Femminielli - O'Sodoma

Fait rare, assez inédit, voire quasi unique, c’est la deuxième fois que nous parlons du même disque (lire) dans nos colonnes. Mais l’occasion était trop belle. En attendant de vous confiez tout le bien que l'on pense de l’album de Femminielli Noir, chose que nous ferons très bientôt, revenons sur O’Sodoma, EP ô combien emblématique de Bernardino, repressé à raison à une poignée d’exemplaires. Cette sortie, toujours distribuée par la structure franco-nipponne Mind Records et supervisée par Abraham Toledano (qui nous livrera bientôt, autour d’une interview et d’une mixtape, les enjeux de son projet Moyo), offre un léger dépoussiérage à ce deux titres sur lequel figure l’inoubliable Fleur De Garçon, préfigurant déjà les sonorités qui allaient marquer le succès de l’indispensable Plaisirs Américains. Avec 99 exemplaires seulement, qui s’arrachent comme des petits pains à l’approche des fêtes, on ne saurait que trop vous conseiller de vous offrir ce petit plaisir et on prévient, Mère Noël a sorti le gode-ceinture !

Pour obtenir le précieux sésame c’est ici !

Audio

Tracklist

Femminielli - O'Sodoma, repress (Mind Records, 01 décembre 2016)

01. O'Sodoma
02. Fleur De Garçon


Femminielli - L'enfer et ses Fils (FULL STREAM)

En veux-tu, en voilà, inutile de le préciser, mais Bernardino Femminielli possède, en plus d'une créativité à tout crin, s'exprimant inlassablement, à son corps plus ou moins défendant, presque machinalement, une vertu qui, chez d'autres, concoure avec acuité aux ravages de la folie. Bernardino est multiple, omniscient, chevalier servant de l'ubiquité. Car Bernardino est plusieurs, dans sa tête, dans nos têtes. Tantôt une voix réconfortante, caressant dans le sens du poils de lubriques incartades sensorielles. Tantôt un râle désinhibant, réduisant en cendres rouges toute tentative confuse d'évasion. A la fois amical et perfide, l'homme que l'on interviewé il y a fort longtemps (lire), a cette terrible faculté de souffler le chaud et le froid, parfois d'un même mouvement, de nous faire danser dans les vents contraires, et ce, sans jamais se perdre dans de trop mûres contradictions. Ainsi, en prélude vicié d'un second LP, intitulé Plaisirs Américains et dont la sortie est annoncée pour le 15 avril prochain, le concupiscent Québecquois livre, toujours sur Mind records (lire), une très sombre cassette baptisée L'enfer et ses Fils. Prenant le contre-pied de ses intonations gainsbouriennes entrevues à l'occasion des singles Boy's Trottoir et Tatouage du successeur de l'inaugural Double Invitation - qui charriait lui du côté de Moroder (lire) - , Femminielli fait ici la synthèse de ses penchants les plus obscurs, glaviotant des structures synthétiques proches de celles instiguées avec Jesse Osborne-Lanthier au sein de Femminielli Noir (lire), d'une myriade éparse de textes, susurrés ou chantés, documentant les tréfonds chaotiques de la damnation. Un embrasement de ces turpitudes savamment imagée par l'artwork de la cassette, signé Thea Govorchin. Et plus il se dédouble, plus Femminielli nous dédouane de toute retenue.

Audio (FULL STREAM)

Tracklisting

Femminielli - L'enfer et ses Fils (MIND Records, Mars 2016)

A. side
B. side


TOP 10 SOTW

Best of 2014 by hzPlutôt que de creuser les fonds de cuve, et malgré quelques banderilles de fin de parcours, on a jeté sur le papier un top 10 des morceaux OTW parmi les cinquante-deux de l’année écoulée. Soit un regard oblique sur notre bilan 2014 (lire). Bonne écoute.

Audio

01. Helena Hauff – Shatter Cone (lire)

02. Saåad – New Helicon (lire)

03. Leave Things – Atonementb (lire)

04. Police Des Moeurs & Essaie Pas – Split 12″ (lire)

05. Lumerians – Hook For An Eye (lire)

06. Femminielli – O Sodoma (lire)

07. Aloa Input – Anysome RMX (lire)

08. Paulie Jan – Tesla EP (lire)

10. The Royal Family and the Poor – The Temple of the 13th Tribe (lire)


Femminielli - O Sodoma

Femminielli - O Sodoma 2Le crooner stakhanoviste à consonance transalpine, Bernardino Femminielli, ne s’embarrasse d’aucune gêne pour susurrer O Sodoma, hymne au batifolage ludico-érectile, divulgué il y a plus de deux ans mais paru pour la première fois en 7" le 13 octobre dernier via Mind Records - jeune structure instiguée par Abraham Toledano (lire) et ayant récemment éditée les maxis du duo Femminielli Noir (lire), d’Umberto, de Bataille Solaire, ainsi que la cassette de Jesse Osborne-Lanthier, Otherwise Insignificant Psyche Debris (lire). Assaisonnée de l'affriolante Fleur de Garçon, en écoute ci-après et dégageant de toutes ses stances une indéfectible odeur de stupre eighties, le 7" O Sodoma est à choper par - étant entendu qu'une nouvelle fois l'artwork en vaut le détour.

Audio

Tracklisting

Femminielli - O Sodoma 7" (, 13 octobre 2014)

1. O Sodoma
2. Fleur de Garçon


Who are you Night People Records?

Que ce soit les Peaking Lights (lire), Alex Zhang Hungtai de Dirty Beaches (lire), Ela Orleans (lire), Jennifer Baron de The Garment District (lire), ou William Cody Watson de feu Pink Priest (lire), nombreux sont ceux à participer à ce concert ininterrompu de louanges à l'adresse de Shawn Reed, instigateur et cheville ouvrière du label Night People - à l’œuvre depuis 2005 pour presque deux cents références - et moitié du duo Wet Hair qu'il forme avec Ryan Garbes depuis 2008. La liste est longue, donnant presque le tournis, de formations ayant eu le privilège de voir leurs compositions cornaquer esthétiquement par ce natif de l'Iowa, ancien étudiant des Beaux-Arts spécialisé dans l'estampe et la reprographie. Merchandise, Rene Hell, Uncanny Valley, Femminielli, Terror Bird, Blanche Blanche Blanche, Russian Tsarlag, Yves/Son/Ace, Blessure Grave, The Pheromoans, Dan Melchior, Naked On The Vague, German Army, Featureless Ghost, et plus récemment, Dylan Ettinger, Unhappybirthday ou Roladex... Si citer ceux-ci pêle-mêle exhaustivement ne rime à rien, sinon à niveler leur qualité et talent respectif par la juxtaposition nauséeuse, cela permet de saisir de quoi on parle à la lisière de ce qu'ils évoquent d’authentique : d'un engagement sans faille et permanent, à l'abri des circonvolutions cycliques et éphémères des modes, d'une éthique artistique ne brandissant pas le DIY autrement que comme un parti-pris et une nécessité, d'un modèle autonome et autogéré viable non sans effort économiquement, d'une volonté de révéler au plus grand nombre, sans pour autant se corrompre, des musiciens aussi barrés qu'inspirés, délayant à la marge leurs divagations psyché, kraut, post-punk, voir bruitistes et électroniques. Night People ratisse large, se jouant des étiquettes comme des nationalités - juxtaposant ainsi sur ses bandes magnétiques, patiemment dupliquées maison, expérimentations électro-noise chinoises avec Xiao Hong & Xiao Xiao Hong, garage punk US avec Lantern et pop synthétique dégénérée de Melbourne avec Fatti Frances - le tout selon une esthétique radicale et réfléchie, trouvant son inspiration dans la culture fanzine punk et érigeant chaque sortie - LP ou cassette - telle une œuvre d'art à part entière, accessible et diffusable. Surtout Shawn Reed se nourrit de son expérience de musicien crapahuteur - avalant les kilomètres en bagnole, dormant quelques heures par nuit l'arrache sur des matelas défoncés, le tout pour jouer devant un public clairsemé mais passionné aux quatre coins des États-Unis - pour conférer au label cette dose vitale d'humanité agissant tel un catalyseur d'émotion et de motivations : les rencontres, les échanges, les idées et les partages incessants se retrouvent tous, presque palpables, sans filtre, ronéotés sur les pochettes sérigraphiées de chaque sortie. Comment, à ce titre, ne pas mentionner le split Double Feature d'Ela Orleans et Dirty Beaches (lire) co-réalisé par La Station Radar (lire) et Night People ? Décidément, l'obstination à produire des disques n'est pas encore pour tout le monde au vingt-et-unième siècle qu'une question de blé - contrairement à ce que l'on aimerait nous faire croire (lire) - et peut encore s'affranchir de toutes autres considérations que celles amicales et artistiques. L'histoire que Shawn Reed a patiemment accepté de nous compter - la sienne - s'intime auréolée des oripeaux de l'exemple, par ailleurs agrémentée de la compilation Tape Gun, parue début 2014 et brassant deux années de nouvelles sorties, à télécharger et écouter ci-après, avec entre autres D. Vassalotti - échappé des excellents Merchandise - Idiot Glee ou Beat Detectives. Histoire d'enfoncer le clou, à défaut d'entamer notre intérêt, Shawn offre avec le morceau Endless Procession un long et sinueux extrait du prochain album à paraître cette année de Wet Hair, The Floating World.

Entretien avec Shawn Reed

by Dirty Beaches 2
Shawn, qui es-tu et quelles ont été tes premières expériences musicales ?
Shawn, who are you... and what were yours firsts musical experiences?

J’ai grandi à Muscatine, une petite ville industrielle au bord du Mississippi dans l’Iowa. Les racines de ma famille sont imprégnées par la culture rurale de cet État qui en est l'élément constitutif. Je me suis mis à la musique punk au collège en écoutant une émission de radio nocturne qui diffusait de la musique alternative. Au lycée, à la fin des années 90, j’ai commencé à jouer dans des groupes locaux. La vente par correspondance a joué un grand rôle dans ma quête de musique et de découvertes, c'était un lent processus, avant l'arrivée d'internet. En 99, je me suis retrouvé à l’école d’art de l’Université de Northern Iowa avec pour spécialités la gravure et l'estampe. Ce fut une période formatrice tant à l’école qu’en dehors : c'est à ce moment que j’ai rencontré des personnes clés qui m’ont aidé à consolider et façonner mon lien entre les musiques underground et l’art visuel. J'étais très proche de deux de mes professeurs d'estampes, Aaron Wilson et Tim Dooley. Ils m'ont imposé un haut niveau d'exigence s'agissant de mes productions en arts visuels et m’ont également fait découvrir des styles de musique plus arty en dehors des genres punk, hardcore et indie qui ont eu un grand impact sur mon approche tel John Cage, Can, Sun Ra, Throbbing Gristle ou Royal Trux.

Au même moment, avec tous les punks du campus, on a lancé un espace DIY dans un garage et on s'est mis à inviter des groupes en tournée pour venir jouer à Cedar Falls. Nos propres groupes ont ainsi commencé à partir en tournée et à sortir leurs propres disques. Créer un réseau au sein de la scène musicale DIY est ainsi devenu une partie de plus en plus importante de ma vie. J'ai découvert de nouveaux styles comme le free jazz, le psych-rock, le post-punk ou le krautrock tout en poussant mon art visuel dans des directions similaires, en allant aussi loin que je le pouvais en mêlant sérigraphies, textiles et sculptures. J'ai alors pris connaissance de la scène noise du début des années 2000, notamment Paper Rodeo de Providence, American Tapes du Michigan... J'ai contacté une galerie à New York qui travaillait avec de nombreux artistes que je trouvais intéressants. Malgré leur étonnement que je connaisse Little Cakes, les choses sont parties de là puisque j'ai exposé dans leurs galeries de New York et Tokyo avant qu'elles ne ferment. J'ai apprécié la plupart des personnes avec qui j'ai travaillé dans ce milieu mais globalement je ne m'y suis pas retrouvé. J'expose toujours mais pas avec cet engagement que j'ai pour la musique underground qui offre une autonomie et de réelles opportunités.

My name is Shawn Reed, I grew up in a small industrial Mississippi River town in Iowa called Muscatine. I grew up in the country and my family has deep roots in rural farming culture in Iowa which is the main historical back drop of the state and its economy. I got into punk music in middle school from listening to a late night radio station that played sub culture alternative music. In highschool in the late 90's I started playing in locals bands. Mail order became a big part of my experience trying to find music and check things out it was a slow pre internet process.  In 99 I ended up in Art school at the Univeristy of Northern Iowa for Printmaking. It was a formative time both in and out of school. I met some key people that would help solidify and shape my connection to underground music and visual art. I had two printmaking Professors I was very close to Aaron Wilson and Tim Dooley who set a high standard for what was expected from me concerning the visual art I was making and would go on to make. They also introduced me to some weirder and more arty music outside the punk/hardcore/indie context that had a big impact (John Cage, Can, Sun Ra, TG, Royal Trux etc).

At that same time a group of us local punks in college together at the time started a DIY space in a garage and began inviting bands on tour to come and play our small college town of Cedar Falls IA. It quickly led to our own bands starting to go on tours and to put out our own records and my formative years of networking in the DIY music scene became a bigger and bigger part of my life. I was finding out about more and music and got pretty heavily in to Free Jazz, Psych Rock, Post Punk, Krautrock etc. I was pushing my visual art in similar ways reaching out as far as I could doing instillation work that ranged from silkscreen to textiles and sculptures. Around that time I became aware of deep under ground art and music like the early 2000's Noise scene things like Paper Rodeo zine out of Providence RI, American Tapes out of Michigan etc. I had reached out to a gallery in NYC called Little Cakes since they worked with many artists I found interesting at the time. They in turn thought it was wild someone living in Cedar Falls Iowa knew about them and  things just went from there with me eventually getting invited into the Little Cakes family of artists. I ended up  showing at there their Gallery in NYC and Tokyo before the gallery eventual decided to close doors.  I had really enjoyed the main people I was working with in the gallery scene but overall I didn't relate to the context of it on a larger scale. I still show at galleries but haven't pursued it as much as I have working with underground music. I thought the music scene offered more organic and self directing opportunities and economy.

Night People Tapes

Peux-tu nous dire comment Night People a démarré et quelle était l’idée de départ ?
Tell us how did Night People started and what was the fundamental idea? 

Aux alentours de 2004, j'ai déménagé à Iowa City pour mes études et j'ai lancé Raccoo-oo-oon avec Daren Ho, un vieil ami rencontré dans les concerts à travers l'État. Mes anciens acolytes, Andy Spore et Ryan Garbes, se sont rapidement joints au groupe. On souhaitait jouer une musique libérée des carcans formels, entre écriture et improvisation, en utilisant tous instruments sur lesquels on mettait la main et avec Miles Davis, Can, Neu Suicide ou Sun City Girls comme principales influences. Après avoir fait tourner quelques démos, on a enquillé les dates tout en sortant divers CD-R et cassettes via WoodsistTime-LagRelease the Bats ou Not Not Fun. Jouer avec Raccoo-oo-oon a renforcé nos liens avec la contre-culture de l'époque et nous avons créé Night People Records pour soutenir les groupes avec lesquels nous traînions ainsi que pour mettre en valeur d'un point de vue créatif tout ce que nous faisions en dehors de Raccoo-oo-oon. L'économie du label a ainsi toujours été très liée aux tournées. Faire des concerts le meilleur moyen de promouvoir ses disques et de tisser des relations : la plupart des groupes du label sont des amis rencontrés en chemin. C'est Andy qui a trouvé le nom du label. Il veut dire au sens propre, plonger dans la musique jusqu'au bout de la nuit.

Pour prendre un exemple récent, mes amis de Merchandise sont venus en tournée à Iowa City. Après le concert nous nous sommes retrouvés chez moi à écouter des piles de disques jusqu'au petit matin, à parler de l'importance des sons et de ce que l'on pouvait s'apporter les uns aux autres. Cette nuit a scellé la décision de sortir sur Night People leur album malgré plusieurs autres offres provenant de labels plus importants et lucratifs. Au-delà de la musique, cela a trait avec un certain style de vie embrassant la musique et l'art : c'est le faire parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives au vu de l'amour et du désir que tu portes à ces choses-là.

Quand Raccoo-oo-oon s'est dissous avec les départs de Daren à New York et d'Andy à Los Angeles, j'ai décidé de m'occuper du label à temps plein afin de voir jusqu'où je pouvais mener l'aventure. Terminant mes études, ma vie était à un tournant. Raccoo-oo-oon est une part importante de ma vie et je voulais faire perdurer toutes ces relations établies grâce à cette culture faite de correspondance, d'échanges et de tournées. C'est à ce moment que j'ai embrayé sur Wet Hair, au départ comme un projet solo. Ryan a vite rejoint le projet histoire de donner plus d'intérêt à la démarche. Comme je ne voyais pas de réel futur dans le monde de l'art, pour ce qui est d'exposer et d'être dépendant des conservateurs et collectionneurs, j'ai choisi d'orienter encore plus fortement le label dans une direction visuelle propre. J'ai pensé que si je faisais tous les artworks du label et sérigraphiais tout à la main, cela créerait un modèle esthétique et une base pour un catalogue futur intéressant. L'aspect visuel du label aiderait à susciter une confiance et un intérêt pour celui-ci permettant de faire connaître des musiques obscures et inconnues par-delà le monde. Ma volonté fut de conférer au label une sorte d'aura, provoquant le culte et le désir de collection, tout en gardant un côté personnel afin que ceux qui achètent les disques s'emparent d'un objet incarnant l'amour et la dévotion que je ressens pour la musique et l'art présentés. C'est un moyen de rendre l'art accessible au lieu de vendre celui-ci dans une galerie à un prix exorbitant pour un public limité. C'est aussi un moyen pour combiner cet intérêt que j'ai pour le design et celui pour les rencontres et les organisations d'expositions.

Je voulais me prouver que je pouvais faire fonctionner le label de qualité en restant totalement DIY, et ce sans aucun soutien ou financement autres que ceux générés par le label lui-même. J'espérais aussi pouvoir faire connaître de nouveaux groupes plutôt que d'essayer de plaire à un public et des goûts pré-établis. Ce versant du label a été un succès. Des groupes comme Peaking LightsDirty Beaches ou The Twerps ont tous vu les avantages de ce procédé. Les aspects financiers du label sont difficiles, je me sens plus que jamais étranger au mode de fonctionnement traditionnel de la musique indie, de la presse et des labels. Je ne sais pas combien de temps le label pourra survivre mais je n'ai aucun doute ou regret à son encontre. Je voulais simplement amener un public vers une musique à laquelle je crois. Ça n'a aucun rapport avec l'argent ou la hype, c'est juste une question de maintenir la créativité et ce genre de relations positives et excitantes qui m'ont amené à créer ce label.

Around 2004 I moved to Iowa City for graduate school and ended up starting Raccoo-oo-oon with an old friend who I knew from going to shows around the state Daren Ho. My former allies going back Andy Spore and Ryan Garbes were soon added to the band as well. We wanted to play more free form music that bordered between being rehearsed and being improvisational  We used any instruments we could get a hold of. Early on Miles Davis, Can, Neu, Suicide, Sun City Girls etc where big influences.  After a demo cassette we sent around to friends and labels we started a heavy touring schedule and started releasing music on a variety of labels like Woodsist, Time-Lag, Release the Bats and Not Not Fun. Touring with Raccoo-oo-oon just lead deeper into the subculture of the time and we started Night-People Records as a way to document who we were playing with and hanging out with and also what we were all doing creatively outside Raccoo-oo-oon. The label became economically connected to touring and still is. Touring is a good way to get the merchandise on the road out in the world in an initial way and it helped make connections through trading etc. most of the bands the label has represented were friends met on the road. Andy came up with the name of the label, its basically just a literal thing, staying up late getting deep with music.

A recent example was when my friends Merchandise recently came through Iowa City on tour, after the show we ended up back at my place staying up late into the morning hours playing piles of records talking about music and life getting deep on the sounds and what we had to introduce to each other, that night settled Merchandise working with Night-People on there next record despite many offers for them from much bigger and lucrative labels. Its about the lifestyle of it, its about love of music and art, its doing it for the sake of doing it because you have no other choice because of the love and desire you have for it.

When Raccoo-oo-oon disbanded with Daren moving to NYC and Andy moving to LA I decided to take the label on as a full time project to see how far I could push it. I had just finished up graduate school and everything in my life was going through a big transition, Raccoo-oo-oon was a huge part of my life and I wanted to keep and continue the connections I was making through that lifestyle and culture relating to correspondence, trading, and touring. I had started Wet Hair around that time as a solo project Ryan quickly joined the band so we could keep pushing forward with making music and touring taking on very different approaches to music then Wet Hair in order to keep it interesting and cover more territory and interests. Because I didn't really see the right future in the art world as far as showing in galleries relying on curators and collectors etc.  I choose to aim the label even more into a distinct visual direction. I thought if I did all the design work for the label and silkscreened everything by hand it would create an aesthetic template and foundation for an evolving roster of interesting music. The visual side of the label would help create trust and interest in the label so that I could introduce new and obscure music from all over the world. I wanted the label to have a bit of a collector and cult feel but also wanted it to be hands on so thepeople buying the records were buying something that embodied the love and devotion I feel to the music and art presented. It was a way to put art into hundreds of peoples hands for cheap instead of selling it in a gallery for a lot of money with limited reach to an audience. It also combined my interest in design with my interest in meeting people and curating.

I wanted to prove to myself that I could do the label at a high level totally DIY without any backing or funding other then what the label could generate for itself. I hoped I could introduce new bands and music and shift taste towards them instead of trying to appeal to an audience or things that had already been established. I think that aspect of the label has been a success  bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, The Twerps etc have all seen the benefits of that process. The financial aspects of the label are very difficult, I feel more like an outsider then ever to the more mainstream way indie music, press, labels etc operate. I don't know how long the label will be able to survive but I don't have any doubts or regrets about it, I just wanted to help bring an audience to music that I  believe in, its not about money or hype its just about trying to sustain creativity and the kind of positive exciting connections that got me interested in doing a label in the first place.

Merchandise LP Front

Avec plus de 200 sorties au nom du Night People, comment juges-tu ton travail ?
With more than two hundred releases to your credit, how do you judge your work? 

Night People est un label maison. J’ai vécu dans la même baraque pendant neuf ans à Iowa City et le label faisait plus que partie des murs : la salle de répétition et l'atelier de sérigraphies se trouvaient dans la cave, mon salon me servait de bureau et de chambre d'écoute tandis que le grenier et le placard permettaient d'entreposer le matériel de livraison et la marchandise. Je restais la plupart du temps seul dans cette maison en essayant jour après jour de pousser le label, de continuer de le faire fonctionner et d'en améliorer tous les aspects. Je raconte tout ça au passé parce qu'après cette une longue expérience à Iowa City, où j'ai ressenti un lien profond avec la musique et l'art, j'ai décidé de partir. Suite à une récente tournée avec Wet Hair et Merchandise, certaines choses ont changé dans ma vie et j'ai décidé d'arrêter de vivre dans une petite ville étudiante. J'ai vécu une année à Minneapolis et désormais je réside à Saint Paul dans le Minnesota. Indépendamment de ça, le label continue et je travaille sur de nouvelles sorties.

Il m'est difficile de dire comment je juge mon travail. Il y a des choses que je veux toujours améliorer comme l'efficacité, répondre aux mails plus rapidement, être plus rapide pour tout l'assemblage... C'est dur parce que c'est tellement prenant, je double des centaines de cassettes par mois, imprime des milliers de pochettes de disques et gère un nombre hallucinant de mails ou de courrier, c'est vraiment difficile de tenir le rythme tout en s'en sortant à peine financièrement. La partie financière est la seule qui m'angoisse vraiment, j'adore le travail même quand c'est vraiment fastidieux.

En ce qui concerne mes designs et la musique que je produis, c'est juste l'expérience et la confiance que j'ai dans mes goûts, en plus de mon instinct. C'est vraiment juste une question de confiance en soi et de ressenti de la musique et de l'art. C'est plus une question de sensation qu'une réelle décision.

Its a house label, I had lived in the same house for 9 years in Iowa City and the label was part of the house itself in a way. I had the band rehearsal space and silkscreen studio in the basement. The dinning room was my office and listening room. The attic and closest held shipping material and merchandise. For the most part it was just me sitting in the house in Iowa City day in and day out trying to push the label and keep it going and make it better on all levels all of the time. I say that all in past tense because after a long haul in Iowa City and a deep connection and outward of expression of myself towards music and art there I have decided to leave. Following a recent tour with Wet Hair and Merchandise some things changed in my life and I decided to finally get out of living in a small college town and am now living in Saint Paul after one year in Minneapolis. Regardless the label is still going and I am currently working on new releases.

Its hard to answer how I judge the work. I know there are things I always want to be doing better like efficiency of the operation, getting the mail out quicker, getting faster at all the assembly etc. Its hard because its so hands on, I dub hundreds of tapes a month, print thousands of records sleeves and deal with crazy amounts of emails and physical mail its really hard to keep up with while still barely getting by financially. The financial part is the only thing that really stresses me out, I love the work even it it is very tedious.

As far as judging my designs and the music I am releasing its just experience and trusting my taste and gut instincts. Its really just having confidence and feeling the music and art. Its more of a feeling then a decision really.

Comme musicien et propriétaire de label, le DIY a donc une influence déterminante sur ton travail...
As a musician and a label owner, the DIY have a strong influence on your work...

Je ne revendique rien en faisant les choses avec des méthodes DIY, c'est avant tout par nécessité. Ceci dit je souhaite avoir le contrôle et être impliqué au maximum. Le DIY a donc un aspect pratique et une organisation que j'aime. Si tu disposes de toute une pile de disques ou cassettes Night People, cela rend vraiment bien, comme une œuvre d'art. En ce qui concerne la musique, je tente d'être éclectique tout en créant des liens. D'une manière ou d'une autre, je crois que cela fonctionne. Comparativement à d'autres labels, Night People est un projet artistique : je le vois telle une famille d'iconographie visuelle et de groupes avec lesquels je travaille en constante évolution. Je me sens très proche de courants esthétiques tels ceux de Push Pin Graphic, la Factory d'Andy Warhol, Sun Ra et plus encore des projets punks comme celui uniforme de Crass. Je ne peux me résoudre à compromettre ce travail graphique dans le but de vendre ou de rendre les choses plus faciles. Le DIY reste la toile de fond.

I don't have any real political points I am trying to make by doing things in a DIY way, its mostly out of necessity but its also because I want to have control and be really involved with the label, I like it being hands on and very curated in the way that it is. If you lay out a pile of NP releases all together it looks really nice like one big work of art. I try to have a lot of variety in the music but somehow present links between it all, I think it works for the most part. I think Night-People is a bit more of an art project then a lot of other labels, its like an evolving family of visual iconography and bands that I work with. I very much relate to groups like the Push Pin Graphic aesthetic or Andy Warhol's Factory, the Sun Ra band family, even more punk things like the Crass aesthetic and uniformity  I can't bring myself to compromise aesthetics for sales or to make things easier and so DIY is the backdrop of that I guess.

Quelle est la ligne artistique du label ?
What's the artistic guideline of the label?

L'unique ligne directrice est que tout les artworks sont sérigraphiés par mes soins. Ryan et Justin de Wet Hair m'aident de temps à autres avec des éléments visuels. On travaille si bien ensemble que l'esthétique est vraiment homogène. Au début, certains des groupes participaient à leur direction artistique mais j'essaie de rester le graphiste principal - si ce n'est le seul. Je peux imaginer un jour abandonner la sérigraphie des albums en faveur de designs plus élaborés mais je n'y suis pas encore. J'étais très fier du design de Spill Into Atmosphere de Wet Hair et j'imagine éventuellement Night People prendre le même chemin mais pour l'instant je veux conserver le côté artisanal et la sérigraphie. Tout est principalement réalisé à la main par le biais de techniques de reprographie.

The only guideline thus far is that everything is silkscreen and all art is done by me. Ryan and Justin from Wet Hair help with visual things at times since we collaborate a lot, we work so well together that its really seamless aesthetically. Early on some of the bands contributed to there own art but I try to keep it where I am the principle designer if not usually doing all the design. I could see at some point not silk screening the records in favor of being able to have more elaborate designs but I'm not quite there yet. I was really proud of the Wet Hair Spill Into Atmosphere design and I could see Night-Peoplegoing that way more potentially but for now I want to keep it hand made and silk screened.  All the design is done mostly by hand with heavy use of a sort of xerox aesthetic.

Quelle est la création dont tu es le plus fier ?
What is the release you are the most proud of?

Imaginary Falcons de Peaking Lights a été une sortie particulière. Ce sont de bons amis, je les ai rencontrés à une période de ma vie où j'étais déprimé. Ce sont des personnes fantastiques, je leur porte en tant que personne et en tant que groupe une estime sans égale. Je croyais en Imaginary Falcons quand bien même personne ne les voyait avoir le succès qu'ils ont maintenant. Je l'ai perçu dès le premier jour et je suis simplement heureux d'avoir pu travailler avec des personnes si formidables et un groupe aussi unique.

http://www.youtube.com/watch?v=olvMFWqbY4Q

Plus récemment, Personality Matrix de Featureless Ghost fait partie de mes fiertés. Ce sont aussi des personnes géniales et le vinyle sonne bien. J'espère que les gens les soutiendront, le groupe est doué sur scène et rend si bien sur disque. C'est un groupe spécial.

http://www.youtube.com/watch?v=YTmG9md0rzc

L'album Total Nite de Merchandise, sorti en avril 2013, est une autre sortie importante. Les membres de ce groupe ont fait preuve de tant d'amour et de confiance en choisissant de travailler avec Night People plutôt qu'avec tous les autres label qui voulaient sortir ce disque. C'est un super album, magnifique pour un enregistrement maison. Il y a quelque chose à la fois d'épique et qui te fait te sentir tout petit. Nous partageons une communauté d'esprit, s'agissant de notre amour pour la vie et de cette ferveur à rester fidèles à nous-mêmes, rester indépendants sans céder aux pressions extérieures merdiques, jouer comme on l'entend et pas l'inverse. Ils comprennent l'essence du label, le fait qu'il instigue une évolution constante tout en conservant ses fondations esthétiques initiales. Wet Hair et Merchandise sont très proches. Avec certains groupes, Night People représente une famille. Si tu parles à aux membres de Peaking Lights, Dirty Beaches ou Merchandise ils ne te diront pas autre chose. Total Nite a poussé l'esthétique visuelle encore plus loin et je suis très fier du résultat final.

http://www.youtube.com/watch?v=up3wlAxR9a4

Peaking Lights Imaginary Falcons was a special release, they are good friends, I met them at a time in my life when I was often depressed and they really are such fantastic people that I have a lot of love and admiration for them and the band. That was a release I just really believed in and I think a lot of people wouldn't see a band like them becoming as popular as they are now but I saw it from day one so I'm just happy I could have some part in working with such great people and such a great unique band.

Featureless Ghost Personality Matrix recently is a release I can really get behind, they are great people too and the vinyl sounds so good, I hope people get behind that band because they are so good live and it translates so perfectly to vinyl, I just think they are a special band right now.

The Merchandise record that came out in April 2013 was another big one, the members of that band showed the label so much love and trust picking Night-People to work with over so many other labels that wanted to release this record. Its also a great record, really stunning as a home recorded document, there is something both epic and humbling about the sound presented. Its really just about the connection we both have to the love of life itself and how both the band and myself have such devotion to sticking to your spirit and doing what you want and trying to not give into shitty outside forces making them come play on your terms not the other way around. They get the idea of the label and what it is, how its about constant change but somehow maintaining the core foundation of the identity/aesthetic and how it is presented. Wet Hair and Merchandise are close, Night-People in ways is like a family with some of the bands, I think if you talk to bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, Merchandise etc. they would say the same thing about it. The Merchandise record pushed the visual of aesthetic further as well and I am very proud of the overall product of that record.

Peux-tu nous expliquer l’histoire commune que tu as avec Peaking Lights ?
Could you explain to us your common history with the band Peaking Lights?

Aaron et Indra ont déménagé de San Francisco à Madison qui est à environ quatre heures d'Iowa City. Ils ont joué un concert à Iowa City que j'avais organisé et nous sommes immédiatement devenus très bons amis. Ce sont des personnes géniales et on a beaucoup en commun, en termes de goûts musicaux et de vision du monde. Notre amitié s'est bâtie à partir de ça. Wet Hair est parti en tournée avec eux, Night People a sorti plusieurs de leurs disques. Nous sommes toujours en contact et je fais en sorte de les voir dès que j'en ai l'opportunité. Ils me manquent vraiment depuis qu'ils sont partis à Los Angeles. Je pourrais disserter pendant des heures sur eux et leur groupe.

Aaron and Indra moved from San Francisco to Madison WI which is about 4 hours from Iowa City. They played a show in Iowa City that I put on and we just became really good friends immediately. Its just one of those things, they are greatpeople and we have a lot in common with the music we like and how we feel about the world so the friendship just grew from there. Wet Hair has toured with them, NP has put over several releases by them, we still talk often and any chance I get to see or hang out with them I make extra effort towards. I've really missed them since they moved to LA. I could talk endless about how great of people they are and how good their band is.

Peux-tu nous en dire plus sur le mystérieux Lazy Magnet ?
Can you tell us more about the mysterious Lazy Magnet?

Lazy Magnet c'est Jeremy Harris. Harris est un vieil ami de tournée, on se croise deux fois par an. Il a habité Providence pendant longtemps. Ça fait plus de dix ans qu'il fait Lazy Magnet, un projet en constante évolution. Son autre groupe, Meager Sunlight est vraiment pas mal aussi. Harris est une des personnes les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de rencontrer, c'est un vétéran de la route et il a une capacité folle à s'extraire de tous les problèmes. C'est très inspirant de voir quelqu'un se persévérer ainsi année après année et dont les créations deviennent de plus en plus abouties.

Lazy Magnet is Jeremy Harris. Harris is an old tour friend, we seem to run into each other a couple times a year. He lived in Providence a long time. He has been doing Lazy Magnet for over 10 years and its constantly changing and evolving. Meager Sunlight his other current band is really great too. Harris is one of the most interesting people I have ever met, he's a true road warrior and just keeps pushing through any problems that come up in life etc. It just inspiring to see a person stick to it year after year and get better and better at what they are creating.

wet hair - spill into the atmosphere

Après le magnifique Spill Into Atmosphere, quelle sera la suite pour Wet Hair ?
After the gorgeous Spill Into Atmosphere, what will happen next for Wet Hair?

Pour le moment nous nous reposons un peu tout en travaillant à notre nouvel LP qui s'appellera The Floating World et qui sortira courant 2014. On rentre juste d'une tournée avec Merchandise. Je pense que ces morceaux sont nos meilleurs à ce jour, ils ont une structure plus complexe que tout ce que nous avons fait auparavant avec plusieurs couches de mélodies et de grooves entrelacés. Je ne sais pas si cela plaira mais nous aimons vraiment ce sur quoi nous bossons. Ce sera notre sortie la plus originale, allant plus loin dans des aspects musicaux compliqués à décrire.

We are chilling out right now, working slowly on new material and recording it as we go. We just did a tour with Merchandise. I think these new songs are our best yet, they are more structurally complex then anything we have done, there are many layers of melodies and grooves going in and out of each other in these new songs in a way I find interesting. I don't know if any one else will get it but we really love the new stuff we are working on and I think its our most original sounding material to date, I think it goes further into aspects of our sound that are hard to describe.

Quel est le futur proche pour Night People ?
What’s in the near future for Night People?

Je vais continuer à promouvoir le LP Totale Nite de Merchandise, je travaille sur la réédition d'un LP Deep Freeze Mice en plus d'un nouveau LP de The Garment District. En plus de beaucoup d'autres cassettes.

I'm going to keep pushing the Merchandise Totale Nite LP, I am working on Deep Freeze Mice reissue LP in the works, an LP by the Garment District and plenty more cassettes to follow that.

Mixtape

V.A. - Tape Gun Compilations (Night People / Download)

01. Roladex - Cathode Rays
02. Dice Parks - Eurobot
03. Unhappybirthday - Himutsu
04. Beat Detectives - Your Love
05. Fingers Pty Ltd - Local Park
06. Fatti Frances - Slow
07. Boy Friend - Labyrinth
08. Some Ember - Wave of Fear, Wave of Joy
09. Regional Curse - Traditional Ascension
10. Dead Channel - Subterranean City
11. Cellophan Spill - Season 3
12. Dylan Ettinger - Juice
13. Tender Meat - Sweet & Sour Diesel
14. D.Vassalotti - Swallow My Pride
15. The Savage Young Taterbug - Disc Jockey Inside Corona Bottle (featuring Spacey Tracey)
16. Sleepy Filter - The Name
17. The Ukiah Drag - Silver Mint
18. Idiot Glee - Position A


Femminielli Noir - Me Gusta El Dolor

Femminielli-NoirDécadent, concupiscent, dépravé, alcoolique, romantique, magnétique. Bernardino Femminielli est tout cela à la fois. On se sent bien en sa compagnie, dans un club, dans une cave ou en after. Si Femminielli était un poème ce serait sans doute du Baudelaire, mais avec de l'humour, une bonne dose d'humour, exfiltrée dans une capote usagée. Et si l'homme n'est pas fait pour le repos, l'artiste non plus. Incapable de faire végéter sa verge créative, l'homme rencontré l'année passée en prélude de sa Double Invitation (lire) revient à nous auréolé d'un énième projet discographique, Femminielli Noir, prêt à être révélé en deux temps, dont un imminent : une cassette via Hobo Cult Records - L'Éveil - , et un LP à l'orée de 2014 - Malas Influencias. Un coup double fomenté entre Berlin et Montréal en étroite collaboration avec Jesse Osborne-Lanthier (Noir), délayant une électronique à la fois sombre et vénéneuse, froide et expérimentale mais néanmoins intime et sensuelle. Une plongée conceptuelle et sensorielle dans l'hybridation musicale dont le point gravitationnel reste sous la ceinture. Me Gusta El Dolor, premier extrait de l'EP précité, en constitue le parfait appendice.

Femminielli Noir sera en concert le 19 novembre à l'Espace B (Event FB). Un show plus que prometteur avec en première partie les Parisiens de Night Riders.

Audio


Femminielli - Shanghai, C'est Beau

Du Montréalais Femminielli on connaît (un peu) l'homme affable, curieux, fêtard (lire), on a apprivoisé sa verve érotomane sur le récent Double Invitation paru sur Desire Records (lire), mais inutile de préciser que jusqu'à présent on connaissait moins l'éphèbe expérimentant sur la longueur d'un LP, drapant de la sorte  son inénarrable sens de la formule (Shanghai, C'est Beau / Mais vivre est une prière inutile) d'un troublant et pénétrant océan de synthétiseurs dégénérescents. Album de collages enregistré entre 2010 et 2012, Shanghai, C'est Beau, édité via Clan Destine Records, est à considérer telle une œuvre étrange et rocambolesque parfaitement détachée du temps et de l'espace, sorte de double antithétique de ladite Double Invitation.

Audio

Tracklisting

Femminielli - Shanghai, C'est Beau (Clan Destine Records, 28 février 2013)

A1. Auto-Stoppeuses (Première Partie)
A2. Le Pacte
B1. Une Enfance Fragile
B2. Shanghai, C'est Beau...
B3. Auto-Stoppeuses (Deuxième Partie)


Femminielli - Europa

Stakhanoviste invétéré, Bernardino Femminielli dupliquera le 9 janvier prochain à la Mécanique Ondulatoire son mémorable concert du 19 décembre dernier à l'Espace B, indescriptible soirée où il médusa son public tout autant qu'il le transporta dans des limbes discoïdes, aussi anachroniques qu’ensorcelantes. Bien accompagné d'amis montréalais le temps d'une Brique Party (event FB) - du nom d'un loft à Montréal transformé en studio et salle de concert - réunissant Bataille Solaire et Marie Davidson, notre homme aura à cœur d'aborder ce mercredi son ultime effort discographique issu de collages réalisée entre 2010 et 2012, Shanghai, c'est beau, à paraître sur l'éminent label briton Clan Destine Records, et ce, peu après avoir sorti Double Invitation (lire) via Desire records. S'il ne fait aucun doute que pour Bernardino l'Amour reste la pierre angulaire de cet idiome planétaire, Europa, pour le moment jamais sortie et trouvée au hasard du web, en constitue une pierre de touche, tout en apesanteur.

Vidéo


Femminielli - Double Invitation

Bernardino est un homme aimable et aimant. Et ce n'est pas Jef Barbara - avec qui il sera à l'affiche d'un concert à l'Espace B le 19 décembre prochain (event FB) - qui dira le contraire : "Bernardino a récemment rasé sa barbe et ça me plaît moins. Cela dit, j’ai rencontré Femminielli il y a plusieurs années, alors qu’il faisait partie d’un duo électro nommé Violencia Nocturna. Je l’ai vu évoluer à travers ses albums, ses looks, ses phases… Je l’aime beaucoup. C’est notre lien d’amitié qui fait qu’il a participé à l’enregistrement de trois morceaux deContamination. J’en suis très fier." (lire l'itw complète). Presque deux ans que Double Invitation, son premier LP à paraitre le 26 novembre via Desire Records, se trame, se révélant ici et là, via de multiples labels aussi modestes que fascinants : de Chauffeur sur Fixture Records à ¿A Que Quieres Jugar? par l'entremise de la dense compilation d'Electric Voice Records. Et ce sans compter Actriz, dévoilée à l'occasion d'une entrevue parue voilà six mois dans nos pages (lire). C'est d'ailleurs à l'occasion de celle-ci que Bernardino éventait le contenu de Double Invitation, appréhendé par l'intéressé telle "une continuité, mais beaucoup plus émotive et sombre que Sprezzatura et moins lo-fi que Carte Blanche Aux Désirs. La thématique de l’album est l’étrange dilemme de satisfaire les autres au détriment de soi, en souhaitant qu’un jour tout vous sera concédé. C’est une forme subtile d’autodestruction. Le son italo-disco n’est pas très loin mais je désirais aller ailleurs musicalement et le fait d’avoir travaillé avec Dominic Vanchesteing à la production m’a énormément aidé à marier des plages dansantes atmosphériques à des ballades olympiques". Une dichotomie stylistique caressant l'oreille de son éclatante véridicité dès la première écoute : le philtre aphrodisiaque du plus italo des Canadiens se contextualise du dancefloor à la chambre à coucher, et inversement. Cette fameuse Double Invitation que l'on subodore écrite entre "histoires de couple, de sexe et de spiritualité". Susurrant une kyrielle de frivolités selon le trilinguisme de l'érotisme - italien, espagnol et français - sur de fantasmées plages musicales, où le sentimentalisme synthétique s'étire sur d'érectiles pulsations italo-disco, Femminielli figure l'hypothétique période moroderienne d'un Gainsbourg ivre de sensualité. Il en va ainsi du morceau conférant son titre à l'album, Double Invitation, mais aussi des nébuleuses cavalcades d'alcôves (El Ultimo Tango Para MiChauffeur). Et si l'intensité de sa verve érotomane prend toute son ampleur sur les hypnotiques ¿A Que Quieres Jugar? et Performance Video, toutes deux mâtinées d'une syncope rythmique à la répétition extatique, Actriz grime introductivement une ode aux claviers intimement arrimée à l'oeuvre stellaire de Klaus Schulze, doublé d'un hommage appuyé - une fois le beat installé - à la pilosité d'un certain cinéma italien. Double Invitation - à glaner par  et en écoute en intégralité ci-après - fourmille de références, évidentes ou imaginées, mais crée instantanément son propre idiome, celui charnel et hédoniste. Celui de Femminielli.

Audio

Tracklisting

Femminielli - Double Invitation (, sorti le 26 novembre 2012)

01. Actriz
02. Double Invitation
03. ¿A Que Quieres Jugar?
04. Performance Video
05. El Ultimo Tango Para Mi
06. Chauffeur


Femminielli l'interview

Rares sont les anachronismes avant-gardistes. Néanmoins, la musique de Bernardino Femminielli peut se concevoir ainsi, et emprunte à la fois des premières pulsations italo-disco - celles du producteur Giorgio Moroder sur From here to Eternity (1977) ou celles du batteur Marc Cerrone à l'heure de Supernature (1977) - et de ce souffle inaltérable d'une scène DIY sévissant à Montréal et déjà évoquée par l'entremise du label Electric Voice Records (lire). Un pied dans un passé à la fois mélancolique et hédoniste, où l'avalanche de couleurs vives se télescope à l'apparition d'une musique d'essence sensuelle et synthétique, l'autre dans un présent agrégeant les sonorités à un désir d'expérimentation et d'extrapolation, notre homme - cheveux bruns, frisés, à la barbe abondante, vêtu d'une chemise ouverte et d'un costume à la blancheur immaculée - ne pratique pourtant pas l'art du grand écart stylistique tant ses compositions se nourrissent à merveille de ce creuset iconoclaste que l'on contiendra dans l'oxymore "rétro-futuriste". Proférant une musique ludique mais sentimentale, Bernardino love en son sein un spleen susurré dans de multiples idiomes - italien, français, espagnol - conférant ainsi à celle-ci le charme suranné d'opérettes de variété à la fois naïves et subversives. Fondateur avec Jean-Sébastien Truchy (Fly Pan Am) et Riccardo Lucchessi (Red Mass) du label Los Discos Enfantasmes, responsable d'une trentaine de cassettes en un peu plus d'un an, le crooner lo-fi - dont l'ultime EP Sprezzatura est disponible via les New-Yorkais de Robert & Leopold - s’apprête à conquérir l'Europe muni de Double Invitation, nouveau disque dont il nous offre la primeur avec le morceau Actriz, ci-après en écoute. S'ensuit une entrevue et une mixtape de haute volée, réconciliant space disco et chanson française. Femminielli !

Entretien avec Bernardino Femminielli

Qui es-tu Bernardino ?
Who are you Bernardino?

Une personne contre le conservatisme de toutes formes. J'aime les gens qui assument ce qu'ils font et qui ne se tracassent pas trop de ce que les autres pourraient penser.

An individual standing up against conservatism in all its forms. I like people who assume what they do and don’t really care about what others might think.

Si je prends mon dictionnaire, Femminielli désigne, dans la tradition napolitaine, les transgenres efféminés. Peux-tu présenter ta personnalité à l'aune de ton nom de scène ou est-ce juste une coïncidence ?
If i look it up in a dictionnary, Femminielli describes feminine transsexuals in the Neapolitan tradition.

La définition ne s'applique pas réellement à ma personne mais j'aime l'idée de ce qu'elle suggère. 'Femminielli' résonne pour moi comme un casse-tête d'identités qui tentent de déjouer les catégorisations de toutes sortes. De plus, phonétiquement, c'est comme du miel pour les oreilles ! Lorsque j'écris mes paroles et performe sur scène, j'aime pouvoir me sentir homme et/ou femme à la fois, ou simplement me sentir étranger à moi-même.

The definition itself doesn’t really apply to me, but I like the idea behind it. To me, 'Femminielli' suggests a puzzle of various identities trying to avoid categorisation. Phonetically, it’s also very pleasant! Whenever I’m writing lyrics or performing on stage, I like being able to feel both masculine and feminine, or just to be a stranger to myself.

Tu vis à Montréal, tout comme Automelodi et Jef Barbara. Une coïncidence ?
You’re currently staying in Montréal, just like Automelodi and Jef Barbara. Is this just a coincidence?

C'est fort probable, bien que la scène musicale à Montréal soit assez petite et qu'on finisse par connaître tout le monde pour le meilleur ou pour le pire ! J'ai rencontré Jef et Xavier il y a environ cinq ans par l'entremise de Dominic Vanchesteing.

It’s very likely, in spite of the fact that the musical scene in Montréal is rather small and you quickly end up knowing just about everybody, for better or for worse! I met Jef and Xavier about 5 years ago, thanks to Domic Vanchesteing.

Tes morceaux naviguent entre italo-disco et synth-pop, le tout sur fond d'ambiances rétro-futuristes décadentes. De ton côté, comment définirais-tu ta musique et quelles sont tes influences essentielles ?
Your tracks are somewhere between italo-disco and synth pop, with a background of futuristic and retro decadence. How would you describe your music, and what are your main influences?

C'est de la chanson romantique métaphorique. J'exprime ma musique comme si j'écrivais une lettre à quelqu'un de cher, je tombe souvent dans une poésie abstraite ou maladroite, incomprise, mais qui reste tout de même un message passionnel. Ce que je tente de faire, c'est transposer des fantasmes sur des thèmes mémorables avec une totale liberté. Côté esthétisme sonore, j'ai toujours été accro à la sensualité des ambiances des discothèques et des pulsions de la musique disco. C'est une musique qui possède une base assez simple pour la complexifier à notre guise. Je trouve qu'en général elle va droit au but avec ce côté de bien-être qui transcende à l'infini et elle possède une particularité dans sa forme, elle vous transporte d'un ton ludique à un ton dramatique sans perdre son groove dansant. Mais je préfère le mélange des éléments électroniques avec l'instrumentalisation classique de la pop, disons comme cette période de chansons de variété européennes de 1978 à 1983. Ça donne une autre profondeur à l'ensemble. Mais je pourrais très bien aller dans une direction reggae, heavy metal ou blues, qui pourrait être mêlée ou non à l'électronique... Il faut juste trouver un moyen de bien s'approprier différents styles, jouer et déjouer les stéréotypes et surtout d'être entouré de bons musiciens !

I make metaphorical and romantic songs. I make music as if I was writing a letter to someone very dear, so very often I fall into a kind of abstract or clumsy poetry, which is misunderstood whilst also remaining a passionate and personal message. I try to transfer my fantasies onto memorable themes, all of which in total freedom. In terms of sound and aesthetics, I’ve always been a fan of the sensual atmosphere in clubs and the rhythms at work in disco music. Disco has a very simple base that is easily made more complex if one wishes to. In general, I think disco is quite straightforward, with a sense of infinite well-being. It’s also quite singular, in the sense that it can take you from a playful sound to a more dramatic sound, without losing its dancing groove. But I think I prefer the mingling of electro parts with classic pop instrumentalization, let’s say like European pop songs between 1978 and 1983. It gives a lot of depth to the whole thing. But I could also go towards reggae, heavy metal or blues, mixed with electro music or not…You just need to find a way to own different styles, to play with stereotypes and be able to avoid them, and really be surrounded by good musicians!

Giorgio Moroder n'est pas loin... tout comme l'Italie des années soixante-dix et quatre-vingt ?
Not far from Giorgio Moroder…And 70’s/90’s Italy?

J'adore Moroder ! Le gars avait un excellent sens de l'humour pour chacune de ses productions de l'époque, une âme sensible quoi ! Même chose pour les compositeurs intellectuels comme Franco Battiato ou Roberto Cacciapaglia qui n'ont pas eu peur de participer à la direction pop. Ils ont grandement apporté une vision non-orthodoxe à la chanson, avec des structures sophistiquées et sublimes, voire addictives. Mais il n'y a pas seulement l'Italie, l'Europe ou le disco qui m'ont influencé. Je dirais qu'être exposé à la musique latino-américaine, plus précisément cubaine et sud-américaine, par mon père depuis un très jeune âge, m'a énormément aidé à interpréter la musique autrement. J'ai appris à écouter la musique tout en observant l'effet qu'elle provoquait sur les individus, notamment sur une personne qui a fui son pays par nécessité, ça révèle les multiples facettes nostalgiques des chansons. La musique dans un contexte de performance live, comme dans les talkshows où l'on invitait toutes sortes de personnalités populaires ou obscures à faire du lipsync tout en créant une mise en scène pour divertir ou aliéner un public à la maison, j'en mange tous les jours ! Le magnifique travail surréel des plateaux de télévision (RAI, TELEVISA, TVE, etc.) de ces années, accompagné de l'animation des splendides animatrices-chanteuses Raffaella Carra, Amanda Lear ou Stefania Rotolo, m'a marqué au fer rouge depuis l'enfance et ne cessera jamais de me hanter. J'ai toujours désiré avoir une émission comme Popcorn ou Mister Fantasy pour inviter n'importe qui, chanter, faire la fête et créer des performances en direct pour le monde entier avec toutes sortes de gens issus de différentes sphères. C'est dans mes plans.

I love Moroder! That guy had a great sense of humour put into all of his production at the time. He was a sensitive guy, that’s all. Same goes for other contemporary intellectual composers like Franco Battiato and Roberto Cacciapaglia. They were not scared to change pop music. They brought an extremely important unorthodox vision to song writing, with sublime and sophisticated structures, addictive even! Italy wasn’t the only inspiration: Europe and disco music have been huge influences on me. I’d say that listening to Latino music, Cuban and South-American stuff in particular, thanks to my dad when I was growing up, it really helped me to see music differently. I learned how to listen to music while observing its various effects on people, especially on someone who was forced to run away from their own country for instance. It reveals the nostalgic side within the songs. I enjoy live music every day, and even talk shows where various more or less individuals would get invited to lip-sync and putting on a show to entertain or alienate the audience at home. Since I was a kid, I’ve never stopped obsessing over magnificent and surreal shows - like the ones on RAI, TELEVISA, TVE, etc…- and their splendid singers/ presenters such as Raffaella Carra, Amanda Lear and Stefania Rotolo! I’ve always wanted to put on a TV show like Popcorn or Mister fantasy, and be able to invite anyone, party on and create live performances for the entire world to see, with all kinds of different people from all kinds of scenes. I’m still considering it.

Ta musique semble graviter entre onirisme glam et tragédie sentimentale. Comment composes-tu ? Qu'est-ce qui motive ta volonté créatrice ?
Your music seems caught between glam fantasy and sentimental tragedy. Tell us about the writing process. What fuels your creativity?

Je ne compose que lorsque j'en ressens vraiment le besoin et que j'en ai le temps. Ça arrive souvent lorsque j'évite d'affronter mes problèmes personnels ou de confronter ma propre direction musicale, alors je tombe dans une sorte de spleen créatif. Par exemple, dès que je suis revenu de tournée, j'avais cette espèce de dégoût de la scène rock et expérimentale à la fois. Alors le remède à cette amertume était d'aller en studio pour lancer l'idée d'une pièce comme Atlantida et remettre les pendules à l'heure, aller tout droit dans une autre dimension utopique avec l'aide de Sabrina Ratté au visuel. Ce qui me motive principalement, c'est l'idée de chercher à aller plus loin que sa zone de confort, aller dans l'excès des choses que l'on aime réellement et être honnête avec soi-même.

I only write when I feel the need to and when I have time for it. Typically, it would happen when I try to run away from personal issues or whenever I want to face my own musical directives. That’s when I fall into a sort of creative daze. When I got back from touring for instance, I really felt like I couldn’t take any more rock or experimental music. To cure this bitterness, the only remedy was to go in the studio and start working on a track like Atlantida to set things right, and entering another utopian dimension thanks to Sabrine Ratté’s visuals. I think that trying to look outside my comfort zone is what motivates me the most and when you get over the top with things you really like and manage to stay true to yourself.

Parlons de ta discographie. Carte Blanche Aux Désirs est paru l'année passée sur ton label Los Discos Enfantasmes quand un split 7" avec Araignée paraissait sur Fixture Records, autre label montréalais. Qu'est-ce qui a changé depuis Las Enamoradas, notamment dans l'écriture de tes morceaux ?
What about your discography ? Carte Blanche Aux Désirs was released last year on your label Los Discos Enfantasmes, just when a 7’’split was being released on Fixture Records, another label based in Montreal. Has anything changed since Las Enamoradas, including your writing process?

Las Enamoradas, La Montana Del Capricornio et Souvenir Express sont des albums qui ont été composés en même temps, vers la fin de l'année 2008. Mais j'ai décidé d'étaler le tout sur une période de trois ans. J'ai créé inconsciemment une sorte de trilogie de musique "astrale" en attendant d'être enfin prêt à sauter dans une autre phase que j'ai toujours admirée et étudiée, celle du narrateur/chanteur. Je trouvais qu'après avoir fait ces trois premières sorties, il était inutile de continuer dans la même voie, je ne voulais pas non plus être perçu comme quelqu'un qui compose seulement avec une seule direction esthétique en tête. J'aime les textures et les ambiances créées par les synthés mais mettre tout cela en chanson est beaucoup plus pertinent à mes yeux. C'est bien d'écouter des albums que j'appellerais des explorations sonores, mais ça peut vite me lasser. J'aime aller dans plusieurs directions musicales. Je suis très sensible à tout ce qui m'entoure et c'est pourquoi j'adore la musique de variété car elle répond immédiatement à tous mes désirs primitifs et intellectuels. Que je sois en pleurs ou en transe, ça fonctionne pour moi à tous les coups !

Si j'ai trouvé une certaine assurance à chanter, que ce soit en public ou en enregistrement, c'est en quelque sorte grâce à l'aide accidentelle de mon ami et artiste-parolier Joseph Edmond Vincent Leduc avec qui j'ai un projet nommé Sacré Coeur. Il devait chanter sur une de mes compositions pour une soirée hommage à Gainsbourg. Non seulement la soirée fût chaotique mais mon ami ne s'est pas présenté, alors j'ai dû chanter à sa place en dansant comme un imbécile heureux et en faisant des assortiments kitsch pour divertir un public ivre et déçu. Heureusement la réception fût positive et ce fût le déclic pour moi. Mais je crois également que d'avoir travaillé avec Jef et Dominic à composer des chansons pop ces dernières années m'a également encouragé à poursuivre ce chemin.

Las Enamoradas, La Montana Del Capricornio and Souvenir Express were written at the same time, towards the end of 2008. But I thought I would release it over three years. I unconsciously created a kind of astral music trilogy, before jumping straight into the narrator/singer role, a part I have always admired and studied for a long time. It’s ok to listen to some music I could qualify of ‘’sound discoveries’’, but it can quickly become really boring. I like to experiment with different music styles, I’m very sensitive to everything that’s going on around me, and that’s why I like variété music so much, because it’s an immediate answer to my own basic intellectual desires. In tears or in a trance, it’s always a winner for me!

To some extent, the only reason why I managed to find the confidence to start singing, live or in the studio, is all due to the accidental help of Joseph Edmond Vincent Leduc, a good friend and lyricist. We used to work together on a project called Sacré Coeur. He was supposed to be singing on one of my tracks during a special Gainsbourg night. Not only was the whole evening total chaos, but my friend never showed up so I had to sing it myself, grinning and dancing like an idiot in front of everyone and making up a kitsch selection in order to entertain a drunk and disappointed audience. Thankfully, people seemed to like it and it was a real turning point for me. But I collaborated a lot those past few years with Jef and Dominic, writing pop songs together, and I think that really encouraged me too.

Chauffeur a particulièrement marqué mon attention, notamment par son extravagance sensuelle. Peux-tu me raconter dans quelles conditions tu l'as composé ?
Chauffeur really striked me, notably because of its sensual eccentricity. How did you happen to write this song?

J'accompagnais Les Momies De Palerme (Xarah Dion et Marie Davidson) aux synthétiseurs pour le Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville. Nous étions dans la voiture en route pour notre prestation. Nous avions tous le trac, car il faut l'admettre, l'ambiance de ce genre de festival un peu chiant et ''avant-garde'' ne nous inspirait pas confiance. Notre ami Pierre, nommé soudainement ''chauffeur'', probablement par une nervosité générale du groupe, devait en quelque sorte obéir aux demandes, même les plus ridicules, de Xarah et Marie. Je suis resté fasciné par le mot ''chauffeur''. En arrivant dans notre loge juste avant d'aller jouer sur scène, j'essayais de fuir mon stress en inventant des histoires à dormir debout sur les caprices de starlettes, et d'un chauffeur amoureux névrosé. Ça ne prend pas grand-chose pour composer une histoire !

I was playing the synth with Les Momies de Palerme (Xarah Dion et Marie Davidson) during the Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville. We were driving to the gig. We were quite anxious about the whole thing, because, let’s be honest, the atmosphere in those kinds of avant-garde festivals is always a bit of a bummer and we were not feeling it at all. Pierre, our friend and impromptu ‘’chauffeur’’ for the occasion -probably because everybody else was feeling too nervous- had to obey Xarah and Marie’s commands, some of them completely ludicrous. I remained fascinated by the word itself ‘’chauffeur’’. When we finally got backstage just moments before going on stage, I was trying to relax by making up cock-and-bull stories about some temperamental starlets and a neurotic chauffeur in love. It doesn’t take much to make up a story!

Tous les morceaux ont-ils une histoire particulière pour toi ?
Do all the tracks have a special meaning to you?

Pas tout le temps. C'est un mélange de vécu et de fantasmes humains. Je dirais que les histoires de couple, de sexe et de spiritualité ont toujours été la source principale de mes morceaux.

Not all the time. It’s a combination of real events and human fantasies. I’d say that stories about lovelife, sex and spirituality have been the main source of inspiration whenever I’m writing songs.

Tu es proche d'Hobo Cult ou encore d'Electric Voice Records - tu as d'ailleurs participé à la prochaine compilation EVR tout juste parue (lire). Le Canada - et Montréal en particulier - semble être un nouvel eldorado vu d'Europe. C'est également ton sentiment ?
I know you’re quite close to Hobo Cult or even Electric Voice Records - you will actually be featuring on the upcoming EVR compilation in March. Canada - and especially Montreal- is becoming to new Eldorado to the European audience. Do you share that sentiment?

Montréal a toujours eu des trucs intéressants à surveiller. Par contre, avant il n'y avait pas autant de labels DIY ni de communauté éclectique comme celle d'aujourd'hui pour tisser des liens solides avec différents blogs influents, échangeant périodiquement des nouveautés à un public situé à l'étranger.

There’s always been some interesting stuff going on in Montreal and worth watching. However, there were never that many DIY labels or eclectic communities like today’s helping to build stwith various influencial bloggers and reaching a new public abroad thanks to new releases out on a regular basis.

Parle-nous un peu de ton expérience en tant que gérant de label... Pourquoi avoir créé Los Discos Enfantasmes, et quel avenir lui prédis-tu ?
Tell us about your experience as a label owner... Why did you start Los Discos Enfantasmes, and what do you plan next?

Jean-Sébastien Truchy (Fly Pan Am), Riccardo Lucchessi (Red Mass) et moi avions envie de fonder Los Discos Enfantasmes pour sortir nos propres enregistrements dans l'immédiat tout comme promouvoir et mettre en vitrine des artistes de Montréal et d'ailleurs qui n'étaient pas bien diffusés comme on le souhaiterait. Nous aimons tous les mêmes choses en général mais je crois que chacun de nous a des préférences pour différents courants musicaux et c'est ce qui nous a poussés à varier le plus possible notre catalogue. Créer plusieurs ''Soirées Enfantasmes'' et sortir plus de trente cassettes en moins d'un an nous a apporté le support de plusieurs personnes de différents milieux artistiques et musicaux, ce qui nous a encouragés à aller de l'avant avec ce projet.

Jean-Sébastien Truchy (Fly Pan Am), Riccardo Lucchessi (Red Mass) and I waanted to start Los Discos Enfantasmes to be able to release our music immediately, as well as being able to promote and showcase local artists who were not receiving as much help as we thought they deserved. We all like the same kind of things, while also diverging on some musical styles, and that’s what helped us diversify our catalog. We put up several ‘’Soirées Enfantasmes’’ and released more than 30 cassettes in less than a year, and it got us the support of several people from various artistic and musical backgrounds, and helped us moving the project forward.

Sprezzatura est sorti en décembre sur un label new-yorkais, Robert & Leopold. Qu'en sera-t-il de Double Invitation, futur second LP que tu es en train de terminer ?
Sprezzatura was released last year in December on New-York label Robert & Leopold. What about Double Invitation, your second LP you’re just about to finish?

Je ne peux rien dire pour l'instant car je n'ai pas encore eu d'offre sérieuse, mais le marché européen est dans ma mire depuis longtemps. J'ai l'impression qu'il répond plus à ma vision artistique que les marchés d'Amérique du Nord. Mais pour être plus précis, je souhaite prendre une autre voie que celle du monde DIY, ce n'est pas que je veux totalement m'éloigner de celui-ci mais j'ai le désir de travailler avec l'équipe d'un label qui a plus de marge de manœuvre dans le monde musical et qui sera intéressé par ma musique et par le fait de s'impliquer avec moi à la promotion de l'album et de collaborer à mes futures démarches artistiques.

I can’t really say anything about it just now, because I haven’t made any serious deals yet, but the European market has been part of my plans for a while. I feel that it responds more to my artistic vision than the North American markets. To be precise, I’d like to move towards something other than the DIY world. It’s not that I want to completely forget about it, but it’s just that i’d like to work with a team who have more experience in the business and who will be passionate enough about my music to help me promote the album and collaborate with me on future artistic projetcs.

Quelle sera l'ambiance de ce dernier ? Une suite logique ou une rupture ?
What will be the atmosphere be like in the upcoming one? Will it be a logical follow-up or will there be any dramatic changes?

Double Invitation est une continuité en quelque sorte, mais beaucoup plus émotive et sombre que Sprezzatura et moins lo-fi que Carte Blanche Aux Désirs. La thématique de l'album est l'étrange dilemme de satisfaire les autres au détriment de soi en souhaitant qu'un jour tout vous sera concédé. C'est une forme subtile d'autodestruction. Le son italo-disco n'est pas très loin mais je désirais aller ailleurs musicalement et le fait d'avoir travaillé avec Dominic Vanchesteing à la production m'a énormément aidé à marier des plages dansantes atmosphériques à des ballades olympiques.

Double Invitation is kind of a follow-up, except it’s a lot more emotional and darker that Sprezzatura, but also less lo-fi than Carte Blanche Aux Désirs. The themes are centered around the bizarre dilemma that is trying to satisfy others in spite of one’s self and wishing that one day everything will be granted to you. It’s a rather subtle kind of self-destruction. The italo-disco sound is never really far, but i wanted to try something else musically, and working with producer Dominic Vanchesteing really helped me in putting together atmospheric and dance tracks to more Olympic ballads!

Aimes-tu la jouer live ? Est-ce une nouvelle dimension pour ta musique ?
Do you enjoy playing it live ? Does it constitute a new dimension for your music?

Certainement ! Toute ma musique prend plus de sens lors du live et surtout depuis que je suis accompagné de talentueux musiciens pour pousser mon son vers d'autres directions, la performance scénique est beaucoup plus amusante et libératrice. Lors des spectacles, j'ai l'impression d'avoir besoin d'offrir au public l'ivresse nécessaire pour s'oublier et profiter de chaque minute d'une transe personnelle. Ouvrir une porte pour les laisser se désirer, être bien dans leur peau.

Of course! All of my music really makes more sense during a live show, and even more since I’ve had amazing musicians to help me experiment with different styles. The shows are much more entertaining and emancipating. I always feel like I have to give the audience enough euphoria to forget themselves and enjoy every minute of their own personal trance. Opening the door so they can want each other and feel good in their own skin.


Pour terminer, que faut-il te souhaiter pour 2012 ?
To conclude, what should we wish you in 2012?

Que l'impossible se réalise !

To make the impossible possible!

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