Aufgang l'interview

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Comment est né Aufgang ?

Aymeric (batterie): Aufgang est réellement né en 2005. On se connaît tous les trois depuis à peu près 2000. Nous nous sommes rencontrés à New-York. Mais la date officielle de la naissance d'Aufgang est 2005, dans le cadre du festival du Sonar à Barcelone où nous avons eu l'opportunité de jouer pour la première fois.

Pourquoi avoir choisi se nom qui se traduit plus où moins en allemand par « montée » ?

Francesco (piano): Aufgang ne signifie pas réellement « montée » en réalité, on ne peut pas vraiment le traduire... Tout en gardant cette idée de « montée » il peut représenter le lever du soleil, comme l'escalier qui monte, où le monte-charge... Selon la déclinaison, cela ne pas vraiment dire la même chose, tu ne trouveras pas d'équivalent en français. D'ailleurs, on l'aime bien, c'est un terme un peu archaïque, personne ne l'utilise en allemand. Enfin si... On l'a vu à Berlin, c'était le terme utilisé pour représenter le passage pour aller à la mezzanine du lobby de l'hôtel, donc il y a toujours cette idée de « montée », mais ça reste conceptuel. Mais c'est une idée que nous aimons bien, d'aller toujours vers le haut, ce que nous essayons de traduire dans nos morceaux aussi, comme Sonar qui monte perpétuellement... Après nous avons un Libanais, un Français breton et d'origine chilienne, moi je suis luxembourgeois d'origine italienne, donc nous n'avions pas de terrain commun. Alors un nom allemand pourquoi pas ?

Pour la plupart vous venez d'horizons plus « classiques », comment avez-vous appréhendé cette approche de la musique électronique ?

Rami (piano): Nous avons toujours aimé écouter d'autres musiques que le classique. Aymeric par exemple produit du hip-hop. Durant sa période au Conservatoire lorsqu'il travaillait sur les percussions, il produisait d'autres types de musique, Francesco pareillement... Nous improvisons et composons depuis assez longtemps maintenant... Ce terrain d'entente commun nous a permis de développer un style hybride... Ce n'est pas de la fusion, ce n'est pas non plus du classique que l'on mixe sur un beat, c'est réellement un langage propre au 21ème siècle qui casse toutes les barrières, qui peut justement séparer toutes les structures et mêler tous les courants entre eux.

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L'accroche que l'on peut voir sur l'album et les affiches  « 2 pianos + 1 batterie » n'est pas tout à fait juste puisque vous utilisez également des boites à rythmes, séquenceurs...

Aymeric : C'est le côté humain qui est mis en avant. C'est les instruments que l'on nous voit réellement jouer sur scène... Nous sommes accompagnés de beaucoup de machines, de séquences, de synthés, ça pourrait presque être un quatrième musicien. Mais physiquement, sur scène, ça reste deux pianistes et un batteur. Après il faut demander pourquoi ils vendent ça comme ça... (Rires).

Francesco : Moi je pense qu'il est là le quatrième homme, quelque part derrière le rideau. On ne le voit pas, et c'est bien je trouve. C'est l'acteur silencieux, mais il est toujours présent. Nous n'avons pas de morceaux totalement acoustique, il y a toujours une partie de production, même si c'est en finesse. Par exemple pour le live on a quatre micros par piano, pour l'enregistrement on en avait huit. Il y a toujours cette interaction avec la technologie, et on passe un temps fou à programmer ces machines afin qu'elles répondent à nos attentes. Malgré tout à chaque fois on change un peu le set up, on tente d'humaniser un peu plus les machines pour que ça devienne quelque chose d'organique qui se confonde dans notre jeu acoustique de batterie et de pianos.

Avez-vous pour volonté d'introduire les instruments baroques dans les clubs ?

Francesco : Effectivement, pourquoi pas ! Déjà c'est assez rare de voir un piano à queue dans club non ? Alors deux ensemble...  Je pense que ça reste du jamais vu. Nous sommes très ouverts, comme je te le disais, on change souvent notre set up et nous envisageons des collaborations avec des orchestres avec d'autres instruments.  Nous sommes évidemment très inspirés par la musique baroque... Un clavecin... L'utilisation d'un clavecin en night-club, ça ce serait vraiment génial. Deus ex-machina, on fait descende le clavecin d'en haut... Le robot-clavecin.

Rami : Les éléments les plus fantaisistes nous donnent de l'énergie pour créer, pour aller plus loin, à partir du moment où cela sert la musique.

Quel est votre optique lorsque vous composez ?

Aymeric : Notre motivation c'est de chercher à créer une musique unique, différente tout en y insufflant nos influences. Nous composons de multiples manières, mais l'improvisation reste le centre de notre manière de procéder. On peut jammer, faire pas mal d'essais, puis bricoler... Notre façon de travailler change à chaque fois. Mais le but est de créer un objet unique, qui nous plaise et nous corresponde.

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Vous qualifieriez-vous comme des laborantins du son ?

Aymeric : Oui (ensemble), nous sommes très méticuleux et très perfectionnistes, et ce sont vraiment deux mots qui correspondent à notre travail et à notre façon de composer.

Francesco : Après ce n'est pas comme si nous effectuions une étude de marché. Par exemple, nous ne pouvons pas cibler notre public, on ne peut pas dire le public qui aimera Aufgang sera untel. Nous ne le savons pas. Si nous jouons dans une boîte, dans une salle de concert ou dans une église, c'est certain que le public sera différent et nous nous adaptons tels des caméléons, on change la set-list, nous modifions la tonalité... Mais l'intérêt c'est de jouer pour ces publics très différents. Que ce soit des raveurs ou un auditoire d'intellectuels, on s'en fout... Si on arrive à toucher déjà un public, on est content, et s'il est éclectique et varié, nous sommes d'autan plus ravis.

Rami : Le message c'est que si on arrive à toucher beaucoup de personnes grâce à notre musique, c'est qu'au final, elle réussit à représenter une certaine ouverture d'esprit et de ne pas enfermer les courants musicaux dans des cases séparées. C'est vrai que même si le mot semble fort, c'est un peu un rêve pour nous de pouvoir jouer avec nos instruments dans une boite de nuit. C'est quelque chose dont on parlait entre nous sans qu'on arrive vraiment à le matérialiser concrètement. Et puis les choses arrivent, sur 6 dates, nous avons joué dans 4 night-clubs, c'est assez intéressant, intriguant et excitant de ne pas savoir où on va...

On ressent beaucoup d'influences dans votre musique, que ce soit le jazz, le classique orchestral, la techno de Détroit...

Aymeric : Le rock aussi...

Je n'y avais pas pensé...

Aymeric : C'est plus dans l'énergie en fait...

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Mais alors d'où vous vous viennent réellement vos influences ?

Rami : Elles viennent de partout.Ça peut venir quand tu marches dans la rue, chaque être humain a sa propre sensibilité. Nous ne sommes pas influencés que par la musique.

Aymeric : Tous les arts nous inspirent.

Rami : Et pas seulement les arts, il suffit qu'un élément tragique se passe...

Aymeric : L'économie ! Nous allons faire un morceau sur l'économie (Rires).

Rami : Les influences, ça reste quelque chose de très personnel...

Francesco : Déjà nous sommes trois personnes différentes, avec trois cultures différentes, trois ambiances différentes, trois parcours différents... Il y a déjà tout un mix d'influences, après ce n'est pas à nous de les déterminer. Nous préférons laisser faire les médias et surtout le public, puisque si ça lui parle c'est qu'il a déjà une référence par rapport à ce qu'il écoute.

Votre titre Barock vient d'être remixé à la fois par Robert Hood, Mondkopf et Wareika. 3 nouvelles approches pour 3 nouvelles révolutions, quelle est la prochaine étape d'Aufgang ?

Rami : Le prochain album...

Francesco : Non, il ya un EP avant...

Rami : Oui, c'est sûr... Mais pour l'instant on continue à jouer le premier album et on a besoin de se renouveler... Mais nous avons des idées.

Et vous comptez rendre réel ce quatrième homme ?

Francesco : Mais il existe déjà sauf qu'on ne le voit pas. C'est tout simplement la meilleure partie de nous trois.


BEKO

beko-recordsSouvenez-vous de l'âge de pierre, du temps du compact-disc. Ce temps où l'on nous annonçait la mise à mort du microsillon sur l'autel du laser optique. Remémorez-vous le cloisonnement qu'il induisait, sa cherté et son peu d'intérêt cellophané. L'espace musical de chacun ne trouvait alors de convenables horizons qu'en assiégeant le consciencieux disquaire du coin et sa platine nichée entre deux fauteuils en cuir à la profondeur désarmante. Lequel disquaire fut vite remplacé, concentration capitalistique oblige, par la fameuse borne fnac n'égrainant que les trente petites secondes introductives de chaque morceau. Rien de tel pour honnir ce code barre et tout le commerce qui tourne avec, tel un rapace tentaculaire avilissant l'incongruité et l'originalité à la botte d'un conformisme dispendieux. Maintenant, projetez votre attention sur l'explosion digitale. Muni d'une bonne dose de curiosité, il est extrêmement facile via le net de se plonger dans des univers musicaux autres et de s'immerger de sonorités composées aux quatre coins de la planète. Flippant même, le chemin parcouru en si peu de temps. Pour le pire diront certains : téléchargement illégal, violation de propriété intellectuelle et mise à mort des albums au détriment des singles.

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L'apparition l'année passée d'Holidays Records dans le paysage musical bouscule pourtant les idées reçues : le net-label propose un maxi ou une compilation chaque vendredi en téléchargement gratuit. Emboîtant ce pas de géant d'une diffusion nouvelle d'un vivier musical infini, le label digital BEKO se ré-approprie l'idée. A sa manière. Si le principe reste peu ou prou le même, à savoir la publication hebdomadaire d'un single librement téléchargeable, le site est épuré au paroxysme du minimalisme quand les pochettes polychromes n'indiquent guère plus que le nom du groupe et le numéro de collection. Au delà d'un effet visuel, par ailleurs incontestable, c'est sur la diversité et la qualité que Jack et Reno s'appuient pour faire avancer et grandir leur protégé au nom de four pyrolitique. De leur Bretagne chérie, selon un axe Brest / Nantes, ces deux passionnés dénichent de véritables pépites d'ici et d'ailleurs pour les exposer ensuite aux oreilles d'un public aussi bigarré que ne le sont les groupes békotés. Ce qui attire inévitablement l'oreille de professionnels en quête de nouvelles têtes. Preuve en est, la récente signature du troublant duo canadien de Memoryhouse sur le label Evident Records.

En résumé, chacun y trouve donc son compte. Alors pourquoi pas vous ? Laissez-vous guider par Reno, qui, outre son statut de co-promoteur du site Beko(teur), partage son temps entre son magasin de disques et l'association Mémé Préfére en Quinquonce, dans un entretien trusté d'inestimables découvertes cliquables. Le jeu en valant outrageusement la chandelle, ce n'est pas dit qu'on ne lui redonne pas la parole très bientôt...

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Que faisais-tu avant Beko ?

Haha... Je te vois venir... Il y a maintenant plus de dix ans, avant de Bekoter, nous avions avec des amis un label "Diesel Combustible" au catalogue bien achalandé d'artistes locaux tels que Tank, Osaka, Dale Cooper, nos amis germaniques des cultissimes Ma Chérie for Painting, Mileva, Velvet First Floor et Color und Climax, une collaboration avec notre ami d'Active Suspension. Suite à une tentative avortée de sortie cdrs.. l'aventure s'est terminée. Reste que les artistes Diesel ont fait parler d'eux en signant sur de prestigieux labels, Earworm, Roisin, Rocket Racer... pour ne citer qu'eux.

D'où vous sont venues l'idée et la volonté à toi et Jack de créer un tel net-label avec chaque semaine un single en téléchargement gratuit ?

C'est avec le label Autres Direction in Music que l'idée m'est venue et notamment avec leurs premières sorties digitales (Atone, Melodium)... Mais il en existe tant d'autres... on est loin d'être les précurseurs ! Une chose est sûre, c'est que Beko je ne voulais pas le faire sans Jack... N'écoutant plus vraiment les mêmes choses, cela nous permet de nous compléter...

Holiday Records vous a poussés à franchir le pas ?

Entre autres, je trouvais intéressant de proposer le téléchargement gratuit d'un artiste chaque semaine. Après il me fallait trouver une idée différente, sous forme de 7", une direction artistique propre et un autre jour que le vendredi !

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Peux-tu expliquer comment "fonctionne" un net-label proposant la mise en téléchargement gratuite notamment à l'heure où le téléchargement illégal est de plus en plus réprimandé ?

Beko est sous Creative Communs ce qui permet aux groupes d'autoriser le téléchargement, tout en ayant la possibilité de sortir les morceaux proposés par Beko sur cd / vinyle. Beko permet de diffuser, promouvoir leur musique plus facilement... tout cela dans la légalité.

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et comment entrez-vous en contact avec eux ?

Au début j'avais mes préférences, je savais ce que je voulais Bekoter, à savoir des groupes que j'écoutais depuis longtemps (Bilinda Butchers, Death and Vanilla, Hanging Coffins). Je les ai juste contactés par mail et ils ont accepté immédiatement ! Puis en prospectant, je suis tombé sur Memoryhouse (le Beko s'est fait en deux semaines), Bathcrones et très récemment sur le Hongrois de Evil Have no Songs. Maintenant la demande est telle, que l'on reçoit un grand nombre de propositions permettant de tomber sur quelques perles comme The Leaf Library (sortie le 19/04). Et il faudra être patient, vu que le planning est complet jusqu'en octobre prochain !

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Beko ?

J'espère bons... Je suis très souvent en contact avec eux pour les informer des stats et des retours sur les blogs, radio et presse, mais beaucoup d'entre eux étaient déjà des amis. Andrea de Procedure Club nous a beaucoup aidés en contactant Sore Eros et Eternal Summers, Mélanie de Moscow Olympics nous a fait un beau Beko, en attendant leur nouvel album... D'autres le sont devenus comme Liz et Chris de Tan Dollar, Jamie Long... Vous retrouverez d'ailleurs beaucoup d'entre eux très prochainement..

Pourquoi cette volonté de faire paraître des artistes du monde entier ? On remarque qu'il y a très peu de groupes français dans le catalogue...

C'est pas mal de voyager non ? Les USA sont très bien représentés, vu la quantité et qualité musicale, l'Asie avec Moscow Olympics nous a permis des téléchargements de Chine, Corée et même de Mongolie ! Quatre artistes français à ce jour... des amis et des nouveaux venus très talentueux, tel La Femme, qui a réussi à sa façon de me réconcilier avec la chanson
française. Mais très prochainement d'autres viendront se greffer à l'aventure Beko... par exemple EDH et Folle Eglise...

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Peux-tu expliquer la marque de fabrique de Beko, notamment au niveau du style de musique et de l'artwork ?

Beko a été créé pour la musique (de la bonne), la créativité et la liberté artistique... Nous sommes de grands consommateurs de disques... quelque peu maladifs. Nous ne considérons pas Beko comme un label mais plutôt une plate-forme où l'on peut accéder gratuitement à la découverte... Le but est de faire découvrir les artistes que nous aimons... La sobriété du site par son peu d'info et ses pochettes permettent à Beko de se démarquer...

Sur l'ensemble du catalogue, j'imagine que tu as tes coups de cœur. Si tu en gardais cinq (player) ? Peux tu dire pourquoi ?

Chaque Beko est un coup de cœur...mais si tu en veux cinq...

The Dreams... je suis fan de toutes les productions de La Grande Triple Alliance Internationale de L'Est !

Raw Thrills, pour sa créativité débordante et ses relents à la John Maus.

Procedure Club, parce que c'est eux...

Eternal Summers, le "k" tant espéré !

[servez-vous de la touche ► pour faire défiler les morceaux]

Et à venir Muscle Drum, la pop déglinguée à la Tall Dwarfs que je rêvais d'entendre depuis bien longtemps

Peux-tu nous dire comment tu imagines Beko dans dix ans ? Une future Institution ?

Je ne suis pas quelqu'un qui se projette dans l'avenir. J'espère seulement que Beko aura permis de découvrir de nouveaux groupes, et j'espère qu'ils seront signés sur un vrai label ! Et puis dans dix ans je serais ...... à la retraite !

Dans le court terme, des évolutions ?

Le site devrait être amélioré très prochainement, ça devient pénible d'aller cliquer sur le Death and Vanilla ! Des écoutes seront proposées et un lien (tant demandé) pour ouvrir les fichiers rar sur Mac.

As-tu des projets parallèles ou bekoter est une activité à plein temps ?

Heureusement non. J'ai un métier qui me comble, une association organisatrice de concerts Mémé Préfére en Quinquonce et je me prépare activement pour le marathon de New York, qui fêtera cette année son quarantième anniversaire.

En guise de conclusion, je te laisse présenter tes coups de cœur d'ici et d'ailleurs... et tous non bekotés !

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Sur ma platine... j'écoute :

Liliput - Live Recordings, Tv-clips & Roadmovie (Kill Rock Star, 2010)
C'est un groupe avant-gardiste suisse, à savoir l'un des groupes féminins les plus emblématiques des débuts du punk.

Bleach - Killing Time (1992)
L'un des albums shoegaze (deuxième vague) qui me suit d'années en années...

Cliffordandcalix - Lost Foundling 1999-2004 (Aperture, 2010)
Il s'agit de la rencontre entre Mira Calix et Mark Clifford (Seefeel).

Grand Trine - Sunglasses 12'' (Divorce, 2010)
Du heavy-psych-space-punk canadien !

My Cantina - Wide Awake (Hidden Feast, 2006)
L'album d'un duo de Chicago, que je me suis enfin décidé à acheter : imagine que Slowdive rencontre the Postal Service !

The Feeling of Love - School Yeah 7'' (Sweet rot, 2010)
L'un des meilleurs groupes français actuels.

Wild Safari - Cave Sequins cs (Night People, 2010)
Le projet de William Cody Watson de Pink Priest.

Arian Sample - Self-Titled lp (Hogs on Ice, 2008)
Étrange disque de folk... d'ailleurs je n'ai pas de pochette pour celui ci, juste du papier Kraft...

Ruth White - Fowers of Evil (Limelight,1969)
Groupe mutant d'avant-garde électronique, très noir, loin d'un silver apples...

Opus Finis - Penance 7'' (2007)
Une sortie Weird Records (Xeno & Oaklander+Led er est) d'un duo post-wave basé à Miami.

The Seven Fields of Aphelion - Periphery (Graveface Records,2010)
Des membres de Of Black Moth Super Rainbow, fragile, ambiant...

- This Town Lp (Hozac, 2009)
Du garage rock sur un des labels des plus excitants du moment !

Native Cats - Native Cats 7'' (White Denim, 2010)
Une très belle découverte australienne, qui me fait penser (bizarrement) à Arab Strap.

White Ring / OoOOo 7" (Emotion, 2010)
La witch house, la musique la plus excitante de l'année.
Mater Suspiria Vision - ANNODAMONNA (free download)
Le groupe le plus créatif de l'année.

Mes coups de cœur en vrac...

Rosemary
Winter Drones
BADTIMEEXPRESS
PPALMM
Eachothers


Nick & The Mirrors – T(h)ree Shadows

288670Ça nous fait toujours plaisir que nos lecteurs réagissent sur nos chroniques quitte à nous envoyer leur petite démo bricolée avec deux sagaies et une perceuse enregistrée sur le microphone Mattel de leur petite sœur chérie... Je plaisante bien entendu puisque Nick & the Mirrors écume les salles depuis bientôt 2 ans et même plus, et  que Nicolas Lordier géniteur du groupe se cachait précédemment derrière le non-moins abstrait John Merrick Experiment. Je dus néanmoins prévenir le petit Nicolas que je n'étais pas Sempé et que comme le lecteur commence à en avoir l'habitude, j'aime jongler avec des lames de rasoir, car avec moi ça passe ou ça trash.

Et dès les premières notes de Sue me voilà embarrassé. Disons que ce n'est pas mauvais au demeurant, mais la composition un brin naïve me décroche totalement de cette ballade-pop volatile et qui me laisse un arrière-goût de déjà entendu. Pourtant les choses s'améliorent nettement sur Once upon a child sur lequel la voix diaphane de notre cher Nicolas fait des merveilles, les arpèges dansant sur une rythmique country-folk à laquelle se croise l'influence de Radiohead. Long Haired Teenagers séduit par son tempo déstructuré sans convaincre totalement, alors que My old man se pose en complainte mélodique et sincère, et remporte l'adhésion. Quelques notes de piano bien placées,  un jeu de guitare acoustique angélique à souhait, une douceur proche de l'amertume, il n'en faut pas moins pour frôler le grandiose. Hélas tous les titres n'ont pas ce panache, comme Honey don't qui rappelle trop les ambiances feu de camp sur bord de plage. Il y en a que ça excite, moi je trouve ça has-been.

Cependant T(h)ree Shadows reste un EP de facture très honnête, mais qui peine à se démarquer de l'effrayant raz-de-marée pop-folk qui nous assaille depuis quelques années. Reste que pour avoir vu le groupe sur scène, Nicolas semble avoir beaucoup d'humour, puisque les membres qui l'entourent ne sont que le reflet de son propre talent, et le garçon n'en est certes pas dépourvu. Espérons simplement que le manque d'équilibre qui fait défaut à ce maxi sera corrigé lors de son passage au long, car cet angélisme chez Nick & the Mirrors qui apparaît par brefs moments, on aimerait l'entendre plus souvent. Et bien quoi ? Même les bâtards ont un cœur.


On y était - SayCet

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Saycet, Paris, Café de la Danse, le 23 mars 2010

D'un claquement de doigts, il est peu fréquent de se défaire d'une chape de plomb, sans cesse lestée d'innombrables soucis quotidiens. Mis à part s'adonner à de puissants psychotropes, inutile de dire que la doucereuse amnésie est loin d'inonder ma boîte crânienne aux tempes tapageuses. Les affres d'une vie diurne mal assumée s'amusent d'inénarrables frasques noctambules pour anémier cette noble envie de profiter des premières douceurs printanières. L'œil torve, l'humeur cyclothymique et quelques précieux cachetons paracétamolés goulûment avalés, je retrouve Émeline et son fidèle appareil photo à quelques pas du Café de la Danse. L'onirique trio SayCet vient présenter, un jour après sa sortie, Through the Window, album intensément émotionnel et longuement maturé, m'ayant déjà inspiré une logorrhée émerveillée éperdument retranscrite ici. De chape de plomb, il ne restera rien. Ou si peu.

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J'ouvre une parenthèse, histoire de vous enquérir de la seconde partie, DAUU, qui ne sera qu'évoquée partiellement dans ce qui suit. Pourquoi ? Je préfère rester poli... tout en me permettant de susurrer au creux de vos oreilles averties une mise en garde sévère et sans appel. Pas narcoleptique pour un sou, je n'ai jamais éprouvé une telle sensation de fatigue à l'écoute d'un groupe bien décidé à matérialiser l'ennui et sa morne redondance au contact paresseux de ses instruments (contrebasse, clarinette, violoncelle et accordéon). Paraît-il que la petite bande belge traînassait avec Ezekiel pour de capiteuses incontinences dub-électro... A d'autres ! La descente de trip est dure à encaisser... Il est tout bonnement inutile et insupportable de se faire mal de la sorte. La boîte à pandore s'ouvre pour ne plus se refermer, mon fiel ne connaît plus de limite : deux, trois crasses encore à balancer et, promis, je passe à l'essentiel ! Ce quatuor sans frite donc se nomme DAUU pour Die Anarchistische Abendunterhaltung. Mystère je vous dis, mystère... Un petit coup de réverso plus loin et hop, on trouve le sens caché de toute cette mascarade : "la soirée anarchiste". Autrement dit : n'importe quoi. Autrement dit, dès la fin du premier morceau - de oh... miracle ! quinze putain de minutes - où une note de violoncelle croise mollement la route de deux de contrebasse, et ce tandis que l'accordéoniste s'endort littéralement sur son instrument, je me casse. Voilà, purement et simplement. Je n'ai pas de mouflet, ma vie me tend encore les bras, alors pourquoi une telle invitation à se balancer sous le premier bus qui passe ? Un seul regret taraude ma gouaille compulsive : n'avoir pu apprécier à sa juste valeur l'état d'un public ayant enduré l'ensemble de ce monstre soporifique... Fin de la parenthèse.

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L'essentiel : l'iridescent trio SayCet. Petit détour contextualisant : quelques jours auparavant, les Anglais d'Autechre nimbaient la désormais Machine du Moulin Rouge de leur intense soleil noir, baignant la foule, lors d'un set halluciné, d'une obscurité la plus totale. Enseignement tactique, pour le duo d'électroniciens, il s'agit de présenter leurs déchirures électroniques pour ce qu'elles sont, à savoir une tumultueuse odyssée sonique, intérieure et extatique, dénuée d'artifices visuels. Un point de vue inconditionnellement recevable de par la qualité d'un show unique en son genre. Pour les Parisiens de SayCet, la logique déployée est de toute autre nature. L'utilisation de la vidéo s'avère consubstantielle à la dimension spectrale de leur électronica mélodique. Phoene Somsavath, excentrée au fond à gauche de la scène, fait face à son laptop et à son micro installés de biais par rapport au public. Pierre Lefeuvre, au centre, les yeux rivés à son écran, caresse des mains ses consoles et autres bidouilles digitales. Zita Cochet, à sa droite, tourne presque le dos au gradin du Café de la Danse, fixant son ordinateur, absorbée qu'elle est par le déclenchement en temps réel de projections sur trois surfaces aux formes originales (un écran, une lanterne et une pendule). Concentrés, ces trois-là ne donnent pas dans la prestation live conjuguant relents âcres de sueur et décibels. Sorte d'antithèse au bon vieux rock'n'roll, leurs silhouettes immobiles se distinguent à peine dans l'obscurité, quand le spectateur est invité à s'immerger dans un océan contemplatif où la rétine caresse et embrasse, par le mouvement d'images glissant d'une structure à l'autre, un univers cinétique éthéré, magnifiant la sensitivité d'un halo sonore aux profondeurs abyssales. Signe qui ne trompe pas, et qui souligne cette importance prise dans leur introspection musicale par ce volubile ballet d'images, filmées et réalisées par Zita mais aussi par Nolwenn Daniel et Amaël Réchin Lê Ky-Huong, le concert débute par Her Movie. Un morceau instrumental posant les bases de ce que SayCet insinue tout au long de Through the Window, entre divagations intimes mâtinées de notes de piano suspendues et emballement cardiaque issu de rythmes à la syncope viscérale. Bruyere et We Walk Fast nous envoient par la suite tutoyer l'indicible, Phoene irradiant de sa voix immaculée les aspérités de nos sens chavirés. Essentiellement confectionnée de plages extraites de Through the Window, l'embardée onirique du trio prend le cap - l'espace de deux morceaux, Trilogie et Maud Take the Train - de One Day at Home (Electron'y'Pop, 2005) déclinant une électronica diaphane délicieusement perlée d'une mélancolie que l'on n'ose réprimer. Reculer dans le temps pour mieux se projeter dans l'avenir, SayCet l'opère à merveille et offre avec Easy et Opal, deux des plus luminescents joyaux dont Through the Window est serti. Littéralement happé par la maestria sonore et visuelle du trio, c'est confortablement reclus dans son for intérieur que chacun entame la dernière saillie atmosphérique d'un concert où Chromatic Bird et Fire Flies font office de final étourdissant. Le beat conclusif de Fire Flies se répète en boucle tandis que les lumières de la salle martèlent effrontément leur crudité. S'extirper d'une telle nasse amniotique se meut alors en effort vertigineux, comme celui de (re)venir au monde et d'en accepter sa vulgarité. DAUU est là pour en attester.

SayCet se produira à nouveau au Café de la Danse le 20 mai prochain.

Photos

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Setlist

1. Her Movie (Through the Window)
2. Bruyere (Through the Window)
3. We Walk Fast (Through the Window)
4. Trilogie (One Day at Home)
5. Maud Take the Train (One Day at Home)
6. Easy (Through the Window)
7. Opal (Through the Window)
8. 15 (Through the Window)
9. Sunday Morning (Through the Window)
10. Chromatic Bird (One Day at Home)
11. Fire Flies (Through the Window)

Video



Thomas Mery - Des Larmes Mélangées de Poussière

sleeve_300dpi_front1Un timide sourire trouble mon visage salement matinal. Bien sûr, j'ai perdu un fidèle compagnon de nuits sans sommeil. Mais Les Boutiques Sonores viennent de rendre à mon imaginaire d'éternel étourdi l'une des voix les plus poignantes de notre grand bug de l'an 2000. Thomas Mery - ancien membre du groupe parisien Purr dont le disque Whales Lead To The Deep Sea (Prohibited Records - 1997) constitue encore un Everest pour la scène indé rock française - sort Des Larmes Mélangées de Poussière, un EP enregistré par Miguel Constantino, que l'on retrouve le temps de quelques accords sur Sinal Fechado, tout comme Stéphane Bouvier et Jérôme Lorichon - anciens membres de Purr - à la clarinette, à la basse et à la batterie sur Aux Fenêtres Immenses. Après un premier album entièrement chanté en anglais, A Ship, Like a Ghost, Like a Cell (Dora Dorovitch / Shif-t - 2006) où l'épure instrumentale folk sublime l'expression d'une sensibilité à fleur de peau, Thomas Mery égraine dans Des Larmes Mélangées de Poussière trois morceaux polyglottes (français, anglais, portugais) à la beauté diaphane, où le dépassement de soi et des linéarités traditionnelles insinue une entièreté émotionnelle hors du commun. Remémorant la mue pop de Purr lors d'Open Transport (Prohibited Records - 2000), Aux Fenêtres Immenses offre, du long de ses onze minutes éthérées, une incartade poétique dans un imaginaire fragmenté, carénée d'une trame rythmique virtuose. Une luminosité évanescente s'en dégage, répercutée à nos oreilles tant par la richesse des textes - subtil collage comportant aussi bien des citations de carnets de Leonard De Vinci que du Miroir de Tarkovski - que par la subtilité d'une clarinette capitonnée d'un velours intimiste. Un brin déstabilisé par la nudité d'une âme ainsi exposée, l'intense contemplation qu'évoque Ça se pare d'un écrin mélodique d'une profondeur n'ayant d'égale que sa sobriété, quand Sinal fechado, reprise de l'auteur-compositeur brésilien Paulinho da Viola, clôture Des Larmes Mélangées de Poussière par la fragilité d'un chant suggérant le déchirement, la séparation. Si quelques ingénus qualifiaient naguère de ghost folk sa musique, cet EP - dont l'édition vinyle blanche concoctée par Ohayo Records et Les Boutiques Sonores Records est magnifique - indique qu'au contraire, Thomas Mery, aux confins des sensibles, préfère dévoiler sa générosité bouleversante au grand jour que drapé d'ombres acrimonieuses. On ne saura lui reprocher, en attendant impatiemment la suite.

thomasmery_photo-by-shane-aspegrenThomas Mery, Andromakers, The Two, Porco Rosso, Dantès, BS Party, 13 mars 2010, Les Trois Baudets

Invité à m'immerger dans le cadre intimiste des Trois Baudets, lors d'une soirée organisée le 13 mars dernier par Les Boutiques Sonores, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai retrouvé Thomas Mery, accompagné pour l'occasion par ses anciens acolytes de Purr, Stéphane Bouvier à la clarinette et à la basse et Jérôme Lorichon à la batterie. Le concert donné par le trio d'un soir insuffla une intensité rare, celle où la musique se suffit à elle-même et n'a pas besoin de volume pour résonner fort et longtemps dans nos têtes. S'il est difficile de ne pas regretter la brièveté de cette éphémère reformation, la richesse de la programmation sut consoler les oreilles d'un public venu en nombre : de la pop mélodieuse et enjouée de The Two à l'électro texturé du duo féminin Andromakers - dont la pureté des voix et la vitalité du jeu de scène relèguent Telepathe loin, très loin... - de l'éclectisme jouissif de Dantès à la pop grand angle de Porco Rosso, chacun y puisa sa part de rêve gardant secrètement le souvenir d'une nuit délicieusement mémorable.

Audio


Thomas Mery - Ça

Tracklist

Thomas Mery - Des Larmes Mélangées de Poussière (Ohayo Records, BS Records, 2010)

1. Aux fenêtres immenses
2. Ça
3. Sinal fechado


On y était - Festival Clapping Music

flyerfestivalcmDix ans que le label Clapping Music œuvre pour la musique indépendante. Dix ans de mélodieuses rencontres, de King Q4 à Lauter en passant par Ramona Cordova, Centenaire, Yeti Lane, ou encore François Virot, double tête d'affiche de ce mini festival. Émeline et Thibault se sont rendus à chacune de ces deux soirées hautes en couleurs, vous réservant par la suite un dossier spécial Clapping autrement étayé. Un compte-rendu comme mise en bouche donc.

Karaocake, Lauter et Reveille, Festival Clapping Music, 9 mars 2010, L'International

Les festivités commencent avec le tout jeune Karaocake, timide trio dont le premier opus, Rows And Stitches est sur le point de paraître. A cause de l'heure de retard réglementaire, la foule déjà nombreuse se fait pressante autour de la petite scène de l'International. Malgré leur jeu de scène à peu près aussi dynamique que celui d'une huître en pleine action, les trois camarades conquièrent facilement le public avec leur pop Casio aux relents de plastoc. Miss Karaocake, initiatrice de ce projet qu'elle a mené en solo pendant de longues tournées avec François Virot, se débat entre son carnet de notes et les gommettes qu'elle a collées sur les touches de son clavier et dont elle n'arrive plus à voir la couleur. Son camarade Charlotte Sampler - qui n'a de féminin que le prénom - jette également des coups d'oeil répétés à ses papiers entre chaque chanson tandis que Domotic - par ailleurs membre de Centenaire -, plus à l'aise, leur vole un peu la vedette. Mais cet amateurisme charmant n'enlève rien à la précision soignée de ces chansons cheap et mélancoliques. Un groupe à suivre.

La soirée se poursuit sans plus de transition qu'une bière avec Lauter, accompagné pour l'occasion d'un remarquable batteur. C'est en grande partie grâce à son jeu aussi délicat que tranchant que les morceaux blues-folk-psyché de Boris Kohlmayer gagnent en profondeur. La fatigue aidant, on se laisse volontiers emporter dans son univers d'un sombre vert d'eau. Grâce à son perfectionnisme - son dernier album a nécessité par moins de douze séances d'enregistrement - le concert prend un tour captivant.

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On pouvait compter sur Reveille pour nous sortir de cet état presque béat. Le nouveau projet de François Virot, accompagné de Lisa Duroux à la batterie et d'un bassiste non-identifié qui les a rejoints il y a quelques semaines seulement, consiste en un raffut pop-grunge emmené par le jeu brutal de la batteuse. On devine rapidement qu'elle ne doit pas jouer de son instrument depuis bien longtemps, mais personne dans l'assemblée ne semble en faire cas : l'enthousiasme de son jeu forcené est communicatif. On a presque l'impression de voir un enfant qui se réjouit d'avoir trouvé un nouveau moyen de pourrir les oreilles de ses parents. François, quant à lui, très classe dans son jogging trois bandes - mais il pourrait jouer en charentaises qu'on lui pardonnerait - brode sur cette trame épaisse avec la voix de fausset qu'on lui connaît bien depuis son effort solo de 2008. Si les mélodies peinent à émerger de cette bouillie sonore, le résultat est on ne peut plus réjouissant. Oui, d'aucuns reprocheront à Reveille son manque de bouteille, et on ne pourra leur donner tort. Mais sa fraîcheur est contagieuse et, malgré les multiples pains, on en sort l'éternel sourire angélique de François scotché aux lèvres et orné d'une furieuse envie de vivre.

Emeline Ancel-Pirouelle



Centenaire, Yeti Lane et Clara Clara, Festival Clapping Music, 10 mars 2010, Le Point FMR

J'ai longtemps procrastiné ce report, mais ne m'en voulez pas, le pain sur ma planche ressemble cet an-ci à un énorme campagnard comme on n'en trouve plus qu'à Sarlat. Inutile donc d'y voir un quelconque désintérêt ou méprise de ma part, d'autant que la maison de disque artisanale Clapping Music fait coup double à l'occasion de son dixième anniversaire : si Centenaire et Yeti Lane viennent présenter leurs nouvelles compositions/formations néo-folk, les électrisants Clara Clara égrainent à nos oreilles le jour de sa sortie leur Comfortables Problems.
Ça sent déjà le début du printemps, je parcours en sifflotant les quelques rues qui me séparent du Point FMR. Il est 18h, Paris me laisse un bref répit dans sa course à l'absurde. Je rejoins Émeline, le temps de s'en griller une et de commander une mousse fraîche, puis nous retrouvons Amélie, Charles et François de Clara Clara, pour une interview-conversation aussi sympathique que bordélique. Sans doute un peu ma faute, mes questions étant pour la plupart posées à l'emporte pièce. Sans doute un peu la leur, une polyphonie de réponses amusées m'étant le plus souvent rétorquée. L'heure tourne, les verres se vident, l'interview est dans la boîte. On laisse la petite bande reprendre ses quartiers dans la minuscule loge du Point FMR et notre attention se déporte maladroitement vers un écran géant déployé on ne sait pas trop pourquoi en plein milieu du bar. La voix de Jean Michel Larqué résonne, l'antre de la maison blanche bouillonne sous nos yeux et c'est contraint et forcé que je tire une croix sur le match de l'année. A défaut de onze Lyonnais en partance pour l'exploit, trois vont nous en mettre plein les oreilles. Je gagne au change.

La salle se remplit vite. A l'intérieur, tout le monde se connaît : on sent bien que le nombre d'invités et inversement proportionnel à celui des quelques malheureux s'étant fendus d'une modique somme pour dénicher un billet. Quoi de plus logique que d'être entouré de ses proches pour souffler ses bougies. L'ambiance est donc à la détente, les gens s'apostrophent, se tapent sur l'épaule, les groupes ayant joués la veille (Karaocake, Lauter) squattent les abords de la scène quand les compils - éditées pour l'occasion par Clapping et distribuées gracieusement à l'entrée - circulent avec gourmandise.
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Les bien nommés Centenaire, dont le premier effort n'a pourtant que quatre ans et dont le premier succès d'estime, The Enemy, est paru l'année dernière, se présentent en trio. Batti originellement sur une formule acoustique, Damien Mingus (My Jazzy Child), Aurélien Potier et Axel Monneau (Orval Carlos Sibelius) furent rejoint lors de la composition de The Enemy par Stéphane Laporte (Domotic) qui insuffla par l'intrusion d'une batterie minimaliste une fièvre électrique qui n'allait plus les quitter. Si le départ d'Axel n'élimine pas de fait l'influence folk acoustique du groupe, celui-ci fait quasi table-rase de son passé : seul un titre ré-adapté de The Enemy fait partie de la setlist de ce soir. C'est donc dans un inconnu teinté d'ambiances feutrées que Damin Mingus nous embarque, sa voix évoquant tour à tour la mélancolie doucereuse de Jason Lytle, puis celle monocorde et captivante de Christopher Adams (Hood). Assurée selon le principe des chaises musicales, l'instrumentation révèle toute sa richesse à mesure que s'étirent les morceaux. On reste suspendu à certains silences comme on se prend à fermer les yeux sur d'indolentes arabesques de claviers. Une rythmique sèche mais volubile permet à une guitare de générer de vibrantes nuées sonores qui planent négligemment avant de fondre dans le creux de nos oreilles charmées. Le set est court mais démonstratif : en 2010, il faudra compter sur ces Parisiens d'une profondeur d'âme que l'on jure abyssale.

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Un point score et une bière sifflée plus loin, c'est perdu au milieu d'une foule compacte que je me glisse dans l'espoir d'apprécier au mieux le désormais duo Yeti Lane. Il s'agit de leur premier concert sans le grand LoAc, eux qui avaient déjà débaptisé Cyann & Ben, leur ancien groupe, suite au départ de ladite Cyann. Mon attention est d'entrée subjuguée par l'amas de claviers, d'amplis et de machines diverses et variées que l'on croirait au moins destiné pour un quinquet. En général, ce type de surcharge pue le pâté. Mais il n'en est rien et chacun s'installe, face à face, dans sa moitié de scène respective : Ben au chant, à la guitare et aux claviers, Charlie derrière l'imposante batterie, entourée de synthétiseurs et autres quincailleries clignotantes. Ils ne sont pas là pour rigoler et nous non plus. Un faible éclairage rougeoyant confère au groupe une aura presque mystique que l'entame de set, tout en progression rythmique, ne fait qu'abonder. La plupart des morceaux joués sont extraits de leur premier album éponyme (2009) - le quatrième si l'on compte ceux de Cyann & Ben - parmi lesquels quelques titres inédits annoncent d'ores et déjà un maxi prévu pour 2010. J'avoue sans mal m'être laissé porter par ces structures folk à la fois carénées d'éléments krautrock (la répétition, les rythmiques) et d'influences psychés. Cette intime narcose tissée de sonorités extatiques est donc à situer quelque part entre Turzi et Zombie Zombie (ces derniers ont - comme par hasard - remixé certains de leur morceaux, à écouter ici), la guitare de Ben produisant par moment une étrange écume synthétique à la fois orgasmique et insidieuse. Et si la forêt d'instruments prend clairement le dessus sur les voix, provoquant d'irrémédiable montées d'adrénaline, l'ensemble, sur la durée, s'avère d'un relief très contrasté, Lonesome George en constituant l'Everest infranchissable. Il fait atrocement chaud, les lumières se rallument : j'ose à peine avouer le réconfort qu'elles m'inspirent pour aller m'humecter le gosier.

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On connait leur réputation, ils nous la confirment entre deux sourires : les Clara Clara préfèrent la spontanéité à la rigueur, le bruit à la dentelle, l'envie à la réflexion. Il n'est pas nécessaire d'écouter en long, en large et en travers leur second album, Comfortable Problems, pour se convaincre que le disque est taillé pour la scène et qu'un concert de ces trois-là peut s'apparenter à un déluge sonore particulièrement jouissif. Bien sûr, il y aura toujours ces langues de vipères qui maugréeront en regardant leurs pieds..."ça a déjà été entendus mille fois", "pfff c'est hyper simpliste, ça vaut pas tout le buzz qu'on en fait"... Mais à vrai dire, on s'en tape : un concert où transpire autre chose que l'émotion, où ce qui suinte laisse un goût amer et salé sur les lèvres, vaut parfois toutes les explications du monde. Et à ce titre, comment être déçu ! La batterie de François, jouant debout, au centre et équipé d'un micro-casque lui conférant un air de famille avec toute les divas blondes que la planète dénombre, est réduite à son strict minimum bien qu'étant la pierre angulaire du groupe. Le clavier d'Amélie, apparemment tombé en rade et remplacé sur le champ par l'un des quatre-vingt dix mille que possède Yeti Lane, est disposé à gauche quand Charles occupe le flanc droit, muni d'une basse élégante qu'il porte haut. Une nouvelle fois dans cette soirée si particulière, il s'agit de mettre de côté un passé pas si lointain, où le groupe jouait au milieu du public, sans micro et sans sonorisation autre que des amplis, éructant une musique rêche et abrasive à la manières des Américains de Lightning Bolt. En effet, aucun des morceaux du groupe contenus sur l'album AA (SK records, 2008) ne sera joué, quand la voix de François s'invite pour aérer des compositions qui, malgré la rage inextinguible qu'elles contiennent, ne sombrent jamais dans une violence bête et méchante. Dès les premiers morceaux et We Won't Let You Alone, le public fait corps à cette noise-pop sur-vitaminée et balancée à toute blinde. Le clavier d'Amélie donne une profondeur mélodique évidente à ces hymnes foutraques savamment distillés où la basse, d'une épaisseur saturée à faire pâlir Brian Gibson, cadence âprement un rythme mitraillé par un François Virot aussi frêle que transfiguré sur scène. Under the Skirt, Lovers puis Versus Education Of Artistic Peace finissent de me convaincre de la puissance de feu des Clara Clara qui, à défaut de révolutionner un style largement galvaudé par une palanquée d'imposteurs, s'évertuent à tirer vicieusement sur la corde de chacune de nos terminaisons nerveuses dans l'espoir de provoquer un démantibulement visible de nos membres endoloris. Pas le temps de souffler et de laisser les guiboles se détendre que la sagacité de leur set prend à nouveau à la gorge et époustoufle, tant la gouaille ravageuse des garnements martyrise au centuple nos tympans sur les tubesques One One One, où Amélie - ressemblant étrangement à Kim Gordon moulée dans sa robe blanche - ouvre le morceau en tintamarrant des baguettes sur une chaise, et Paper Crowns que toute la salle attendait pour exulter. La communion est totale, le gâteau d'anniversaire largement entamé. Il fait affreusement moite, chacun a au moins renversé sa bière sur le voisin, quand ce n'est pas sur soi-même, mais tous - ou presque - ont ce regard mielleux de la concupiscence assouvie. Je ne veux pas en savoir plus et je m'infiltre dans la nuit. Mes oreilles sifflent et siffleront jusqu'au petit matin.

Clap Clap Clapping, et longue vie.

Thibault

Photos

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crédits photos : Emeline Ancel-Pirouelle © pour hartzine

Collapse - In Despair

indespair_100Puisque Hartzine a pour seule ambition de faire place à ceux qui en manquent, il était temps de parler d'une scène aussi foisonnante que très souvent mise en marge de la musique alternative. Je parle bien entendu de la musique industrielle. Il était donc venu pour moi d'attraper le train en marche et de me pencher sur ce courant qui a bercé mon adolescence et révolutionné mes perceptions auditives à tout jamais, ouvrant mon intérêt à de nouvelles forme d'expérimentations sonores et décuplant mon addiction à farfouiller les bacs pour dénicher LA perle rare.
Ainsi quoi de mieux qu'aller directement à la source et de rencontrer l'une des entités françaises majeures dans sa discipline depuis maintenant plus de 15 ans : Collapse. Après une rencontre que vous pouvez retrouver en intégralité ici, votre rédacteur a reçu le privilège de chroniquer In despair, dernier opus du groupe, et attendu depuis maintenant 4 ans. Enfin, il est difficile de parler de groupe puisque Amadou Sall est seul au bord d'un navire qu'il mène d'une main de fer dans un gant de métal.
S'il est vrai que lors de l'entretien votre correspondant manqua de défaillir plus d'une fois en entendant cités des noms comme VNV Nation ou Suicide Commando de manière plus que respectable, je fus immédiatement rassuré d'entrée de jeu. Bien qu'ayant muté vers une forme plus électro, Collapse garde toute la rugosité de ses origines et l'animosité des tensions urbaines auxquelles nous nous étions habitués. D'ailleurs la parenté de titres comme Apocalypse ou One by one est plus à aller chercher du côté de Tyranny For You de Front 242 ou Millenium de Front Line Assembly que de vagues seconds couteaux de l'electro-EBM. Et ce même si Torment, implacable rouleau compresseur rageur et colérique, et pourtant ultimement dancefloor pour qui aime le pogo, penche dangereusement vers du Hocico, avant que la guitare en dénature la mélodie et transforme le morceau en tuerie hystérique.
Prey et Farewell gardent quant à eux cette saveur de l'asphalte hurlante. Amadou fait crisser les machines, brûler les cordes, mais dans une retenue emprisonnant la tension pour mieux la laisser nous saisir à la gorge. L'album se clôt sur une énigme à laquelle l'auditeur devra répondre seul. Une courte plage electro-ambient, laissant entrevoir des plaines désertiques jonchées de débris et plages marécageuses noyées sous les détritus. C'est ce que l'on appelle une aube noire, quel mystère se cache derrière ce titre intitulé Rest in Peace...

Audio

Collapse - Torment

Tracklist

Collapse - In Despair (Collapse Music / Season Of Mist, 2010)
1. One by one
2. New horizon
3. Apocalypse
4. Torment
5. Coma
6. Prey
7. Farewell
8. It is time
9. Land of the dead
10. Voices
11. Rest in peace


//Tense//

tenseAlliage de chaines et de muscles, //Tense// gonfle de testostérone la pop synthétique qui se performe depuis la fin des années 70. L'obéissance à tous les codes de l'électronique de plateau télé Est Allemand fait plaisir à entendre. Nous y trouvons une petite touche Severed Heads sans le côté rêveur de nos amis australiens. Saluons donc l'initiative du label Desire qui ne devrait pas rentabiliser son plan de com avec ce genre de sortie. Néanmoins le Introducing Ep est en écoute sur Fairtilizer et disponible sur le blog du label.

Audio


Marvin - Hangover the Top

at010-artwork_DigisleeveJe m'y attendais. Un rapide tour de table, le temps de se partager les sorties de mars et d'avril... qui veut chroniquer Hangover The Top ? Silence. Les regards se braquent sur moi... Pourquoi moi putain ! Ils s'esclaffent. Ah oui... très drôle... bon, bon, ben ok je prends... Je rumine dans ma barbe... font vraiment chier... Et ce n'est pas parce que les Montpellierains de Marvin m'indiffèrent, non, au contraire, leur second disque à paraître le 6 avril prochain via Africantape rythme depuis un bon moment ce mal de crâne aussi tenace que matinal. Celui qu'on trimbale, claudiquant fiévreusement dans le dédale du métro, après une nuit d'agitation mâtinée de houblon. Non, c'est plus la morne lassitude de LA vanne éculée. Je vous le donne en mille, si Tom Waits casse la pipe, ce sera encore à moi d'évoquer cette voix trempée dans un fût de Bourbon ! Ben ouais... Du coup, je pense sérieusement à me mettre à la Badoit, histoire de faire taire les langues fourchues... Chose plus facile à dire qu'à faire. Mais revenons-en à notre trio qui mérite bien autre chose que la complainte d'un chroniqueur vaguement enhardi. Hangover The Top est le second album d'un groupe pratiquant dans ses oraisons noise un syncrétisme rock époustouflant, extirpant à la fois du math-rock, du post-rock et du post-punk de quoi cadencer effrontément neuf morceaux étonnamment divers. Choses nouvelles au regard de leur premier effort auto-produit (s/t, 2007), au déluge de guitare, batterie et synthés viennent se greffer d'éparses parties chantées quand une intempestive influence hard-rock surgit avec sagacité dès le morceau introductif (Roquedur). Enregistré par Miguel Constantino et mastérisé par Jason Ward en décembre 2009, Hangover The Top insinue par l'intensité sonore de chacune de ses joutes électriques, une production soignée et une complexification de ses structures rythmiques susceptibles d'élargir l'audience de ces trois infatigables baroudeurs. Car si la réputation d'Émilie, Greg et Fred n'est plus à faire lors de concerts déclenchant partout où ils se tiennent un joyeux bordel gorgé de sueur, l'album, par sa transposition roborative de morceaux éprouvées scéniquement risque d'embraser pas mal d'oreilles abasourdies, notamment celles ne s'étant pas encore remises du Sad Cities Handclappers d'Electric Electric. Si Dirty Tapping et Good Radiations, cisaillées d'un chant trituré de vocoder, sortent inévitablement du lot par leur accessibilité et leur immédiateté toutes trouvées, 12 comme Conan le Bastard s'évertuent à pousser le bouchon le plus loin possible d'un rock abrasif et joué mille blindes à l'heure. On Reste bien tranquille, le temps d'une grivoiserie savamment métallique, et l'on se jette sans coups férir sur Fear et sa mitraille incandescente à haut voltage. Désorienté, tourneboulé, la fin approche et les sept minutes de Here come the warm Jets, reprise du morceau clôturant le premier album solo de Brian Eno (Here come the warm Jets, 1974), sonne presque comme une ode revigorante aux lendemains qui déchantent. Décidément, Hangover the Top porte bien son nom. Le paracétamol n'a pas fini de pourrir mon estomac.

En plus d'une foultitude de concerts en France et ailleurs, les Marvin donnent une release party, à l'occasion d'Hangover the Top, le 3 avril prochain à la flèche d'or en (bonne) compagnie de Gablé, Papier Tigre et Fordamage. Be there.

Audio

Marvin - Good Radiations

Tracklist

Marvin - Hangover the Top (Africantape, 2010)

1- Roquedur
2- Au 12
3- Dirty Tapping
4- Reste bien tranquille
5- Conan le Bastard
6- Good Radiations
7- Moustache 34
8- Fear
9- Here come the warm Jets (Brian Eno cover)


The Rodeo - Music Maelstrom + Interview

The rodeo coverAssis sur le lit défoncé d'une chambre miteuse à deux dollars la nuit entre John Fante et ce bon vieux Hank, tu sirotes ta bière réchauffée à l'abri du soleil qui cogne sur Sunset Boulevard. Les minces rais de lumière qui s'échappent des persiennes te laissent à peine distinguer les fissures qui parcourent les murs moisis. Les voitures glissent devant la fenêtre comme les vagues s'échouent sur la plage. Pour rien au monde tu n'échangerais ta place contre une suite au Château Marmont. Même les cafards qui s'échappent des planches du parquet ont un air amical.
Et puis tu te réveilles. La pluie qui frappe mollement tes carreaux fait s'écrouler brutalement cette vision persistante. Sauf les cafards. Non, tu n'es pas à Los Angeles mais dans la chambre parisienne minuscule que tes modestes revenus te forcent à habiter. Et ça a beau être tout aussi pourri, ça a nettement moins de charme que si c'était sur la côte californienne. Découragé, tu t'écroules à nouveau sur ton oreiller, tentant désespérément de retrouver cette sensation, la chaleur du soleil brûlant à travers les volets, l'ombre glauque et protectrice, les compagnons littéraires, l'alcool bon marché. C'est là que The Rodeo intervient.
A l'heure où tu te traînais de bus en métro à un énième job d'été inintéressant, Dorothée Hannequin, sac au dos, parcourait déjà les routes californiennes en Greyhound au beau milieu du peuple américain, du vrai. Elle en a ramené une musique apatride, ni vraiment américaine, ni vraiment française, mais qui mêle avec brio traditions étasuniennes et second degré pop. Son accent non identifiable, cette façon si particulière qu'elle a d'enrober les -r- et ses références cultivées lui permettent cependant d'obtenir un passeport au pays des gens de goût. Après deux EP remarqués, My First EP et le bien nommé Hotel Utah, Dorothée vient de présenter au public désormais avide de sa musique son premier album, Music Maelstrom. Si les deux EP qui l'ont faite connaître étaient assez éclectiques et marqués par une culture pop de la reprise, ce premier opus, plus cohérent, se recentre sur une americana mâtinée d'une discrète ambiance de saloon.
L'album s'ouvre sur le déjà fameux On The Radio, désormais accompagné d'un clip digne de ce nom. Quelques secondes suffisent pour nous ramener dans notre ditch fantasmé. Notre rêverie s'envole avec la mélodie pop de Love Is Not On The Corner, puis s'installe délicatement dans les ambiances sobres et discrètes de My Ode To You, Bird, Modern Life ou High Resolution. Les arrangements délicatement ciselés ne tombent pour autant jamais dans la niaiserie : la voix légèrement éraillée de Dorothée sort Hand Shadows de la joliesse gratuite. Il ne s'agirait pas d'oublier l'avertissement prodigué dès le premier titre de My First EP : "I'm rude". Avec Little Soldier et Passing Through, The Rodeo distille savamment ses influences country, de Gene Autry à Hank Williams en passant par les premiers Elvis Presley. Le premier de ces titres nous pousse sans regret hors du confort déglingué de la chambre pour nous emmener dans un de ces bars où les cow-boys alcoolisés renchérissent avec classe sur ses paroles, formant une sorte de choeur aussi docile que sauvage. Dorothée les dompte à merveille ; pour une Française, elle n'a pas à rougir de sa country. Quand elle quitte les vachers, c'est pour retrouver Uncle Sam, un personnage inspiré par les marginaux qui peuplent la littérature américaine, celle de John Fante et de Bukowski, justement. Cet oncle littéraire dispense son influence bienfaisante sur l'album, et on ne regrette même pas qu'il siffle désespérément faux. On quitte Dorothée à regret avec le dernier titre de Music Maelstrom, l'impitoyable I'm Gonna Leave You, qui incarne néanmoins à merveille la quintessence de The Rodeo : une musique soigneusement sculptée dans un amour brut pour la culture américaine et qui se caractérise par l'élégante sobriété qu'elle sait conserver en toute circonstance.

Interview

Un article signé Patrice

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The Rodeo - Uncle Sam

Bonus

Tracklist

The Rodeo - Music Maelstrom  (Emergence/Naïve, 2010)

1. On The Radio
2. Love Is Not On The Corner
3. My Ode To You
4. Bird
5. Little Soldier
6. Uncle Sam
7. Hand Shadows
8. Modern Life
9. Passing Through
10. High Resolution
11. I'm Gonna Leave You

mais aussi en tournée
24/03 @ 6 PAR 4 - Laval
26/03 @ ECHONOVA - Vannes
30/03 @ Café de la danse - Paris
01/04 @ La Péniche - Lille
03/04 @ La Cartonnerie - Reims
09/07 @ La Fourmi - Limoges
10/04 @ La Coop de Mai - Clermont-Ferrand
15/04 @ Antipoe - Rennes
19/04 @ Rock School Barbey - Bordeaux
22/04 @ La Laitierie - Strasbourg


SayCet - Through The Window

On ne rentre pas dans l'ondoyant édifice sonore des Parisiens de SayCet comme on peut le faire fortuitement dans un vulgaire moulin. Une lumière diaphane empreinte d'ombres fantasmatiques insinue certes l'invitation. Mais déchaussez-vous, prenez garde à vous mouvoir sur la pointe des pieds, ne laissez pas vos paroles dépasser la frontière ténue du chuchotement. Installez-vous confortablement dans l'un des canapés disposés à cet effet. Ne vous frottez pas les yeux, laissez les au contraire s'habituer à cette obscurité trouble, confondante, ordonnant aux formes leur effacement, aux visages leur anonymat. Cessez de vous préoccuper des autres, de ce qui vous entoure, de votre environnement. La porte céleste séparant l'âpreté du quotidien à l'onirisme serein est à portée de mains. Vous en effleurez la poignée du regard, la profondeur suggérée par son franchissement n'est en rien vertigineuse. Votre cœur bat lentement, la pulsation est profonde, intense. L'écho qui s'en dégage donne un rythme certain à la polyphonie organique qui tourbillonne en apesanteur. Des images en filigrane vous submergent, celles d'un passé désincarné, d'un futur inavouable. Vous papillonnez dans une mer d'insouciance, lové sur vous-même, la rétine irisée de pâles reflets d'innocence. Vos sens frémissent faiblement, votre peau tressaille inopinément, la plénitude renversante s'étiole alors progressivement. Puis brusquement tout s'arrête. Les douze morceaux que compte Through the Window, à paraître le 22 mars sur Electron’y'pop, s'estompent à vos oreilles de la même manière qu'ils s'y sont invités. D'une beauté chapardeuse, l'addiction est instantanée, vous regrettez de ne pas avoir mis votre hi-fi en mode replay. C'est un fait. Le trio est loin d'être le moins connu des dealers de rêves. Il y avait One Day At Home qui depuis 2006 guidait de ses comptines atmosphériques nos pas chancelant de noctambules avertis. Des climats électroniques dénués de chant mais moins délétères que ceux des Ecossais de Boards of Canada avec Music Has the Right to Children. Une mélancolie perlée de douceur se dégageait de l'étincelant Chromatic Birds comme du bien nommé Dream Factory. Une blinde plus tard, quatre ans, Pierre Lefeuvre à troqué son panda contre un groupe permettant à sa musique d'atteindre une profondeur sonore et visuelle sans pareille. Phoene Somsavath, de sa voix cristalline, inocule une intensité ascensionnelle d'autant plus prenante que Zita Cochet en retranscrit, par ses projections déclenchées en temps réel sur scène, l'épure cinématographique. Through the Window devient cet esquif trop personnel pour être partagé, sur lequel on scrute le monde s'en feindre de s'y mouiller. Si le morceau inaugural, 15, reprend peu ou prou le fil instrumental de One Day at Home, Easy puis Opal jettent pudiquement les bases de cette nouvelle dimension élégiaque. Le piano y prend une ampleur insoupçonnée, nimbée de cliquetis scintillants et de beats pénétrants. Bruyère comme We Walk Fast révèlent avec magnificence une fragilité de l'être à peine dévoilée, flirtant sans aigreur avec le vide, la solitude, quand Fire Flies émerge de son évanescente chrysalide par le truchement de motifs rythmiques alambiqués. De leurs instrumentations lunaires, Kien-Lang et A Night With The Trees clôturent alors Through the Window, disque intime et contemplatif, telle une lente expiration et un retour difficile à une réalité brute et sauvage : le vacarme de la vie dans sa plus simple expression.

Saycet est en concert le 23 mars au Café de la Danse.

Video

Tracklist

SayCet - Through the Window (Electron'y'Pop, MVS / Anticraft, 2010)

01. 15
02. Easy
03. Opal
04. Bruyère
05. And Mama Said It's Amazing
06. We Walk Fast
07. Her Movie
08. Sunday Morning
09. Daddy Walks Under The Snow
10. Fire Flies
11. Kien-Lang
12. A Night With The Trees


Villeneuve - Dry Marks Of Memory

cover-1C'est avec une impatience non dissimulée que j'ai essayé depuis le 5 octobre 2009, date de la sortie du maxi Death Race de Villeneuve, de percer un secret d'alcôve foutrement bien protégé. Littéralement émerveillé par cette embarquée virevoltante au long court, dont le clip, un montage d’images du film THX 1138 (1971) de Georges Lucas, fait passer son homonyme québécois pour un coureur de bacs à sable, j'ai tenté par tous les moyens d'en savoir plus sur Dry Marks of Memory, album à paraître le 22 février, dont Death Race est extrait. En vain. Et c'est au moment où je m'y attendais le moins qu'un Loup savamment aiguillonné me le glisse entre les mains. Rongeant mon frein, je m'étais documenté sur le passé d'un jeune homme à la discographie aussi ténue que son curriculum vitae n'est fourni. Un Ep, Graceland, sorti en 2004 précède un album paru l'année suivante, First Date, où Villeneuve, épaulé tout au long du disque par Mélanie Pain (Nouvelle Vague), égraine un savoir faire électro-pop indéniable (Mercury, Oh No), parfois suranné (The Falling, Men Like You) mais jamais ennuyeux (Words are Meaningless). C'est entre ces quatre années, séparant ce premier rendez-vous à la sortie de Dry Marks of Memory, que se déploie le parcours d'un Villeneuve producteur exigeant et touche à tout, oscillant entre circuit indé et réseau mainstream. Il travaille aussi bien avec M83 et Agoria, que Christophe Willem, Stéphane Eicher ou Anaïs. De quoi forger son oreille et sa volonté à l'enclume du succès. Ainsi Dry Marks of Memory porte son titre à merveille. Ce qui frappe à la première écoute tarabuste toujours à la vingtième : loin de l'unicité à laquelle on peut s'attendre, Villeneuve s'offre une large introspection caressant de son inspiration érudite un large pan de la musique contemporaine, sautant, de plages en plages, du coq à l'âne. Cet hétéroclisme avoué et cette science du clin d'œil, tout en subtilité, font de ce disque une ode au septième art tant son esthétique raffinée dépeint un kaléidoscope de paysages intérieurs plus visuels que sonores. Comme sur son précédent disque, Villeneuve imprègne ses compositions de la chaleur de voix féminines en invitant Liz Green, que l'on a découverte lors du récent festival MO'FO', qui enlumine de son timbre de velours l'électrique Words of Yesterday et l'acoustique Second Start, et Nili, de Lilly Wood and The Pricks, lors d'une confondante balade folk douce amère. Le chanteur belge Ozark Henry participe lui à l'un des sommets de l'album sur le morceau Yours and Yours d'un classicisme pop indémodable. Tant par ses rêveries éveillées (Dry Marks of Memory, Victoria Falls) que par ses angoisses éthérées (Patterns, Day One), Villeneuve semble s'appliquer à marcher non loin des pas d'un Sébastien Schuller ayant intégré, dans sa fabrique d'onirisme pop, la puissance des guitares et la magnificence de leur saturation.
Le mystère une fois élucidé ne perd pas de son éclat. Au contraire, celui-ci se révèle au centuple.

Audio


Villeneuve - Yours and Yours (avec Ozark Henry)

Tracklist

Villeneuve - Dry Marks of Memory  (PIAS, 2010)

1. Set the Level
2. Dry Marks of Memory
3. Patterns
4. Words of Yesterday (avec Liz Green)
5. Victoria Falls
6. The Sun (avec Lili)
7. Yours and Yours (avec Ozark Henry)
8. Day One
9. Second Start (avec Liz Green)
10. Death Race


Appletop l'interview

olivierbigN'attendez pas des Appletop qu'ils révolutionnent le rock. Ces trois Varois n'en n'ont ni la prétention, ni l'ambition. Quoique. Croisant avec dextérité et urgence leurs multiples influences propres aux fières années quatre-vingt dix, de l'électricité de Sonic Youth aux envolées lapidaires de Sebadoh, Pierre, Olivier et Nicolas confectionnent des instantanés pop à l'efficacité immédiate et résolument taillés pour la scène. Baroudant depuis 2007 aux quatre coins de l'hexagone avec une gouaille sans pareille, ces jeunes gens n'en oublient pas pour autant leur devenir discographique qui devrait, incessamment sous peu, riper du maxi à l'album. Dans l'attente, Hartzine les a rencontrés. Souriants et décontractés, à l'image de leur musique.

Vous venez de Hyères, antre du MIDI festival, vous avez un son et des influences américaines, alliance contre-nature ou marque de fabrique ? En clair, pouvez-vous expliquer la part de rêve et celle de réalité que constitue votre musique ?

Pierre : J'ai du mal à comprendre la question ! Toujours difficile de commenter sa musique. La réalité réside sans doute dans le message positif qu'on essaie de faire passer dans nos chansons. Le rêve, ça doit être le reste !

Olivier : On pourrait dire marque de fabrique ! C'est juste qu'en fait, nos influences américaines sont plus du coté beatnik, un peu folk, et beaucoup indie-rock, que dans l'idée mainstream et MTV que renvoie l'alliance musique / US. C'était ça la question ? ha ha ha !

Nicolas : Dans notre maigre expérience de la musique, et des relations entre membres de groupes (nos anciennes formations respectives ainsi que des connaissances), on s'est rendu compte qu'il était assez difficile de trouver « chaussures à son pied », soit des gens, des amis même devrais-je dire, avec qui on partage vraiment les mêmes influences, avec qui on partage un bon nombre d'opinions sur la musique en général. En tout cas, notre son, qui certes a beaucoup évolué depuis nos débuts, résulte des diverses influences que nous avons n'est pas du tout une alliance contre nature, bien au contraire. Il résulte tout naturellement de ce qu'on écoute et vient de manière assez naturelle : on le travaille mais il n'est pas mûrement réfléchi comme un choix cornélien avec d'autres styles. En somme, notre musique est une part de notre personnalité et ne trahit en rien nos goûts, nos influences.

Dans le terme « marque de fabrique » il y a, à mon sens, un côté assez artificiel de la chose, du produit, comme quelque chose de réfléchi, monté de toutes pièces pour plaire aux gens. Ma part de rêve aurait été de faire ce qu'on fait actuellement, mais dans les années 90, au moment de Pavement, The Smiths et compagnie. Une époque où la musique était en devenir, une époque où les gens se posaient beaucoup moins de questions qu'aujourd'hui, beaucoup plus ouverts à écouter quelque chose de nouveau.

La réalité est que nous sommes en 2010 et qu'il est beaucoup plus difficile de réussir, avec une société moins ouverte, plus pointilleuse... En tout cas, beaucoup moins curieuse sur ce qu'il se passe, avec des phénomènes de mode où chaque année voit son lot de groupes monter en flèche, puis à la mode suivante, redescendre de la même manière qu'ils sont montés... Les gens se focalisent sur ce qui est « à la mode », et ça c'est la réalité la musique... en général.

appletopmain
Vous avez sorti en 2008 deux maxis Don’t tell all of your friends et Firekids. Par ailleurs, j'ai pu lire que c'est un format que vous affectionnez. A quoi doit-on s'attendre pour la suite maintenant que vous êtes soutenus dans votre démarche par le label grenoblois Hell Vice i Vicious ?

Pierre : Hell Vice, c'est un peu un « grand collectif ». Les mecs sont très cool et sont devenus de bon copains. Je suis très content de les avoir rencontrés, pour notre album, il est possible que nous travaillions avec une autre structure. Pas parce qu'on ne les aime plus, bien évidemment, mais parce qu'avoir une distribution nationale c'est important et ça aide à pouvoir tourner.

Olivier : Le prochain album sera au format CD c'est certain, après si nous avons la liberté de sortir encore du vinyle on n'hésitera pas bien entendu. C'est effectivement un format qu'on aime ! On a des amis de la scène hardcore qui pratiquent beaucoup le 45T "split", une collaboration entre deux groupes, c'est à dire un disque avec un ou deux titres d'un groupe par face, ça c'est génial ! Je pense que ça fait un disque cool à écouter au final, et on aime affirmer nos amitiés avec d'autres groupes, le coté collectif ! Donc on le fera si c'est possible!

Nicolas : Oui, nous avons sorti Don't Tell.... qui est un maxi sept titres en format Cd, puis à la rentrée 2008, Firekids en vinyle car nous aimons beaucoup l'objet. Le maxi est un format que nous apprécions particulièrement pour plusieurs raisons. Pour commencer, les gens achètent peu un album complet d'artistes ou de groupes qu'ils ne connaissent pas. Le maxi, avec moins de titres et moins cher, est une certaine façon de s'ouvrir à un maximum d'oreilles, et donc de se faire connaître. De plus, c'est un format intéressant car il est possible de pouvoir en sortir à une fréquence régulière, de sorte à maintenir au maximum l'actualité du groupe. On ne fait pas un disque pour faire un disque, pour vendre un maximum. On s'investit jusqu'au bout du produit, c'est à dire qu'il y a la musique, certes, mais qu'on aime tout autant travailler sur l'objet, de la pochette au livret. C'est particulièrement important à l'heure où le téléchargement est à son apogée. Il me semble qu'il faut offrir aux gens qui achètent nos disques la possibilité de nous découvrir plus en profondeur. C'est aussi le cas pour le vinyle. C'est un format qui revient un peu sur le devant de la scène, ce qui n'est pas plus mal. On l'a fait vraiment pour l'objet qu'on affectionne avec une pochette faite à la main et les moyens du bord. On essaie de s'investir au mieux pour chaque produit que nous faisons.

En ce qui concerne la suite, nous sommes en train de travailler sur notre premier album, dont la sortie est prévue courant 2010...

Après un grand nombre de dates aux quatre coins de la France et après pas mal de lieux et de villes écumés… quel est votre souvenir le plus marquant ?

Pierre : Le bout de tournée avec nos copains des Saturnians, à l'automne dernier, huge times !

Olivier : Avec les Saturnians assurément ! À 7 dans un van pour une semaine au quatre coin de la France, c'était cool ! Je me souviens, chaque jour on était vraiment excités par l'arrivée dans une nouvelle ville, et il y en avait toujours un ou deux à la fenêtre pour haranguer les gens et déconner sur les coutumes locales de chaque ville ou les brancher sur leurs joueurs de foot, c'était vraiment marrant...

Nicolas : Mon souvenir le plus marquant, c'était lors de notre toute première tournée. Car si on a fait beaucoup de dates où on a enchaîné deux voire trois concerts, cette tournée était la première où nous partions tous les trois, pendant plus d'une semaine avec un concert chaque soir. Le premier soir, c'était à Clermont-Ferrand avec un groupe qui s'appelle les Niandra Lades. Musicalement c'était pas vraiment un bon concert, ni même pour la fréquentation... mais en revanche on a rencontré des gens vraiment cool, avec qui on a accroché direct. Du coup, trois jours après on les a invités pour un concert à Paris. On reste en contact, on joue le plus possible ensemble. Bref, un premier soir riche en rencontres...

L'idée de dates à l'étranger taraude-t-elle le groupe, ou il y a plus urgent pour le moment ?

Pierre : Nous avons déjà joué en Italie et en Suisse, et on y retourne très bientôt ! J'aimerais aller jouer en République Tchèque !

Olivier : L'urgence est partout : France, Italie, Suisse, Allemagne, toute l'Europe, le monde... Appletop, c'est un groupe très volontaire ! Blague à part, dès que nous avons les moyens de jouer, peu importe les conditions, on fonce !

Nicolas : Pour tout dire, elle nous taraude depuis un bon moment... Mais les contacts sont assez durs à l'étranger. Mais on y songe vraiment sérieusement en ce moment. Car avant, il était assez difficile d'aller en Allemagne pour une date isolée. Certes on travaille sur l'album, mais ce qu'on aime vraiment, c'est partir et jouer, rencontrer des gens, et encore jouer... et conduire.

L'esprit d'Appletop c'est le do it yourself ? Si oui, est-il subi ou revendiqué ?

appletopPierre : Au départ c'était subi, comme n'importe quel groupe qui débute ! Mais aujourd'hui encore, alors qu'on est entouré pour l'enregistrement de notre album et qu'on peut se laisser guider, on veut participer à tout. On aime ça. C'est important, la musique évidemment, mais aussi le son, le choix des amplis, des micros, du visuel... C'est ce qui fait notre identité. Par exemple, même la pochette du sampler promo, que seuls les « pros » auront à été pensée et réalisée par Olivier ; et d'un point de vue artistique c'est remarquable ! Mais bon, je ne peux pas faire trop de compliments, sinon Olivier serait gêné...

Olivier : Le Do It Yourself c'est bien sûr important pour nous, parce que c'est de là qu'on vient et on tient à ne jamais oublier ça. C'est aussi une éthique et une force : on a décidé de faire les choses par nous-mêmes lorsqu'on s'est rendu compte qu'il suffisait de se remuer pour aller jouer partout en France voire en Europe... Aujourd'hui, on a de la chance d'être un peu plus entourés et c'est important pour nous de garder bien plus qu'un simple regard sur ce qui concerne le groupe... et ce sera toujours comme ça je pense !

Nicolas : Ouh malheureux ! Le « do it yourself » est quelque chose de complètement revendiqué... Même maintenant qu'on travaille avec un tour / management, Arsenic et Champagne...

Appletop ? Ça vient d'où ?

Pierre : Ça vient d'un dessin gribouillé comme ça un jour d'ennui... C'était juste une copie involontaire de l'homme à la tête de pomme de Magritte ! Et puis il fallait mettre un nom à ce dessin, apple... head... non... face... nan... apple... top... appletop ! En un seul mot c'est plus cool !

Des projets parallèles à déclarer ?

Olivier : Conquérir le monde, ça arrive bientôt !

Des amis à remercier ?

Pierre : Toulon indie rockers ! Il y a plein de groupes cool ici, et ailleurs, les gens sur la route... On ne cite personne en particulier de peur d'en oublier. Mais ceux qui nous ont croisés de près ou de loin se reconnaîtront...

Audio

Appletop - O.m.a.r.


The Konki Duet / Suzanne The Man - Split EP

Les Boutiques Sonores, toujours à la pointe d’idées innovantes, réunissent dans le split, et nous proposent sur la même galette de découvrir les charmes diamétralement opposés mais néanmoins savoureux de Suzanne the Man et The Konki Duet. Ou comment passer du feu (de camp) à la glace (parfum mangue-banane) d’une face à l’autre.

konki1Découverte avec Octet, Suzanne the Man renvoie à l’élégance diaphane des premières mélodies de Chan Marshall, et rappelle ces chansons qu’on aimerait écouter un après-midi d’automne blotti  au coin du feu. Suzanne Thoma embrassant de sa voix mystérieuse et aérienne les accords fins, touchants et parfois ombrageux s’échappant de sa guitare. Partagé entre caresses chaleureuses (Leaves clap your hand) et complaintes folk lo-fi (Stargazing), Let’s burn se savoure comme de purs sentiments tendrement arrachés d’un cœur vertueux que l’on vous soufflerait au visage. Aussi tendre que les larmes d’un archange, la préciosité de la musique de Suzanne The Man séduit par la légèreté de ses arrangements et la poésie de ses textes. Un début des plus brillants.

suz1Certains voient uniquement en The Konki Duet le prolongement de la personnalité, ma foi très affirmée, de Kumi Solo. Mais ce trio féminin se révèle fascinant par son originalité et sa capacité à rebondir d’un essai à l’autre. Kumi, Tamara et Zoé endossent donc une fois de plus le costume d’idoles et plongent l’auditeur dans un rock synthétique dérivant sur des harmonies J-Pop. Mais bienheureux celui qui arrivera à leur coller une étiquette tant leur musique semble échapper à tout carcan prédéfini. Les orchestrations les plus folles leur sont permises, autant que les rythmiques downtempo auxquelles les jeunes femmes saupoudreront un brin de folie (Nothing but Love). On ressent parfois très fort l’influence de Cocorosie, mais aussi d’artistes nipponnes comme BoA. Et c’est dans cette mixité des genres que The Konki Duet prend tout sens, ne lâchant aucun compromis au profit d’une liberté créatrice audacieuse mais rafraîchissante.

Akitrash

Audio

The Konki Duet - Riff
Suzanne the Man - How the owl Sang Last Night

Traclist

Konki Duet / Suzanne the man - Split EP ( Les Boutiques Sonores Records, 2010)
Face A : Konki Duet
01. Riff
02. Isolee
03. Ensemble
04. Nothing But Love
05. Stereoland

Face B : Suzanne the Man
01. Leaves clap your hand
02. How the owl sang last night
03. Stargazing
04. Flourishing