Rencontre avec Clara Clara

itw-clara-clara-1-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Un son lyonnais

On avait rencontré les trois de Clara Clara lors d'un concert au Point FMR, le 10 mars dernier, faisant coup double : la seconde soirée fêtant les dix ans de Clapping Music correspondait peu ou prou à la date de sortie de Comfortables Problems, second disque des Lyonnais, après AA paru confidentiellement en janvier 2008 sur SK records. Voilà pour le contexte de notre entrevue, attablés au café du Point FMR, où Amélie Lambert, François et Charles Virot ont répondu avec enthousiasme à mes questions un brin fouillis après une rapide mais efficace séance photo. Ah si, j'oublie de dire une chose importante : un peu partout sur la toile et dans la presse chiffonnée fleurissait ce nom à redondance bègue tiré "selon l'explication à la con d'un manuel d'espagnol qu'Amélie avait" (clarissimo ?). François poursuit : "Mais il y a aussi l'explication qui claque mais dont on a su qu'après la teneur ! Clara-Clara est une énorme œuvre d'art de Richard Serra qui a été installée aux Tuileries... Les gens du quartier trouvaient le truc horrible et ils ont tout fait pour la foutre à la décharge, ce qui a été fait !" A Amélie de trancher : "Ça fait longtemps qu'on l'a choisi, plus de quatre ans... pour la sonorité, c'est tout ! Et je ne m'appelle pas Clara !" Et l'excitation soudaine de la presse ? Hilarité générale, "ah bon ? C'est gentil de nous l'apprendre !" J'enchaîne sur une autre question existentielle, histoire de planter le décor pour de bon : Clara Clara, un groupe dijonnais ou lyonnais ? "Le groupe est de Dijon à la base mais ça fait sept ans que je suis à Lyon, on n'a plus aucun lien Charles et moi avec Dijon... Seule Amélie y habite encore." Je profite de l'occasion pour lui demander si la "scène active" dont il est question dans leur bio est bien celle de Lyon... "Oui c'est le mec de SK, qui est un label lyonnais, qui parlait de la scène locale... Mais si on se sent de Lyon, c'est avant tout parce qu'on répète dans un endroit qui s'appelle Grrrnd Zero où il y a pas mal de concerts organisés (dont on peut trouver un aperçu compilé et téléchargeable gracieusement ici) et un bon réseau de musiciens comme Chewbacca et Duracell. Tout le monde fait des groupes avec tout le monde ce qui renforce cette impression de faire partie d'un truc." Charles précise : "D'ailleurs j'ai un groupe avec le mec de Duracell, ça s'appelle Ours Bipolaire, mais c'est un peu en stand-by." Et de poursuivre sur l'identité musicale de Clara Clara : "On a des influences revendiquées comme The Ex ou Lightning Bolt... Le son du bassiste m'a vraiment impressionné..." François développe : "Au début on écoutait Deerhoof et Lightning Bolt mais avec le temps je ne les écoute plus du tout, genre le dernier Deerhoof oui mais le dernier Lightning Bolt, quasiment pas." "Animal Collective ? C'est pratique pour les journalistes d'en parler à propos de nous car au moins les gens connaissent... Mais le parallèle n'est vraiment pas évident, mis à part sur les voix du premier album... Mais bon. En fait, j'écoute essentiellement des groupes que je connais, des gens de notre entourage comme Duracell."

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Comfortables Problems

Conjuguant dans l'urgence et la spontanéité des structures pop alambiquées à la puissance distordue de leurs instruments respectifs (clavier, basse, batterie), les Clara Clara ont fait de Comfortables Problems la jonction entre ce qu'a pu faire le groupe sur son premier disque et ce que François a composé, en échappée solo, sur le boisé Yes or No (Clapping Music / Atelier Ciseaux). C'est ce compromis, savamment décliné du long de ces huit morceaux à la densité tourneboulante, qui fait de Comfortables Problems un disque rafraîchissant, intensément brut tout en restant pop. Que l'on se surprenne à taper du pied ou à secouer crétinement la tête sur Under the Skirt, One On One ou Paper Crowns n'a rien d'étonnant, bien au contraire, c'est presque la réaction normale d'un mec encore en vie. Mais s'il y a une chose qui fascine c'est cette capacité "à beuter" - comme le dit si joliment Amélie - sans jamais tomber dans l'assourdissement pur et simple comme une pelletée de groupe noise avant eux. Violent mais positif donc ? "C'est un peu l'esprit oui... Un son agressif et des compositions pas méchantes... Ce que j'aime avant tout, c'est jouer sur les deux terrains." Amélie d'ajouter : "Faire de la grosse pop ça perd de suite de son intérêt... On aime ce gros son de basse hyper rentre-dedans, super violent, et qui contre bien le coté poppy... D'ailleurs, je ne pense pas qu'on ira un jour vers une pop gentille, ça restera comme ça, l'énergie c'est trop important ! D'un autre côté, on va pas tomber dans le dark, on est des gentils ! Même si on ne sait pas trop ce qu'on va faire après..." François et Charles la coupent d'un grand éclat de rire... "Quoique le dernier riff est un peu darkos, c'est vrai ! Mais même si c'est sombre on fera pas la gueule sur scène pour autant !"

Contre les apparences et l'étiquette qu'on leur appose vite fait, bien fait, de chantres du bordel étayant leur science du bruit comme un gosse range sa chambre, la petite fabrique d'algorithmes pop se défend en arguant d'un abandon de l'improvisation au profit de la grande planification :  "L'idée de nos morceaux part du synthé, on rajoute le reste après. Amélie s'adapte lors des répétitions alors que Charles et moi on vient avec des trucs préparés." "Comfortables Problems on a mis huit jours pour l'enregistrer et par la suite c'est François qui a fait les voix et les arrangements, ce qui donne le côté plus abouti et qui évacue le stress lié au temps passé dans le studio... Huit jours c'est beaucoup pour nous, vu que toutes les précédentes sessions d'enregistrement ont duré au maximum une journée ! C'est vrai huit jours ça passe hyper vite mais les morceaux étaient écrits et joués avant, enfin... Comme on est toujours super organisé, on a dû écrire quelques parties pendant l'enregistrement..." Vrai, il n'y a plus d'improvisation ? "Non non, une fois la chose composée, on s'écarte pas trop de ce que l'on a prévu ! A une époque on faisait des impros sur scène, mais là on a arrêté, on en refera peut être... Enfin si... Mais c'est quand on se plante ! Au lieu de se bloquer sur un truc, on continue à jouer et on se dit : "Bah pourquoi pas"... Mais on ne recherche pas le bordel pour le bordel, c'est juste plus complexe et parfois on n'est pas hyper concentré sur ce qu'on joue... Moi perso je respecte mes parties, j'essaye quoi... Enfin on essaye tous ! (rires)"

Au-delà des voix, où l'on passe des cris du groupe au chant de François, ce qui change entre les deux albums c'est avant tout "la rythmique et le fait que François joue debout de la batterie : c'est plus carré ! Les synthés aussi... J'ai progressé, les lignes sont plus complexes... La basse ça reste en gros la même chose... Pour en revenir à la batterie, avant c'était du gros binaire, du gros bourrin, c'était l'efficacité qui primait, non mais c'est vrai (rires), on faisait pas trop dans la finesse et là, le fait de jouer debout..." François coupe Amélie dans l'hilarité générale : "Ah oui c'est vrai qu'au clavier c'était méchamment complexe ! C'était un scandale ! On l'appelait d'ailleurs..." Amélie ne le laisse pas finir (dommage, on ne saura jamais !) et persiste : "Non mais c'est vrai, jouer debout ça t'a réappris à jouer de ton instrument !" La petite tablée s'anime, je n'ai même plus à poser mes questions pour en avoir les réponses : "Non ça m'a désappris à jouer ! Je m'explique... Avant je gérais mon truc avec une batterie hyper minimale, genre cymbale, grosse caisse et caisse claire, et ça débordait... Je débordais à chaque fois des temps... Puis je me suis intéressé à The Ex et j'ai commencé à jouer des trucs plus complexes, avec plus d'éléments à la batterie... J'aurais pu continuer dans le style mais j'en ai eu marre et j'ai tout viré pour revenir à la forme originale et depuis je me démmerde avec ça... J'ai donc désappris la complexité ! Et puis, c'est plus facile de jouer de la batterie debout, ça donne plus de puissance... Et chanter aussi d'ailleurs car t'as plus de souffle... Et non ce n'est pas une histoire de style (rires)... Ouais, trop balèze de jouer avec un micro à la Madonna !"

J'en profite pour embrayer sur la petite révolution d'un chant conférant plus de consistance et d'originalité aux morceaux du groupe. François et Amélie se neutralisent, Charles se lance : "L'idée du chant est vieille en fait. Au tout début, François chantait accompagné de la flûte traversière d'Amélie, puis quand elle est passée au synthé François a arrêté de chanter..." "Disons que j'avais un peu perdu confiance dans ma voix" précise François... Charles renchérit : "Bientôt la tendance c'est presque de ne travailler qu'autour des voix mais là, c'est encore dans notre imagination... On traîne avec des groupes qui donnent envie de s'y mettre..." S'agissant de l'apport du chant, "c'est sûr ça donne un coté plus pop, les gens sont rassurés d'entendre une voix, c'est plus accessible... Même si avant les mélodies étaient vraiment plus pop." Amélie intervient, le sourire en coin : "C'était déguisé par contre ! Notamment parce que c'était le bordel en concert !" Et François de résumer : "Bon là disons que c'est plus carré, plus formaté (rires)... Je m'avance peut-être un peu trop là... Putain surtout avec les groupes qui jouent ce soir ! Tu es là ce soir ? Tu nous diras ?"

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Clapping & les à-côtés

L'appel de la clope se fait sentir, le temps s'écoule tel un sablier liquide entre mes doigts. "L'actualité de Clara Clara tu la connais, mais si tu veux, avec Réveille, autre groupe dans lequel je joue, on sort un vinyle, sur Clapping, et là on est en pleine tournée... Ce serait cool d'en parler et si tu as le temps d'écouter... Sinon seul avec ma guitare, comme tu as pu le constater..." Je saute sur l'occasion pour le sonder sur l'origine du décalage entre son jeu de scène au sein de Clara Clara, débordant d'envie, et seul face au public, d'une timidité sans égale. Au Midi Festival par exemple, "je n'avais pas peur du public... Je m'en foutais un peu, je ne me focalise pas dessus... Et puis ça juge à fond... Au Midi il y a un mec qui a écrit que je suis un con juste parce que j'ai un short que je l'ai déchiré exprès... Le mec a même remarqué que je n'avais pas les mêmes chaussettes... J'ai jamais pensé qu'un mec écrirait un truc pareil et franchement mes chaussettes et mon short ça sortait de la machine d'un ami... Le mec te taille alors qu'il ne parle même pas de musique ! Seul, j'avoue, c'est un peu particulier... Les gens te captent pas trop... Alors qu'en groupe, quoi qu'il arrive, on est ensemble. Ça détend... Comme hier soir avec Réveille quoi... Ok, hier j'étais peut-être un peu trop détendu ! (rires)" Avec un sens avéré de la formule laconique, Charles nous apprend qu'en plus d'Ours Bipolaire, il a un groupe, "Robe et Manteau, qui est actuellement en tournée avec Réveille et dans lequel je joue du synthé tandis que Jonathan gère la batterie... Pour le moment on n'a qu'une démo enregistrée à l'arrache avant notre départ mais une fois la tournée terminée on va composer à nouveau des morceaux qu'on jouera sans doute avec François..." Affaire à suivre donc.

"Avec Clapping ça se passe hyper bien ! Si on s'intéresse autant à nous c'est que Julien fait vachement bien son boulot ! Il m'a repéré suite à un concert que j'ai donné en solo et puis dans la foulée on a bossé sur mon premier album avec Clapping. Puis j'ai amené Clara Clara... On va continuer avec eux autant que possible même si au final on connaît pas trop les groupes de Clapping... sauf Karaocake... et puis Réveille forcément..." Amélie chambre, "François prend la possession du label en fait !" Directeur artistique ? "Non non, si je dois faire un truc ce sera un peut différent... ! (rires)"

Après quelques échanges d'adresses mails, on les laisse s'enquérir du programme de la soirée. Pour nous, direction le comptoir histoire de s'en jeter une avant d'en transpirer jusqu'à la dernière goutte. En rentrant chez moi, ligne 2, rame bringuebalante, je jette quelques mots sur mon calepin dont voici la teneur : les deux frères, aussi inséparables que dissemblables, enfouissent sous des allures je m'en foutiste parfois incomprises (voir ), un stakhanovisme musical se nourrissant bien plus de spontanéité et de rencontres que de mots châtiés pour en parler. Avec Amélie, ils forment le type de groupes qu'on a envie de voir réussir rien que pour leur décontraction et leur justesse musicale, entre saillie de basse corrosive et refrain entêtant. Quelques mois plus tard, mon opinion n'a pas évolué d'un iota et Comfortables Problems continue de cracher dans mes écouteurs.

C'est d'ailleurs bientôt l'heure du Midi Festival et Clara Clara en sera.

Audio

Clara Clara - One On One

Vidéo


Born Bad - Compilation Mauvaise Graine

mauvaisegraine-facea-webJe ne sais pas pour vous, mais personnellement, j'ai l'habitude d'aller me ravitailler en rock garage de l'autre côté de l'Atlantique, dans les coins de Détroit ou d'Austin, plutôt que dans notre bonne vieille patrie. Allez savoir pourquoi, j'ai toujours cru que les Français étaient plus doués pour la variété et la Flammeküche que pour ce genre de musique. Et puis Yussuf Jerusalem est revenu des Etats-Unis pour sortir son premier album dans son pays natal - avec deux ans de retard sur nos amis américains, quand même - et j'ai commencé à penser que j'avais tort ; ce qui était une bonne chose, après tout. J'en suis même arrivée au point de me précipiter chez le disquaire de la rue Keller quand j'ai appris que Born Bad sortait une mini-compilation estivale composée de quatre titres délivrés par les fleurons du garage français. (C'était aussi un peu pour la pochette et les cartes postales sérigraphiées par Winshluss et Elzo en tirage limité car je suis une snob qui aime posséder des pochettes et des cartes postales sérigraphiées par Winshluss et Elzo en tirage limité, mais bon, passons sur ce détail passionnant.)

De retour chez moi avec l'objet du désir, il est temps d'entamer la grande réconciliation avec le rock français. Il est vrai que vu à travers le prisme de ce disque, il n'a rien à envier à aucune scène du Texas ou du Michigan. Dès les premières notes de son If You Wanna Try, Yussuf Jerusalem fait preuve, comme sur son album, d'un éclectisme et d'une élégance à toute épreuve. Entre folk et rock râpeux, il se plaît à mélanger les genres dans ce titre obtus et sec, dépouillé jusqu'à la moelle de tout détail joli, balancé avec nonchalance comme une cigarette à moitié fumée sur le trottoir. The Feeling Of Love, groupe dangereusement addictif, enchaîne sans concession avec ce Let Me Follow You Down aux relents âpres, dont la ligne de guitare est aussi pop et accrocheuse que le chant et la batterie sont rêches. Dans le même genre, je ne peux que vous conseiller d'aller écouter God Willing sur son MySpace, où le bougre n'hésite pas à singer carrément la diction de Lou Reed - mais passé le stade pour-qui-se-prend-ce-petit-con, on se rend vite compte que le titre est tout aussi excellent que celui sélectionné par Born Bad. Le dernier album de The Feeling Of Love (Ok Judge Revival, Kill Shaman Records, 2009) mériterait qu'on s'y attarde plus longuement, mais revenons à nos moutons. Les Franco-Italiens de JC Satan ne sont en effet pas moins méritants que leur collègue lorrain, et ils emmènent même le disque un cran plus loin dans la férocité avec un Song Of Solomon qui conjugue mélodie pop et son gras caractéristique. Le thème est sacré, la musique brûlante comme l'enfer. L'ultime montée en puissance de la compilation est incarnée par Jack Of Heart, dont Benjamin Daures de Yussuf Jerusalem a d'ailleurs un temps fait partie. Distrait un moment par un petit riff qui sent le sud américain à plein nez, on est frappé de plein fouet par la violence urbaine qui émane de Just Want To Kill You et par ces descentes de voix qui sonnent comme des sirènes. C'est bien l'asphalte étouffant qui nous entoure, et l'odeur qui s'en dégage quand il est frappé par le soleil du mois d'août qui nous brûle les narines.

Comme l'annonçaient saint Sébastien et son rictus moqueur sur la pochette, le garage est une musique sacrée. Mais elle ne fait pas de miracle : elle raconte la ville, sa démesure brutale ; le purgatoire, et à sa sortie aucun espoir de rédemption. Ces quatre groupes viennent s'y planter entre les pavés - ils sont la mauvaise graine, celle dont naît le fruit défendu.

Pas de mp3 à vous mettre sous la dent puisque Mauvaise Graine n'est pour l'instant disponible qu'en vinyle. Vous pouvez vous procurer ce dernier chez Born Bad, Ground Zero et autres disquaires fréquentables pour la modique somme de dix euros. La compilation est également disponible en streaming ici.

Tracklist

V.A. - Mauvaise Graine (Born Bad, juin 2010)

1. Yussuf Jerusalem - If You Wanna Try
2. The Feeling Of Love - Let Me Follow You Down
3. JC Satan - Song Of Solomon
4. Jack Of Heart - Just Want To Kill You


Aufgang – Air On Fire

aironfire-1Nous avions rencontré Aufgang lors de leur passage à la Machine du Moulin Rouge, le temps d’un live endiablé qui ne nous avait pas laissés de marbre. Vous en souvenez-vous ? Sinon, pour les piqûres de rappel, c’est ici et ici. Ceux-ci nous avaient d’ailleurs confessé en coulisse travailler secrètement sur de nouveaux morceaux et avaient pu régaler l’auditoire d’une écoute en avant-première d’un Dulceria explosif et savoureusement châtoyant. Pourtant nous ne pensions pas revoir Francesco Tristano, Rami Khalifé et Aymeric Westrich nous revenir aussi tôt pour autant.Et pourtant, c’est à peine quelques mois après la sortie de leur album que le combo classico-électro débarque avec un nouvel EP dangereusement inflammable et nettement plus abyssal.
Si Dulceria semble taillé pour le dancefloor, brassant arpèges légers et sonorités house, le second morceau plonge l’auditeur dans un chausse-trappe qui va très lentement l’entraîner vers des ténèbres inexplorées auparavant. Cette relecture du morceau phare Aufgang, tout bonnement intitulée Auricle Dub, évoque immédiatement les structures minimalistes d’artistes comme Delta Funktionen ou Claro Intelecto, les instruments à cordes frappées en plus. Douce Violence (tout est dans le titre), deuxième véritable inédit de ce nouveau maxi, enfonce un peu plus le clou dans la noirceur. Spirale descendante, brutale, matraquée par le martellement agressif des kicks d’Aymeric et de l’affrontement au piano de Francesco et Rami. Une chute sonore aux accents corrosifs et à la tonalité oppressante. Warm Snow sonnera alors comme l’œil du cyclone, un brin d’accalmie bienvenu et permettant de reprendre son souffle. Les doigts de fées de nos deux pianistes se baladant langoureusement sur les touches de leursinstruments jusqu’à en tirer des larmes maculant chaque ligne, chaque portée, chaque note…
Et si nous voyons doublement l’occasion de nous repaître du sublime Channel 7, une version siglée Krazy Baldhead me fait craindre le pire. Je dois confesser que maladroit comme je suis, tout album ou titre siglé Ed Bangers ou catégorisé French Touch 2.0, 3.0, 3.0,5 et un quart… se retrouve le plus souvent sottement dans ma corbeille ou piétiné avec rage. Comme je peux être empoté parfois. C’est donc pour cette raison que je préfère dire qu’Air On Fire ne comporte que cinq titres. Je n’ai pas le droit ? Aïe ! Bon, alors, malheureusement il s’agira ici du seul bémol de ce nouvel essai du trio international puisque l’électro grassouillette du Marseillais dessert mal les ambitions d’Aufgang, à contrario de l’Américain Sutekh qui déstructure parfaitement les harmonies en escalier du track, pour en façonner une bombe expérimentale du plus bel effet.
Au final, ce sera essentiellement Aymeric et sa boîte à rythme savante qui seront mis en avant sur ce nouvel opus qui en définitive ne dévoile que trois réels inédits. On savourera néanmoins l’exposition d’une plus large incursion de la musique électronique dans la musique d’Aufgang, ce fameux quatrième homme. Et on succombera tout simplement devant cet énième démonstration de fusion entre classique et électronica. Dorénavant, c’est certain, le futur se conjugue à l’imparfait.

Audio

Aufgang - Dulceria

Tracklist

Aufgang – Air on fire EP (In Finé, 2010)

01. Dulceria
02. Aufgang (Auricle dub)
03. Douce violence
04. Warm snow
05. Channel 7 (233 Channels remix Sutehk)
06. Channel 7 (Krazy Baldhead Remix)


Saturnians

saturnians

Alors que certains puristes ont sonné la fin de l'indie rock, il y a des groupes comme les Saturnians qui mériteraient un prix pour la sauvegarde de l'espèce. L'EP des quatre Toulonnais, Collective Yards, fait partie de ces CD qu'on n'hésite pas à diffuser au milieu de grands noms, sans que cela ne choque, ni ne dérange, mais qui éventuellement suscitera de chaleureuses réactions. Coup de cœur pour le titre Microphone, un de ces titres magiques, qui vous emmènent dans un état de grande réflexion, ou qui fait naître l'esquisse d'un sourire (niais) en repensant à de vieux souvenirs...

Audio

Saturnians - Microphone


On y était - Tweak Bird + Real Estate + Ted Leo And The Pharmacists

real-estate-11-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Tweak Bird + Real Estate + Ted Leo And The Pharmacists, Le Café de la Danse, Paris, 26 mai 2010

En ce 26 mai, je me suis dirigé vers Bastille le cœur léger. Ça devait bien faire trois mois que je n'avais pas écouté Real Estate. A vrai dire ça ne m'avait pas manqué. Énième groupe pop de l'année 2010 aux guitares réverbérées et inoffensives, leurs chansons ne m'ont pas plus marqué que ça. Les deux autres groupes présents ce soir-là ne m'évoquaient rien de plus qu'un flux rss fraichement consulté.

tweak-bird-11-webLe Café de la Danse a cette particularité de proposer une quantité non-négligeable de places assises. Cela dit, « se taper un cul » s'avère peu compatible avec la mixture psyché/stoner/southern rock proposée par Tweak Bird. Formation réduite (une guitare qui fait le bruit de deux + une batterie), des riffs super simples et qui marchent tout le temps, des changements de tempo adaptés et une lookance hippie... C'est ça Tweak Bird. La preuve que le métal à deux accords n'est pas forcément toujours beauf, d'autant plus quand les interminables solos de guitare sont remplacés par des phases tribales de tambourin. Honnête et franc du collier.

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Cohérence quand tu nous tiens... La pop cocktail de Real Estate se matérialise sous la forme de quatre bonshommes tous contents d'être là mais manquant clairement d'assurance au moment d'enclencher la première (mention au batteur). Leur son est petit... Il paraît que c'est spécifique au style. Un peu plus de basse n'aurait pourtant fait de mal à personne. Visiblement, ils étaient de toute manière plus enthousiastes à l'idée de mixer au Motel. C'était quand même bien.

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Pour moi, le punk à roulette se résume aux bandes-son des vidéos de 411vm. La prestation de m'a donc fait penser à ces moments où s'entrechoquent admiration et incompréhension quand tu vois défiler tous ces mecs venant des quatre coins du globe et mettant à l'amende les mecs qui étaient à leur place le mois précédent tout en sachant que la vidéo du mois d'après projettera sur les feux de la rampe des mecs encore plus forts.

Photos

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Shit Browne - Electronics

Meilleur riff français de baggy pop entendu depuis des lustres ; ça fait plaisir. Shit Browne vient de sortir le prometteur  Every single penny will be reinvested in the party le 31 mai dernier chez ces renifleurs de talents que sont Asphalt Duchess. Ils étaient vendredi dernier à la machine du moulin rouge et on fait confiance a Djavid pour les voir un peu partout cet été. Les temps affichent de nouvelles couleurs, tant mieux.

Audio

https://www.youtube.com/watch?v=D5J9uSWPJ7o


Chloé - One In Other

cover-chloe-web-bigjpgDJ émérite de la clique parisienne Kill the DJ, Chloé se démarque, après une poignée de maxis et de compilations, en 2007 avec l'album The Waiting Room. Deux ans après son excellent mix CD Live At Robert Johnson, elle revient avec One In Other, toujours à la recherche de la niche parfaite entre dancefloor et salon.

Ouverture sur Word For Word qui est à l'image de la composition ambivalente de l'album : juxtapositions synthétiques de plages calmes et rythmées. S'ensuit l'envoûtant Diva où un chœur se balade sur un rythme 4x4 secoué par une basse bancale et un riff de guitare dévastateur qui s'effondrent brutalement pour repartir gravir de plus belle la pente menant aux sommets rythmiques ; une sorte de French Kiss de Lil Louis à la sauce Kill the Dj. Le morceau suivant quant à lui  se caractérise avant tout par son efficacité, le tube assuré, dans une veine rock à la Weatheral, mais presque trop évident... On rentre ensuite dans une zone d'accalmie salvatrice avec la comptine The Glow qui discrètement ouvre la voie au sublime One In Other, sorte de slow minimal où Chloé nous expose ses atouts de vocaliste... Magnifique. Elle enfonce le clou de l'expérimental sur le lynchéen You, où le New-Yorkais Chris Garneau vient apporter sa contribution hypnotique et ses talents d'attrape-coeurs. Et ça repart, avec One Ring Circus, ritournelle psyché, bancale et freak à mort avec sa voix pitchée passée à la moulinette, Danton Eeprom n'est pas loin. Fair Game fait un saut dans le passé de l'artiste, rappelant les sonorités d'antan, celles que Chloé composait avec son accolyte Krikor au sein de Plein Soleil, projet qu'on espère voir renaître d'ici peu. Enfin les deux derniers morceaux reprennent définitivement la voie de la décélération réduisant peu à peu la vitesse et nous plongeant doucement vers l'univers brumeux et abyssal de l'artiste.
Chloé réussit haut la main le délicat passage du second album. La cohérence est là, malgré la diversité des styles abordés. Il faudra néanmoins avoir l'esprit jusqu'au-boutiste pour que ce dernier dévoile tous ses charmes. Un album, un vrai, à l'image de sa pochette, franc mais aux contours toujours aussi troubles.

Audio

Chloé - Distant

Tracklist

Chloé - One in Other (Kill The DJ, 2010)

1. Word For Word
2. Diva
3. Distant
4. The Glow
5. One In Other
6. You (Feat. Chris Garneau)
7. One Ring Circus
8. Fair Game
9. Slow Lane
10. Herselves
11. Ways Ahead


La Chatte – Bastet

6a00d10a7905288bfa01347edc8809860b-320piÇa doit bien faire 3 mois que j'entends parler de cet album. On me l'avait vendu comme la nouvelle came électronique de Born Bad. A moitié juste, un 3 titres est effectivement sorti sur le label garage mais le LP sort sur Tsunami Addiction que je ne connaissais absolument pas mais qui a cependant eu le bon goût de sortir dans le passé un LP intitulé Coco Douleur. Drôle de coïncidence, Vava Dudu, chanteuse de son état, expose sa vision de la mode dans le dernier Vice Magazine.
On arrête là pour les présentations. La Chatte délivre ce qu'on pourrait appeler communément de la mongolo pop synthétique. La pochette, sobre, et le titre du CD, mystique, ne maquillent que légèrement le propos. A peine le premier titre lancé, tu te retrouves projeté en plein souk electroclash. La programmation est efficace, les lignes de guitares évitent le niais et l'immédiateté mélodique. Le côté mongolo se retrouve dans la performance quasi ininterrompue de Vava Dudu et de son chant insupportable. En point d'orgue le massacre Cosmique Cosmétique, rencontre entre Peaches et les Télétubbies. Rien d'étonnant alors que mes morceaux préférés soient Rien, Libre et Mortelle Robe Chinoise, où un quasi spoken word se taille la part du lion et rend la chose plus que supportable. Les textes sont pétés et témoignent de l'importance de repenser la prévention des comportements à risques dans les grands ensembles urbains.

Audio

La Chatte - Mortelle Robe Chinoise

Vidéo

Tracklist

La Chatte – Bastet (Tsunami Addiction, 2010)

1. Apache
2. Rien
3. Jacques
4. Danse
5. Libre
6. Mortelle Robe Chinoise
7. Cosmique Cosmétique
8. Un Femme Monsieur
9. Ti Bo
10. Ambiance
11. Amour


Milkymee l'interview + session

milkÉmilie Hanak  alias Milkymee sera en concert le 24 mai prochain à l'International en compagnie des Konki Duet. En attendant, l'artiste, tout juste revenue du Japon, s'est installée sur le canapé de votre serviteur pour répondre aux quelques questions qu'il nous tardait de lui poser depuis la sortie de son second LP To All the Ladies in the Place with Style & Grace (Tsunami Addiction, 2010).

Mais ce n'est n'est pas tout, puisqu'en toute simplicité la belle nous a fait don de son style et de sa grâce sur deux titres live dont l'inédit A Little Bit Too Fast.

A noter enfin que son premier album album Songs For Herr Nicke (Tsunami Addiction, 2007) vous est grâcieusement offert ici.

Vidéo

Bonus


Rien - 3

coverL'art de la chronique s'accorde souvent d'un sens de la formule aiguisé. Pour ne pas avoir à faire amende honorable de ma lourdeur au bout de ces quelques lignes, je pose un engagement, celui de ne pas jouer sur les mots. Avec Rien, l'affaire n'est pas mince. En clair, je ne me fous pas de votre gueule. Météorite ayant récemment pénétré mon espace musical, constellation du cygne pour d'autres, le mystérieux quatuor grenoblois, composé d'Aka (rien à voir avec notre Aki à nous), Dos.3, Dj Goulag et Yugo Solo (mention spéciale à Dj Goulag), revient après deux albums, Requiem pour des Baroqueux (2003) et Il ne peut y avoir de Prédiction sans Avenir (2007), ayant sérieusement mis en branle ce que le commun des scribouillards nomme post-rock. Ayant dit par ici ce que je pense de cette étiquette aussi féconde qu'une baudruche percée, je m'attaque sans plus de préliminaires à 3, mirifique EP instrumental, que Rien vient de sortir le 10 avril dernier sur leur label de toujours, L'Amicale Underground. Cet EP annonce le début d'une trilogie dégressive, 1 devant sortir en 2014, date à laquelle le groupe fera scission. On est prévenu et c'est tant mieux : les plaisirs de la vie ne se goûtent qu'à l'aune de leur finitude. Cet adage que ma grand-mère n'eut de cesse de rabâcher à qui voulait bien l'écouter, s'applique ici religieusement : délaissant les rives définitivement mortelles qui les avaient consacrés proches cousins de God Speed You! Black Emperor (qui vient d'ailleurs d'annoncer sa réactivation), Aka & consort embarquent tout leur petit monde dans un voyage hors du commun et hors du temps, réhabilitant une certaine idée du psychédélisme et du prog-rock, tout en se préservant des affres de la surcharge pompière que cela implique. L'introduction A Jerk in Da Hell sonne comme l'ouverture d'un concert des Pink Floyd à l'époque de The Dark Side of the Moon, des nappes de claviers progressives se fondant à une guitare bidouillée pour ouvrir la voie avec grandiloquence à la mini trilogie The Sun is Always Right. Entamée sur un beat remémorant l'excellence des australiens de Pivot, le morceau est artificiellement décomposé en trois parties distinctes (De la contenance nom de Dieu, De l'art d'attaquer par le flan, Deux minutes de soleil en trop), cisaillées d'une guitare gravitant entre le cristallin des aigus et le métal des distorsions. Mâtinant d'une fantaisie psyché la rigueur de la science du bruit chère à Mogwai, 3 prend toute sa consistante avec l'intense et martelé Masterkraft. Susceptibles de tutoyer les sommets entrevus sur le Come On Die Young (1999) des Écossais, par la puissance de guitares solidement carénées d'une rythmique basse / batterie implacable, Rien démultiplie littéralement la notion de musique émotionnelle. Exposant un versant plus expérimental, mais tout autant mélodique, de leur orfèvrerie lunaire, V conclut un EP dont on ne pourra regretter que la trop courte durée. 2, 1, le compte à rebours est lancé.

Audio

Rien - Masterkraft

Video

Tracklist

Rien - 3 ( L'Amicale Underground, 2010)
01. A Jerk in Da Hell
02. The Sun is Always Right
03. Masterkraft
04. V


Young Michelin

ym

La Bulle Sonore, label avignonais d'exception, porté par les bras d'un seul homme à la culture musicale démesurée - j'en veux pour preuve la compilation la plus savamment pensée de l'année 2009, Never Dreamed Night Freeze Sandwich -  a cette année 5 ans ; anniversaire qu'il fêtera d'ailleurs dignement ce samedi 8 mai au Point Ephémère avec la venue exceptionnelle de The Wake, groupe mythique de l'aventure Sarah Records. La première partie sera assurée par Young Michelin, side-project de Romain Guerret alias Dondolo dont le premier album (Dondolisme, Les Bulles Sonores, 2008) avait valu à cet artiste unique, résultat improbable d'un mélange d'influences aussi stylistiquement éloignées que qualitativement proches, descendant imaginaire de Michel Gondry époque Oui-Oui et Poly Styrene,  une reconnaissance méritée. Après quelques morceaux diffusés par le netlabel Holiday Records de Jacob Graham (leader de The Drums), le groupe sort son premier Ep dans lequel il fait état de  son rock anti-bourgeois, en français dans le texte, sur des chansons urgentes pour losers magnifiques, succession d'instantanés "polaroidiques" sur l'histoire de la vie quotidienne et qui feraient par là-même une bande-son idéale du prochain film des frères Dardenne.

Audio

Young Michelin - Les copains

Young Michelin - Je suis fatigué


Atelier Ciseaux

logoacBonjour Rémi. Ce n'est pas dans les habitudes d'Hartzine que d'aller s'enquérir de l'état de la production musicale indépendante directement auprès des acteurs de l'ombre de ce réseau. Mais si les sorties de disques ont longtemps constitué un bon baromètre de celle-ci, il s'avère qu'à l'heure d'internet et de la proximité et du foisonnement que cette technologie engendre, ce baromètre est désormais obsolète. Le téléchargement légal et illégal modifie tant le comportement des artistes que celui des auditeurs, entre possibilité de faire résonner sa musique à l'autre bout de la planète tout en s'en faisant déposséder.

Tu es le fondateur d'Atelier Ciseaux, label qui tente d'allier exigence musicale, sortie vinyle et esthétique soigneuse de l'objet, et qui propose sur son site "toujours en construction" un catalogue de quatre références en tirage limité pratiquement toutes épuisés dont Yes Or No de François Virot ou encore le split 45t de Best Coast et Jeans Wilder. Originaire d'une petite bourgade de l'Est de la France, vivant entre Paris et Montréal, ton regard lorgne vers les Etats-Unis pour de multiples projets autres que celui d'Atelier Ciseaux. Et c'est en conversant par mail avec toi que l'idée de cette entrevue est née en plus de celle, que j'espère fructueuse, d'une tribune laissée à l'Atelier mais aussi à d'autres labels qui plus tard viendront s'y greffer. L'ambition d'un tel espace d'expression n'est pas la déclinaison mensuelle des déboires rencontrés par un label indépendant, même s'ils sont nombreux, mais plus la volonté de vous laisser nous confier vos coups cœurs... L'acte 1 a été brillamment fignolé avec Reno et le net-label Beko DSL. Place à l'acte 2 en ton estimable compagnie. D'ailleurs, tu ne viens pas les mains vides : en exclusivité pour nos lecteurs tu vas déflorer un secret pour le moment bien gardé, à savoir le 7' d'US.Girl que l'Atelier s'apprête à sortir en juin. On est gâté.

rl

D'où t'es venue l'idée et la volonté de créer un label indépendant ?

Je n'ai ni décors en carton pâte à te décrire, ni d'anecdotes très 'indie' à te raconter. Ces derniers temps, on cherche tellement à masquer un certain manque d'idées dans des biographies-refrains samplés en boucle. Je crois qu'Atelier Ciseaux s'est fait simplement, naturellement, voire même banalement. Il me semble qu'à 17 ans, comme beaucoup, je devais déjà m'imaginer un jour monter un label. Avec, à l'époque, Pavement en ligne de mire... ah ah ! A.C. existe seulement depuis fin 2008 mais avec le recul, je suis convaincu que c'est une bonne chose que ça se soit passé ainsi. Mes quelques activités liées à la musique (webzine, booking, promo...) commencent à avoir quelques années au compteur et quelque part tout ça a été comme un long 'brainstorming' - inconscient - ! Savoir concrètement comment tu as envie de faire les choses et - encore plus - comment tu ne veux absolument pas les faire. Si je devais essayer de citer quelques influences, je pense que j'irais plutôt piocher du côté de la scène punk DIY ! L'idée du label date de 2007, à l'époque on était deux (avec Marine) avec cette folle envie - et impatience - de sortir le LP de François Virot. Par la suite, j'ai continué le label seul et aujourd'hui on est à nouveau deux (avec Philippe).
Je ne suis pas certain d'avoir très bien répondu à cette première question. Je crois que je pourrais te donner dix fois plus de raisons pour lesquelles je n'imagine pas arrêter le label...

fv

Peux-tu nous expliquer la marque de fabrique d'Atelier Ciseaux ? Pourquoi privilégier le vinyle à l'heure du téléchargement ?

Je ne suis pas certain de me sentir très emballé / inspiré par ce débat / combat lié au téléchargement. A.C. a été créé dans l'air du 'download / add to friends', je suppose que c'est différent pour les labels qui ont vécu / subi le changement. Nos tirages sont limités et accompagnés d'un lien pour télécharger le disque en format mp3. On aurait démarré en 1995, peut-être qu'on aurait pressé 1000 copies au lieu de 350 mais à part ça...Pourquoi le vinyle ? Par envie, par attachement, simplement ! Mais tu vois on ne s'est pas entaillé la main avec un canif, ni signé de pacte 'croix de bois, croix de fer, si je sors autre chose que du vinyle, j'irai en enfer' ! Par exemple, on est en train de penser à une compile K7 et ce n'est pas dit qu'on ne sorte pas à nouveau autre chose que des disques comme on l'a fait avec le dvd.

La marque de fabrique... hum... difficile comme question, je sais pas ! J'espère qu'elle parle d'elle-même !

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Comment choisis-tu les projets sur lesquels tu as envie de travailler ?

Il y a quelques signes qui ne trompent pas : quand tes proches commencent à te détester parce que tu écoutes un morceau en boucle, quand tu commences à imaginer la pochette... Après vient ce petit claquement de dents quand tu appuies sur 'envoyer le message'. La suite ne t'appartient plus vraiment. Parfois ça le fait, parfois non ! Parfois c'est rapide, parfois ça rame ! Et puis parfois t'es surpris comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast. J'avais contacté Andrew (JW) pour savoir s'il comptait sortir le morceau Tough Guys en vinyle. Et puis un jour j'ai débarqué avec cette idée de split et une liste de groupes (avec Best Coast en numéro 1). Il a été super emballé par l'idée. Puis rien ! Plus de nouvelles pendant plusieurs jours. Et un matin, je reçois un mail de sa part me disant qu'il revient de Los Angeles et que Bethany est partante pour le disque. Le soir même, je recevais les deux morceaux, WOW !

Pour en revenir au choix des groupes, on ne fait aucun calcul mathématique compliqué avant de se décider. On connaissait / écoutait certains groupes avant la création du label, d'autres ont été découverts entre-temps.

Peux-tu nous dire quelques mots sur chacun des artistes avec qui tu as travaillé et que tu nous présentes ici (player ci-dessous) ?
Le premier disque a été le LP de François Virot, Yes or No, fin 2008. Guitare en bois qui braille et baskets à scratch. On l'a beaucoup comparé à Animal Collective, OUI et NON ! Je viens de regarder par curiosité sur Last Fm et les artistes similaires conseillés sont Tune-yards, Panda Bear... OUI mais NON ! Il y a quelque chose de spécial dans sa musique, un côté brut et touchant. François habite Lyon et joue également dans Clara Clara.

La seconde sortie date d'avril 2009, un 7"/ 45 tours, Vrais Noms/True Names, du duo Lucky Dragons. Luke et Sarah habitent Los Angeles. Folktronica ? Toute tentative de description serait un échec. Un océan au milieu d'une forêt. Leurs concerts sont à l'image de leur club de dessin, le SUMI INK CLUB, participatifs ! Laissons le player parler...

Le troisième  projet est un peu particulier puisqu'il s'agit d'un dvd-r. Trois courts-métrages d'Andy Roche qui joue également dans le groupe Black Vatican (Chicago). Esthétique du risque comme par exemple dans le court-métrage TETEDEMORT, chaque plan, chaque scène est un poster arraché dans la chambre d'un adolescent sous perfusion d'images télé-évangéliques. Références à des lieux enfouis sous un amas de guerre et de religion. La musique du dvd-r provient en majorité de morceaux de Black Vatican qui va sortir son prochain disque cet été sur Locust Music (nldr : voir en fin d'article).

La dernière sortie (janvier) est un split 7"/45 tours entre Jeans Wilder et Best Coast. Andrew (JW) vit du côté de San Diego et jouait avec Nathan Williams (Wavves) dans le groupe Fantastic Magic. Bethany Cosentino (BC), ex-membre du duo pyché-primitif Pocahaunted, habite Los Angeles. Pop fantôme, lo-fi surfant sur un bitume usé par la fin des années soixante. Deux morceaux hantés par l'été.

La prochaine sortie est un 7"/ 45 tours d'U.S Girls, Lunar Life prévu pour début juin. Balades pop rugueuses, destruction de bandes magnétiques, baignades lo-fi en eaux troubles et noisy. Dans sa musique flirtent les spectres de Bruce Springsteen, The Kinks et des Ronettes. Carte postale usée d'un rêve américain emballé dans un sac en papier kraft (en pre-order ici !)

Peux-tu nous dire comment tu imagines Atelier Ciseaux dans dix ans, toujours en construction ?
J'en sais rien, vraiment ! Le futur c'était hier matin. On pourrait plutôt essayer de miser sur les dix prochains mois. On n'a pas de fantasme de carrière, pas de pyramides à bâtir sur un ramassis de bonnes intentions. On a pas mal de projets / envies mais à moyen terme et quelque part c'est une liberté plutôt chouette.
Pour répondre - enfin - à ta question, je nous souhaite simplement de continuer à sortir des disques avec cette même envie, ce même stress. Les retours que l'on a eu jusqu'à présent sont super encourageants / touchants. J'espère secrètement - enfin plus maintenant - que pour les prochaines sorties, on arrivera à toucher plus de 18 personnes en France. On sort / a sorti principalement des groupes américains donc c'est logique qu'on ait des retours plus "importants" là bas. Mais, comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast quand tu reçois des commandes du Japon, du Mexique, de la Pologne ou de la Grèce, tu te poses quelques questions et tu dis que c'est pas lié à la nationalité des groupes...
Gardons les interrogations sur l'avenir pour les soirées ravagées par l'ennui. Notre cinquième sortie est prévue pour début juin, un 7" de U.S. GIRLS. Je peux te dire qu'on est super impatients !

lunarlife_cover1

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Atelier Ciseaux ?

Bons, bons et... bons ! Vue la distance physique avec les groupes, la plupart des échanges / projets se sont développés / concrétisés par mails. Des kilos de caractères sur un écran brûlant. C'est clair que c'est frustrant, mais pour l'instant j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer la majorité des gens avec qui on a bossé. Avec François, c'est un peu différent vu qu'il habite à quelques heures de train mais également parce que je me suis occupé d'organiser ses deux dernières tournées. La rencontre avec Meghan / U.S. GIRLS a été assez épique ! En ce moment, j'habite Montréal, et en septembre dernier on a loué une voiture pour aller la voir jouer (avec Grouper) dans la banlieue de Philadelphie. 9 heures de route ! On s'est retrouvés dans un espèce de chalet en plein milieu d'un campus entourés par 12 college kids bien alcoolisés et en train d'halluciner sur le fait qu'on ait pu faire autant de kilomètres pour venir au concert. On a repris la route pour Montréal juste après le concert ! Intense !  Ce fut un chouette moment et une belle rencontre. Une fois rentré à la maison, j'avais 10 000
fois plus envie encore de sortir ce disque.

Enfin, quels sont tes projets annexes ? Quelles sont les structures ou personnes avec qui tu aimes travailler ?
En parallèle, je me suis occupé pendant deux ans d'un 'non'-label cassettes Atthletic duddes. L'idée était de recycler de vieilles cassettes audio abandonnées. Sur la face A, on enregistre les nouveaux morceaux et sur la face B, on conserve les titres originaux. Résultat : des splits improbables entre des groupes de noise et des stars de compiles hantées par le top 50 des années 90. Deux dernières cassettes avant l'été et Atthletic Duddes va s'arrêter !
J'ai également fait un peu de booking ces trois dernières années, organisé quelques concerts à Paris (Pochaunted, Lucky Dragons...) en 2009.Le reste de mes activités est de nature - plus - professionnelle donc je ne suis pas certain de l'intérêt d'en parler ici.
Au niveau des collaborations, bosser avec Jérémy Perrodeau a été un moment vraiment cool. J'ai débarqué un matin en lui demandant si ça pouvait le brancher de réaliser l'artwork pour le split JW / BC et en insistant sur le fait qu'on en avait besoin rapidement. 5 jours plus tard, c'était bouclé. Mortel !
Organiser les concerts de Pocahaunted / Lucky Dragons avec Jérôme (Boss kitty, ex Ali_fib), l'album de François avec Clapping Music, recevoir les flyers de Paula Castro...

Question subsidiaire : ta première tribune, tu nous la promets pour quand ?
Question suicidaire  ! En juin, ce sera bien (?) !

Prochaines sorties d'Atelier Ciseaux : US. Girls 7" - juin / pre-order : http://atelierciseaux.com/
Terror bird 7" Shadows in the hall (w/ La station radar) - Été 2010
Mathemagic/ Young Prisms split 7" - Été 2010

Vidéo


Tristesse Contemporaine l'interview

  • On a souvent pas grand-chose à dire et encore moins à demander à un groupe qui n'a qu'une seule chanson à son actif. Cela dit, quand le groupe a pour nom Tristesse Contemporaine, les cartes sont légèrement redistribuées. Logiquement s'ensuit une discussion sur le conservatisme religieux prôné par un mec qui s'appelle Hyppolite et le décompte du nombre de Suédois et de Japonais présents à la prochaine coupe du monde de football. Entre-temps vous aurez appris beaucoup de choses sur ce groupe à la fois proto & post d'un style musical pas encore identifé...
tristesse-contemporaine-3-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine

On a très peu d'infos sur le groupe. Leo, tu joues dans Aswefall...

Leo : Oui.

Narumi, tu faisais des apparitions sur les lives d'Aswefall...

Narumi : Oui, je jouais sur le premier album.

Mike était dans Earthling...

Narumi : Et en fait, je jouais avec lui dans Telepopmusik, c'est comme ça qu'on s'est rencontrés.

Au sein de Tristesse Contemporaine, ça fait combien de temps que vous jouez ensemble ?

Narumi : Notre premier concert était au Pop In On s'est formés l'année dernière.

Leo : Ouais, c'est ça, à l'été, l'automne dernier. Après on se connaît depuis pas mal de temps. Mike et Narumi se connaissent depuis longtemps. Ça doit faire deux ans que Narumi m'a présenté Mike. On s'entendait bien et on a toujours parlé de faire un morceau ensemble. On a fait une chanson qui est désormais sur le second album de Aswefall. Puis j'ai commencé à travailler avec Narumi aussi...

Narumi : C'est à partir du moment où on a senti qu'on avait besoin de chant, qu'il manquait quelque chose, qu'on s'est dit : « Tiens, pourquoi pas Mike ? »

Leo : Oui, c'était très logique. Comme tous les deux, on aimait bien Mike, on lui a demandé de participer. Au début, on avait pensé, Narumi et moi, faire un groupe à deux. On a commencé à deux. On a ensuite un peu lié ces deux projets.

A l'heure actuelle, Tristesse Contemporaine est vraiment un groupe ou davantage un side project d'Aswefall ?

Leo : C'est plus un groupe...On se voit chaque semaine, on travaille ensemble.

Niveau line-up, si j'ai bien compris : Leo joue de la guitare, Narumi du synthé  et Mike chante. Tout ce qui concerne la batterie et la programmation, quelqu'un s'en charge en particulier ou vous bossez tous dessus ?

Leo : Le studio dans lequel on travaille, c'est mon studio que je partage avec un pote, Julien Plaisir de France. Après on enregistre beaucoup de rythmiques avec des micros. Des fois c'est moi, des fois c'est Narumi, des fois c'est Mike qui fait ça. Je gère plus le côté technique mais sinon tout le monde participe.

Concernant votre nom de groupe, c'est LE truc sur lequel tout le monde s'arrête. C'est purement pour le côté catchy un peu nihiliste ou pour la référence au bouquin d'Hippolyte Fierens Gevaert ?

Leo : C'est grâce au bouquin que j'ai trouvé le nom. J'ai travaillé  dans les livres anciens, place de la Sorbonne. C'était une librairie philosophique. Je fichais ce livre et j'ai trouvé le titre assez fort...

Narumi : On cherchait un nom français parce qu'aucun de nous n'est français mais ça fait longtemps qu'on vit à Paris, c'est ici qu'on travaille donc on voulait quelque chose de lié à la France et on a trouvé ce nom. On a tous commencé à lire le bouquin. J'ai pas pu terminer. Tu l'as terminé, Leo?

Leo : Non je ne l'ai pas terminé.

Narumi : Tout le monde a commencé à la lire. C'est assez intéressant...

Leo : Oui, c'est marrant.

... Ça traite des courants moraux et intellectuels du 19ème siècle, c'est ça ?

Leo : Oui, voilà. C'est un peu second degré... et un peu troisième aussi... et premier. Ça parle des gens des villes qui ne vont plus à l'église le dimanche et qui par conséquent perdent les valeurs fortes de la religion. Les gens se concentrent davantage sur des trucs très court terme et assez superficiels. Il parle beaucoup de ces choses-là et j'ai trouvé que même maintenant, 100 ans après...

... C'est encore d'actualité...

Leo : Oui, même encore plus. Toutes les questions actuelles sont basées sur ça, même plus maintenant...

... C'était visionnaire...

Leo : Bon, après je pense pas que ce soit un grand...

Narumi : ...écrivain

Leo : Lui est conservateur. J'ai eu l'impression qu'il voulait dire que si les gens allaient plus à l'église, on aurait moins de problèmes.

Narumi : A partir du moment où les gens ont arrété d'aller à l'église, il y a eu des problèmes...

Leo : ... si les gens reviennent vers l'église, tout ira mieux. Moi j'ai capté ça. Après, je ne lis pas très bien le français.

(S'ensuit une digression sur le fait que le bouquin  est reconnu en Belgique et peu en France et sur l'hypothese qu'il s'agirait d'une vision belge du monde...)

Leo : Finalement, ça collait avec ce qu'on voulait. On a hésité. Les gens disent : « Vous êtes pas français », mais ça fait très longtemps qu'on est sur Paris. On est peut être pas français mais au moins parisiens.

Narumi : Au début il y a beaucoup d'amis français qui étaient contre ce nom de groupe.

Vous aviez pensé à  quoi comme autre nom de groupe à l'époque ?

Leo : Il vaut mieux pas le dire (rires). On a cherché. Au moment où on a fini le premier titre, on s'est dit : « Si on fait écouter le morceau à quelqu'un, il nous faut un nom de groupe ». On a cherché pendant 2 ou 3 semaines.

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Il y a encore peu de temps, le mec de oOoOO me disait qu'à l'heure de la musique sur internet, les noms de groupes n'importaient plus, seul l'identité visuelle était primordiale. Sur votre blog, on voit que vous avez également une marque visuelle assez forte avec des références à la Nouvelle Vague notamment. Nom de groupe et visuel, ça fonctionne ensemble pour vous ? Vous ne pourriez pas vous baser que sur un visuel par exemple ? Le nom du groupe est très important ?

Narumi : Oui, c'est important

Leo : Après, je pense que c'est un « statement ». Je ne me rappelle plus du nom du groupe... un groupe suédois... This quelque chose.

Narumi : This quelque chose ? (rires) Un groupe français ?

Leo : Non, suédois...

... Ils font de la pop ?

Leo : C'est instrumental.

Narumi : Ah, dingdingding (en imitant le son d'une machine). C'est pas ça ?

Leo : Le truc, c'est qu'ils notent tous les morceaux de façon chronologique : 1, 2, 3, etc... En ce moment j'ai l'impression que... C'est pas très nouveau mais j'ai l'impression que c'est un peu la mode en ce moment.

Narumi : Je crois qu'il existait déjà un mec qui faisait ça.

Leo : Oui, ce n'est pas nouveau. Il y en aussi qui notent les morceaux par rapport aux tempos, des choses comme ça. Je pense que klf a fait ça. Personnellement, je suis pour. Je trouve que c'est un bon développement. Je pense que de la fin des années 90 à il y a encore quelques années, les gens voulaient faire de la musique « underground » qui cartonnait. Artic Monkeys, etc... il y a plein d'exemples comme ça. Des groupes qui se disaient underground tout en voulant devenir Coldplay. Leur but était assez évident, d'autant plus que leur musique était très pop.

Narumi : Ils cachent ça mais en fait...

Leo : Bah ils cachent mal car c'est très pop et ils veulent vendre ça comme underground. Comme les disques ne se vendent plus, ce genre de stratégie ne sert à rien donc les gens partent plus dans les trucs arty du type pop instrumental avec des titres chronologiques. Finalement, c'est ça qui sort de la masse car moins de gens pratiquent ce genre de musiques et c'est un moyen de se démarquer.

Narumi : C'est comme en Angleterre avec le retour du vinyle...

Leo : ... C'est le vrai esprit underground qui revient, je trouve.

(Leo se rend comtpe qu'il a le nom du groupe sur son portable... Il s'agit de This Is Head.)

Le visuel de vos lives est également tres marqué. C'est assez dépouillé  et au milieu Mike attire l'attention avec son masque. C'est nouveau pour lui de jouer masqué ?

Narumi : Il n'a jamais porté de masque mais il avait toujours besoin de quelque chose. Un déguisement, du maquillage...Il a besoin de se transformer que ce soit devant 3, 100 ou 1000 personnes.

Pas de second degré là-dedans comme d'autres peuvent le faire ? Je pense au chanteur de Mayhem qui joue déguisé en lapin au milieu d'un concert métal...

Leo : Non je n'ai pas l'impression qu'il y ait de second degré le concernant.

tristesse-contemporaine-4-web1J'ai du mal à définir ce que vous faites. Le morceau en eéoute sur votre MySpace (51 Ways To Leave Your Lover) est à la fois monolithique et aérien. Comment qualifierez-vous votre musique ?

Leo : J'ai le même problème pour Aswefall.

Narumi : Ça correspond davantage à nos humeurs. Tu peux passer d'un état « dark » à un état euphorique. Notre musique reflète beaucoup notre état d'esprit. C'est spontané, au feeling. Ces changements ne sont pas vraiment recherchés. On ne se dit pas : « On va faire un morceau comme ça, comme ci ». On écoute nos morceaux et on ajoute ou on retire ce que l'on veut pour que ça nous paraisse bien.

Leo : On fait un peu exprès de ne pas mettre qui fait quoi au sein du groupe car c'est un peu anti-musique. Pour notre live, il y avait marqué  que je faisais du synthé mais en fait c'est de la guitare qui est juste super traitée... Le seul qui a vraiment un rôle défini, c'est Mike, il est chanteur. Mais concernant le reste, il représente un tiers du groupe. Le morceau en question, on l'a presque fait en un apéro. On a pris quelques bières, on s'est amusés ensemble. Des fois on fait fausse piste, des fois bonne piste. Le genre de truc impossible à faire avec une guitare acoustique. On n'est pas non plus dans un truc techno. C'est un truc entre les deux.

Narumi : On est super concentrés sur le coté technique du traitement du son...

Leo : La démarche... On n'essaye pas d'entrer vraiment dans la musique électronique.

Narumi : Quand je parle de musique avec mes amis, je dis toujours ça : la musique est le seul art qu'on ne peut pas contrôler entièrement. Contrairement à la sculpture, la peinture dans lesquels il n'y a pas de hasard. C'est une histoire de moments, de personnes et de hasards. C'est prétentieux de dire qu'on contrôle à 100% ce qu'on fait.

Leo : On essaye de plus être dans l'erreur que dans la performance. Nous ne sommes pas instrumentalistes.

Narumi : Si les sonorités nous évoquent quelque chose, on suit.

Parler de vous comme un groupe pop, ça va donc être compliqué ? Mettre une étiquette sur Tristesse Contemporaine est quasi impossible ?

Léo : On n'a pas la prétention d'être unique au monde dans notre démarche. On n'est pas un groupe pop. On n'a pas cette volonté de suivre une route bien tracée.

Votre single sort chez Fondation Records. Il s'agira de leur première sortie « rock ». Comment s'est faite la rencontre avec ce label ? C'était également une volonté de leur part de se démarquer des autres labels purement techno ?

Narumi : Par l'intermédiaire de Robert Alves, notre cher ami, qui travaille chez Fondation. Il prospectait des groupes rock. Julien (Danton Eeprom) cherchait à developper Fondation autrement qu'avec des trucs techno. C'est tombé au bon moment. Robert voulait écouter notre morceau. On lui a fait écouter et ça lui a plu. Julien a tout de suite aimé.

Leo : Après ça a pris du temps...

Narumi : Il a sorti son disque, il était hyper occupé.

Leo : Mais ça ne nous a pas freiné, on a bossé sur les autres morceaux. On a quasiment fini l'album. On a 8/9 morceaux. On a commencé  à développer le projet live.

Vous avez également produit des édits de vieux morceaux. C'est un truc qui vous intéresse ?

Narumi : Ah Criminal, ah David... C'était pour le podcast...

Leo : Je l'ai fait pour une mixtape Télérama, plus pour Aswefall. J'aime bien. On va en faire plus, à deux ou à trois. Mais on fait pas ça très sérieusement. C'est un loisir.

Narumi : Je vais peut-être me mettre au djing à l'occasion. Je ne suis pas dj mais j'ai plein de vinyles.

Leo : Je ne pouvais pas mettre Chris Isaak dans le podcast comme ça. C'était trop bateau.

En conclusion, quels sont vos projets à moyen et long terme ?

Leo : L'album. C'est pas fait encore. En décembre, on s'était dit que le live nous permettrait de savoir où nous en étions. On a eu de bons retours. Pour moi c'est le test ultime. Sans avoir la prétention de dire que notre live est le meilleur du monde. Si tu te sens bien sur scène, ça veut dire que c'est bien.

Narumi : Le live nous a aidé à bosser les versions finales des morceaux. Ce qu'on ressent sur scène nous permet de modifier les morceaux. On a évolué parallèlement.

Leo : On espère sortir ça à la rentrée prochaine.

Audio

Tristesse Contemporaine - 51 Ways To Leave Your Lover (sample) by Fondationrecords


Chloé l'interview

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"L'Art, c'est la nature accélérée et Dieu au ralenti". Une maxime qui à elle seule pourrait bien résumer le parcours de Chloé. Sur des formats peu courus par les musiques de club, la Parisienne a eu tendance à ralentir l'allure. Après un acoquinage rapide à la pratique live, Chloé a récemment sorti son deuxième album One in Other (Kill The Dj). L'occasion était de parler de sens caché, de portes ouvertes et de spontanéité.

Je me rappelle de ta date au Confort Moderne (Poitiers) il y a deux ou trois ans, un de tes premiers lives pour The Waiting Room. Une certaine appréhension était palpable ce soir-là. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta découverte de la prestation live ?

Pendant longtemps je n’étais pas attirée par le live particulièrement, en tout cas je n’avais pas envie de faire un live club, le djing me suffit pour ça. Au fur et à mesure est venue cette idée de faire un live au ralenti, en revisitant des morceaux en direct, de façon spontanée et improvisée, c’est une prise de risque mais c’est enrichissant.

Un live techno, c'est différent d'un live rock, on ne peut pas changer la setlist tous les soirs. Quels ont été les facteurs te permettant de faire évoluer tes lives ?

Le live m’a donc permis de proposer au public ma musique que je produisais en studio jusque-là. Ça a fait le lien qui me manquait entre le studio et le djing. Le live m'a permis d'affirmer mon style, de trouver des idées en direct. Mon live est un amas de mes sons d’albums, de remixes, de maxis, de collaborations, et de sons à venir, le tout joué de façon improvisée.

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Est-ce que ces éventuelles évolutions ont impacté l'écriture de One In Oher ? Y-a-t'il eu un "après The Waiting Room" ?

Après The Waiting Room, j’ai continué à faire des morceaux, comme si je travaillais sur mon album. C’est comme ça que j’ai commencé à faire One In Other, c’est la continuité de The Waiting Room. Aussi, certaines trames de morceaux de One In Other sont tirées d'idées de mes lives, d’extraits de diverses collaborations. Je me sers de toutes les matières que j’ai pour faire mes productions.

One In Other est plus franc, la rythmique est beaucoup plus appuyée et il y a même des morceaux orientés plus dancefloor et pourtant tout cela reste brumeux, bancal... Penses-tu avoir réussi à trouver le pont entre la piste de danse et la maison ? Le djing a-t-il eu plus d'importance dans ce deuxième opus ?

Pour moi ce disque a été fait plus spontanément, donc il est peut-être plus radical que le premier, en tout cas plus affirmé. The Waiting Room était plus intime, sombre, mais se terminait sur une porte ouverte. Avec One In Other j'ai pris la porte, je suis sortie. Le fait de confronter directement ma propre musique en live m'a permis d'affirmer mon style. Malgré tout, je continue toujours et encore à jouer avec les contrastes (fermé/ouvert, chaos/cosmos, sens apparent/sens caché, etc.). C’est sûrement le point commun entre tout ça (prod, dj, live). Ce sont mes modes d'expression qui me permettent d’accentuer les effets de styles. Le djing continue constamment de me nourrir, tout comme la production qui nourrit mes mixes, je me sers de l’un et l’autre, comme je l’ai toujours fait d’ailleurs.

Quelles étaient les lignes directrices de One In Other ? Qu'est-ce que tu voulais explorer à travers un second album ?

Ce sont les liens entre l'Un et l'Autre, et la façon dont se tissent ces liens qui m'ont donné un point de départ. Je voulais les mots "one" et "other" dans le titre, le rapport entre l'un et l'autre. On dit "l'un dans l'autre", "ni l'un ni l'autre", "l'un après l'autre", etc. Le mot entre les deux aurait pu être n'importe lequel, finalement. Après chacun interprète comme il veut le sens, qui est l'un, qui est l'autre, chacun y trouve sa propre réponse. Le tout dit de façon suggérée.

Ça ne sera une surprise pour personne s'intéressant de près à toi mais en écoutant ton nouvel album, j'ai retrouvé l'éclectisme propre aux compilations (CD et/ou digitales) de Robert Johnson. Peut-être plus qu'ailleurs, il se dégage un son des artistes/des djs gravitant autour de ce lieu. Un mélange subtil de son dur et moelleux, de rythmes lents mais entraînants. Qu'est-ce qu'il se passe là-bas ? Il s'agit réellement d'un lieu de référence pour toi ?

Le Robert Johnson fait partie de ces rares lieux, un peu commme le Pulp, où l’on ressent une réelle liberté d’expression, c’est un petit endroit convivial, le sound system est dément, et le dj joue autant de temps qu’il le souhaite, ça peut durer longtemps, ça permet vraiment d’installer son ambiance. Je n’y ressens aucune contrainte.

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A ce titre, peux-tu nous présenter le projet Plein Soleil qui a sorti un maxi chez Robert Johnson ? Où en êtes-vous de ce projet ?

Plein Soleil est un duo électronique qu’on a créé avec Krikor en 2008. On a sorti deux maxis jusque-là (un sur le label Live At Robert Johnson, Casus Belli, un autre sur Resopal, Let’s Sway) et fait quelques remixes (Losoul entre autres). On prévoit d’autres maxis à venir dont un sur Kill The Dj Records.

D'ailleurs tu sors très peu de maxis... Le long format a plus d'importance à tes yeux ? Avec le digital, ce format vaut-il encore la peine d'être exploité ?

J’ai sorti pas mal de maxis avant mon premier album (liste ci-dessous), les albums sont une continuité logique, je continuerai à en faire malgré la crise du disque parce que j’ai toujours besoin de faire de la musique, et d’en écouter. Je n’ai jamais calculé en terme de marketing si c’était bien de sortir un disque ou pas, sinon je n’aurais même pas fait d’albums. A mes débuts je ne me concentrais que sur les maxis, aujourd’hui je me lance dans les projets d’albums, j’ai aussi plus de remixes, et de collaborations, et quand c’est possible des maxis.

* Plein Soleil - Casus Belli (Playhouse, 2009)

* Plein Soleil - Let’s Way (Resopal, 2008)

* Be Kind To Me (Kill The Dj, 2007)

* Suspended (Kill The Dj, 2007)

* Afterblaster avec Alexkid, 2006

* Point Final/Hand In Hand avec Sascha Funke (Bpitch Control, 2006)

* Around (Kill The Dj, 2006)

* What's The Matter (Karat, 2006)

* Troubles (Karat, 2005)

* Take Care (Crack'n Speed, 2005)

* The Flick Of The Switch (Dialect, 2004)

* The Forgotten EP (Karat, 2004)

* Erosoft (Karat, 2002)

J'ai vu que tu allais soutenir la sortie de One In Other par des dj sets à droite à gauche dans les mois à venir, comptes-tu le défendre également en configuration live ?

Je vais continuer à tourner dans les clubs et festivals en dj, mais je suis aussi en train de préparer un live avec les artistes visuels berlinois Transforma. On présentera le live en exclusivité le 15 mai au festival Les Nuits Sonores à Lyon, et à Paris à l’Alhambra le 17 juin.


Axel And The Farmers l'interview + session

axelAprès deux EP bien sentis et une mention spéciale pour l'un des titres rock les plus revigorant de l'année 2009 (Dream#7), on espère voir le grand Axel  et ses Farmers transformer leurs belles promesses sur un long format, histoire de prolonger un peu plus notre plaisir et de se dire enfin que nous aussi sacrés Français on est capables de faire danser les Anglais. En attendant nous le retrouvons pour une interview et une session live exclusives.

Interview

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