On y était - Future Islands au Point Éphémère

Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Ce n'est pas la peine d'attendre la fin de l'année pour vous le confier entre deux autres confidences de même tonneau : de septembre à décembre, il fut plus que difficile de ne pas se laisser submerger par l'avalanche de concerts animant les nuits d'une capitale trop souvent décriée pour son inanité noctambule. Non que j'ose comparer Paris à Berlin ou Londres, mais déjà, il y avait à faire. Et les bandes se sont accumulées dans nos tiroirs sans que l'on puisse les esquiver des yeux sans un léger pincement d'orgueil. Donc, après avoir ressorti les digressions post-punk de Mike Sniper et de ses Blank Dogs (lire), on remet le couvert et l'on vous sert du bien réchauffé d'il y a plus de deux mois, garanti sans indigestion, avec deux vidéos extraites de la séminale prestation live de Future Islands. Et si dire que l'on avait goûté sans modération l'album In Evening Air des Américains (lire) dénote d'un sens de l'exagération bien placé, tant la voix de Samuel T. Herring - sorte de Tom Waits cocaïné - prend aux tripes et subjugue cette hybridation new-wave/post-punk, percluse de nappes synthétiques habitées d'une basse hookienne dantesque, retranscrire par les mots - de simples juxtapositions de signes inadéquats - la folie furieuse personnifiée ce 5 octobre là sur les planches d'un Point Éphémère souillé d'alcool et de sueur relève en revanche d'une fatuité n'ayant d'égale que la véracité d'un regard halluciné, celui de notre hôte d'un soir, habillé tout de blanc, s'ébrouant farouchement à la limite d'un chaos délétère. Entre magnétisme des mélodies et déchirements rauques, personne n'en est sorti indemne. La preuve par l'image.

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Future Islands - As I Fall

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Parfois c'est un peu la guerre entre chroniqueurs d'une même rédaction. C'est presque aux mains qu'Aki et moi en sommes venus pour s'adjuger l'excellent In Evening Air des Américains de Future Islands. Tu m'étonnes. La ferveur du propos tenu avait quelque peu calmé mon ressentiment sans pour autant dissiper l'extrême avidité de ma plume. Et voilà que deux récentes vidéos des furibards de Baltimore me donnent l'occasion toute trouvée d'agiter le chiffon rouge de la satiété. Subtilement sombre, As I Fall, morceau clôturant In Evening Air, s'octroie une mise en images, dirigée par Mary Helena Clark, toute aussi réussie que ne l'était l'impeccable single Tin Man. D'entrée, l'oeil se trouve aspiré par un océan oscillant entre le gris et le noir laissant toute sa place à une divagation épousant le peu de blanc émaillant l'écran. La voix de Samuel Herring s'ébroue furieusement au loin et l'on saisit mieux la potentialité d'un tel groupe d'iconoclastes à l'aune du fiévreux regard dudit Samuel. Récemment capté live, Tin Man déballe tout : il n'y a pas de limite à la folie. Et pour une fois, c'est tant mieux.

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Future Islands – In Evening Air

future-islands-in-evening-air-cover-artIl arrive que certains albums soient pénibles à l’écoute ou que d’autres vous fichent une gaule d’enfer, si bien que ça en devienne gênant. Très rarement vous vous prenez des crochets comme seul Joe Frazier savait en décocher, vous laissant dans un état de semi-coma devant cette révélation qui s’offre à vous. Et bien non seulement In Evening Air vous dégomme la tête à coup de massue, mais sans pitié, vous semblez assailli par une horde de nains déculottés et haineux, armés de petites fourches chauffées au fer blanc et prêts à vous gnacker le cul… Plus qu’une découverte, une épiphanie.

Imaginez trente secondes que ce soit Bernard Sumner qui ait quitté New Order, et non Peter Hook, et que celui-ci ait été remplacé par Mark Lanegan et vous obtiendrez une synthèse réaliste de l’environnement musical de Future Islands. Étrange croisement de post-punk et de new-wave écorché par la voix rauque et bluesy de Samuel T. Herring, chanteur aussi charismatique que décalé. D’entrée de jeu, les trois musiciens déflorent les oreilles inattentives, s’enorgueillant de faire remuer des pieds pourtant habituellement malhabiles (Walking Through That Door, Long Flight). Les Islandais jugent d’ailleurs la déflagration provoquée par la diffusion du clip du tubesque Tin Man responsable du réveil de l’Eyjafjöll. D’ici à ce que les compagnies aériennes demandent des dédommagements... Nerveux et plaintif, le trio invente la formule parfaite de l’élégie dancefloor proto-punk. La ligne de basse fiévreuse et les mélodies claviers de Swept Inside rappellent ainsi un certain groupe de Manchester souvent copié mais rarement égalé. Pourtant aujourd’hui le donneur de leçon s’appelle Future Islands et pond le meilleur morceau de New Order depuis Low-Life… Curieux mais absolument jouissif. La démonstration pourrait s’achever là, mais le groupe originaire du Maryland se pose une fois de plus en chauffeur de piste avec un Vireo’s Eye hystérique, voire convulsif avant de conclure sur le bouleversant As I Fall. Les braises s’éteignant dans la voix brumeuse de Samuel Herring, bercée par un alliage de ronflement de basse et de cœurs outrageusement déchirants.

Pourtant loin d’être un club de newbies, puisque le trio traîne derrière lui une ribambelle de maxis et signe ici son second LP officiel, Future Islands sillonne depuis plusieurs années dans l’entourage du bidouilleur timbré mais non moins talentueux Dan Deacon. Thrill Jockey donne enfin une chance au combo de sortir de son trou perdu… Les USA, un truc comme ça… Connais pas. Grand bien leur prit, car au risque de me mettre mes collègues à dos, In Evening Air possède une essence enivrante qui devrait aromatiser votre été. Parachuté album estival, les yeux fermés. Aïe… Qu’est-ce que j’ai dit ?

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Tracklist

Future Islands – In Evening Air (Thrill Jockey, 2010)

1. Walking Through That Door
2. Long Flight
3. Tin Man
4. An Apology
5. In Evening Air
6. Swept Inside
7. Inch Of Dust
8. Vireo’s Eye
9. As I Fall