Milkymee l'interview + session

milkÉmilie Hanak  alias Milkymee sera en concert le 24 mai prochain à l'International en compagnie des Konki Duet. En attendant, l'artiste, tout juste revenue du Japon, s'est installée sur le canapé de votre serviteur pour répondre aux quelques questions qu'il nous tardait de lui poser depuis la sortie de son second LP To All the Ladies in the Place with Style & Grace (Tsunami Addiction, 2010).

Mais ce n'est n'est pas tout, puisqu'en toute simplicité la belle nous a fait don de son style et de sa grâce sur deux titres live dont l'inédit A Little Bit Too Fast.

A noter enfin que son premier album album Songs For Herr Nicke (Tsunami Addiction, 2007) vous est grâcieusement offert ici.

Vidéo

Bonus


On y était - The Rodeo au Café de la Danse

Oh! Tiger Mountain + The Rodeo, Café de la Danse, Paris, 30 mars 2010

Après avoir écrit deux chroniques énamourées ici et - on est groupie ou on ne l'est pas -, j'attendais depuis plusieurs mois avec une impatience sereine le concert de The Rodeo au Café de la Danse. Sereine, parce que je n'ai pas imaginé un instant que la performance de Dorothée Hannequin pourrait me décevoir. J'aurais pu tomber de haut, certes, mais je dois dire que cette fois-ci, mon intuition féminine a parfaitement fonctionné.

oh-tiger-mountain-2-web

Avant le terminus tant attendu sur les terres du sud des Etats-Unis que The Rodeo sait si bien évoquer, le Café de la Danse déjà bien rempli a le droit à une escale à Marseille, ville dont est originaire Mathieu alias Oh! Tiger Moutain. Je dois avouer que je ne savais rien de cet étrange énergumène avant son entrée sur scène, mis à part le fait que son nom avait déjà été évoqué à plusieurs reprises quelque part sur la plaine dévastée de l'Internet. Je ne m'y étais pas attardée, et j'ai eu tort. Ma première impression, si elle n'est pas musicale, joue néanmoins un rôle important dans l'image que j'ai désormais de cet artiste : le tigre a un humour charmant. Après son premier morceau, il nous explique de sa voix pincée que ses chansons parlent "de l'amour réciproque et des ordinateurs", et n'arrêtera pas par la suite d'évoquer le célèbre "plus petit sandwich du monde". Musicalement, son folk est aussi épuré que ses interventions sont fantasques. Il rappelle souvent Tom Waits et Nick Drake, mais prend aussi parfois un accent bluesy plus digne des rives du Mississippi que des plages méditerranéennes. Vérification faite, c'est pourtant davantage dans la vieille Albion que l'animal, spécialiste de la poésie anglo-saxonne, a fait ses armes. Groarrr.

the-rodeo-25-web

Plus les minutes passent, plus la salle se remplit. Assis, debout, par terre, il y a du monde dans tous les coins. Soudain, la lumière s'éteint et les premières notes d'On The Radio résonnent, transformant instantanément les fans bavards en auditeurs attentifs. Parfaite dans sa robe à franges de cow-girl parisienne, Dorothée, entourée de Jean à la batterie et de François au violon et au clavier, réchauffe en un tour de main l'assemblée de cette voix ronde que l'on a déjà louée. Difficile d'ailleurs d'en dire plus que dans mes précédentes chroniques : j'ai déjà usé de beaucoup de superlatifs à l'égard de cette musique qui allie élégamment folk urbaine et américana poussiéreuse. Sur scène, le mélange - parfaitement interprété - fonctionne également : alternant morceaux enlevés (Little Soldier, Cha Cha Cha) et titres plus retenus (My Ode To You, I'm Gonna Leave You), Dorothée semble savourer l'ensemble de sa prestation avec le même plaisir non dissimulé. Le sourire aux lèvres, un regard attentionné pour chacun... elle n'oublie aucun des éléments qui composent une soirée parfaite. Rejointe le temps de quelques chansons par un guitariste et deux choristes vêtues de somptueuses combinaisons léopard, la belle continue de distiller son bonheur dans la salle - et bien au-delà. Vous pensez peut-être que j'exagère et que le tableau que je dépeins est un peu trop parfait. Croyez-moi, j'ai tenté pendant une bonne partie du concert de lui trouver un défaut, mais mon entreprise a été sans succès. Même quand elle se frotte à l'exercice périlleux de la reprise, The Rodeo fait carton plein : d'abord avec le feutré If I Had A Hammer, qui confirme que Claude François est un gros beauf, puis avec Wade In The Water, un negro spiritual qui ne perd ici rien de son poids, et enfin avec la citation du Beautiful People de Marylin Manson à la fin de Cha Cha Cha. Décidément, Dorothée n'a peur de rien - et elle aurait tort de s'en priver. J'avais pourtant déjà pris soin de m'arrêter sur son bon goût en matière de reprises, et je ne pensais pas pouvoir trouver d'autres mots pour le répéter encore. Mais quand, quelques jours après le concert, je lis que s'il y a bien un artiste avec lequel elle aimerait faire un duo, c'est Jack White - mon héros -, je dois bien me résoudre à en parler. Mais à part la demander en mariage, là, je ne vois plus.

A la fin de son set, acclamée par le public, elle revient pour un joyeux Love Is Not On The Corner à l'issue duquel un Café de la Danse aux anges lui souhaite d'une seule voix un joyeux anniversaire. Car en plus d'être parfaite, Dorothée fête ses trente ans le jour de l'unique date parisienne de sa tournée. Appelez ça le destin, le karma ou rien du tout, ce n'est plus mon problème. Car ce soir, c'était un peu aussi mon anniversaire, et je suis restée un peu ivre du cadeau de The Rodeo.

Photos

[flagallery gid=22 name="Gallery"]

[flagallery gid=23 name="Gallery"]

Setlist

1. On The Radio
2. People Know
3. Your Love Is Huge
4. I'll Catch The Following Train
5. If I Had A Hammer
6. Modern Life
7. Little Soldier
8. Wade In The Water
9. HRW
10. My Ode To You
11. Uncle Sam
12. I'm Gonna Leave You
13. Hand Shadows
14. Cha Cha Cha
15. Love Is Not On The Corner


The Rodeo - Music Maelstrom + Interview

The rodeo coverAssis sur le lit défoncé d'une chambre miteuse à deux dollars la nuit entre John Fante et ce bon vieux Hank, tu sirotes ta bière réchauffée à l'abri du soleil qui cogne sur Sunset Boulevard. Les minces rais de lumière qui s'échappent des persiennes te laissent à peine distinguer les fissures qui parcourent les murs moisis. Les voitures glissent devant la fenêtre comme les vagues s'échouent sur la plage. Pour rien au monde tu n'échangerais ta place contre une suite au Château Marmont. Même les cafards qui s'échappent des planches du parquet ont un air amical.
Et puis tu te réveilles. La pluie qui frappe mollement tes carreaux fait s'écrouler brutalement cette vision persistante. Sauf les cafards. Non, tu n'es pas à Los Angeles mais dans la chambre parisienne minuscule que tes modestes revenus te forcent à habiter. Et ça a beau être tout aussi pourri, ça a nettement moins de charme que si c'était sur la côte californienne. Découragé, tu t'écroules à nouveau sur ton oreiller, tentant désespérément de retrouver cette sensation, la chaleur du soleil brûlant à travers les volets, l'ombre glauque et protectrice, les compagnons littéraires, l'alcool bon marché. C'est là que The Rodeo intervient.
A l'heure où tu te traînais de bus en métro à un énième job d'été inintéressant, Dorothée Hannequin, sac au dos, parcourait déjà les routes californiennes en Greyhound au beau milieu du peuple américain, du vrai. Elle en a ramené une musique apatride, ni vraiment américaine, ni vraiment française, mais qui mêle avec brio traditions étasuniennes et second degré pop. Son accent non identifiable, cette façon si particulière qu'elle a d'enrober les -r- et ses références cultivées lui permettent cependant d'obtenir un passeport au pays des gens de goût. Après deux EP remarqués, My First EP et le bien nommé Hotel Utah, Dorothée vient de présenter au public désormais avide de sa musique son premier album, Music Maelstrom. Si les deux EP qui l'ont faite connaître étaient assez éclectiques et marqués par une culture pop de la reprise, ce premier opus, plus cohérent, se recentre sur une americana mâtinée d'une discrète ambiance de saloon.
L'album s'ouvre sur le déjà fameux On The Radio, désormais accompagné d'un clip digne de ce nom. Quelques secondes suffisent pour nous ramener dans notre ditch fantasmé. Notre rêverie s'envole avec la mélodie pop de Love Is Not On The Corner, puis s'installe délicatement dans les ambiances sobres et discrètes de My Ode To You, Bird, Modern Life ou High Resolution. Les arrangements délicatement ciselés ne tombent pour autant jamais dans la niaiserie : la voix légèrement éraillée de Dorothée sort Hand Shadows de la joliesse gratuite. Il ne s'agirait pas d'oublier l'avertissement prodigué dès le premier titre de My First EP : "I'm rude". Avec Little Soldier et Passing Through, The Rodeo distille savamment ses influences country, de Gene Autry à Hank Williams en passant par les premiers Elvis Presley. Le premier de ces titres nous pousse sans regret hors du confort déglingué de la chambre pour nous emmener dans un de ces bars où les cow-boys alcoolisés renchérissent avec classe sur ses paroles, formant une sorte de choeur aussi docile que sauvage. Dorothée les dompte à merveille ; pour une Française, elle n'a pas à rougir de sa country. Quand elle quitte les vachers, c'est pour retrouver Uncle Sam, un personnage inspiré par les marginaux qui peuplent la littérature américaine, celle de John Fante et de Bukowski, justement. Cet oncle littéraire dispense son influence bienfaisante sur l'album, et on ne regrette même pas qu'il siffle désespérément faux. On quitte Dorothée à regret avec le dernier titre de Music Maelstrom, l'impitoyable I'm Gonna Leave You, qui incarne néanmoins à merveille la quintessence de The Rodeo : une musique soigneusement sculptée dans un amour brut pour la culture américaine et qui se caractérise par l'élégante sobriété qu'elle sait conserver en toute circonstance.

Interview

Un article signé Patrice

Audio

The Rodeo - Uncle Sam

Bonus

Tracklist

The Rodeo - Music Maelstrom  (Emergence/Naïve, 2010)

1. On The Radio
2. Love Is Not On The Corner
3. My Ode To You
4. Bird
5. Little Soldier
6. Uncle Sam
7. Hand Shadows
8. Modern Life
9. Passing Through
10. High Resolution
11. I'm Gonna Leave You

mais aussi en tournée
24/03 @ 6 PAR 4 - Laval
26/03 @ ECHONOVA - Vannes
30/03 @ Café de la danse - Paris
01/04 @ La Péniche - Lille
03/04 @ La Cartonnerie - Reims
09/07 @ La Fourmi - Limoges
10/04 @ La Coop de Mai - Clermont-Ferrand
15/04 @ Antipoe - Rennes
19/04 @ Rock School Barbey - Bordeaux
22/04 @ La Laitierie - Strasbourg


On y était - Les Nuits de l'Alligator

alligatorvisuelprovinceneutreLes Nuits de l'Alligator, Paris, samedi 27 février à la Maroquinerie

Programme alléchant et ultra-buzzé ce samedi à la Maro. La sauce a monté toute la semaine grâce à l'un de nos célèbres concurrents, résultat : plus une place, les prix au black relevant du grotesque pour cette petite soirée aux accents bluesy. La raison d'une telle excitation ? Clues. Leur premier album modestement intitulé Clues (2009) est passé à peu près inaperçu au moment de sa sortie. Leurs lives ont largement rattrapé cette injustice, bouche à oreille aidant, nous y voilà ! Mais avant de découvrir ce bijou canadien, nous allons avoir droit à un début de soirée épique...

She Keeps Bees ouvre la danse, la rage au bord des lèvres. Combo minimaliste hyper réussi : Jessica Larrabee et son batteur Andy Laplant nous plaquent au sol avec un rock des marécages, râpeux à souhait. La voix de cette chanteuse n'est pas sans rappeler Cat Power, Patti Smith et même parfois Janis Joplin. Elle s'avère d'autant plus impressionnante que les titres s'enchaînent sans baisse de régime. Cette grande brune à l'allure Girl Next Door, qui s'enrage contre sa guitare, jure d'impatience comme prise au dépourvu, nous livre un live simple, brut et beau. Rien à dire, son armée d'abeilles a produit un nouveau genre de miel, bien relevé en bouche.
Arrive un type à la casquette de capitaine. Turner Cody ? Mmm non. James Levy fait son apparition, guitare en bandoulière, seul et triste (parce qu'il n'était pas annoncé au programme ?). Quatre titres beaux, tristes et prévisibles plus tard, non sans humour, le chanteur nous demande si nous voulons un titre fun. "What ? You're here to party ?" C'était une blague bien sûr. Et pan ! Un dernier hymne à la déprime pour une danse macabre sur la tombe d'un petit garçon, décidément, le bayou n'est pas loin...

2010-02-27-0059La scène s'installe dans un joyeux bazar d'instruments, une, deux, trois batteries. La salle respire, pleine comme un oeuf, il est temps de se mettre a table. Deux barbus font leur apparition. Sourires en coin, chapeaux et vieux costumes étriqués, ces deux-là étaient faits pour s'entendre. Le rouquin (un peu pété) Turner Cody et le brun taciturne Ya Ya (Herman Dune) improvisent une sorte de parade nuptiale de zicos sur la scène de la Maro. Le featuring se concentre essentiellement sur les morceaux bien blues de Cody, qui a invité qui ? Peu importe, le numéro fonctionne à merveille. Les deux barbus hirsutes se surpassent dans cette battle qui n'en a pas l'air, Ya Ya les yeux rivés sur les doigts magiques de Turner Cody. Les deux grands oiseaux déplumés enchaînent les pas de danse improvisés, on s'amuse avec eux. Cody, en entertainer borderline, assure le show avec des textes d'anthologie entre chaque morceau. "I never understood the point of wearing powdered wiggs" Tout le monde se regarde, essayant de se remémorer les cours d'anglais antédiluviens... Neman le batteur finit par interrompre le soliloque de Cody "No one understand what you're sayin' man" Fou rire, et riffs bien envoyés. C'est un vrai bon moment, on se croirait presque au saloon un soir d'été sur les bords du Mississipi. Pause, mes jambes commencent à avoir du mal à me tenir.

2010-02-27-0081Arrive un nouveau barbu, la ray-ban est noire, la toque est vissée sur le crâne malgré une chaleur torride. Un clavier trafiqué. Clues ? Mmm, non. Un deuxième inconnu à la dégaine Berlin 1920 fait son entrée, sort une flûte de sa mallette. Les lumières s'éteignent. Le duo à l'allure théâtrale va nous plonger pendant cinq minutes dans une ambiance moyen-orientale des plus inattendues, encore une surprise au programme. Le raybanisé toqué envoie de gros sons tripant avec son clavier, et pousse une mélopée en ce que l'on suppose être de l'arabe, son acolyte étrange sosie de Christopher Walken souffle dans sa flûte mystique venue toute droit du souk cairote. Et c'est terminé en moins de temps qu'il en a fallu pour installer et désinstaller leur matériel. C'était Jerusalem In My Heart. Pause. Sifflage de bière. Aspirage de nicotine. Les derniers invités surprise ont laissé le mystère de leur intervention flotter dans l'air saturé de la salle.

2010-02-27-0103Enfin notre patience est récompensée par l'arrivée des cinq Canadiens de Clues. Deux batteurs, dont le fondateur du groupe Brendan Reed (présent dans la formation originelle d'Arcade Fire avant Funeral), deux claviers Ben Borden et Nick Scribner entourant Alden Penner (déjà à l'oeuvre chez Unicorns). Pas le temps de faire les présentations, le groupe envoie Haarp, et l'on comprend immédiatement les influences multiples qui foisonnent dans l'esprit de ces types. Rien à voir avec Arcade Fire à qui on les compare souvent. Et pourtant, on décèle une emphase théâtrale dans l'intense présence de Penner, qui n'est pas sans rappeler ces "autres" canadiens. Ce dernier, étrangement vêtu de marron de la tête au pied, le crâne rasé de près, ne se départira pas une seconde de son sérieux. Comme si sa vie (peut-être) tragique y était contée. Arrive le single Perfect Fit. Etrange morceau. Tout commence au piano, la voix de Penner monte, accélération. Pause. Envolée vocale. Batterie rapide. Accélération. Envolée. Et brutal changement de rythme pour un final aux antipodes de l'intro. Je n'aime pas résumer un live, ou un groupe, mais Clues semble quand même accroché a ce leitmotiv bien installé. Et le volume est tellement fort, que je vois mes compères de show froncer les sourcils à chaque fois qu'une montée va exploser dans nos oreilles... C'est sur, Clues sait souffler le chaud et le froid comme personne. Le contraste entre la voix de Penner et le martèlement des deux batteries cloue le public. La rage des Pixies, la douceur mélancolique proche de Radiohead période Ok Computer, et la déglingue de Pavement aux entournures. Tout nous renvoie à ces groupes qui ont inventé leur propre langage musical. Sauf peut-être Muse, et oui je sais, ça fait bizarre de citer un groupe de rock FM qui remplit le stade de France mais on ne peut ignorer une ressemblance parfois confondante dans les fameuses envolées vocales du chanteur à tendance schizo. Après un rappel à la limite du couvre-feu, Reed le batteur viendra timidement au micro, entonner You Have My Eyes Now, émouvant final à un concert secouant. Il nous laissera impatient de revoir Clues avec un nouvel album à nous mettre sous la dent.

Bonus

She Keeps Bees - Gimmie
Tuner Cody - Iren
Clues - Perfect Fit


Tunng - ...And Then We Saw Land

tunng-final-front-smallTunng pourrait être le nouveau groupe à buzz si les britanniques n’avaient pas trois albums derrière ce …And We Saw The Land qui fait Boom. Trop beau pour être honnête ? Ok, écoute intégrale, push rewind et ré-écoute morceau par morceau de la décriée secousse sismique de ces ingénieurs-physiciens de la Folk. Et même si vous connaissez le goût immodéré de vôtre correspondant pour dégonfler les pâtisseries bourrées de levure chimique, au final je ne trouve pas grand-chose à redire sur ce quatrième album se trouvant à la parfaite intersection de l’electrofolk et du shoegazing.
Pas mou du cul, d’entrée de jeu Tunng mise sur son single Hustle qui respire les dimanches ensoleillés et les promenades en forêt. Enfin en apparence, car les lyrics se veulent plus graveleux et teintés d’un humour nonsensique prenant à contre-pied la musique légère et doucereuse du combo. Si October et It Breaks épousent également cette nouvelle forme de création, qu’on catégorisera de plus pop pour ces laborantins de l’harmonisation, nous offrant une colorisation plus uniforme et un formatage relativement éloigné des pratiques utilisées sur Mother's Daughter and Other Songs ou Good Arrows. Et pourtant, le même October vous donnera un léger aperçu du labeur effectué en studio pour équilibrer expérimentations soniques et réalisation Folk acoustique, sur-couchant chaque instruments afin d’obtenir un ton homogène. On a hâte de voir ce que cela peut rendre en Live.
Mais rassurons les inquiets, le bricolage revient en force sur Santiago et Weekend Away, qui se pose comme le bouquet final de ce …And We Saw The Land presque sans fausses notes. Le morceau By The Dusk They Were In The City rappelle ni plus ni moins le récent October( ?) de Broken Bells. Plagiat ? Surtout que nous retrouvons un morceau du même nom sur ce nouvel essai de Tunng. But Who Cares? Cette jolie ballade electrofolk instrumentale laisse libre court au délire du groupe de Mike Lindsay et Becky Jacobs, qui prouve une nouvelle fois son talent en terme de révolution musicale, aussi minime soit-elle.
Une mutation qui, si loin de desservir le groupe, désarçonnera en tout point le fan de la première heure. Cependant, qu’il se rassure, pas de contours grossiers, ni de cessation à la facilité. Tunng continue son escalade à travers un chemin sinueux, certes très différent du précédent, mais dont on saluera l’audace de l’avoir emprunté.

Audio

Tunng - Hustle

Tracklist
Tunng - ...And Then We Saw Land

1. Hustle
2. It Breaks
3. Don’t Look Down Or Back
4. The Roadside
5. October
6. Sashimi
7. With Whiskey
8. By Dusk They Were In The City
9. These Winds
10. Santiago
11. Weekend Away


The Rodeo - Little Soldier

rodeo2On vous avait déjà parlé de The Rodeo sur Hartzine l'an passé, avec une reprise de Kanye West et son deuxième ep tout aussi bien inspiré. Elle sort enfin son premier album Music Maelström cette semaine sur Emergence / Naïve. Donc forcément on va en parler sur Hartzine ! Afin de vous faire patienter avant le dossier qu'on va  lui consacrer très prochainement, Dorothée nous livre en exclu un titre de son album Little Soldier. On arrête d'écrire, on vous laisse apprécier !! MUSIQUE MAESTRO !

Patrice

Video


Girls reprend un classique

picture1Bonjour c'est Rigobert. Aujourd'hui et juste avant le retour de Girls dans nos contrées après leur passage éclair du mois d'octobre dernier, nous vous offrons un instant magique, un moment de grâce, simples et délicats comme un carré de chocolat au lait made in Switzerland : leur reprise du morceau End Of The World de Skeeter Davis, classique parmi les standards de la Country-Folk américaine.

PS: Girls sera en concert à la Maroquinerie le 5 mars et hartzine vous en promet un compte rendu

Audio

Girls - End of the World (Skeeter Davis cover)

Bonus

Girls - Life in San Francisco

Girls - Oh Boy

Video


Midlake - The Courage Of Others

midlake-the_courage_of_othersRappelez-vous ces temps de prospérité où avec The Trials Of Van Occupanther, Midlake signait un petit miracle de musique élégiaque, épopée musicale à travers le Texas des champs ou la bande originale d'une rencontre de bons potes autour d'un grand feu de joie.
En cette période de disette généralisée, quoi de mieux que de rester confiné chez soi à attendre sagement le retour du beau, à rêver aux prochaines balades en forêt, à la nouvelle saison de concours de pêche qui s'annonce, aux futures virées en pick up sur les routes poussiéreuses qui mènent au Mexique. The Courage of Others fait donc rentrer tout le monde à l'intérieur, enferme dans les placards certains instruments devenus soudain trop gênants mais laisse malheureusement à la porte les ambitions mélodiques d'antan. Cloîtrés ainsi entre les quatre murs d'une maison sans caractère, les membres du quintet de Denton, plutôt habitués aux grands espaces, nous servent une musique au régime sec qui, sous ses apparences intimistes et apaisées, son ascétisme revendiqué, cache en fait une vulgaire austérité.
Mis à part l'introductif Act of Man qui garde encore un pied dehors mais annonce déjà le début de la diète et The Horn qui ouvre en grand la fenêtre pour un grand bol d'air revigorant mais trop court pour suffisamment être salvateur (deux titres qui consolent plus qu'ils ne rassurent) ce dernier album invite ainsi aux bâillements et non au voyage. Et même les cordes vocales de Tim Smith jadis modèle de constance, aussi belles et uniques qu'un bijou d'orfèvre et qui, entre nous, savaient surtout se taire quand il fallait, nous irritent aujourd'hui par ses interminables envolées plaintives et sa présence bien trop encombrante. Bref... Midlake ont mal et nous souffrons avec eux.

Benoît

Audio

Midlake - The Horn

Tracklist

Midlake - The Courage Of Others (Bella Union, 2010)

1. Acts Of Man
2. Winter Dies
3. Small Mountain
4. Core Of Nature
5. Fortune
6. Rulers, Ruling All Things
7. Children Of The Grounds
8. Bring Down
9. The Horn
10. The Courage Of Others
11. In The Ground


Beach House - Silver Soul en vidéo

beach_houseSalut les bouffeurs de nems et les brouteuses de gazon, c’est George Abitbol, l’homme le plus classe du monde. Aki fait actuellement la sieste, et d’ailleurs j’en profite pour vous révéler que cet imposteur n’a de niakoué que la taille de la bistouquette, et qu’en réalité c’est le fils non-avoué d’une figurante toxicomane de l’épisode 236 de Côte Ouest. Enfin… Bon les p’tits gars, si je suis là, c’est pour vous parler de Beach House. Attention, pas ces pédés hippies de Beach Boys. Non, Beach House. J’aime bien me passer leur dernier album Teen Dream dans mon Walkman cassette Toshiba dernier cri, lors de mes ballades à cheval. Mais la révélation les enfants, c’est ce clip de Silver Soul. C’est marrant, la photographie me rappelle un peu le Goth Star de l’autre mongolien qui aime bien s’enturbanner de PQ… Ah oui, Pictureplane. Il est sacrément con celui-là aussi. Mais ces mignonnes petites pépés en tutu argentés ça ma rappelle l’époque où j’avais invité à diner Maureen O’hara, et qu’elle avait fini par… Et mais attendez une minute, Hartzine… C’est pas nazi votre truc ? Oh monde de merde.

Akitrash

Vidéo


Basia Bulat - Heart Of My Own

basiaLe postulat de départ est simple, le Canada est devenu depuis quelques années le nouvel Eldorado de la Folk. Comme s’il suffisait de parcourir les plaines enneigées de ce vaste Pays, une guitare sous le bras, pour être submergé par une inspiration quasi-mystique. Allez savoir ? Et ce n’est pas Heart Of My Own , deuxième opus de la Torontoise haute comme trois pommes, Basia Bulat, qui nous prouvera le contraire. Agé d’à peine 26 ans, la charmante chanteuse aux multiples talents, attaque en fourbe dès le premier morceau. Go On envoi une déflagration lourde et décolle l’auditeur de sa chaise. Elle a du coffre la bougresse, sa voix rappelant un croisement de Chan Marshall et Tracy Chapman, supplie et accuse au rythme quasi militaire de la batterie. Ralentissement de l’allure dès Run, où Basia Bulat prend le temps d’exposer son répertoire vocalistique, et reprend de plus belle sur l’excité Gold Rush. Sa voix est une arme ensorcelante, mais la jeunette pousse le vice à composer l’intégralité de ses titres, ainsi que les arrangements puisque cette multi-instrumentiste passe de la guitare folk à la harpe, de l’orgue au ukulélé avec une aisance qui force au respect. Ce petit bout de femme au timbre doucement rauque et enfumée, fait montre d’un songwriting imaginatif et récréatif qui surpasse innombrables de ses aînées. Basia Bulat viendra démontrer sa fascinante capacité à ensorceler le public ce 29 Janvier au Point Ephémère aux côté de Thao et Sydney Wayser, en attendant on ne se lassera pas de la sincérité unanime ce Heart Of My Own tout simplement sublime.

Audio

Basia Bulat - Gold Rush

Tracklist

Basia Bulat - Heart Of My Own (Secret City, 2010)

01 - Go On
02 - Run
03 - Sugar And Spice
04 - Gold Rush
05 - Heart Of My Own
06 - Sparrow
07 - If Only You
08 - I'm Forgetting Everyone
09 - The Shore
10 - Once More, For The Dollhouse
11 - Walk You Down
12 - If It Rains


The Rodeo - Hotel Utah

couv-hotel-utah19 août. 22h42. Nipton, California. Je suis assise devant le motel, sous la véranda. Cinq clients, le désert, la voie ferrée, et rien. Le bruit très étouffé des conversations, celui des insectes qui gambadent sur le sol, poursuivis par le chat, et parfois, le fracas d'un interminable train de marchandise. Le silence est juste ce qu'il faut d'habité pour pouvoir ne penser à rien. C'est là que j'aurais aimé découvrir le dernier EP de The Rodeo. La voix chaude et rebondie de Dorothée Hannequin se serait parfaitement mariée à ce silence-là. Ses chansons, qui sonnent comme des westerns en carton-pâte, n'auraient pas dépareillé dans cet hôtel dont on se demande, une fois qu'on l'a quitté, s'il a vraiment existé.

Après un premier EP brut et dépouillé (My First EP, sorti en juin 2008), The Rodeo offre un deuxième apéritif à son premier album, prévu pour février 2010. Cette mise en bouche, aux arrangements nettement plus léchés, est pour le moins appétissante. On y redécouvre le timbre à la fois doux et rugueux de Dorothée dans des comptines jolies, mais pas complaisantes. L'EP s'ouvre sur la mélodie parfaitement maitrisée d'On The Radio, dont les chœurs semblent tout droit sortis de la maison hantée de Disneyland. Si on devine en effet les influences américaines de Dorothée (elle cite les Byrds, les Shangri-Las ou Billie Holiday), on sent qu'elle les interprète avec une élégance toute française. Rien qui ne sonne faux, pourtant, car sa voix veloutée sait se faire âpre quand il faut donner à ses compositions toute la profondeur qu'elles méritent. I'll Catch The Following Train et Here's The Light sonnent ainsi comme deux petits bijoux folk sans artifices, délicatement ciselés dans le bois de cette guitare qu'elle a trouvé dans le grenier de son oncle quand elle avait quinze ans.

The Rodeo brille donc par son authenticité. Mais s'il y a aussi un art dans lequel il excelle, c'est celui de la reprise. De la discrète citation du The Beautiful People de Marylin Manson à la fin de l'éraillé Cha Cha Cha à la version gracieuse d'Amazing de Kanye West, Dorothée fait preuve d'un second degré pop superbement retenu qu'on ne peut qu'admirer. Un trésor de modestie et de discrétion qui laisse sur sa faim et dont on attend avec impatience la version longue.

Audio

The Rodeo - Cha cha cha

Tracklist

The Rodeo - Hotel Utah (Emergence Music, 2009)

1. On The Radio
2. I'll Catch The Following Train
3. Cha Cha Cha
4. Here's The Light
5. Amazing (feat. Olympic)


Sammy Decoster l'interview

sammy_decosterSo, sammy!

Quel est le lien entre Giant Sand, Jesus Lizard, Calexico ou Lemonheads ? Peut-être Sammy Decoster. Si son album est un peu passé inaperçu cette année, son mélange de rock, de blues et de country torturé ne laisse pas indifférent. Avec Sammy Decoster, c'est une invitation au voyage dans les plaines nord américaine. Un parfum de stetson et de pick up, une voix à la Jeff Buckley et une ressemblance avec Vincent Gallo non dissimulée .

Rencontre sur ses terres lilloises un soir de concert improvisé. De Tucumcari son dernier album à sa tournée barbecue, le chanteur se livre de manière très personnel à Hartzine. Interview en noir et blanc pour artiste entre ombre et lumière.

Video

Bonus


Charge Group - Escaping Mankind

visuel-charge-groupDe mélancolie, il est aussi question sur le premier album des australiens de Charge Group l'autre découverte estivale de Own Records avant Talons'. Ici, les guitares sont plus électriques et s'accompagnent des cris de violons. Les morceaux  d’Escaping Mankind commencent souvent comme des balades mais Mike Blackman et sa voix d'écorché vif s'applique à casser le rythme. Tantôt, c'est une caresse, tantôt une claque. Le sublime Redcoats and Convicts en est l'exemple parfait. Tout se pose progressivement, la guitare d'abord, les violons ensuite et le roulement de batterie annonciateur d'un orage en guise de final que Mike Blackman invoque dans un chant quasi shamanique.  Le très réussi Lullaby For The Apocalypse, est un peu l'histoire du phoenix. Une chanson torturée et tortueuse sur la fin d’une histoire amoureuse et le besoin de renaître de ses cendres. Les violons y prennent toute leur place. Alors bien sûr, il faut aimer les grandes envolées. Celles qui vous prennent aux tripes et vous laissent comme sonné.« Escaping Mankind » est un album complexe alternant avec aisance, instrumentales soignées et histoires sensibles. Pour une pemière, Charge Group affiche une belle maîtrise et sait prendre des risques. Own Records tient peut-être avec ses australiens une future valeur sûre.

Fabrice Clooney

Audio

Charge Group - Lullaby for the Apocalypse

 

Tracklist

Charge Group - Escaping Mankind (Own Records, 2009)

01. Lunar Module
02. Partial Glowing
03. Redcoats & Convicts
04. Pax #1
05. Vice’D
06. Speakeasy Death Song
07. The Contest
08. Lullaby For The Apocalypse
09. Pax #2
10. Morning Of Superheroes


Talons' - Song for Babes

talonsUn cri de mouette. Une voiture qui passe. Des sirènes au loin. Nathalie, Erin, Rachel. Qui êtes vous ? Talons' a travaillé son atmosphère. Derrière ce pseudo se cache Mike Tolan et sa guitare. Son Song for Babes est un petit moment de rêveries. Ici, l'essentiel est dis en peu de mots, peu de notes. Peu de temps aussi. A chaque femme son histoire vécue ou fantasmée. L'Ohio et ses villes sinistrées par la crise offrent le décor idéal à la mélancolie de Mike Tolan. Usines fermées, pavillons abandonnés, les trentenaires ont la vie dure dans cet album aux allures d'albums photos en noir et blanc. Au jeu des comparaisons connues, il y a du Ben Harper? (Will Oldam, ndlr) chez Talons en plus folk. Mais Talons a une faiblesse pour ceux qui ne se laissent pas embarquer trop facilement. Ce Song for Babes est un peu lisse. Le rêve n'a d'intérêt que s'il nous emmène loin. Le tout est trop monocorde pour ne pas dire monochrome. Le songwritter américain n'en est pourtant pas à son coup d'essai. Son site Bark and Hiss est là pour en témoigner mais c'est la première fois qu'il se cale dans les bacs des disquaires sur le label Own Records. Alors si l'on reste un peu sur sa faim, il paraît que Mike Tolan travaille déjà sur d'autres albums plus électroniques et l'on se surprend à les attendre. Mike Tolan aurait il finalement réussi son pari ?

Fabrice Clooney

Audio

Talons' - Cole