Kadhja Bonet

L'automne dernier, Kadhja Bonet sortait un teaser de son premier album à venir le titre Honeycomb - une pure merveille soul/R&B aux arrangements élégants et à la voix de velours, aérienne et sublime. Il ne nous en fallait pas plus pour tomber in love. Originaire de Californie, Kadhja, bercée à la musique classique par un père chanteur d'opéra, s'est mise à composer sur le tard. Dès ses premières compositions, on retrouve cette ambiance voluptueuse sublimée par des arrangements de cordes et des touches folk délicates. Son premier album, The Visitor, sorti via Fat Possum en collaboration avec Fresh Selects est disponible depuis peu en physique et digital : huit titres que Kadhja a entièrement écrits, composés et produits. Huit titres qui, si l'on devait les labelliser, se rapprocheraient d'un mélange de pop/soul de chambre aux accents folk et psyché. Huit titres qui, au final, vous plonge dans une bulle intemporelle, harmonieuse et irréelle. Pour percer le secret Kadhja, nous lui avons proposé notre petite interview Out Of The Blue, découvrez ci-dessous ses réponses ainsi que son brillant essai sur "le passage à l'âge adulte de l'Amérique". À noter que Kadhja Bonet sera en concert à Paris à la Boule Noire le premier mars prochain - be there !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens du bord des sourires en coin - un univers parallèle d’où tu te réveilles chaque matin lorsque tu cherches à pêcher un rêve et à en attraper un.

I come from the corners of half smiles - the parallel universe you almost wake up in every morning that you fish for a dream and catch one.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

J’espère que je me dirige vers la source d’énergie de ma propre électricité interne, mais je ne le saurai pas tant que je ne l’aurai pas atteinte.

I hope I am headed toward the power source of my internal electricity, but I really won't know unless I reach it.

Pourquoi la musique ?
Why music?

La musique est une chance unique d’apprendre quelque chose de votre subconscient. À chaque fois que tu te lances dans un processus de création, tu touches du bout des doigts un petit bout de la force créatrice universelle.

Music is a chance to learn something from your subconscious. Any time you venture into creation, you touch the tip of a hair from the head of the universal, ultimate creating force.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Si la musique n’était pas pour moi, dans ce cas-là je crois que je me serais dirigée vers l’astrophysique, ou devenir moine. Je crois que ces trois routes se dirigent dans la même direction.

And if music wasn't my thing I think I'd either have gone toward astro physics or become a monk. I think all three of those routes head in the same direction.

Une épiphanie personelle ?
An epiphany of yours?

J’ai un jour découvert comment tomber amoureux de tous ceux et ce que je croisais. Cela implique de maintenir un niveau de confiance difficile à conserver en réalité mais aussi une compréhension profonde de la chance que nous avons d’être mortels : nous pouvons connaître des changements à l’infini, découvrir l’amour sous un nombre de formes illimitées, issues de l’évolution de nos particules depuis des milliers d’années.

I once discovered how to fall in love with everyone and everything I came across. It involves a kind of confidence I found impossible to maintain. A self assured knowledge that mortality is a gift we are lucky to have - so that we may experience unlimited change and unlimited forms of love over the many eons our particles have been shifting around.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Quand j’ai simplement cessé de m’intéresser à ce que pensait quiconque de ce que je faisais, disais, portais ou créais.

When I completely stopped caring what anyone thought of anything I did, said, wore or made.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Les gens m’effraient depuis quelques temps, j’en suis devenue presque narcissique et introvertie, à travers ma pratique de la musique, comme s’il s’agissait avant tout d’une passion de se découvrir soi-même.

I have become afraid of people, narcissistic and introverted, through my passion of music, as it is a passion of self discovery.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui bien sûr, tant que tu continues à avoir la même attention et les mêmes principes utilisés dans l’art pour tous les détails de la vie, pour chacun des choix de ton existence. Aussi longtemps que tu continues d’observer et d’apprendre, artistiquement tu ne mourras jamais, en fait, il n’y a pas de mort. Juste une évolution.

Yes, as long as you take the same care and principles you use in art into the small details of your choices and existence. As long as you keep observing and learning, artistically you won't die, actually, there is no death. Only transformation.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

J’essaie de m’accorder quelques minutes rien qu’à moi, pour m’échauffer et me mettre dans l’ambiance. Boire du thé, aller aux toilettes un millier de fois et essayer de me calmer au maximum.

I try to have a few minutes completely to myself, to warm up and set intentions. Drink tea, go to the bathroom a thousand times and try to calm my nerves.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

J’aimerais travailler avec le réalisateur de Divines, Houda Benyamina.

I'd like to work with the director of Divines, Uda Benyamina.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Aucune idée. J’imagine que je le saurais quand j’y serais. :)

I have no idea. I imagine I will know when I get there :)

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Personne ne sait mieux que toi ce qui compte, en réalité. Ne les écoute pas. Forge-toi tes propres opinions, écoute-toi et ne doute pas de tout ce qui vient dans l’endroit le plus sincère en toi. Comme tous les animaux, nous sommes nés avec une certaine forme de sagesse. Le seul souci, c’est que les adultes vont essayer de prendre chez toi ce qu’eux-mêmes ont déjà oublié. Donc accroche-toi.

Nobody actually knows more than you do about anything that matters. So don't listen to them. Form your own opinions, listen to yourself and don't doubt anything that comes from a sincere place inside you. Just like any other animal we are born with a certain miraculous wisdom. The only problem is adults will try and take from you what they've already forgotten. So hold on tight.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

J’espère avoir des enfants qui me feront redécouvrir la magie qui nous entoure, avoir le temps de planter des légumes ou de fabriquer des pulls moches. J’espère qu’il y aura de l’eau potable pour tout le monde dans trente ans.

I hope I have grown kids that remind me of everything magic, that I have time to plant vegetables and make ugly sweaters. I hope there is clean water for everyone in 30 years.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Si je le savais, je crois que j’en aurais terminé avec ça.

If I knew that I would be done.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Mon plaisir couple : le chocolat noir. Je ne peux rien faire sans.

Guilty pleasure is dark chocolate. Can't be without it.

Photo : Sinziana Velicescu

Vidéo

Exclusivité : la short list de Kadhja Bonet des trucs super cool pour l'entrée dans l'âge adulte

ON FAIT LA FÊTE POUR CÉLÉBRER LE FAIT QUE L’AMÉRIQUE SOIT MAJEURE
et tu n’es pas invité.
même si cette fête va déterminer ton futur.

Alors que la poussière retombe sur l’une des élections américaines les plus singulières de l’Histoire, certaines questions subsistent concernant l’avenir de notre pays. Cet état de confusion, ce moment de gêne profond, cette haine et cette fièvre aphteuse mal dirigées me rappellent profondément cet horrible sentiment de la post-adolescence, quand on s’aventure en dehors du cocon familial, que l’on cherche aveuglément une once de sécurité émotionnelle, physique ou métaphysique. On se convainc nous-mêmes que les erreurs que nous faisons durant cette période sont faites dans notre intérêt, bien que la plupart du temps on n’y ait pas pensé tant que ça. Le résultat peut être inattendu, embarrassant ou même tragique si on n’y prend pas garde.

Bien sûr, ça n’est pas le premier rodéo de ce genre pour les États-Unis. Ce pays est né d’un génocide et de l’asservissement, a subi de longues générations de discrimination et de violence institutionnalisées, pour finir par désigner un gouvernement dont l’unique but est de minimiser le pouvoir du peuple. Appeler ça une enfance mouvementée serait en sous-estimer la gravité. Mais si le mouvement pour les droits civiques marque l’entrée dans la puberté des Etats-Unis, son entrée dans la recherche d’une liberté et d’une justice pour tous, ce qui suit aujourd’hui n’est que la désillusion d’une entrée dans l’âge adulte, caractérisée par de l’arrogance et un comportement résolument irresponsable. Hey, j’ai une info pour toi, les Etats-Unis : t’as pas fini d’en baver. Tu es toujours un enfant égocentrique et insouciant.

Je pense sincèrement que nous avons le potentiel pour nous hisser au niveau du standard de moralité que nous prétendons avoir, mais nous ne l’atteindrons pas sans passer par les temps difficiles qui arrivent, sans avoir à gérer les conséquences des erreurs et malchances de nos ancêtres. Les défis que nous avons relevés et que nous avons nous-mêmes générés doivent être identifiés et imputés à qui de droit avant la véritable évolution positive. Plus encore, on peut dire que le rétropédalage social que nous constatons aux Etats-Unis ne nous est pas propre mais est la conséquence d’un système international de résurgence de la xénophobie, de l’homophobie et d’une rhétorique anti-femme - un soulèvement dangereux contre le progrès social se profile. L’Humanité ressent la même peur, la même vulnérabilité que Molly Ringwald dans... hé bien tous les films de Molly Ringwald, remplis de désillusions, d’interrogations inutiles, l’empêchant elle-même d’atteindre la grandeur. Cette résistance précaire envers un progrès pacifique, socialement, financièrement et sur l’aspect environnemental, tout cela me rappelle combien nous sommes jeunes en tant qu’espèce vivante, dans l’insécurité de la route que nous empruntons, nous demandant si l’auto-destruction est une route plus sûre que la réussite.

Après s’être rebellés contre les directives imposées par Mère Nature, notre propre survie est en balance. Choisir nos besoins immédiats en dépit de ce dont nous et notre communauté avons réellement besoin sur le long terme, c’est comme si on avait, je ne sais pas, genre seize ans. Et lorsque tout ce paysage se transformera en une effrayante mosaïque, nous allons avoir besoin de laisser tomber l'ambivalence et de faire des choix difficiles, le plus tôt sera le mieux. Nous pouvons nous excuser, modifier notre propre égoïsme, nos manières de faire et revenir plus proche de Mère Nature, ou nous pouvons nous prouver à nous-mêmes que nous sommes capables d’adapter notre vision des choses, pour notre bien et celui de notre communauté, et cesser de jouer avec le feu...

En gardant ça à l’esprit, et pour célébrer les seize ans et demi des Etats-Unis, je voudrais vous inviter à la fête de célébration de cette entrée dans l’âge adulte. On va devoir entrer par la porte de derrière, mais vous y trouverez un large choix de boissons absolument pas du tout attirantes que vous allez devoir boire, au milieu d’un groupe de gens effrayés, gênants, perdus et à moitié fous avec lesquels vous n’avez pas vraiment d’atomes crochus - certains vont même tenter de vous faire sentir que vous êtes bien sûr largement moins bien que ce que vous êtes en réalité. Face à eux et à nos propres attentes démesurées, que l’on s’inflige à nous-mêmes ou qui nous sont socialement imposées, tentons de rester dignes et tenaces avec ce qu’il faut pour traverser cette phase d’adolescence, pour devenir les adultes réfléchis et ouverts que nous sommes censés être.

Je ne dis pas qu’une fois que nous aurons passé cette période difficile nous descendrons faire la fête dans la rue pour toujours, mais je pense que nous serons parés pour affronter les nouveaux défis qui se présenteront, armés d’une maturité sociale et d’une conscience profonde que nous pourrons transmettre à nos enfants. Et comment atteindre un nouveau consensus social et politique ? Hé bien je n’ai pas la réponse malheureusement mais je sais que tout doit commencer et se terminer grâce à l’art.

L’art est utile dans bien des cas. Il peut nous montrer le chemin parcouru tout autant que celui que nous devons encore emprunter. Il peut nous réconforter et atténuer ce sentiment de solitude permanent. Il peut enrichir notre esprit et allumer un feu qui va nous inspirer, nous guider, pour aimer plus encore et réaliser plus de choses. L’art nous connecte les uns aux autres. Il nous rappelle que peu importe nos différences, nous sommes tous profondément identiques, et qu’aider les autres c’est nous aider un peu aussi. Il peut ranimer le désir en nous qui aurait disparu à cause de nos vies de tous les jours, ce désir que nous avons de préserver le bien-être des générations futures, pour la survie de notre espèce, afin de conserver l’équilibre avec les cycles naturels qui nous protègent.

Dans cette période déroutante, je me suis plongée de nouveau dans ma liste de films parfaits pour le passage à l’âge adulte, tout à fait appropriés pour ce genre de situation. Etats-Unis, Humanité - on peut s’en inspirer, non ?

J’ai essayé d’éviter les grosses évidences qui méritent néanmoins vraiment le détour aussi - Le Lauréat, Stand By Me, Il était une fois dans le Bronx, etc. J’ai aussi essayé d’éviter les films englués dans une romance trop mielleuse mais vous trouverez un mélange de genres et d’univers, tous prêts à entrer dans le vôtre. Donc je vous présente, et sans ordre particulier :

Submarine (2010). Ecrit et réalisé par Richard Ayoade.
Incroyablement drôle et intelligent. Une lycéene galloise tente de sauver le mariage de ses parents mais finit par perdre sa virginité.

Theeb (2014). Réalisé par Naji Abu Nowar, écrit par Naji et Bassel Ghandour.
Une superbe photographie, un jeune bédouin risque tout pour suivre son frère aîné dans un voyage sur la route de la Mecque.

Mustang (2015). Réalisé par Deniz Gamze Ergüven, écrit par Deniz et Alice Winocour.
5 jeunes soeurs turques se battent contre le mariage et réaffirment leur profond goût pour l’indépendance.

Drunken Master (1978). Réalisé par Yuen Woo-ping, écrit par Yuen, Ng see-yuen et Lung Hsiao.
Personne ne pouvait s’impliquer comme Jackie Chan dans ce rôle, où on le voit débuter le film comme un sale con immature et prétentieux et, durant son initiation, apprendre la discipline et maîtriser une partie de sa nature féminine pour sauver son père et lui-même.

Boy (2010). Écrit et réalisé par Taika Waititi.
Vraiment séduisant, touchant, absolument drôle. Une dose de sentiments bien équilibrée. Les problèmes d’un père et pas mal de moments très gênants.

The Wiz (1978). Réalisé par Sidney Lumet, adaptation musicale écrite par William F. Brown à partir du classique Le Magicien d’Oz.
Diana Ross, Michael Jackson, Richard Pryor, le casting de ce film est dingue et je pleure à chaque fois que je vois Diana Ross chanter Home.

Le Voyage de Chihiro (2001). Ecrit et réalisé par Hayao Miyazaki.
Le film le plus rentable de l’histoire du Japon - et on comprend pourquoi. Chihiro, enfermée dans le monde des esprits, va devoir apprendre la valeur du courage bien plus tôt que n’importe quel autre enfant.

Fish And Chips (1999). Réalisé par Damien O’Donnell, écrit par Ayub Khan Din.
Une très grande famille bi-culturelle, pakistanaise installée en Angleterre, doit faire face à de nombreux défis imposés par un clash culturel.

Gilbert Grape (1993). Réalisé par Lasse Hallstrom, écrit par Peter Hedges.
Un jeune Johnny Depp se bat pour trouver un équilibre entre ses besoins et ceux de sa famille.

Phoenix Arizona (1998). Réalisé par Chris Eyre, écrit par Sherman Alexie.
Sherman Alexie est un maître. La relation entre les personnages principaux Victor et Thomas va devenir très compliquée et mettre votre coeur à rude épreuve dans leur tentative de récupérer les cendres du père de Victor, décédé.

Divines (2016). Réalisé par Houda Benyamina.
Sûrement le meilleur film que j’ai vu ces dernières années, une excellente alchimie entre les acteurs et un niveau de jeu dingue. Les deux personnages principaux ont un charisme incroyable. Une histoire prenante qui mérite que l’on pleure à cause d’elle.

IT’S AMERICA’S COMING-OF-AGE PARTY
and you're not invited.
even though this party will determine your future.

As the dust settles from one of the most peculiar American elections in history, some questions remain about the direction our future is to take. This state of confusion, of awkward social misunderstandings, of a ubiquitous foot-in-mouth disease and mis-directed angst reminds me viscerally of that awful feeling of prolonged adolescence, when we ventured out of our mother’s nest, and blindly groped for a semblance of emotional, physical or metaphysical security. We convince ourselves that the mis-steps and back-slips we make during this time are in our best interest, although we often haven’t often completed the train of thought. The results can be unfortunate, embarrassing, even tragic without caution.

Now, this is far from America’s first rodeo of course. After all, America was born from genocide and enslavement, endured generations of well rehearsed discrimination, institutionalized violence, and designed a government meant to minimize the power of the people; calling it a rocky childhood would be a vast understatement. But if the civil rights movement marks America’s puberty, it’s first steps toward blossoming into it’s own expectations of freedom and justice, what follows is the delusion of adulthood characterized by arrogant, entitled and irresponsible behavior. News flash America, you haven’t arrived yet. You are still a selfish, reckless child.

I do believe we have the potential to become the moral standard we’ve always been told we are, but that we won’t reach that standard without rising to the struggle that is to follow, without dealing with the syndromes inherited from our ancestors mistakes or misfortunes. The challenges we’ve passed down and created for ourselves demand recognition and ownership before true transformation can occur.

Furthermore, it could be said that the social back pedaling we’e seen in U.S. politics is not unique to us, but a symptom of a global resurgence of xenophobic, homophobic, and female-phobic rhetoric - a rebellious, and dangerous lashing out against the social progress on the horizon. The human body has the same scared, vulnerable and predictable psyche as Molly Ringwald in - well, any Molly Ringwald film - full of cloudy delusions and pointless preoccupations, holding herself back from greatness. The precarious resistance to peaceful progress, socially, fiscally and environmentally reminds me of how relatively fresh we are as a species, unsure of where we can even take ourselves, pondering if our self destruction is a safer route than achievement.

Having rebelled against the eco-guidelines mother nature ordained, our very survival is in jeopardy. Choosing our immediate wants over the long term needs of ourselves and our communities feels very, oh, I don’t know, 16, and as the fan splatters the shit into a terrifying mosaic, we’re going to have to drop the ambivalence and make the hard choices, and sooner rather than later. We can apologize and rectify our selfishness, our inconsiderate oblivious manners and return to mother nature’s straight and narrow, or prove to ourselves that we can make our non-traditional agenda work for ourselves and community, and stop taking gambles on what we can get away with...

So with that in mind, and in celebration of USA reaching it’s 16th and a half birthday - I’d like to invite you to crash America’s Coming-of-Age-Party with me. We will have to enter from the back, but here you will find an array of unappealing beverages that will be difficult to evade, the cherished and trashed household remains of the host’s parents, and an unwelcoming, exceptionally awkward gathering of misguided, insecure tittie-crazed people you really won’t fit in with - some of whom will try as hard as they can to make you feel like you’re much less than you are. As we face them and our self inflicted or socially imposed expectations, let’s approach with the tenacity it took to survive adolescence and become the thoughtful, open-hearted adults we meant to be.

Now I’m not saying that once we push through this era there will be dancing in the streets forever more, but I do think we will be better equipped to face new challenges, having acquired a social maturity and conscience inheritable by our children. And how do we reach a new social and political benchmark? Well, I don’t have all those answers for you, but I do know that it starts, and ends, with art.

Art serves so many purposes. It can show us how far we’ve come, or how much further there is to go. It can comfort us and reduce our chronic sense of loneliness. It can enrich our spirits and spark a contagious radiance in us that inspires us to love harder or achieve more. But at it’s best, it connects us. It reminds us that no matter how different our circumstances, we are all profoundly similar, and that helping each other is helping ourselves. It can remind us of the innate desire in us that has gone unaccounted for in modern living; the desire in us to preserve the well being of the next generation, so that our species can survive and assert it's intention to stay, in balance, with the natural cycles that protect us.

In these bemused times, I find a revisitation of my favorite coming-of-age films particularly appropriate. USA, and Human Body - let’s remember how coming-of-age is done, shall we?

I tried to avoid the usual suspects, but most of those are worth a watch too - The Graduate, Stand by Me, A Bronx Tale, etc. I’ve also tried to exclude coming-of-age films that are too entangled in a romance, but otherwise you will find a diverse meld of other genres and landscapes, all about coming into your own. So, I present to you, and in no particular order:

Submarine (2010). Written and directed by Richard Ayoade.
Incredibly smart and funny. A Welsh high school student attempts to save his parents’ marriage, and lose his virginity.

Theeb (2014). Directed by Naji Abu Nowar, written by Naji and Bassel Ghandour.
Beautifully photographed, a young Beduin boy risks everything to follow his older brother on a journey.

Mustang (2015). Directed by Deniz Gamze Ergüven, written by Deniz and Alice Winocour.
5 Turkish teenage sisters resist marriage, and relish drops of independence.

Drunken Master (1978). Directed by Yuen Woo-ping, written by Yuen, Ng see-yuen and Lung Hsiao.
No one commits like Jackie Chan, who starts this film as an immature, cocky, sexist prick, and, in his own way learns to tap into his discipline and feminine nature to save his father and himself.

Boy (2010). Written and directed by Taika Waititi.
So charming, cringe worthy, touching, hilarious. Well rounded feels. Daddy issues and awkward moments galore.

The Wiz (1978). Directed by Sidney Lumet, musical adaptation written by William F. Brown of from the classic Wizard Of Oz.
Diana Ross, Michael jackson, Richard Pryor, the cast is immense and I cry like a baby every time Ms. Ross sings Home.

Spirited Away (2001). Written and directed by Hayao Miyazaki.
This is the highest grossing Japanese film of all time - and with good reason. Chihiro, trapped in the spirit dimension, has to learn the value of courage sooner than anyone would like to.

East Is East (1999). Directed by Damien O’Donnell, written by Ayub Khan Din.
A big, bi-racial family faces the challenges of growing up with culture clash.

What’s Eating Gilbert Grape (1993). Directed by Lasse Hallstrom, written by Peter Hedges.
young Johnny Depp struggles to balance his own needs with his families.

Smoke Signals (1998). Directed by Chris Eyre, written by Sherman Alexie.
Sherman Alexie is a master. The relationship between main characters Victor and Thomas will break and mend your heart a hundred times as they quest to recover Victor’s father.

Divines (2016). Directed by Uda Benyamina.
Easily the best, most believable acting and chemistry that I've seen in years. The two main characters have infectious charm. Heavy story, but worth the cry.

Audio

Tracklist

Kadhja Bonet - The Visitor (Fat Possum, 27 janvier 2017)

01. Intro - Earth Birth
02. Honeycomb
03. Fairweather Friend
04. The Visitor
05. Gramma Honey
06. Portrait Of Tracy
07. Nobody Other
08. Francisco


Melody's Echo Chamber interview

Auteure en fin d'année dernière d'un album très remarqué sorti chez Domino, Melody Prochet, alias Melody's Echo Chamber, était de passage aux récentes Trans Musicales de Rennes afin de présenter sur scène ce nouveau LP, mis en son par Kevin Parker, l'estimé cerveau de Tame Impala. Vu qu'on croisait aussi dans le secteur (lire), on en a donc logiquement profité pour la rencontrer et l'interroger, entre autres choses, sur cette collaboration forcément pas commune.

À l'heure des bilans de fin d'année, ton album a bénéficié d'un écho considérable dans la presse, se retrouvant même classé dans le haut du panier par des revues comme le NME... T'attendais-tu à une telle exposition ?

Non, pas du tout, je suis vraiment hyper surprise ! Ce matin, je croyais encore qu'on allait jouer aux Bars en Trans, et là je viens d'apprendre qu'on est programmé sur une des grandes scènes... Chaque jour je me demande encore si il y aura des gens aux concerts... Tout ça a été tellement vite, cet engouement pour l'album...

Qu'est-ce qui t'a amené à arrêter My Bee's Garden et à démarrer ce nouveau projet, sous ce nouvel alias ?

Plein de raisons en fait... Au départ, à 18 ans, il a fallu que je trouve un nom pour mettre des chansons en ligne sur MySpace. La maison de mes grands parents s'appelle "Le Jardin des Abeilles" et je me suis dit que ça sonnerait bien. Après j'ai grandi, j'ai arrêté de travailler avec mon producteur de l'époque, j'ai rencontré d'autres collaborateurs et finalement il fallait que je puisse m'épanouir sous un autre nom.

Tu as une formation classique, acquise au conservatoire. Comment en es-tu venue à la pop ? Était-ce en réaction au monde classique, ou envisages-tu cela comme un prolongement ?

Un peu des deux, je pense... À 18-19 ans, je devais passer professionnelle en alto et finalement je ne me suis pas rendue à mon examen final... J'en avais vraiment marre, c'était très sévère, j' avais des horaires aménagés, je passais tout mon temps au conservatoire et je n'ai finalement jamais eu accès à la musique expérimentale, du moins pas avant mon arrivée à Paris et les rencontres avec des gens qui m'ont parlé de groupes comme Blonde Redhead ou Sonic Youth. À partir de ce moment-là, je me suis dit que c'est ça que je voulais faire. J'ai alors complètement arrêté l'alto et le classique. En cela, oui, j'ai agi en réaction par rapport à ce monde, mais j'en ai aussi gardé des choses, j'en ai conservé l'essence, je crois.

Qu'en reste-t-il exactement aujourd'hui ?

Par exemple, depuis longtemps, je n'avais plus d'instrument et ça ne m'a pas franchement manqué. Et puis récemment, un ami m'a prêté un alto et depuis j'en rejoue beaucoup, notamment sur les nouveaux morceaux que je travaille en ce moment. J'aimerais vraiment pouvoir concilier classique et expérimental, rejouer de l'alto, mais de manière à ce que cela sonne différemment, en jouant à travers des pédales d'effets notamment.

Peux-tu nous parler de ta rencontre et de cette collaboration avec Kevin Parker ? À quel point t'es-tu retrouvée intégrée au travail de production de l'album, Parker ayant l'image de quelqu'un d'assez omnipotent en studio ?

On s'est rencontré il y a environ deux ans à Paris, après un de leurs premiers concerts. Après le show, ils sont allés boire un coup  au Motel et on a pu discuter là-bas. J'ai pris une des plus grandes claques de ma vie à ce concert, notamment au travers de ce son de guitare venu de l'espace, très particulier... Mon côté nerd a pris le dessus - je suis passionnée de production -  et il fallait vraiment que je lui demande quel son il utilisait. J'en ai profité pour lui donner l'album de My Bee's Garden et quelques temps plus tard on s'est retrouvé à jouer en première partie de Tame Impala... On a échangé des démos et je pense qu'après la réalisation d'InnerSpeaker, son premier album, il a ressenti le besoin de faire autre chose, d'une petite récré, de s'amuser sur un autre projet, ce qu'il n'avait jamais fait jusqu'alors... Puis je suis allée à Perth, dans son studio. J'avais toutes mes démos avec moi et il a essayé de garder un maximum de ces travaux, de ces premières prises faites à la maison, pour conserver ma personnalité. Il ne voulait vraiment pas poser une empreinte trop marquée. Son "son" est tellement particulier que forcément, ça sonne comme du Kevin Parker, mais il a essayé de garder tous les synthés et les sons un peu cosmiques que j'avais déjà travaillés auparavant.

Tu avais jusque-là un "son" assez propre. Or, dans cet album, on retrouve cette touche crade propre à Parker. Est-ce un élément que tu voulais récupérer de lui ?

C'est en effet en partie ce que j'ai aimé dans son travail avec Tame Impala. En premier lieu, c'est précisément le son de la batterie que j'ai adoré. C'est souvent ce qui donne une couleur à un album, et son jeu à lui, ainsi que son travail de production à ce niveau sont incroyables. Dès qu'il a posé des batteries sur mes morceaux, ça leur a donné une nouvelle dimension qui était exactement ce dont j'avais toujours rêvé, qui se rapprochait aussi du travail de Broadcast... Un truc rétro-futuriste sans être simplement revival. Puis par la suite, on s'est beaucoup amusé à expérimenter.

Tes titres étaient-ils tous déjà écrits à ton arrivée en Australie, ou as-tu aussi composé là-bas, durant ce travail avec Kevin ?

Six titres étaient déjà maquettés à mon arrivée. Trois autres sont nés là-bas : Quand vas-tu rentrer ?, Bisou Magique, et Sometime Alone, que j'ai écrite alors que Kevin était en tournée... Je me suis retrouvée toute seule dans son studio, à ne pas trop savoir comment m'en servir et à plugger directement dans le préamp, ce qui a donné ce son encore plus crade... Curieusement, ce sont les morceaux en français qui me sont venus là-bas, c'est assez étonnant.

Justement, à ton avis, de quelle manière et à quel point le fait de te retrouver à Perth, à l'autre bout du monde, a pu impacter ton écriture ?

Oui, il paraît que c'est la ville la plus isolée du monde ! Ça a d'abord été un déracinement, avant une phase d'exploration de moi-même, d'un nouveau moi : je suis aussi partie après m'être séparée de quelqu'un avec qui j'étais depuis longtemps, et émotionnellement ça a été assez intense. Je me suis vraiment cherchée, et puis je me suis épanouie au travers de cet album, en tant que femme. Ensuite, au niveau de l'environnement qui m'entourait là-bas, je retiens d'abord le rôle de l'espace. Je commençais vraiment à me sentir oppressée à Paris et je pense que c'est aussi pour ça que mes disques d'avant étaient un peu repliés sur eux-mêmes. Là-bas, tout a explosé, y compris mes musiques ! Les gens, là-bas, ont tous des maisons, dans lesquelles ils peuvent jamer... Et puis cette scène psychedelic rock, à Perth, est vraiment incroyable.

On a parlé tout à l'heure de tes titres en français, restés présents dans un album majoritairement anglophone. Comment appréhendes-tu l'écriture en français ? Ce sont d'ailleurs peut-être tes textes les plus naïfs ?

Je ne crois pas que ces chansons soient si naïves, il y a aussi des moments un peu érotiques... Mes paroles sont parfois difficiles à appréhender, j'écris mes chansons un peu comme mon journal, sans avoir trop envie que les gens les comprennent... C'est pour ça, je pense, que j'ai écrit en français lorsque j'étais en Australie. Pareillement, en France, j'écrivais en anglais pour que mon entourage ne comprenne pas trop, et là-bas je me suis retrouvée à faire l'inverse, je crois. J'aime bien garder cette distance... C'est aussi pour ça que mes voix ne sont pas mises trop en avant... Je n'ai pas la volonté de mettre l'accent sur ce que je raconte, justement parce que c'est très personnel.

Tu parles fréquemment, sur cet album, de solitude, d'attente de l'autre, de ruptures...

Oui, il y a un peu de tout... C'est vraiment mes histoires de ces deux ou trois dernières années.

Après ces travaux en Australie, tu es revenue enregistrer les voix dans la maison de tes grands-parents. Ce retour aux sources t'apparaît-il, après coup, comme quelque chose de naturel après cette sorte d'exil au bout du monde ?

Oui ! Le déracinement puis le retour aux sources. Ça fait un peu cliché, mais ça s'est passé comme ça, naturellement. Il y a aussi le fait que je sois très dure avec moi-même au niveau des voix et que ça puisse me rendre hystérique. J'ai envie que cela soit chargé en émotions, qu'il y ait une mélancolie dans la façon de chanter. Et aux côtés de Kevin, pour qui j'ai un respect énorme, je n'étais pas franchement confiante au niveau de mes voix. Du coup je suis partie toute seule les enregistrer dans la maison de mes grands-parents, qui était en vente à l'époque, et désormais vendue. J'y suis allée depuis ma naissance, toute mon enfance, c'était vraiment un endroit magique pour moi. Ce fut un déchirement de savoir qu'elle allait être vendue. Du coup je me suis dit qu'il fallait que j'aille là-bas pour enregistrer ces voix, que ça serait là-bas que je pourrais trouver le plus d'émotions en moi, au travers de ce retour aux sources, et en remontant à mon enfance.

Cet album est donc très produit. Comment l'envisages-tu sur scène ? Avez-vous travaillé aussi à la retranscription live du disque ?

Oui, on y a en effet travaillé. L'album est, il est vrai, hyper produit, et je souhaitais que sur scène, il sonne aussi très produit, ce qui posait effectivement de vraies problématiques. On n'a pas non plus le budget pour être une armée sur scène. On n'est d'ailleurs que quatre et on a donc décidé intentionnellement de ne pas avoir de batteur sur scène et d'avoir les batteries sur sampler. C'est une chose à propos de laquelle les gens peuvent être réticents mais j'ai choisi de l'expérimenter, d'autant plus que j'ai parfois du mal à chanter aux côtés d'un batteur : ça peut sonner très fort et ma voix est assez fragile. Et puis surtout, je suis très attachée à ces batteries... Du coup j'ai tous les sons de l'album enregistrés sur des claviers, des microsamplers, des samplers, qu'on a beaucoup travaillés pour rester assez fidèles au son de l'album. Forcément, cette façon de faire ne nous permet pas non plus d'être totalement libres sur scène, du coup je pense que ça va encore évoluer à l'avenir.

Tu es partie en tournée aux côtés de The Raveonettes en septembre dernier... Peux-tu nous parler un peu de cette expérience ?

Oui, trois semaines fantastiques... Après l'enregistrement de l'album, je pense que c'est le moment le plus mémorable de ma vie. C'était la première fois que je faisais un vrai road trip... On a beaucoup, beaucoup conduit ! En deux jours on a par exemple fait Seattle-Minneapolis en roulant quinze heures par jour, en passant par les Rocheuses, les canyons... C'était vraiment incroyable ! Et puis les Raveonettes étaient adorables... Le public américain m'a aussi fait halluciner : je n'avais que l'expérience de scènes parisiennes, avec un public qui peut être assez froid, même si les gens aiment ce qu'ils sont en train d'écouter... Je suis d'ailleurs pareille quand je vais à un concert ! Et là-bas, par contre, ils se montraient hyper enthousiastes, ils venaient beaucoup parler après les concerts, et en plus ils achetaient pas mal de disques !

Tu as écrit pendant ce road trip ?

Oui, on était tous avec notre laptop sur les genoux et ce qui nous entourait était tellement beau qu'on a tous écrit pas mal de morceaux dans le van !

Remerciements : V.P.

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Spiritualized - Sweet Heart Sweet Light

Le nouvel album de Spiritualized est épique. Et par épique, je veux dire épique. Propre à l'épopée, donc :

Épopée (n.f.) :
- Long poème en prose au style soutenu qui exalte un grand sentiment collectif, souvent à travers les exploits d'un héros historique ou légendaire ;
- Suite d'évènements extraordinaires, d'actions éclatantes qui s'apparentent au merveilleux et au sublime de l'épopée ;
- Aventure fabuleuse. (dixit le Trésor de la langue française informatisé)

#internetjunkies : c'est ça que « épique » veut vraiment dire. Je comprends bien le LOL et le MDR du concept d'epic fail, bien sûr. Mais si on se met à utiliser cet adjectif si facilement (disons, pour un lol cat), quel mot utiliser quand on veut vraiment dire « épique » ? Quand on veut parler de Sweet Heart Sweet Light, par exemple ?

Depuis Ladies and Gentlemen We Are Floating in Space, l'album de 1997 en forme de chef-d’œuvre, le marteau de Jason Pierce a continué à taper sur le même clou sans trop se remettre en question, et Sweet Heart Sweet Lightne déroge pas à la règle. Spiritualized fait partie de ces groupes qui, d'AC/DC et des Beach Boys à Beach House et Girls, sonneront toujours à peu près pareil, mais toujours avec grâce et majesté. Sans chercher à se renouveler, on essaie d'aller plus loin, de creuser plus profond.

L'album est nouveau, donc, mais le son est toujours aussi chaud et organique, vibrant et sensuel : les ingrédients dont on fait des choses intemporelles. Ça a l'odeur de la sueur et de la fumée de cigarette, la texture du bois et de l'acier et du cuivre et de la peau. Spiritualized ne sonne comme rien d'autre, justement parce qu'il sonne comme n'importe quoi d'autre. C'est comme un smoothie survitaminé fait de tous les fruits rock'n'roll de tous les temps. C'est la brillance des Beach Boys mélangée à la générosité décontractée des Rolling Stones, l'indolence de Dinosaur Jr. superposée à la grandiloquence ingénue de Tears For Fears. Et j'en passe. Tout à la fois.

Et apparemment, ça na pas été facile d'en arriver là. Il a fallu deux ans, plusieurs studios répartis entre Los Angeles, le Pays de Galles et Reykjavík pour enregistrer l'album, et une année entière pour le mixer. Avec des morceaux allant jusqu'à 8'52 (Hey Jane, single héroïque et galopant qui se paie le luxe d'une deuxième introduction à 3'39), Sweet Heart Sweet Light est plus calibré pour accompagner les longs voyages monotones que les poses cigarettes. Pour utiliser un cliché (ce qui est toujours bien pratique) : c'est la musique que le Denis Hopper d'Easy Riders pourrait écouter sur son chopper, sur la route pour là où c'est chaud et où les filles sont grandes et nues et élancées et planent sous un soleil de plomb. Mais surtout, c'est la bande-son d'un voyage où le point de chute importe moins que la trajectoire, de sorte que l'on arrive à destination complètement béat, en ce demandant ce qu'on est venu faire là.

Les chansons sont toujours construites plus ou moins de la même façon. Une ligne mélodique est répétée inlassablement, entraînant avec elle une magnifique machine harmonique qui grandira jusqu'au maximalisme, jusqu'à ce qu'on oublie comment tout ça a commencé. À grand renfort de chœurs, de cordes et de cuivres, chaque morceau est une épopée flamboyante.

Sweet Heart Sweet Light ne contient pas vraiment de point culminant, justement parce que chaque titre essaie de construire son propre moment paroxystique. Sur un socle rythmique basse-batterie solide et serein, les éléments mélodiques se superposent et s'épanouissent parfois jusqu'à la débauche dissonante (Headin' for theTop Now). Au centre de tout ça émerge le chant de Jason Pierce, limité mais touchant, parce qu'honnête (« The better a singer's voice, the harder it is to believe what he is saying », comme l'a dit David Byrne).

Chaque titre respire la liberté : c'est l'odeur de l'improvisation, de la jam session. L'improvisation est une chose merveilleuse. Dans sa forme la mieux réussie, elle peut créer un imbattable sentiment de communion amicale, voire de transcendance collective. Mais le problème, c'est que trop souvent, ça sonne comme une réunion de dimanche après-midi de musiciens qui confondent leur instrument avec leur pénis. Chez ces gens-là, on appelle une guitare une ache et un trombone un os (« bone », en anglais, ce qui sonne mieux, effectivement, mais quand même). Et on porte des t-shirts « tie-and-die ». Et des boucs.

Rien de tout ça, chez Spiritualized. On peut compter sur Jason Pierce pour faire comprendre à chacun où est sa place. Personne ne cherche à sonner plus fort ou à paraître plus virtuose que son voisin. Chacun met un peu de sa propre énergie dans l'aventure musicale et fait de son mieux pour servir la chanson avec modestie et dévotion. Non pas en jouant plein de notes, mais en jouant les bonnes.

Dans sa forme la plus pure, une séance d'improvisation est la définition, faite avec des sons, de l'être ensemble.
Le charme, voire la magie, de Spiritualized, provient en grande partie de l'ingénuité de l'ambition. Il s'agit de convoquer un sentiment simple et universel, et de l'exalter avec la fougue et l'enthousiasme les plus sincères dont on dispose. Ça tourne souvent autour de l'amour, que ça soit sa présence, son absence, son ambiguité (Too Late), qu'il soit pour l'autre (Hey Jane) ou pour soi-même (So Long You Pretty Things), à la première personne ou non.

Il y a un goût certain pour la transcendance et la spiritualité, chez Jason Pierce. Et ça s'entend autant dans la musique que dans les paroles, qui contiennent leur lot de « Lord » et de « Jesus » et de « soul » et de « pray », mais surtout qui tendent à fonctionner comme une litanie.

Elles possèdent toujours cette simplicité lumineuse dont on fait les belles choses. « Help me Lord, / Help me Jesus, / 'Cause I'm lonely and tired. / Help me Lord, it ain't easy, / 'Cause I live with the blinds. / I've got no reason to believe in anything. » (So Long You Pretty Things) : ça n'est pas vraiment de la poésie, mais pas besoin de le dire deux fois pour se faire comprendre. Et le truc, c'est que c'est justement dit plein de fois, peu ou prou sans variations. L'effet produit est sentimental au possible. En s'enroulant sur eux-mêmes, les mots tendent à perdre leur matérialité et à disparaître pour ne laisser que l'essence du sentiment convoqué. Et quand cette dynamique incantatoire est supportée par force trompettes, choristes, cordes, guitare électrique, breaks de batterie et accords majeurs qui rock et qui roll en ostinato cavalier, c'est là que c'est beau, mon frère, et c'est là que c'est beau, ma sœur.

Chez Spiritualized, on ne cherche pas le sentiment le plus sophistiqué possible : on en prend un tout simple, connu de tous, et on l'exalte. Et de la même façon qu'il n'y a qu'un nombre limité d'histoires mais une infinité de façons de les raconter, les sentiments ne sont pas innombrables, mais il y a moins d'étoiles dans le ciel que de manières de les mettre en musique.

Sur ces belles paroles, faites entrer Jésus et l'été dans votre cœur : Sweet Heart Sweet Light.

English Version

Spiritualized's new album, “Sweet Heart Sweet Light,” is epic. And by epic, I do mean epic.

Epic (adj.):
1. Noting or pertaining to a long poetic composition, usually centered upon a hero, in which a series of great achievements or events is narrated in elevated style.
2. Resembling or suggesting such poetry.
3. Heroic, majestic, impressively great.

That's what “epic” really means. I understand the whole joke-concept of “epic fail,” but, well, if you start using this adjective so easily (say, for a lol cat), what word do you use when you actually want to mean “epic”? When you want to talk about “Sweet Heart Sweet Light,” for example?

Since “Ladies and Gentlemen We Are Floating in Space,” the 1997 album that looked like a masterpiece, Spiritualized's hammer has been hitting pretty much the same nail with slight variations, and so does the new LP. Jason Pierce's band seems to be one of those that, from AC/DC to Beach House, will always sound pretty much the same, but always with grace and/or majesty. And, in Spiritualized's case, with gorgeousness.
Not trying to do something new, they attempt to go further, to dig deeper.

The shape of the sound is still so warmly organic, vibrant and sensual: the stuff with which a-temporal things can be made. It smells like sweat and cigarette smoke and feels like wood and steel and brass and skin.

Spiritualized sounds like nothing else, because it actually sounds like anything else. It's like a super energetic smoothie made of all the rock'n'roll fruits available. It's the brightness of the Beach Boys melt with the laid back generosity of the Rolling Stones, it's the slacking of Dinosaur Jr. mixed with the ingenuous pomposity of Tears For Fears. All at the same time.

Apparently, it hasn't been easy to reach that richness: it took two years, several studios scattered between L.A., Wales, and Reykjavik to record the album, and an entire year to mix it.

With tracks that can run to 8'52 (“Hey Jane,” a galloping single so heroic that it dares a second intro at 3'39), “Sweet Heart Sweet Light” is more for monotonous long trips than for cigarette breaks. If you allow me to use a cliché (they are always useful): that's the music Easy Riders' Denis Hooper would listen to on his chopper, riding on the road to where it's burning hot and the girls are high and skinny and naked. But most of all: it's the soundtrack of a journey whose end matters less that its trajectory, so you reach destination blissfully happy, but you forgot what you came here for.

The songs are always built more or less the same way. A melodic line is repeated tirelessly, driving a grandiose harmonic machine that will grow to such maximalism that you won't remember how it began. It's a blazing epic tale supported of choirs, strings and brasses.

“Sweet Heart Sweet Light” does not really contain any highlight, because each track actually tries to build its own apex. On a solid and serene drum-bass rhythmic tango, melodic elements are superimposed. They blossom and they flourish so greatly that they sometimes flirt with dissonance (“Headin' for the Top Now”). In middle of that bouquet emerges the singing of Jason Pierce, limited but moving because honest (“the better the singer, the harder it is to believe what he sings,” said honesty expert David Byrne).

A thrilling smell of freedom exudes from each song: it's the smell of the jam session. Jamming is a marvelous thing. In the best form, it can create an unbeatably moving feeling of friendly communion and collective transcendence. The thing is: too often, jamming bands are just a bunch of nerdy musicians who mistake their instrument for their penis.They call a guitar an “ache” and a trombone a “bone.” And they wear tie and die shirts. And goatees.

But in a good jammy song, no one tries to be louder or more virtuoso looking than the guy playing on his side. Everybody puts a bit of his own energy on the musical adventure and tries to serve the song in the best way possible, with humbleness and devotion. Not playing a lot of notes, but playing the right ones.

A good jammy song is the definition, made with sounds, of togetherness.

Spiritualized is a jamming band. And on “Sweet Heart Sweet Light,” more than ever (or at least as much as in “Ladies and Gentlemen We Are Floating In Space”). But one of the good ones. We can trust Pierce to make everyone know where he belongs.

The charm, verily the magic, of Spiritualized, stems strongly from the candor of its ambition. Each song convokes a simple and universal feeling, and supports it with a fierce and naïve enthusiasm.

Things always hang around an egotistic study of love; its presence, its absence or its ambiguity (“Too Late”); may it be for someone else (“Hey Jane”) or for oneself (“So Long You Pretty Things”).

Pierce's taste for transcendence and spirituality is expressed more than ever on the new album. And it rings as much in the music itself than on the lyrics, which deal a lot with the holy stuff, offering generous amounts of “Lord” and “Jesus” and “soul” and “pray.”

But above all, the holiness of the songs rests on their litaniesque functioning.

The lyrics are always carry that bright simplicity that makes things heavenly beautiful. “Help me Lord, / Help me Jesus, / 'Cause I'm lonely and tired. / Help me Lord, it ain't easy, / 'Cause I live with the blinds. / I've got no reason to believe in anything.” (“So Long You Pretty Things”): it's not exactly poetry, and no need to hear it twice to get what it means. And the thing is: you will hear even more than twice. And the result is that the words themselves tend to disappear, just like in a litany, and what's left is the essence of the feeling brought by the song. And when it's supported by royal horns and graceful choirs, a dramatic acoustic piano and enlightened strings, a gallant electric guitar and daring drum breaks, all of them playing major chords and rocking and rolling on a terrific ostinato, that's when it's beautiful.

Spiritualized is not about finding the most sophisticated feeling. It's about taking a simple one, known and experienced by everybody, and exalting it. And just like there is a limited number of stories, but infinitely various ways to tell them, the range of feelings is not endless either, but there are less stars in the sky than different ways to convey them through music.

Please take a moment to think about that, and make Jesus and the summer heat enter your heart: “Sweet Heart Sweet Light.”

Audio

Tracklist

Spiritualized - Sweet Heart Sweet Light (Fat Possum, 2012)

01. Huh? (Intro)
02. Hey Jane
03. Little Girl
04. Get What You Deserve
05. Too Late
06. Headin' For the Top Now
07. Freedom
08. I Am What I Am
09. Mary
10. Life Is a Problem
11. So Long You Pretty Thing


Yuck – Yuck

yuck-yuckYuck est un phénomène ! De foire, de société... A vous de faire votre choix. Il n'en reste pas moins que cette monstruosité grandissante ne laisse personne indifférent, et surtout pas nous. Né des cendres de Cajun Dance Party, cette entité tricéphale plus un recycle avec débrouillardise les débris sonores qui firent la gloire de notre adolescence transfigurés en un agglomérat de tubes canonisant les années 90 comme la décennie musicale incontournable. Les fantômes de Dinosaur Jr. et de Sonic Youth rôdent autour des mélodies de nos saltimbanques, l'odeur de sexe et les pensées malsaines en plus. Question titre, la bande à Blumberg ne s'est pas franchement cassé le cul. Un nouvel album éponyme à ranger dans vos bacs à disques ? Yuck est bien plus que cela. Conçu à la va-vite mais construit pour durer, ce LP, à l'image de celui de Girls l'année dernière, redéfinit avec larsen et fantaisie la manière d'apprécier le rock comme Nirvana le fit en son temps. Un phénomène on vous dit...
Il n'y a pas à tortiller du cul, ce qui aura séduit un label comme Fat Possum (The Walkmen, Smith Westerns, Crocodiles) à signer Yuck, c'est avant tout la capacité du groupe à arranger ses compositions de pourtours mélodiques. Un pied dans le shoegaze le plus électrique, l'autre dans une pop des plus raffinées. Le single Georgia avait particulièrement bien préparé le terrain. Une rythmique lo-fi stridente et un duo sexy de voix mixtes entremêlées. Une douce grenade qui allait gentiment nous péter à la gueule. Et pourtant, les hits ne manqueront pas à cet album qui n'en finira pas d'assourdir nos esgourdes. Get Away enclenche la machine sur un son craspec et noisy rappelant les grandes heures du trio mythique de Lou Barlow. Hymne sublime pour tous ceux qui en 2011 portent encore des jeans troués aux genoux et des surchemises. The Wall pousse d'un cran l'escalade sonique de Yuck, le guitariste Max Bloom s'en donnant à cœur joie, poussant son instrument dans ses derniers retranchements. Et quitte à citer des références, c'est dans Evol de Sonic Youth qu'on trouvera le plus de points de comparaison avec Holing Out, aussi bruitiste que poétique. Voilà typiquement le genre de morceau dont l'architecture pop semble avoir viré au drame. Une structure basique couplet/refrain dont la rythmique harmonique vrille en un quart de seconde, salopée par un amas de saturations.
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Nourri à Pavement, Pixies et autres Silver Jews, comme nous le confessait il y a peu Daniel Blumberg lors d'une rencontre inattendue au Midi Festival, celui-ci garde de ses aînés le goût du songwriting à double tranchant et une attirance pour les complaintes cafardeuses. Difficile de faire plus amer que Suck, ballade dont le spleen nous ronge jusqu'à l'os alors que Suicide Policeman démontre l'aisance avec laquelle nos petits prodiges arrivent à jouer avec les faux-semblants.  Arrive enfin Rose Gives a Lilly, excroissance instrumentale poétique dont la virtuosité frôle le divin. Un nectar se savourant en boucle, encore et encore... avant la débauche finale d'un Rubber aussi abrasive que fantasmagorique. Apothéose érotomane et cauchemardesque, arrachant nos visions adolescentes dans un terrible et langoureux vrombissement.
Définitivement, il y a de quoi se surexciter à la sortie de ce premier disque qui se rend inestimable au fil des écoutes. Venu des quatre coins du globe, les quatre comparses de Yuck ont beau avoir posé leurs valises à New-York, leur regard reste tourné vers Seattle. Et rien que parce que ce groupe a su rendre le grunge cool, je dis chapeau bas.

Interview

Videos

Lives

Tracklist

Yuck – Yuck (Fat Possum, 2011)

1 - Get Away
2 - The Wall
3 - Shook Down
4 -Holing Out
5 - Suicide Policeman
6 - Georgia
7 - Suck
8 - Stutter
9 - Operation
10 - Sunday
11 - Rose Gives A lily
12 - Rubber


Yuck l'interview

90506099_640On n'a pas calé officiellement d'interview en cette fin de Midi Festival. Mais après les ratés de la veille, on se devait de dénicher un entretien pour clore avec cette inoubliable aventure hyèroise. En trainant durant les balances de l'après-midi, on tombe sur le seul survivant du groupe Yuck, le chevelu Daniel ; les autres membres du groupe profitant de la plage. Lui déteste le soleil et nous prévient d'entrée de jeu qu'il est assez chiant mais nous accorde tout de même une brève interview dans les loges. Et on s'est bien marré.

Yuck vient de signer chez Fat Possum Records et sortira un single le 24 novembre prochain joliment nommé Georgia.

Vidéo

Audio

Yuck - Georgia

Live


The Walkmen - Lisbon

lisbon-walkmenIl n’y a pas si longtemps, mon rêve le plus cher était de flétrir sur le bord d’une vieille route du Nevada, me basculant sur un rocking-chair, de longs cheveux gris me balayant le visage au gré du souffle du vent, brûlant et sablonneux. Une bouteille de bourbon dans les pattes, je passerais de longues journées à observer l’horizon en écoutant de vieux tubes bluesy qui ont fait la gloire des états sudistes des USA. Seulement depuis que j’ai arrêté de picoler, j’ai comme qui dirait jeté mon capital retraite aux crotales. De plus, mon inspiration pour le blues rock s’est amenuisée au fil des années tant ses héritiers semblent avoir perdu tout intérêt pour le genre lui-même. Bien heureusement, il y aura toujours quelques artistes comme Mark Lanegan ou The Walkmen pour tenter de lui offrir un second souffle à travers quelques folk songs écorchées suintant la poussière et l’alcool de malt. Quoique…
Si You & Me restera certainement mon album préféré de 2008 (découvert en 2009), beaucoup y préféreront l’album Bows + Arrows, paru quatre ans plus tôt, pour son côté brut et parfois encore hésitant, mais touchant au cœur à chaque fois. Je n’ai rien contre. Lisbon marque donc un nouveau pas pour nos cinq de la côte est, mais peut-être celui de trop. Habitué à nous pondre un nouveau chef-d’œuvre tous les deux ans, le combo mené par le crooner Hamilton Leithauser réalise peut-être ici l’album qui lui ressemble le moins. Il semblerait que les plages de la capitale portugaise ne soient pas la source d’inspiration que nous attendions pour nos Walkmen, qui sombrent rapidement dans l’indie surf le plus insipide (Juveniles, Woe Is Me). Et que dire de Stranded qui semble tout droit sorti du répertoire de ? Croyez-vous que les membres du groupes ont rapporté dans leurs valises chapeaux mariachis et maracas ?

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Mais casser ainsi du sucre sur le dos de Lisbon serait toutefois injuste, car malgré une nette déception, ce nouvel opus recèle néanmoins quelques trésors dont la subtilité n’a d’égale que la hargne déployée par ceux-ci. Cela a d’ailleurs toujours été le cas, que ce soit avec The Rat, On The Water ou In The New Year… Les meilleurs morceaux de The Walkmen fonctionnant sur un compromis entre rage contenue et explosion de tension, il allait de soi que Blue As Your Blood deviendrait le nouveau titre phare du groupe. Ici pas de détonation, mais un titre douloureux et poignant qui témoigne de la maestria de Leithauser concernant l’orchestration de la mélancolie à travers une montée électrique et toujours sur le fil. A ce titre, While I Shovel The Snow sort également du lot, en véritable complainte blues exécutée au piano droit, instrument familier du band new-yorkais. Parlons aussi d’Angela Surf City qui, si elle ne semble pas se démarquer au premier abord, prend au final plus de profondeur après quelques écoutes grâce à son corpus de rock incandescent et de lamentation hargneuse, couché sur une rythmique de batterie cyclique et sèche.
Alors Lisbon est-il un mauvais album ? A cette question je ne peux répondre que par non, mais pas de manière ferme et convaincue. Le successeur du presque trop parfait You & Me pèche par un sens de la nouveauté qui sied mal aux Walkmen. Si on ne peut s’empêcher de saluer la prise de risque et de ne pas en vouloir au groupe d’avoir tenté de se tourner vers des sonorités plus « sunny », celles-ci désorienteront les fans de la première heure. Celui-ci ne permettra pas non plus au profane de découvrir toutela palette émotionnelle dégagée par la musique du groupe de Leithauser. Donc sans être véritablement un mauvais disque, Lisbon restera un album mineur dans la discographie majestueuse d’un des plus grand blues folk band de ces dix dernières années.

Audio

The Walkmen – Blue As Your Blood

Tracklist

The Walkmen – Lisbon (Fat Possum, 2010)

01. Juveniles
02. Angela Surf City
03. Follow The Leader
04. Blue As Your Blood
05. Stranded
06. Victory
07. All My Great Designs
08. Woe Is Me
09. Torch Song
10. While I Shovel The Snow
11. Lisbon


Wavves - King Of The Beach

frontVas-y je te laisse la chronique, ce disque m'a autant excité que la découverte des accords majeurs chez Offspring. Moins violent qu'Aki, mais non moins mesquin : un joli coup de latte dans les prémices d'une écoute sérieuse, celle primordiale, débarrassée en théorie de tout a priori. On repassera. A moi donc le troisième disque de Nathan Williams, King Of The Beach (dont la sortie sur Fat Possum vient récemment d'être avancée au 13 juillet), agissant toujours sous le nom de Wavves mais depuis rejoint par Billy Hayes et Stephen Pope, assurant respectivement batterie et basse pour le regretté Jay Reatard qui les jeta comme des malpropres. Exit donc Ryan Ulsh, remercié après la piteuse prestation du duo sous ecstasy et valium lors de l'édition 2009 du Primavera Sound Festival (ahah). Prestation qui valut, non sans ironie, les excuses d'un Nathan déclarant être dépendant à l'alcool. Cherchez l'erreur. Mais au-delà du back-line et des histoires de drogues et de bastons avec Jared des Black Lips (ahah), c'est à un grand ménage de printemps qu'à procédé le troublion : tentant le pari de faire autre chose que sur ses deux albums précédents, Wavves (Woodsist, 2008) et Wavvves (Fat Possum, 2009), tout en sortant des carcans surf-rock et hard-fi dans lesquels le commun des mortels tentait vainement de l'enfermer, le jeune homme de vingt-quatre piges, qui s'était jusque-là toujours autoproduit, s'est entouré pour ce troisième effort d'un producteur, et non des moindres, Dennis Herring (Modest Mouse, Elvis Costello). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la différence est notable : faisant encore évoluer il y a peu ses mélodies dans un remugle de saturations crasses, par le biais notamment de quelques maxis bruts de décoffrage (California Goths, 2009, To The Dregs, 2009) - empruntant les structures pop propres des grands frères, Pavement et consort, pour les noyer de distorsions chères à My Bloody Valentine - Nathan a radicalement tranché dans le lard et choisi une production claire et énergique tout en se gavant effrontément de l'héritage de feu Kurt Cobain.

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Au risque d'en décevoir plus d'un, Wavves se soustrait aux structures cornaquées d'électricité sauvage pour bétonner ses riffs devenus aussi compacts et efficaces que ne l'étaient ceux des inoxydables Nirvana. Affranchissant son songwritting et sa voix du brouillard assourdissant mais jubilatoire d'antan (au hasard, So Bored, No Hope Kids, California Goths), Nathan Williams semble ne plus s'intéresser ni aux goths, ni aux exubérances sombres d'une jeunesse californienne scénarisées à la perfection par Larry Clark dans Ken Park, mais bien à l'insouciance qu'on coltine bien plus facilement à cette dernière. Le bien nommé King Of The Beach fait honneur dans toute sa splendeur échevelée à cette nouvelle appétence, quand un bon tiers des morceaux le composant fait étal de cette même soif de vitesse sans ambages, parfois lumineuse (King Of The Beach, Take On The World, Post-Acid), parfois un brin fade (Super Soaker, Idiot). Difficile de ne pas grincer des dents lors de balades guillerettes très teen movie (Green Eyes, Convertible Balloon, Baby Say Goodbye), surtout que l'attention redouble lorsque la musique de Wavves se fait plus alambiquée, moins évidente, où les voix sont salement réverbérées et les synthés triturés (When Will You Come ?, Baseball Cards, Mickey Mouse). En filigrane de cet attrait pour ces morceaux plus lents, c'est toute cette alchimie brumeuse entre électronique et son noise qui semble s'être dissipée d'un coup d'un seul avec les arrivées de Billy Hayes et Stephen Pope. Tels deux pachydermes à chemises à carreaux dans un magasin de joailleries opiacées, les compères envoient du bois, certes, mais dénaturent ce qui constituait l'ADN du son halluciné de Wavves. Regrettable ou pas, c'est comme ça, ce qui n'enlève rien à l'intense plaisir de pousser le volume à fond tout en sautillant comme un con dans son salon. Un disque d'été donc, loin d'être le disque de l'été.

Histoire d'en prendre plein les esgourdes, Wavves jouera le 22 juillet prochain à la Flèche d'Or. On y sera.

Audio

Wavves - King Of The Beach

Wavves - Mickey Mouse

Vidéo

Tracklist

Wavves - King of the Beach (Fat Possum / Bella Union, 2010)

01. King Of The Beach
02. Super Soaker
03. Linus Spacehead
04. When Will You Come?
05. Baseball Cards
06. Take On The World
07. Post Acid
08. Idiot
09. Green Eyes
10. Mickey Mouse
11. Convertible Balloon
12. Baby Say Goodbye


Crocodiles – Summer of Hate (Fat Possum records)

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Il y a des détails de l’histoire de la musique qui rapprochent des générations : ici, l’évènement fondateur est sûrement l’improbable rencontre musicale entre un jeune illuminé charismatique (Charles Manson) et une popstar à la dérive (D Wilson des beach boys). En effet, le titre du cd de Crocodiles (Summer of hate) est en tout point semblable à celui utilisé pour une compilation regroupant les sessions d’enregistrements datés de l’été 67 ayant débouché sur le premier album de Manson (Lie : the love and terror cult). L’anecdote tient dans le fait que cet album contient une chanson (Cease to exist) qui appartenait auparavant au répertoire des Beach Boys dans un format quelque peu différent.
A défaut de pouvoir rejouer la scène dans toute sa consistance (et son surréalisme), Crocodiles nous ressert le précepte post moderne : « quand les prémodernes se reposaient sur la tradition et les modernes sur l’avenir , les postmodernes auraient les pieds dans le vide. ». Dixit leur biographie les sources d’inspirations sont l’aliénation et la frustration que des adolescents peuvent éprouvés quand ils séjournent trop longtemps dans une ville dortoir. Musicalement cela donnerait (toujours selon leur biographie) un mélange entre le Velvet Underground et Jesus and Mary Chain ; encore un grand vide.
A titre personnel j’accorde une valeur marginale à ce genre d’emballage commercial d’un groupe de rock. Ce cd est avant tout un bon disque de power pop nostalgique d’une époque où Spectrum, Drop Nineteens ou Sonic Youth brillait en affichant déjà les mêmes aspirations (sortir d’un quotidien morose). Pensez grands espaces, recherche sonique et psychédelisme…

Nicolas

AUDIO

Crocodiles - Summer Of Hate

TRACKLIST

Crocodiles – Summer of Hate (Fat Possum)

01. Screaming Chrome
02. I Wanna Kill
03. Soft Skull (In My Room)
04. Here Comes The Sky
05. Refuse Angels
06. Flash Of Light
07. Sleeping With The Lord
08. Summer Of Hate
09. Young Drugs