On y était - 35èmes Rencontres Trans Musicales de Rennes

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35èmes Rencontres Trans Musicales de Rennes, du 4 au 8 décembre 2013

Certes, on est loin d'être les premiers sur le coup. Plutôt les derniers. Alors que presque tous les scribouillards de notre espèce y sont allés de leur bilan de ces 35èmes Trans Musicales depuis un paquet de jours déjà, il nous aura fallu pour notre part un peu plus de temps que prévu pour se décoincer la plume. La faute, sans doute, à un corps pouvant de moins en moins supporter soixante-douze heures d'excès non-stop. Et aussi à ce maudit vendeur de chich taouk dont on préfère ignorer la provenance des ingrédients. Bref, il fallait digérer tout ça. Quoi qu'il en soit, on aura finalement survécu une nouvelle fois à ce dangereux festival, qui pour sa part affiche cette année encore une insolente santé : plus de 60 000 spectateurs, dont 30 000 entrées payantes, record une nouvelle fois battu et budget à l'équilibre. Une exception dans le paysage décimé des festivals de musiques actuelles, d'autant plus lorsqu'on a pris le parti de parier pour l'essentiel de sa programmation sur d'illustres inconnus du grand public. Preuve que pour survivre, on peut aussi compter sur la curiosité des gens plutôt que leurs supposés gouts de chiottes... Même si cette prise de risques passe forcément par son lot de déceptions, dont on va essayer de ne pas trop parler ici, histoire de rester constructifs et ne pas se faire une fois encore passer pour des aigris. Et même si nos Trans, il faut bien l'avouer, ont commencé cette année dans une certaine médiocrité. Sans doute le lot habituel du premier jour, toujours un peu tronqué. Entre l'arrivée dans cette bonne vieille ville de Rennes, le règlement des petites formalités en tous genres, et la crainte d'y aller trop fort dès le départ alors qu'il faudra tenir trois nuits, on se porte désormais facilement vers une certaine prudence à l'entame du match.

Passage du côté du Liberté oblige en ce premier après-midi ensoleillé, c'est Fat Supper qui ouvrira le bal pour nos esgourdes encore vierges de tout excès sonore. Grand mal nous en prendra : visiblement décidé à prouver au public sa virilité galopante, le groupe s'amusera beaucoup en enrobant ses chansons faiblardes de riffs de guitare aussi lourdauds que malvenus. Un coup pour rien, donc, mais tout n'était pas perdu : le Parc Expo, avec MoodoidLuck Jenner et les - inexplicablement - attendus London Grammar devait nous donner un peu plus de grain à moudre.

Et comme prévu, défiant le théorème des Trans consistant en un invariable échec de toute tentative de planning, nous fûmes bien au rendez-vous, avec même assez d'avance pour assister à la prestation des Canadiennes Chic Gamine. Présentées comme une sorte d'hybridation entre Feist et Arcade Fire, on restera totalement hermétiques aux minauderies somme toute très classiques de cette joyeuse bande dont l'accent ne suffira pas à déclencher en nous un geyser de sympathie. En tous les cas, on changera rapidement de hall pour l'entrée en scène de Moodoid. Et on a bien fait, tant ce concert commença sur de bons rails, le groupe déroulant tranquillement une pop légèrement psychédélique, ronde et voluptueuse, qui rappellera parfois avec bonheur les travaux de notre bien aimé Jef Barbara. Malheureusement, Moodoid s'enlisera par la suite dans des digressions world et incantatoires totalement hors propos, qui gâcheront au final une pourtant prometteuse entame. Et on ne reviendra pas sur les propos de l’intéressé concernant le Stade Rennais, c'était suffisamment gênant sur le moment. On suivra tout de même de près le bonhomme à l'avenir, qui semble assez cinglé pour faire de bonnes choses. Ce qui n'est pas le cas du groupe qu'on verra ensuite. Certains diront qu'il est facile et vain de se démarquer en tirant à vue sur un groupe que tout le monde a aimé. Mais franchement, London Grammar reste pour nous une énigme. On doutait que le groupe puisse se révéler sur scène encore plus ennuyeux que sur disque, mais ces Anglais ont décidément des ressources insoupçonnées : c'est plat, linéaire, faussement cool, bref, chiant au possible, la faiblesse des compositions le disputant à l'absence totale d'enthousiasme sur scène, sans doute une histoire d'attitude, tu vois. Il était alors temps de continuer notre odyssée musicale auprès de l'ex-Rapture Luke Jenner. On était en effet plutôt curieux de voir de quoi ce garçon était capable en solo. Et on sera agréablement surpris. Ou plutôt soulagés. Car il était quand même à craindre que cette embardée solitaire ne soit pour Jenner l'occasion de rééditer seul les dernier méfaits de son ex-groupe, l'émulation collective en moins et les boursouflures égotistes en plus. Mais non, avec une humilité bienvenue, Luke Jenner enchainera des chansons plutôt intimistes mais groovy, planté, sourire aux lèvres, derrière son piano. Rafraîchissant, voire enthousiasmant. Et comme il était important de clôturer cette première soirée sur une bonne note, il convenait de s'arrêter là en ce qui concerne le Parc Expo.

La seconde soirée, elle, sera marquée pour la plupart des festivaliers par la venue ultra attendue de Stromae. Pour notre part, nous n'aurons même pas tenté la moindre approche d'un Hall 9 gavé comme une oie à l'approche de Noël. Et si ce succès reste là aussi pour nous un phénomène irrationnel, on est bien obligé de constater que ce type déplace les foules partout où il passe. Tant mieux pour les finances des Trans Musicales. Et de toutes façons, nos attentes étaient placées en un autre groupe qui les comblera sans mal : le trio américain Jacuzzi Boys aura en effet, comme prévu, tout emporté sur son passage. Et pas seulement à coup de riffs de guitare saturée et d'éructations punkisantes. Car le groupe fait bien plus que du garage survitaminé : il écrit réellement des chansons. Avec une structure. Et ça, ça fait toute la différence avec la concurrence. Un concert urgent, braillard, dansant, mais aussi, sous un certain angle, assez raffiné. Auteurs en octobre dernier d'un troisième album excellent, les Californiens confirment qu'ils s'inscrivent bien depuis leurs débuts sur une trajectoire qui pourrait vite les mettre en orbite. Parmi les - rares - grands gagnants de cette seconde soirée, il conviendra aussi de citer les Londoniens de Public Service Broadcasting. Pourtant, déclencher l'enthousiasme à plus de 4h du matin dans un festival n'est pas donné à tout le monde. Mais cette sorte de post-rock bardé de messages publicitaires antiques et autres slogans propagandistes piqués à la BBC marche bel et bien. Un crossover entre organique et électronique parfaitement maîtrisé, et magnifié par un show visuel réussi. La bonne surprise du petit matin.

S'il faut enfin aborder la dernière soirée de cette édition des Trans, il ne sera pas compliqué d'en désigner les héros. Conformément aux attentes, on pourrait bien sûr citer les jobards de Rhume et leur hip-hop riche en blagounettes, mais auxquelles on rit jaune. Un duo bien plus corrosif que festif, dont on ne sait si l'avenir sera à l'explosion ou l'implosion. On peut aussi bien sûr féliciter une nouvelle fois Acid Arab dont la prestation fut une réussite tant leur house orientale aura fait transpirer les corps. Mais non, nos vrais coco-jolis du soir resteront définitivement les DOIST!, dont l'EBM décomplexée, d'une profondeur organique étonnante, nous aura séchés sur place. Programmé dans une Green Room finalement trop petite pour lui, le duo aura méchamment fait danser un public aux anges, aussi réjoui qu'étonné d'être tombé, sans doute un peu par hasard, sur un tel phénomène. Intrigués, nous déciderons d'ailleurs de rencontrer le groupe un peu plus tard dans la nuit, histoire de lui poser quelques questions. Et on ne manquera donc pas, avec notre célérité désormais légendaire, de vous en faire part bientôt. On vous fera par contre grâce de nos ultérieures divagations avinées qui auront clôturé ce festival, dont on attend invariablement la prochaine édition avec une certaine impatience.

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On y était - Festival BBMIX 2013

Festival BBmix, Le Carré Bellefeuille, Boulogne-Billancourt, du 21 au 24 novembre 2013

photos©Emeline Ancel-Pirouelle

Exercice pas évident en soi au demeurant, le BBMIX est un festival à la programmation ambitieuse. Proposant de naviguer à travers différents styles allant de la pop la plus accessible aux artistes expérimentaux nettement plus exigeants, le BBMIX est d’autant plus un pari risqué qu’il porte sa programmation à Boulogne-Billancourt, au Carré Bellefeuille, une salle de concert/spectacle avec des fauteuils rouges confortables, une scène large et un son globalement propre mais qui voit passer, entre autres choses, les BB Brunes ou Michel Fugain.

Les soirées étaient concoctées de manière cohérente, avec dans un premier temps une soirée plutôt dédiée au rock made in France, la seconde plutôt expérimentale/électronique, la troisième pop/DIY et enfin pour terminer une soirée plutôt psyché/drone. On va entrer dans le vif du sujet en commençant par ce qui fâche : l’inertie générée par cette salle envahie du pourpre des fauteuils sagement alignés, contaminant les spectateurs en première phase d’hibernation à s’y asseoir sans n’en plus bouger (et vaguement daigner applaudir d’une claque molle entre les morceaux)...

Certes, à quelques exceptions près, où le public a vainement exprimé sa joie d’être présent en se mettant debout dans les allées et devant. Notamment lors des deux concerts estampillés Born Bad avec la reformation trente ans plus tard des joyeux punks dilettantes Les Olivensteins (prônant allègrement la fainéantise dans plusieurs textes) et le duo garage rock bien huilé de Magnetix. Chacun dans leur genre, ils ont amené rockers d’époque et jeunes convertis à se dandiner, danser et sauter dans cette salle aux allures « école des fans » dixit le chanteur des Olivensteins, qui n’ont pas forcément l’habitude de jouer dans ces conditions, on veut bien les croire. Quelle frustration également de voir le set de Felix Kubin, bien confortablement assis dans nos fauteuils (je me rends compte de l’absurdité de se plaindre du confort...) n’osant pas en sortir (je pense qu’on est plusieurs à avoir eu l’envie de s’approcher de la scène comme la veille happés par les élucubrations gesticulatoires du musicien allemand).

Quoi qu’il en soit de belles choses ont pu laisser leur empreinte dans les esprits, comme les machines enchantées de Pierre Bastien, artisan expérimental avec ses objets mécaniques générant sons, boucles, rythmiques, mélangés à un système de loops vidéo basés sur des images d’archives (enregistrements de terrains, blues rural, rythmes africains, chœurs d’hommes...). Son approche artisanale de la construction sonore apporta un réel intérêt à son concert. Univers poétique similaire prolongé chez Ela Orleans qui de son côté, injecta des réminiscences 60's (pop d’antan, yéyé...) au sein de son set électronique accompagnant son chant élégant et inspiré. Petit clin d’œil à la situation improbable de la salle avec un sample déclarant « On this music you should dance », devant un parterre d’hibernants plus ou moins expressifs bien qu’à l’évidence réceptifs à sa musique.

Puisqu’on parle de danse, Felix Kubin a assuré le show en déhanchements derrière ses deux synthés, lançant des rythmiques, jouant les mélodies et faisant des footings le long de la scène, tout cela en se grimant de sourires complices et amusés, ajoutant un genre d’humour à froid à son univers électro-kraut ludique et jubilatoire. Notons également la présence de ces musiciens néo-zélandais assez décalés que sont Orchestra of Spheres, mêlant instruments traditionnels trafiqués, sonorités distordues, rythmiques directes et déguisements assez improbables, avec un héritage sous acide de Sun Ra. On retiendra surtout le morceau où les deux filles du groupe se lancèrent dans un chant et une rythmique complémentaire réalisée de leurs voix entremêlées et leurs mains synchrones, un ping-pong sophistiqué à la fois amusant et entraînant.

Deux autres groupes étaient également à remarquer, notamment Magik Markers avec leur rock assez classe et entraînant et un noise psyché nous préparant à la transe du lendemain. La soirée du dimanche fut sans doute celle qui attira le plus de monde avec en clôture de festival le groupe psychédélique Föllakzoid, influencé à l’évidence par la musique répétitive (faisant tourner des rythmiques jusqu’à nous faire perdre nos repères), suivi du trio doom/stoner OM, qui a délivré un set classique mais avec de réels passages métaphysiques lorgnant vers l’extase, grâce aux basses lourdes de Cisneros qui auraient pu être encore plus fortes pour une immersion absolue, mais peut-être cela aurait été trop fort pour l’ingénieur du son qui nous mit à la fin un bon vieux reggae sans faire la moindre sommation juste à la fin du concert (comme pour signaler : « Cassez-vous »). Ainsi, les membres du trio avec les rythmiques alambiquées d’Emil Amos et la présence extatique et devenue indispensable de Lichens à la guitare, tambourin et synthés ont fait vibrer le Carré Bellefeuille comme il ne doit pas en avoir souvent l’occasion. Transe, ou extase ? Telle était également la question posée, plus tôt cette même après-midi, lors de la conférence sur le drone par Catherine Guesde, rappelant quelques bases et souvenirs aux nombreux connaisseurs de drone et doom présents dans la petite salle secondaire, où d’autres propositions eurent lieu, comme l’orchestre d’ordinateurs à la démarche électro-acoustique Synorsk ou le groupe Fiasco  (pas de jeux de mot s’il vous plaît).

Quatre jours bien remplis - vous aurez remarqué que je ne suis pas revenu sur tout, n’ayant pas pu arriver à temps pour voir Tazief, n’ayant pas pu apprécier les mondes de Michel Cloup Duo (n’ayant pas été très « attentif » à ses textes en français, malgré des arrangements intéressants...) et encore moins n’ayant pu supporter la partie de Lee Ranaldo et son supergroupe avec des chansons pas spécialement à la hauteur du personnage à mon goût (ce qui me donna une bonne excuse pour m’éclipser et boire un coup). Quoi qu’il en soit, il y en eut pour tout le monde, et soulignons tout de même le prix : pour des soirées de 3 concerts en moyenne à 10€, on est quand même à des kilomètres de ce que pratique le Pitchfork Festival, pour ne pas le citer. Donc BBMIX, merci beaucoup pour la belle musique dans les oreilles et la prochaine fois, pensez aux gens qui aiment les concerts debout !

Photos

Michel Cloup Duo

The Olivensteins

Magnetix

Tazief

Ela Orleans

Magic Markers

Lee Ronaldo

Föllakzoid

OM


On y était - Heart of Glass, Heart of Gold

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Sept heures de voiture sur une autoroute du soleil qui n'aura jamais aussi bien porté son nom et on arrive sur le site idyllique du festival Heart of Glass, Heart of Gold près de Ruoms en Ardèche. On prend nos quartiers dans un bungalow tout confort avec vue dégagée sur la vallée et après la bière de rigueur au bord de la piscine, on déambule pour se familiariser avec ce qui va être notre terrain de jeu pour les deux prochains jours.

Les festivaliers sont toujours en train d'arriver lorsque les premiers groupes commencent à jouer sur la grande scène extérieure, et la première chose que l'on remarque c'est la qualité du son. On n'est pas chez les ploucs ici et la sono est à la hauteur des conditions d'accueil grand luxe. On finit par se poser pour apprécier le set très classe d'Au Revoir Simone. Les trois belles distillent leur dream pop voluptueuse entre nonchalance et retenue et tout semble facile, ça commence bien. Gramme prend le relais et on change d'univers. L'équipe de darons balance son néo-disco survitaminé à la gueule du public et force est de constater que ce dernier est conquis. Ça danse, ça crie, mode fête définitivement activé. C'est d'ailleurs l'autre truc que l'on remarque : ici pas d'attitudes blasées, les gens sont venus pour faire la fête. Devant les groupes, pendant les DJ-sets, ça respire la joie de vivre sans temps morts, fait suffisamment rare pour être souligné.

Zombie Zombie attaque son set et prouve une nouvelle fois qu'il s'agit probablement du groupe français le plus intéressant du moment. C'est en formation à trois (Mister Jaumet aux machines, claviers, sax et deux batteurs) qu'ils vont gifler l'auditoire. Certains regretteront la présence de ce deuxième batteur car Cosmic Neman semble en faire un peu moins derrière les fûts mais si l'aspect spectacle est modifié, je retiendrai pour ma part la scénographie qui claque et la synchro impressionnante de cette section rythmique inédite. Retour au bar pour se remettre de nos émotions et profiter du kara-okay piloté de main de maître par Retard, véritable communion alcoolisée entre artistes et festivaliers, à l'image du Purple Rain de Connan Mockasin (voir la vidéo).

Ensuite, c'est l'heure des choix : Cold Pumas sur la petite scène extérieure ou Fairmont dans le club ? Désolé les p'tits chats mais je file vers notre Canadien préféré car j'ai beau le voir régulièrement, je ne me lasse jamais de son électro raffinée et intense. Ce qui est intéressant, surtout au vu de l'interprétation de ses derniers titres, c'est l'impression de voir muter un artiste purement électro en quelque chose de plus pop avec l'utilisation qu'il fait des claviers et de la voix. Tout ça pour dire que je retournerai encore le voir. Seul petit bémol, la qualité de la sono du club laisse à désirer. Mais ce léger couac sera corrigé dès le lendemain avec l'arrivée d'un nouveau système son. En plus d'être adorable, elle est pro cette équipe du HoG HoG. La fête se poursuit jusqu'au petit matin. Fade out.Il fait toujours aussi beau et on part se soigner la gueule de bois du côté de la piscine. Trempette, toboggan, toboggan, trempette, transat, bronzette. On est bien. Un petit tour au village histoire de déguster des produits du terroir (Ardèche, gros) et retour sur la petite scène pour Sean Nicholas Savage. On a le droit à la formation à cinq et les gars forment un mélange de looks improbable (mention spéciale au clavier et à son bel ensemble slip/chaussettes). Il est 18h mais la bouteille de tequila a déjà bien tourné sur scène et c'est un Sean bien éméché qui envoie ses compositions swing nostalgiques avec l'attitude théâtrale d'un Morrissey maigrichon qui s'est niqué les dents en BMX. Mais au-delà d'avoir un vrai talent de stand-up, le mec chante surtout très bien et le groupe assure sans oublier de finir consciencieusement la bonne copine mexicaine. Loose and tight, ils m'ont collé le sourire.

Place à Motorama sur la grande scène. Malgré un problème technique avec une pédale du guitariste, la sensation twee pop du moment répond présent et délivre un super set énergique et sincère, une vraie petite machine à tubes. Et puis c'est bien la première fois que je trouve l'anglais avec l'accent russe mignon. La Russie m'a toujours fait flipper.

La belle musique en costard d'Efterklang et l'intimisme psyché au parfum de Syd Barrett de Connan Mockasin poursuivent une soirée qui avait déjà très bien commencé. Et puis le ton monte avec Fuck Buttons. Avec le dispositif vidéo et les nappes progressives soniques qui les caractérisent, le public est plongé entre transe et hébétement. Au-delà de l'électro et au-delà du rock, ce qui divise fédère. Agressive mais belle, frénétique et contemplative à la fois, l'expérience en galvanise certains et en pétrifie d'autres, c'est parfait.

C'est au tour d'I.R.O.K. Ce groupe n'a jamais réussi à me convaincre sur disque mais le fils du punk et de la noise que je suis se devait de vérifier l'affaire sur scène. Gros son, rythmique afro-punk de feu, mais je ne suis pas dedans. Peut-être parce que l'on voit exactement où tu veux en venir avec tes gesticulations, Mickey. Le contrôle de la scène et du public façon gourou, c'est cool, mais même tes "Sit down! Sit the fuck down!" de petit dictateur n'en feront rien, toi et ta vilaine peau ne pouvez vous permettre ce genre de facéties sans que ça fasse plouf, c' est pas du David Yow. Le frontman de The Jeus Lizard a 50 piges mais c'est la catégorie de troll au-dessus. Finalement c'est les derniers relents de Rage Against The Machine qui auront raison de moi, direction le club.

La dernière fois que j'ai vu un DJ-set d'Étienne Jaumet à Paris, c'était pas terrible, mais là le mec enchaîne une playlist pointue et les interventions micro dont il nous gratifie depuis sa cabine sont en parfaite adéquation avec l'ambiance camping. Pendant ce temps-là, les machines analogiques s'entassent sur la scène et Arnaud Rebotini prend place au milieu de sa tour de contrôle. chemise ouverte, chaîne en or qui brille - c'est pas pour autant que le gars danse le mia. Deux heures durant il va masser la foule de fêtards avec force. Le bouc est rasé mais ça pèse toujours aussi lourd, performance taille patron, comme toujours, bonne nuit.

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SEAN NICHOLAS SAVAGE

SUMMER CAMP

GRAMME

ACTION BEAT

CONNAN MOCKASIN


On y était - Baleapop Festival #4

baleapop festivalL'objectif d'hartzine s'est promené au Baleapop Festival pour sa quatrième édition. Le résultat en images.


On y était - La Route du Rock 2013

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Je me souviens de ma première participation au festival malouin en 2001 - c'était, je crois, ma première expérience d'immersion complète dans trois jours riches de concerts, de rencontres et d'émotions fortes... J'avais eu la chance d'y être invité par Ladytron, un des groupes programmés, et je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, je voulais juste revoir la belle Mira... Je ne connaissais pas tous les groupes présents à l'affiche et ce fût un vrai baptême du feu... Découvrir Mogwaï sur scène, déflagrations de guitares assourdissantes dans un orage de lumières blanches stroboscopiques, un concert qui me laissa KO debout... Je me souviens aussi d'un Jarvis Cocker plus cabotin que jamais, débarquant sur scène, feignant d'être fatigué avant d'entamer, avec Pulp, un Common People retentissant comme un hymne dans tout le fort Saint-Père... Quelle fierté d'avoir pu voir sur scène The Avalanches qui, avec leur unique album Since I left You, ont marqué l'histoire de l'électro à base de samples telle celle de DJ Shadow... Quel étrange souvenir que celui d'avoir sympathisé avec Josh T. Pearson, alors leader des Lift to Experience, avec qui je me suis saoulé à la vodka, alors qu'il ne boit plus une goutte d'alcool aujourd'hui... J'étais donc trop saoul et j'ai fait fuir Mira, mais je la remercie pour m'avoir fait découvrir ce fabuleux festival.

Chaque année, c'est un plaisir de retourner sur les terres bretonnes pour l'accueil chaleureux et l'esprit positif qui y règnent. L'ambiance festive entre les bénévoles fait plaisir à voir et, bien sûr, la programmation reflète le bon goût et l'indépendance de la Route du Rock.

Je ressens l'excitation d'un gosse à l'approche de Noël chaque week-end du 15 août, et cette édition elle aussi restera gravée dans ma mémoire... Je n'attendais rien de Nick Cave et de ses Bad Seeds cette année, je les avais même boudés lors du Primavera Sound à Barcelone en mai, préférant m'éclater devant Dan Deacon et les Liars... Pourtant, Push the Sky Away, leur dernier album sorti en février, vient nous rappeler que l'animal reste inapprivoisable. Un disque de blues sombre co-écrit avec Warren Ellis, un des Bad Seeds et membre des Dirty Three. Si je n'avais plus écouté Nick Cave depuis des années, je me souviens parfaitement de son interprétation dans les Ailes du Désir de Wim Wenders et du morceau From Here to Eternity... C'est sur le sol breton que j'ai pu voir de près et pour la première fois ce monstre scénique qui s'impose comme le patron des frontmen tant sa prestation le propulse simplement dans une dimension qu'aucun autre chanteur partageant l'affiche ne peut imaginer atteindre, une sorte de nirvana du concert dû à sa présence magnétique mais aussi au charisme impeccable des Bad Seeds. Ce ne sont pas les personnes qui ont eu la chance de lui tenir la main pendant le concert qui me contrediront... Nick Cave est dans une forme extraordinaire, en tournée depuis six mois et jusqu'en novembre, il semble drogué par la scène... Il suffit d'aller faire un tour sur YouTube pour se rendre compte de l'ampleur de l'énergie que Nick Cave déploie pour chaque concert cette année. On peut y voir des séquences d'anthologie sur ce tumblr, notamment le concert qu'il a donné à Glastonbury et cette petite rousse sortie de nulle part qui va le défier du regard devant 50 000 témoins pendant un refrain de Stagger Lee. Nick Cave passe la quasi-totalité du concert en équilibre sur la crash barrière, saisissant les mains tendues d'une foule ensorcelée, essuyant parfois ses semelles sur une marée humaine à qui il crache ses textes. Stagger Lee est un des morceaux qui fonctionne le mieux en live, comme le montre cette vidéo où Nick Cave hurle sur son public - je vous laisse imaginer les frissons...

Incontestable tête d'affiche du festival et meilleur concert de l'année - le public de la Route du Rock ne s'y est pas trompé et avait fait le déplacement en masse pour l'applaudir. Je n'avais pas le souvenir d'avoir vu le Fort Saint-Père aussi plein une première journée de festival...

Pour se désenvoûter progressivement, les programmateurs ont tout misé sur le groove disco des !!! emmenés par Nic Offer, un Michel Gondry sous ecstasy qui a peiné pour imposer son caleçon à motifs, mais une fois la machine à danser lancée, l'ombre de Nick Cave qui planait sur le fort s'est envolée pour laisser place à la fièvre du samedi soir. Cette première journée pouvait alors se terminer en apothéose avec Fuck Buttons - les Anglais, face à face, un écran géant disposé derrière eux projetant leurs ombres chinoises sur des images psychédéliques, nous ayant invité à une transe apocalyptique à l'image de leur album Slow Focus. Les nappes épaisses de leurs synthétiseurs et les rythmes lents et puissants repoussent la limite entre électro et noise sans négliger les mélodies qui se fracassent dans notre crâne... Une première soirée parfaite qui m'a complètement plongé dans l'ambiance du festival.

Après une nuit au camping, la deuxième journée allait être ponctuée par un des rares concerts de la formation canadienne Godspeed You! Black Emperor et ses longues plages sonores étirées... Les voir à Saint-Malo fait sens, on reconnaît bien la prise de risque dont sont capables les programmateurs. S'ils attirent un public averti, ils laisseront sur le carreau la plupart de ceux qui ne les connaissaient pas... Pour les avoir vus au Cirque Royal de Bruxelles pour la tournée de leur album Allelujah! Don't Bend ! Ascend ! l'année dernière, je n'ai pas réussi à être transporté par ce concert - il manquait le confort d'un bon siège, tout comme la densité de cette musique qui s'exprime mieux dans un endroit couvert que debout en plein air. J'ai vu le public quitter la fosse à la moitié du concert et imaginé les critiques que j'allais entendre à la fin - alors Godspeed You! Black et Decker n'ont pas brillé ce soir-là - mais ce n'était pas la peine d'attendre ensuite un rappel...

La dernière journée proposait un plateau plus orienté électro avec Hot Chip et Disclosure, qui ne m'intéressaient guère plus que les hippies de Tame Impala et leur son beaucoup trop lisse... En revanche les Américains de Parquet Courts sont pour moi LA révélation du festival. Programmés pour leur deuxième concert en France sur la petite scène baptisée Scène des remparts, le punk rock qui coule dans leurs veines a réussi à faire monter le sang à la tête d'un public compact lancé dans un magnifique pogo que j'ai filmé un peu à l'écart... Petit bémol pour cette scène qui se situait  à l'entrée du site le long des remparts et qui permettait d'assurer les transitions lors des changements de plateau de la Scène du fort. En effet, les programmateurs n'avaient pas anticipé le flot des festivaliers qui s'y agglutinerait pour tenter d'assister en vain parfois aux concerts, comme celui des Suuns, habitués du festival, pourtant programmés sur la grande scène en 2011...

Alors que le mastodonte Rock en Seine a reçu quelques 118 000 personnes, on préfèrera se réjouir pour la Mecque des festivals rock qui, après quelques difficultés l'année dernière, a redressé la barre en passant de 13 000 à  26 000 festivaliers. En élargissant son public avec des groupes comme TNGHT ou Disclosure, qui transformèrent la scène en énorme club, les programmateurs ont réussi leur pari d'attirer les plus jeunes tout en continuant à satisfaire l'exigence des habitués avec la présence de Godspeed You! et de Nick Cave, dont le concert continue encore de me hanter...


Festival Mo'Fo - Anika

Le Festival Mo'Fo 2013 a une nouvelle fois poussé ses limites un peu loin sans que pour autant Mains d'Œuvres ne soit invivable. Et si cette année il fut mal aisé pour nous d'assurer une présence en continu lors de ces trois jours bien remplis - ayant vu défiler, entre autres, le névrosé Reverend Beat-Man, le méticuleux Howe Gelb, les furieux Datsuns, les référencés Camera ou encore les synthétiques Trvst en remplacement des Germains de Stereo Total, malades - il apparaissait presque inconcevable de ne pas retranscrire par l'image le concert d'Anika. Nos valeureux duettistes de Kagda, bravant l'obscurité de la salle, s'y risquèrent en prémice à la sortie en avril prochain d'un remarquable EP sur Stones Throw.

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On y était - Guess Who? Festival

Crédit Photo : Juri Hiensch

Guess Who? Festival, Utrecht, du 29 novembre au 2 décembre 2012

À l'heure où beaucoup décidaient de soigner leur éducation française du côté de la foire aux bestiaux rennaise, subjugués sans doute par la radicalité artistique de la demi-sœur de Charlotte Gainsbourg, on optait, une semaine plus tôt, pour Le Guess Who? Festival à Utrecht. S'il est inutile de ressortir la boîte à gifles concernant la grand-messe bretonne, le parallèle s'avère payant dans l'appréciation des programmations respectives : à trop vouloir tirer sur la corde "repérage du prochain prix vert Fnac", l'essentiel passe à la trappe, à savoir la mise en relief d'une vitalité hors du commun des circuits indépendants. Bien que les deux festivals ne jouent pas dans les mêmes catégories, on aime penser que Le Guess Who? Festival est ce qu'ont été les Trans jusqu'à pas si longtemps de ça, échafaudant une programmation internationale, éclectique et exigeante pour un public essentiellement local. Sept salles différentes, quadrillant le centre-ville d'Utrecht, accueillaient plus d'une centaine de groupes du jeudi 29 novembre au dimanche 2 décembre. Toujours à la recherche d'un précieux don d'ubiquité en pareille situation, il fallu faire des choix. Compte-rendu dans le désordre.

Le DIY à la hollandaise, c'est avant tout l'organisation rodée, le covoiturage, le recyclage, mais aussi - et surtout - le couchsurfing. Avec Flo, on déboule donc, après sept heures de trajet depuis Paris bien accompagnés, chez Henk, véritable institution locale. Polyglotte et affable, le quadragénaire nous installe dans une maison mitoyenne à la sienne, où un sacré foutoir côtoie les bureaux de son entreprise de réparation de vélos. Car si Henk est polyglotte et affable, il parle avant tout de vélo. Hippie devenu père de famille, il ne se fera pas prier pour nous accompagner le samedi soir, se transformant dès une heure du mat' à l'ACU en barman. Cette lancinante impression d'avoir un train de retard ne fera que s'accentuer au fur et à mesure du week-end : le dimanche soir, nous étions perdus en plein cœur de la ville.

Inutile de rapiécer de méandreux souvenirs selon le fil d’Ariane, les bonnes claques restent bien imprimées sur la joue tandis que les daubes éclaboussent de leur indigence et filent la courante. Rayon balai à chiotte, le prix d'interprétation foireuse est décerné sans conteste à DIIV, quatuor de petites frappes incapables de reproduire sur la scène de l'ACU ne serait-ce qu'une once de mélodie d'Oshin, leur pourtant bon LP paru cette année sur Captured Tracks. En même temps, on avait déjà vu ce que donnait Beach Fossils et Smith Westerns sur scène. Pas loin suit le maniérisme échevelé de Matthew Dear. L'image est bonne, trop bonne pour ne pas faire rire, mais ce type se met dans la peau de Ricky Martin à l'heure d'interpréter live son décevant album Beams : sa mèche vole, ses bras se balancent, ses mains tournoient en l'air, il réajuste sa veste, réajuste sa mèche, réajuste sa veste... sa mèche, sa veste. Et je ne parle de la gestuelle associée à son art de la maracas. Putain de sketch. Mais deux morceaux, pas trois. Car en plus c'est redondant.

De consternant, rien d'autre à déplorer si ce n'est peut-être l'extrême fadeur d'un dimanche rythmé à coup de guitares fuzz au sein d'un Tivoli OudeGracht où les groupes s’enchaînent sur deux scènes, une principale et une latérale. Festival dans le festival, le Fuzzbox Festival avait sur le papier plus que fière allure. Sur scène, trop de garage tuant le garage, difficile de dire qui surclasse qui dans cet enchevêtrement de voix nasillardes et de guitares mal accordées. Les White Fence de Tim Presley - par ailleurs pierre angulaire des Strange Boys et Darker My Love - chatouillent du bout des cordes l'attention, sans pour autant la capter réellement, tandis que les prouesses de Fidlar et Night Beats ne sont bonnes qu'à faire violemment pogoter un public venu en masse... pour pogoter. Ty Segall, remis de la mort récente de son père, n'était pas aussi explosif qu'au BBmix - faut quand même le faire pour embraser quoi que ce soit à Boulogne -, mais fit cependant honneur à sa place de choix dans cette brochette quelque peu monocorde.

Sorti du frigidaire à point nommé, Clinic égraine le temps d'un concert son savoir faire post-punk, sans pour autant que l'on distingue de différences entre les morceaux. Mais là on était prévenu : c'est pareil sur disque et efficace sur scène, les rythmiques mastiquent les guibolles. Pour Deerhoof aussi on savait peu ou prou à quoi s'attendre, le groupe sortant le même disque et donnant le même concert depuis de longues années. Pour un peu, en représailles, on sèche Chris Cohen. Autres concerts marquants, le Krautrock survitaminé et pompé des Berlinois de Camera, les formes invertébrées de Grouper, le défouloir breakbeat orchestré par Travis Stewart de Machinedrum, la techno brute de décoffrage d'Objekt, ainsi que la witch haus cadencée de Salem. Ah... de Dracula Lewis,au temps pour moi. Loin de s'ennuyer, on navigue entre les salles, le houblon et les opiacés, dans une ambiance plus que bon enfant.

Assourdissant mais euphorisant, Fuck Buttons déflore son nouvel album avec une justesse déconcertante. La première gifle était la bonne, arnaché que l'on est resté aux chrysalides répétitives et roboratives du duo, nous entraînant, malgré le peu de réactivité d'un public cueilli à froid, dans une transe bruitiste quasi extatique. Loin de se réinventer, le groupe se perpétue, ce qui est déjà plus qu'admirable. Autres sommets incontestables de cette première nuit au firmament, The Soft Moon trousse un set de cinquante minutes sans une seule interruption et une seule faute de goût. La queue d'une heure dans le froid, incompréhensible, devient le cadet de nos soucis tant la bande de Luis Vasquez - par ailleurs présent avec les Lumerians - avoine sans coups férir. Le son est mat, clair et précis, à quelques répétitions prêt. Beak>, autre fleuron de la cuvée BBmix de cette année, reproduit en beaucoup plus intense la prestation boulonnaise : Geoff Barrow s'amuse à claquer plus que de coutume sa caisse claire, entraînant le trio dans un tumulte saisissant, dépassant les cadres d'une kosmiche plus que digérée. Enfin, la révélation d'un week-end bien chargé tenait en deux mots et un collectif londonien proche de Burial : Old Apparatus, auteur d'une prolixe discographie en 2012 avec pas moins de quatre EP. Bien aidé par la fantastique logistique du festival, le trio baigne le public dans un marécage onirique, tissé de beats et d'images, proprement hallucinatoire. À moins que ce ne soit la cuisine locale.

Sont passés dans les mailles du filet de nos chaotiques pérégrinations - putain de ville circulaire scindée de multiples canaux - Prince Rama, Suuns, Mac DeMarco, Débruits, Mono, Dirty Three, Why?, The Luyas, Dignan Porch... Ou comment énoncer la richesse d'un festival que l'on se plaît à aimer pour sa diversité et son honnêteté. Entre autres.

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Teaser Villette Sonique 2012

La nouvelle édition du Festival Villette Sonique dévoile encore un peu plus sa programmation à travers un teaser qui met l'eau à la bouche ! On vous en reparle très bientôt...

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On y sera : Top of the Folk #5, du 26 au 28 mai à Rennes

l1Le printemps à peine sonné et déjà les premiers communiqués de presse nous parviennent en pagaille, engorgeant ainsi nos boîtes mails de termes faussement accrocheurs cherchant à nous vanter les mérites de tel ou tel festival. Aussi, de ce bouchon informationnel en forme de copier/coller, il faut savoir distinguer le bon du mauvais afin de vous rendre plus lisible l'intérêt et la cartographie des évènements auxquels Hartzine souhaite s'associer. Il nous paraît donc important, dans ce contexte fortement concurrentiel, de ne pas se laisser aller à la publication fourre-tout ou à l'amoncèlement de dates dans un agenda de bas de page, mais de s'attarder plus longuement  sur les festivals qui nous paraissent exemplaires de par l'intransigeance de leur programmation et leur engagement. Après la Villette Sonique et Filmer la Musique, c'est loin de l'agitation parisienne de cette fin de mois de mai que nous avons décidé de nous arrêter. A Rennes, plus précisément, où, du 26 au 28 mai prochain, sera organisée la cinquième édition du festival Top of the Folk , lequel, comme l'explique avec enthousiasme son programmateur Guilhem Cassagnes, aura l'ambition de  nous dresser un panorama aussi complet qu'exigeant de ce qu'on l'on peut associer au terme folk en faisant ainsi converger au sein de la capitale bretonne les meilleurs représentants du genre et ses  jeunes pousses les plus prometteuses. Explications...

Rennes semble une ville idéale pour organiser ce type d'évènement. Pourquoi avoir choisi la cité bretonne après avoir débuté l'aventure à Paris ?

C.L.E.A.R est une asso parisienne fondée par Nicolas, qui a réalisé la première édition du festival dans la capitale. Sa soeur Camille était étudiante à Rennes. Elle avait envie de créer un évènement sur place. C'est là que je l'ai rencontrée car elle cherchait des artistes locaux. A ce moment-là, je suivais une petite scène folk bretonne grâce à mon asso (Fulguro Prod) et une émission radio sur Radio Campus Rennes. Une scène qui s'est bien affirmée depuis (Mein Sohn William, The Last Morning Soundtrack, I Come from Pop, Missing Season, JF Buy, Bumble Bees, etc.)

Cette année le festival se déroulera en mai et non en mars. Pourquoi avoir choisi de déplacer votre festival plus tard dans la saison ?

Pour deux raisons. L'une est tout simplement pratique. Nous travaillons désormais avec deux salles, l'Aire Libre et l'Antipode, et ce n'est pas toujours facile de caler des dates communes. L'autre est plus fun. Passer fin mai nous fait rentrer dans le cadre des festivals estivaux. Qui sait, si tout fonctionne... Bientôt un Top of the Folk en plein air !

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On sent que le festival prend chaque année un peu plus d'ampleur. Qu'espérez-vous de plus cette année que ne vous a apporté l'édition précédente ?

C'est vrai que le festival devient de plus en plus riche, avec de plus en plus de groupes, de jours de concerts, des artistes un peu plus reconnus... Cette année, nous aimerions consolider notre partenariat avec l'Antipode. On propose une soirée très variée,un peu plus rock, avec quatre groupes qui ont une grande énergie. Le but est de montrer que l'on peut aussi s'amuser dans une soirée folk et sortir des clichés ! (Et je compte sur NLF3, I Come from Pop,  Kurt Vile, et Rrose Tacet).

L'autre projet est de développer notre partenariat avec le Tambour. Confirmer l'essai de l'année dernière avec des lives gratuits dans des espaces intimistes qui sont si précieux pour notre genre musical.

En quatre éditions, quel est votre meilleur et... pire souvenir ?

Beaucoup de bons souvenirs... Les performances de François Virot ou Mein Sohn William, le récital de Ane Brun, la folie des Bumble Bees, la joie des Tricot Machine... Je mettrais quand même en avant le concert incroyable de Frida Hyvonen, qui a scotché tout le monde à l'Aire Libre en 2009.

Peu de mauvais souvenirs au contraire. La plupart des artistes que nous avons reçus ont été d'une gentillesse incroyable. Peut être une anecdote rigolote, au sujet de Frida Hyvonen toujours, qui ne voulait pas monter sur scène sans son costume, tout droit tiré de Ziggy Stardust. Les costumes étaient restés bloqués à l'aéroport d'Orly, et un taxi est venu nous livrer juste avant le concert.

evening-hymnsPouvez-vous nous présenter en quelques mots la programmation de cette année ?

Le premier soir (jeudi 26 mai) sera aussi rock que folk, avec une ouverture pop ( I Come from Pop ), des excès post-rock ( Rrose Tacet), et un génie aux accents de David Bowie (Kurt Vile). Je compte sur les NLF3, très bons sur scène, pour nous assurer une bonne fin de soirée.

Pour le deuxième soir à l'Aire Libre, on commencera avec la voix fantastique de l'écossaise Siobhan Wilson. Puis une création acoustique de Montgomery. Et une légende pour finir la soirée, Troy Von Balthazar, le leader de Chokebore, qui nous présentera ses morceaux bricolés en live.

Pour finir, nous avons le plaisir d'accueillir Jay-Jay Johanson, qui ne se produira que pour deux dates en France. On s'attend à un très grand moment. La soirée commencera avec un concert des très bon Rennais de Last Morning Soundtrack. Et un coup de coeur, les Canadiens d'Evening Hymns et leur folk pastorale.

Cette dernière semble beaucoup plus éclectique.  Quel est selon vous le point commun entre tous les artistes qui viendront à Rennes cette année ?

C'est sûr que la soirée du jeudi 26 à l'Antipode sera plus rock que les soirées des 27 et 28 mai à l'Aire Libre. Mais tous les groupes qui viendront à Rennes cette année ont une approche particulière des instruments acoustiques. Même Jay-Jay, qui a abandonné ses synthés ! ou NLF3, qui se situe entre le jazz et le post-rock.

Est-ce que cela veut dire que la scène folk n'est plus aussi identifiable ?

S'il est difficile d'identifier la notion de "folk", la scène folk reste assez identifiable. Au final, la plupart des artistes avec lesquels nous travaillons se connaissent ou partagent le même intérêt pour la découverte musicale. C'est sûr que l'on a tendance à stigmatiser une scène qui joue du ukulele et fait des ballades un peu faciles.

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Quelle est d'ailleurs votre définition du terme folk ?

C'est un terme complexe qui a évolué dans le temps. On est passé du folklore à la protest song engagée. Aujourd'hui, on assiste à une nouvelle vague américaine, qu'il est très difficile de décrypter. La folk ne s'arrête pas au banjo ou à la chemise à carreaux. C'est surtout une façon de faire de la musique, brute et sincère, et portée sur une instrumentation acoustique, avec un son très chaud. Je reviendrai un peu sur l'évolution de cette scène lors d'une conférence au Tambour (Rennes 2) le 27 mai après-midi.

Un disque de folk à mettre entre toutes les mains ?

Un classique , After the Cold Rush de Neil Young.

Pouvez-vous nous parler du concert original que nous prépare Montgomery ? Quelle sera la teneur de cette création originale ?

Ça fait un moment que je suis en contact avec le groupe pour un concert au Top of the Folk. Les Montgomery sont des génies fous, et il faut des challenges pour les motiver. Ces dernières années, ils sont passés d'une pop très spectorienne à de l'électro pop, puis à une dernière tournée très rock. Je leur ai proposé de monter un concert acoustique, pour revenir à quelque chose de plus bricolé. Le show sera accompagné de projections vidéos.

Vidéo

Programmation

JEUDI 26 MAI - L'ANTIPODE

- I Come from Pop (Brest / autoproduit)
- Rrose Tacet (Paris / Bizarre K7)
- Kurt Vile & the Violators (USA / Matador)
- NLF3 (Paris / Prohibited Record )

VENDREDI 27 MAI - BIBLIOTHÈQUE DE MUSICOLOGIE / RENNES II

- Eilinora & the Daffodils

VENDREDI 27 MAI - L'AIRE LIBRE

- Siobhan Wilson (Ecosse / My Major Company)
- Montgomery (Rennes / Phantomatik - Naïve)
- Troy Von Balthazar (Hawaï / Third Side Records)

SAMEDI 28 MAI - L'AIRE LIBRE

- The Last Morning Soundtrack (Rennes / autoproduit)
- Evening Hymns (Canada / Kutu Folk)
- Jay Jay Johanson (Suède / Universal Music)


On y sera : Filmer la musique #5 (interviews & présentation)

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Qui d'autre que les programmateurs d'un festival est le mieux placé pour vous donner l'envie irrépressible de sortir de chez vous ?

Pour la cinquième année consécutive, et ce du 31 mai au au 5 juin, la joyeuse équipe de Filmer la Musique est prête à nous remplir les yeux et les oreilles de films brûlants et de concerts qui vont nous rincer jusqu'à l'os. Hartzine s'est entretenu avec Eric et Olivier, ces deux noctambules parisiens que vous avez sûrement déjà croisés. Pris en plein rush dans les préparatifs de cette édition qui déménage dans un nouveau lieu, une Gaîté Lyrique fraîchement ouverte et sans doute moins bucolique que le point Ephémère et son quai... Mais faisons leur confiance, car peu importe où ils vont, la fête reste leur credo.

A la Gaîté, nous évoquerons la programmation musicale dans un certain brouhaha... Et puis, c'est chez MU, le collectif qui produit le festival, qu'Olivier nous parlera de la programmation des films.

Interviews

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Rendez-vous, Festival Elektricity : Interview

elektricity8Cette année, Elektricity en est à sa huitième édition ; en parler, c'est un peu prendre le wagon en route. Rapidement catalogué festival électro en raison de sa proximité avec la « Reims Academy », Elektricity n'en reste pas moins un moment de découverte et d'ouverture comme peut en témoigner l'onglet historique du site internet de l'évènement. Guilhem, programmateur du festival, nous parle de cette entreprise à vocation épicurienne.

Si en guise de présentation d'Elektricity, je cite ces trois mots : Reims, Yuksek, festival électro ; le compte est bon ?

Oui, en effet, le festival se déroule bien à Reims et il a été créé par Yuksek en 2003. Quant au vocable "festival électro", c'est dans les clous, mais il n'y a pas vraiment de cahier des charges à ce niveau-là. Plutôt qu'un festival électro, je préfère la notion de festival aventureux, du temps présent, un festival qui serait un instantané des musiques audacieuses à un instant T.

32586_10150208795095468_372254720467_12936950_2061219_nRetrouvez Tristesse Contemporaine  le samedi 2 octobre (Photo © E.A.P.)

J'ai l'impression que cette huitième édition d'Elektricity ne déroge pas à la règle : une programmation composée de grands noms de l'électronique et en parallèle certaines prises de risques assumées (part belle aux créations, mise en avant de newcomers comme Tristesse Contemporaine). C'est important pour Elektricity de jouer la continuité en termes de projet artistique ?

Oui, c'est important. C'est même la raison d'être de ce festival. Yuksek, puis Cyril Jollard, ont tracé une ligne dans le sable qui est très claire. Et le public "rémois" s'y retrouve. Elektricity est censé apporter les sensations que ce public attend… Le live d'Etienne de Crécy avec son cube au pied de la Cathédrale de Reims, c'est une vraie belle image. Les gens s'en souviendront longtemps. D'un autre côté, les créations sont nécessaires. On aime cette idée d'apporter une contribution indispensable à la réalisation de certains projets. Pentile & The Noise Consort par exemple, c'est un projet qui était dans les tiroirs depuis longtemps. Mon ami Cyril l'a mis en route avec une résidence au Lieu Unique l'hiver dernier et moi je le reprends maintenant pour le faire aboutir sur un nouveau concert et peut-être un enregistrement. C'est gratifiant. Quant à Tristesse Contemporaine… je crois qu'on a été nombreux à flasher sur ce tube. Il y avait comme une évidence avec ce groupe. Il me les fallait, tout de suite. Pas dans six mois.

En tant que programmateur-coordinateur, sur quelles ressources t'appuies-tu pour tenir cette double exigence (exigence / prise de risques) ? J'ai cru comprendre que le tissu local rémois (la Cartonnerie et le Centre de Création Césaré) travaillait également dans ce sens là...

Cette double exigence s'impose à nous naturellement. D'une part parce que le festival se déroule dans différents lieux de la ville. On adapte la programmation à ces endroits en choisissant de donner une certaine couleur aux soirées. D'autre part, parce qu'Elektricity est produit par une SMAC comme la Cartonnerie et par un Centre National de Création musicale comme Césaré. Cette co-production très atypique (musiques actuelles d'un côté et musiques savantes de l'autre) génère cette ambivalence. Ces structures ne se retrouvent presque jamais sur un même projet. Elektricity a provoqué cette rencontre, un mariage un peu contre nature qui donne des résultats étonnants et qui a fait ses preuves.
Enfin, il y a les hommes… On peut parler du montage institutionnel ou des moyens mis à disposition pour un tel projet, mais ce sont les hommes qui le portent qui font son originalité. Pierre (Yuksek), Cyril Jollard, Christian Sebille (le DA de Césaré), Gérald Chabaud (directeur de la Cartonnerie) et moi, chacun a contribué à faire de ce festival ce qu'il est aujourd'hui.

l_7d638384a5fbb53c90958a8570619325Retrouvez Zombie Zombie  le jeudi 7 octobre

Sept soirées composent cette huitième édition du festival, cela doit être difficile pour toi d'en sortir une du lot... A défaut, est-ce que tu pourrais nous ressortir une attente particulière par soirée ?

La première soirée sur le parvis de la Cathédrale a quelque chose de pharaonique. Elle est très imposante, c'est un peu notre vitrine… Il y a une énorme scène en plein air et on espère accueillir 3000 personnes pour le live d'Etienne de Crécy et un set d'Erol Alkan.
Le lendemain c'est chez Césaré et c'est nettement plus confidentiel, on attend 150 personnes pour Tristesse Contemporaine, le fameux projet Pentile et des DJ comme Luz, les gens de Vice et un trio de sélecteurs composé de programmateurs de l'ouest de la France. Cette soirée est très importante aussi. Elle rassemble les différentes sensibilités d'Elektricity et elle se fait avec des amis… Elle a une saveur très particulière.
Ensuite, on organise deux journées pour les enfants dans un centre culturel. Ça aussi, c'est un aspect important du projet.
Après quoi on accueille le nouveau projet de Zombie Zombie dans un tout petit bar. Là il fera très chaud. Je suis très heureux de recevoir Etienne et Neman. Ils sont vraiment géniaux et ils font partie de ces artistes auxquels nous sommes attachés depuis longtemps. Leur présence sur Elektricity est évidente.
Et puis c'est déjà le bouquet final avec la release des Shoes et la clôture avec Chloé, Ivan Smagghe, Bot'Ox et surtout l'enfant terrible de Reims : Brodinski. On compte sur lui pour mettre le feu au Cirque de Reims. Il jouera en tout dernier et normalement, il mettra à genoux tous les clubbers rémois.

Après Yuksek et Brodinski lors des éditions précédentes, cette huitième édition consacre à sa manière The Shoes via la release party de l'album. J'imagine que c'est une satisfaction pour l'équipe d'Elektricity ? Dans le même ordre d'idées, as-tu déjà des certitudes concernant le futur de cette fameuse scène rémoise ?

Le festival s'est développé en même temps que ces artistes. Leur nom n'a pas cessé de monter d'une ou deux lignes chaque année dans l'affiche. On se fait un devoir de les accompagner jusqu'au jour où ce sont eux qui se font un devoir d'être là pour le festival. Dans le cas de Yuksek et Brodinski, ils sont indispensables à Elektricity. Cette année Yuksek jouera avec son side-project Girlfriend (aux côtés de Clément de Alb) et Brodinski jouera le dernier soir pour la clôture. Quant aux Shoes, c'était évident. On devait faire quelque chose ensemble cette année. Leur album est vraiment classe.
Pour cette release party, on a imaginé un drôle de plateau, composé uniquement de formations rémoises, exception faite de Future Islands. Il y aura Arbogast (un projet aux machines très noise), The Wolf under the Moon (un des chanteurs des Bewitched Hands dans une formule solo… des chansons à la Ariel Pink), la reformation de Invvvaders (un duo rémois qui produit une musique très vulgaire… mais drôle à souhait). Enfin, il y aura une grosse surprise pour tous les bloggeurs. Ils auront la chance de voir un duo de DJ, méchamment sexy. Un truc inédit dont on reparlera !
Avec tous ces artistes, il y a une histoire d'amitié. Alors oui, c'est une satisfaction de pouvoir les programmer chez eux et proposer de belles soirées à un public qui commence à être fier de cette scène.
Quant à l'avenir de cette "Reims Academy", je ne suis pas inquiet. Les Bewitched Hands vont faire un joli carton avec leur album qui arrive aussi à la rentrée. Tous ces musiciens sont en constante ébullition. Je suis certain que de nouveaux projets vont encore émerger. Et il y a même une sorte de relève qui commence à pointer le bout de son nez, notamment du côté des DJ.

botoxRetrouvez Bot'Ox  le samedi 9 octobre

L'innovation de l'année semble être la création d'un pass valable pour l'ensemble des soirées payantes du festival (dans quatre lieux différents) ; tu peux nous en dire plus ?

Oui, c'est une des innovations de l'année. On voulait que le festival soit accessible à un coût abordable, voir modique. C'est chose faite. Pour 45€ on pourra assister aux quatre soirées payantes, dont celle sur le parvis de la Cathédrale et la clôture au Cirque. C'est très honnête comme tarif.
On a aussi bossé sur une application iPhone. Elle est téléchargeable gratuitement via l'Appstore. Ça aussi, c'est une vraie satisfaction.
Il y aura aussi un blog qui tournera la semaine du festival, avec de la vidéo et des interviews des artistes. C'est un jeune journaliste passionné d'électro qui a lancé ce projet. Ça s'appellera Elektricity Broadcast. A suivre.

Et le mot de la fin…

On est très fier de cette édition, que ce soit sur la proposition qu'on fait au public de Reims et sa région ou sur la programmation et la relation qu'on entretient avec les artistes. Ce cru 2010 reflète bien le projet, son essence. On touche du bois en espérant que le public sera au rendez-vous d'une part et qu'il en aura pour son argent d'autre part. Plus que tout, on souhaite provoquer de l'étonnement, créer de belles surprises, prendre le jeune auditeur pop moderne par la main et l'emmener ailleurs. C'est pour ça qu'on travaille toute l'année, pour créer des vrais moments de plaisir et d'abandon.

Programmation :
http://www.elektricityfestival.fr/prog/programme-complet

Billetterie en ligne :
http://www.elektricityfestival.fr/infos/tickets

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Villette Sonique : Arto Lindsay & Young Marble Giants + Concours

bandeauLe festival parisien musicalement le plus pointu fait son retour dans maintenant moins d'une dizaine de jours : La Villette Sonique ouvre ses portes du 31 mai au 6 juin 2010. A cette occasion, Hartzine s'associe à la Villette Sonique pour vous faire gagner deux places de l'une des nombreuses soirées placées sous le signe de l'excellence, réunissant le 1er juin à la Grande Halle, artiste en devenir, prédicateur expérimental et véritable légende post-punk.

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La soirée débutera avec l'ineffable Owen Pallett, dont le troisième album Heartland, "à la croisée de la pop symphonique et de la bande originale pour conte de fées, puise son inspiration autant des cantiques religieux de cathédrales que du lyrisme lo-fi extrait de l’imaginaire de son auteur" (Chronique). S'étant fait connaître sous le nom de Final Fantasy et ayant collaboré avec ses compatriotes d'Arcade Fire, le violoniste canadien s'est octroyé une réputation scénique des plus louables, déclinant, accompagné d'un guitariste-percussionniste et au milieu d'une forêt de pédales, une dentelle altière et précieuse de boucles et d'effets. De la haute voltige pop.

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Arto Lindsay nous invitera ensuite dans son univers à l'éclectisme si particulier. Chantre de la No Wave d'alors au sein de DNA, Arto Lindsay revisite désormais, entouré de son groupe, les berges d'un tropicalisme - psychédélisme instigué par Gilberto Gil et Caetano Veloso, mixant rock et musique traditionnelle brésilienne - qu'il conçoit tel un pont entre ses origines et sa ville de toujours, New-York. Ville dont il reste l'une des figures de proue de l'expérimentation la plus complexe et la plus syncrétique, inspirant et collaborant notamment avec le mouvement radical illbient, genre hybride de jazz, de hip-hop, de drum and bass et d'IDM (DJ Spooky, DJ Soul Slinger ou Sub Dub). En somme, une sommité méritant les égards d'une curiosité bien placée pour les néophytes et d'une passion satisfaite pour les convaincus de la première heure.

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Cette seconde affiche de l'édition 2010 de la Villette Sonique sera conclue par l'un des mythes les plus mystérieux des années charnières 1978-1984, années ayant vu éclore de son agitation post-punk, "soit entre la séparation des Sex Pistols et l'explosion de MTV", une foultitude de groupes défricheurs et fondateurs, tel Pil, Devo, Joy Division, Talking Heads, Wire, Gang of Four, ou Cabaret Voltaire, jetant les bases de ce qui nous préoccupe toujours aujourd'hui. Quatuor avant-gardiste gallois formé par Alison Statton, Peter Joyce, Philip et Stuart Moxham, les Young Marble Giants viendront faire revivre à nos oreilles leur immense et unique album Colossal Youth sorti sur Rough Trade, label collectiviste fondé par Geoff Travis et véritable plaque tournante indépendante de la création musicale anglaise d'alors. Chacun de leurs morceaux - aussi brefs que lumineux - résonne tel une ode assumée au dépouillement lo-fi et à un minimalisme érigé en véritable révolte à l'encontre de la fièvre névrotique punk. Développant un son aride, encensé plus tard tel un doux radicalisme, employant à la guitare pour ce faire la technique du muting (consistant à étouffer les vibrations des cordes en posant la main droite dessus), couplé à une basse au son rond et mélodique, "s'apparentant presque à du tricotage" selon les propres mots de Stuart, la musique des YMG tire avant tout son originalité du chant presque susurré d'Alison Statton au timbre si ordinaire mais pourtant terriblement séduisant. Adoubé par John Peel, célèbre animateur de la BBC Radio One et catalyseur de la scène musicale indépendante britannique, popularisant la si fameuse chanson Final Day du jeune combo, les YMG égrainaient selon Simon Reynolds une musique "pour introvertis, par des introvertis", Stuart Moxham déclarant à l'époque chercher "à obtenir un son semblable à celui d'une radio coincée entre deux stations, qu'on écouterait dans son lit, à quatre heures du matin, avec ses super sons d'ondes courtes et ces fragments venus d'autres fréquences". Dépassant les dissensions internes qui eurent raison du groupe après seulement deux ans d'existence, les YMG sont de retour et peut-être pas que pour une série de concerts événements. C'est en tout cas ce que nous révèle Stuart dans une interview retranscrite ci-dessous et qu'il a eu la gentillesse de nous accorder la semaine dernière.

Pour faire partie des deux gagnants de notre jeu-concours en partenariat avec la Villette Sonique, rien de très compliqué : il vous suffit de nous écrire avant le 30 mai à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou de remplir le formulaire ci-dessous. Les deux chanceux - écopant chacun d'une place - seront tirés au sort et prévenus le 31 mai par mail. Dans tous les cas, pour assister à cette soirée qui s'annonce inoubliable, vous pouvez d'ores et déjà réserver vos places ici.

[contact-form 5 "concours Villette"]

"La musique des Young Marble Giants consistait en un singulier mélange : riffs nasillards en trémolo façon Duane Eddy, guitare rythmique tranchante à la Steve Cooper, cadences hachées par la new-vave de Devo" Simon Reynolds - Rip it up and Start Again, éd. Allia, p. 275.

Stuart Moxham : l'interview

Le "doux radicalisme" des Young Marble Giants, entre dépouillement des arrangements et calme des compositions, était-il une réaction envers le punk et l'agitation qui s'en suivit ?

Oui, ainsi que la volonté de se fondre dans la force du minimalisme en soi. Nous devions aussi parvenir à nous faire remarquer dans une province lointaine, raillée, traditionnellement ignorée par le monde de la musique londonien ; nous devions créer quelque chose qui sortait de l’ordinaire.

Rétrospectivement, quel regard portez-vous sur le succès immuable, populaire et critique et de votre album Colossal Youth (Rough Trade, 1980) ?

Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes, et c’est extrêmement gratifiant de voir que cet album a connu une trajectoire quasi-verticale, sur le plan critique, du point de vue des ventes, comme source de chansons pour les bandes originales de nombreux films, et cetera (des titres secondaires de YMG apparaîtront dans la nouvelle série d’HBO « Bored To Death », par exemple). En gros, je peux vivre et mourir heureux parce que cette musique m’a permis d’accomplir en tant qu’artiste tout en m’assurant le statut d’immortel. Comme le dit la chanson, « Dreams can come true ».

Aviez-vous eu l'impression d'appartenir à la mouvance post-punk anglaise ? Quelle image en gardez-vous aujourd'hui ?

Je pense que oui. C’était une bonne chose, qui offrait aux gens la possibilité d’être vraiment expérimentaux. Je vous recommande la lecture de « Rip It Up And Start Again » (de Simon Reynolds), une excellente façon de se faire une idée de l’esprit de ce temps-là.

Vos projets respectifs (Weekend, The Gist...) ont-ils subi l'ombre de YMG ?

Jusqu’à présent, oui. Mais mon prochain album, “Personal Best”, sortira le 31 mai sur mon propre label (très post-punk) hABIT Records UK ; il s’agit d’un échantillon de mon œuvre après la dissolution d’YMG.

De quel groupe ou scène actuelle vous sentez-vous le plus proche ?

Je ne me suis jamais trouvé de points communs avec d’autres groupes.

Vous avez enregistré Colossal Youth en trois jours pour 1000 £. Le dénuement de vos arrangements et le minimalisme de vos compositions seraient-ils toujours les mêmes avec le développement actuel des technologies et des techniques d'enregistrement ?

Oui.

Vous sortez d'un silence de presque trente ans seulement interrompu par quelques concerts (entre 2006 et 2008) et une compilation (Salad Days, 2000). Quelles sont les motivations de votre actuel retour sur scène ? Votre futur proche est-il fait d'un prolongement discographique ?

La composition. Mais nous avons dévié vers le live, beaucoup plus facile. J’insiste toujours pour que le groupe se remette à composer, car je sais qu’il reste encore beaucoup de musique en nous.
Propos recueillis par Thibault. Merci à Stuart, Adrien & Hamza.

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YMG - Include Me Out

YMG - Collossal Youth

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LFSM #5 : Tender Forever + Duchess Says + Men

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Tender Forever, Duchess Says, Men, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, l'Alhambra, 02 avril 2010.

Je vais vous la faire courte, dézinguer ne faisant pas partie de mes activités favorites. On était quatre sur le pont pour le Festival Les Femmes s'en Mêlent. Lorsqu'il s'agit de tirer à la courte paille qui s'occupe de quoi, le plus souvent, ça sent le sapin pour moi. Aki et Virginie se partagent Jessie Evans, Lone Lady et Soap & Skin. Émeline chope John & Jehn. Pour ma pomme, la soirée de clôture : chouette, y'a les délurées de Chiks on Speed ! Euh... non annulée et remplacée par Duchess Says. Un brin condescendant, Aki me glisse texto : t'inquiète, à la Villette Sonique, j'avais bien kiffé leur mode karaté-noise-nawak... Autant le dire de suite, j'y allais un peu à reculons. Cause, conséquence : je suis dans l'incapacité de vous parler de Dance Yourself To Death, présenté sur le site dudit festival comme un groupe queer capable de faire danser jusqu'à ma grand-mère. Merde, j'aurais bien aimé voir ça. A l'écoute furtive de quelques morceaux, je doute sérieusement de ce ton péremptoire, pensant plus à un effet d'appel qu'à une sincérité sans faille des programmateurs. La guimauve c'est pas non plus de l'ecstasy en barre : en gros, raboulez-vous à 20h et pas 21h. L'exiguïté de l'accès à la salle explique sans doute cela (seul 20 m3 pour une buvette, un stand et des festivaliers en transit), celle-ci étant au contraire à la taille de l'événement : du monde, mais rien d'irrespirable. Je me pointe à 21h et très vite je m'immisce dans une foule largement drapée ce cette diversité genrée que reflète l'étendard gay. Quoi de plus revigorant à Paris, où les deux hémisphères de la fameuse nuit (hétéro & gay) co-existent sans jamais véritablement se mélanger.

Le temps de boire une bière chaude sans mousse, les meilleures quoi, que le concert de Tender Forever débute. Difficile d'être méchant avec Mélanie Valera, jeune frenchie exilée aux US. Sa frimousse mutine, sa gouaille survoltée et son humour rendent le personnage attendrissant. Mais, car il y a un gros MAIS, c'est exactement pour les mêmes raisons qu'il s'avère impossible d'entrer dans son univers musical, entre pop bigarrée et électro foutraque. Si sa voix reste scochante, de longs intermèdes, où Mélanie débite des "anecdotes sans queue ni tête" (dixit le site du festival), retire toute intensité à sa prestation quand une irrésistible volonté d'amuser la galerie met en pièce chaque moment tutoyant, du bout des lèvres, la virtuosité. Très vite, j'ai l'impression d'avoir à faire à un succédané de Yacht, que je ne porte pas franchement dans mon coeur, tant par cet écran occupant la moitié de la scène et partie prenante du show (où défilent entre autres des photos de Beyoncé) que par cette fatalité à programmer tout ou partie de sa musique. Doublant même sa voix, elle frise le playback tout en dansant comiquement, histoire de détourner l'attention de l'essentiel : l'abyssale pauvreté de ses compositions. C'est bien beau de faire joujou avec une batterie virtuelle (en mode Wii), passe encore une reprise de Justin Timberlake au ukulélé, mais rien, vraiment rien, n'est impérissable dans ce fatras de sons invertébrés. Dire que la demoiselle fait partie de l'écurie K records ne peut qu'aggraver mon inquiétude quant à la santé mentale de Calvin Jonhson. Bah oui, faut pas déconner.

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Clope, clope, je me dis que les choses sérieuses vont enfin commencer, la clôture d'un festival ne peut se passer des fastes d'inoubliables instants de grâce. A vrai dire, je me bidonne encore d'une telle naïveté... Chiks on Speed cancelled, place à Duchess Says. Ouch ! Le constat est ce qu'il est : je n'ai jamais assisté à un concert aussi minable. Pour résumer la supercherie en quelques palabres : un backing groupe guitare/clavier/batterie pas franchement dégueulasse, mais assurant sans originalité un rock crasse complètement étouffé par la personnalité d'Annie-Claude Deschênes. Sur-jouant son accent québécois (que du bonheur Aki !), l'ébouriffée chanteuse à la voix proprement insupportable, exhibe sa culotte rouge tout en braillant encore et encore, perçant les tympans de n'importe quel quidam pas complètement cuit. Réclamant avec une constance édifiante, et au grand dam de tous, que l'ingé son augmente le volume de son micro, Annie-Claude se démène histoire de prolonger l'illusion : elle saute dans le public, asperge d'Heineken le public, chante dans le public, fait boire de la vodka au public (si si, au goulot), fait sa gym dans le public, se promène dans un chariot poussé par le public... bref le public, le public... à croire que les membres de son groupe l'emmerdent profondément ! Vu la mine déconfite des trois pauvres mecs tentant de suivre les élucubrations de leur greluche de chanteuse, on comprend mieux le divorce : la supporter une heure relève d'une mission hautement impossible, alors au quotidien, bonjour l'angoisse. Dans ce gloubiboulga électro-rock, difficile de sauver un morceau d'un ensemble piteusement redondant... Karaté-noise-nawak disait Aki. Nawak surtout ! Reste qu'Annie-Claude Deschênes à une utilité inespérée : prévenir de la nocivité des substances illicites. A diffuser dans tous les collèges de France et de Navarre donc.

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La lumière peut-elle venir des New-Yorkais de Men ? La carte de visite de JD Samson le laisse en tout cas penser : échappée du trio électro-punk fondamental des années 90, Le Tigre, la riot grrrrl s'est depuis fait la main sur les platines, montant, avec Michael O'Neill et Ginger Brooks Takahashi, Men, groupe au style queer inimitable. Mes espoirs sont vite déçus tant la mise en scène délirante du groupe ne cache qu'imparfaitement l'absence de profondeur d'une musique oscillant mollement entre clubbing et électro-pop acidulée. Le groupe a le mérite, au moins, de nous faire bien marrer... Une chanson sur une fourchette ? Qu'à cela ne tienne, JD Samson s'empare d'une gigantesque fourchette rouge qu'elle fait ondoyer dans le vide... Un morceau sur les "hommes qui font des bébés" ? D'immenses pancartes floquées d'un drôlatique slogan "fuck your friend" surgissent de derrière les fagots... J'avoue ne pas très bien comprendre pourquoi la frêle chanteuse s'administre un casque en forme de maison le temps d'une balade dance, mais l'hilarité reste la clé d'une prestation où seul Simultaneously et sa pop vaporeuse m'indiquent que j'assiste bien à un concert. MEN devait, selon le programme, "être prêt à nous faire transpirer de la tête, des pieds et tout ce qu'il y a entre les deux". Moi, Men m'a fait juste suer.

Conclusion : les femmes peuvent s'en mêler avec brio en se montrant tout aussi capables que les hommes pour escroquer un public venu pourtant en masse.

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LFSM #3 : Jesca Hoop + Trash Kit + John & Jehn

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Photos©Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Jesca Hoop + Trash Kit + John & Jehn, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, La Maroquinerie, 29 mars 2010

Pour cette septième soirée parisienne du festival Les Femmes S'en Mêlent, l'équipe féminine d'Hartzine au grand complet - qui se compte sur les doigts d'un manchot estropié - s'est retrouvée à la Maroquinerie pour le concert très attendu de John & Jehn. Pendant que Vv trépignait d'impatience en se posant mille questions auxquelles vous trouverez les réponses un peu plus bas, Emeline s'est penchée sur la mise en bouche.

Jesca Hoop + Trash Kit

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Habitant à l'autre bout du monde - Boulogne-Beach, enfin Boulogne-Bitch, en l'occurrence -, j'arrive en retard et en sueur à la Maroquinerie. C'est qu'il y en a, des côtes, dans le coin. Pas le temps de me rafraîchir le gosier, je fonce dans la salle. Premier constat : le lieu est occupé à 87,34% par des photographes (si, si, j'ai compté) dont environ 3,8% semblent de très mauvaise humeur ; pour l'ambiance, on repassera. Intriguée par les mélodies sucrées qui viennent de la scène, je me fais tant bien que mal une place sur le côté, face à deux choristes mi-nerd, mi-midinettes, comme en attestent leurs Ray-Ban oldschool et leurs tenues pailletées. A leur droite, un guitariste assis discrètement sur une chaise et à l'autre bout de la scène, un batteur également en retrait. L'attraction principale de cette première partie se trouve au centre - tiens, comme c'est étonnant - en la personne de Jesca Hoop, jeune auteur-compositrice californienne dont le deuxième album est sur le point de conquérir la France, et remplaçante au pied levé des Dag för Dag qui ont dû annuler leur tournée à la dernière minute. La première chose que je remarque, ce sont ses chaussures et sa chute de reins à faire pâlir d'envie... euh... moi, présentement. Pour ne rien gâcher, sa jupe taille haute galb... ah, on n'est pas dans un magazine féminin ici ? Bon, et la musique alors dans tout ça ? La jeune femme, dont le travail est soutenu par Tom Waits, délivre un folk simple mais subtilement mis en valeur sur scène par les deux choristes sus-citées dont les minauderies vocales donnent à l'ensemble une agréable sonorité sixties et acidulée. Quand ces dernières quittent la scène afin que Jesca profite seule de son final, ses morceaux perdent d'ailleurs un peu de leur charme. Jesca, oops.

Pendant que Vv se dévoue pour aller me chercher une bière - il faut bien que je me remette de toutes ces côtes et de la frustration de n'avoir pas pu me jeter sur Jesca pour lui arracher ses chaussures avec les dents -, j'essaye de conserver ma place au premier rang, mais la dispute qui éclate entre certains photographes me convainc de la céder. Je garde quand même un oeil sur eux au cas où une bagarre à coups d'objectifs à trois mille euros dans la face éclaterait - ça pourrait lancer ma carrière de journaliste sportive, qui sait. Malheureusement pour moi, le calme semble revenir. Une autre fois peut-être ?
Pendant que la colère grondait dans la fosse, les trois filles de Trash Kit ont mine de rien eu le temps de s'installer de l'autre côté. Je découvre leurs costumes avec amusement : Ros Murray, ex-bassiste d'Electrelane, a l'air d'avoir quinze ans dans son costume d'Halloween tandis que Rachel-la-guitariste traîne son short de catcheur et ses chaussettes sur le sol poussiéreux et que Rachel-la-batteuse semble avoir pioché n'importe quoi dans son dressing avant de partir pour Paris. Et leur musique s'avère aussi colorée que leur accoutrement : mélange primaire de punk et de power-pop puérile, leurs morceaux fracassants réjouissent l'assemblée en aussi peu de temps qu'il en faut pour l'écrire. C'est le cas de le dire : les chansons durent parfois à peine plus de trente secondes, mais elles sont si énergiques qu'il n'en faut pas plus pour retourner la salle. Ça danse à ma gauche, ça remue les cheveux à ma droite, et j'ai moi-même une irrépressible envie de sauter partout en hurlant. Mais ça, Rachel-la-guitariste ne manque pas de le faire. Rachel-la-batteuse, qui l'accompagne au chant, frappe tout ce qu'elle peut sur ses fûts, mais toujours avec dignité : pas de mimiques constipées indiquant que "oh là là, regardez comme c'est difficile, ce que je joue", mais au contraire un air amical qui lui donne d'ailleurs un curieux air d'Ellen Page, ce qui a le mérite de la rendre immédiatement sympathique à nos yeux. Le prototype de la copine un peu folle, quoi. Ros reste d'ailleurs très près d'elle pendant tout le set, comme si elle avait besoin d'un soutien bienveillant pour être rassurée. De la même façon, elle ne s'adresse jamais directement au public, mais transmet ses remarques à Rachel-la-guitariste afin que celle-ci les répète dans le micro : "Ce concert est dédié aux queers !" C'est qu'elles ont des balls, ces filles-là.

Photos

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John & Jehn

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Ah qu'il est difficile de faire le report, et donc la critique d'un groupe dont vous connaissez l'album de bout en bout pour l'avoir fait tourner sur votre platine ad nauseam ! Time Of The Devil, qui a contrario de ce qu'il proclame, m'a apporté lumière et énergie positive en cette fin d'hiver interminable, m'est apporté sur un plateau ce soir par ses deux instigateurs lovers. Je suis presque nerveuse. Comment vont-ils parvenir à jouer cet album qui hésite mille fois entre influences gainsbouriennes et eigthies flamboyantes ? Comment équilibrer les différents plans, la voix très présente, les claviers dominants ? Cette question, John & Jehn ont dû se la poser en long et en large avant l'un de leur premier live sur ce nouvel album. Et pour l'instant, si l'équilibre des forces n'est pas encore résolu, le duo semble parti pour s'envoler très haut.
Après deux premières parties dont Emeline n'a pas raté une goutte, abonnée aux premiers rangs des photographes, le duo sexy se mêle aux roadies pour installer le matos, nous laissant entrevoir une impatience dopée à l'adrénaline. Les fans de la première heure sont présents, hypnotisés par la présence magnétique de Jehn, le regard intense braqué sur la console. Cette fille-là n'a pas fini de nous en faire voir. Arrive une blondinette pailletée de la tête aux pieds que nombre d'entre nous reconnaissent : Maud-Elisa alias Le Prince Miiaou empoigne ce soir la guitare pour accompagner J & J, auxquels s'ajoute un batteur goguenard, remplaçant les boîtes à rythme que les Franco-Londoniens utilisaient à leurs débuts.

Shades et Vampire inaugurent le set. Pas mes préférées je dois dire. Le public qui (malheureusement pour lui) ne connaît pas ces nouveaux titres reste statique, les deux lovers pourtant bien décidés à nous faire vibrer. Avec une production aussi léchée sur l'album, il était évident que le son allait en prendre un coup. Et si J & J ont décidé d'un parti pris, c'est bien celui de sonner rock jusqu'à la distorsion. Ce choix prend tout son sens avec Ghost qui atteint enfin le public apathique par la puissante interprétation de Jehn et une énergie brute à donner la chair de poule. Bien différente de la version studio, et à bien des égards plus réussie. Le charme semble se prolonger, et je commence sérieusement à prendre mon pied, oubliant presque ma mission de la soirée pour me perdre un peu dans l'univers de B.O. du duo sexy... Suit le single Time For The Devil, comme l'annonce un John à la voix grave et profonde, finissant de connecter le groupe et la salle pour un moment électrique à souhait. Make Your Mum Be Proud, extrait de leur premier album, se termine avec une Jehn épique, lançant son "Proud !" à la foule emballée qui finira par le scander en cœur, comme le slogan d'une campagne largement plébiscitée. Ce que je trouve particulièrement intrigant et qui me tiendra en haleine comme bon nombre de fans ce soir, c'est cette alchimie discrète mais prégnante entre les deux (excellents) musiciens. Ils n'auront pas un geste évident l'un envers l'autre, mais les regards et la sourde tension entre eux alimentent l'énergie presque sexuelle de ce live. Et leurs "accompagnateurs" de ce soir se mêlent sans accroc à cette sauce bien dosée. Dommage que la balance leur ait joué des tours ce soir. Sur Oh My Love, la voix de Jehn reste à peine audible alors qu'elle devrait occuper tout le premier plan avec les claviers sixties, eux non plus pas assez poussés. Ces détails pourtant prégnants pour n'importe quelle prestation en live s'oublient presque face à l'évidence de leur talent. Après un rappel pour la forme, le groupe finira en beauté avec Shy, petite merveille eighties à mourir, qui réussira le miracle de faire remuer le public de la Maroque, conquis une nouvelle fois par les amants terribles de London Town.

Photos

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LFSM #2 : Soap & Skin

Soap & Skin, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, l'Alhambra le 24/03

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Je descends le canal Saint-Martin un peu lasse mais le cœur léger après la folle soirée de la veille à la Maroque (fantastique Jessie Evans !). Je sens que ce festival va laisser quelques traces indélébiles sur mon esprit en quête de nouveauté. Au programme ce soir : la très sombre Autrichienne Soap&Skin. Je frissonne à l'idée de me plonger dans l'univers gothico-dramatique de la très jeune Anja Plaschg. Mais la soirée commence par une agréable surprise. A l'Alhambra, nouvelle salle à quelques encablures de République, il y a des sièges ! J'ai l'impression que vous me trouvez futile là tout de suite. Bon, j'avoue qu'on ne fait pas le job le plus difficile de la terre, mais pouvoir se vautrer (avec dignité tout de même) dans des fauteuils pour assister à un concert qui a priori, mais c'est juste une spéculation bien sûr, ne va pas provoquer danse extatique et autres pogos, et bien c'est un luxe incomparable. Très bien, j'arrête là les considérations purement pratiques, mémé est contente, passons à la première partie.

Voila Jack November, frêle jeune fille allemande, qui, on va le découvrir très vite, partage bien plus que la "germanité" avec Soap&Skin. Maintenant, je vais vous demander un petit effort de mémoire. J'en suis certaine, vous avez regardé le Dracula de Coppola un nombre incalculable de fois dans votre période gothico-romantique (c'était avant le Emo), alors vous vous rappelez très bien la scène où Lucy (la copine rouquine a tendance chaudasse de Mina) se fait envoûter par Dracula devenu loup-garou, et finit sauvagement travaillée sur un banc de pierre dans le fond du jardin. Hein ? C'est de la musique que je parle, soyons un minimum précis voulez-vous ! Jack November de sa petite voix fragile réalise un set minimaliste avec orgue et sons synthétiques. C'est aérien, et dark à la fois, et je m'enfonce subrepticement dans mon fauteuil. Je résiste, me claque la cuisse, Vv ouvre les yeux !  Ah, c'est déjà fini. La jeune blondinette quitte la scène sans un mot. Les lumières se rallument, le public un peu déstabilisé se précipite sur le bar. Trop bien installée pour risquer la déconvenue d'un vol de place, je griffonne quelques notes et me perds dans la contemplation de mes concitoyens, un peu hagards il me semble, dans une configuration de salle à l'ancienne. Sur scène trône un rutilant piano à queue, un ordi portable posé sur le dessus. Soap&Skin joue ce soir accompagnée d'une formation à cordes. Ceci explique cela, j'imagine.

Et bien heureusement que nous étions assis. Si j'ai écouté Lovetune for Vacuum avec attention, prenant la mesure d'un talent presque indécent pour son jeune âge, je ne m'attendais pas à une performance d'une telle intensité. Les artistes revendiquent tous d'exprimer leurs émotions, leurs sentiments les plus profonds dans leur musique, et c'est parfois le cas. Mais Soap&Skin déballe tout, se met complétement à nue, exprime ce qu'il y a de plus sombre, violent et immoral en elle. On a qualifié sa musique de Dark Folk, pourquoi pas. C'est simple, la base de son travail est un piano/voix comme il en existe beaucoup. Tori Amos, Cat Power ou Emily Haines dans les plus récentes, se sont frottées à ce genre légèrement rébarbatif à mon goût. Anja, elle, ajoute une dimension organique à ce combo. Des sons de basses très puissants se déversent sur nous, accompagnés par le quintette (contrebasse, violoncelle, deux violons et une trompette). Sans parler de son incroyable voix à la douceur rauque et puissante, soutenue par un effet de réverbe permanent. Elle va passer tout le live derrière son piano, enchaînant les titres tous plus bouleversants les uns que les autres : tristes comptines avec Sleep et Spiracle, valses désespérées sur The Sun et Thanatos. Cette fille prend aux tripes avec cette rage contenue qui explose de temps à autre. Elle se lève brutalement de son piano, tangue sur ses frêles jambes, lâche un hurlement. Comme si ce concert remuait trop de choses en elle. La lumière vire soudain au rouge. Je vous parlais du Dracula de Coppola, nous sommes à la fin du film. Le soleil se couche, c'est la course-poursuite contre la mort. Soap&Skin exécute une danse macabre martelant son piano dans les graves pendant quelques minutes foudroyantes pour un morceau inconnu (peut-être DDMMYYYY retravaillé). Je ne sais pas quelle a été l'enfance de cette jeune femme mais à la lumière de cette rage inouïe, on ne peut qu'envisager le pire. Pour le dernier morceau, la bien nommée Marche Funèbre, elle se lèvera de son piano, et viendra nous affronter. Ce titre époustouflant sur l'album, prend toute sa mesure ce soir, porté par la prestance de cette chanteuse, dont la voix déraille parfois légèrement, ce qui m'émeut au plus haut point, je ne m'en cache pas. J'ai senti les larmes me monter aux yeux à plusieurs reprises durant ce concert. J'ai fini par en laisser couler quelques-unes lorsqu'à la fin, elle est revenue sur scène emmitouflée dans un grand sweat noir. Elle ne prononcera que d'inaudibles "Thank you" au public ovationnant son talent brut. Le regard perdu, comme si elle s'était trompée de pièce dans une immense maison de campagne.

Je suis repartie sonnée. Le canal a viré au noir huileux, tout comme mon esprit. Par endroit, quelques taches de lumière se sont collées sur ma rétine éblouie malgré toute la noirceur de cette personnalité hors norme qu'est Anja Plaschg. Un grand moment du festival.

credits photos : © Sarah - Le HibOO