ARLT - La Langue

arltlalangueC'est vrai qu'on parle de ARLT comme d'une musique un peu secrète, qu'on essaie de faire partager aux autres un peu gêné, parce qu'on ne sait pas véritablement expliquer comment on s'est fait happer par La Langue. Déjà, il nous aura fallu la faire tourner plus de sept fois pour enfin l'avoir bien en bouche, Car elle ne révèle ses secrets qu'avec parcimonie avant de nous clouer au sol. La dernière fois je vous parlais de The Age of Adz de Sufjan Stevens, du génie qu'il déploie pour faire de sa musique une onde de choc qui affole l'échelle de Richter de la symphonie ; ARLT se situe dans l'autre hémisphère où le temps n'existe pas, la nuit éternelle et les choses invisibles, seule règne la mémoire des émotions. La vie est faite de rencontres comme des accidents, leurs chansons ont l'air un peu cabossées, c'est ce qui leur donne ce charme et cette qualité, un bel accident. Elles parlent d'amour (qui est parti) avec rage, humour et surtout beaucoup de douceur. Rarement plus de trois phrases par chansons, qui se répètent pour obtenir une vérité nue. Dépouillée à ce point, La Langue se conjugue ici au passé, dans l'imparfait réside cette douce mélancolie. J'ai entendu La Langue et pioché ses mots, ses sensations, discuté avec ses fantômes, je suis revenu avec ce texte comme on rentre du marché, le panier rempli de bonnes saveurs de saison pour cuisiner un met délicieux.

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La rouille sur ma bouche c'est la trace du temps qui détruit tout, cette cigarette qui s'éteint me brûle les lèvres, j'ai couru toute la nuit dans les rues jusqu'à m'écrouler comme une pierre terminant sa course folle au fond d'une rivière. J'ai sorti la tête de l'eau brusquement au moment où nous avons ri, et la honte se mit à me ronger les os, bientôt il ne me restait plus que les dents pour mordre à quelque chose et me relever. Je marchai vers la butte, là-haut tu m'attendais, j'allais revoir la mer, caresser ta peau, sentir cette brise passer emportant ton parfum, tu seras avec moi comme avant pour toujours. Nous resterons là-haut jusqu'au dernier jour. Notre amour, c'est cet arbre où on s'est endormi. En bas c'est la guerre, j'ai abandonné ma maison, mon champs, mon pain, allons nous reposer dans l'arbre, on n'entend pas les canons.

Vidéo

Tracklist

Arlt - La Langue (Almost Musique, 2010)

1. La Rouille
2. Après quoi nous avons ri
3. La Honte
4. Château d'eau
5. Les Dents
6. Une Joie
7. Revoir la mer
8. De haut en bas
9. Je voudrais être mariée
10. Lettre morte
11. Que se passe-t-il ?


Bachar Mar-Khalifé - Oil Slick

bachar1Dans la famille Khalifé, la musique est plus qu’un art, c’est une tradition. On ne présente plus le père, Marcel Khalifé, récompensé par l’UNESCO pour son travail allant dans un sens moralisateur pacifique et prônant en faveur d’un engagement pour le patrimoine musical, le « musicien arabe » se veut l’un des plus grands compositeurs de son époque. Aujourd’hui ce sont ses deux fils, Rami et Bachar qui lui emboîtent le pas.Mon premier en exploitant très tôt les talents innés qu’il se découvrit pour le piano et que mon second se fascinant de la même manière pour les sonorités plus lourdes des percussions. Ensemble ils réalisent une poignée de cinémix, avant que l’aîné rejoigne Aufgang, aux côtés de Francesco Tristano et Aymeric Westrich, laissant aux soins du cadet d’appuyer les performances live du pianiste luxembourgeois, au cours de ses représentations solo. C’est donc bien au décollage en solitaire de Bachar que nous assistons à travers cet Oil Slick.

Mais qui dit effort solo ne dit pas forcement enregistrement esseulé et misanthropique, au contraire. Si cet album se veut avant tout le reflet d’un état des lieux très personnel de l’artiste, il se veut aussi comme un partage émotionnel transmis à travers une musique que le mélomane ira puiser dans ses racines. C’est donc entouré de musiciens tels qu’Alexander Angelov, Aymeric Westrich ou encore de son frère Rami que Bachar se permet de pousser des vocalises d’une voix fluette, parfois presque naïve, le long des six titres que couvre cet album riche et condensé. Et si l’on retrouve volontiers l’influence de son entourage sur le puissant et chichement jazzy Progeria, on s’attardera plus longuement sur le trouble et poisseux Marée Noire. Enroulé autour d’un slam de son auteur, la voix parasitée par le vocoder, ce morceau dont le texte fait indirectement référenceà la catastrophe pétrolière survenue en 2006 à Beyrouth. Il permet à Bachar de livrer une ballade poignante marquée par l’amertume et le dégoût de soi, couché sur un piano ivre et des nappes inquiétantes. A noter également qu’il s’agit ici du seul morceau en français dans le texte, puisque Bachar Mar-Khalifé a tenu à utiliser sa langue d’origine, ce qui apporte un dépaysement des plus bienvenus comme sur la langoureuse amourette Around the Lamp, où il partage le chant avec la vocaliste Lita Jana. Hymne à la lenteur absolue, berceuse en apesanteur voilée d’une aura doucereuse et mystérieuse. Et si la réussite d’un Distance, presque pop, ou d’un Democratia engagé n’était pas à craindre, le vrai tour de force vient des dix minutes extrêmement déconcertantes procurées par NTFntf’, qui malgré sa structure expérimentale en chausse-trappes provoque chez l’auditeur des sensations fortes. Dix minutes qui permettent à l’artiste de se livrer à son art et démontrer à travers ce « never to forgive » toute la puissance des instruments à percussion.


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Hélas, Bachar Mar-Khalifé prêche trop près de son troupeau, et Slick Oil peine à se démarquer du terrain sur lequel il s’avère vouloir braconner. Une belle intrusion dans la world music, mais qui rappelle que d’autres s’y sont essayés avant lui (Kwal en tête). Quantà l’originalité musicale, il semble la devoir plus à ses collaborateurs qu’à lui-même, tant celle-ci porte les stigmates des productions d’Aufgang ou s’enclave dans la parfaite lignée des compositions de Francesco Tristano. On déplore alors l’économie des rythmiques percussionnistes, qu’on aurait pensé trouver au cœur de l’œuvre, face à un déploiement massif de l’instrument à queue, certes ici magnifié. Les années d’apprentissage du jeune homme face à l’instrument au conservatoire de Boulogne n’y changeront rien. Oil Sick n’en reste pas moins un objet tout à fait inédit et suffisamment bohème pour susciter l’intérêt de l’auditeur assoiffé de découverte, mais qui ne marquera pas l’émancipation d’un Bachar Mar-Khalifé qui devra apprendre à se détacher de ses liens s’il veut mieux affirmer sa personnalité.

Audio

Bachar Mar-Khalifé – Marée Noire

Tracklist

Bachar Mar-Khalifé - Oil Slick (InFiné, 2010)

1. Progeria
2. Distance
3. Around the lamp
4. Marée Noire
5. Democratia
6. NTFntf'


Black Devil Disco Club

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Pas vraiment né de la dernière pluie, Bernard Fèvre aka Black Devil Disco Club n'a pourtant eu droit à son retour de hype que récemment, à la faveur d'une réédition de son album sur Rephlex, le label d'Aphex Twin et Luke Vibert, et d'un sample de son Earth Message utilisé à bon escient par les Chemical Brothers sur leur album Surrender (1999), vendu à plusieurs millions d'exemplaires. Un coup du destin qui a convaincu le Frenchie, pionnier de la musique électronique en France, de ressusciter son défunt groupe. Depuis 2004, Black Devil Disco Club fait donc profiter la nouvelle génération électro-disco de ses trente années d'expérience grâce à la sortie de deux nouveaux albums (28 After et Eight Oh Eight) et à des performances saluées dans les clubs du monde entier.

Depuis, plus rien n'arrête Bernard Fèvre, qui s'apprête à sortir un nouvel opus, Circus, début 2011 (Lo Recordings / Alter K). En guise de mise en bouche, Hartzine vous propose d'en écouter un premier extrait, intitulé My Screen, qui accueille en invité de marque Nicolas Ker de Poni Hoax. La sortie officielle du single, effective le 11 octobre dernier, coïncide avec le lancement du nouveau site de Black Devil Disco Club, sur lequel vous pouvez vous inscrire pour recevoir le morceau gracieusement. Alternant basses hypnotiques et choeurs convulsifs, nul doute que My Screen, nouvelle preuve de vie du roi de la disco déviante, ne manquera pas d'accompagner vos prochaines soirées.

Audio


25 Years & Running

25ynrvisuelpapou1site« La Suède, toujours la Suède ». La capacité de ce pays à sortir les meilleurs groupes baléariques, indie-dance ou nu-krautrock de ces dernières années n'est plus à démontrer. En revanche, voir ces mêmes groupes sur une scène française est chose beaucoup plus ardue.   La toute jeune structure parisienne 25 Years & Running s'est donnée pour ambition de combler ce manque. Hartzine a demandé à Benjamin et Noe, les deux personnes derrière celle-ci, de répondre à un questionnaire un brin administratif. Vous trouverez en bonus une mixtape illustrant leurs propos passionnés.

Date et lieu de création
Il y a eu deux années importantes dans l'histoire de 25Y&R : 1985 et 2010. A Paris.

Vocation et activité principale
Booking / promo. Et aussi pas mal d'autres choses...
http://www.youtube.com/watch?v=gPJG7r_hCKM

Artistes soutenus
25Y&R se comprend comme le prolongement de l'activité parisienne du label de Stockholm Service. De ce fait, nous avons un lien originel fort avec les groupes qui sont - ou qui ont fait un passage - sur SRVC. Nous ne sommes pas des amateurs de musique suédoise par principe, mais il se trouve qu'un certain nombre de groupes que nous plaçons au sommet de la hiérarchie de la pop mondiale vient de villes comme Göteborg et Stockholm. Nous aimons tout autant certains groupes américains, par exemple, mais le destin a fait que, au cours de nos nombreux voyages en Suède, nous avons rencontré les membres de ces groupes qui se sont révélés être des personnes d'une générosité et d'une richesse rare, et avec qui nous avons tissé des liens d'amitié. Ce mélange d'admiration et d'affection est la matière fondatrice de 25Y&R. A ce jour, notre roster comprend : Museum Of Bellas Artes / Bandjo / jj / nhessingtons / ceo / lissvik (studio) / Jackpot / Santa Monica Track Club.

On est également sur un grand nom du r'n'b américain féminin, mais il est peut-être un peu trop tôt pour en parler... Affaire à suivre...

Ambitions et projets

L'objectif que nous poursuivons est identique à celui des groupes que nous représentons : toucher le plus grand nombre avec les meilleures chansons possible, tout en restant dans une démarche de création artistique - c'est-à-dire ne jamais copier ou répéter des choses déjà faites. A ce titre, l'ennui que suscitent chez nous des courants musicaux qui tournent en rond et au sein desquels les groupes semblent prendre plaisir à se copier entre eux (neo shoegaze / lo-fi et plus récemment « chillwave » - nous ne sommes pas sûrs de l'appellation adaptée à ces courants musicaux - et nous ne sommes pas sûrs de vouloir le savoir) est également constitutif de notre engouement à promouvoir les groupes que nous aimons passionnément et qui nous font découvrir des émotions nouvelles.

Dans les mois qui viennent, plusieurs choses vont nous occuper. On peut ici évoquer le nouveau projet DJ de Sarah Assbring (El Perro del Mar) et Jacob Haage (Bandjo). Durant le DJ set, Sarah chantera sur les morceaux du mix. Vous pouvez vous faire une idée de l'esprit du projet ici.

De plus, nous allons sortir les deux nouvelles signatures du label Force Majeure, le label suédois qui monte. Museum of Bellas Artes est une formation composée de trois jeunes Suédois obsédés par l'écriture de chansons pop parfaites. Bandjo est un groupe plus complexe. La beauté subliminale de leur premier album, qui allie avec une rare subtilité krautrock, new-wave et prog suédois des années 1970 (nous non plus on ne sait pas ce que c'est) ne s'est révélée pleinement à nous qu'après plusieurs écoutes. Il s'est peu à peu imposé comme une évidence, tant il rompt sèchement et intelligemment avec la scène balearic pop dont le tour a, nous semble-t-il, été fait. 25Y&R est aujourd'hui à la fois fier et particulièrement excité à l'idée de représenter ces deux groupes en France.

Enfin, à intervalles réguliers, les deux DJ parisiens du Santa Monica Track Club éclaireront dans les bars et clubs de la ville-lumière les balises qui indiqueront les différentes routes et directions prises par 25Y&R. Voici leur page sur notre site : http://www.25yearsandrunning.fr/smtc.html

Mixtape

01. MBA – Watch The Glow
02. Studio – No Comply
03. Nhessingtons – For Always
04. Jackpot – Uno Dos Tres
05. Frankie Knuckles – Bad Boy
06. Suicide – Ghost Rider
07. Christophe – Rock monsieur
08. Velvet – Sweet Jane
09. Bandjo – You & The Sun
10. The Durutti Column – Never Known
11. The Verve – A Man Called Sun
12. Lissvik – B1


REMAIN l'interview

remain3recadreePourrais-tu présenter en quelques lignes ton parcours dans la musique ?
J'ai reçu une formation en guitare quand j'étais plus jeune, mise entre parenthèses pendant mes études. Je suis revenu à la musique en tant que DJ avec une résidence au Pulp, puis j'ai monté mon label en 2008, et là j'ai commencé la prod.

Pourquoi avoir monté un label ? Que voulais-tu explorer avec Meant ?
Quand tu es DJ, tu reçois tous les jours des EP ; tu te fais un avis sur les dernières prods, et surtout on te demande ton avis ! L'idée de monter un label a petit à petit fait son chemin.
Les ventes de disques étaient en chute libre, les ventes de numérique n'avaient pas encore explosé, et avec mon pote David (Siskid) on s'est dit : « C'est le moment où jamais ! »
Meant c'est un espace d'expression et de création qui nous ressemble, à la fois pour le club et pour la maison. C'était important que le label exprime cet ancrage. Meant ne se limite pas à l'électro.

Et au niveau de l'électro, qu'est-ce qui t'a marqué ? Qui t'a donné envie de faire de la techno ?
Ado, j'étais très rock. J'ai d'ailleurs joué dans des groupes, j'allais à beaucoup de concerts. Et puis, naturellement, j'ai commencé à sortir en club : j'ai vu tout Laurent Garnier, Sex Toy, Aphex Twin, Jeff Mills... Ça laisse des traces !

Siskid est aussi très présent. Quelle est sa place au sein de Meant ?
Il est plus que très présent ! C'est le co-créateur du label, on s'occupe ensemble de la DA et de tout ce qui va avec. C'est aussi un artiste que je respecte énormément. Je suis très fier d'avoir monté mon label avec lui, très fier de sortir et de défendre ses productions. Mais c'est avant tout mon pote !

On sent un lien musical avec Kill The DJ: Krikor et Chloé ont signé des remixes sur le label, Remote a sorti un EP sur Meant et Ivan Smagghe te présente comme "l'un des nouveaux espoirs de la scène française". Etait-ce un label déterminant pour la création de Meant ? Leur vision de la musique t'a marqué ?

Tu as tout dit ; j'ai toujours beaucoup apprécié le travail de leurs artistes et c'est vrai qu'ils nous ont beaucoup soutenus au départ. Maintenant Meant a sa propre identité,. L'idée, quand tu montes un label, ce n'est pas de copier ou de « s'inspirer » de ce que font les voisins. On essaye de construire notre propre image à partir de notre idée de la musique ; ça prend du temps, surtout quand des labels comme KTDJ et des artistes comme Krikor, Chloé et Ivan, mettent la barre assez haut. Mais je pourrais aussi te parler du travail de Trevor Jackson avec son label Output et de son projet Playgroup...

On te sent très proche de Dimuschi et Audiofamilies, peux-tu nous parler de ces relations que vous entretenez ?
Dimuschi, ce sont des amis, promoteurs d'excellentes soirées à Paris et plus récemment en Corse.
Audiofamilies, et plus particulièrement Jeff Labelle, s'occupe depuis un an et demi de mes bookings et de mon développement auprès des clubs et des promoteurs. C'est un des meilleurs bookers français et je suis très heureux de faire partie de son pool d'artistes.

l_a9e6609e3b2c4fe3befa2b917979ae3fTu fais aussi de la musique sous le nom de Remain. Quelles sont les lignes directrices de ce projet ? Où veux-tu aller ?
Meant et Remain sont intimement liés. Le principe de la musique jouable en club et écoutable à la maison est plus que jamais d'actualité. C'est aussi le sens que je souhaite donner à ma musique. Vous pourrez le constater bientôt en écoutant mon prochain maxi. Il y a deux morceaux : un très club, et l'autre plus rock et plus perso, mais très efficace !
En ce moment je passe encore plus de temps en studio, avec des projets de collaborations assez excitants... Stay tuned !

Ce n'est pas trop dur de conjuguer les fonctions de boss de label et d'artiste ?
Ce n'est pas toujours évident... Ça fait souvent beaucoup de choses à gérer en même temps. Mais ce n'est pas antinomique non plus, c'est juste une question d'organisation.
Et c'est surtout super excitant de défendre des choix artistiques, au-delà de ta propre musique.

Tu vas sortir un EP prochainement. Peux-tu nous en parler ? Quelles directions as-tu prises pour ce quatrième EP ?
Le maxi est terminé ; deux morceaux très forts, avec chacun leur remix. Petite exclu : c'est Ewan Pearson qui fait l'un des remixes. Il l'a terminé il y a peu de temps : il est dingue ! Sortie prévue avant la fin de l'année, a priori en novembre.
J'en profite pour te rappeler que je viens de signer un remix du titre Dirty Symphony de Julien Parisé qui vient de sortir sur Missive, que vous pouvez écouter .

Quelles sont les actualités de Meant ?
Rentrée chargée. En voilà un petit aperçu :
- Le MEANT008 sort le 4 octobre : un maxi de notre nouvelle signature Monoblok & PussySelektor avec un morceau plus deux remixes... Le premier par Ivan Smagghe (une de ses rares prods en solo) et j'ai signé le second. Et voilà un lien preview de l'EP pour les curieux !

- Mon prochain EP (MEANT009) qui sortira ensuite...

- Et un nouveau track de Siskid en ligne, Infected, qui annonce la couleur de son album en préparation. Pour info, il joue pour la Nuit Electro au Grand Palais le 9 octobre prochain.
Hop, on va écouter, le track est fou.

Qu'est-ce qui t'a marqué récemment ?
Mon mariage !

Merci beaucoup !


Casey l'interview

casey-3-webDans un contexte où le rap français semble faire du surplace depuis plus de dix ans, les rendez-vous estivaux Fnac Indétendances étaient l'occasion pour Hartzine de se frotter à la plus digne héritière d'un genre qui fit la gloire de l'underground durant les années 90, Casey. Elevé au hip-hop hexagonal  depuis que celui-ci a pris naissance derrière chez moi, j'étais impatient de découvrir l'auteur d'un Libérez La Bête sale et brutal, et affronter une MC réputée pour sa grande gueule.  Confiant j'allais affronter la gentille Casey sans mon gilet pare-balle et sans savoir que j'allais en prendre pour mon matricule. L'habit ne fait pas le moine, dit-on.  Parfois pour être crédible il faut savoir enfiler un [survêt'] peau de pêche et se raser la tête. Le tacle dans la bonne humeur, c'est par ici...

Contrairement à beaucoup de rappeurs brassant les mots de manière facile, tu manies le verbe avec dextérité et à des fins parfois peu orthodoxes... Le vocabulaire, c'est ton terrain jeu ? C'est ton artillerie ?

Je ne sais pas bien comment répondre à cette question... Je sais pas... Je ne me suis pas scrutée, je me suis pas assez disséqué ou brossé le nombril depuis un bout de temps pour te répondre. Je sais pas... Après c'est toi qui interprète à ta sauce. Je peux te dire que j'aime bien écrire, après le reste... Après le reste c'est les goûts et les couleurs...

Tu sembles avoir un vrai goût pour l'écriture...

Oui, j’aime bien écrire. Mais je ne me lève pas non plus à six heures en regardant le soleil, avec une chemise à col à jabot et tout, tu vois…Ce genre de trucs… Mais oui, j’aime bien écrire.

Qu'est-ce qui t'as donné envie de rapper, c'est d'abord la musique ou l'envie de prendre position ?

Bah déjà quand j’ai commencé j’avais treize piges, donc j’étais pas dans la prise de position. A treize-quatorze ans, t’es dans le mimétisme. J’écoutais du rap français, il y en avait à Nova, des rappeurs américains à la télé. Et ce qui m’a fait tripper quand j’étais plus jeune, c’était l’intellect mais cool. C'est-à-dire que les gens disaient des choses tout en étant en baskets et en paraissant cool. Tu pouvais dire des trucs sans être un bouffon du club d’échec. Tu vois t’es cool, le rap c’est vraiment bien. Surtout en France, pays très littéreux. Ecrire ou dire des trucs, c’est tout de suite de la branlette… C’est tout de suite très haut-perché. Donc ouais le rap, ça m’a un peu réconciliée avec le fait de pouvoir dire des choses sans forcément être dans une sphère littéreuse. C’est ça qui est terrible, tout le monde peut écrire. Alors effectivement, on n'est pas tous égaux devant l’écriture, tu vois. Mais ce que j’aime dans le rap, c’est que tout le monde écrit, tu ne te pose pas la question de savoir si t’as fait khâgne-hypokhâgne, si tes parents sont instits… T’as envie d’écrire un texte, t’écris un texte. C’est encore l’une des rares musiques comme ça. Il y a pas de limites, après il y a des choses bien et des choses moins bien… Quoiqu'on adore taper sur la médiocrité du rap mais dans le rock, ça ne dit pas grand-chose non plus. Franchement… A part se retirer la poche des yeux, ça dit rien. Et le hard, je t’explique même pas.Des mecs qui gueulent, qui braillent, qui sont énervés comme pas possible et qui disent rien. Je sais pas, j’arrive pas à me congestionner le cerveau pour dire aussi peu, tu vois. Tu sais, ça me soûle aussi un peu.Que moi je dise des trucs sur le rap, ça me regarde, c’est mon milieu, j’ai le droit de le remettre en cause, pour moi j’ai le droit de lui taper dessus. Des mecs qui viennent de l’extérieur qui viennent critiquer le pe-ra en aimant le rock où ça dit rien, ça me fatigue un peu, souvent (soupirs !)… Parce que dans le rock, ça dit rien, franchement ça dit que dalle… Passer des après-midi chez mamie, pareil que dans la chanson française. Et le hard, pareil. Ils égorgent des poulets, ils invoquent Satan à descendre sur Terre… Des trucs concrètement qui ne veulent rien dire. Donc voilà, le rap, c’est encore une des rares musiques où t’as une feuille, t’as un stylo, t’as envie de dire des trucs, tu les dis quoi… Donc c’est ce que je te disais, le côté intellect, mais cool, en mâchant du chewing-gum.

Justement, sans aller au clash, tu dézingues beaucoup de monde par la force de ton propos. C'était voulu dès le départ ?

Non, c’est pas… C’est con de répondre à ce truc-là si c’est voulu… T’écris ce qui te passe par la tête. Croquer la connerie, oui. C’est à la portée de tout le monde, on le fait tous. On a tous un bouc émissaire, on a toujours son imbécile du coin, son gros con… On a de quoi s’appuyer pour se forger sa personnalité et croquer la personnalité des autres.Doncça c’est des sujets infinis - l’outrecuidance, l’arrogance, la bêtise, tu vois ? Et c’est relatif, chacun a la sienne. Et voulu… Non pas spécialement, c’est donner un avis. Comment c’est perçu, ça, ça me regarde pas vraiment… Oui je donne mon avis sur deux-trois trucs… Pas lourds en plus. Laissez la banlieue tranquille, laissez les immigrés tranquilles… Foutez-nous la paix… Laissez le rap tranquille… La tranquillité, la sérénité, la quiétude, tranquille… Qu’on puisse s’allonger à Paris-Plage et manger des glaces (rires). C’est à peu près ça…

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Malgré ça, on te colle quand même une étiquette hardcore que tu intensifies à travers l'image de tes albums, de tes clips... C'est intentionnel...

Bah oui, qu’il y ait une esthétique, oui c’est clair que j’aime pas les esthétiques vert pomme… Après c’est les goûts… Comme dans le gothique ou le hard métal…Chaque musique a son esthétique. J’aime pas ce qui est lisse. Maintenant est-ce que c’est volontairement tout le temps entretenu ? Pas spécialement. Mais justement, tout en n’aimant pas le lisse, par opposition on se doit d’aller vers autre chose. Pis ça colle peut-être avec les musiques, avec la lourdeur, avec… Peut-être… Mais ce n’est pas une marque de fabrique en soit non plus. C’est un univers t’as vu, grisaille, béton… C’est plutôt nos quotidiens, non ? J’aurais peut-être fait du rap à Acapulco, j’aurais pas dit qu’un p’tit short à fleurs ça l’aurait pas fait (rires)… Un cocktail avec une paille fluo…Mais banlieue parisienne, 9-3, le short fluo, ça va pas passer.


Quels sont les choses qui te fâchent dans le rap hexagonal ?

Bah rien qui change avec ce qui pourrait me fâcher au quotidien, je te l’ai dit… Souvent t’as des mecs qui sont super contents en pensant qu’on va taper sur le pe-ra. Que moi je tape sur le pe-ra, ça me regarde. Mais quand je rencontre des gens qui ne sont pas de cette musique, qui sont contents et qui pensent, parce qu’on va être d’accord sur deux-trois trucs, qu’on va être des copains, non tu vois ? T’es du rock et tu tapes sur cette musique sans remettre en cause ton propre milieu, tu vas te faire enculer tout pareil. Ça me regarde moi de taper sur cette musique. Mais si toi (ndlr : moi ?), tu tapes sur cette musique et que tu la connais pas, je suis pas ton amie. Ça me regarde… J’aime pas les gens qui tapent sur le rap. Le rap a sa bêtise, le rap a sa médiocrité, mais comme d’autres musiques… Pour avoir fait un petit tour dans le rock, je peux te jurer que là aussi, il y a des trucs à croquer. De l’imposture, t’en as tout pareil… Des postures de branleurs, tu vois ce que je veux dire ? Qui pensent à rien d’autre qu’à leur nombril et je sais même pas s'ils vont acheter une baguette de pain les mecs. Ils te racontent des trucs insignifiants au possible, tu vois ? Mais dans des postures de mecs déchirés, écartelés par la vie… De la branlette. Donc voilà, le rap à ses postures aussi, des postures de gansters, des postures de cailleras… Le rock et le métal, pareil… Des postures de « Ahhhhh, je veux mourir… » mais je le dis quand même… De la posture, si tu veux c’est croquer la connerie… Moi si tu veux dansla musique, il y a une sorte de ligne de démarcation où il y a deux camps. Et dans les deux camps, il y a toutes les musiques mais je sépare ça avec la posture et les gens qui font ça sans préméditation, avec des raisons tout à fait louables. C'est-à-dire déjà avec un plaisir personnel, ensuite de l’expérimentation, une forme de vérité, d’authenticité… Ils ne sont pas dans le regard d’autrui, ils cherchent… Et voilà, c’est ce que j’apprécie. Dans ce camp-là, il y a de tout. Et dans l’autre camp, le camp des trous-du-cul, là aussi, il y a de tout. Donc moi ça me regarde, c’est mon milieu le rap, je le connais, ça fait un bout de temps que je suis dedans, que je lui tape dessus, ça me regarde… Ça me créée pas pour autant de la concordance avec d’autres qui n’y connaissent rien, et qui vont venir me dire : « C’est bien ce que tu dis »… Je t’emmerde, je t’encule… Si la seule raison pour toi de me mettre un coup de coude complice en disant : « Vas-y, c’est bien tape-leur dessus », c’est parce que toi-même tu n’aimes pas le rap, que tu n’y connais rien et donc tu vas te faire enculer tout pareil. Voilà donc je tape sur le rap, parce qu’il y a plein de choses qui ne me plaisent pas mais comme plein d’autres musiques. Mais je parle de ce que je connais, tu vois ? Je vais te parler de mon milieu, je ne vais pas te parler de la médiocrité dans le chant lyrique. Je ne connais pas le chant lyrique. Je ne suis pas dans ce monde-là. Je te parle de ma petite micro-société dans laquelle j’évolue et qui est le prisme à travers lequel je vois la bêtise, le vice, la vertu, enfin plein de choses quoi… Enfin c’est juste ça, t’enlèves le rap, il reste ça. Comment je regarde le monde en général. Après chacun sa petite lorgnette. Moi, le rap en fait partie.

Libérez La Bête est un album très dur, dans quel contexte et dans quel état d'esprit l'as-tu écrit ?

Ça aussi ça reste relatif, je ne trouve pas que ce soit dur. Parce qu’on se connaît pas et qu’on ne traîne pas ensemble toute la journée (rires). Avec mes potes c’est le genre de rap qu’on écoute, pas celui-là spécialement. Pour moi si tu me demandes mon avis, c’est un album normal. Après dans quel contexte… Normal. Je ne me suis pas enfermée au fond d’une cage à trois cents mètres sous le niveau de la mer… Donc normal, à un moment donné t’écris tes textes, tu prends ton p’tit cahier, ton stylo et t’écris quoi… Et la dureté, c’est un point de vue, ça dépend de quel point de vue tu te places.Par contraste peut-être avec d’autres musiques plus entertainment, ça peut passer comme ça. Mais mis en parallèle avec plein d’autres rappeurs, c’est un disque qui va passer… C’est un disque normal.

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(Rires) Donc je pense que dans ce contexte ma dernière question va te sembler un peu déplacée...

Non vas-y, dis...

Donc si je te dis que Libérez La Bête est le seul disque de rap français que j'ai réussi à écouter entièrement sans me lasser et réellement apprécié depuis presque dix ans (ndlr : La Rumeur - L'Ombre sur la Mesure, 2002), ça te fait quoi ?

Bah écoute… Bah rien… Tu vois ? Ça me fait rien. Je me dis que c’est dommage parce que d’autres groupes de rap français, j’en connais d’autres qui sont bien mais on n'a peut-être pas les mêmes goûts. Je sais que t’as plein de gens qui ne sont pas du rap et qui ont écouté ce disque et qui viennent me dire, tu sais… Si tu t’es fâché avec le rap, je ne suis pas responsable. J’aime bien celui-là, mais pas les autres… Y'en a peut-être que toi t’aimes pas mais que moi j’aime bien. Parce qu’on n'évolue pas dans les mêmes milieux, on n'a peut-être pas les mêmes goûts, les mêmes indulgences… Pour moi, ça me fait plaisir que d’autres personnes, qui viennent d’autres milieux musicaux, qui ont d’autres cultures, écoutent peut-être ce disque et essayent de décloisonner quelque chose… Pour eux… J’espère au moins que ça te permettra de te dire qu'il se passe aussi des choses dans le rap, voilà… C’est juste ce que ça me fait. Après j’espère que t’en restera pas là… Et que tu vas dire, tiens je vais tentez le coup… Parce que, ce que je veux dire c’est que ce que tu n’aimes pas dans le rap, c’est peut-être ce que je n’aime pas dans plein d’autres musiques. J’aime pas ce qui passe à la radio, je trouve ça dégueulasse, la chanson française, je trouve ça dégueulasse. Et si c’est pas deux-trois potes qui m’ont pas fait écouter autre chose, des mecs qui ont vendu genre six cents disques durant toute leur vie, où il y avait des morceaux qui mettaient des claques incommensurables, alors là je pouvais continuer à prétendre que je connaissais, mais sans connaitre. Mais il y a plein de styles de musique comme ça, je trouve ça dégueulasse, et je sais que j’y connais rien. Le rap, je me tape plein de gens qui pensent savoir, qui pensent connaitre, et qui connaissent rien… Ils allument la radio, la télé, ils voient des indigènes en train de gigoter … Y'en a c’est pas bien et y'en a d’autres c’est bien. Même un enfant de sixième, il fait cet effort intellectuel de se dire, il y a des trucs que je connais et d’autres que je ne connais pas. Donc mon seul degré de jugement, c’est pas uniquement ce que je connais. De tout ce que je connais comme musique, j’y connais que dalle, tu vois ? Non moi aussi, je me lâche et je me permets de dire ça, ça pue, ça c’est dégueulasse. Par exemple la chanson française, c’est le truc qui me fait délirer tu vois ? Mais dans le fond, je sais que j’y connais rien et qu’il doit bien y avoir un ou deux pelos quelque part qui font des vrais trucs. Mais c’est pas ceux que je me coltine quand j’allume la télé, tu vois. Mais c’est pas suffisant pour condamner une musique ou un genre. Le rap, c’est un peu pareil tu vois ? Et puis ce qui me soûle aussi… Ça c’est pas pour toi…Mais ce qui me soûle à travers le rap, c’est que t’en as qui vont aller vers le rap parce que c’est le bon vecteur conscient et politiquement correct pour taper sur l’immigration, la banlieue, tu vois ? Y'a aussi ce truc-là, c’est pour ça que je me méfie des « j’aime pas le rap ». Parce que c’est qu’un genre musical, ça nécessite pas autant d’énergie de haïr cette musique… Souvent il y a un truc derrière, tu vois ? Un truc un peu puant et xénophobe. Renvoie ces indigènes jouer dans leur cour, on comprend pas ce qu’ils veulent, on comprend pas ce qu’ils gigotent… J’aime pas. Et ça c’est clair et net, que tout le monde aille se faire enculer. En général, il y a souvent ce propos derrière qui me dérange. Il y a souvent un truc pas net à taper allègrement sur le rap car c’est qu’un genre musical, et puis voilà. Quand je vois les BB Brunes, je trouve ça dégueulasse, mais je me dis pas qu’ils incarnent à eux seuls la bourgeoisie et le sarkozysme. Pourquoi le rap, lui, subit ça ? A travers le rap, quand on tape sur le rap, on tape sur ça. Ça vient grossir tous les autres maux de la société. C’est plus ça qui me dérange en fait. J’espère que si t’aimes pas le rap, t’aimes pas juste un genre musical, ça peut arriver. Mais merci pour le compliment, c’est gentil.

Photos nb © Emeline Ancel-Pirouelle


Desire l'interview

8332_257450065197_249426295197_8706763_1707281_nOn avait déjà parlé de Desire Records sur Hartzine à l'occasion de la sortie de l'EP de la nouvelle hype EBM //Tense//. Suivant une ligne artistique sans équivalent en France, il nous paraissaît intéressant de nous attarder sur ce label géré par Jérôme Mestre, ancien du shop Rough Trade à Bastille (entre autres). Commerce 2.0 et nuance de ton au programme de cet entretien qui ne fait que confirmer tout le bien que l'on pensait de cette structure.

Tu as un parcours conséquent dans le monde de la musique : patron du shop Rough Trade parisien à 25 ans, responsable de Chronowax et Artefact, puis maintenant affilié à la radio collaborative virtuelle Official FM (ex Fairtilizer). Tu n'a jamais été réellement déconnecté de la musique indé. J'ai donc envie de te demander dans un premier temps : aimes-tu toujours autant la musique ?

Jérôme : Oui ! Je trouve que la crise du disque n'est pas une crise de la création musicale. Tous les jours de nouveaux groupes débarquent et proposent des choses enthousiasmantes. Je crois d'ailleurs que je n'ai jamais autant acheté de disques que ces deux dernières années.

A la vue de ton parcours, on observe que tu t'es progressivement éloigné de la sphère réelle du business musical. Quel est ton regard sur les nouveaux modes de « consommation » de la musique (liés au 2.0, dont le streaming) ?

En fait, tant que les disques se vendaient bien, le boulot chez un distributeur était assez excitant. Mais depuis 4/5 ans ce n'est plus marrant du tout. Par contre je pense que le métier de disquaire a un avenir devant lui : les Fnac et autres Virgin ne proposent plus rien d'intéressant et laissent donc le champ libre à une nouvelle génération de magasins de disques.
En ce qui concerne les nouveaux modes de consommation de la musique, je ne peux être qu'enthousiaste. Même si la rémunération des titres en streaming est quasi-nulle, c'est une véritable opportunité pour les artistes ou labels de faire découvrir leur musique. Le streaming est une alternative aux radios FM que nous avons connues jusqu'à peu.

On voit que la vente d'albums n'est plus la priorité des acteurs virtuels de la musique, ou du moins que cela n'est plus exprimé ainsi ; quelle est donc la finalité de cette exploitation virtuelle de la musique ?

Tout simplement se faire connaître et entretenir une relation directe avec ses "fans". Et ensuite pourquoi pas vendre sa musique ou faire du merchandising en direct.

15762_311398870197_249426295197_9590962_724029_nQuelle est la place de « l'underground » là-dedans?

Ce sont généralement les groupes « underground » qui sont les plus actifs sur les réseaux sociaux et qui testent en premier les nouvelles solutions technologiques.

Ton parcours doit être riche en rencontres. Quand on pense à Rough Trade, on pense notamment à Ivan Smagghe et Arnaud Rebotini. Est-ce que cette époque a réellement modelé vos esprits et votre exigence ?

Bien sûr. C'était en plus une époque où, pour la première fois depuis le début des années 80 et des groupes comme Metal Urbain ou Stinky Toys voire plus tard avec la vague minimal/cold, que la scène française avait une crédibilité internationale avec l'avènement de la scène électronique. Donc on avait cette connexion directe avec l'Angleterre et les Etats-Unis avec ce qu'on recevait et aussi une relation privilégiée avec les artistes locaux. Je ne peux pas répondre pour Arnaud et Ivan mais c'est clair que je ne serais pas là où j'en suis sans l'aventure Rough Trade.

Est-ce que tu te retrouves dans ce qu'ils font actuellement ?

J'aime beaucoup ce que fait Arnaud ces temps-ci. J'aimerais travailler avec lui pour un projet sur Desire. Il faut que je trouve un concept intéressant à lui proposer.
Je suis moins en contact avec Ivan mais j'écoute régulièrement les mixes qu'on retrouve à droite ou à gauche sur le net. J'aime beaucoup le côté radical et sans compromis de ses mixes. Je connais moins son travail de production. Je lui ai demandé de participer à une compilation de reprises de Cabaret Voltaire et il a accepté.

Recentrons-nous sur Desire Records. Quelle est donc l'idée derrière ce label ? Est ce de l'artefact 2.0 ?

En fait c'est plus une opportunité qui m'a incité à démarrer Desire il y a un an. Un ami qui dirige le distributeur Module m'a proposé de signer des groupes plus pop pour son label in-house et au cours de la la discussion le projet a évolué vers la création d'un label avec une identité propre. En plus je venais d'arrêter de booker des groupes pour la Flèche d'Or et j'avais eu pas mal de bons contacts avec certains. Et c'est  vrai que l'idée d'un label me taraudait toujours. On peut voir la continuité avec Artefact dans une envie d'éclectisme et l'envie de signer des disques par envie et non par calcul.

Peux-tu nous présenter rapidement chaque artiste de ton catalogue ?

Ma première sortie était le premier album de Project:KOMAKINO, un groupe anglais de post-punk inspiré par Joy Division bien sûr mais aussi The Sound ou The Chameleons. Ensuite il y a eu Kasms, un quartet devenu trio il y a peu qui joue une musique elle aussi largement influencée par le post-punk des années 80 mais avec une touche plus agressive et débridée.
J'ai ensuite sorti un EP de //TENSE//, le projet solo d'un jeune Texan. C'est nettement plus électronique mais toujours avec un format chanson. Son album vient de sortir en vinyle et sera disponible en CD courant septembre.
Aussi disponible depuis quelques jours, le premier album de The Present Moment, le projet solo d'un Californien. Il évolue entre ambiances gothiques et électro-pop racée.
Autre album de la rentrée, Nord d'Ike Yard, groupe post-punk électronique mythique qui vient de se reformer après vingt-cinq ans.
Demontré est un jeune quartet anglais produit par James Aparicio de DiscError Recordings. Ils jouent un rock atmosphérique et sombre qui n'est pas sans rappeler The Cure.
J'ai entamé une série de 7" avec un deux titres de Loom 11, le projet solo d'Elon Katz, membre du groupe électro-pop de Chicago White Car. Le son est plus intense, sombre et rugueux.
La seconde sortie de cette série sera l'oeuvre de Der Ventilator, un groupe espagnol, lui aussi produit par James Aparicio. Leur musique est à rapprocher de Liars et HTRK.
Viendront ensuite le premier album de Joie Noire, entre krautrock et post-disco, un split 7" partagé par deux groupes électro-dark-pop de Portland, Soft Metals et Jewels Of The Nile, un EP du groupe électro-grunge new-yorkais GHXST, un 7" des Italiens Too Young To Love, un 7" par le groupe indie anglais Televised Crimewave, un 7" par les néo-gothiques américains de Blessure Grave et un par les Canadiens de Cosmetics.

Quelles références (musicales, picturales...) as-tu en tête au moment des choix artistiques ? Dark, no black : c'est ta ligne de conduite ? Quelle est la nuance ?

En fait c'est plus un jeu sur les mots qu'autre chose. Mais c'est vrai que dans dark (sombre) il y a des nuances qu'on peut retrouver dans les différents groupes du label. Black est plus uniforme peut-être.
Je n'ai pas vraiment de ligne de conduite pour les choix artistiques en fait. J'ai toujours préféré les groupes sombres et difficiles que les trucs pop sautillants. Même si j'aime bien des trucs plus formatés, il doit toujours y avoir une fêlure pour que j'accroche vraiment, que ce soit en musique, en cinéma ou autre.

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Tu dois inaugurer prochainement une série de singles vinyles en tirage limité. Un bon moyen de travailler sur l'objet en tant que tel ?

Oui mais pas uniquement. C'est aussi un bon moyen de commencer à travailler avec un groupe avant de s'engager sur un format long. Ça me permet aussi de sortir des disques avec des groupes déjà signés ou en passe de l'être comme Soft Metals. Et l'approche artistique est différente sur un single. On ne peut pas se permettre d'inclure un titre qui pourrait trouver sa place sur un long format mais qui dans un format court ne serait pas à sa place. L'approche est totalement différente d'un album où on peut jouer plus sur des ambiances.

A-t-on une chance de voir des plateaux Desire Records tourner en France ? Est-ce que le booking te paraît être une activité incontournable car complémentaire du reste pour les labels « underground » ?

J'aimerais bien mais pour l'instant rien n'est vraiment prévu. Demontré, Televised Crimewave et Project:KOMAKINO doivent venir en France avant la fin de l'année et Ike Yard en 2011. Le booking est un véritable métier et je n'ai pas vraiment le temps ni l'envie de m'en occuper pour le moment. Peut-être plus tard.

Je te laisse le mot de la fin pour nous détailler l'actualité et les sorties à venir de Desire...

Pour ce qui est de l'actualité, plusieurs albums sont sur le point de sortir. Il y a le premier album de //TENSE// en CD, LP et digital. Une sortie cassette est prévue avec pas mal de remixes. Nord, le nouvel album de Ike Yard est prévu également en septembre en CD et digital. Le vinyle est prévu pour plus tard. The High Road, le premier album de The Present Moment, est sorti en édition très limitée en cassette et CD-R. Il sortira également en digital.
Sinon est prévu pour septembre un EP de Demontré (CD, 12'', cassette et digital). Un EP de remixes de Project:KOMAKINO est aussi prévu pour la rentrée ainsi qu'un nouvel EP de //TENSE//. Sur le front des singles, le premier 7" de Loom 11 est sorti. A venir un Televised Crimewave, un double 7" de Der Ventilator, un split Soft Metals / Jewels Of The Nile, un 7" de Cosmetics avec l'aide d'un producteur parisien, un de Too Young To Love et enfin un de Blessure Grave.
Pour 2011 j'ai un EP prévu avec GHXST et un de Relics. J'aimerais aussi finaliser la sortie du nouvel album de You Animals et un projet de BO. Il faut aussi que j'avance sur ce projet de reprises de Cabaret Voltaire...

Audio


Who are you La Station Radar?

Micro-label aussi bien porté par la boulimie de ses deux instigateurs que par le bleu du ciel du Lubéron, la mystérieuse fabrique d'orfèvreries musicales qu'est La Station Radar méritait enfin que l'on s'attarde longuement sur son cas. Tour de ce prorpiétaire unique en son genre  en une interview documentée , une élégante mixtape  et une chronique de choix.

Pourquoi et qui se cache derrière ce nom étrange de La Station Radar ? Et d'où vous est venue l'idée de monter un label ?

Jérôme : L'idée du label nous habitait depuis longtemps mais tout a pris réellement forme à Glasgow. En 2001 nous avons décidé de partir en Ecosse… Ce fut une révélation avec des rencontres déterminantes pour la suite et la création de La Station Radar DJs (chaque dimanche à la 13th Note et mensuelle avec projections au Stereo). C’est à ce moment-là précisément qu’on s'est dit que c’était possible. Nous étions en immersion totale. On a travaillé tous les deux à la 13th Note puis ensuite au Mono et au Stereo. Toute la scène locale et internationale passait par là, toute cette énergie nous a boostés pour la création du label. Et puis l’émergence de ces micro-labels DIY comme U Sound de Tom Greenwood, Heavy Tapes, Time-Lag Records ou American Tapes a été une révélation pour nous.

Fleur : Je crois qu'on l'a toujours eue dans nos têtes, secrètement d’abord et puis nous l’avons partagée ensemble. La Station Radar c’est un mélange d’idées, un couple aussi et surtout un rêve commun… Le nom « La Station Radar » est tiré d’un album de Captain Beefheart ; ce groupe représente exactement ce qu’on voulait faire avec le label : un incroyable mélange de style. A l’origine nous étions quatre, avec nos deux acolytes Benoit et Colin des Gummy Stumps (qui est à l’origine du collectif). De retour en France nous nous sommes replongés dans le silence et nos rêves.… patience ou réflexion... ou les deux à la fois… On a pris le temps, surtout pas de bousculade. Et en 2008, on s’est réveillé, et on s’est enfin jeté à l’eau…

l_2f0de95186e141db94feb75af5b34906Vous avez débuté votre activisme à Glasgow, ville à la scène musicale foisonnante et vous le poursuivez désormais au cœur de la Provence où musicalement parlant, pas grand-chose n’à émergé ces derniers temps. Pourquoi ce choix et avez-vous modifié votre façon de fonctionner ?

Jérôme : De retour en France, black out, il a fallu reprendre un nouveau souffle, un nouveau rythme. La Provence… non ce n’est pas notre idéal musical, malgré quelques structures très chouette comme l’Embobineuse ou le Montevideo de Jean-Marc Monterra…  Je ne dirais pas que nous avons changé, nous avons principalement évolué vers internet.

Fleur : Oui, C’est un choix très contrastant avec Glasgow, surtout où nous sommes, dans le Lubéron. Et c’est pourtant cette tranquillité, cette chaleur moite qui entretiennent un certain farniente local, qui nous donne des ailes. Ici, on ne se laisse pas dissiper. On n’a pas d’autres choix que de se concentrer sur ce qu’on veut faire. La Provence c’est aussi un retour aux sources : Jérôme est originaire d’ici, moi j’ai balloté entre Marseille et Toulon. Mais cette destination n’est pas gravée dans le marbre, on ne prépare pas notre avenir en faisant des plans de vie. Rien n’est prévu. Et on n’exclut pas de retourner vivre à Glasgow ou de partir ailleurs.

Comment définiriez-vous l’esthétique du label ? Et pourquoi sortir encore des vinyles et autre CD-R à l'époque du tout digital ?

Fleur : Je dirais tous simplement que j’aime le dessin, le collage, les traits noirs (une vraie obsession chez moi), j’aime la photographie (que j’ai délaissée depuis quelques années pour le dessin). Nous partageons les mêmes goûts. Tout ça ressort forcément dans l’esthétique.C'est très instinctif en fait et le label est à voir comme une continuité – un prolongement de nous même autant dans le graphisme que dans la musique. Nous avons voulu dès le début créer une atmosphère visuelle qui nous ressemble.  Nous sommes des « mangeurs » de vinyles, CD-R, CD et cassettes. Pourquoi cela devrait-il être différent avec notre label ? Nous tenons à laisser le choix des visuels des pochettes aux artistes, nous définissons alors le type de support et suivons la création, jusqu’au choix final et la mise en fabrication. Mais il arrive aussi qu’on nous demande de créer l’artwork, et c’est plutôt très chouette... Nous avons aussi créé une série qui regroupe de minis CD-R, la Fake Tape Série, pour laquelle nous créons les artworks, tout est fait main, en petite édition.

Jérôme : Pour nous, ce n’est pas une nostalgie de sortir des disques aujourd’hui, c’est une réalité. C’est vrai qu’on est au tout digital, mais bizarrement il y a des structures qui naissent un peu partout pour sortir des disques et autres cassettes. Pour ce qui est du digital,nous allons justement nous y pencher avec une collaboration avec le label digital Beko DSL en janvier 2011.

Comment choisissez-vous les artistes que vous souhaitez sortir ? Autrement dit quels sont vos rapports avec eux ?

Fleur : Internet internet internet - et aussi des artistes qu’ont suit depuis un moment, comme par exemple Richard Young et Andrew Paine... On marche au coup de cœur – comme tout le monde je pense – enfin cela me semble normal… Ça commence généralement par un échange de mail, puis une histoire prend forme (ou pas). Je reprendrai la première impression que Joseph Ghosn a eue de notre label : il y a vu une « belle indiscipline ». Et c'est ça La Station Radar. Chez nous se côtoient la pop et l’expérimentale, le folk et de la musique plus sombre ou des choses plus noise… Et ce n’est pas parce que nous sommes indécis, au contraire nous savons exactement ce que nous voulons faire et ne pas faire.

Jérôme : Nous prenons contact directement avec les artistes. Nous recevons aussi des propositions. Ensuite nous prenons le temps de discuter avec l’artiste sur le format et l’esthétique. Certains d’entre eux sont des amis de longue date comme Liam Stefani (Skitter), Colin Stewart et Rob Churm (Gummy Stumps) ou Michael (du groupe Please, avec qui nous avons un projet en route), et d’autres le sont devenus. Il y a de belles rencontres (par internet) comme avec William Cody Watson (Pink Priest) avec qui nous avons continué de dialoguer en dehors des réalisations. Et enfin bien d’autres encore avec qui nous échangeons dès que nous le pouvons. Nous en avons rencontrés certains, comme Ela Orleans avec qui nous avons passé quelques jours à Glasgow. Et aussi de vieux rêves comme Smegma ; au départ on les a contactés pour rééditer une cassette des années 80 et Jackie (Oblivia) nous a proposé de sortir des nouveaux enregistrements et surtout un live avec les musiciens d’Airway et John Wiese. On n’a pas hésité une seule seconde. Nous continuons aujourd'hui à échanger.

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Le concept de la Fake Tape Série m'intrigue. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Fleur : Je suis très attachée aux créations qui se déclinent en série. Dans ce projet de Fake Tape Série, chaque musique, visuel et artiste peuvent être appréhendés individuellement. Une fois réunis, ils forment un tout. On voit alors la série dans sa globalité. L’approche n’est plus la même. Les pochettes de cette série sont directement inspirées par les fanzines photocopiés fait à la main. Elles sont toutes en noir et blanc et ont un aspect photocopié délibéré, c’est le dénominateur commun. Chaque Fake Tape est éditée à 50 exemplaires sur papier recyclé (tout est fait main). Fake tape, « fausse cassette », parce qu’on est parti du format des cassettes, mais que ce sont des minis CD-R.  A travers cette série, on a eu le privilège de travailler avec des artistes reconnus qui ont été emballés par le concept comme Alastair Galbraith, Neil Campbell, Richard Youngs, Andrew Paine et bientôt Oblivia (de Smegma), qu’on n’a pas hésité à mélanger avec des artistes récents : Archers By The Sea, Daniel Klag, Skitter, Bird, Lee Noble, Dirty Beaches, Yannis Frier, Pink Priest, Indian Camp… Et bientôt Enfer Boréal, Je Suis Le Petit Chevalier, Heavy Hawaii, Cloud Nothings, Skitter With Ela Orleans, et d’autres en cours de réflexion…

D'où est née l'idée de la compilation La Station Radar sortie récemment ?

Jérôme : Elle est venue d’un besoin de mettre sur un même support tous ces groupes émergents ; on a ressenti une effervescence musicale et on a voulu la graver à jamais. On ne pensait pas mettre un an pour l’élaborer. Les premiers groupes à nous avoir donné les morceaux comme Cloud Nothings et Blessure Grave avaient explosés entretemps. On a demandé à Pink Priest et Jeans Wilder de participer en nous proposant des groupes qu’ils aimaient. Après avoir procédé à un choix final, il nous a fallu deux semaines pour trouver le bon ordre, la bonne combinaison. On y a passé quelques nuits… Je me suis occupé du mastering et de la mise en place des morceaux. Fleur a pris en charge la création de la pochette.

Vous effectuez un gros travail de stylisation de vos sorties. Le contenu est-il aussi important que le contenant ? Vous restez de véritables fétichistes de l'"objet disque" ?

Fleur : Je vois le contenant comme une attention particulière pour mettre en valeur le contenu, une cerise sur le gâteau, une bonne ou une mauvaise (à chacun de voir). Nous prenons soin des artworks et des rendus. Il y a toujours une réflexion derrière une sortie. L'objet, le visuel, la pochette accompagnent la musique. Mais je ne pense pas pour autant qu’ils soient plus importants ; ils nous permettent de donner des informations et mènent à un autre niveau de lecture. Je ne me considère pas comme une fétichiste de l’objet disque ; j’aime le disque vinyle, c’est sûr, mais j’aime les autres formats tout autant. C’est vrai que j’aime prendre l’objet dans ma main, le sentir, le regarder encore, le laisser là à la même place un petit moment pour mieux replonger mes oreilles dedans … Ça fait très rituel tout ça, haha ! Mais je fais ça avec beaucoup d’autres choses. J’ai des boîtes « à trésor » comme dit Théo (notre fils de 4 ans) où j’aime revenir et replonger ma main. Ce sont des images que je découpe depuis plusieurs années et que je garde. J’ai aussi une passion pour les livres-dessins ou les livres-photos comme j’aime les appeler… Et forcément ça nourrit notre propre approche de la création. Enfin c’est un peu envahissant tout ça… Chacun accepte les obsessions de l’autre.

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Joseph Ghosn, en parlant de vous dernièrement via son blog, affirmait qu'il ne se souvenait pas d'une époque aussi "prolifique" pour la musique. Partagez-vous ces propos ?

Jérôme : Il a raison, il n’a jamais été aussi facile de faire, d’enregistrer et de diffuser sa musique, ce qui donne une explosion de groupes, d’anonymes qui diffusent leurs morceaux dans le monde entier via internet. L’underground n’a jamais été aussi simple d’accès. Il y avait avant un vrai travail de chercheur, il fallait être sur le terrain et trouver les fanzines. Aujourd'hui, Il y a une effervescence de micro-labels, de structures, de blogs, et le web en est le principal instrument. Et ça incite à relever le défi. Cela permet à des petites structures comme nous d’être visibles. Nous produisons en petite quantité, nous gérons tout nous-mêmes de A à Z. Et c’est le cas de plein d’autres labels.

Cependant la félicité des labels n'est-elle pas ces derniers temps mise à mal avec l'avènement d'un média comme internet qui modifie notre façon d'aborder la musique en permettant de la diffuser à grande échelle à moindre frais ? Que peut encore apporter une structure comme la vôtre ? Et qu'est-ce qui vous distingue des labels plus conventionnels ?

Fleur : Avec internet, on peut diffuser sa musique à grande échelle. Chacun peut venir faire son petit marché et composer sa bande-son du jour presque gratuitement. Pourquoi continuer ? En toute honnêteté, nous ne réfléchissons pas à tout ça. Pour nous, notre but premier est de permettre à des artistes de laisser une trace physique de leur travail. Nous ajoutons à cela le contact humain, et un choix évident dans l’esthétique et l’objet. Les ventes permettent de sortir d’autres artistes. Nous avons, tous les deux, des occupations professionnelles la journée qui nous permettent de payer nos factures. Et qui nous ont aussi permis de lancer le label... Nous avons juste une énorme envie de faire et de créer quelque chose avec des artistes qu’on aime. Ce qui est peut-être différent chez nous, c’est que nous le faisons au milieu de nulle part, haha ! Nous nous levons le matin avec le même sourire, frétillant à l’ouverture de notre boîte mail ou à la première écoute de morceaux attendus. Il m’arrive (souvent d’ailleurs) de ne pas dormir parce que j’attends avec impatience un mail ou parce que j’écoute en boucle une prochaine sortie…

Vos collaborez de plus en plus avec d'autres structures comme Atelier Ciseaux et prochainement  Night People. Quels sont les avantages de tels partenariats ?

Fleur : Ces collaborations sont à voir comme des échanges entre personnes et une envie commune pour un artiste. Avec nos amis d’Atelier Ciseaux, nous en sommes à notre deuxième « collab » et on a l’impression de n’être plus seuls ici. Et ça fait du bien ! Tout a démarré par curiosité, je pense, avec une envie commune de savoir qui se cachait derrière chaque label. Et puis la première collab a pris forme. Nous avons alors partagé nos idées, nos visions, le stress lié à une sortie, et surtout la joie de sortir ce 45T de Terror Bird. Collaborer, c’est aussi passer du temps à se parler, à écouter l’autre et à faire des choix ensemble. Dernièrement, quelques verres nous ont permis de sceller ce début d'amitié. On essaye malgré tout de garder chacun notre propre identité, mais elle est forcément altérée - en bien. Nous allons sortir ensemble le premier album de Jeans Wilder en novembre prochainn et autant dire qu'il y a de l'excitation mélangée à de l'impatience, et tant mieux ! D'autres collaborations suivront certainement, nos deux labels ont emprunté la même route, c'est vrai que c'est une belle rencontre...

Nous avons d’autres collaborations prévues comme avec les labels Night People et Beko DSL, et nous sommes heureux d’annoncer une future collaboration avec le label Bathetic. Nous faisons ça le plus simplement possible. Nous choisissons de collaborer avec des labels dont nous aimons les artistes et avec qui nous avons une connexion. Il y a bien sur un avantage financier puisque nous partageons les frais de production. Nous nous partageons le travail pour la promo, nous joignons nos forces et multiplions les contacts. Nous découvrons aussi comment chacun travaillen et c’est très enrichissant. Cela permet de se remettre en question et d’envisager certaines choses différemment par la suite.

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Comment vous voyez-vous dans les prochaines années ? Vers quoi souhaiteriez-vous évoluer ?

Jérôme : Nous aimerions tout simplement continuer… En toute honnêteté, nous n’organisons pas de plan à long terme. Nous avons des idées que nous aimerions développer si cela dure encore suffisamment de temps, mais nous ne sommes pas encore en mesure d’en parler aujourd’hui, parce que pour l’instant ce ne sont que des rêves… Alors par superstition on va les garder encore entre nous deux comme nous l’avons toujours fait et nous verrons…

Qu'est-ce que vous nous mijotez pour la fin de l'année ?

Jérôme : Cette fin d’année sera marquée par le chiffre 2 : deux sorties en co-release, avec deux labels et aussi deux artistes qui split.

- Sortie du split entre Ela Orleans & Dirty Beaches, Double Feature, sous la forme d’un 33T, en collaboration avec le label Night People. Quand Shawn nous a contactés, on a dit oui sans réfléchir. On aime beaucoup ce qu'il fait avec son label. Ela Orleans et Dirty Beaches ont joué ensemble et de là est née l’idée du split ; c’est devenu un désir commun de collaborer.

- Sortie du premier album de Jeans Wilder, Nice Trash, en collaboration avec le label Atelier Ciseaux. Jeans Wilder a déjà sorti deux vinyles chez nous : un split avec Jen Paul (33 T sorti en septembre 2009) et un 45T, Simpler Times (sorti le 16 août 2010), ainsi qu'un 45T split chez nos amis d'Atelier Ciseaux avec Best Coast, et quelques cassettes sur Night People, Bathetic, etc.

Et aussi prochainement :

- Skitter with P6 (45T)

- Archers By The Sea (33T)

- Horsehair Everywhere (33T)

- Beaters / Ale Mania Split (45T)

- Dead Gaze (45T)

l_616d75cd98e946d5ba3a88c846749678Qu’elle est votre dernière grande découverte musicale et votre dernière claque scénique ?

Plus qu’une seule découverte (qui nous limite) voilà ce que nous avons écouté récemment, en dehors des prochaines sorties de La Station Radar qui tournent en continu, comme l’album d’Archers By The Sea qui a été notre disque de chevet pendant de longues semaines, l’album d’Horsehair Everywhere ou dernièrement le premier LP de Jeans Wilder.

Jérôme : J'ai beaucoup écouté Julian Lynch, oOoOO, Peaking Lights, Ducktails, High Wolf, Wet Hair, les Hexes de Pink Priest ; je me suis replongé avec joie dans le Flat Fixed et The Magik Fire de JOMF, Lunar Blues de MV & EE, Movietone, The Urinals et les vieux groupes de Flying Nun Dead C, The Clean, The Bats... Ma dernière claque scénique est plutôt une expérience sonore, L’été, j’accueille (où je travaille) pas mal d’artistes de festivals de jazz et de classique, et l’été dernier il y avait ce musicien, Hank Jones, qui a joué à l’époque avec Charlie Parker. Il voulait absolument un piano dans sa chambre, du coup les festivaliers lui ont trouvé un synthé, et un après-midi je suis allé l’écouter dans le couloir. Le son des accords était saturé et donnait un drôle d’écho dans le couloir, mélangé avec le bruit d’un aspirateur. J’ai ce jour-là entendu une drôle de musique.

Fleur : Dernièrement, j’ai beaucoup écouté les sorties de Night People comme Broken Water, le Blunt Instrumental EP de Tyvek, Parade of Thoughts / Can't Sleep d'Yves/Son/Ace, et j'ai aussi beaucoup réécouté Imaginary Falcons de Peaking Lights. Lacompilation du label Clandestine Records est longtemps restée sur la platine et dans mes oreilles… Ah oui ! Et je ne me sépare pas beaucoup d’Harry Smith’s Antology of American Folk Music, le volume 2 (Social Music) que j’ai acheté lors de notre dernier séjour à Glasgow en février. Et trés récemment j'ai découvert le travail de Felicia Atkinson qui m'a donné envie d'en écouter davantage. J'aime beaucoup ce qu'elle fait. Ma dernière claque scénique a été Ela Orleans. Je l’ai découverte pour la première fois sur scène à Glasgow justement. Ce concert était bien parti pour ne pas se faire… Pendant la balance, la prise s’est mise à cramer et sur le coup, on pensait que le matos avait fondu aussi… Non heureusement ! Il a fallu qu’on trouve une prise de rechange avec branchement américain, pas facile à deux heures du concert, mais on a trouvé… On refait les tests : tout marche. Et puis là d’un coup sa guitare pète sous ses doigts ! Heureusement, le guitariste des Gummy Stumps lui a prêté la sienne. Je ne sais pas comment elle a fait pour gérer un tel stress… Et elle nous a tous subjugués, avec ses loops et sa voix en écho… On l’a filmée évidemment, et de temps en temps je me refais le concert en solo.

Le mot de la fin ?

Haha... Not today… Non, vraiment... Merci.


Merci à Fleur et Jérôme  pour leur disponibilité, leur  enthousiasme et leur patience.


Hifiklub l'interview

Après vous avoir rebattu les oreilles pendant deux semaines avec le trop fameux Midi Festival, et après avoir fait parler Frédéric Landini, directeur de celui-ci, vous n'avez peut-être pas besoin que j'en dise un peu plus sur le curriculum vitae d'un certain Régis Laugier, administrateur de la Villa Noailles, "emblème" du festival, membre de Get Back Guinozzi !, formation pop emmenée par le même Landini, et surtout co-fondateur avec Luc Benitto du Hifiklub. Je prends quand même le risque sachant qu'on ne saurait trop se répéter : une sorte de micro-climat local baigne le Var d'une fièvre rock toute en contraste et diversité (Mina MayAppletop,SaturniansNewfoundlandViking Dress). Multi-casquettes donc, mais surtout ambitieux et clairvoyant, Régis Laugier expose dans ce qui suit la particularité du substrat Hifiklub, à l'heure notamment d'un tournant on ne peut plus fatidique pour tout groupe : la sortie d'un second album, How To Make Friends, via Le Son du Maquis. Si l'histoire du groupe reste encore à écrire, Hifiklub est vite devenu, en tant qu'open trio, un projet pleinement maturé. En 2006, tout juste digéré le split de leur groupe d'alors, The Hi-fi Killers, Régis Laugier et Luc Benitto s'empressent de gagner New-York, histoire de dénicher au culot un producteur comme on n'en fait qu'à Big Apple. Earl Slick, touche-à-tout et guitariste de David Bowie et feu John Lennon, est d'emblée séduit par les quelques bandes ramenées sous le bras par le duo, et se prend même à rajouter quelques touches personnelles à celles-ci tout en invitant quelques amis - et non des moindres, Paulo Furtado de Legenday Tigerman, Robert Aaron - sur ce qui deviendra French Accent paru en 2007 sur Parallel Factory, structure créée pour l'occasion. De ce coup d'essai magistral et injustement occulté en France - Le Monde fera d'ailleurs preuve d'une incurie rare en leur conseillant tout bonnement de chanter "dans la langue de Raimu" (diminutif de Jules Auguste Muraire, acteur varois respecté aussi bien en France qu'aux Etats-Unis) - naît le rapprochement d'Hifiklub, devenu trio du fait de l'arrivée de Nicolas Morcillo à la guitare, avec les pontes no wave du milieu indé new-yorkais, James Chance et Sonic Youth en tête. Une amitié à double débouché se tisse, et au fur et à mesure, les conséquences éclosent naturellement : James Chance vient éclabousser l'édition 2008 du Midi Festival de toute sa classe, Robert Aaron, saxophoniste des Contorsions, lors de cette même édition, se prend à improviser avec les jeunots de So So Modern quand se dessine la production d'un second effort d'Hifiklub sous la houlette de Lee Ranaldo, lui-même invité de marque de l'édition 2010. Et très vite, d'un seul producteur hors-norme, le projet prend les atours d'une superproduction de choix avec pas moins de quatre producteurs différents pour quatre EP, avec, dans l'ordre d'apparition, Andrew WK, Lee Ranaldo, Don Fleming et Kptmichigan, en plus d'une kyrielle d'invités dont Paulo Furtado, Robert Aaron, mais aussi Lio, Alain JohannesJean Marc Montera, Sherik et leurs amis de Get Back Guinozzi !, Frédéric Landini et Eglantine Gouzi. Distribué en mai dernier sous format CD contenant les trois premiers EP en plus d'un titre du quatrième, le bien nommé How To Make Friends (Complete Story) s'apprête à sortir en septembre dans sa formule idoine, à savoir un double maxi vinyle, égrainant un EP par face, et accompagné d'un maxi Docteur Lo-Fi And The Remix, dévoilant des relectures de chacun des producteurs. Essentiellement produit dans leur lieu de résidence varois, une ancienne boîte de nuit désaffectée, les treize morceaux déflorés par la version CD d'How To Make Friends conservent cependant une unité vertement ancrée dans les structures résolument rock de ceux-ci, oscillant entre réminiscences post-punk (Devil Knows, Miss WillyWhat If, Blackmaster Will), efficacité pop (Wish Witch), saillies véhémentes (Bastard of the YearOverthe Brooklyn Song) et ambiances vénéneuses à souhait (Lonesome Machine GunHey Oh). Certaines divagations plus aventureuses (DataTick Tock et Catfish), laissant les invités s'exprimer pleinement dans toute leur diversité, jettent nonobstant les bases d'une dimension que peut à l'avenir prendre le Hifiklub : résolument exigeante, mais foutrement syncrétique. Entretien avec un passionné nous gratifiant en prime d'une mixtape sentant bon la poussière mordorée d'un grand sud étasunien.

Hifiklub l'interview

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Régis, tu es fondateur, bassiste et chanteur d'Hifiklub, bassiste de Get Back Guinozzi !, mais aussi administrateur de la Villa Noailles et cofondateur de Parallel Factory. Si j'imagine l'épaisseur de ton agenda, laquelle de ces activités te pompe le plus de temps ? Te confère le plus de stress ? Te donne le plus d'espoir ? T'arroge le plus de fierté ?

Au-delà de la Villa Noailles, qui reste mon travail au quotidien, je tente de mettre sur un même plan l’ensemble de mes activités artistiques, en mettant dans chacune d’entre elles une énergie égale. L’essentiel est de pouvoir organiser au mieux son emploi du temps afin d’anticiper sur le prochain projet.

Ce mois-ci, je suis très heureux de travailler sur la sortie en vinyle du dernier album d'Hifiklub, qui permet à mon sens de mieux comprendre le projet How To Make Friends et ses 4 EP regroupés dans un album unique. Cette nouvelle version nous permettra de disposer d'un EP sur chaque face, mettant plus facilement en valeur le travail de tel producteur par rapport à un autre. Toujours pour parler vinyle, nous sortons également ce mois-ci un EP composé de remixes, que nous utilisons spécialement dans le cadre d'une exposition que nous proposons avec l'artiste Arnaud Maguet, avec qui nous venons également de tourner un ensemble de vidéos basées sur des enregistrements effectués avec Jean-Marc Montera et Lee Ranaldo dans le contexte très particulier de notre local de création : une ancienne boîte de nuit désaffectée.

Le projet The Wicked Witches Of The South que j'ai initié en compagnie de R. Stevie Moore, Frédéric Landini et Mike Watt m'apporte aussi beaucoup de fierté sur un plan plus personnel et pour des raisons différentes : avancer sur un projet commun avec ces trois personnalités fortes est très stimulant.
Quant à mes espoirs, le prochain album d'Hifiklub, que nous sommes en train de composer, devrait nous apporter de belles satisfactions, humaines et artistiques... enfin, j'espère, oui.

bernard_sebastien_hifiklub1Hifiklub, que tu formes avec Luc Benito (batterie) et Nicolas Morcillo (guitare), a, dès ses débuts discographiques avec French Accent (2006, Parallel Factory), transgressé la notion de "groupe" classiquement admise dans le petit dico du rock à papa. Peux-tu nous expliquer d'où vient cette volonté d'ouverture, aussi bien au niveau de l'identité musicale d'Hifiklub que de sa composition à géométrie variable ?

Oui en effet, notre trio se veut être à géométrie variable. Cette approche peut s'expliquer de différentes manières : la place qu'occupent dans nos discothèques un certain jazz ou certaines musiques plus expérimentales, pour lesquelles l'idée de groupe est en constante évolution. Mais la réponse à ta question vient surtout d'un disque, qui est pour nous essentiel : Ball-Hog or Tugboat? de Mike Watt, qui transcende d'une certaine façon la définition classique d'un groupe rock. Watt compose toutes les chansons, mais leur interprétation, hormis sa présence sur chaque morceau bien sûr, s'effectue en compagnie de toute une série d'intervenants extérieurs qui ne dénature pas pour autant la cohérence du son et de l'album en lui même.

Dans une dynamique assez proche, les Dessert Sessions sont très intéressantes.

S'il n'y a pas de "groupe" Hifiklub, y-a-t-il un "son" Hifiklub ?

Ah mais je pense qu'il y a un groupe Hifiklub. Tu as systématiquement le trio de base qui revient sur chaque composition, c'est ça le groupe... Ensuite, celui-ci tente régulièrement d'ouvrir sa musique à des collaborations extérieures, qui ne sont pas que musicales du reste.

Le trio de base Hifiklub dispose bien d'un son et d'une approche de la composition qui lui sont propres... enfin je pense !

Quelle est la place de l'expérimentation dans les compositions d'Hifiklub ? Où la situes-tu : dans le format, le son, les arrangements ?

Initialement, l'expérimentation n'était pas vraiment présente sur notre premier album ; sauf peut-être sur la notion même de groupe à géométrie variable.

L'expérimentation est plus apparue au niveau des sons et des arrangements sur How To Make Friends. Disons que certaines participations (Jean-Marc Montera, Steven Bernstein, DJ Olive, Skerik) nous ont rapprochés de musiques qui s'éloignaient du rock au sens basique du terme... sans pour autant nous fermer au format pop, qui est présent dans notre musique.

L'expérimentation au niveau de la composition devrait être plus présente sur le prochain album.

Dans les grandes lignes, qu'est-ce qui a changé - aussi bien dans votre processus créatif que dans les conditions propres au cheminement de celui-ci - entre French Accent et votre second disque How To Make Friends, paru le 25 mars dernier ?

Sur le terrain de la composition et des enregistrements, rien n'a changé. Le premier album nous a en revanche permis de tenter un process de collaboration que nous avons bien largement plus exploité sur le deuxième.

bernard_sebastien_hifiklub2How To Make Friends confirme votre attrait pour la côte est américaine et en particulier celle new-yorkaise. Et même si cette dernière est infinie et baignée d'histoire (des genèses punk et no wave, à l'expérimental jazz, illbient ou noise), aiguillant tel un aimant la créativité musicale contemporaine, comment expliquer et concevoir ce flirt entre Toulon et Big Apple que toi et tes amis (je pense à Frédéric Landini) tentez avec brio de pérenniser ?

C'est vrai que New-York revient souvent dans l'histoire du groupe, mais rien n'a été réfléchi sur ce terrain-là. Notre relation à New-York est très spontanée, c'est une ville très ouverte, sans limite, qui correspond bien à l'esprit du projet. Les échanges se passent naturellement là-bas et la fluidité est une notion importante lorsqu'il est question d'aller collaborer avec tel ou tel artiste... surtout lorsqu'à la base tu ne connais pas nécessairement le mec en question.

Je pense que notre rapport à New-York vient essentiellement de notre culture musicale, en tout cas me concernant.

Le flirt Toulon-New York, comme tu dis, n'est donc pas calculé. Mais je suis très heureux que tu soulignes cet axe, car nous sommes très attachés à notre ville.

Pléïade de légendes vivantes ont investi Hifiklub, en tant que membres occasionnels, aussi bien à la production (Earl Slick, Lee Ranaldo, Andrew WK) qu'à la composition (Alain Johannes, Steven Bernstein, DJ Olive, Paulo Furtado, James Chance, Robert Aaron...). Comment provoque-t-on ces occasions ?
Je dirais qu'ils sont plus rattachés à la production et/ou aux arrangements plutôt qu'à la composition, qui reste le terrain du trio.

Tout d'abord, soulignons que ces collaborations ne tournent autour que d'une seule chose : la musique en elle-même. Il n'est pas question ici de big business ou d'autres complications.

Les rencontres s'organisent de différentes manières, mais toujours simplement : parfois c'est nous qui, suivant l'occasion ou le morceau, contactons en direct un artiste, parfois il s'agit d'une rencontre lors d'un concert, d'une expo ou autre, parfois c'est un artiste qui nous parle d'un autre artiste etc. Il n'y a pas vraiment de formule.

Si je subodore que chacune d'entre elles fut fructueuse, quelle a été votre rencontre / collaboration la plus marquante ?

Très difficile de répondre car justement nous tentons de mettre tout le monde sur un plan identique. Je vais un peu biaiser pour répondre à ta question, en ne me mettant pas volontairement sur le terrain de la musique pure : le photographe Olivier Amsellem est un artiste très important dans notre projet, et il est là depuis le départ, alors même qu'il n'y avait que quelques notes d'assemblées. Son apport au projet dans son ensemble est pour nous déterminant.

bernard_sebastien_hifiklub3"Nous avons fait un disque à partir d'albums que nous avons pillés / Je vole de la musique, pourquoi ne volerais-tu pas la mienne ?" (paroles de Records Made From Records, ndlr). Aujourd'hui, une telle incitation au vol est répréhensible par la loi ! Quelle est ta vision de l'industrie musicale par le prisme d'Hifiklub ? Diffère-t-elle lorsque tu l'envisages selon l'optique de Parallel Factory ? Un disque doit-il se "vendre" ou se "faire écouter" ?

Oui c'est un morceau de notre premier album. Les paroles sont venues après des lectures d'articles en relation avec l'échange de musique sur l'internet. Le sujet est assez passionnant et j'ai pu largement l'aborder durant mes études. Il est certains que mon point de vue n'est pas simple à se fixer car comme tu le soulignes, je suis à la fois musicien et dans le même temps en charge d'une structure productrice de musique, société qui sans clients ne peut pas travailler sur le prochain disque.

Je suis avant tout un consommateur de musique : j'utilise l'internet pour écouter et downloader des musiques, qui, si elles me touchent me poussent à acheter le vinyle ou le CD en question. J'ai un rapport à l'objet très particulier, il est capital pour moi de disposer de l'artwork, des notes éventuelles de pochette, des crédits etc. Sans ces éléments pour moi essentiels, je peux ne pas écouter un disque.

Hifiklub est désormais une signature Le Son du Maquis. Un hasard lorsque - parmi d'autres - on y croise James Chance ou Stuart Moxham ?

C'est surtout au label de répondre, mais j'espère que ce n'est pas un hasard. Pour nous, c'est un honneur de se retrouver dans une même structure avec ces artistes-là. Lorsque James Chance a accepté de jouer avec nous au MIDI festival 2008, ce fut pour nous un moment très particulier... alors, le retrouver sur notre label, c'est génial. Le Son du Maquis a encore de belles surprises pour les mois à venir, ils t'en parleront.

bernard_sebastien_hifiklub4Le Var, le RCT, le Midi festival, le Rockorama, Mina May, Get Back Guinozzi!, Appletop, Hifiklub... Comment expliquer cette effervescence locale, signe distinctif de Toulon vis-à-vis des autres villes du sud-est de la France ?

Nos amis d'Appletop sortent justement leur album sur Le Son du Maquis !

A l'occasion de la sortie de notre dernier album, nous avons eu l'occasion de rencontrer pas mal de monde et je suis assez touché de constater que ta question commence à être régulière. J'ai même en souvenir le récent titre d'un reportage de Trax : « Var, le nouvel eldorado musical ? ». Tout cela est très réjouissant et stimulant. En même temps, ceux que tu cites là travaillent dur, les choses n'arrivent pas par hasard.

Mais les noms que tu évoques ne sont que quelques pistes au milieu d'une proposition artistique qui devient de plus en plus importante et de qualité : les Saturnians, Newfoundland, Viking Dress ou encore le Festival International des Musiques d'Ecran pour ne parler que de ce que je connais, sont également à mentionner.

A quelques rares exceptions près (Poupa Claudio par exemple), l'histoire de Toulon n'a que rarement été liée à des propositions musicales ou artistiques, de groupes ou de festivals notamment, capables d'exploser les frontières de notre territoire... territoire qui a pu souffrir un temps de quelques clichés faciles.

Aujourd'hui, de façon très spontanée, quelques personnes se sont mises au travail sans nécessairement s'auto-limiter dans leurs envies ou leurs ambitions. Quelque chose de fort est en train de se former et des structures visionnaires et fédératrices comme le MIDI permettent de tirer les choses vers le haut.

Question subsidiaire : peux-tu nous dire comment tu imagines Hifiklub dans dix ans ?

Tu connais Abner Jay ? [Ndlr : un bluesman des années 60 & 70, one man band, préfigurant le son garage :  et  pour un essentiel et une compilation d'Abner Jay, éteint en 1993]

Tracklist

Hifiklub - How To Make Friends (Complete Story) (Le Son du Maquis, 2010)

01. Bastard Of The Year
02. Devil Knows
03. Over
04. Wish Witch
05. Lonesome Machine Gun
06. Miss Willy
07. What If
08. the Brooklyn Song
09. Data
10. Hey Oh
11. Black Master Will
12. Tick Tock
13. Catfish

Mixtape

Pour télécharger la mixtape, cliquez ici.

01. Bo Diddley - You Don't Care
02. John Lee Hooker - Who's Been Jiving You?
03. Abner Jay - I'm A Hard Working Man
04. The Black Keys - Howlin' For You
05. R.L. Burnside - Skinny Women
06. Son House - Shetland Pony Blues
07. Daniel Johnston - True Love Will Find You
08. The Legendary Tiger Man - Someone Burned Down This Town
09. Muddy Waters - You're Gonna Miss Me

Vidéos


Darabi l'interview

th_b6013a5beacabcb919d3a6564ae91b58_1283069903darabiIvan Smagghe, à propos de l'évolution de la musique électronique, disait récemment : «  […] le “nu-disco” (ou “cosmic”, si vous avez fait des études supérieures) devient de plus en plus un alibi du genre “non je ne joue pas de techno moi, je joue des trucs différents” ». Des mecs modestes et malins ont compris que l'enjeu était ailleurs, maniant éclectisme et radicalisme d'un doigté léger. Le duo rennais Darabi fait partie de ceux-là. Leur hypno-funk s'apprête à squatter les charts de cette rentrée 2010 (Knock 'Em Down EP à venir sur Get The Curse Music). Il convenait donc de faire la lumière sur tous ces termes chelous et peut-être encore étrangers à notre fidèle lectorat.

Hello, les Darabi. Je ne sais pas si vous connaissez Hartzine. On y parle rarement techno. Si vous deviez écrire un chapitre de La Techno Pour Les Nuls vous concernant, comment vous décririez-vous ?

Parce qu'on écoute quasi exclusivement de la disco ou quelques trucs post-punk, notre souhait avoué serait de réussir à produire un funk chelou, futuriste, minimal et froid. Mais en utilisant des outils modernes et certaines sonorités radicales empruntées à la techno de Cristian Vogel ou Daniel Bell.

Je vous ai personnellement découverts grâce au blog/site/label/promoteur/leader d'opinion des DJs en t-shirt col V, Get The Curse. Comment s'est passée votre rencontre avec eux ? En quoi l'appui de ce type de crew est-il bénéfique (le syndrôme «Paris et le désert français») ? Cela permet-il d'accélérer les choses ?

13767_172257140941_172251470941_3425068_2142294_nPendant 3-4 ans on occupait une partie de notre temps en organisant des soirées à Rennes. Dans ce cadre-là furent invités Clement Meyer et Mikhail. Échanges, offres de blagues, etc... ont créé affinités et liens allant au-delà d'un rapport conventionnel promoteur/artiste.
Quand Get The Curse a décidé de passer à la vitesse supérieure en voulant imposer un label, de manière plutôt naturelle, on a été sollicités pour proposer des tracks en vue d'un futur EP, chose qui nous a bien entendu hyper emballés. Et évidemment, ça accélère tout : le crew est hyper implanté à Paris (notamment via leur résidence mensuelle au Social Club) et même ailleurs grâce à la notoriété mondiale que peut prétendre avoir le blog.

L'exposition croissante de Get The Curse a permis de croire au nivellement par le haut en matière de blogging de musique(s) de club. Comment a-t-il fallu s’y prendre d’après vous pour remettre de l’authenticité dans le son ?

Alors nous ne sommes pas à l'initiative du blog, mais Clément / Oli / Micky répondraient sans doute quelque chose comme ça : la seule vraie stratégie au départ, ça a été de parler de choses qui leur plaisaient, de ne pas faire du buzz pour du buzz, puis d'ensuite voir si ça pouvait exciter les gens... et petit à petit ça a payé.
D'un point de vue extérieur, nous on a découvert le blog bien avant de rencontrer les personnes. Ça a instantanément comblé un manque dans le «paysage blog français», dans lequel on ne pouvait pas forcément toujours se retrouver, excepté à travers 2-3 autres sites (alainfinklekrautrock, corporate bloggin).

Est-ce que cela se traduit concrètement en termes de feedback ou lors des soirées dans lesquelles vous jouez ? Le public de club vous paraît-il plus réceptif et «cultivé» qu'on aurait tendance à le croire ?

Je crois pouvoir dire qu'on représente un peu le penchant mainstream de GTC : les mecs qui n'hésiteront pas à jouer un remix hyper abusé vocal de Hercules & Love Affair. Et parallèlement  passer des disques au dessus de 115-120 bpm, ça représente pour nous une sacrée torture...
Du coup on est pour l'instant placés en warm up. Mais ce n'est absolument pas quelque chose qui nous dérange, parce qu'on adore le faire ! En terme de réactions, pour l'instant ouais j'ai l'impression qu'on fait le boulot : faire en sorte que la mayonnaise prenne en début de soirée, amener progressivement le public vers la grosse arsenal TECHNO du peak time.

Une majorité de producteurs techno contemporains enfilent le costume de DJ et tournent intensivement sur la base d'un ou plusieurs EP, voire d'un unique single et/ou sortie numérique. Ça peut paraître fou quand on vient d'une autre chapelle musicale. Comment vous situez-vous par rapport à ça ? Le DJing découle-t-il de la production ou l'inverse ?

13767_172257125941_172251470941_3425065_24667_n1Alors oui, ça fait quelques années qu'on est dans le DJing, même si au tout départ c'était davantage une approche par le hip-hop. Donc maitrise un peu technique/relou des platines via le scratch, le beat-juggling. Même si depuis on a un peu serré le frein à ce niveau-là, on reste de gros collectionneurs de disques. En fait on adore ça... Faire de la voiture le dimanche matin pour un vide-grenier dans le Maine-et-Loire dans le but de trouver cinq 45 tours pétés, ça s'apparente pas du tout à de l'angoisse pour nous. Bref pour répondre précisément à ta question, le DJing est venu avant la production. Mais c'est sans doute la combinaison la plus logique, enfin je crois...

La techno a longtemps été associée à des villes bien identifiées. Avez-vous le sentiment que la provenance d’un disque de musique électronique a encore une signification ?

J'ai l'impression que c'est de moins en moins vrai. Disons qu'avec la banalisation du haut débit dans les foyers, les frontières n'existent plus. Et puis l'accès à l'art n'est plus juste reservé aux grandes métropoles. Un petit mec talentueux habitant dans le Gers, il pourrait très bien sortir un maxi sur un gros label anglais en envoyant ses démos sur soundcloud.

Je vous disais en préambule qu'Hartzine parle le plus souvent de tout sauf de techno. Vous pourriez nous dresser un top 5 des trucs non techno que vous écoutez en ce moment ?

La question embarrassante ça aurait été de devoir te dresser un top 5 de nos disques techno du moment !

Alors cet été, on a pas mal écouté :

Cannibal Ox – Iron Galaxy (instrumental)

L'instru de El-P est dingue. Bon soyons honnête, habituellement on aurait plutôt tendance à écouter Naughty By Nature ou LL Cool J. Mais là on s'est récemment replongés dans nos poussiéreux disques de rap backpackers qu'on faisait semblant d'aimer au lycée.

C.A. Quintet – Trip Thru Hell (part 1)

Ça ne fait pas très longtemps qu'on commence à s'intéresser à quelques groupes de rock psyché 60's. Ce track de C.A. Quintet nous a bien retournés... 9 minutes complètement trippées : un solo de batterie interminable et des chœurs vraiment super classes.

Lipps. Inc – How Long

Classique. Pas besoin d'en rajouter.

The Flying Lizards - A-Train

Transpirant, sombre et bancal. Et alors cette ligne de basse... Typiquement ce genre de morceau qui nous inspire lorsqu'on tente de produire de la techno.

Midnight Magic - Beam Me Up (Jacques Renault Remix)

Parce qu'il est tout de même question d'un top « du moment », voici LE tube ultime. Fraîchement sorti cet été sur Permanent Vacation : un label qui nous déçoit très rarement...

Il ne vous semble pas bizarre que la question précédente soit souvent posée aux artistes électro ? Comme s'il fallait souvent justifier que l'on n'écoute pas seulement de la techno, comme si celle-ci n'était pas un style propre, comme si elle n'avait pas de crédibilité... On demande rarement à un groupe de rock s'il écoute autre chose.

13767_172257150941_172251470941_3425069_944752_nMaintenant que tu nous le pointes, en effet c'est une question qu'on voit rarement posée à un groupe de rock. Mais pour être franc, c'est pas quelque chose qui va forcément nous agacer plus que ça. Rentrer dans des considérations autour d'un certain militantisme électro, ça a tendance à nous faire partir en courant.

La question fatidique concernant vos projets est arrivée. Sur quoi travaillez-vous en ce moment et quand est-ce que ça sortira ?

Le premier maxi, Knock 'Em Down EP, sort courant septembre sur Get The Curse Music, avec deux remixes vraiment cool de Roman Flügel et Le Loup. S'en suivra fin octobre / début novembre une seconde sortie, Truckin EP, sur le label londonien Clouded Vision developpé par notre pote Matt Walsh. Et puis une poignée de remixes en préparation, entre autres pour Rafale (un groupe de rock produit par Arnaud Rebotini) qui devrait apparaître très prochainement.

Je vous laisse le mot de la fin...

Merci à toute l'équipe d'Hartzine, à Soundscriber. Et sans faire de fausses politesses, votre blog est vraiment hyper bien.

Audio

Galaxy II Orchestra - Acid Rain (Darabi Extended Dub)


Propaganda - Frozen Faces (Darabi Re-Edit)


Unison - Outside EP

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Gravitant autour d'une Witch House essentiellement américaine, le trio niortais Unison s'est révélé à la blogosphère et au monde grâce aux sorties presque concomitantes de son premier EP, Outside, sur Matte Black Editions, et d'un remix en face B de Suffocation des New-Yorkais de White Ring. Une entrée en matière des plus insidieuses pour se dépêtrer ensuite dans le fatras d'une constellation Unison, noire et immédiatement extensive : un premier LP est prévu en fin d'année sur Lentonia Records quand un autre est annoncé début 2011 sur l'éponyme label de Robert Disaro, comptant dans ses rangs deux des pionniers du genre,  et oOoOO. Rien de moins.

Audio

Unison - Brother and Sister
White Ring - Suffocation (haunted by Unison)

Vidéo


Johnny Boy - Modern Idol (EP)

11981_staVous rappelez-vous cette scène délicieuse de Mean Streets tournée dans une salle de billard où Johnny Boy campé par Robert de Niro pète les plombs ? La spontanéité, la folie, l'énergie et le kitsch de l'acteur américain crevaient l'écran... Vous retrouverez toutes ces qualités dans le Modern Idol des dandys français qui ont emprunté le nom du héros du film de Scorsese. Johnny Boy est un duo qui débute en 2005 à Tours. Pendant la deuxième moitié de la décennie écoulée, ils ont traversé la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Angleterre, la Suisse et la Russie et ont défendu leur projet sur scène avec brio. Après Dialectik Noise, sorti en 2008, Modern Idol EP, qui est en réalité la première face d'un album du même nom qui verra le jour le 5 octobre en vinyle et en digital, Johnny Boy nous propose ici 4 titres tout à fait réussis. Les influences du duo tant musicales (Buzzcocks, Alan Vega) que cinématographiques (Godard, Mean Streets, Jarmusch) donnent un cocktail frais et détonant. Imaginez The Clash faire joujou avec des synthés ou d'autres machines ; cela donne tout simplement une pop électro énergique séduisante sans être dénuée d'humour à l'instar du clip du titre éponyme.

Audio

Johnny Boy - Modern Idol

Vidéo

Tracklist

Johnny Boy - Modern Idol EP (2010, Anywave Records)
1. Modern Idol
2. 32 Hours
3. Suicide
4. Glow


202 Project – Total Eclipse

202-projectBasé à Saint-Etienne, Jean-Pierre Marsal mène, seul, 202 Project, qui en est avec cet album limité à 50 exemplaires pour sa version collector, à sa sixième réalisation en deux ans. Il allie bien sur quantité et qualité, évoluant dans un créneau à dominante psyché dont le bien nommé Hallucination Collective et La Face Cachée du Soleil, les deux premiers titres de ce Total Eclipse passionnant, constituent un parfait rendu, façon Black Angels ou Kill For Total Peace. 202 Project pratique depuis un temps déjà conséquent et peut se targuer d'avoir déjà partagé la scène avec des formations telles que Mc Lusky, Liars, Aids Wolf ou encore Parabellum et  Sleepytime Gorilla Museum, pour résumer, l'espace de cinq tournées en Europe à bord de son petit van. Il en résulte un savoir-faire et un panel surprenants, décliné ici selon un procédé obscur ou plus « lumineux » comme sur Le Voyage Immobile, ou encore sur un rythme électro-indus à l'occasion de Drug Me!, où le rythme se fait plus vif. Sur Trashing Afternoon, minimal, une ambiance à la Sonic Youth des débuts s'impose et complète superbement le tableau sonore tourmenté de notre homme, dont les morceaux courts font eux aussi merveille, à l'image d'un Tutto Frisi évoquant Microfilm et son post-rock cinématographique de référence. A la fois « dark » et jalonnée de plages presqu'enjouées, les compositions possèdent ce cachet, cette identité et cette force de persuasion qui constituent la marque des grands et font systématiquement pencher la balance du bon côté. C'est le cas sur l'hypnotique In The Air (vers01), instrumental court et planant, mais traversé par des sons massifs en même temps qu'il se veut léger et haut perché, avant que l'excellent Raw Club, cold de par sa basse et bousculé par des guitares cinglantes, n'impose un électro/post-punk de haute volée.
Intemporelle, fruit d'une quête personnelle, la musique de JP Marsal gagnerait à être plus connue, plus « exposée » tant il se montre ici supérieurs à certains groupes au registre plat et sans individualité, et cependant plébiscités. Bloody Map le prouve, qui impose ce canevas céleste mais intense, à partir de trois fois rien si ce n'est une belle ingéniosité et une réelle capacité à bien faire sans ajouts superflus. Que ce soit dans le domaine instrumental ou chanté, tout est ici abouti et l'éponyme Total Eclipse, qui se déploie lentement, offre un chant songeur et détaché et une trame « maison », tourmentée, subtilement élaborée. C'est enfin à Tuner qu'incombe la tâche de mettre fin à l'opus, ce qu'il fait sur... onze minutes opaques, tendues, d'obédience plutôt indus vu la répétition des motifs sonores. Exigeante, étourdissante, cette plage se veut peut-être d'ailleurs une ouverture vers les sorties à venir de 202 Project, qu'on ne sait où attendre et qui ne se fie qu'à son instinct et ses élans du moment. Ceci pour un résultat brillant, digne d'influences majeures et entièrement personnel.

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202 Project - Drug Me!

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Tracklist

202 Project – Total Eclipse (2010, autoproduit)

1. Hallucination Collective
2. La Face Cachée Du Soleil
3. Le Voyage Immobile
4. Drug Me!
5. Trashing Afternoon
6. Tutto Frisi
7. In The Air (vers 01)
8. Raw Club
9. Bloody Map
10. Total Eclipse
11. Tuner


Rencontre avec Twin Daisies Records

l_562ac0612cbd46f288f5416566e0141cLe monde de la musique est rempli d'esthètes du quotidien aux convictions bien trempées. Le genre d'individus débordant d'enthousiasme et dont la capacité à transformer le réel  pourrait faire peur au plus forcené des syndicalistes.  Nous avons rencontré l'un deux, du côté de Nantes, là où justement la musique souterraine française est souvent parvenue à bousculer les partis-pris des décideurs d'en-haut. L'artiste en question n'est autre que Smith Smith, membre du groupe Lokka, dont le premier album Gold & Wax (Joint Venture Records, 2010) produit par le trop méconnu Oldman nous avait enfin permis d'écouter un groupe autre que canadien capable de nous réjouir avec autant d'envolées post-rock et qui, en défricheur patenté vient tout juste,  avec Twin Daisies Records, de créer sa petite entreprise de trésors cachés. Petit tour du propriétaire en une poignée de questions et surtout de réponses bien senties.

Que faisais-tu avant d'être patron de label ?

Je ne me considère pas vraiment comme patron de label mais je peux faire semblant ! Twin Daisies Records est encore jeune et pour le moment je me verrais plus comme quelqu'un qui tente de mettre des artistes en valeur avec peu de moyen... Sinon j'ai occupé mes dix dernières années à travailler en intérim avec quelques périodes de chômage.

D'où t'es venue cette idée un peu folle de créer, développer et gérer un label indépendant ?

Ça fait longtemps que l'idée à germé dans ma tête mais je ne me sentais pas la maturité de mener un tel projet... Et puis, au bout d'une petite dizaine d'années passées à autoproduire les albums de notre groupe Lokka et les compilations Molecules 5 j'ai eu le sentiment que c'était possible ! L'envie était au rendez-vous, j'avais tout le matériel à disposition et la foi alors je me suis lancé.

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Quels sont d'ailleurs les labels étrangers qui t'ont le plus influencé dans ton projet ? Autrement dit as-tu des modèles dans le domaine ?

Non je n'ai pas forcément de modèle type.  J'aime beaucoup les productions du label Constellation et j'apprécie les valeurs de Ruralfaune. A côté de cela il y a une multitude de micro-labels américains qui m'ont influencé par leur côté DIY...

Pourquoi d'ailleurs l'avoir décliné en sous-entités et quelles sont les particularités de chacune d'elles ?

Effectivement Twin Daisies Records est une sous-division de Joint Venture Records dont je suis aussi membre. Nous avons souhaité que nos projets communs ou personnels continuent d'être liés, cela devrait offrir d'ici peu une belle diversité musicale. Nous sommes trois à mener Joint Venture Records qui est en quelque sorte la maison mère qui produit les albums de Lokka, Fissa Fissa et bientôt Charles-Eric Charrier. (Oldman, ndlr) De mon côté j'ai lancé Twin Daisies Records en début d'année 2010 et Nico (un des membre de JVR) s'apprête à lancer Upupa Epops Records qui sera une nouvelle sous-division ! Nos labels personnels nous permettent d'exprimer d'autres visions avec une grande liberté tout en gardant le soutien et l'appui de Joint Venture Records.

Ton projet est marqué d'une identité et de valeurs fortes que tu défends, peux tu nous expliquer ce parti-pris ?

Il y a une telle ouverture sur la culture aujourd'hui via le net qu'il est un peu difficile de s'y retrouver parfois ! Tout me semble démesuré et flou, dématérialisé. J'ai tendance à me perdre... J'essaie juste de ramener cet ensemble vers une forme de simplicité en produisant de petites éditions limitées. Je souhaite que cela serve les personnes avec qui et pour qui je fais ça... Leur donner l'envie de perdurer et de mettre en avant leur travail. C'est cool d'avoir quelqu'un qui vous tend la main de temps en temps !

Est-ce plus facile à Nantes, ville , à l'instar de Bordeaux ou Angers, l'excellence musicale n'est plus à démontrer ?

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C'est vrai qu'il y a énormément de groupes intéressants à Nantes et que ça bouillonne ! Je viens d'ailleurs de produire 100 exemplaires de Pillow Pilots (Jf de Margo & Jc de Gong Gong).  Malgré tout, vis-à-vis de mon travail manuel de fabrication qui fait de moi un ascète je ne profite pas particulièrement du mouvement nantais. Et puis je ne cherche pas à devenir un label qui sortirait uniquement des groupes locaux, je préfèrerais trouver un équilibre entre le local et l'international.

Tu sors notamment tes albums sur format K7 ; est-ce que ça a encore un sens à l'ère du tout numérique ? L'objet musical n'a t il de valeur que sous un aspect physique et matériel ?

Je ne me pose pas la question de cette manière, ça m'aide à y répondre autrement. J'ai grandi avec les K7, j'ai aimé les K7 et j'aimerais produire des artistes sur K7.  Ca sonne un peu Francis Cabrel quand c'est dit de cette manière mais c'est aussi simple que ça. Et puis il y a des artistes qui désirent être produit sur ce format, ça revient beaucoup aux Etats-Unis tout comme le vinyle... Il me semble que les ventes de vinyles augmentent chaque année pendant que celles du CD s'effondrent, c'est assez significatif ! Les gens ont tendance à retourner vers l'objet et les belles pochettes et/ou téléchargent. Donc oui l'aspect physique et matériel apportent tout de même "une valeur" à un album mais ce n'est qu'un aspect. Le plus important reste la musique constituant cet album.

Comment imagines-tu l'industrie musicale dans dix ans ?

Sincèrement je n'en sais rien ! Peut-être comme un champ de bataille genre Verdun ! En tout cas il y aura encore des vinyles, c'est le seul truc dont je suis sûr !

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu signes ? Comment les choisis-tu ?

Il y a deux choses qui comptent à mes yeux. Premièrement, il faut que le projet musical me touche sincèrement. Deuxièmement, il faut que je me sente en adéquation avec l'artiste et son projet. Quand ces deux conditions sont aux rendez-vous il n'y a plus de barrières et le reste se fait naturellement en général.

Peux-tu nous présenter tes prochaines sorties ?

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Hé bien il y a un album de Mike Bruno (USA) & un maxi de Pillow Pilots (France) qui viennent de sortir, pour parler un peu du présent. Sinon les prochaines sorties sont prévues pour la fin de l'année.
Il y aura un album de Berlikete (Italie) qui sortira sur CD-R. L'album est composé d'un seul morceau de 45 minutes qui ne cesse d'évoluer autour d'ambiances lourdes et hypnotiques... Une autre sortie suivra dans la foulée, ce sera D.En. Tout reste à définir, du coup je ne peux pas trop en parler ! Mais ce sera bien ! Dans les projets plus lointains, j'aimerais retravailler avec Mike Bruno.

Quels artistes rêverais-tu de signer ?

A Silver Mount Zion / Nisennenmondaï / Daniel Johnston.

As-tu des projets parallèles?

Oui quelques-uns. Je suis guitariste dans le groupe LOKKA, nous avons sorti notre premier album Gold & Wax en fin d'année dernière et nous travaillons en ce moment sur le prochain. Sinon je fais partie du collectif Molecules 5 et du label Joint Venture Records. Il m'arrive de sortir des albums en solo de temps en temps sous le nom de Smith Smith.

Pour finir, ta playlist idéale ?

01. A Silver Mount Zion - 1,000,000 Died To Make This Sound / 13 Blues For Thirteen Moons
02. Nirvana - Scentless Apprentice / With The Lights Out (disk 3)
03. The Velvet Underground - Heroin / The Velvet Underground And Nico
04. Daniel Johnston - Chord Organ Blues / Yip Jump Music
05. Oneida - Part 1 / Preteen Weaponry
06. Portishead - We Carry On / Third
07. Oldman - Ghosts / Two Head Bis Bis
08. Nisennenmondaï - Kyuukohan / Neji Tori
09. Mike Bruno - Halloween Moon / The Sad Sisters
10. P.i.l - Poptones / Metal Box
11. Sonic Youth - Stereo Sanctity / Sister
12. Angelo Badalamenti - The Pink Room / B.O. Twin Peaks (Fire Walk With Me)

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Belikete -Berlikete

D.En -  Minutes


Poni Hoax l'interview

poni

Le 27 mai dernier, Poni Hoax donnait un concert à la Machine du Moulin Rouge, l'occasion pour ma petite personne de rencontrer deux des cinq membres talentueux d'un des groupes phares du label Tigersushi, tout auréolé de succès après deux premiers albums flamboyants. Sortie d'un EP très fun et très club, We Are The Bankers, nouvel album, nouveau label, tellement de questions et si peu de temps ! Voilà pour patienter une petite interview mitonnée spécialement pour vous !

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