod : Da Honorable C.N.O.T.E.)

La vie de Gucci Mane semble être la même que la nôtre : les choses, à la fois changent et ne changent pas. Sauf que pour Guwop, sa vie c'est de nouveau la prison jusqu'à fin 2016 pour port d’arme illégal et qu'il sort tout de même 15 mixtapes par an, au bas mot. Sur Trap God 3, Gucci Mane s'en va explorer d'autres recoins de sa personnalité que les milliers de morceaux déjà sortis depuis ses débuts n'ont jamais vraiment effleuré. Plus mature et sérieux que par le passé, le voilà qui se met à crooner comme jamais sur une prod de belle facture trap estampillée C .N.O.T.E. Depuis une poignée d'année, Gucci Mane est au sommet de son étrange carrière, fidèle à ce qu'il a toujours été : intouchable, à la fois en avance et en retard sur son temps, mais toujours dans sa cuisine perso.

https://www.youtube.com/watch?v=-BCb7a3S9Xw

19. Shy Glizzy - Handcuffs (Prod : KE On The Track)

Depuis l'avènement de Wale au tournant des années 2010, le rap de Washington D.C. a enfin rejoint la carte des scènes locales à l'échelon nationale, bien boosté par le talent et les budgets du MMG de Rick Ross. Dans son sillage, Fat Trel et surtout le jeune Shy Glizzy se voient aujourd'hui propulsées porte-paroles d'un rap qui sort peu à peu de son enclave. Fort d'une série de tapes de bonne qualité, Shy Glizzy, tout juste 22 piges, revient à l'automne dernier avec Law 3 pour clore une année 2014 en forme d'envol pour lui. Sur Handcuffs, il s'allie avec le trop peu cité KE On The Track pour un morceau pop-rap addictif agité par le semi-flow semi-chant d'un Glizzy sur une corde raide. Porté par le succès de son single Awwsome, 2015 semble s'annoncer comme une année décisive pour lui.

https://www.youtube.com/watch?v=4-k9aUjhaCE

20. Ty Dolla Sign & BJ The Chicago Kid feat. Juicy J & Rich Homie Quan - Dead Presidents (Prod : Metro Boomin)

De la clique angelino Pusha$ Ink, on a beaucoup entendu parler de YG cette année, surtout en-dehors des cercles rap traditionnels. Mais Ty Dolla Sign n'a pas chômé, de son côté. Après avoir gravi les charts avec les singlesParanoid et Or Nah fin 2013 et début 2014, le rappeur/chanteur/producteur embraye fin août avec la sortie de Sign Language. Une nouvelle livraison cohérente et solide où Ty explore le volet le plus r'n'bisant et sombre de sa musique, bien assisté par un Metro Boomin tout à ce qu'il fait. La preuve sur l'excellent Dead Presidents où Ty convoque Juicy J et Rich Homie Quan, décidément partout, pour l'un des grands moments de la tape. Alors que l'on attend plus que jamais son premier véritable album Free TC, repoussé une nouvelle fois, Ty Dolla Sign semble plus que jamais en bonne voie de rejoindre ses potes YG et DJ Mustard dans le petit cercle des nouvelles têtes qui comptent à L.A.

https://www.youtube.com/watch?v=tMoNfMPSZN0

21. Drake - 6 God (Prod : Boy-1da & Sky Sense)

Drake est partout : dans tes remixes, tes freestyles, sur la tournée Tha Carter V, sur tes plateaux télé, dans tes Tumblr ou dans ton slip. Mais Drake prend son temps pour bosser ses disques et ne multiplie pas les sorties sans raison. 2014, année de transition, où le Canadien a prêté son nom a beaucoup d'artistes, sans vraiment prendre la peine de porter lui-même un nouveau projet. Si ce n'est la pléthore de morceaux gratuits leakés ici et là, à l'image de l'excellent 6 God, sorti pour son anniversaire après avoir vu le morceau déjà leaké par des hackers quelques temps auparavant. Trois minutes dans l'urgence de ces pseudo-cuivres sur lesquels Drake s'amuse à annoncer ce qui ne peut qu'arriver : écraser la concurrence, avec le sourire.

https://www.youtube.com/watch?v=LYttd7wd1cg

22. Vince Staples - Blue Suede (Prod : Hagler)

Presque qu'inconnu pour beaucoup hier, l'arrivée chez Def Jam du jeune Vince Staples lui aura permis de franchir plusieurs étapes d'un coup. Son Hell Can Wait dans tous les esprits en cette fin d'année, le voilà parmi la petite liste des rappeurs qui vont sûrement marquer 2015. Un disque porté notamment par l'addictif Blue Suede signé Hagler, le pote de Drake. Un synthé tordu et angoissant, une ambiance froide et glaciale typique des G's les plus durs de la Côte Ouest, entre hommage aux Crips et basses surgonflées. Staples les aime ses putains de Jordan bleues.

https://www.youtube.com/watch?v=NJLfCBBcZAo

23. Young Scooter - What Happened To Me (Prod : Metro Boomin)

Elu mec le plus étrange d'Atlanta, Young Scooter semble dériver un peu à côté de ses potes du Freebandz. Sans faire de vagues, son style chanté bizarre fait école et le voilà qui s'invite à la table des gentils freaks du rap sudiste. Sorti le premier jour de 2014, le très attendu Street Lottery 2 n'aura pas fait mentir les fans. Bien qu'un peu bâclée techniquement (la qualité de certains morceaux...), la tape propose un Young Scooter pur jus, trap comme jamais sur un What Happened To Me de haute volée. En dilettante, son chant semi-rappé marque la rue, sans aucun doute. Street Lottery 3 est imminent ; Jugghou$e, on espère, pas disparu dans les limbes.

https://www.youtube.com/watch?v=KhlTBGW_z7w

24. ASAP Ferg - Fergsomnia (Prod : Very Rare & DRAM)

Où est passée l'ASAP Mob ? Disparue des radars, après nous avoir promis de grands bouleversements. Pas totalement crédules, le funeste destin musical d'ASAP Rocky, devenu l'ombre de lui-même, nous avait laissé entrevoir un avenir plutôt sombre pour le crew new-yorkais. Mais ASAP Ferg semble avoir réussi à sortir de la masse pour se faire un nom à lui seul. Après un Trap Lord salué en 2013, Ferg revenait fin novembre avec sa nouvelle tape Ferg Forever. Plus sombre et plus secoué que son comparse Rocky, Ferg dévoile sur Fergsomnia quelque chose de plus inquiétant et captivant encore. Un flow d'insomniaque sur un beat de parano total signé Very Rare & DRAM.

https://www.youtube.com/watch?v=aZ_ZD9K6bBg

25. YG feat. Jeezy & Rich Homie Quan - My Nigga (Prod : DJ Mustard & Adam)

En 2014, il y a eu YG et les autres. Sa relecture moderne de l'héritage G-funk de Compton a marqué les esprits, plus fortement encore que ce qu'on aurait pu attendre. Et ce même si My Krazy Life avait été porté en septembre 2013 par un single, un vrai tube presque hyphy, My Nigga, signé DJ Mustard et Adam. La fusée rap, l'hommage aux potos, des guns, la folie, tout y est. S'il ne vient rien révolutionner, YG propose l'un des albums les plus solides et cohérents de 2014, bien installé en haut des charts et des tops. Mais il faudra aller plus loin pour marquer le rap en profondeur, désormais.

https://www.youtube.com/watch?v=MSrTnWDTdwI

26. Lil B - Be Brave Welcome Home (Prod : Lil B)

Qui n'a jamais été convaincu par Lil B n'a jamais suffisamment écouté Lil B. Depuis que son nom est devenu synonyme de religion païenne, Lil B semble s'être détaché des contingences rap habituelles pour faire son truc et planer si haut que personne ne pourra plus jamais le ramener sur la terre ferme. Le voilà déjà aux portes de son Basedworld Paradise, en train de prier le Based God de toutes ses forces. Sur la tape sortie en 2014, Lil B dévoile l'un des projets les plus consistants de sa longue discographie fourre-tout. Mélange d'inspirations soul, de cordes majestueuses et de grandes leçons de vies freestylées comme à son habitude, Lil B n'a jamais été aussi serein et sûr de lui que par le passé, jusqu'à déclamer son amour pour tous, ami ou ennemi, en pleine recherche d'une sagesse infinie et d'une paix intérieure. Son cœur nous est ouvert, rejoignons-le.

https://www.youtube.com/watch?v=ejR7RaKp9_I

27. Chief Keef - Faneto (Prod : Chief Keef)

2014 s'est révélée être une année bizarre pour Chief Keef. Après avoir été adoubé par l'ensemble des médias et de l'industrie musicale comme la nouvelle perle d'un rap US sombre et violent en 2012, Keef est resté celui qu'il a toujours été : un mec du quotidien, hors des codes d'un business musical qui attendait de lui une conduite particulière. Annoncée en juin chez Interscope, sa tape Bang 3 est repoussée une première fois en octobre puis de nouveau début décembre. Une embrouille avec la maison de disques plus tard, cette dernière débarque un Keef qui n'en a rien à foutre : le voilà derrière le micro et, pour la première fois, aux manettes sur les trois-quarts de Back From The Dead Vol, 2, sa nouvelle mixtape. Dans son style caractéristique, complètement offbeat et totalement instinctif, Keef flotte au milieu des prods, virevolte sans jamais se poser là où on l'attendrait. Une patte musicale si étrange qu'on la penserait complètement flinguée s'il ne s'agissait du style inimitable de l'un des rappeurs les plus marquants des dix dernières années. Le temps de Finally Rich semble révolu : Keef se met à exposer en galerie d'art et a décidé de faire le rap le plus barré qui soit, grand bien lui fasse.

https://www.youtube.com/watch?v=cgw7Yv8je-k

28. Nicki Minaj - Want Some More (Prod : Zaytoven, Metro Boomin, Hitmaka et Nicki Minaj)

Oui, une seule femme dans cette sélection. A l'heure où l'on féminise beaucoup les choses pour le rétablissement d'un équilibre salutaire dans la société, c'est presque une provocation sans le vouloir (*insérez ici un débat que je n'ai pas envie d'avoir*). Mais lorsque la femme en question vaut presque tous ses collègues masculins réunis, l'égalitarisme, on se le fout au cul. Nicki Minaj n'est pas une femme, c'est un phénomène : les fringues, le style et la classe, à la fois creepy et percutante, flow caméléon, grosses couilles assumées et troublante de sincérité. La meilleure rappeuse de l'histoire (désolé Roxane, Missy) revenait en 2014 avec un album de plus d'une heure plus rap que jamais. Surfant sur le succès du très « Sir-Mix-A-Lot » Anaconda, The Pinkprint vient clore une année dense pour Nicki, dans les charts, à la télé, dans les magazines people, partout. Want Some More, bien sûr, toujours, quand tu veux, Nicki.

https://www.youtube.com/watch?v=NYsUtWfVCk0

29. E-40 feat. Lil Boosie - Money Sack (Prod : Mike Free & BAM)

E-40 sera toujours E-40 : le daron du rap de la Bay Area est plus vivant que jamais, vingt ans après ses début. Suite à la série The Block Brochure entamée en 2012, E-40 lâche début décembre le pavé Sharp On All 4 Corners, un double album + deluxe edition bien dense qui renvoie les gamins de la Bay à leurs fondamentaux. Sur Money Sack, accompagné de Lil Boosie, E-40 montre à quel point il sait plus que jamais surfer avec talent sur un beat minimaliste et groovy à souhait, signé Mike Free et BAM. La recherche du billet vert, une quête interminable.

https://www.youtube.com/watch?v=oQ1_7gOIUOM

30. IamSu ! - I Love My Squad (Prod : Iamsu! Of The Invasion)

Du côté de la Bay, tout le monde le sait désormais : le présent et l'avenir appartiennent au Heart Break Gang. Paradoxalement, l'année fut compliquée pour IamSu !, tête de proue du crew originaire de Richmond. Son LP Sincerely Yours, pêchant par trop de compromis entre différents styles, s'est surtout vu dépasser par celui de son comparse Sage The Gemini. La série Kilt ou sa tape avec Problem en attestent pourtant : IamSu ! est capable de très belles réussites, à l'image de ce I Love My Squad et son refrain tout en réverb, calqué sur les codes de la hyphy qu'il maîtrise comme personne, sur fond d'ambiance occulte inquiétante.

https://www.youtube.com/watch?v=yGl0rS-ZcV4


Edito & Mixtape : Hexagonie - ANTI-frenchpop

antiDire qu'il se passe quelque chose à Paris et balancer à la figure de son interlocuteur la réouverture du Showcase, c'est un peu comme dire qu'en France une nouvelle scène n'en peut plus d'émerger, prête au raz-de-marée discographique, en citant pêle-mêle et sans les mentionner ici tous ces groupes sortis de l'ornière souterraine qu'à la force de maisons de disques sur les jantes et de producteurs d'événements avides de salles combles. Alors oui, il y a un regain de business dans la musique pop française, avec un nouveau modèle qui émerge : le repérage, la mise à l'épreuve, puis le coup de massue médiatique. Bon. Avec internet, une curiosité bien placée amène toujours au-delà de cette piètre mascarade et c'est donc presque naturellement que les magazines papiers sont encore les meilleurs soldats de ce regain de cocorico - comme si le made in France était musicalement et commercialement un avantage. Cela peut paraître con à dire, mais l'existence d'une scène dans une ville ou une région, ou d'un mouvement musical fait sur des accointances spontanées, n'a rien à voir avec les frontières et encore moins avec la langue. Des groupes français se retrouvent sur des labels américains, allemands, britanniques. L'inverse n'est pas moins vrai. L'émulation créative ne se regarde jamais a posteriori, sauf dans les musées. Alors quoi ? Il ne se passe rien ? Non, justement, mais faire des compilations bleu blanc rouge ne rime à rien s'il s'agit de plaquer un étendard préfabriqué à la face des auditeurs, imaginé par des quadra nostalgiques des années Daho et composé de gringalets pillant éhontément ce répertoire que leur jeunesse leur interdit de sanctuariser. Dans un mouvement inverse, l'idée de cette anti-compilation est née d'une demande faite à la rédaction par le site Goûte Mes Disques, sachant que ses germes étaient pré-existants. La trame : rassembler groupes hexagonaux et labels indépendants de par le globe, amis et profondément exigeants sans se confondre en babillages, sinon en remerciements pour leur spontanéité à répondre par l'affirmative à ce projet. Faire des choix fut presque aussi compliqué que de s'arrêter à vingt. Alors on en a mis vingt-et-un : sur Goûte Mes Disques dans un sens, ci-après dans l'autre, sur Goûte Mes Disques en téléchargement titre par titre, ci-après d'un seul tenant.

Tracklisting

01. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)

Si la France - et l’axe Paris/Bordeaux en particulier - est un étonnant réservoir de formations garage entremêlant crânement stridences punk et sonorités synth, ce n’est pas peu dire qu’il faut séparer le bon grain de l’ivraie. Et La Secte du Futur se pose là, forte d’un second album foutrement bon sorti le 24 janvier 2014 via Eigtheen Records et intitulé Greetings From Youth. Coalition de membres issus des Catholic Spray, de J.C. Satàn, de Black Bug ou encore Skategang, ledit album, mixé par Maxime Smadja et dressant un pont entre noise, punk et surf music, se dévoile à l'aune de Fall Prism, véritable claque pleine de cambouis.

02. Anna - Badman (Howlin Banana Records)

Side-project d'un membre de Volage, formation garage-noise de Tours, Anna est l'occasion pour ce dernier de dégoiser de très belles compositions psych-folk à l'évidence rare et gravées sur bandes magnétiques en février 2014 via le toujours très actif label parisien Howlin Banana Records.

03. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mécanique)

Encore un groupe Rennais, le quatuor Maria False donne à la fois dans le shoegaze et le psyché depuis 2012, avec notamment le Lp Artefact au compteur. Le remix de Death, morceau extrait du maxi Spots and Lines in a Frame sorti en juin 2013 via Le Turc Mécanique, est signé Montebourg - projet kraut sentant bon la désindustrialisation.

04. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)

Il aura suffit d’un peu plus d’une année à Anne-Sophie Le Creurer pour maturer son projet Saintes et le transposer parallèlement de son imagination à la bande magnétique et de sa chambre d’étudiante à la scène. Savant fourre-tout DIY entremêlant guitares, samples et boîte à rythmes sur l’autel d’une pop lo-fi émotive et brinquebalante, Saintes – devenu trio avec l’addition de Floriane Kaeser au clavier et Charlie Xiorcal à la batterie –, a livré le 11 septembre 2013 son premier album Horizontal/Vertical via Crash Symbols, partiellement dévoilé à l’occasion d’une compilation du collectif Nøthing – nébuleuse dont fait partie le groupe en compagnie de Maria False, Venera 4, DEAD, Future, Dead Horse One et The Name of the Band. L’abrasive Where Were the Boys?, où la voix d’Anne-Sophie joue au chat et à la souris avec celle de Kim Gordon, dans une vidéo à découvrir ci-après.

05. Future - In Your Eyes (Anywave)

Quand on s'enquiert du passé, notamment dans un pays qui s'est violemment épris de Trisomie 21, Front 242 ou Kas Product, autant le faire avec doigté, le regard vers l'ailleurs, l'Angleterre et pourquoi pas le shoegaze. Et autant se baptiser Future. À la fois âcre et fascinante, mélange d'historicité et de prémonitions, la musique de ce duo rennais trouve avec l'EP Stay Behind sorti en avril 2014 sur Anywave - label du stakhanoviste Aurélien Delamour, instigateur d'Avgvst - le parfait écrin entre assertions gothiques, justesse mélodique et visée électronique - deux remix d'Harshlove et GS01-h Container étirant l'affaire.

06. Dead - Loser (KdB Records)

Les rennais de Dead ont bâti leur univers autour de boîtes à rythmes acides et dansantes, en plus d'une voix froide et distante. Associés à des guitares oscillant entre déluge de larsens et répétitions de riffs, Dead fait la jointure entre les textures de Jesus and Mary Chains et la puissance d'A Place To Bury Strangers. Leur EP Verses paru en avril dernier via KdB Records en vinyle confirme ce que l'on savait déjà, à savoir que l'on peut compter sur eux.

07. Israel Regardie - Holocaust

Pour dénommer un morceau Holocaust en jouant sous le patronyme d'Israel Regardie, il faut avoir soit de l'insouciance à revendre, soit un talent brut de décoffrage. Les Lyonnais, auteurs d'un EP autoproduit Tu n'es personne en septembre 2013, tracent une ligne médiane entre coldwave et shoegaze, forts de cet habile équilibre.

08. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)

Loin d’incarner la musicalité bariolée que connote son blase, le Réveil des Tropiques s’avère être un sulfureux cocktail puisque des membres de Farewell Poetry, One Second Riot, Casse Gueule, Testa Rossa, Ulan Bator, Looking for John et Trésors le composent. Si le quintette parisien, auteur d’un double LP éponyme via Music Fear Satan en novembre 2012, s’attelle à un genre plus qu’éculé – et où finalement les quelques maîtres règnent en seigneur (cf le nom du label) – il n’y trouve pas moins sa place, distendant, de par ses horizons aux sinusoïdes infinies, une galaxie post-rock claquemurée. Un nouveau double LP vient de paraître en avril 2014, Hallucinations Scéniques, enregistré lors de son éprouvante tournée française.

09. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)

Attention, génies. Si certains se paluchent encore à raison sur les astres du label canadien Constellation - quoi que dès fois l'on s'endort défroqué - l'hexagone compte parmi ses ouailles l'une des plus atmosphériques et poétiques saillies post-rock jamais entendues de ce côté-ci de l'Atlantique et de ce côté-là de la Manche. Oiseaux Tempête, formation emmenée par Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul - par ailleurs membres de FareWell Poetry et du Réveil des Tropiques - ouvre avec son album éponyme paru en novembre 2013 sur Sub Rosa une brèche béante dans le cloisonnement quotidien, laissant avec subtilité l'esprit s'évader loin des affres d'un monde qui se meurt : le vol mélancolique de l'aigle, repu de sa puissance d'antan. L'album de remixes, nommé Re-Works et sorti le 28 avril dernier via Sub Rosa et Balades Sonores, est un modèle du genre, étoilé de relectures de Saaad, Dag Rosenqvist (aka Jasper TX) ou encore de Justin Small, membre de... Do May Say Think.

10. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)

Alice Dourlen, aussi discrète que magnétique, possède un rare charisme scénique, les odes brumeuses et méandreuses de la Normande s’intimant jusqu’au plus profond de l’assistance, laissant chacun tituber d’un trop-plein d’émotions. En parfaite résonance, le LP Folie Sacrée – paru le 30 septembre 2013 sur l’inestimable maison d’édition bruxelloise Shelter Press – s’égraine tel un bréviaire imageant une nébuleuse balade emprunte de mysticisme, à mi-chemin entre les halos vaporeux de Grouper et l’obscurantisme acrimonieux de Chelsea Wolfe. On flotte benoîtement dans des paysages sonores nimbés de guitares et de claviers, merveilleusement hanté par le fantôme d’une Nico désincarnée.

11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)

Celui dont on avait observé les prémisses de la mue stylistique en 2012 avec son LP Sourire - co-réalisé par Bookmaker Records et Blwbck - a sorti le 28 novembre 2013 Achievement March, à la fois plus abouti et définitivement libéré du post-rock d’alors, aussi aride que cathartique. Julien Magot, sous le patronyme d’Appalache évoquant l’immensité étasunienne, se libère littéralement de toute contrainte afin d’apposer son chant sincère et pénétrant dans un entrelacs de guitares lo-fi, résonnant tel le double trituré d’une sensibilité poignante. Acquire Peace en révèle l'essence.

12. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seem (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)

Certains s’entichent d’un coquillage pour ouïr le lent ressac d’une mer rêvée, subodorée. D’autres, les yeux fermés, dérivent au rythme des odes scintillantes et flottantes du Marseillais Olivier Scalia, usant du patronyme de Johnny Hawaii pour embarquer qui le veut bien sur d’immenses plages sonores – où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée. Après un étincelant split cassette en compagnie de Cough Cool sur les labels Hands in the Dark et La Station Radar, le dream expop surfer inocule avec son ultime Southern Lights, paru le 30 septembre 2013 sur les précités labels, une invitation à la contemplation nostalgique, le regard scrutant la langueur de sonorités s’immisçant à équidistance des Américains de Ducktails et Real Estate et des standards surf-pop chers aux Beach Boys. Mâtiné d’un humour certain se révélant à la lecture du tracklisting, Southern Lights distille un charme nonchalamment fécond.

13. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)

Les labels Stellar Kinematics et Heia Sun ont co-édité en mai 2013 le premier LP d’Opale, L’Incandescent. Établi à Paris et formé de Rocío Ortiz et Sophia Hamadi – œuvrant préalablement au sein de Playground –, le duo féminin franco-espagnol sculpte par ses compositions un trouble halo mélodique, où se confondent lascivement brume ambiant et luminescence psyché, tapissant leurs pérégrinations lunaires d’un voile mélancolique que révèle progressivement Hold You Tigh extrait dudit LP à l'esthétique visuelle soignée. Un nouvel album est en préparation.

14. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)

La Parisienne Laurène Exposito susurre d’étonnantes comptines synth-pop à l’oreille de son Micro Cheval. Étonnantes, parce qu’à la fois bancales et charnelles, fragiles et lumineuses, passéistes et futuristes. C’est d’ailleurs en ces termes - charriant la stabilité et la gravité - que la principale intéressée décrit son projet, citant parmi ses influences majeures Solid Space – duo anglais auteur en 1982 d’un unique et épuisé LP Space Museum. La gracile Space Shit, extrait d’un EP cassette paru sur le label francilien Svn Sns Records le 30 septembre 2013, figure à merveille cette emprise mélancolique des ondes rétro-stellaires par l’imagerie eigthies de la conquête spatiale.

15. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)

Si le milieu de la musique manque souvent d'humour, les histoires de branleurs magnifiques et érudits frappent toujours avec autant d'évidence. Meilleur duo geek depuis Wayne Campbell et Garth Algar, les rennais de Splash Wave éclaboussent de leur gouaille synth-pop vocodée quiconque encore convaincu que Parker Lewis ne perd jamais. Mais le vernis ne trompe personne, les slackers sont de gros bosseurs et leur EP Guilty of Being Rad paru en janvier 2014 sur Beko Disques - prolongement physique de l'aventure digitale et brestoise du même nom - est une claque longtemps désirée, assurément méritée. Hymne de leur set live, le morceau Spin Jammers est remarquablement autoproduit.

16. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)

Le quatuor Night Riders, orfèvre en sonorités pop analogiques, sortait en octobre 2013 via son propre label C’est ça l'EP Sombre Danse. Ceux qui, il n’y a pas si longtemps, chantaient en anglais et déclaraient nonchalamment être « une interprétation à la fois des esprits black et punk » sous l’emprise de pulsions éthyles de fin de soirées, s’émancipent d’une nébuleuse synthétique à forte consonance locale, par une musique à la fois plus sombre et concise, où rien ne dépasse et ne vient troubler l’ordonnancement de compositions imageant d’intimes combinaisons noctambules. Précisément la frontière délimitant le rêve du mystère. Tandis qu'un nouvel EP, L’Espace et le Temps, est d’ores et déjà annoncé pour le 22 mai prochain, un quatrième – Soleil Noir – est paru sur Svn Sns Records.

17. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)

Après Orbs & Channels en 2013, le duo toulousain Saåad, composé de Romain Barbot et Greg Buffier, a remis une nouvelle fois le couvert sur la table déjà bien garnie du label Hands in the Dark avec un LP, Deep/Float, ayant vu le jour le 17 avril 2014. À la fois introspectives et puissamment lumineuses, les longues respirations instrumentales du duo – que l’on retrouve à l’instigation du label Blwbck – résonnent telles l’échoïsation chamanique d’une scène techno de plus en plus aspirée par le bruit. Ce n’est ainsi pas un hasard si Blwbck a co-réalisé en 2013 le split de Saåad et Insinden avec les Parisiens d’In Paradisum et si Greg Buffier participe à l’exécution scénique du nouvel album de Mondkopf, Hadès.

18. Kaumwald - Léthé (Opal Tapes)

Les Lyonnais Ernest Bergez et Clément Vercelletto forment Kaumwald, projet électronique et expérimental ayant eu le privilége de voir son premier EP, Hantasive, droppé en janvier dernier par la structure de Basic House, Opal Tapes. Oscillant entre drone invertébré et proto-techno sombre et bouillonnante, le duo ne laisse pas insensible tant les amateurs de stridences que de beats.

19. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)

La récidive a du bon. Du moins, c’est ce que l’on se dit spontanément à l’écoute de cette nouvelle livraison signée Tidiane Brusson agissant, du haut de son jeune âge, sous le patronyme de Leave Things. Après l’onirique diptyque Otherness/Unquiet révélé en juin dernier via l’exigeant label Fin de Siècle, le Parisien envoie joliment paître toutes les attentes à son égard à la lisière d’un décor surnaturel, dépassant à la vitesse grand V l’endroit même où l’on croyait le situer. Aperçu à quelques miles de The Field, le Suédois de Kompakt, le producteur à l’infamante précocité dégoise désormais avec le 7″ Atonement/Empfang paru le 1er avril digitalement, une techno sombre et raffinée, martiale et obnubilante, dont l’essence est à humer du côté des Anglais de Sandwell District. L’air du temps diront certains, mais avec un tel soin à peaufiner ses beats et ses textures, où l’effusion rythmique s’éprend de la pesanteur des émotions, difficile de ne pas y voir l’esquisse d’une grande œuvre, à la fois introspective et dansante, destinée à être gravée dans le sillon d’un long format attendu, toujours sur Fin de Siècle, en fin d’année.

20. Cotton Claw - Climax (Cascade records)

Oui, les faiseurs de beats ont encore de l'avenir. Lilea Narrative, Zo aka La Chauve-Souris, YoggyOne et Zerolex le prouvent, dépassant leur carrière respective avec Cotton Claw et distillant à huit mains un panachage de rythmiques et de synthétiseurs analogiques du plus bel effet. Avant tout destiné à rompre genoux et bassins en club, les odes électro hip-hop du quartet bisontin ont trouvé via Cascade Records et l'EP Dusted un accueil au-delà de toute espérance. C2C et Birdy Nam Nam pointent à Pôle Emploi, on ne va pas s'en plaindre.

21. High Wolf - 707 (Not Not Fun)

High Wolf, dont la psychédélie tribale, tropicale et acide s’entiche de beats, de nappes et de guitares obsédantes, hypnotise les oreilles tout autant que les rétines, doublant ses concerts d’une imparable dimension visuelle. Ode chamanique, 707 est extrait du sublime et onirique LP Kairos: Chronos paru l'année passée sur Not Not Fun.

Mixtape

01. High Wolf - 707 (Not Not Fun)
02. Cotton Claw - Climax (Cascade Records)
03. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)
04. Kaumwald - Lethe (Opal Tapes)
05. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)
06. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)
07. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)
08. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)
09. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)
10. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seems (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)
11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)
12. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)
13. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)
14. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)
15. Israel Regardie - Holocaust
16. Dead - Loser (KdB Records)
17. Future - In Your Eyes (Anywave)
18. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)
19. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mecanique)
20. Anna - Badman (Howlin Banana Records)
21. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)


Hartzine - Février 2013

crédits photo © Carlos Nunez

Retrouvez, chaque mois, les choix éclectiques de la rédaction.

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Tracklist

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1. Anika - in the city
2. Elephant - Skyscraper
3. Thee Oh Sees - Minotaur
4. Wampire - The Hearse
5. Dead Gaze - I Found the Ending
6. Glaciers - BC
7. Ex Cops - The Millionaire
8. Chelsea Wolfe - Flatlands (Lust For Youth Remix)
9. Umberto - Night Fantasy
10. Brokeback - Will be arriving
11. Snasen - Failing Upwards
12. Butterclock - don t music
13. Cosmetics - Black Leather Gloves (PREMIER RANG / COSMETICS REMAKE)
14. White Blush - True Luv
15. Violence - Façades
16. The KVB - 4 Lines
17. Y - Viento Girl
18. i do not love - valentine (for joanna)
19. Thrillionaire - Wie Gehts_
20. 49 Americans - Doo-Bee-Doo-Bee
21. Chester Watson - Phantom
22. Sayknowledge - Lapup
23. Kendrick Lamar - Money Trees (Feat. Jay Rock)