Error Love/SayCet

saycetBonjour c'est Rigobert. Cette semaine on revient sur le trio parisien SayCet qui après avoir remixé à tout va, se fait remixer en tout bien par Error :: Love. Opal extrait de leur album Through the Window, disponible le 22 mars, devient Opalowsky le temps d'un flirt magnétique avec votre piste de danse.

Audio

Error Love - Opalowsky (SayCet Opal Remix)


On y était - A Psychedelic Night

psyche

A Psychedelic night : Kill for Total Peace & Friends avec Os’Cultus / Antilles /Chicros / Kill for Total Peace, Paris, Le Point Éphémère, 11 février 2010

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Avant d’être un terme tellement utilisé pour désigner les années hippies et usé pour pointer du doigt les utilisateurs de psychotropes hallucinogènes, le mot psychédélique a été inventé afin de retranscrire l’état d’éveil du subconscient. L’étymologie du mot signifiant « révélateur d’âme ». Ce terme, nous le devons a priori à un psychiatre, lors d’un de ses échanges avec le non moins célèbre écrivain du Meilleur des mondes, Aldous Huxley, selon la bible des bibles : Wikipédia. Alors si on trouve une certaine affiliation chez Pan European à un mouvement rock dont on attribua les expérimentations à l’usage du LSD on reconnaîtra également cette démarche de tenter de repousser plus loin les portes de la perception d’un auditeur trop souvent au bord de la neurasthénie. On n’est pas médecin au Point Ephémère, attention, mais on ne vous nourrit pas le cerveau avec de la soupe en sachet, et cette nouvelle Psychédélic Night de nous le prouver…

Le premier à grimper sur les planches est le blackbird David Spher’Os, qui lâche un moment les vibes transcendantales d’Aqua Nebula Oscillator pour se fourvoyer de plain pied dans le côté obscur. Si on ne connaît pas grand-chose du side-project occulte du grand manitou d’ANO, celui-ci ne va pas mettre longtemps à consigner les avis. Le moteur ronronne sévère, et soulève la poussière, pas d’embardée, puissance maximale, et on sort le garage façon heavy. Os’cultus met une râclée à son public, et la joue nous en pique encore. Riffs électriques dont le courant parcourt chaque centimètre de ma peau. C’est violent, c’est brutal, et ça pulvérise mes sens. Le groupe joue son rôle messianique dans cette grande messe noire qui se veut l’apologie d’un rock hystérique et satanique. On applaudit des moignons.

Antilles prendra la relève et attise toutes les curiosités… Aucune info ne circule sur le groupe, ils sont totalement transparents sur la toile et de l’aveu même de D.Gage rencontré quelques heures plus tôt, ils n’auraient aucune actualité… Je dois dire que c’est bien dommage. Le concert commence par cinq bonnes minutes de cacophonie, avant que le trio s’accorde dans une montée tribale hypnotique qui n’aura de cesse de captiver l’auditoire tout au long de leur prestation. La comparaison vous semblera sûrement pourrie, mais je me suis senti transporté dans le sanctuaire de Scion, en plein milieu de cette trilogie imbuvable qu’est Matrix… Vous vous rappelez, la scène des festivités au début du second épisode. Déchaînement aliénant pour aliénés. La perte de repères sensoriels, les yeux à moitié révulsés, le corps convulsé par la transe… Tous ces facteurs réunis qui vous transportent dans un état de bien-être absolu, le corps parcouru d’électrochocs saccadés. Dommage que le dernier morceau ait évolué vers un marasme noise bordélique, extirpant le public de son extase et le détournant de l’orgasme musical final. Reste que l’on surveillera de très près les futures activités de ces étranges manipulateurs de perceptions.

C’est un peu tendu que j’attends la venue de Los Chicros. Le groupe mené avant tout par Philippe Monthaye et Mathieu Warsky (claviériste chez Turzi) m’avait auparavant déçu par sa facette trop lisse et son côté bon enfant. Pourtant, on me rassure, le combo a durci le ton et sonne désormais plus sec. Et me voilà donc euphorique dès les premiers morceaux qui envoient du pâté et décollent le papier-peint. Dans la foule j’entends alors des bêlements et des piaillements, j’aurais dû voir les choses venir… Dès la troisième chanson, la pop reprend le dessus et l’énergie se métamorphose en accalmie, ce qui a pour résultat d’ankyloser mes jambes et de les ancrer bien profondément dans le sol du point FMR. Les mélodies me transpercent sans me transcender, me traversent sans me renverser… Au final, rien n’a vraiment changé, Los Chicros paye en monnaie de singe et je reste l’âne bâté…

Il se fait déjà bien tard lorsque la lumière de la salle tombe enfin. On ne va pas non plus se mentir, le clou du spectacle c’est eux. Qui ? Les enthousiasmants Kill for Total Peace. Pourtant chacune de leur entrée sur scène dégage une impression d’inquiétude. Cette froideur, l’engouffrement des ténèbres qui enveloppe la salle, la rythmique synthétique de Captain America, l’écran géant qui envoi des images détournées de bombardiers, puis la voix de D.Gage qui suit une mesure quasi-militaire glace le sang. Je me retrouve alors en parfaite catalepsie alors qu’Oliver se déchaine sous le stroboscope et que la lumière blanche m’aveugle, m’hypnotisant totalement alors que sur scène s’est déchainé une vague frénétique emportant tout sur son passage. Les cinq membres s’unissant autour de deux syllabes : Kill For… L’entité se confond au tréfonds de l’obscurité apparaissant par larsens et échos. Je savoure chaque note, chaque mot, chaque geste de ce qui ressemble le plus à mes yeux comme la renaissance de la période manquée de la grande Madchester. La symbiose parfaite d’un rock acid, au folklore primitif, s’alliant à des sonorités électroniques post-modernes et avant-gardistes.

Cependant erratum sur la narration, votre reporter aura quitté la salle un peu trop tôt bien qu’il l’ait regretté… Il était donc juste de rétablir la balance, et d’établir la lumière sur les événements rapportés par notre cher Intra Moros. Hélas Etienne Jaumet n’aura pas eu le plaisir de monter sur scène. Une vive dispute éclatant pour un malheureux joint du côté de la batterie, le plateau aurait sombré dans le chaos, laissant les spectateurs frustrés et échauffés devant la tension qui régnait sur la scène. Devant le ton ultra borderline, l’organisation du point FMR aurait préféré mettre un terme à la soirée avant que ça n’aille trop loin. Qui a dit que Kill For Total Peace n’étaient pas Rock’n’roll ? La revanche sera donné le 17 Mars à l’International, votre narrateur y sera, il leur doit bien ça…

Photos

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Kill for Total Peace l'interview

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Bien avant que la nuit ne soit échaudée, je débarque frais et enjoué dans le bar du canal à l’idée de poser quelques questions aux petits prodiges du jeune label parisien Pan European. Je croise Arthur qui revient tout juste de Dakar où il a suivi Koudlam, suivant le dauphin dans son escalade scénique inter-planétaire. Il m’accompagne à l’étage où le groupe est en train… de dîner… Sourires francs, bonne humeur, blagues… C’est pas du tout ce que j’avais prévu, me voilà assis au milieu d’une bande de potes prêts à faire la teuf. Ce sont eux au final qui m’harassent de questions… Attention, entretien cocasse…

Comment se sont rencontrés les musiciens de Kill ?

D.Gage : Ca a commencé parce que je travaillais dans un magasin de disques, Intra est venu ensuite bosser un moment avec moi, il avait toute une bande de potes et voilà…

Intra Moros : Je connais les autres membres depuis le lycée, à part Wolfgang qui nous a rejoints au moment de l’enregistrement de l’album. Et maintenant on a un vrai Line-up complet…

Laden : Mmmmhhh… Excellentes ces carottes…

Qui compose dans le groupe ?

D.Gage : Intra Moros compose essentiellement la musique, alors que je m’occupe plus exclusivement des paroles. Mais il arrive qu’on le fasse ensemble également.

Intra Moros : C’est la base, mais on va continuer de construire autour tous ensemble.

Quel est la recette ou l’ingrédient secret de l’originalité de la musique de Kill ?

Wolfgang : Le mix ?

D.Gage : Ouais, un peu… On essaye aussi du classique… On créé notre propre son, tout en se servant de nos propres influences. On est tous inspirés par plein de styles de musique, on a tous acheté beaucoup de disques, on écoute beaucoup de musique, on a des influences à droite et à gauche…

Intra Moros : Chacun joue dans différents groupes donc chacun amène son identité propre…

Ressentez-vous le même engagement que les groupes psychés des 70’s ou est-ce pour vous plus un plaisir de jouer, ou de rendre hommage à cette culture ?

D.Gage : A la base c’est plus un plaisir de jouer…

Laden : On n’est pas des vrais marginaux en fait. Dans 70’s les mecs prenaient les instruments pour revendiquer des trucs…

D.Gage : Tu ne veux pas la fermer (rires).

Laden : Nous quand on fait de la musique, ce n’est pas un hommage mais c’est plus pour se sentir vivre. Pour ne pas se faire chier.

D.Gage : Non c’est réellement un plaisir de faire de la musique, on n’a à aucun moment pensé à l’engagement.

Intra Moros : Et puis les groupes psychés n’étaient pas forcement engagés.

D.Gage : On ne peut pas changer le monde avec notre musique, tout ce qu’on peut espérer c’est qu’un maximum de monde l’écoute. Après je dis ça, je ne dis rien (rires).

Vous actualisez malgré tout le rock psyché et dans le bon sens du terme. Pensez-vous que la fusion revienne à la mode, sous une forme différente ?

Intra Moros : On ne se considère pas vraiment comme psyché, je crois qu’on serait sorti sous un autre label, personne ne nous aurait catégorisés comme ça. On a un côté nettement plus garage.

Laden : Si tu regardes bien, sur Pan European il y a des groupes plus psychés que nous…

D.Gage : En fait, justement sur Kill for, il y a énormément d’influences. Il n’y a pas que du psyché. Il y des effets sur les instruments, c’est sûr : des échos, etc…

Intra Moros : Sachant qu’on a plus écouté de la musique des années 90 que du rock psyché.

Vous m’avouerez que vous sonnez quand même plus psyché que le dernier ANO qui est lui vraiment ultra garage?

Laden : Le dernier quoi, pardon ?

hartzine: Aqua Nebula… Under the moon of.

D.Gage : Ah oui… Oui, c’est sûr. Je crois que tu as raison, on ne renie pas le côté psyché, mais il n’y a pas que ça. Tu trouveras par exemple du dub, même si je n’aime pas trop le revendiquer, mais certaines mélodies s’en ressentent. Il y aussi de l’électronique… Donc nous ne sommes pas un groupe psyché mais faits de multitudes d’influences.

Intra Moros : L’effet scène donne peut-être aussi cette impression. C’est vrai que la musique s’envole peut-être un peu plus en concert que sur le disque. Mais la musique psyché à connotation super vaste, de groupes hippies californiens foireux à des trucs électroniques de l’époque qui en appellent à ton cerveau… Tu as des trucs des 50’s que l’on peut considérer comme psyché… De la musique classique aussi. Et nous on a plus écouté des trucs nineties comme Sonic Youth…

D.Gage : Mais moi, je n’ai pas écouté de truc 90’s, en tout cas pas tout de suite… C’est plus des anciens trucs du Velvet, ce genre de choses… Tout ce qui est Sonic Youth, Sebadoh, c’est venu vraiment beaucoup plus tard.

Intra Moros : Donc ce côté psyché, on l’a mais sans le vouloir en fait.

Je trouve qu’il y a un esprit culture US qui se dégage de vos lyrics, quelles sont vos passions à part la musique ?

Laden : Moi perso, c’est la géographie…

Intra Moros : C’est psyché la géographie

D.Gage : Ah mais attends… Je cherchais… Mais bien sûr… Le vin.

Le vin ?

Intra Moros : Louie Louie c’est l’Espagne.

D.Gage : Ah j’adore le vin et justement j’aimerais monter un bar à vin.

Laden : C’est Psyché…

D.Gage : Ouais, un bar à vin un peu psyché.

Louie Louie : Le vin, c’est totalement psyché… Après ça dépend ce que tu mets dedans.

Intra Moros : Moi ma passion c’est la clope… Après on va te faire les clichés : le cinoche, la lecture…

D.Gage : Les sorties entre amis… Sans le vouloir l’alcool joue une énorme partie dans notre vie… La musique et l’alcool… Et même si tu ne le veux pas toujours, c’est toujours là. Mais moi ça reste particulièrement le vin.

Laden : Wolfgang lui a une grande passion qu’on appelle la dope (Fou rire).

Wolfgang : Totalement passionné.

Et euh tu étudies en fait…?

Wolfgang : Non, je teste.

Ca a un petit côté psyché…?

Wolfgang : Non, pas vraiment… C’est plutôt scientifique en fait (rires).

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ?

Intra Moros : Nirvana… Syd Matters…

D.Gage : Arrête…

Laden : Bah non… Nirvana pareil… Quand on avait 13 ans, on matait en boucle les vidéos de Nirvana…

D.Gage : Non, la motivation c’est plus les mauvais groupes… Tu vois un mauvais groupe et immédiatement ça te donne envie de jouer.

Intra Moros : Du coup on est influencé par tellement de groupes dont on ne pourra pas te donner le nom car ils sont tellement pourris (rires)…

D.Gage : Et il y en a beaucoup en France en ce moment… Non des bons groupes… En fait c’est plus un groupe dont tu n’auras pas envie de monter sur scène après. Mais on se sent plus influencé par les groupes de merde (fou rire).

Et quels sont les groupes après qui vous flipperiez de passer ?

Général : Motorhead.

Intra Moros : Il y en a aussi beaucoup, il faut être réaliste. Même si a priori, il n’y a aucune raison… Mais quand même Motorhead…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

(personne n’arrive à s’entendre sur la question…)

Intra Moros : 67, 68, 69…

D.Gage : Attends redonne-moi la question s’il te plaît…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

D.Gage : J’espère que tout reste encore à écrire, sinon ça rendrait tout tellement déprimant…

Intra Moros : Il y a quand même une époque où les codes ont éclaté, et qui permettait aux musiciens d’aller là où ils voulaient.

Laden : Je dirais le début du rock’n’roll… Maintenant on se trouve dans une période de constants revivals décennie après décennie… On peut se poser objectivement la question si tout reste encore à écrire ou si tout est recyclé…

D.Gage : Je pense qu’il reste encore des choses à créer, sinon ça ne servirait à rien que l’on fasse de la musique.

Intra Moros : Cela dit, il y a quand même une époque qui marque un changement que ce soit dans la littérature, dans le cinoche… Je lis actuellement un bouquin sur les Beatles et qui parle de ça justement.

Louie Louie : Il ne faut pas croire que le changement ce sera de voir des mecs faire de la musique en tapant sur une casserole, et jouant sur une gratte pourrave… Autant faire ça chez toi, dans ta piaule, avec des instruments pourris…

D.Gage : Euh… Mais tout à l’heure tu m’as dit qu’il y avait une culture US, et surtout dans les paroles… Qu’est-ce qui t’as fait penser à ça ? On n’a pas cette connotation, surtout que je suis Anglais à la base…

C’était en rapport au titre Captain America sur Kill For, et la répétition de Superman dans Smokes sur l’album de One Switch to Collision?

Intra Moros : Exact… et De Niro aussi.

D.Gage : (Rire) Smokes ? C’est sur mon frère. Mais c’est cool, on a enfin trouvé quelqu’un qui écoute les paroles.

J’ai pensé que vous aviez peut-être une culture comics?

D.Gage : Bah oui forcément, j’essaye d’être un super-héros et je veux sauver le monde.

Bon continuons vers la dernière question…

Général : Oh non… non ! (Rires)

Non, mais ne vous inquiétez pas on vous fera une interview par concert… Mais cela dit ma question ne porte pas sur Kill, puisque j’ai entendu dire que One Switch pourrait revenir sur le devant de la scène…

Laden : Intox… Intox…

D.Gage : Qui est-ce qui t’a dit ça ?

(Je sifflote)

D.Gage : Pour l’instant on ne sait pas, on finit 3 morceaux. On les sortira peut-être en 45 tours. Mais on reste focalisé sur Kill for Total Peace. One Switch reste un peu en pause, mais on ne sait jamais.

Intra Moros : Plus pour un délire de potes à la campagne, mais pour l’instant aucun album de prévu. Mais cela dit tu es peut-être mieux informé (rires).

D.Gage : Nan mais c’est marrant, t’as vraiment entendu ça ? En tout cas si tu as des news, dis-le nous quand même (fou rires)….

Akitrash

Gablé l'interview

gableDans le cadre de la huitième édition du festival indé Mo'Fo' (29, 30, 31 janvier 2010), organisé comme chaque année à Mains d'Oeuvres (Saint-Ouens), nous avons eu la chance de rencontrer Matthieu, Thomas et Gaëlle, membre d'un groupe pas comme les autres, Gablé. Au cours, de cette entrevue décontractée, à l'image des trois caennais aussi souriants qu'accessibles, nous avons tenté de comprendre le pourquoi du comment de cette musique thérapeutique pour narcoleptiques. Il est question de caisse à outils, d'instantanéité punk et de cruauté infantile. Tout un programme donc.

Video


PAN EUROPEAN… Défricheur de talents

panEst-ce que la musique française survivra aux années 2000… Dur à dire, alors que l’hexagone s’enfonce dans le tout mercantile grâce au virage télé-réalité qui fait doucement mouiller les petites culottes des adolescentes pré-pubères et qui marque le retour des tubes en carton-pâte période Top 50. Même la pop s’enlise dans le préfabriqué et les idoles d’hier reviennent le temps d’un hit, histoire de s’assurer le plan retraite sur la Côte d’usure.
Lobotomisée par le tabassage médiatique et publicitaire, une jeune scène va s’extirper de la masse, saisissant rapidement que son désarroi vient de cet état de stagnation et de conditionnement, et va tenter de dynamiter les codes appliqués par les majors toutes puissantes qui alimentent l’auditeur lambda depuis des décennies de bouses infâmes, tout en se réclamant d’une loi inconstitutionnelle afin de lutter contre le téléchargement. Ainsi Tyler Durden l’avait prédit :

" On est les enfants oubliés de l’histoire mes amis. On n’a pas de but ni de vraie place. On n’a pas de grande guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression c’est nos vies. "

Pourtant Pan European est de cette génération montante, de ces héros qui nous rendent fier de notre patrie, allant s’abreuver au sein de la sainte trinité du rock 70’s: Kraut, Psyché, Noise, et brandissant fièrement un étendard aux inscriptions D.I.Y depuis leur QG du Point Ephémère. Pan European c’est Arthur Peschaud et Romain Turzi, qui non contents de redéfinir les fondations même du rock avec leur groupe, sous le patronyme du très charismatique leader Versaillais, embarquent avec eux une ribambelle d’artistes enterrés dans les cartons de leur label Record Makers, et signent sous cette nouvelle structure la compilation Voyage: Facing The History of French Modern Psychedelic Music. L’impact est immédiat. Non seulement ce petit label déniche des zicos plus passionnants les uns que les autres, mais offre un défrichage musical qui fait table rase sur des années de piétinement et d’embourbement, se renouvelant à travers des influences parfois oubliées. A ce titre une rencontre s’imposait…

La rencontre

Il est 20 heures du mat’ et il fait un froid de gueux sur les bords du canal Saint-Martin. Je fume une dernière clope avant de rejoindre Arthur Peschaud avec qui j’ai rendez-vous pour une interview. Une fois passées les portes du Point Ephémère, je le repère au bar et salue l’artiste. Le contact est facile, on prend un verre, venu accompagné d’une amie qu’il connait parfaitement, ça déride forcement. Ambiance posée, on parle de tout et de rien, mais il va bien falloir commencer cette foutue interview. Ce n’est pas que je suis pressé, mais je suis curieux. A peine, le temps de chercher mon micro, qu’Arthur grimace et me fait comprendre gentiment que le jeu des questions-réponses, c’est plus le domaine de Romain (Turzi). Il s’excuse d’ailleurs pour son absence. Il n’y a vraiment pas de quoi. Dans tous les cas de figures, pas du genre à vouloir froisser, je m’adapte et remballe mon microphone.

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Arthur commence par me parler de Koudlam, en bonne étoile montante du label, mais pas que. On sent chez Arthur une vraie admiration autant pour l’homme que pour sa musique. Il nous annonce d’ailleurs qu’il le suivra très prochainement à Dakar en tournée, et semble tout excité à l’idée de faire ce voyage. J’en profite pour lui asséner une ou deux questions sur le dandy qui finalement reste un mystère pour le grand public et semble cultiver une certaine distance avec lui. Pourtant selon le demi-boss paneuropéen, y a pas plus cool que lui, mais il est d’accord que ma description Gainsbarre-Walker-Vega colle parfaitement à l’image scénique du perso. Mais franchement il ne faut pas se fier aux apparences. Ceux qui l’auront découvert lors de la présentation de B à l’Elysée Montmartre ou à l’happy birthday du Point FMR sont invités à revoir leur jugement et de s’entasser à la Flèche d’or le 16 Janvier prochain. Moi, j’avais trouvé sa prestation tragique et plutôt grandiose en fait.
On e72aqua-nebula-oscillator002nchaîne directement sur Aqua Nebula Oscillator, et je ne peux m’empêcher de demander à Arthur comment il conçoit ses journées avec des personnalités aussi affirmées que les membres d’ANO, ou Koudlam. A priori gêné au premier abord, ma question le fait sourire, et nécessite un petit voyage dans le temps. Il me parle de l’époque de Record Makers, lorsqu’il travaillait encore comme homme à tout faire et voyait ces démos dormir dans des cartons. Il me fait comprendre que peu importe l’individualité de la personne ou son délire, il faut parfois aller au-delà. Pan European ne fait pas dans mercantilisme inutile et ne se vendra jamais pour une pub ou autre chose, c’est avant tout un noyau d’artistes qui cherche à explorer d’autres univers et se réunit autour d’un amour commun. Un peu hippie P.E ? Fuck that !
Il est temps d’aller faire un tour dans le laboratoire à idée, je suis donc l’homme dernière la barre, qui nous conduit dans l’antre du Studio de Turzi. Tout semble plongé dans la culture allemande et légèrement dadaïste (drapeaux, ouvrages sur l’Outre-Rhin, vieux vinyles de Kraftwerk qui trainent dans un coin....). Arthur s’empresse de nous dégourdir les esgourdes, et nous blablatons sur les critiques majeures que reçoit Pan European. Un artiste ressort bien entendu, celui de Koudlam, et Arthur de s’amuser de nous raconter l’anecdote d’une interview de Jean-Michel Jarre parue dans Technick’art, pour ne pas les citer. Il s’affaire à nous passer Zoolook, dernière œuvre de ce génie de l’électronique qui (l’avouant de lui-même) sombra tout de suite après dans les méandres de l’europop et citant en long et large Koudlam comme héritier… Se verrait-il faire son come-back auprès de l’auteur de Goodbye ? Affaire à suivre… Mais plus pris par l’ambiance à la fois étouffante et planante du studio, une question me brûle les lèvres… Est-il encore possible de nos jours d’enregistrer des albums psyché comme The Pipe at Gates of Dawn de Pink Floyd ou Kraut comme Tago Mago de Can, avec autant de pureté ? De créer un bijou indémodable ? Pierre, qui avait mixé l’indétronable A de Turzi, et qui vient de nous rejoindre, ne peut s’empêcher de me répondre : « Et le public, serait-il prêt accepter une telle clarté, nos oreilles salies par toutes les "merdes" qui nous assaillent sauraient-elles reconnaitre la perfection et l’apprécier ». Touché. Arthur, de son côté, est plus optimiste et pense à une véritable redistribution des cartes. Les majors se cassent la gueule, les CD des émissions poubelles engrangent de moins en moins de profit… Aujourd’hui l’underground s’éveille, les vrais artistes sortent de leurs terriers, et ne se cantonnent pas à un style mais inventent de nombreux genres totalement nouveaux à la frontière d’influences anciennes. Il n’y a plus de Mainstream, mais plein. La musique se divise en artères, en veines, puis en minuscules vaisseaux sanguins afin d’alimenter un public qui enfin s’est réveillé.

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J’alimente ensuite en dérivant sur One Switch To Collision et Kill For Total Peace, dont le dernier bénéficie d’un buzz surnaturel. Il semble assez soulagé par mon engouement, et est totalement conquis par ma réaction. Il faut dire que Kill For c’est deux ans de travail acharné et ininterrompu depuis le lancement de la compilation Voyage… Si Kill For est le dernier album siglé Pan European à avoir atterri dans les bacs, il reste pourtant l’un des tout premiers projets d’Arthur et de Romain. Et malgré son amour pour le psyché, le producteur visionnaire me fait part de ses envies de changer de registre. Le premier pas se fera en signant Service, groupe obscur donnant dans le rock noise à consonance métalleuse. Un brin synthétique, mais avec la lourdeur du drone, ce quatuor risque fort de faire son petit effet. D’autre part, totalement influencé par la musique world, Arthur aimerait lancer une vague de compilations regroupant une pléthore d’artistes maghrébins autour d’un concept comme les désert sessions de Josh Homme. D’ailleurs il nous citera le dernier Omar Souleyman (au côté du dernier Rebotini) dans son top de l’année. Il se dit proche de labels comme Sublime Frequencies ou Honest Jon’s en terme d’influence. Et se propose d’ailleurs de nous en faire écouter quelques morceaux.
Alors qu’une petite troupe s’est ameutée par l’enivrante hystérie provoquée par les mélodies de Group Bombino qui jaillissent des enceintes, il est temps pour moi de m’éclipser. Je remercie chaleureusement Arthur, que je retrouverai bientôt cette fois-ci derrière sa basse au cours d’un live donné par Turzi au Showcase. Je retrouve donc le froid, et la neige. Exit l’ambiance chaleureuse du Point Ephémère, dur retour à la réalité. Et c’est en m’engouffrant dans le métro que survient le déclic, et que je me rappelle avoir oublié un truc essentiel. Merde, pourquoi un paon ? Au fait vous ai-je déjà dis que Phantom Of Paradise était l’un de mes films préférés.

Akitrash

Discographie

voyageVoyage - Facing The History of French Modern Psychedelic Music (PAN, 2008)

Ok, je sais que ça peut paraitre réducteur comme ça, mais tout est dans le titre. La première sortie du label Pan Européean est un balayage de tout le spectre de la musique post-moderne et psychédélique actuelle à travers une compilation regroupant des artistes si prometteurs qu’on se demande encore comment ils ont pu rester inconnus si longtemps. De la chevauchée sauvage (The Dog) de Service au millésime opiacé et parasité de Lisa Li-Lund, sans oublier l’aérien Mantra de Mogadishow ou la très jazzy improvisation de Rob, qui s’affaire plus aujourd’hui à réaliser des tubes electro-douteux chez Institubes ; rien n’est à jeter. Un voyage sans escales au cœur d’un rock 60’s qui n’avait jusqu’à présent fait qu’effleurer notre douce contrée et qui s’y plonge après quelques quatre décennies de retard dans un élan de folie pure qui vous donne le vertige. Voilà un disque qui aurait fait une très bonne BO pour un nouveau Jodorowsky.

Ecouter

Lisa Li Lund - Heavy Horse

Ulysse - The Countess's Smiles


ano-anoAqua Nebula Oscillator – Aqua Nebula Oscillator (PAN, 2008)

La première chose qui me vient à l’esprit quand je pense à ANO, c’est « La famille ». Pas le cocon, pas le nid douillet parental, mais la secte maudite dirigée par le criminel le plus redouté de tous les Etats-Unis : Charles Manson. Pourquoi ? Car Aqua Nebula ne joue pas, mais vit sa musique jusqu’à l’habiter quitte à être maudit. Alliage contre-nature entre rock post-hippie et gothisme caverneux, chacun des titres de cet album éponyme pue le LSD et autre psychotrope. David Spher’Os, Takumi Lida rejoints par l’inégalable Juan Trip entrainent leur auditoire à embarquer dans leur train fantôme direction les catacombes. Une bonne respiration d’éther est fortement conseillée. Des morceaux comme St Trip ou Pox on you vous laissent avec un sourire béat que seule peut provoquer la démence. Contrairement aux champis ce disque est à consommer sans modération mais peut malgré tout provoquer de risque fort cas d’accoutumance. 100% hallucinogène.

Ecouter

ANO - Pox On You

ANO - Take A Long Walk


koudlamKoudlam – Live at Teotihuacan (PAN, 2008)

Cri d’amour en l’honneur d’un peuple disparu (en voie de disparition ?) dont certains aimeraient enterrer jusqu’à l’existence sous une chape de béton, c’est ce que nous offre cet ex-écumeur de raves natif d’Abidjan sur ce magnifique EP dont le grandiose flirte avec le tragique. Ce crooner post-millénariste fait pleurer des larmes de sang sur la destruction des origines de notre civilisation (The Great Empire, Eagles of Africa) et dresse ce constat amer de sa voix rauque et plaintive : L’homme construit, l’homme détruit (See you all). Où comment faire passer un message à travers la musique et avec brio, qu’écrivains, documentalistes, et autres artistes tentent vainement d’exprimer depuis des décennies.

Ecouter

Koudlam - Eagles Of Afrika

Koudlam - The New Order


one-switch-to-collision-korrectOne Switch To Collision – Korrect! (PAN, 2008)

Le premier groupe chorale de Pan European, puisqu’il regroupe à la fois des membres de Kill For Total Peace et Turzi, passe immédiatement du court au long. Jouant sur l’ambigüité territoriale, One Switch To Collision se positionne avant tout comme un groupe multicartes, passant du kraut au psyché sans que rien ni personne n’ait compris ce qui se passe, leur nom en portant d’ailleurs les stigmates. Si je ne devais garder qu’un album du label effervescent parisien, ce serait celui-ci. Véritable leçon de musicalité, aussi tonitruante que vaporeuse. La voix de D.Gage est à rapprocher de celle de Bobby Gillespie période post-Jesus & Mary Chain, à la fois soul et narcotique, se baladant sur des riffs de guitares tantôt affolants, parfois neuroleptiques, mais sonnants toujours juste. Ajoutez à cela un climat brumeux et enfumé, dans lequel résonne l’écho d’un orgue au son retro et une batterie qui enchaine les ruptures pour mieux déclencher l’embardée d’envolées lyriques puis embardées volcaniques et vous serez encore loin de deviner le potentiel auditif de One Switch To Collision. Que se soit sur Smokes, Bist Du Korrect ? ou le puissant Small Box of Wax, cette troupe de huit zicos réussit l’exploit impossible d’égaler le choucroute-rock planant de Can et Amon Düül ainsi que le british psyché d’Hawkind, voir de Pink Floyd. Mention spéciale au flamboyant Psychotic Sunday, soit seize minutes de corrosion mentale et de leçon d’hypnose. Surpuissant !

Ecouter

OSC - K9 Itch

OSC - Bist Du Korrect


ano-under-the-moon-ofAqua Nebula Oscillator – Under The Moon Of… (PAN, 2008)

Autant être honnête dès le départ, j’ai eu un mal fou à rentrer dans ce nouvel opus de nos devil’s rejects. Refonte du line-up, changement brutal d’ambiance, un titre se rapprochant de celui de Twilight 2, une pochette faisant penser à un fly pour un concert de Punish Yourself… Et pourtant, après quelques écoutes je dois bien avouer m’être finalement pris au jeu de cette nouvelle mouture d’ANO qui tronque ses atmosphères de hululements pour fleurs fanées à la cithare contre un garage-rock que n’auraient pas dénigré les MC5 tout en conservant leur costume d’Halloween. Il faudra pourtant s’habituer au chant tranchant de la Cruella, Shazzula, qui partage le devant de la scène avec l’unique vétéran du groupe David Spher’Os. Under The Moon Of… est certes un album qui déconcertera les fans de la première heure du combo machiavélique et psycho-tropique. Mais qu’on se rassure le chaos ambiant n’empêchera pas les moments de bravoure que sont Lost in space ou Flying Mountain. Et la déjanterie reprend vite dessus alternant accélération et aquaplaning aérien menant l’assistance jusqu’à l’aliénation. LSD Therapy qu’ils appellent ça… Buvards non-fournis par contre. SIC !

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ANO - Flying Mountain

ANO - Silver Moon


koudlam-goodbyeKoudlam – Goodbye (PAN, 2009)

Intituler son second album Goodbye pourrait paraitre prétentieux ou malvenu de la part du jeune artiste ultra-buzzé, Koudlam. Pourtant, le message n’est pas à prendre au pied de la lettre, il ne s’agit d’un adieu du musicien à la scène, mais bien d’un constat de crise où finalement le monde s’écroule sous nos pieds et nous tire sa révérence. Cet au revoir, c’est nous tous qui le scandons, car seule échappatoire au final, la mort.
Voici un disque profondément perturbant tournoyant autour de la destruction, qui sur bien des points me rappelle le concept-album de Nine Inch Nails, The Downward Spiral. Ce thème de prédilection, l’artiste le partage notamment avec son illustrateur, ami et parfois mentor Cyprien Gaillard.
La voix écorchée de Koudlam déchire les aortes sur Love Song qui détourne le slogan Johnny Lyndon période P.I.L et se transforme complainte le temps de la petite mort que dure Goodbye. On retrouve forcement See you all, hymne devenu prophétique ainsi que le World-Cold-wave Eagles of Africa dans une version totalement identique à celle déjà présente sur Live at Teotihuacan.
L’homme au regard de dauphin déchaine sa rage sur Middle, morceau new-wave sur lequel le chanteur rentre en transe, fusionnant avec le beat à la fois inquisiteur et inquiétant et laissera finalement les éléments s’exprimer sur Waves of Mutilation. Le ciel devient sombre, et nous assistons impuissant à l’écroulement de toute la civilisation moderne dans un fracas frénétique en l’occurrence synthétique.
Le monde attendait un nouveau prophète, pas de doute le voici. Mais celui-ci ne sera pas religieux, et son message d’amour sera doux comme la lame d’un rasoir glissant sur artère.

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Koudlam - See you All

Koudlam - Wave Mutilation


kill-for-total-peace-kill-forKill For Total Peace – Kill For (PAN, 2009)

Voir D.Gage bouger son corps comme Shaun Ryder qui aurait mangé du « Bez », avec son look de Steve Rogers en chantant Captain America, fait toujours son petit effet. Si Kill For Total Peace ressemble à un slogan militaire pour agrandir les rangs des troufions qui partaient au Vietnam, l’esprit révolutionnaire lui se ressent réellement dans la musique du quintet à la fois foutraque et suintant le perfectionnisme. Psychédélique et schizophonique ! Bang ! Bang ! Une balle dans la tête et ascenseur pour l’Elevator Love. On gonfle rapidement les rangs des fanatiques du Total Fuzzzzzzz, on bugue, on accroit le buzz et on se drogue à l’adrénaline pure envoyée par décharges à travers nos oreilles. Fuck Dreams, is my reality comme je répondrais à cette connasse de Sophie Marceau, et lui sucrerait sa sur-boum pour lui asséner les sonic-booms d’un Sunshine, collage électrique d’influences multiples et éclectiques. Pulvérisant toutes les audaces, Kill For est un album qui prend résidance bien confortablement au centre même du cerveau, prenant le contrôle de vos synapses, faisant tomber les pions comme le jeu d’échecs. Tout le génie du groupe se trouve là, dans cette capacité à rendre leur musique si addictive qu’elle vous ferait passer 6 minutes 41 en 50 seconds. Que quelqu’un me vire ce putain de casque, je n’arrive plus à m’arrêter…

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Kill For Total Peace - 50 seconds

Kill For Total Peace - Residance


Jordan l'interview

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Jordan c'est Adrien, Batiste et Thibault. Jordan est donc un trio, où chacun chante et chacun transpire à grosses goutes, mais sans basse (guitare/claviers/batterie). Et ce n'est pas là leur seule originalité puisque ces parisiens d'adoption sont aussi attachés à la France que les Burger King. Jusqu'à présent, le groupe sillonne l'Hexagone un petit tour et puis s'en va... de l'autre côté de l'Atlantique. "Oh no we are domino !" a été enregistré, mixé et produit par Jay Pellici des 31 knots à San Francisco quand le second album, sur le point d'être finalisé, a été couché sur bandes à New York par Mike Law des New Idea Society. De quoi cerner l'appétence particulière de ces jeunes gens, à l'humour dévastateur, pour la lointaine Amérique et son mille-feuilles culturel. Jordan c'est aussi et surtout une histoire d'amitié et de démerde, féru d'un esprit do it youself - pour la production et distribution de leurs albums, comme pour la préparation de leur tournée européenne et américaine - que le groupe revendique et qui leur fait partager la scène depuis trois ans avec des troublions aussi talentueux que - outre ceux précités - Les Savy Fav, Robocop Kraus, Parts and Labor, Shipping News ou encore Ted Leo an the Pharmacists. De quoi forcer le respect et l'intérêt d'autant que l'électricité brute dégagée sur scène est impeccablement retranscrite sur disque.

Vous revenez d'une seconde tournée au Etats Unis, vous enregistrez vos albums outre atlantique, expliquez moi cet attrait pour l'Amérique ?

Adrien : L'idée importante pour moi c'est plutôt de s'isoler de chez nous. Être juste tous les trois face à nos morceaux. Après aux USA, il y a aussi l'attrait du studio et de producteurs de renom qui comprennent tout de suite là où on veut aller et qui en même temps sont contents de travailler avec des petits français. C'est donc une expérience totale. Et puis du coup bosser en anglais, c'est pareil, ça nous fait entrer dans un autre état d'esprit, ça nous tire vers le haut.

Batiste : Peut-être qu'on a trop été bercé par la télévision et le cinéma, en tout cas c'est toujours très impressionnant d'être là-bas, alors y faire des concerts, c'est fou.

Thibaut : Je vais te répondre exactement ce que j'ai dit au douanier Américain qui m'a posé la même question : "because you are the best !". Sans rire, quand tu vas bosser avec des gens là-bas, ils ont déjà tous une grosse expérience dans le son que tu veux et ce depuis plusieurs générations ; tu n'as que du matériel vintage, des producteurs rodés qui ont bossés sur des groupes que tu écoutes... et tout ça pour le même prix qu'en France vu la conversion du dollar ! dur de faire mieux que le King hé ! Un facteur très important dans le processus d'enregistrement reste aussi l'immersion totale, USA ou autres : il était très important pour nous d'inscrire nos albums dans un voyage, loin de la maison et seulement face à nous mêmes. Partir enregistrer tous les matins en métro, ça n'aurait pas été la même chose.

Des lieux, des endroits, des personnes... votre souvenir le plus marquant ?

Adrien : Ce que je trouve le plus fou en tournant aux USA ce sont les house shows qu'on a fait là bas. On en a enchaîné deux pendant la dernière tournée, un dimanche soir dans l'Oklahoma et un lundi soir en Arkansas et à chaque fois c'est complètement fou, c'est vraiment une expérience spéciale et ça sied vraiment au côté fête de la musique qu'on fait. C'est quelque chose qui est plus rare en France et en Europe. Sinon jouer en Floride sous un climat tellement tropical que la sono finit par céder, c'est assez dépaysant aussi !

Batiste :Il y a des concerts qui rassemblent tout ce qu'on peut attendre : une soirée bien organisée, des gens adorables, une ville nouvelle et magnifique, des bons groupes, des bonnes conditions, un public curieux, et des détails en plus : par exemple la route en Norvège à travers les fjords, le désert en Arizona, le public hyper content en Allemagne, les repas, et surtout les gens après les concerts, ça peut faire des sortes de soirées parfaites. Dans ces cas-là les concerts deviennent des moments très forts.

Thibaut : Pour ma part je dirais le premier concert à Boston ou il a fallut reprendre tous les réflexes d'une tournée américaine: pas de balance, matériel aléatoire, trouver à manger, ne pas sortir dans la rue avec son verre, montrer son passeport au barman, etc... C'est aussi le jour ou on a rencontré les Ho-Ag avec qui on a fait le concert de retour à Paris 6 semaines plus tard, on a dormi chez eux et ils ont dormi chez nous... la boucle est bouclée.

Vous venez de terminer votre second album, une nouvelle orientation ? ou une une suite logique du précédent ?

Adrien : C'est un peu des deux. On a pris le temps de plus travailler les chansons pour arriver à un résultat moins brut et moins garage on va dire. Les structures sont plus complexes, nos parties à tous plus travaillées. On voulait garder l'énergie lo-fi et délurée en passant une étape sur le côté technique. On est vraiment content car si le studio a été très éprouvant, j'ai l'impression qu'on s'est tous dépassé !

Batiste : Mike Law, le producteur du nouveau disque, nous a entraîné vers plus de rigueur, plus de perfectionnisme, on a beaucoup bossé, en peu de temps. C'était nouveau pour nous, mais ça a bien renouvelé notre façon d'enregistrer, pour changer les habitudes.

Thibaut : Pour la première fois on a utilisé l'informatique dans l'enregistrement, ça fait déjà une grosse différence. Le premier album et l'EP ont été enregistrés sur bande donc une grosse partie en live, ça n'a pas été le cas pour celui ci. Il y a aussi beaucoup plus de secondes guitares que nous avons insérées en live grâce a des effets de bouclage depuis un certain temps déjà. Je pense que ces deux éléments rendent cet album un plus riche même s'il reste logique.

Le concert fêtant votre retour à Paris, début décembre à l'International, semble avoir convaincu pas mal de monde. Contents de reprendre la route en France ? Une idée de ce qui va suivre ?

Adrien : C'était super comme concert oui, surtout à Paris où on a parfois l'impression que tout est un peu guindé. Là c'était assez fou et on était super heureux d'y rejouer. On préfère définitivement les petits endroits avec les gens tout près et contents d'être là. Un grand merci au passage à Laure qui a organisé le concert et aux incroyables Ho Ag et Titus d'enfer ! On fait une mini-tournée de dix dates en Europe en Février et ensuite le disque va sortir en mai/juin et suivra une grosse tournée en Europe et en Amérique du Nord et pourquoi pas de nouveaux territoires.

Batiste : L'International est un super lieu, c'était une très bonne soirée. J'adore Ho-Ag. Ravi de tourner à nouveau pour rencontrer des gens, en France ou ailleurs.

Des projets parallèles à déclarer ?

Adrien : Moi je joue dans un duo tout nouveau qui s'appelle Trésors et j'ai un projet solo encore secret !

Batiste : Je chante avec une guitare, mais c'est pas encore prêt...

Thibaut : Pour ma part j'ai plusieurs projets secrets qui sont des Trésors et ou je chante avec ma guitare, chut chut !

 


Lilly Wood And The Prick l'interview

lillywoodSouvenez-vous, c’était fin 2008, un duo parisien remixait L.E.S Artistes de Santigold. Cette reprise acoustique s’offrit un beau succès sur la Toile et annonçait déjà une belle suite.  Lilly Wood and The Prick ont depuis sorti un EP chez Cinq 7, nous promettent un album pour le printemps et enchaînent en attendant les concerts. Leur single Down The Drain fait le reste. Avant que tout ne soit plus jamais comme avant et que leur electro-folk jouissive ne fasse parler trop d'elle, nous avons rencontré Nili et Ben au Point Ephémère.

L'interview


The Rodeo - Hotel Utah

couv-hotel-utah19 août. 22h42. Nipton, California. Je suis assise devant le motel, sous la véranda. Cinq clients, le désert, la voie ferrée, et rien. Le bruit très étouffé des conversations, celui des insectes qui gambadent sur le sol, poursuivis par le chat, et parfois, le fracas d'un interminable train de marchandise. Le silence est juste ce qu'il faut d'habité pour pouvoir ne penser à rien. C'est là que j'aurais aimé découvrir le dernier EP de The Rodeo. La voix chaude et rebondie de Dorothée Hannequin se serait parfaitement mariée à ce silence-là. Ses chansons, qui sonnent comme des westerns en carton-pâte, n'auraient pas dépareillé dans cet hôtel dont on se demande, une fois qu'on l'a quitté, s'il a vraiment existé.

Après un premier EP brut et dépouillé (My First EP, sorti en juin 2008), The Rodeo offre un deuxième apéritif à son premier album, prévu pour février 2010. Cette mise en bouche, aux arrangements nettement plus léchés, est pour le moins appétissante. On y redécouvre le timbre à la fois doux et rugueux de Dorothée dans des comptines jolies, mais pas complaisantes. L'EP s'ouvre sur la mélodie parfaitement maitrisée d'On The Radio, dont les chœurs semblent tout droit sortis de la maison hantée de Disneyland. Si on devine en effet les influences américaines de Dorothée (elle cite les Byrds, les Shangri-Las ou Billie Holiday), on sent qu'elle les interprète avec une élégance toute française. Rien qui ne sonne faux, pourtant, car sa voix veloutée sait se faire âpre quand il faut donner à ses compositions toute la profondeur qu'elles méritent. I'll Catch The Following Train et Here's The Light sonnent ainsi comme deux petits bijoux folk sans artifices, délicatement ciselés dans le bois de cette guitare qu'elle a trouvé dans le grenier de son oncle quand elle avait quinze ans.

The Rodeo brille donc par son authenticité. Mais s'il y a aussi un art dans lequel il excelle, c'est celui de la reprise. De la discrète citation du The Beautiful People de Marylin Manson à la fin de l'éraillé Cha Cha Cha à la version gracieuse d'Amazing de Kanye West, Dorothée fait preuve d'un second degré pop superbement retenu qu'on ne peut qu'admirer. Un trésor de modestie et de discrétion qui laisse sur sa faim et dont on attend avec impatience la version longue.

Audio

The Rodeo - Cha cha cha

Tracklist

The Rodeo - Hotel Utah (Emergence Music, 2009)

1. On The Radio
2. I'll Catch The Following Train
3. Cha Cha Cha
4. Here's The Light
5. Amazing (feat. Olympic)


Sammy Decoster l'interview

sammy_decosterSo, sammy!

Quel est le lien entre Giant Sand, Jesus Lizard, Calexico ou Lemonheads ? Peut-être Sammy Decoster. Si son album est un peu passé inaperçu cette année, son mélange de rock, de blues et de country torturé ne laisse pas indifférent. Avec Sammy Decoster, c'est une invitation au voyage dans les plaines nord américaine. Un parfum de stetson et de pick up, une voix à la Jeff Buckley et une ressemblance avec Vincent Gallo non dissimulée .

Rencontre sur ses terres lilloises un soir de concert improvisé. De Tucumcari son dernier album à sa tournée barbecue, le chanteur se livre de manière très personnel à Hartzine. Interview en noir et blanc pour artiste entre ombre et lumière.

Video

Bonus


Neonbirds - Decades

neonbirdsarticlesMechanic nerves and Plastic throats.Sur leur profil CQFD, vous n'en saurez pas plus. Ou si, mais il fallait demander. Les Neonbirds, duo parisien réunissant Léon et Baptiste, composent depuis près de quatre ans une cold dance addictive, à mi chemin entre cold-wave mancunienne des années 80 et techno minimale d'une Allemagne réunifiée. Déployant aussi bien leur savoir faire électrisant par de multiples concerts que par d'astucieuses vidéos sur la toile (réalisées par So Many Pictures ou Born to Film), les Neonbirds, s'activent pour aboutir dès 2010 à une sortie physique de leur récente démo contenant autant de moments forts qu'elle ne comporte de morceaux. Ici en écoute Decades. Une certitude : on en reparle bientôt.
Thibault

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Villeneuve - Death Race

villeneuveLe morceau commence comme celui d'un quinquet de jazz qui s'accorde. On est bien loin du compte. Une basse ronde et puissante donne le feu vert à un piano virevoltant, embarquant dans sa course une batterie tout en cymbales, pour neuf minutes étourdissantes, d'une intensité rare. Caracolant en pôle d'un style exsudant l'émotion pure, instrumentale et catatonique (fasciné par les sommets, obnubilé par la chute), à la manière des écossais de Mogwai ou des antibois de M83, Benoît de Villeneuve, producteur parisien de son état et agissant sous le nom de Villeneuve, annonce, via le sublime morceau Death race disponible en maxi vinyle, un album à paraître en janvier 2010, Dry Marks of Memory, succédant au revigorant First Date (2005). L'album, enregistré live, promet d'être beau et rétro avec les collaborations de Liz Green, Nili (Lily Wood & The Prick) et Ozark Henry. Le clip vidéo est un montage d'images du film THX1138 (1971) de Georges Lucas, produit par Francis Ford Coppola, dont la célérité ne donne que plus de cachet à cette funeste apologie de la vitesse.

Thibault

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Shanka - Rock The Folk !

shanka_cover_def_cropIl y a quelques temps, j'entendais parler d'un projet intrigant : Shanka, le guitariste de Lycosia, No One Is Innocent et Destruction Incorporated, annonçait la sortie d'un EP composé de reprises de morceaux de folk country - et entièrement autoproduit par lui seul. Avant même de l'avoir entre les mains, je me suis posée maintes questions. Pour résumer : comment un petit Français, dont l'univers musical me semblait à mille lieux de cette musique, allait-il s'approprier un patrimoine tout ce qu'il y a de plus américain ? Allait-il se rendre aussi ridicule que Roch Voisine reprenant "City Of New Orleans" ?

Si l'évocation de cette possibilité fait frémir d'horreur, on est vite rassuré. Premier bon point : François Maigret n'a pas choisi de faire un best of, mais a sélectionné cinq titres avec amour (comme les légumes dans la soupe Maggi, un peu). Tant mieux, on n'avait pas particulièrement envie d'entendre sa version de "Stand By Your Man". Dans le texte d'introduction publié sur son profil MySpace et sur sa page Facebook, il s'explique : "Ce sont mes amis Elliott Murphy et France de Griessen qui m'ont donné le 'virus' de la folk music et de la country music. C'est en rentrant d'un voyage à Nashville au printemps dernier que j'ai décidé de chercher ma propre interprétation de ce style musical en enregistrant des reprises de chansons 'à ma manière'". Alors, justement, voyons à quelle sauce il a mangé ces morceaux.

L'EP s'ouvre sur "The Cuckoo", un vieux standard anglais que le folklore américain s'est largement réapproprié. Parmi les nombreuses versions remarquables enregistrées depuis le début des années soixante, on retiendra celle, au banjo, de Clarence Ashley, la jolie interprétation de Rory Gallagher ou encore celle, plus énervée, de Janis Joplin avec Big Brother and the Holding Company. Enfin, quand je dis "énervée", ce n'est rien à côté de celle de Shanka. Au début, tout va pour le mieux, sans être très original : banjo et voix grave à la Johnny Cash. Et puis le petit coucou se transforme soudainement en un méchant vautour agressif. François nous avait pourtant prévenu : "à ma manière", il avait dit. Si l'on apprécie l'efficacité de la réinterprétation, on déplore néanmoins sur ce titre le son de la caisse claire, que l'on aurait apprécié moins mat, plus gras. Malgré sa radicalité, l'ensemble ne laisse pas un goût amer ; la douce voix de France de Griessen vient nous rassurer : non, nous ne serons pas mangés tout crus par un oiseau mutant. Ouf.

On enchaîne avec "Last Of The Rock Stars", un des titres les plus célèbres d'Elliot Murphy, sorti en 1973. En rendant ainsi hommage à son mentor, Shanka prend des risques, car il sait qu'il sera jugé par l'intéressé. Comment se sort-il de cet exercice périlleux ? Très bien, pour tout vous dire. Exit l'harmonica, place à la disto : sans en faire trop, il dépoussière l'hymne de Murph the Surf et lui donne une nouvelle jeunesse plus que méritée.

Nous voilà au morceau central de l'EP. Et ce n'en est pas un petit, de morceau : Shanka s'attaque carrément au célébrissime "Folsom Prison Blues" de Johnny Cash, composé en 1955 et performé en 1968 au sein même de la prison de Folsom, en Californie. Etait-il utile d'en faire une énième reprise ? Au vu du résultat, on est tenté de dire que c'était indispensable. Le titre est méconnaissable, jusqu'aux premières notes du génial solo, originellement interprété par le non moins génial Carl Perkins. Néanmoins, quoi qu'on puisse penser de la transformation, on ne peut pas nier le fait que la brutalité de cette nouvelle version correspond parfaitement à celle des paroles. C'était d'ailleurs l'un des objectifs de Shanka : "Mon but était de m'approprier le plus possible les chansons pour pouvoir les interpréter sans faux-semblants, quitte à aller parfois loin dans le soulignement de la violence sous-jacente des textes". Et c'est après cette phrase qu'il cite, justement, un extrait bien choisi de "Folsom Prison Blues" : "I shot a man in Reno just to watch him die". Objectif complété, mon Capitaine.

Retour au calme avec "Cherokee Fiddle", une vieille chanson de cow-boy traitant de sujets aussi primordiaux que le violon et le whisky. Les versions que l'on peut en trouver sur le net ressemblent plus à de la soupe qu'à ce qu'a dû entendre Shanka : "J'ai entendu 'Cherokee Fiddle' [...] dans un restaurant ('The Ol' Blinkin' Light') isolé au fin fond du Nouveau-Mexique". Probablement plus réjouissant que les interprétations d'Eddie South ou de Mickey Gilley. L'introduction de celle de Shanka ressemble étrangement à "Revolution" des Beatles. Ensuite - on commence à en avoir l'habitude - on retrouve la même énergie infaillible qui habite les autres titres de l'EP.

Ce dernier s'achève avec "What Would You Give In Exchange For Your Soul", un standard de gospel aux paroles plutôt naïves. Chantées par Shanka, elles prennent une toute autre signification : la question innocente devient, dans sa bouche, un réquisitoire diabolique. Décapant.

Malgré mes craintes, notre petit Français s'en est donc très bien tiré. Car, bien qu'il soit beaucoup plus éloigné géographiquement de Nashville que Roch Voisine, ses reprises sonnent plus justes. On sent en effet dans chacune de ses réappropriations un amour et une compréhension du patrimoine américain plus qu'appréciables et pour le moins touchants. Pour vous en convaincre, je ne peux que vous conseiller d'écouter, ci-dessous, son voyage mental en troisième classe sur un chemin de fer rouillé ; c'est perdu au beau milieu du désert californien, quand personne ne peut plus l'entendre, qu'il crie le mieux sa colère.

Emeline Ancel-Pirouelle

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Shanka - Folsom Prison Blues(Johnny Cash Cover)

Tracklist

Shanka - Rock The Folk ! (2009)

1. The Cuckoo
2. Last Of The Rock Stars
3. Folsom Prison Blues
4. Cherokee Fiddle
5. What Would You Give In Exchange For Your Soul


Kap Bambino - Batcaves (Jackson remix)

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Bonjour c'est Rigobert, cette semaine, mois des morts oblige, un remix d'outre-tombe  à faire danser un cimetière, même pas Kap Bambino!

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Kap Bambino - Batcaves (Jackson remix)


Radiohead - Nude (Saycet Remix)

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Salut c'est rigobert, cette semaine un désormais classique de Radiohead, Nude, remixé par un talentueux groupe parisien, sayCet, dont le second album est imminent.

Et parce que noël approche, on vous offre literature review writing en plus de la  Radio, Le Panda en pluche tout doux qui va avec.

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Radiohead - Nude (Saycet Remix)

Panda Bear - I'm Not (Saycet Remix)


Turzi - B

turziC'était un jeudi soir pas comme les autres (29/10/2009). Ou presque. L'Élysée Montmartre ouvre tôt ses portes, et pour cause, la liste des artistes venus célébrer la sortie de B, second album de Turzi, est longue comme un bras. Un bras seulement amputé des anglais d'Action Beat, annulés. Étienne, moitié-Jaumet moitié-Zombie, au cours d'un dj set allumé, puis SCUM et Koudlam préparent avec leurs bonnes manières respectives un public relativement nombreux pour l'occasion et le lieu. Mention spéciale à Koudlam qui termine son set d'une involontaire acrobatie qui aurait pu être drôle s'il n'avait pas flingué son mac en l'aspergeant abondamment de bière. Lorsque Romain Turzi prend place au centre de la scène, entouré de son Reich IV, la salle est brusquement plongée dans une demie-obscurité qu'elle ne quittera plus. L'auditoire exalté entame alors un voyage roboratif en plein cœur des villes cartographiées par B via l'imposant écran disposé en arrière plan. Seules deux incursions en territoire connu (Alpes et Afghanistan du précédent album A) jalonnent cette balade sinueuse et extatique, au son puissant et aux multiples sommets. Le concert est bon, impressionnant de maîtrise, celle qui libère et permet l'accès de fièvre sans pour autant en gripper la machine. Les variations sonores des guitares et des claviers se déploient sur la durée quand la rythmique, plus massive qu'auparavant, cercle d'une discipline imparable la liberté de ton et de style du groupe. Ahuri, les oreilles vrillées, je rentre chez moi, le vynil sous le bras. Une nuit en points de suspension m'attend.

Après Made Under Authority, mini-LP sorti en 2006, et A paru en 2007 sur Record Makers, B est le second volet d’une trilogie qui sera complétée ultérieurement par un C. Romain Turzi et son Reich IV déclinent de la sorte leur alphabet doublé d'une intime géographie urbaine puisque les dix morceaux que comporte B portent le nom de villes éparpillées sur le globe commençant par la lettre b. Le choix des villes semble curieux, surtout lorsque Romain déclare ne jamais y avoir mis les pieds, mais un simple coup d'œil à une mappemonde ornant son local au point FMR suffit pour comprendre : en reliant chacune d'entre elles d'un trait, on obtient un B. Le type même de décalage amusé coloriant l'univers d'un groupe que l'on a tôt fait d'imaginer sombre, élégiaque. Le Reich IV - hommage appuyé à Steve Reich, pape de la musique répétitive, et à son IV organs - est composé de Sky Over (batterie), Judah Warsky (keyboards), Gunther Rock (Guitare) et Arthur Rambo (Basse). D'eux, tous amis de longue date, Romain Turzi est catégorique : "plus qu'un backing band, ce sont des éléments de mon esprit". Autant dire que Turzi ne s'assimile pas à Romain Turzi, qui, seul, dans un projet parallèle portant lui-aussi le nom de Turzi, décline une musique électronique introspective. Et lorsque Marc Tessier, patron de Records Maker, propose à Romain d'enrôler, pour les voix de B, Damo Suzuki, second chanteur de Can, groupe élémentaire de la kosmiche music (1969 - 1975), lui se permet de refuser, voulant au contraire s'affranchir de tout code référentiel, forcément restrictif. C'est dans cet ordre d'idées, contre-indiquées, que Romain ira chercher, pour deux des morceaux les plus extravaguant de B - Baltimore, tout en puissance et Bamako, longue complainte à la noirceur vénéneuse - Bobby Gillespie, chanteur de Primal scream et Brigitte Fontaine , rencontrée par l'intermédiaire de son compagnon légendaire, Areski Belkacem, compositeur de génie (Fontaine, Barbara, Higelin...), lui même invité à décliner, tout au long de l'album, sa science des percussions. Si Romain Turzi revendique une filiation précise, dessinant un croissant pan-européen (la France de Camembert de Gong, Alpes, Heldon, Catharsis et De Roubaix, l’Allemagne identitaire de Can, Gottschring, Deuter, Harmonia et Faust et l’Italie de Morricone, Cipriani et Goblin) en plus d'un pont transatlantique (de l'Angleterre shoegaze des Jesus and mary chain, My bloody valentine et Ride à l'Amérique minimaliste - Reich, Glass, Chatham - ou noise de la No Wave et SonicYouth), il ne veut en aucun cas imiter et reproduire pour reproduire, à défaut de figer l'identité de son groupe qu'il estime en perpétuelle mutation. En 2007, lors de la sortie de A, Turzi est rapidement intronisé par la critique comme la contribution française la plus aboutie d'un revival krautrock en pleine ébullition. Loin d'être immérité, tant sur A renaît de la plus belle des manières le rock disciplinaire incarné par Neu!, Can ou Faust, Turzi jouant aussi bien sur la longueur des morceaux que sur la répétition de motifs simples et subtilement évolutifs, ce constat élogieux n'est pas ce qui intéresse Romain. Alors B est un contre-pied, tout en finesse : "ce que l'on cherche au final, c'est plus de jouer sur des paysages que sur des structures". Ainsi le disque est à prendre comme un tout, un ensemble nimbé d'électricité, mâtiné de claviers omniscients. Dès le début de B, une hostilité blanche se déploie, menaçante et incisive, à la frontière de l'indus anglo-saxon (Beijing, Bombay, Bangkok), remémorant en cela les bonnes heures du groupe angevin Hint, quand d'hypnotiques interludes, à connotations plus franchement germaniques, de Can à Tangerine Dream (Buenos Aires, Bethlehem, Brasilia), tempèrent, dans un registre plus familier au groupe, un album qui fera date. Turzi, et ses pendants psychédéliques (Étienne Jaumet), clubbin' (Joakim ) ou expérimentaux (Aqua nebula oscillator), dessinent les contours de formes musicales nouvelles, bien que référencées, et influentes bien au-delà de nos frontières. Ce n'est pas pour rien que le label qu'il a contribué à créer avec Arthur Rambo se nomme Pan european recordings (Koudlam, One Switch to Collision, Service).

Thibault

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Turzi - Brasilia

Tracklist

Turzi - B (Records Maker, 2009)

1. Beijing
2. Buenos Aires
3. Bombay
4. Bethlehem
5. Baltimore (feat. Bobby Gillespie)
6. Brasilia
7. Bangkok
8. Baden Baden
9. Bogota
10. Bamako (feat. Brigitte Fontaine)


Frànçois And The Atlas Mountains - Plaine inondable

3700398704654Un Charentais répondant au doux nom de Frànçois, nous envoie l'air de rien depuis Saintes  des pop songs à la beauté impénétrable, naufragées d'un monde jusque-là inconnu.  Nous le disons tout de go, rarement autant d'émotions, dangereusement transmissibles, n'auront transpiré sur un disque depuis qu'un certain Dominique A dévoila au grand jour son inégalable fossette.  Toute comparaison mise à part, l'auteur de Plaine inondable - terre musicale fertile où coule encore une douce et lumineuse  mélancolie -  ne s'arrête pas, comme parfois certains nuages chimiques, aux frontières du pays qui le vit naître. Résultat d'un long, laborieux  mais chanceux séjour dans la contrée voisine de l'albion, ce disque  donne aussi à entendre une honorable et respectueuse leçon de pop anglaise à tous ceux qui s'y sont essayés depuis que Belle&Sebastian ont usé leurs dernières cartouches de franc-tireur sur l'impeccable Your Hands Child, You Walk Like a Peasantusable . Mais arrêtons-là les grands discours, car finalement aucun commentaire, même le plus enjoué, ne pourra saisir ce qui fait véritablement la force de cette vitrine d'orfèvreries, force qui se situe du côté de l'indicible et qui n'a de vérité que dans l'expérience onirique à laquelle inévitablement elle nous invite.

Benoît

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Frànçois & The Atlas Mountains - Moitiée

Video

Tracklist

Frànçois And The Atlas Mountains - Plaine inondable (Talitres, 2009)

1. Friends
2. Be Water (Je suis de l’eau)
3. Wonders
4. Moitiée
5. Remind
6. Do You Do
7. Otages
8. Nights = Days
9. Years Of The Rain
10. Pic - Nic