Death & Vanilla - The Tenant

Quoi de plus logique pour le fabuleux trio suédois Death & Vanilla que de s’attaquer à la bande originale d’un vieux Polanski ? Une sombre histoire d’appartement hanté, des personnages out of place, une psychologie fascinante, le cadre du Locataire, sorti en 1976 et réalisé d’après le livre de Roland Topor, était tout désigné pour accueillir les éclats luminescents de la petite bande de Malmö.

Baigné d’une pop cinématographique indéniable et d’une aura psychédélique à la flamme vacillante, Death & Vanilla retisse la toile de ses obsessions sur grand écran, fait montre d’un pouvoir d’évocation plus incarné que jamais et projette sur ses notes graciles toute la splendeur des ambiances picturales d’autrefois. Le charme du mellotron continue d’envoûter, de napper l’atmosphère délétère par petites touches qui viennent tour à tour éclairer une psychose d’avant-garde un peu obscure et désormais datée. Ou rétro. Mais au charme terrible.

Vertigo menaçant, chaque composante de cette grande pièce sonore insuffle sa propre version de l’angoisse : Labyrinthe, Dioz Delirium. Lente descente poétique et néanmoins fatale, cette antichambre expérimentale s’offre le luxe de jouer un dédale de thèmes en noir et blanc, taillé pour être apprécié dans de grands fauteuils rouges. Alors que le compositeur initial du film, Philippe Sarde, s’était servi d’un harmonica de verre, le son cristallin est ici loué dans son caractère le plus angoissant et dans son couffin le plus grandiose, parfois pas loin des magnétiques compositions de Philip Glass. Ciné-concert de grande qualité.

Audio

Tracklist

Death & Vanilla - The Tenant (Fire Records, 02 février 2018)

01. Locataire - intro
02. Zy And Choule
03. Church Music
04. Walls Have Teeth
05. Labyrinthe
06. Mouvement Panique
07. Free Design Kung-Fu
08. ”Do You Have Any Trouble With Your Neighbours?
09. If You Cut Off My Head, What Do I Say? Me And My Head Or Me And My Body?
10. Dioz Delirium
11. Everything Is Always Happening
12. Solitaire
13. The Bouncing Head
14. Music Box - outro


Jane Weaver - Modern Kosmology

Berceau du groupe considéré (à juste titre) comme la plus grande formation pop de tous les temps, Liverpool avait tout pour devenir la capitale européenne de l’indépendance musicale, celle-là même capable d’insuffler ce fameux esprit de liberté à toute personne décidant d’emprunter les sentiers les moins balisés de la culture dite "populaire". Mais force est de constater que cinquante ans plus tard, dans l’idéologie des adorateurs de musique indie, c’est sa voisine mancunienne qui remporte aisément le titre de ville la plus influente dans ce domaine artistique. Il est vrai qu’entretemps, Tony Wilson et sa Factory avait balayé toute concurrence, assénant un premier uppercut du droit à sa voisine à l’orée des années 1980 en donnant naissance à une flopée de groupes aussi indispensables que novateurs, dont les fers de lance Joy Division et New Order. Une décennie plus tard, Manchester mettra la cité liverpuldienne définitivement au tapis, lui administrant un fatidique direct du gauche via le mouvement Madchester dont l’Haçienda, les Stones Roses et autres Happy Mondays seront les plus emblématiques représentants. Ajoutez à cela les quatre à cinq années glorifiées par les productions de The Smiths et vous comprendrez aisément que le défi s’avérait particulièrement difficile à relever pour la Merseyside. Pour autant, Liverpool, au fil des années, n’a pas été avare de talents, loin s’en faut. Des personnalités comme Michael Head au travers des Pale Fountains, Shack, des formations comme The La’s ou encore The Coral se sont montrées et se montrent encore largement à la hauteur de leurs voisins mancuniens. Mais, dans l’imagerie collective, leur influence est rarement considérée comme étant aussi majeure que celle de leurs meilleurs ennemis.

Jane Weaver, artiste liverpuldienne basée depuis plusieurs années à... Manchester, ne déroge nullement à cette règle. Déjà plus de quinze années qu’elle distille à intervalles réguliers des albums aussi merveilleux qu’indispensables dans une indifférence quasi-totale, quinze ans que son essai inaugural, l’inaltérable Like An Aspen Leaf, émeut au plus haut point à chaque écoute. Teintant sa pop-folk initiale (jetez une oreille à sa somptueuse reprise de Heart Of Gold de Neil Young) d’une coloration plus électronique depuis quelques années maintenant (le mirifique The Silver Globe sorti il y a trois ans étant certainement le représentant le plus emblématique de cette évolution), son huitième album, Modern Kosmology, sorti chez Fire Records le 19 mai, mérite amplement d'être mis à l’honneur de la plus respectueuse des manières que ce soit tant les dix pièces d’orfèvrerie le composant sont en tout point renversantes.

En effet, au travers de ce nouvel essai, véritable invitation au voyage et à l’évasion, Jane Weaver nous ouvre les portes d’un monde kaléidoscopique empreint d’une culture psychédélique totalement assumée mais également porteur d’une constante recherche de sonorités résolument à la pointe de la modernité pop. Elle conjugue ainsi sa musique à tous les temps, cherchant à retranscrire le krautrock des seventies tout en l’alimentant de gimmicks et autres trouvailles résolument contemporaines afin d’insuffler à son œuvre une dimension résolument futuriste. L’introductif et ascensionnel H>A>K, ode à l'artiste abstraite suédoise Hilma af Klint en est la parfaite illustration, ce morceau nous remémorant les émotions ressenties lors des premières écoutes de The Echo Show de Yeti Lane, dernier grand voyage cosmique en date qu’il nous ait été donné d’entreprendre. Il ne reste alors plus à Jane Weaver qu’à dérouler le fil de ses émotions. Du classicisme de Did You See Butterflies, jonglant entre couplets aériens tout droit sortis d’un inédit de Lush et refrains dans la plus pure tradition de Stereolab, à l’élégance de Modern Kosmology aux accents "Broadcastiens" jusque dans l’évocation de la si regrettée Trish Keenan, les mélodies en apesanteurs s’enchainent avec une aisance en tout point déconcertante. Et lorsqu’il s’agit d’accentuer le caractère psychédélique du propos, la Liverpuldienne dose ses effets avec ingéniosité afin de ne pas tomber dans la caricature du genre, témoin ce Loops In The Secret Society qui n’est pas sans rappeler la délicatesse et la subtilité des meilleures compositions de The New Lines. Un retour au classicisme de ses débuts (tant Valley pourrait figurer sur Like An Aspen Leaf), une accentuation du caractère électronique du propos, d’abord discrète sur The Lightning Back, morceau à la boucle synthétique et aux cœurs envoûtants lorgnant sans vergogne du côté de Still Corners, puis ouvertement affirmée sur l’explosif The Architect, autant de subtiles variations que la songwriter se plaît à mélanger sur sa palette musicale afin d’illuminer sa toile. Ingénieux mélange des genres qui, sur Ravenspoint, prend son virage le plus surprenant grâce à la collaboration de Malcom Mooney, premier chanteur de Can, qui vient marteler de son inimitable phrasé une architecture musicale synthétique des plus raffinées. Ce même Malcom Mooney qui avait d’ailleurs déjà travaillé, à l’orée des années 2000, avec (le Mancunien !) Andy Votel, fondateur du feu label Twisted Nerve et compagnon de Jane Weaver. Mais c’est très certainement au travers de Slow Motion, ritournelle électro-pop aux richesses insoupçonnées rappelant une Sally Shapiro empreinte de mélancolie, que cette alchimie des sens atteint l'apogée. Un morceau taillé pour la reconnaissance qu’il serait extrêmement dommageable de considérer comme un simple trésor caché. Puisse cette véritable pépite mener un maximum de dénicheurs vers le coffre à merveilles que représente la discographie de cette (très) grande artiste. L'ultime et délicat morceau sobrement intitulé I Wish semblerait presque porter en lui cette aspiration.

Soutenue par une distribution plus importante pour ce dernier essai, l’espoir de voir Jane Weaver accéder à une notoriété plus conséquente et enfin recevoir toute la considération qu’elle mérite apparait envisageable. Non pas que ce soit une ambition affichée de la part de la créatrice de Modern Kosmology, elle qui se plaît à assumer son extrême lenteur en matière de création artistique, produisant elle-même ses albums au rythme de ses envies. Mais ce disque, sans doute le plus abouti de sa carrière, recèle en lui cet équilibre nécessaire entre références usitées à bon escient et explorations musicales novatrices, cette alchimie transformant notre intérêt pour une œuvre musicale en véritable affection. Il est si rare et difficile d’être à la fois originel et original. Et cette fois-ci, sans aucun doute possible, c’est bien la native de Liverpool qui survole les débats.

Tracklist

Jane Weaver - Modern Kosmology (Fire Records, 19 mai 2017)

01. H>A>K
02. Did You See Butterflies
03. Modern Kosmology
04. Slow Motion
05. Loops In The Secret Society
06. The Architect
07. Lightning Back
08. Valley
09. Ravenspoint
10. I Wish


Noveller - A Pink Sunset For No One

Samedi 28 janvier. Paris, quatorzième arrondissement. Du béton à perte de vue, une poignée de visiteurs se promènent d’un bloc gris à un autre, les gobelets de vin chaud et les cigarettes fument. Voici le chantier de la résidence Chris Marker, projet ambitieux visant à réunir centre de bus urbains et logements sociaux en un même lieu, transformé le temps d’un long après-midi en festivités privées en milieu BTP. C’est là, dans cette atmosphère inerte et frigide que Lee Ranaldo, guitariste de Sonic Youth, s’est fendu d’une performance à la guitare dont il était le seul héros à balancer, gratter, frotter, râper son instrument contre le vide et les murs imposants de fixité du chantier. Un moment d’expérience pur, une dialectique au concept vite fait touche la nouille de mise en résonance entre un espace brut et l’épreuve sonore qui en découle, suspendue à la Fender triturée comme jamais de l’ami Lee.

Cette même idée d’investir une temporalité différente, d’entrer dans un jeu de construction solide qui vise à superposer nappes, enveloppes et boucles sonores est palpable chez Sarah Lipstate, a.k.a. Noveller. Avec son dernier album tout disponible chez Fire Records, A Pink Sunset For No One, elle assiège le blanc du silence et fait défiler neuf pièces comme autant de plans-séquences d’une humeur de l’instant. Structuré comme un moyen-métrage, avec son lot d’ambiances captées en 70 mm, le son panoramique et les émotions intensifiées, le déploiement du disque précise à lui seul que Noveller est également à l’œuvre du côté du cinéma : c’est la musique faite image. Et le courant électrique concrétisé, éveillé à la force de la musique contemporaine ; Rituals rend hommage à Steve Reich et au fondateur Music For 18 Musicians.

Les longues plages instrumentales, propices aux entrelacs à six cordes, électrifient les harmonies et les énergies. Le format est moins inhabituel que la conception. A Pink Sunset For No One s’envisage comme une exploration étagée de l’intimité de l’instrument et l’expérimentation de ses possibles sans quitter le giron rassurant de la mélodie. Jeux de guitare pas vilains, avec les mains mais sans bagarre. Noveller délimite les contours d’une musique d’ambiance pas loin d’être abrasive, la superposition gracieuse et le larsen tapi dans l’ombre, prêt à jaillir à tout instant. Si les acouphènes pouvaient être agréables, ils seraient ici en ébullition, accompagnés d’un effet atmosphérique, et le résultat est planant. Belle chambre d’échos que celle installée ici par Sarah Lipstate, loin de perdre les pédales.

Audio

Tracklist

Noveller - A Pink Sunset For No One (Fire Records, 10 février 2017)

01. Deep Shelter
02. Rituals
03. A Pink Sunset For No One
04. Lone Victory Tonight
05. Trails and Trials
06. Another Dark Hour
07. Corridors
08. The Unveiling
09. Emergence


Virginia Wing - Forward Constant Motion

Auteur d’un premier essai remarqué il y a deux ans, le plus que convaincant Mesures Of Joy, Virginia Wing, trio (devenu duo) de Birmingham, revient aux affaires en cette rentrée musicale avec l’annonce de la sortie d’un second album, Forward Constant Motion à paraître chez Fire Records le 11 novembre prochain. Succédant à Rhonda,  étonnant EP dévoilé à l’occasion du Record Store Day qui avait poussé un peu plus loin les aspirations expérimentales de ces jeunes musiciens avec cependant le souci constant de ne jamais perdre de vue leur essence mélodique, base indispensable à tout créateur d’orfèvrerie pop, la livraison à venir démontre le souhait du groupe de sortir encore un peu plus des sentiers battus.

Si l’influence de Broadcast est toujours présente, les élans dream pop d'Alice Merida Richards et Sam Pillay, qui pourraient presque par moment leur donner le statut de Fear Of Men à mouvance électronique, sont alimentés par une volonté constante de repousser les limites de la simplicité afin de donner plus de profondeur au propos. Le fantôme de Laurie Anderson vient d’ailleurs bien souvent brouiller les cartes, comme sur cet entrainant ESP Offline, morceau dévoilé en exclusivité sur hartzine.

Voici qui démontre une fois de plus l’éclectisme et le bon goût caractérisant Fire Records, label décidément phare en matière de (re)découvertes.

Audio

Virginia Wing - ESP Offline

Tracklist

Virginia Wing- Forward Constant Motion (11 novembre 2016, Fire Records)
01 Lily of Youth
02 ESP Offline
03 Mecca Cola
04 Grapefruit
05 Miserable World
06 Andalucia
07 Sonia & Claudette
08 Local Loop
09 Be Contained
10 Permaboss
11 Hammer A Nail
12 Move On
13 Baton
14 Future Body


Orchestra Of Spheres - Anklung Song (PREMIERE)

Déjà évoqué à l'occasion du single Trapdoors (lire), le nouvel album des quatre néo-zélandais d'Orchestra Of Spheres, intitulé Brothers And Sisters Of The Black Lagoon, se dévoile un peu plus avec l'instrumentale Anklung Song laissant la guitare de Baba Rossa s'enticher de ses pédales d'effets pour transporter tout son petit monde à bord d'une nébuleuse psyché-pop remontant le temps sans jamais le singer. Jouant donc la carte fétiche d'un groupe à ne surtout pas manquer sur scène, le temps de quelques dates disséminées dans l'Hexagone.

Audio

Tournée

13.05. Le Temps Machine, Tours
14.05. Festival Le Lac, Brest
21.05. Les Instants Chavirés, Paris
07.06. Les Pavillons Sauvages, Toulouse
08.06. Le Café du Boulevard, Melle

Tracklisting

Orchestra Of Spheres - Brothers And Sisters Of The Black Lagoon (Fire Records, 13 mai 2016)

01. Bells
02. Trapdoors
03. Walking Through Walls
04. Day At The Beach
05. Anklung Song
06. In the Face of Love
07. The Reel World
08. Cluster
09. Rocket #9
10. Let Us Not Forget
11. Divine Horses


Orchestra Of Spheres - Trapdoors

Bien malin est celui qui réussira à enfermer la musique ultra syncrétique des Néo-Zélandais d'Orchestra Of Spheres en une seule et même notion ou étiquette. Bien sûr, le psychédélisme assumé, même vestimentairement, de leur démarche peut s'avérer un prisme idoine. Mais le terme est aujourd'hui tellement galvaudé par une utilisation à tout va, qu'il tombe presque à plat à l'heure d'embrasser dans toute sa plénitude ce merveilleux bing-bang stratosphérique que le quatuor originaire de Wellington divulguera le 13 mai prochain via Fire Records. Au sein de ce troisième effort depuis 2009, intitulé Brothers And Sisters Of The Black Lagoon, se télescopent magistralement passé et futur, post-punk à la ESG et hybridation pop burlesque, sur l'autel d'une production millimétrée rendant grâce aux fulgurances elliptiques de la guitare de Baba Rossa et aux impressionnantes et ductiles caresses rythmiques signées du nouveau venu, Woild Boin. Planant sensiblement sur cet ensemble instrumental pop-funk, charriant avec générosité une world music désinhibée dans son approche mélodique, la voix de Mos Iocos finit de remporter l'adhésion, comme en témoigne le single Trapdoors en écoute ci-après. Précédée d'une solide réputation scénique, la joyeuse bande sera en tournée en France à cheval sur les mois de mai et juin avec un passage le 21 mai aux Instants Chavirés. Shaman es-tu là ?

Audio

Tournée

13.05. Le Temps Machine, Tours
14.05. Festival Le Lac, Brest
21.05. Les Instants Chavirés, Paris
07.06. Les Pavillons Sauvages, Toulouse
08.06. Le Café du Boulevard, Melle

Tracklisting

Orchestra Of Spheres - Brothers And Sisters Of The Black Lagoon (Fire Records, 13 mai 2016)

01. Bells
02. Trapdoors
03. Walking Through Walls
04. Day At The Beach
05. Anklung Song
06. In the Face of Love
07. The Reel World
08. Cluster
09. Rocket #9
10. Let Us Not Forget
11. Divine Horses


Blank Realm - Illegals In Heaven

Alors que la planète Ovalie célèbre actuellement la grand-messe du Rugby outre-Manche, on pourrait aisément établir un parallèle entre ce sport vertueux et la pop au sens le plus noble du terme. En effet, force est de constater que la France et le Royaume-Uni (plus particulièrement l’Angleterre, pays qui a vu naitre cette discipline sportive) prennent un malin plaisir à se considérer largement au-dessus de la mêlée, alimentant leurs petites rivalités ancestrales au travers d’un tournoi des six nations de moins en moins intéressant, avant que tous les quatre ans, à l’occasion d’une coupe du monde, les nations de l’hémisphère sud viennent leur rappeler à grands coups de dérouillées qu’elles n’ont pas leur pareil pour atteindre leur terre promise et transformer l’essai avec brio. Il en est de même avec la pop. A l’instar de leurs glorieuses sélections, des groupes Néo-Zélandais comme The Bats, The Clean, The Chills ou Australiens comme The Church, The Moles (sic) ou The Go-Betweens n’ont assurément pas une reconnaissance à la hauteur de leur talent dans nos contrées, le fan d’indie pop lambda étant souvent trop occupé à regarder du côté de Manchester ou Glasgow. N’en demeure pas moins que contrées australes rime souvent avec Graal. Et se plonger allègrement dans les discographies des groupes précités en vaut clairement la...chandelle au risque de détrôner certaines de nos idoles du Vieux Continent.

Label jouant la carte de l’alchimie parfaite entre mise en valeur de jeunes pousses, réhabilitation de vieilles gloires et subtiles rééditions plus luxueuses les unes que les autres, Fire Records se tourne abondamment vers l’Océanie afin d’alimenter son catalogue en tout point remarquable. De l’éclosion de Scott & Charlene’s Wedding , Surf City ou encore Full Ugly en passant par le retour de The Chills, il participe ardemment à la perpétuité de la mise en valeur de cette culture pop d’une incommensurable richesse. Autre membre de cette fratrie ayant intégré la maison mère, Blank Realm ne dénote nullement dans le paysage. Cependant, à cette occasion, le quartet de Brisbane déjà détenteur d’une discographie pléthorique et quelque peu désordonnée a du assagir son propos afin de révéler au grand jour l’extrême sens mélodique de ses compositions. Evolution déjà entrevue au sein de leur précédent album, Grassed In, leur nouvel essai, le bien nommé Illegals In Heaven à l’incandescence omniprésente mais maitrisée, éblouit littéralement par son classicisme et son audace quiconque daignant s’y pencher.

br 2_hi

Car la vraie réussite d’Illegals In Heaven consiste assurément dans cette faculté qu’a désormais atteinte le groupe à canaliser ses aspirations noisy et psyché afin de mettre en exergue le caractère pop de ses mélodies sans pour autant renier ses orientations musicales. Si l’inaugural No Views digne des plus grands moments de Royal Trux s’impose telle une course effrénée dont on sort difficilement indemne, il n’apparait au final que l’exutoire parfait et très certainement nécessaire afin d’apaiser le propos par la suite. Et c’est chose faite avec une rare maestria via le sublime River Of Longing, ritournelle évoquant la thématique du temps perdu sur fond de réverb et d’ambiance dreamy faisant presque de l’œil à la perfide albion avec son entêtante mélodie semblant directement sortie de la guitare de Johnny Marr. Et même si les aspirations bruitistes du groupe si fortement inscrites dans son ADN resurgissent de temps à autre (comme sur l’endiablé Costume Drama), c’est bien la variation des effets qui prédomine tout au long de ce disque. Le très « Mazzy Starien » Cruel Night nous entraîne au fin fond des contrées australes les plus obscures, Palace Of Love, en forme d’hommage aux glorieux ainés de Brisbane, sonne comme un inédit des Go-Betweens tandis que Dream Date et sa guitare aux sonorités proches de celles de Maurice Deebank rappelle Felt à bien des égards. Un détour par le lumineuxFlowers In Mind et son crescendo dévastateur et il est temps de se délecter de Gold, véritable pépite ravivant l’inspiration et l’esprit 4AD du début des années 90 tant ce morceau nous remémore les plus belles heures indies de Tanya Donelly et sa comparse Kristin Hersh. Tant de pistes explorées afin de tempérer le propos dans le but de le rendre infiniment plus attractif, tendance définitivement confirmée avec Too Late Now, morceau de clôture à la tension aussi affirmée que maitrisée.

Nous ne parlerons pas d’album de la maturité pour Blank Realm mais plutôt d’une certaine prise de conscience de la part de la formation de Brisbane d’une capacité à jouer sur l’échelle des émotions. Continuer à faire preuve d’impact tout en démontrant certaines aptitudes pour le jeu tout en finesse. Tout au long d’Illegals In Heaven, il est plus question d’évolution que de révolution. Comme la volonté de contrer les aspirations européennes sur leur propre terrain. Toute ressemblance avec des faits rugbystiques actuels ne seraient bien entendu que pure coïncidence…

Audio

Tracklisting

Blank Realm - Illegals In Heaven (Fire Records, 4 septembre 2015)

01. No Views
02. River Of Longing
03. Cruel Night
04. Costume Drama
05. Dream Date
06. Flowers In Mind
07. Gold
08. Palace Of Love
09. Too late Now


Death and Vanilla l'interview

d&a02

Dès 2010 et Between Circles, diffusé via une compilation Beko, Death and Vanilla s’est inscrit dans un contexte musical intemporel, puisant ses influences dans le psych, la pop, le kraut… Un amalgame heureux renvoyant aux instrumentations et à la tessiture vocale des années 60 et 70. À leur filmographie aussi, car le duo suédois revendique un legs cinématographique riche et pertinent de la même période. Cette approche sémantique atypique est parfaitement traduite dans leur dernier clip, California Owls, qui mélange des footages de Veruschka, Poesia Di Una Donna, dont la bande originale a été composée par Ennio Morricone, et Kusama’s Self Obliteration, un court-métrage réalisé par l’artiste Yayoi Kusama en 1967. Cette vidéo publiée en février dernier et annonçant le nouvel album du groupe à paraître chez Fire Records le 4 mai prochain, a été complétée début avril par un titre, Arcana, empruntant sa poésie très visuelle à la grâce nonchalante et fragile des starlettes de la Croisette en robe Courrèges. L’intégralité des dix pistes de To Where The Wild Things Are ne déparie pas, c’est un transfert délicat, une glissade veloutée dans une contemporanéité charmeuse avec des cols roulés et des lampes à lave. Ce voyage dans le temps, ou Time Travel pour reprendre le titre du cinquième morceau, semble imprégner non seulement la musicalité mais aussi l’intention que le tandem de Malmö insuffle à son nouvel album : la fuite nostalgique d’une génération vers l’autre, un entremêlement d’inspirations forcément stéréotypiques, mais calibrées pour laisser l’auditeur divaguer au gré de son propre scénario. Pour Hartzine, Anders Hansson et Marleen Nilsson se confient dans un entretien sur leur complicité, leur formation et leur approche de la musique et du cinéma. Déjà interviewés l’an passé dans ces colonnes, ce nouvel échange est l’occasion de mieux découvrir le charisme iconographique du duo baltique.

Death and Vanilla l'interview

dandvpress1 Hi Res

Votre nom fait référence à des animaux que vous aviez étant enfants. Indépendamment du fait qu’appeler un lapin Death est un peu inhabituel, qui dans le groupe est Death et qui est Vanilla ? Vous êtes-vous déjà considérés comme yin et yang ou quelque autre concept de complémentarité ? Cela se traduit-il dans votre musique ?
Your name refers to childhood pets you used to own. Despite the fact calling a rabbit Death is kind of unusual, who in the band is Death and who is Vanilla? Have you ever think about yourself as yin and yang or any other concept of complementarity? Does it translate into your music?

Haha, notre nom s’inspire effectivement de ces animaux, mais nous ne nous sommes jamais considérés comme un duo de Death et Vanilla. On ne peut pas dire que notre complémentarité ressemble à ce que qu’on peut voir parfois chez les musiciens auteurs-compositeurs. On se voit plus comme une unité dans la mesure où on est presque toujours d’accord sur chaque variation d’une chanson au cours de son écriture. Souvent, on a la même idée sur sa conception, sa production et sa création, sans qu’il soit nécessaire d’en parler. Ça facilite vraiment les choses quand on enregistre. On peut mettre toute notre énergie à explorer les idées et cela rend l’avancement du projet intuitif. Mais oui, nous nous complétons évidemment sur certains aspects. Anders se charge souvent de la partie rythmique, par exemple, et Marleen surtout des paroles.

Haha, well it’s true that the name is inspired from these childhood pets, but we never think of ourselves as a duo of Death and Vanilla. We would not say that we are complementary in a way that you sometimes see in songwriting musicians. We feel more as a unit in that sense that we almost always agree in every turn that a song takes in the writing process. Often we have the same idea about the writing, producing and creating  of a song, without any words between us. And that really makes it easy for us when recording. We can put all our energy into exploring the ideas and it makes the working progress intuitive for us. But yes, then there is of course also elements of complementing each other in the work. Anders is often doing the rythm section for example and Marleen is mostly doing the lyrics.

Et maintenant que vous êtes trois? Qu’est-ce qui a changé dans votre méthodologie? Comment cela s’adapte à ou complète la formation originale?
What now that you’re three? What has changed in your process? How does it fit to or improve the original setup?

Magnus est un ami de longue date, et il a intégré le groupe dès notre tout premier concert. Il fait donc partie de Death and Vanilla depuis le début ou presque, mais il ne participe pas aux compositions. C’est le meilleur joueur de Moog que nous connaissions, et nous sommes tous trois vraiment branchés par les trucs type Moog… donc on n’arrête pas de s’améliorer. Il joue sur le nouvel album et ce sera encore le cas pour le prochain.

Magnus is a long time good friend and he has been in the band from the first live show we ever played. So he has been a part of Death and Vanilla from the beginning almost, but he has not been participating in the song writing process. He is the best Moog player we know of, and all three of us are really into the Moogs and stuff like that ….. so it is just getting better and better. He is playing on the new album and will do that on future releases too. 

Comme vous vous inspirez de la musique et des films des années 60, on peut être tenté de penser que vous vous appuyez surtout sur des paroles et une ambiance naïves, comme la twee pop/rock ou les yé-yés. Mais la plupart de vos sujets sont sombres et vos chansons reflètent globalement une certaine mélancolie. Le chagrin se cache partout ?
Being inspired by the music and movies from the 60’s, one might be likely to think you rely mostly on naive lyrics and mood, like in twee pop/rock or ye-ye. But many of your themes are dark and there’s a global melancholia to your songs. Is sorrow hiding in everything?

Ce n’est pas vraiment du chagrin qui se cache ici, mais on peut sans doute ressentir une légère mélancolie dans nos chansons. C’est un monde de l’imagination, à la fois sombre et lumineux, et nous aimons osciller entre les deux. On écrit les paroles de façon à les ouvrir à l’interprétation. Ce sont des paroles personnelles, mais on préfère se dire que l’auditeur peut leur attribuer sa propre interprétation, et qu’on essaie de transmettre une sorte de message. Il s’agit donc pour nous de créer des images et des sensations en combinant des mélodies, des sons et des paroles pour en isoler une ambiance.

Nous avons tous deux écouté beaucoup de pop, et c’est vrai qu’une grande partie de la pop des années 60 (ou de la twee des années 90, d’ailleurs) est remplie de textes naïfs et plutôt faciles. Nous adorons ces chansons ! Mais écrire des paroles de ce genre nous paraissait impersonnel, et notre expression naturelle a donc débouché sur un style de lyrics différent. Peut-être un peu sombre, c’est vrai, haha. Mais c’est une obscurité chaleureuse qui contient beaucoup d’amour.

It is not really sorrow hiding in there, but you can probably sense a little melancholia in some of our songs. It is a world of imagination – both dark and bright, and we like to move inbetween that. We are writing the lyrics in a way that makes it open for interpretion for the listener. The lyrics are personal to us, but we would rather see that the listener could have their own personal relationship to them, then that we would try to reach through with some sort of message. So it is all about creating images and feelings by combining tunes, sounds and lyrics in order to find a mood that we are after.

We have both listened to a lot of pop, and it is true that most of the 60’s (or 90’s twee for that matter) has really naive and easy going lyrics. We love those songs! But, writing lyrics in that style would feel unpersonal for us, and therefor the natural expression for us has just ended up in a different style when it comes to the lyrics. Yes, maybe we are a bit dark at mind, haha. But it is a warm darkness with a lot of heart in it.

Que se passe-t-il entre deux sorties ? À quoi réfléchissez-vous avec de commencer un nouveau projet et à quel moment êtes-vous assez confiants dans le résultat ? Quelle est votre méthodologie ?
What’s the in-between of two releases? What do you think about before starting a new project and at what point are you confident enough in what you’ve ended up with? What’s your process?


C’est difficile à dire. Mais on prend des pauses entre deux enregistrements. Comme on travaille sur de longues périodes en phase d’enregistrement, c’est indispensable de faire une pause convenable et de déconnecter pendant un certain temps. D’après nous, c’est une manière de laisser un peu derrière nous ce qu’on a produit et faire de la place à de nouvelles idées à faire évoluer. Mais ce ne sont pas vraiment des réflexions sur la suite. Quand on se sent prêt à passer à nouveau en mode enregistrement, on sait qu’il y aura probablement des idées qui auront évolué pendant cette pause et qui viendront naturellement. Une fois qu’elles commencent à germer, c’est assez facile de rebondir. Sans doute sommes-nous confiants dans la mesure où nous savons ce qui fait l’identité ou non de Death and Vanilla. On continue donc de travailler jusqu’à être satisfait de tout ce qu’on a produit. On excelle à “tuer nos chéris”*. On peut facilement travailler sur une idée pendant un bon moment, puis l’abandonner quand elle ne nous plaît plus. Ce n’est pas forcément qu’elles soient mauvaises, simplement qu’elles finissent par ne pas ressembler à la vision que nous avons d’un morceau de Death and Vanilla. On a beaucoup de chansons inachevées, comme je pense la plupart des groupes…

It’s difficult to tell really. But we do take breaks between recordings. Since we are mostly working in a long period when recording an album, you kind of need to make a proper break and just be away from it for a little while. So we guess that it is a way of leaving what has been done a bit behind, and make room for new ideas to start to evolve. But there isn’t really much thinking of what to do next. When we are ready to go into recording mode again, there are probably gonna be some ideas that has evolved during the break and they will come naturally. Once they have started to show, it’s quite easy to just go from there. We are probably confident in a way that we know which things are Death and Vanilla and which are not. So it is a matter of keep working until we are satisfied with everything we have produced. We are really good at ”killing our darlings”.  We can easily work on an idea for quite some time, but then leave it when it doesn’t feel right anymore. And these pieces aren’t necessarily bad, they just ended up to not be what we consider would be a Death and Vanilla song. We have lots of unfinished songs, which I guess most bands have… 

d&a-cover

L’enregistrement de ce sophomore s’est achevé l’été dernier. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant la release ? C’était juste pour nous rendre impatients ?
The recording of this sophomore has been achieved last summer, so why did you let us wait for so long before the release? Just a matter of having us really looking forward to it?

Il n’était pas vraiment terminé à la fin de l’été, même si c’était notre objectif. Nous travaillons très lentement, malheureusement. Et une fois que ce fut le cas, à la fin de l’automne, nous avons envoyé l’album pour le mastering et cette phase a aussi pris plus de temps que nous le pensions. Une fois cette phase achevée, il a fallu deux mois au label pour travailler sur le pressage et tout ce qui concernait la préparation de la sortie, et eux-mêmes attendaient de pouvoir débuter. Donc je pense que nous avons fait patienter tout le monde, y compris nous-mêmes. Aujourd’hui, nous sommes excités comme des gosses une veille de Noël.

We were not really done by the end of summer – as we had set our goal to be. We are really slow workers unfortunately. So when we were finally finished in the late autumn, we sent the album for mastering and that process also took a little longer than we expected. When that is finished there has to be a couple of months for the record label to work with pressing and everything else in preparation for the release, so they were waiting to get started as well. So I think we’ve kept all of us waiting – including ourselves.  So by now we are excited as children waiting for Christmas Eve. 


À quel point le contexte est important pour lancer un nouveau projet, sur un plan personnel ou social, ou autre ?
How important is the context when making a new project, would it be personal or social, or whatever?

Un peu de tout. En tant que groupe, on agit à un niveau très personnel, et ça prend une place énorme dans nos vies. D’après nous, c’est logique de le traduire d’une certaine façon dans la musique. Mais je pense par ailleurs que nous sommes conscients du contexte dans lequel nous nous trouvons. Nous écoutons beaucoup de musique. Beaucoup. Et je pense que musicalement, on se sent à l’aise avec ce qu’on fait. Nous ne sommes pas musiciens érudits (au contraire, il nous arrive de très mal jouer de nos instruments) mais nous savons ce que nous aimons ou non. On pourrait donc dire qu’il y un genre de contexte culturel. Notre travail, c’est d’explorer tout cela. On aime l’idée de créer de petits univers au sein même de nos chansons.

A little bit of both. What we do as a band is very personal to us, and a huge thing in our lives. So that has to show in some way in the music we think. But at the same time I think we have an awareness about in what context we are in. We are listening to a lot of music. A alot. So I think that musically we feel quite comfortable about what we are doing. It is not that we are scholared musicians (in opposition, we can be quite bad at playing our instruments) but we know what we like and don’t like. So maybe you could say there is some sort of cultural context. But the work we do is our own exploration of all this. We love to think that we can create small worlds within the songs themselves. 

Comme dans les releases précédentes, la voix de Marleen est délicatement mêlée au reste pour intégrer complètement les morceaux, comme un instrument parmi les autres. Mais dans Shadow and Shape, les paroles sont plus claires, sa voix ressort nettement par rapport à d’autres chansons. Il y en aura d’autres de ce genre ? Prévoyez-vous de changer votre approche vocale ?

As in the previous releases, Marleen’s vocals are softly melted in the mix, totally being part of the songs, like an instrument amongst others. In Shadow and Shape though, vocals are clearer, her voice really stands out compared to the other tracks. Will there be new songs made this way? Do you consider changing your approach of the vocals?


On ne sait jamais. Nous sommes très satisfaits de la sonorité de la voix, mais c’est toujours plaisant d’explorer et tester différentes techniques d’enregistrement, et on le fait souvent. Dans le cas de Shadow and Shape, nous avons apprécié les essais au microphone, et nous les avons gardés tels quels. Mais de façon générale, nous préférons que la voix soit mieux intégrée dans le mix et moins au premier plan.

Well, you never know. We are quite happy with how the vocals usually sound, but it is always fun to explore and try different techniques with recording and we often do that. In the case of Shadow and Shape we liked one of these experiments with the microphone, so we kept it as it was. But mostly we like to have the vocals deeper into the mix and not so much in the front.

Et les chansons sans paroles, comme The Hidden Reverse ou Something Unknown You Need To Know ? On dirait vraiment que vous expérimentez.
What about songs without any vocals like The Hidden Reverse or Something Unknown You Need To Know? It really sounds like you’re experimenting.


Merci, on expérimente sans arrêt en effet. Dans toutes nos chansons, on enregistre la plupart des instruments avant même de réfléchir aux paroles et comment les insérer au mieux. Cette fois, en arrivant à cette étape sur ces deux morceaux, on a découvert que les paroles étaient superflues. On a donc simplement décidé de les laisser de côté. Pour nous, les chansons étaient déjà abouties, il n’y avait plus de place.

Thanks, yes we are all the time. In all our songs we record the most instruments before even starting to think of where the vocals will fit in and what they will be like. This time when making these two songs, when we came to that process we discovered that we didn’t miss any vocals. So we decided to just leave them out. The songs seemed finished to us already – there just wasn’t any room left.

Votre musique est cinématographique. En 2013, vous avez sorti la bande-son du Vampyr de Carl Theodor Dreyers, un classique de 1932. C’est quelque chose que vous aimeriez faire ? Plus de BO ?
Your music sounds cinematographic. In 2013, you released a soundtrack for Carl Theodor Dreyers’ Vampyr, a 1932 classic movie. Is it something you’d be keen on doing? More OST?

On adorerait ! C’est très plaisant de travailler sur la musique dans un contexte visuel et scénaristique. Ça nous ouvre tout un nouveau spectre de travail. Nous avons enregistré la bande son de Vampyr en jouant live pendant une projection du film. Ce fut plus d’une heure de jeu et d’improvisation à plein concentration tout en regardant le film, et l’expérience était vraiment particulière. En février cette année, nous avons conçu la musique pour The Tenant de Polanski et nous sommes produits au Cinemascore Festival en Espagne pour deux heures de musique inédite. C’est vraiment quelque chose de particulier à entreprendre, et dans le cas d’une projection en direct, on ne le fait qu’une fois. Il s’agit donc pour nous d’expériences uniques et géniales.

Mais comme nous nous inspirons aussi majoritairement de l’univers cinématographique pour écrire nos chansons d’albums, il existe probablement une explication naturelle aux sonorités cinématographiques de notre musique.

We’d love to! It is really fun to work with music in the context of images and storytelling. It gives you a whole new set of frame work to work within. We recorded the Vampyr soundtrack when playing it live to a screening of the movie. It was more than one hour of concentrated playing and improvisation while watching the movie and that was a very special experience. In February this year we did music for Polanski’s The Tenant and performed it at Cinemascore Festival in Spain, and that was two hours of new music. So it is a very special thing to do, and when it is for a live screening – you only do it once. So these are really unique and great experiences for us.

But movies and the cinema world are one of our big inspirations when writing our songs for the albums too, so there is probably a natural connection to why our music sounds cinematic in some ways.

Y a-t-il un scénario derrière To When The Wild Are ? Quelque chose à lire plutôt qu’à écouter ?
Is there a scenario behind To Where Whe Wild Things Are? Something that could be read more than listened to?


C’est à l’auditeur de décider ce qu’il y lit. Mais nous espérons sincèrement que vous pouvez en extraire des images. C’est à tout le moins un hommage à l’imagination.

It is all up to the listener to decide what’s in there. But we do hope to create images for you. It’s a dedication to imagination if anything.

Que prévoyez-vous ensuite ? Une tournée ? Un enregistrement ? Un déménagement ? Une pause ? Professer votre propre religion ?
What do you plan next? Touring? Recording? Moving? Having a break? Professing a religion of your own?

Tout cela, en fait, sauf prendre une pause et déménager car nous sommes d’heureux citoyens de Malmö. Les concerts sont prévus plus tard dans l’année, et la France sera évidemment sur la carte !

Well all of it, except having a break and moving – we are happy Malmö citizens. Shows are coming up later this year, and France will definitely be on the map!

*Expression attribuée à William Faulkner - « In writing, you must kill all your darlings » [NDT]

Audio

Tracklist

Death and Vanilla - To Where Whe Wild Things Are (Fire Records, 2015)

1. Necessary Distorsions
2. The Optic Nerve
3. Arcana
4. California Owls
5. Time Travel
6. Follow the Light
7. Shadow and Shape
8. The Hidden Reverse
9. Moogskogen
10. Something Unknown You Need To Know


Death and Vanilla - Arcana (PREMIERE)

dandvpress1 Hi Res

Si l'on a jamais manqué l'occasion d'être dithyrambique à l'adresse du trio Suédois de Malmö Death and Vanilla - la dernière fois en date, lors de la réédition augmentée de leur premier EP éponyme (lire), il faut bien reconnaître que le passage sur le label Londonien Fire Records n'a altéré en rien la splendeur du psychédélisme pop d'alcôve entonné par le groupe d'Anders Hansson ayant par le passé trainé ses guêtres sur le Bisontin Hands in the Dark et le Californien Moon Glyph. Leur troisième LP To Where The Wild Things Are à paraître la 4 mai prochain s'inscrit d'ailleurs dans la parfaite continuité des deux précédents sortis en 2012 et 2013, délayant sur un mode majeur cette symphonie de l'ombre et de la promiscuité qu'embrase lascivement la voix de Marleen Nilsson. Aussi troublante que la mélodie sous-jacente n'est infaillible, la balade Arcana se joue ci-après en exclusivité.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Death and Vanilla - To Where The Wild Things Are (Fire Records, 4 mai 2015)

01. Necessary Distortions
02. The Optic Nerve
03. Arcana
04. California Owls
05. Time Travel
06. Follow the Light
07. Shadow and Shape
08. The Hidden Reverse
09. Moogskogen
10. Something Unknown You Need To Know


Virginia Wing - A Complex Outline (PREMIERE)

Virginia Wing - A Complex OutlineLes Londoniens de Virginia Wing sortiront le 18 mai 2015 une version augmentée de son premier LP Measures of Joy paru le 3 novembre dernier sur Fire Records. La chose pourrait paraître anodine, tant les pastiches de la verve pop éthérée de Broadcast sont légion, mais le trio emmené par Alice Merida Richards a tracé dès son premier LP une démarcation nette entre eux et cette cohorte insignifiante, paissant tranquillement sur les rivages de la médiocrité. Trempant son inspiration à équidistance d'un psychédélisme sculpté d'électronique et de lignes mélodiques cotonneuses, Virginia Wing emporte l'adhésion par cette puissance rythmique s'exprimant dans un gant de velours, à la fois carrée et aérienne, les plaçant tel le chaînon manquant entre Still Corners et Death and Vanilla. Reprenant à son compte un expérimentalisme onirique que n'aurait pas renié la bande à Trish Keenan, les Anglais de passage à Paris le 1 avril à l'Espace B (Event FB), font montre d'une science du contre-temps, à la fois immersive et hallucinée, que la mise en images auto-produite du morceau A Complex Outline, à découvrir ci-après, ne fait que parachever.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Virginia Wing - Measures of Joy Deluxe Edition (Fire Records, 18 mai 2015)

01. The Body Is A Clear Place
02. Estuary
03. World Contact
04. In the Mirror It's Sunday
05. A Complex Outline
06. Meshes
07. Juniper
08. Read The Rules
09. An Arabesque
10. Marnie
11. First and Fourth
12. Gold Thread
13. Donna's Gift
14. Rit Rit Rit

Virginia Wing - Measures of Joy -Deluxe


Death and Vanilla - California Owls

death-and-vanilla-california-owlsSi les suédois de Death and Vanilla, originaires de Malmo, se sont révélés via le label bisontin Hands in the Dark avec un maxi - dont la luxueuse réédition a été le support d'une interview à redécouvrir par ici - et un album, aussi recommandables qu’essentiels, c’est par le biais du label anglais Fire Records que le trio emmené par Anders Hansson a décidé de tracer sa route, entre poésie lunaire et mélodies vespérales. Le LP intitulé To Where The Wild Things Are est ainsi annoncé le 4 mai prochain et un premier extrait est en écoute ci-après, déflorant avec délicatesse la coloration de celui-ci, façonnant à nouveau une matière onirique et suspensive avec une dextérité proche de la Polonaise Ela Orleans - bientôt sur le retour avec disque produit par Howie B et contenant des featuring de Katrina Mitchell et Stephen McRobbie de The Pastels s'il vous plait. Sans hasard d'ailleurs, Death and Vanilla a récemment partagé quelques dates avec celle-ci.

Audio

Vidéo

http://vimeo.com/118394012

Tracklisting

Death and Vanilla - To Where The Wild Things Are (Fire Records, 4 mai 2015)

01. Necessary Distortions
02. Optic Nerve
03. Arcana
04. California Owls
05. Time Travel
06. Follow The Light
07. Shadow And Shape
08. Hidden Reverse
09. Moogskogen
10. Something Unknown You Need To Know


Pere Ubu l'interview

PERE UBU 1

David Thomas n'est pas spécialement réputé pour être un tendre. Il s'impose plutôt comme une armoire à glace bourrue, à la corpulence aussi écrasante que son sens de la répartie d'ancien rock-critic n'est incisif. Ce que nous sommes n'est pas beau, voilà d'ailleurs comment le natif de Miami, ayant par la suite élu domicile dans l'Ohio, décrivait le projet artistique de son groupe Pere Ubu, considéré comme l'un des mythes les plus prégnants du post-punk américain et l'un des pionniers de la musique industrielle, devançant de quelques encablures Throbbing Gristle dans son incorporation d'éléments issus d'un monde sidérurgique en déclin. Squattant à Cleveland une grande maison gothique dominant l'Allée des millionnaires, symbole de la puissance d'antan d'une ville frappée de plein fouet par la désindustrialisation et réduite dans l'opinion à un vulgaire bout de croûte terrestre souillée, le groupe était alors composé, en plus de David Thomas, de Peter Laughner et Tom Herman aux guitares, de l'ingénieur du son Tim Wright à la basse, de Scott Krauss à la batterie et d'Allen Ravenstine à la fois mécène et claviériste, ayant acquis grâce à fortune d'un héritage l'un des premiers synthétiseurs EML. Réutilisant dès 1975 le morceau 30 seconds over Tokyo, censé reproduire l’environnement régnant à l'intérieur des bombardiers US en route pour la capitale nippone, de la formation proto-punk que David Thomas et Peter Laughner venait de bazarder Rocket from the Tombs - Gene O'Connor ayant quant à lui emmanché de son côté The Dead Boys - Pere Ubu jette ainsi les bases de ses promesses soniques futures, entre géniale excentricité d'un chant haut-perché et sonorités incongrues nées d'une utilisation inventive des claviers. Malgré le départ d'Allen en 1976, deux albums sortis coup sur coup en 1978, respectivement sur Blank Records - division de Mercury - et Chrysalis Records, assiéront la notoriété du groupe reçu tel un prophète au Royaume-Uni : l'introductif et fondamental The Modern Dance et le chef-d'oeuvre Dub Housing. Dès lors, et même si la légende est en marche - on raconte que les membres de Joy Division et Joseph K ont assisté à leur premier concert à Manchester... - , Pere Ubu se refuse consciemment à la popularité, préférant expérimenter et pousser plus loin encore sa révolution silencieuse de la musique rock, que de refaire selon les souhaits de leur manager un nouveau Dub Housing. A l'ombre de son propre mythe et une quinzaine d'albums studio plus tard, le groupe n'a ainsi jamais réellement changé de fusil d'épaule. Et même si aujourd'hui le charismatique David Thomas reste l'unique membre fondateur ferraillant en son sein, Pere Ubu s'impose à la fois comme un témoin et un passeur d'une autre façon de concevoir la création musicale, à l'abri des modes mais avec un vif intérêt pour les avancés technologiques. En témoigne, le LP sorti en 2013 Lady From Shangai à l’avant-rock teinté d'un minimalisme électronique loin d'être surfait. En témoigne aussi le récent LP Carnival of Souls paru en septembre 2014 sur Fire Records et interprétation libre du film fantastique du même nom réalisé en 1962 par Herk Harvey, qui, s'il s'avère plus rock dans son instrumentation, n'en est pas moins expérimental et abstrait, l'étrangeté des compositions ne coagulant jamais dans un même creuset, et ce, de l'abrasive Golden Surf II à l'austère balade Irène en passant par la lysergique Carnival. A l'heure où Pere Ubu écume les festival de choix - le Limbo Festival Parisien (concours) et L'Antigel Genévois (concours) - nous avons posé quelques par smart-phone interposé à David Thomas. Interview express mais saignante.

Interview avec David Thomas

leipzig
Pourquoi avoir choisi d'interpréter le film Carnival of Souls?
Why have you chosen to do an interpretation of Carnival of Souls?

L'album n'est pas une interprétation du film, tout comme Lady from Shanghaï n'était pas une interprétation du film d'Orson Welles. Dans les deux cas il y a une similitude entre les idées développées par les réalisateurs en question et celles que je voulais développer sur les albums de Pere Ubu. Avec Carnival of Souls j'ai démarré sur la notion de développement du thème du memento mori (latin pour "souviens toi que tu vas mourir" et un style artistique très populaire au Moyen Age). Ceci s'est ensuite vite couplé avec le motif standard de Pere Ubu de gens qui ne s'adaptent à rien. Il n'y a pas de meilleure métaphore pour ça que l'histoire d'une femme qui ne sait pas si elle est morte ou en vie. C'est l'essence même de n'être adapté à rien.

The album is not an interpretation of the film - just as Pere Ubu's Lady From Shanghai was not an interpretation of the Orson Welles film. In both cases there was a similarity between what ideas the film directors were working with and the ideas that I wanted to develop in the Pere Ubu albums. With COS, I began with the notion of developing the Memento mori theme (the Latin for 'Remember that you will die' and a popular style of art in Medieval times.) That soon coupled with the standard Pere Ubu motif of people who don't fit. There's no better metaphor for that than the story about a woman who doesn't know whether she's alive or dead. That's pretty much 'not fitting' in a nutshell.

Entre composition et improvisation, quelle a été ton processus d'écriture pour ce projet ?
Between composition and improvisation, how have you lead the process of writing of this project?

Je prends une série d'idées suggérées par moi-même ou d'autres membres du groupe et je les assemble et désassemble jusqu'à ce que les histoirent convergent et se lient. J'essaye de focaliser sur le fait de placer ma perception des choses au centre de ces histoires, que cette perception soit le sens de ce travail. Nous sommes des conteurs, pas de la tradition littéraire mais de celle des bardes, de la tradition orale pré-littéraire (ou non littéraire) de la musique folk.

I take a series of ideas suggested by myself or others in the band and I assemble and disassemble them until stories coalesce. I keep the focus of the resulting stories centered on what I perceive, at any one point, to be the meaning of the work. We are story-tellers, not of the literate tradition but of the bard, oral tradition of pre-literate (or non-literate) folk music.

Sur Carnival of Souls, pourquoi avoir voulu rajouter de la clarinette ?
On "Carnival of Souls", why did you want to add a clarinet to your music?

J'ai ajouté le musicien, pas l'instrument. Il se trouve que c'est un bon choix d'instrument pour Pere Ubu. Je sais que je suis sur la bonne voie car j'ai de la chance. J'ai vu Darryl jouer dans un pub jazz lambda de Brighton. Il sortait du lot. Sa passion c'est le Dixieland et il a immédiatement senti les connexions entre le Dixieland et la musique de Pere Ubu.

I added the player, not the instrument. It happens to be a good choice of instrument for Pere Ubu. I know when I'm on the right course because I get lucky. I saw Darryl playing in some ordinary pub jazz bands in Brighton. He stood out. His passion is Dixieland. He immediately saw the connections between Dixieland and Pere Ubu's music

Entre références au prog-rock, aux groupes Suicide et Kratwerk, quelle est la bonne description pour la musique de Pere Ubu ? 
Between references to prog-rock, to the bands Suicide and Kratwerk, what's for you the good description of the record, its tone?

Ce n'est pas mon boulot de décrire ce que l'on fait.

That's not my job, to describe what we do.

Par rapport aux origines du groupes - et notamment la filiation avec la pièce de Jarry, Ubu Roi - dans quelle perspective places-tu Carnival of Souls ? 
With regard to the origins of the band - and Jarry's filiation - , in which perspective do you place Carnival of Souls?

C'était l'album évident après le précédent. C'était la prochaine étape évidente.

It's the obvious album to do following from the previous album. It's the next obvious step to take.

DAVID THOMAS

The Modern Dance et Dub Housing sont considérés comme deux des plus importants disques du post-punk américain. As-tu conscience d'être un mythe de la musique contemporaine et comment cela influe-t-il sur ton travail ?
The Modern Dance and Dub Housing are considered some of the most important of the US post-punk era. Are you conscious to be a myth of the contemporary musical history and how does it influence your daily work?

Comment peut-on nous qualifier de "post punk" ? Par exemple, nous avons té décrit comme "industriel" puis "post industriel" puis "pré industriel". Et puis quoi après ? A une époque on était qualifié de "légendaires". Maintenant nous sommes mythiques. C'est tout à fait ça. Nous sommes MYTHIQUES. Je me pose dans un coin et je gueule : "Je suis David Thomas, je suis un putain de mythe !" Et après ils appellent les flics.

How in the world can we be described as 'post-punk?' For example, we've been described as 'industrial,' then it was 'post-industrial,' and then it was 'pre-industrial.' And, what next? We used to be called 'legendary.' Now we are mythical. That's absolutely correct. We are MYTHICAL!  I stand on the corner and shout, "I'm David Thomas. I'm a damn myth!" Then they call the police...

La musique de Pere Ubu a été dès le début du côté de l'avant-garde. Que reste-t-il de celle-ci ?
The music of Pere Ubu was from the beginning on the side of the avant-garde. What does it remain of this one?

Pere Ubu est et sera toujours un groupe de pop mainstream. Je ne sais combien de fois j'ai du répéter ça au fil des décennies. J'imagine que je vais devoir continuer.

Pere Ubu is and always has been a mainstream pop band. I don't know how many times I have to repeat this over the decades. I guess some more.

Maintenant que la page est tournée, peux-tu nous expliquer ton aversion pour le punk anglais ?
Can you explain to us, now that the page is turned, your aversion for the English punk?

C'est de l'hypocrisie corporatiste. C'est vulgaire et volontairement ignorant et sclérosé par des règles rigides. C'est réactionnaire. C'est un chien qui revient manger son vomi. C'est étranger et pas américain.

It's corporate chicken-hawking. It's vulgar and willfully ignorant, stifled by rigid rules. It's reactionary. It's a dog returning to its vomit. It's foreign and un-American.

Actuellement quelle est ta vision de la musique ? Penses-tu comme Albini qu'internet a révolutionné positivement la distribution ? Es-tu nostalgique du temps de Chrysalis et des débuts du synthétiseur EML ?
Nowadays, what is your vision of the music? Do you think as Albini that internet revolutionized positively the music's distribution? Are you nostalgic of the time of Chrysalis and the EML debuts?

Non je ne suis pas d'accord avec Albini. Je suis ma vision de la musique. Le monde change, Pere Ubu ne change pas. Nous continuons sur le chemin que nous avons tracé. Je ne suis pas nostalgique, je fais avec les cartes que l'on m'a distribuées. La technologie change, je me débrouille avec ça. Les structures économiques changent, je me débrouille avec ça. La société change, je l'ignore. Nous ne faisons pas partie de la société, nous sommes des hommes libres.

No, I don't agree with Albini. I follow my vision of the music. The world changes, Pere Ubu doesn't. We keep going on the path that we are making. I am not nostalgic of anything. I'm dealt a set of cards and I play the cards in front of me. Technology changes. I deal with that. Economic structures change. I deal with it. Society changes. I ignore it. We are not part of Society. We are Free Men.

Excepté les prochains concerts, quel est le futur proche de Pere Ubu ? 
Excepted the following concerts, what's the near future of you and Pere Ubu?

Je te dirai ça quand je me réveillerai demain.

I'll tell you when I wake up tomorrow.

Audio

Tracklisting

Pere Ubu - Carnival of Souls (Fire Records, 2014)

01. Golden Surf II
02. Strychnine 1
03. Drag the River
04. Strychnine 2
05. Visions of the Moon
06. Strychnine 3
07. Dr Faustus
08. Strychnine 4
09. Bus Station
10. Road to Utah
11. Carnival
12. Irene
13. Strychnine 5
14. Brother Ray


Half Japanese - Volume 2: 1987-1989

Half JapaneseAutodidacte convaincu, David Fair, a toujours clamé sa volonté de jouer de son instrument, la guitare, comme bon lui semble, sans contrainte ni limite imposées par qui que ce soit. Un anarchiste de le six cordes en somme. Et à la vue étourdissante de la discographie d'Half Japanese, qu'il formait avec son frère Jad et d’innombrables invités, de passage ou non, difficile de le contredire. Et même si David a quitté la barque aux débuts des années quatre-vingt, laissant son frère bien entouré de John Sluggett, Jason Willett, Mick Hobbes et Gilles Rieder, la ligne directrice restera la même, plongeant dans l'imagination débordante de Jad, profondément épris de sciences-fiction, pour enregistrer à la volée des pelletés de morceaux donnant ses lettres de noblesse, de concert avec R. Stevie Moore et Daniel Johnston, à l'anti-folk américain. A l'heure où sort la seconde et dernière partie de l'anthologie du groupe, Volume 2: 1987-1989, édité par Fire Records le 26 janvier prochain, et dont trois extraits sont à écouter ci-après, il n'est pas inutile de se replonger dans une interview que le tutélaire Jad nous avait accordé à l'occasion de la Villette Sonique en 2011 (lire).

Audio

Tracklisting

Half Japanese - Volume 2: 1987-1989 (Fire Records, 26 janvier 2015)

LP1

A
1. Stripping for Cash
2. Thick and Thin
3. Diary
4. Big Mistake
5. Hot Dog and Hot Damn
6. The Price Was Right But The Door Was Wrong
7. Blue Monday
8. U.S. Teens are Spoiled Bums
9. Point / Counterpoint
10. Sex At Your Parent's House
11. The Last Straw
12. Gator Bait

B
13. La Bamba
14. Colleen
15. Ouija Board Summons Satan
16. You Must Obey Me
17. Salt and Pepper
18. Ancient Life
19. Silver and Katherine
20. Money To Burn
21. Hidden Charms
22. My Sordid Past

LP2

A
1. Said and Done
2. Penny In The Fountain
3. Evidence
4. Vietnam
5. Roman Candles
6. Love At First Sight
7. Snake Line
8. Bright Lights, Big City
9. Face Rake
10. Later In A Magazine
11. Red Dress
12. Trouble In The Water
13. Charmed Life

B
1. Day And Night
2. One Million Kisses
3. Miracles Happen Every Day
4. Terminator
5. I'll Change My Style
6. Fortunate
7. Real Cool Time
8. Poetic License

LP3

A
1. Open Your Eyes/Close Your Eyes
2. Daytona Beach
3. Lucky Star
4. Some Things Last A Long time
5. My Most Embarrassing Moment
6. Buried Treasure
7. Open Book
8. Little Records
9. Deadly Alien Spawn
10. Postcard From Far Away
11. Ventriloquism Made Easy
12. Something in the Wind
13. Bingo's Not His Name-o
14. Put Some Sugar On It

B
15. What More Can I Do?
16. Brand New Moon
17. Another World
18. Every Word Is True
19. I Live For Love
20. Werewolf
21. Ride Ride Ride
22. Sugarcane
23. I Wish I May
24. Ashes On The Ground
25. Curse of the Doll People
26. Horseshoes
27. Bluebirds

Half Japanese - Volume 2 1987-1989


Full Ugly - Spent The Afternoon

Symptomatique de cette époque aseptisée dans laquelle nous nous enfonçons un peu plus chaque jour, le coup de folie et la maladresse bienvenue ne se trouvent plus de figure de proue dans le paysage musical lo-fi actuel (si tant est que l’on puisse encore parler de véritable esprit lo-fi en 2014). Il n’y a qu’à observer l’évolution artistique d’Adam Green sur les dix dernières années pour se rendre compte de ce phénomène. Si quelques irréductibles défenseurs de ce mouvement à l’instar de Jeffrey Lewis n’ont pas encore succombé aux sirènes d’une production plus soignée en vue d’un succès plus conséquent, force est de constater que leur rareté n’a d’égale que leur préciosité. À se demander si la douce frénésie de Daniel Johnston ne serait pas perdue à jamais et si les numéros d’équilibristes sans filet de Pavement n'appartiendraient plus désormais qu'au rayon des « souvenirs sans lendemains ».

C’est fort logiquement aux antipodes (et plus précisément en Australie) qu’il convient d’aller chercher le véritable renouveau de cet esprit d’indépendance. Nathan Burgess y participe grandement. Natif de Melbourne, ville célèbre pour sa scène anti-folk active, le jeune homme cherchant un écrin susceptible de donner de la valeur à ses compositions forme Full Ugly avec quelques amis dont Michael Caterer, talentueux guitariste officiant déjà au sein des brillants Scott & Charlene’s Wedding. Un enregistrement éclair plus tard du fait des aspirations de Caterer à rejoindre New York afin de finaliser le son de son groupe originel, et voici l’incandescent Spent The Afternoon, premier album du collectif, prêt à être consumé sans modération… jusqu’à ce que le bien nommé label Fire Records, qui n’en finit plus d’éditer (et de rééditer) de bien jolies choses ces derniers temps, ne décide de miser son petit dollar australien sur ces jeunes pousses.

Full Ugly

En effet, indéniablement, ce premier essai respire la candeur et la fraîcheur des premières amours maladroites mais authentiques. Le nom du groupe en est assurément la première illustration. Rien n’est calculé tout au long de Spent The Afternoon, tout est délicieusement sincère. Nous sommes ici loin d’un Mac DeMarco qui, aussi brillant soit-il dans son aptitude à pousser la « coolitude » à l’extrême, ne fait au final que nourrir son imagerie visuelle et auditive de clichés (certes intelligemment) empruntés à ses glorieux aînés. Ici, point de poses, place à l’efficacité. Le lumineux Drove Down plante derechef le décor sous forme de clin d’œil humoristique en introduction au morceau Take It Easy des Eagles : guitare luxuriante, ligne de basse omniprésente pour un résultat ô combien catchy qui n’insuffle comme unique envie que l’impatience d’en entendre plus. Hanging Around et surtout No Plans portés par leurs rythmes midtempo nous renvoient alors aux plus belles heures de Pavement jouant la carte de la discordance douce-amère soutenue par de subtiles éclaboussures musicales teintées d’une implacable réverb'. La bande à Malkmus décidément à l’honneur à l’écoute de Oh Daddy et Summertime sur lesquelles le chant tortueux de Nathan Burgess trouve sa plus belle expression sous l’effet de jeux de guitare tantôt libérés et virevoltants, tantôt mélancoliques. Cette voix n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de Ben Kweller, ce fidèle lieutenant d’Adam Green qui, à force de vouloir garder une certaine éthique musicale, n’est jamais parvenu à obtenir la reconnaissance que ses talents de compositeurs auraient dû lui offrir. L’émotion sait également pointer le bout de son nez comme sur Mount Barker, petit hymne à la Neil Young sur fond de road-movie nous rappelant que seul l’amour peut nous briser le cœur. Et lorsqu’il s’agit d’enfoncer le clou, c’est Daniel Johnston qui est salué au travers de Nervous, qui sonne comme un vibrant hommage au père fondateur de toute cette génération de doux-rêveurs.

À l’instar de leurs compatriotes de Dick Diver, Full Ugly joue donc tout au long de ce très réussi Spent The Afternoon la carte de la beauté sans artifice, celle des matins ensoleillés où l’envie de revêtir un T-shirt portant l’inscription « Hi, how are you? He never meant no one harm! Please let him stay! » relève plus de l’intime conviction que de la figure de style. Album d’une rare sincérité fondé sur des textes caustiques et des mélodies fines souvent d’inspiration sixties, cet essai n’est d'ailleurs pas sans rappeler les plus belles heures de Candle Records, mythique label de Melbourne. Voici des Australiens qui redonnent avec éclat ses lettres de noblesse à un genre musical qui en avait véritablement bien besoin. That’s all anti-folk!

Audio

Tracklist

Full Ugly - Spent The Afternoon (Fire Records, 2014)

1. Drove Down
2. Hanging Around
3. No Plans
4. Mount Barker
5. Smug S.
6. Oh Daddy
7. Summertime
8. Nervous
9. Hilly Street
10. Spent The Afternoon


Guided By Voices - Cool Planet

Guided By Voices - Cool PlanetSeulement quinze jours après la parution du très dense Motivational Jumpsuit, les reformés - depuis seulement deux piges pour quatre disques - Guided By Voices annoncent déjà la couleur avec un futur LP à paraître le 19 mai prochain, dénommé Cool Planet, toujours sur Fire Records. Du grand n'importe quoi pour certains, du génie brut de décoffrage pour d'autres, Robert Pollard et ses ouailles presqu'au grand complet - le batteur Kevin Fennell ayant été viré pour avoir essayé de vendre en ligne une batterie du groupe à 55 000 dol - n'ont jamais réellement fait dans la demi-mesure. La voix toujours sur la corde raide, les guitares toujours aussi saillantes et les mélodies toujours aussi précipitamment esquissées, Guided By Voices fait du Guided By Voices et c'est c'est pour cette raison qu'on les écoute - et certainement pas pour leur look de papis débonnaires. Parmi les dix-huit morceaux que compte Cool Planet, la balade power-pop Bad Love Is Easy to Do est en écoute ci-après. À peine le temps de dire amen.

Audio

Tracklisting

Guided By Voices - Cool Planet (Fire Records, 19 mai 2014)

01. Authoritarian Zoo
02. Fast Crawl
03. Psychotic Crush
04. Costume Makes the Man
05. Hat of Flames
06. These Dooms
07. Table at Fool's Tooth
08. All American Boy
09. You Get Every Game
10. Pan Swimmer
11. The Bone Church
12. Bad Love is Easy to Do
13. The No Doubters
14. Narrated by Paul
15. Cream of Lung
16. Males of Wormwood Mars
17. Ticket to Hide
18. Cool Planet