Unkle - Where Did The Night Fall

unkle_where_did_the_night_fallAhhh! Si le ramage de James Lavelle se rapportait au plumage de Dj Shadow…Bien des années ont passé depuis le mythique Psyence fiction, transformant Unkle en véritable usine à collaborations, surfant sur les courants musicaux avec plus ou moins de dextérité.Et bien que chaque nouvel album s’inscrive dans une continuité cohérente et appliquant une politique de métamorphose perpétuelle, il manque à l’ensemble une touche personnelle qui distancie trop l’objet de son auteur.
La où Psyence fiction et pas forcement Never, Never Land portaient la marque d’un auteur tentant de sortir le trip-hop de son ghetto, s’appuyant sur des featurings puissants et d’une production balèze, carré, acéré… devient par la suite un vaste foutoir (War Stories) où l’ex boss de Mo’Wax semble se laisser bouffer par des invités toujours plus nombreux, imposants leur patte sur la sienne. Le Dj/Producteur anglais paraissant posséder une liste de contacts grosse comme un botin. Mais quantité n’a jamais rimé avec qualité. Exit donc Ian Brown, Tom Yorke, Robert « 3D » Del Naja…. James Lavelle préfère voguer sur l’effet de mode en s’assurant les services d’artistes bien en vue comme Sleepy Sun ou encore Katrina Ford des Celebration (attention pas les gateaux !). Donc bien entendu ce nouveau morceau bravoure prend une tout autre couleur. Un premier vrillage dark-psyché grâce aux monstrueux Black Angels (On attend toujours le nouvel album !) qui donneront l’orientation de The Answer, marqué par la présence du gigantissime groupe post-punk : Big in Japan. Gavin Clark et Joel Cadbury, fidèles auxiliaires du projet s’il en est signent les plus beaux titres de ce Where did the night fall. Falling Stars, pop-song à vif, susurré de la voix écorchée du leader de Sunhouse et Ever rest, inquiétante piste stratosphérique, à la fois entêtante et venimeuse. Le timbre enrouée de Mark Lanegan remplace au pied levé celui plus au perché de son comparse Josh Homme des QOTSA, et pose sa grogne habituelle sur quelques notes de pianos inoffensives et une ligne de guitare grasse, rendant le track ennuyeux et rapidement oubliable.
Where did the night fall est au final un album plutôt sympathique, mais tellement charnu qu’il en devient parfois écœurant. James Lavelle n’arrive pas à reprendre le contrôle du projet qu’il avait lui-même lancé, le laissant partir en roue libre, pour le meilleur à condition qu’on ne le savoure que par petite bouchée. Une conduite qui n’est pas sans rappeler celle de Massive Attack sur son dernier bébé d’ailleurs. Et bien qu’on ne puisse lui reprocher que son manque d’homogénéité, le fan hardcore se retranchera rapidement sur End titles… Stories for film qui n’en finit plus de nous livrer tous ses secrets.

Audio

Unkle - Falling Stars feat. Gavin Clark

Tracklist

UNKLE – Where did the Night Fall (Essential, 2010)

01. Nowhere
02. Follow Me Down feat. Sleepy Sun
03. Natural Selection feat. The Black Angels
04. Joy Factory feat. Autolux
05. The Answer feat. Big In Japan
06. On A Wire feat. ELLE J
07. Falling Stars feat. Gavin Clark
08. Heavy Drug
09. Caged Bird feat Katrina Ford
10. Ablivion
11. The Runaway feat. ELLE J
12. Ever Rest feat. Joel Cadbury
13. The Healing feat. Gavin Clark
14. Another Night Out feat. Mark Lanegan


Bonobo - Black Sands

bonobo_black_sands_albumcover_kIl y a mille et une façons de découvrir un artiste. Évidemment, il y a cette source incommensurable qu’est le web, mais il y a aussi votre charmant disquaire ou vos amis… Pour ma part j’ai découvert Bonobo au cours d’une soirée de dérive télévisée, scotchée devant une de ces émissions hasardeuses du PAF, dont je tairai le nom, histoire de garder un minimum de crédibilité à vos yeux. Si pour vous Bonobo n’évoque rien d’autre qu’un petit chimpanzé, sachez que Simon Green est un musicien/producteur anglais signé sur le respectueux label Ninja Tunes qui est diffusé dans un nombre conséquent de publicités/séries/films. Et si vous tendez l’oreille aux morceaux Flutter ou encore Ketto issus respectivement de Dial M for Monkey (2003) et Days to Come (2006), un magnifique « MAIS OUIIII » sortira de votre bouche (promis). Comme une suite logique, Black Sands arrive et pour ceux qui hésiteraient encore à tendre l’oreille, suivez mon périple en terre conquise. Cet album, c’est avant tout une invitation au voyage, à la ville comme en rase campagne, en Asie, comme aux frontières de l’Amérique. Nous entamons donc ce court séjour, au milieu d’un temple asiatique avec un Prelude doux et harmonieux qui s’enchaîne religieusement bien avec Kiara, gagnant en rythme et en gimmick si chers à notre guide. Notre chemin se poursuit avec Kong, la grande ville, le mouvement, la foule, la vie. Toujours cet esprit électro jazz omniprésent et si parfaitement maîtrisé qui sait si bien nous charmer. La talentueuse Andreya Triana prend alors part à notre voyage, de sa voix suave et veloutée, elle donne tout un relief à cet album. C’est au tour de l’Espagne désormais en suivant El Toro qui sait se faire entendre en proposant un large choix de percussions, au milieu de saxophones et de violons, orchestrés de mains de maître. We Could Forever est sûrement l’un des titres qui marquera l’album. Cette sensation de liberté nous imprègne, et du bout des doigts nous caressons les oiseaux, nourris de cette magnifique envolée de flûte traversière qui nous maintient en équilibre. En 1009 nous retrouvons le côté électrique, électronique de la ville pour ensuite perdre pied dans un ascenseur émotionnel avec All In Forms entre joie et mélancolie. Dans une cave aux lumières tamisées, The Keeper et Stay The Same, marquent cet esprit jazzy, et comme un fondu entre deux scènes d’un film soviétique noir et blanc arrive Animals qui note la patte du label, titre qui aurait tout aussi bien pu se trouver sur la tracklist de Man With a Movie Camera des Cinematic Orchestra. C’est maintenant la fin du voyage, toujours difficile, ici marquée par Black Sands aux tons mélancoliques, qui nous fait doucement redescendre de notre nuage.

Audio

Bonobo - Eyesdown (feat. Andreya Triana)

Tracklist

Bonobo - Black Sands (Ninja Tune, 2010)

1. Prelude
2. Kiara
3. Kong
4. Eyesdown
5. El toro
6. We could forever
7. 1009
8. All in forms
9. The keeper
10. Stay the same
11. Animals
12. Black Sands


Caribou - Swim

pe-caribou-swimLorsque j'ai mis le nez dans la vidéo d'Odessa sur Hartzine (merci Hartzine j'te kiffe) j'ai tout de suite été prise d'une irrépressible envie de secouer tout mon corps, les cheveux dans les yeux, de boire beaucoup, et de m'abandonner toute entière à une transe entourée de jeunes gens beaux et sexy sur une plage au crépuscule. Ce titre sous hallucinogène, au son un peu crasseux et vicelard, fut une bénédiction dont je remercie le ciel et c'est avec une avidité non dissimulée que je me suis jetée sur l'album, et sur la place de concert pour voir Caribou au Point Éphémère vendredi dernier.

Dan Snaith cache bien son jeu. C'est la conclusion à laquelle je suis arrivée vendredi soir, en sueur, après un live bouillant auquel je ne m'attendais pas du tout. Mais alors pas du tout. Car pour tout dire, une fois lâchée la touche repeat sur Odessa, la plongée en apnée dans le nouvel opus du Canadien ne m'avait pas vraiment convaincue. Caribou est un habile manipulateur de boucles, qu'il tisse de petites douceurs pop s'enroulant joliment sur les oreilles. Son electronica subtile nage la brasse coulée avant de s'envoler dans un monde ouaté et sous LSD. Sun et Kaili m'ennuient un peu, le son est lisse, un peu trop lisse et le chant se révèle parfois limite (tout le monde ne peut pas monter dans les aigus comme Alexis Taylor). Je retrouve le côté sombre d'Odessa sur Found Out, où deux voix s'entremêlent et où les percussions crasses finissent de m'entraîner à nouveau dans les profondeurs aquatiques de Swim. L'album navigue sur des eaux dance un brin désuètes, qui me laissent un peu mitigée sur cet album et le soir du concert, j'arrive là sans trop d'attente. M'imaginant même que je vais peut-être m'ennuyer un peu.

Fort heureusement je me trompe souvent, et c'est encore le cas ce soir ! Je commence à avoir la puce à l'oreille en voyant la salle se remplir comme un œuf de gens ma foi très en forme. Du genre "vas-y ça va chauffer héhé". Sur scène, les deux batteries (une grande en face d'un petite), les claviers, laptops, et guitares trahissent à leur tour une volonté assez évidente d'en découdre. Ça me rassure, j'enlève donc ma veste. 21h30 le groupe arrive et débute un set boosté aux amphètes qui me laissera euphorique dès le premier titre. Comme je vous le disais ce Québécois retord cache bien son jeu. Bidouilleur archi doué de studio, il transforme les rythmes soft et dancy de l'album en véritable pugilat hautement électro-rock une fois sur scène. Des titres assez planant comme Bows, qui ouvre le show, deviennent de redoutables machines disco. Le public n'économise d'ailleurs pas son énergie ce soir, ça gigote dans tous les coins et mon fantasme d'Odessa devient presque réalité (malheureusement les gens n'étaient pas tous beaux et sexy). Assez ironiquement, c'est le titre phare et tripé de l'album qui passera pour une moindre surprise dans ce show électrique. Raccourci et moins puissant que dans sa version studio, ce fut ma seule déception. Et puis en live comme en studio, les voix de Dan et de son bassiste Ryan Smith ne sont pas toujours à la hauteur des notes, mais peu importe. L'énergie envoyée ce soir par Caribou m'a largement convaincue de réécouter tout l'album (et les autres, superbe Andorra) avec une attention différente car l'animal est un orfèvre ultra doué qui mérite qu'on s'attarde plutôt deux fois qu'une sur Odessa.

Audio

Caribou - Found Out

Tracklist

Caribou - Swim (City Slang, 2010)
1. Odessa
2. Sun
3. Kaili
4. Found Out
5. Bowls
6. Leave House
7. Hannibal
8. Lalibela
9. Jamelia


Tristesse Contemporaine l'interview

  • On a souvent pas grand-chose à dire et encore moins à demander à un groupe qui n'a qu'une seule chanson à son actif. Cela dit, quand le groupe a pour nom Tristesse Contemporaine, les cartes sont légèrement redistribuées. Logiquement s'ensuit une discussion sur le conservatisme religieux prôné par un mec qui s'appelle Hyppolite et le décompte du nombre de Suédois et de Japonais présents à la prochaine coupe du monde de football. Entre-temps vous aurez appris beaucoup de choses sur ce groupe à la fois proto & post d'un style musical pas encore identifé...
tristesse-contemporaine-3-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine

On a très peu d'infos sur le groupe. Leo, tu joues dans Aswefall...

Leo : Oui.

Narumi, tu faisais des apparitions sur les lives d'Aswefall...

Narumi : Oui, je jouais sur le premier album.

Mike était dans Earthling...

Narumi : Et en fait, je jouais avec lui dans Telepopmusik, c'est comme ça qu'on s'est rencontrés.

Au sein de Tristesse Contemporaine, ça fait combien de temps que vous jouez ensemble ?

Narumi : Notre premier concert était au Pop In On s'est formés l'année dernière.

Leo : Ouais, c'est ça, à l'été, l'automne dernier. Après on se connaît depuis pas mal de temps. Mike et Narumi se connaissent depuis longtemps. Ça doit faire deux ans que Narumi m'a présenté Mike. On s'entendait bien et on a toujours parlé de faire un morceau ensemble. On a fait une chanson qui est désormais sur le second album de Aswefall. Puis j'ai commencé à travailler avec Narumi aussi...

Narumi : C'est à partir du moment où on a senti qu'on avait besoin de chant, qu'il manquait quelque chose, qu'on s'est dit : « Tiens, pourquoi pas Mike ? »

Leo : Oui, c'était très logique. Comme tous les deux, on aimait bien Mike, on lui a demandé de participer. Au début, on avait pensé, Narumi et moi, faire un groupe à deux. On a commencé à deux. On a ensuite un peu lié ces deux projets.

A l'heure actuelle, Tristesse Contemporaine est vraiment un groupe ou davantage un side project d'Aswefall ?

Leo : C'est plus un groupe...On se voit chaque semaine, on travaille ensemble.

Niveau line-up, si j'ai bien compris : Leo joue de la guitare, Narumi du synthé  et Mike chante. Tout ce qui concerne la batterie et la programmation, quelqu'un s'en charge en particulier ou vous bossez tous dessus ?

Leo : Le studio dans lequel on travaille, c'est mon studio que je partage avec un pote, Julien Plaisir de France. Après on enregistre beaucoup de rythmiques avec des micros. Des fois c'est moi, des fois c'est Narumi, des fois c'est Mike qui fait ça. Je gère plus le côté technique mais sinon tout le monde participe.

Concernant votre nom de groupe, c'est LE truc sur lequel tout le monde s'arrête. C'est purement pour le côté catchy un peu nihiliste ou pour la référence au bouquin d'Hippolyte Fierens Gevaert ?

Leo : C'est grâce au bouquin que j'ai trouvé le nom. J'ai travaillé  dans les livres anciens, place de la Sorbonne. C'était une librairie philosophique. Je fichais ce livre et j'ai trouvé le titre assez fort...

Narumi : On cherchait un nom français parce qu'aucun de nous n'est français mais ça fait longtemps qu'on vit à Paris, c'est ici qu'on travaille donc on voulait quelque chose de lié à la France et on a trouvé ce nom. On a tous commencé à lire le bouquin. J'ai pas pu terminer. Tu l'as terminé, Leo?

Leo : Non je ne l'ai pas terminé.

Narumi : Tout le monde a commencé à la lire. C'est assez intéressant...

Leo : Oui, c'est marrant.

... Ça traite des courants moraux et intellectuels du 19ème siècle, c'est ça ?

Leo : Oui, voilà. C'est un peu second degré... et un peu troisième aussi... et premier. Ça parle des gens des villes qui ne vont plus à l'église le dimanche et qui par conséquent perdent les valeurs fortes de la religion. Les gens se concentrent davantage sur des trucs très court terme et assez superficiels. Il parle beaucoup de ces choses-là et j'ai trouvé que même maintenant, 100 ans après...

... C'est encore d'actualité...

Leo : Oui, même encore plus. Toutes les questions actuelles sont basées sur ça, même plus maintenant...

... C'était visionnaire...

Leo : Bon, après je pense pas que ce soit un grand...

Narumi : ...écrivain

Leo : Lui est conservateur. J'ai eu l'impression qu'il voulait dire que si les gens allaient plus à l'église, on aurait moins de problèmes.

Narumi : A partir du moment où les gens ont arrété d'aller à l'église, il y a eu des problèmes...

Leo : ... si les gens reviennent vers l'église, tout ira mieux. Moi j'ai capté ça. Après, je ne lis pas très bien le français.

(S'ensuit une digression sur le fait que le bouquin  est reconnu en Belgique et peu en France et sur l'hypothese qu'il s'agirait d'une vision belge du monde...)

Leo : Finalement, ça collait avec ce qu'on voulait. On a hésité. Les gens disent : « Vous êtes pas français », mais ça fait très longtemps qu'on est sur Paris. On est peut être pas français mais au moins parisiens.

Narumi : Au début il y a beaucoup d'amis français qui étaient contre ce nom de groupe.

Vous aviez pensé à  quoi comme autre nom de groupe à l'époque ?

Leo : Il vaut mieux pas le dire (rires). On a cherché. Au moment où on a fini le premier titre, on s'est dit : « Si on fait écouter le morceau à quelqu'un, il nous faut un nom de groupe ». On a cherché pendant 2 ou 3 semaines.

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Il y a encore peu de temps, le mec de oOoOO me disait qu'à l'heure de la musique sur internet, les noms de groupes n'importaient plus, seul l'identité visuelle était primordiale. Sur votre blog, on voit que vous avez également une marque visuelle assez forte avec des références à la Nouvelle Vague notamment. Nom de groupe et visuel, ça fonctionne ensemble pour vous ? Vous ne pourriez pas vous baser que sur un visuel par exemple ? Le nom du groupe est très important ?

Narumi : Oui, c'est important

Leo : Après, je pense que c'est un « statement ». Je ne me rappelle plus du nom du groupe... un groupe suédois... This quelque chose.

Narumi : This quelque chose ? (rires) Un groupe français ?

Leo : Non, suédois...

... Ils font de la pop ?

Leo : C'est instrumental.

Narumi : Ah, dingdingding (en imitant le son d'une machine). C'est pas ça ?

Leo : Le truc, c'est qu'ils notent tous les morceaux de façon chronologique : 1, 2, 3, etc... En ce moment j'ai l'impression que... C'est pas très nouveau mais j'ai l'impression que c'est un peu la mode en ce moment.

Narumi : Je crois qu'il existait déjà un mec qui faisait ça.

Leo : Oui, ce n'est pas nouveau. Il y en aussi qui notent les morceaux par rapport aux tempos, des choses comme ça. Je pense que klf a fait ça. Personnellement, je suis pour. Je trouve que c'est un bon développement. Je pense que de la fin des années 90 à il y a encore quelques années, les gens voulaient faire de la musique « underground » qui cartonnait. Artic Monkeys, etc... il y a plein d'exemples comme ça. Des groupes qui se disaient underground tout en voulant devenir Coldplay. Leur but était assez évident, d'autant plus que leur musique était très pop.

Narumi : Ils cachent ça mais en fait...

Leo : Bah ils cachent mal car c'est très pop et ils veulent vendre ça comme underground. Comme les disques ne se vendent plus, ce genre de stratégie ne sert à rien donc les gens partent plus dans les trucs arty du type pop instrumental avec des titres chronologiques. Finalement, c'est ça qui sort de la masse car moins de gens pratiquent ce genre de musiques et c'est un moyen de se démarquer.

Narumi : C'est comme en Angleterre avec le retour du vinyle...

Leo : ... C'est le vrai esprit underground qui revient, je trouve.

(Leo se rend comtpe qu'il a le nom du groupe sur son portable... Il s'agit de This Is Head.)

Le visuel de vos lives est également tres marqué. C'est assez dépouillé  et au milieu Mike attire l'attention avec son masque. C'est nouveau pour lui de jouer masqué ?

Narumi : Il n'a jamais porté de masque mais il avait toujours besoin de quelque chose. Un déguisement, du maquillage...Il a besoin de se transformer que ce soit devant 3, 100 ou 1000 personnes.

Pas de second degré là-dedans comme d'autres peuvent le faire ? Je pense au chanteur de Mayhem qui joue déguisé en lapin au milieu d'un concert métal...

Leo : Non je n'ai pas l'impression qu'il y ait de second degré le concernant.

tristesse-contemporaine-4-web1J'ai du mal à définir ce que vous faites. Le morceau en eéoute sur votre MySpace (51 Ways To Leave Your Lover) est à la fois monolithique et aérien. Comment qualifierez-vous votre musique ?

Leo : J'ai le même problème pour Aswefall.

Narumi : Ça correspond davantage à nos humeurs. Tu peux passer d'un état « dark » à un état euphorique. Notre musique reflète beaucoup notre état d'esprit. C'est spontané, au feeling. Ces changements ne sont pas vraiment recherchés. On ne se dit pas : « On va faire un morceau comme ça, comme ci ». On écoute nos morceaux et on ajoute ou on retire ce que l'on veut pour que ça nous paraisse bien.

Leo : On fait un peu exprès de ne pas mettre qui fait quoi au sein du groupe car c'est un peu anti-musique. Pour notre live, il y avait marqué  que je faisais du synthé mais en fait c'est de la guitare qui est juste super traitée... Le seul qui a vraiment un rôle défini, c'est Mike, il est chanteur. Mais concernant le reste, il représente un tiers du groupe. Le morceau en question, on l'a presque fait en un apéro. On a pris quelques bières, on s'est amusés ensemble. Des fois on fait fausse piste, des fois bonne piste. Le genre de truc impossible à faire avec une guitare acoustique. On n'est pas non plus dans un truc techno. C'est un truc entre les deux.

Narumi : On est super concentrés sur le coté technique du traitement du son...

Leo : La démarche... On n'essaye pas d'entrer vraiment dans la musique électronique.

Narumi : Quand je parle de musique avec mes amis, je dis toujours ça : la musique est le seul art qu'on ne peut pas contrôler entièrement. Contrairement à la sculpture, la peinture dans lesquels il n'y a pas de hasard. C'est une histoire de moments, de personnes et de hasards. C'est prétentieux de dire qu'on contrôle à 100% ce qu'on fait.

Leo : On essaye de plus être dans l'erreur que dans la performance. Nous ne sommes pas instrumentalistes.

Narumi : Si les sonorités nous évoquent quelque chose, on suit.

Parler de vous comme un groupe pop, ça va donc être compliqué ? Mettre une étiquette sur Tristesse Contemporaine est quasi impossible ?

Léo : On n'a pas la prétention d'être unique au monde dans notre démarche. On n'est pas un groupe pop. On n'a pas cette volonté de suivre une route bien tracée.

Votre single sort chez Fondation Records. Il s'agira de leur première sortie « rock ». Comment s'est faite la rencontre avec ce label ? C'était également une volonté de leur part de se démarquer des autres labels purement techno ?

Narumi : Par l'intermédiaire de Robert Alves, notre cher ami, qui travaille chez Fondation. Il prospectait des groupes rock. Julien (Danton Eeprom) cherchait à developper Fondation autrement qu'avec des trucs techno. C'est tombé au bon moment. Robert voulait écouter notre morceau. On lui a fait écouter et ça lui a plu. Julien a tout de suite aimé.

Leo : Après ça a pris du temps...

Narumi : Il a sorti son disque, il était hyper occupé.

Leo : Mais ça ne nous a pas freiné, on a bossé sur les autres morceaux. On a quasiment fini l'album. On a 8/9 morceaux. On a commencé  à développer le projet live.

Vous avez également produit des édits de vieux morceaux. C'est un truc qui vous intéresse ?

Narumi : Ah Criminal, ah David... C'était pour le podcast...

Leo : Je l'ai fait pour une mixtape Télérama, plus pour Aswefall. J'aime bien. On va en faire plus, à deux ou à trois. Mais on fait pas ça très sérieusement. C'est un loisir.

Narumi : Je vais peut-être me mettre au djing à l'occasion. Je ne suis pas dj mais j'ai plein de vinyles.

Leo : Je ne pouvais pas mettre Chris Isaak dans le podcast comme ça. C'était trop bateau.

En conclusion, quels sont vos projets à moyen et long terme ?

Leo : L'album. C'est pas fait encore. En décembre, on s'était dit que le live nous permettrait de savoir où nous en étions. On a eu de bons retours. Pour moi c'est le test ultime. Sans avoir la prétention de dire que notre live est le meilleur du monde. Si tu te sens bien sur scène, ça veut dire que c'est bien.

Narumi : Le live nous a aidé à bosser les versions finales des morceaux. Ce qu'on ressent sur scène nous permet de modifier les morceaux. On a évolué parallèlement.

Leo : On espère sortir ça à la rentrée prochaine.

Audio

Tristesse Contemporaine - 51 Ways To Leave Your Lover (sample) by Fondationrecords


Alex Smoke - Lux

l_d5036ae1d5bd42e6b3cc72f7239e94f8Avant de se pencher un peu plus sur le cas d’Alex Smoke et de son Lux, offrons-nous un petit voyage dans le temps, direction fin 2006, début 2007. La minimale piétine alors, l’életroclash vit ses dernières heures, la techno piétine, et ce pour le plus grand bonheur de certains producteurs, qui depuis quelques années colorent et ensoleille une musique électronique souvent jugée trop sombre. La tech-house devient le nouveau cri de ralliement, qui séduit, tandis que les pionniers sont appelés à changer ou à mourir. C’est dans cette ambiance d’extase et de lascivité que trois artistes vont accessoirement se faire faire remarquer. Il s’agit de Gui Boratto, Gabriel Ananda et Alex Smoke. Si nous sommes ici pour parler de mon dernier qui livra à l’époque un Paradolia aussi monstrueux que hors-piste, tandis que Boratto, lui, s’attacha à redéfinir avec psychédélisme une techno minimaliste tout en lui accordant quelques accents pop. Et si Gabriel Ananda quant à lui façonnait une électro froide caractéristique du son de Cologne, c’était pour mieux contrebalancer avec une rythmique safarienne et un climat tropical omniprésent. Une jungle dans laquelle l’artiste à dû se perdre depuis, qui le retrouve est prié de lui faire reprendre les chemins des studios. Et tandis que Gui Boratto ne cesse de transformer sa musique en une sorte de gang-bang transsexuel sonore brésilien, Alex Smoke retrouve les sonorités froides d’antan et plonge l’auditeur un peu plus loin dans ses cauchemars. Après le soleil, l’éclipse.
Je serais tenté de dire que la plongée abyssale et ténébreuse offerte par le dj de Glasgow prend forme autour de Lux+, dont il ne s’agira ici après tout que de la cinquième relecture. Bombe sonore à double lecture, ce morceau quelque peu décousu traverse les oreilles pour atteindre immédiatement le système nerveux. Un pied lourd et tremblant jouant méchamment sur les infrabasses pose une rythmique meurtrière sur laquelle est posée une nappe roulant en vague entre hautes et basses fréquences. Alex Smoke délaisse l’auto-tune pour le vocoder, déconstruisant sa voix puis la remodelant à l’infini jusqu’à la rendre inaudible. Voyageant entre techno dure et IDM craspec, le producteur livre des morceaux d’une noirceur peu commune. Même Platitudes, escapade pop, laisse deviner des paysages en décomposition. Complainte électro-cold wave perverse, altérée par les grésillements qui sonnent comme des bruits d’érosion. Paracelsus rappelle par instant les mélodies syncopées de Leftfield, tout en rapportant les visions d’un enfer froid et terrifiant. Mais c’est l’irrespirable et ciselant Blingkered qui marquera définitivement les esprits après écoute de ce nouvel opus. Une basse lourde et oppressante, écrasant la poitrine et réduisant vos neurotransmetteurs à de simples boules de flipper. Avec Lux, Alex Smoke dégage les kidz des dancefloors, réhabilite le clubbing pour adulte et s’assurera certainement une place de choix au palais de la noirceur électronique, le Berghain. Rien que ça !

Audio

Alex Smoke - Blingkered

Vidéo

Tracklist

Alex Smoke–Lux (Hum+Haw, 2010)

1. Ikos
2. Platitudes
3. Master Of Tomorrow
4. Blingkered
5. unCERN
6. Northwoods
7. Lux+
8. Paracelsus
9. Filla
10. Nothing Changes
11. Equate
12. Pilk
13. Physic


Chloé l'interview

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"L'Art, c'est la nature accélérée et Dieu au ralenti". Une maxime qui à elle seule pourrait bien résumer le parcours de Chloé. Sur des formats peu courus par les musiques de club, la Parisienne a eu tendance à ralentir l'allure. Après un acoquinage rapide à la pratique live, Chloé a récemment sorti son deuxième album One in Other (Kill The Dj). L'occasion était de parler de sens caché, de portes ouvertes et de spontanéité.

Je me rappelle de ta date au Confort Moderne (Poitiers) il y a deux ou trois ans, un de tes premiers lives pour The Waiting Room. Une certaine appréhension était palpable ce soir-là. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta découverte de la prestation live ?

Pendant longtemps je n’étais pas attirée par le live particulièrement, en tout cas je n’avais pas envie de faire un live club, le djing me suffit pour ça. Au fur et à mesure est venue cette idée de faire un live au ralenti, en revisitant des morceaux en direct, de façon spontanée et improvisée, c’est une prise de risque mais c’est enrichissant.

Un live techno, c'est différent d'un live rock, on ne peut pas changer la setlist tous les soirs. Quels ont été les facteurs te permettant de faire évoluer tes lives ?

Le live m’a donc permis de proposer au public ma musique que je produisais en studio jusque-là. Ça a fait le lien qui me manquait entre le studio et le djing. Le live m'a permis d'affirmer mon style, de trouver des idées en direct. Mon live est un amas de mes sons d’albums, de remixes, de maxis, de collaborations, et de sons à venir, le tout joué de façon improvisée.

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Est-ce que ces éventuelles évolutions ont impacté l'écriture de One In Oher ? Y-a-t'il eu un "après The Waiting Room" ?

Après The Waiting Room, j’ai continué à faire des morceaux, comme si je travaillais sur mon album. C’est comme ça que j’ai commencé à faire One In Other, c’est la continuité de The Waiting Room. Aussi, certaines trames de morceaux de One In Other sont tirées d'idées de mes lives, d’extraits de diverses collaborations. Je me sers de toutes les matières que j’ai pour faire mes productions.

One In Other est plus franc, la rythmique est beaucoup plus appuyée et il y a même des morceaux orientés plus dancefloor et pourtant tout cela reste brumeux, bancal... Penses-tu avoir réussi à trouver le pont entre la piste de danse et la maison ? Le djing a-t-il eu plus d'importance dans ce deuxième opus ?

Pour moi ce disque a été fait plus spontanément, donc il est peut-être plus radical que le premier, en tout cas plus affirmé. The Waiting Room était plus intime, sombre, mais se terminait sur une porte ouverte. Avec One In Other j'ai pris la porte, je suis sortie. Le fait de confronter directement ma propre musique en live m'a permis d'affirmer mon style. Malgré tout, je continue toujours et encore à jouer avec les contrastes (fermé/ouvert, chaos/cosmos, sens apparent/sens caché, etc.). C’est sûrement le point commun entre tout ça (prod, dj, live). Ce sont mes modes d'expression qui me permettent d’accentuer les effets de styles. Le djing continue constamment de me nourrir, tout comme la production qui nourrit mes mixes, je me sers de l’un et l’autre, comme je l’ai toujours fait d’ailleurs.

Quelles étaient les lignes directrices de One In Other ? Qu'est-ce que tu voulais explorer à travers un second album ?

Ce sont les liens entre l'Un et l'Autre, et la façon dont se tissent ces liens qui m'ont donné un point de départ. Je voulais les mots "one" et "other" dans le titre, le rapport entre l'un et l'autre. On dit "l'un dans l'autre", "ni l'un ni l'autre", "l'un après l'autre", etc. Le mot entre les deux aurait pu être n'importe lequel, finalement. Après chacun interprète comme il veut le sens, qui est l'un, qui est l'autre, chacun y trouve sa propre réponse. Le tout dit de façon suggérée.

Ça ne sera une surprise pour personne s'intéressant de près à toi mais en écoutant ton nouvel album, j'ai retrouvé l'éclectisme propre aux compilations (CD et/ou digitales) de Robert Johnson. Peut-être plus qu'ailleurs, il se dégage un son des artistes/des djs gravitant autour de ce lieu. Un mélange subtil de son dur et moelleux, de rythmes lents mais entraînants. Qu'est-ce qu'il se passe là-bas ? Il s'agit réellement d'un lieu de référence pour toi ?

Le Robert Johnson fait partie de ces rares lieux, un peu commme le Pulp, où l’on ressent une réelle liberté d’expression, c’est un petit endroit convivial, le sound system est dément, et le dj joue autant de temps qu’il le souhaite, ça peut durer longtemps, ça permet vraiment d’installer son ambiance. Je n’y ressens aucune contrainte.

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A ce titre, peux-tu nous présenter le projet Plein Soleil qui a sorti un maxi chez Robert Johnson ? Où en êtes-vous de ce projet ?

Plein Soleil est un duo électronique qu’on a créé avec Krikor en 2008. On a sorti deux maxis jusque-là (un sur le label Live At Robert Johnson, Casus Belli, un autre sur Resopal, Let’s Sway) et fait quelques remixes (Losoul entre autres). On prévoit d’autres maxis à venir dont un sur Kill The Dj Records.

D'ailleurs tu sors très peu de maxis... Le long format a plus d'importance à tes yeux ? Avec le digital, ce format vaut-il encore la peine d'être exploité ?

J’ai sorti pas mal de maxis avant mon premier album (liste ci-dessous), les albums sont une continuité logique, je continuerai à en faire malgré la crise du disque parce que j’ai toujours besoin de faire de la musique, et d’en écouter. Je n’ai jamais calculé en terme de marketing si c’était bien de sortir un disque ou pas, sinon je n’aurais même pas fait d’albums. A mes débuts je ne me concentrais que sur les maxis, aujourd’hui je me lance dans les projets d’albums, j’ai aussi plus de remixes, et de collaborations, et quand c’est possible des maxis.

* Plein Soleil - Casus Belli (Playhouse, 2009)

* Plein Soleil - Let’s Way (Resopal, 2008)

* Be Kind To Me (Kill The Dj, 2007)

* Suspended (Kill The Dj, 2007)

* Afterblaster avec Alexkid, 2006

* Point Final/Hand In Hand avec Sascha Funke (Bpitch Control, 2006)

* Around (Kill The Dj, 2006)

* What's The Matter (Karat, 2006)

* Troubles (Karat, 2005)

* Take Care (Crack'n Speed, 2005)

* The Flick Of The Switch (Dialect, 2004)

* The Forgotten EP (Karat, 2004)

* Erosoft (Karat, 2002)

J'ai vu que tu allais soutenir la sortie de One In Other par des dj sets à droite à gauche dans les mois à venir, comptes-tu le défendre également en configuration live ?

Je vais continuer à tourner dans les clubs et festivals en dj, mais je suis aussi en train de préparer un live avec les artistes visuels berlinois Transforma. On présentera le live en exclusivité le 15 mai au festival Les Nuits Sonores à Lyon, et à Paris à l’Alhambra le 17 juin.


oOoOO l'interview

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Après Cosmetics, continuons l'exploration de la face sombre de la musique de blog. oOoOO : nom énigme, line-up énigme, musique énigme... Les quelques réponses suivantes ne vous en diront pas plus sur l'identité  de la personne derrière ce projet. Cela dit, vous en saurez davantage sur ses trucs de geek de studio et son amour pour Chris Isaak et la littérature white trash....

Bonjour, tout d'abord, tu/vous peux/pouvez nous en dire plus sur toi/vous. Qui es/êtes-tu/vous ? L'image de la jeune fille dans l'onglet influence sur myspace est assez effrayante, elle fait partie du groupe ?

oOoOO : Non, mais j'aurais aimé. À l'heure actuelle oOoOO c'est juste moi, et parfois Mlle Lisa. Mais bientôt il y aura un autre membre à temps plein.

Quand j'ai montré votre myspace à mes amis, la plupart d'entre-eux se sont arrêtés sur le nom du groupe. J'ai de plus en plus de difficultés à me souvenir des noms de groupes alors le vôtre me convient, mais comment puis-je le prononcer ? Et que puis-je répondre à mes amis qui cherchent un sens ?

oOoOO : Je ne sais pas comment le prononcer. Mais ce n'est pas grave car tout se passe sur internet désormais. Les noms de groupe ne sont plus nécessaires. Il y a juste besoin d'un visuel pour identité. Ce qui est une bonne chose car je n'ai jamais été à l'aise avec les noms de groupes. La musique doit être indicible.

J'ai découvert votre musique dans un mix que mon frère m'avait fait. Le titre seaww était placé entre un track de Gatekeeper et d'autres trucs ambiant provenant du catalogue Kompakt. Je me suis dit ok, encore un titre horror électro. En allant sur ton MySpace, le lecteur s'est mis en route sur la piste No Shore, qui m'a tout de suite évoqué Boyd Rice et d'autres trucs néo folk assez obscurs. Après cela, j'ai écouté votre remix de deux vieux tracks club... un sacré grand écart. Sens-tu une filiation avec tous ces artistes et / ou ces genres ?

oOoOO : No Shore est une vieille chanson. J'avais l'habitude de faire des trucs plus orientés dark folk. Je vais y revenir un jour, mais maintenant je veux juste faire des tracks électroniques. J'aime tous les genres de musique, mais surtout les choses sombres. Je suis bon pour trouver de l'obscurité dans un rien, et parfois dans la musique la plus optimiste qui soit.

J'aime beaucoup ce travail sur les voix avec ces effets dans des tonalités graves. Comment fais-tu ça ?

oOoOO : Parfois, je bouge entièrement la totalité du morceau vers le bas, voir même je le ralenti . Il y a toujours une tentation, après avoir terminé le morceau, de rendre la version finale plus lente que prévu initialement. Tout sonne mieux comme ça. Parfois, j'enregistre la voix sur une tonalité plus élevée, puis je baisse la tonalité pour coller à l'instrumentation.

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Tu joues ça sur scène ou ça reste du domaine du studio ?

oOoOO : Pas de show pour le moment. J'ai travaillé avec un ami ces derniers temps et nous voulons mettre un set live en place ensemble. Je pense que nous jouerons quelques concerts cet été.


En naviguant sur votre myspace, j'ai réalisé que de nombreux groupes utilisent actuellement des sons de plus en plus durs et sombres. 2010 = tristesse + ténèbres ?

oOoOO : Ouais, ça semble être le cas. C'est intéressant de voir combien de personnes font de la musique sombre et étrange en ce moment. La désolation est en train de tout saturer car les gens sentent que l'illusion du progrès est terminée. L'idée de progrès est devenue quelque chose de pathétique; les seuls trucs synonymes de progrès sont désormais les espaces de stockage de plus en plus importants sur un lecteur mp3 ou les applications de plus en plus distrayantes de l'iPhone. De toute évidence nous vivons l'agonie du progrès. La plupart d'entre nous allons sans doute avoir des vies plus difficiles que celles de nos parents.

Quels sont les derniers trucs cool que tu as écoutés ?

oOoOO : J'aime vraiment beaucoup ce groupe / type appelé Balam Acab. Broadcast & the focus group ont sorti un album vraiment bon à l'automne et je commence à peine à entrer dedans. Sans oublier Tammy Wynette et Connie Smith.

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En ce qui concerne la littérature, quels livres as-tu dans les mains en ce moment ? Quelles sont tes références intemporelles ?

oOoOO : J'étudiais la littérature à la fac jusqu'à ce que j'abandonne il y a environ un an et demi. Depuis, j'ai pris une pause concernant la littérature. Mais je viens de lire Veronica de Mary Gaitskill  et c'est incroyable ! Je précise, ce n'est pas du tout un grand roman, mais les observations des gens sont si cruelles, et je n'ai jamais lu quelque chose décrivant de manière aussi proche ma propre façon d'être dans le monde. C'est l'histoire de cette jeune mannequin qui hait l'ennui, le lieu stupide d'ou elle vient et les gens médiocres qui y vivent. Elle veut vivre dans une région idéale où seuls quelques élus résident et passent leur temps à rire, écouter de la musique et se bourrer la gueule pendant que  les autres pourrissent de jalousie derrière leurs bureaux de merde. Mais tout en cherchant à atteindre cet objectif, elle sait que ce désir est une sorte de maladie, et que, même si elle pouvait l'atteindre, elle serait toujours misérable.

Si tu devais résumer ta vie à San Francisco en 5 morceaux, quelle serait la playlist ?


oOoOO : Patrick Cowley - Warp Mind

Noel - Silent Morning

Cristina Monet - Is That All There Is?

Chris Isaak - San Francisco Days (Remix Drag)
(ndlr : a défaut du remix, la video de l'original en lien)

Grateful Dead - Viola Lee Blues (de la bande originale de Petulia)

Actuellement, sur quoi travailles-tu ? Quels sont tes projets pour l'avenir proche ?

oOoOO : Je travaille sur un remix pour un groupe assez connu. Une fois que j'en aurai terminé avec ça, j'ai quelques démo que j'ai besoin de transformer en chansons. Je vais sortir un EP 4 chansons sur Tri Angle Records, probablement en juin. Et j'espère commencer à jouer live.

Audio


oOoOO – NoShore

Video


Javelin - No Más

javelin_no_mas_ Voilà 4 ans, voilà déjà 4 ans que Jay Dee a creusé jusqu'à l'usure son dernier sillon, 4 ans que je n'ai plus écouté un seul morceau à la formule rythmique imparable capable de vous faire bouger la tête telle une chaise balançoire en arborant un sourire béat de grand abruti qui rencontre pour la première fois le plaisir. Et puis sans crier gare, un soir de mars, alors qu'à première vue rien ne présageait le retour en grâce des musiques hédonistes, No Más - premier album officiel du duo de producteurs new-yorkais Javelin - a remis quelques gouttes de produit antirouille aux alentours des cervicales de votre serviteur et fait repartir de plus belle la machine à dire mécaniquement oui ou non suivant le tic dont vous êtes atteints. Seulement là où l'ex Slum Village se contentait avec génie d'exhumer et de questionner les trésors cachés de la musique populaire noire américaine, George Langford et Tom Van Buskirk n'ont eux pas hésité à pousser cet art du sampling  dans ses derniers retranchements, là où justement le collage et la juxtaposition de sons existants, maîtrisés comme ils se doivent, servent à produire de l'originalité plutôt qu'à desservir l'œuvre originale.  A l'instar des classiques de leurs époque que sont Entroducing de Dj Shadow et Since I Left You de The Avalanches, Javelin a donc su composer un album à la souplesse d'esprit rarement entrevue ces dernières années, dévoilant, titre après titre,  une musique hors norme en forme de grand écart; grand écart où le pied gauche caresse la fin chaleureuse des 60's, le droit les débuts lumineux des 80's tandis que la main droite  soulève le voile d'ignorance que déposa sur le hip-hop de papa la vague mainstream pendant que la gauche sort de leur grenier cosmique certaines vieilleries Italo disco. No Más vous évoquera enfin les plus grands délires de The Go! Team, les envolées solaires de Jackie Mitoo, les productions complexes d'un Madlib ou d'un Deadelus supervisées par l'oeil avant-gardiste de Bords of Canada. Mais bien qu'ultra référencé, il s'imposera surtout à vous comme un objet musical unique qui, pour seule finalité, ambitionne d'assouvir cette gageure qu'est le désir rare et louable d'authenticité.

Audio

Javelin - Oh! Centra

Video

Tracklist

Javelin - No Más (Luaka Bop, 2010)

1. Vibration
2. Mossy Woodland
3. Oh! Centra
4. On It On It
5. Intervales Theme
6. We Ah Wi
7. Tell Me, What Will It Be?
8. Moscow 1980
9. The Merkin Jerk
10. C Town
11. Off My Mind
12. Susie Cues
13. Shadow Heart
14. Dep
15. Goal/Wide


Porcelain Raft - Gone Blind

porcelainraftVous le savez mieux que moi. Perdre son temps est une activité à temps complet, surtout lorsque l'attention est aspirée malgré elle dans l'abîme de l'infini virtuel. La nuit s'écoule tel un sablier liquide tandis que les clopes écrasées regorgent d'un cendrier dégueulant son infamie. Le casque vissé sur les oreilles, les yeux mi-clos fixant les volutes de fumée blanche s'amusant de mes cernes noires, j'écoute, je me perds. Et difficile de s'y retrouver avec Porcelain Raft, jeune Londonien se la jouant délicieusement en solo, à l'électro-pop vaporeuse sertie d'effets et de delay des plus délicats. Inutile de dire que son talent ne s'accorde pas au pluriel puisque deux EP sortis en mars, Curve et Gone Blind, sont téléchargeables ici et pour presque rien. Quand la science musicale se conjugue à l'essence des rêves.

Audio

Porcelain Raft - Tip of your Tongue (Gone Blind Ep)

Bonus

Porcelain Raft - Flow (Curve Ep)


Aufgang l'interview

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Comment est né Aufgang ?

Aymeric (batterie): Aufgang est réellement né en 2005. On se connaît tous les trois depuis à peu près 2000. Nous nous sommes rencontrés à New-York. Mais la date officielle de la naissance d'Aufgang est 2005, dans le cadre du festival du Sonar à Barcelone où nous avons eu l'opportunité de jouer pour la première fois.

Pourquoi avoir choisi se nom qui se traduit plus où moins en allemand par « montée » ?

Francesco (piano): Aufgang ne signifie pas réellement « montée » en réalité, on ne peut pas vraiment le traduire... Tout en gardant cette idée de « montée » il peut représenter le lever du soleil, comme l'escalier qui monte, où le monte-charge... Selon la déclinaison, cela ne pas vraiment dire la même chose, tu ne trouveras pas d'équivalent en français. D'ailleurs, on l'aime bien, c'est un terme un peu archaïque, personne ne l'utilise en allemand. Enfin si... On l'a vu à Berlin, c'était le terme utilisé pour représenter le passage pour aller à la mezzanine du lobby de l'hôtel, donc il y a toujours cette idée de « montée », mais ça reste conceptuel. Mais c'est une idée que nous aimons bien, d'aller toujours vers le haut, ce que nous essayons de traduire dans nos morceaux aussi, comme Sonar qui monte perpétuellement... Après nous avons un Libanais, un Français breton et d'origine chilienne, moi je suis luxembourgeois d'origine italienne, donc nous n'avions pas de terrain commun. Alors un nom allemand pourquoi pas ?

Pour la plupart vous venez d'horizons plus « classiques », comment avez-vous appréhendé cette approche de la musique électronique ?

Rami (piano): Nous avons toujours aimé écouter d'autres musiques que le classique. Aymeric par exemple produit du hip-hop. Durant sa période au Conservatoire lorsqu'il travaillait sur les percussions, il produisait d'autres types de musique, Francesco pareillement... Nous improvisons et composons depuis assez longtemps maintenant... Ce terrain d'entente commun nous a permis de développer un style hybride... Ce n'est pas de la fusion, ce n'est pas non plus du classique que l'on mixe sur un beat, c'est réellement un langage propre au 21ème siècle qui casse toutes les barrières, qui peut justement séparer toutes les structures et mêler tous les courants entre eux.

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L'accroche que l'on peut voir sur l'album et les affiches  « 2 pianos + 1 batterie » n'est pas tout à fait juste puisque vous utilisez également des boites à rythmes, séquenceurs...

Aymeric : C'est le côté humain qui est mis en avant. C'est les instruments que l'on nous voit réellement jouer sur scène... Nous sommes accompagnés de beaucoup de machines, de séquences, de synthés, ça pourrait presque être un quatrième musicien. Mais physiquement, sur scène, ça reste deux pianistes et un batteur. Après il faut demander pourquoi ils vendent ça comme ça... (Rires).

Francesco : Moi je pense qu'il est là le quatrième homme, quelque part derrière le rideau. On ne le voit pas, et c'est bien je trouve. C'est l'acteur silencieux, mais il est toujours présent. Nous n'avons pas de morceaux totalement acoustique, il y a toujours une partie de production, même si c'est en finesse. Par exemple pour le live on a quatre micros par piano, pour l'enregistrement on en avait huit. Il y a toujours cette interaction avec la technologie, et on passe un temps fou à programmer ces machines afin qu'elles répondent à nos attentes. Malgré tout à chaque fois on change un peu le set up, on tente d'humaniser un peu plus les machines pour que ça devienne quelque chose d'organique qui se confonde dans notre jeu acoustique de batterie et de pianos.

Avez-vous pour volonté d'introduire les instruments baroques dans les clubs ?

Francesco : Effectivement, pourquoi pas ! Déjà c'est assez rare de voir un piano à queue dans club non ? Alors deux ensemble...  Je pense que ça reste du jamais vu. Nous sommes très ouverts, comme je te le disais, on change souvent notre set up et nous envisageons des collaborations avec des orchestres avec d'autres instruments.  Nous sommes évidemment très inspirés par la musique baroque... Un clavecin... L'utilisation d'un clavecin en night-club, ça ce serait vraiment génial. Deus ex-machina, on fait descende le clavecin d'en haut... Le robot-clavecin.

Rami : Les éléments les plus fantaisistes nous donnent de l'énergie pour créer, pour aller plus loin, à partir du moment où cela sert la musique.

Quel est votre optique lorsque vous composez ?

Aymeric : Notre motivation c'est de chercher à créer une musique unique, différente tout en y insufflant nos influences. Nous composons de multiples manières, mais l'improvisation reste le centre de notre manière de procéder. On peut jammer, faire pas mal d'essais, puis bricoler... Notre façon de travailler change à chaque fois. Mais le but est de créer un objet unique, qui nous plaise et nous corresponde.

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Vous qualifieriez-vous comme des laborantins du son ?

Aymeric : Oui (ensemble), nous sommes très méticuleux et très perfectionnistes, et ce sont vraiment deux mots qui correspondent à notre travail et à notre façon de composer.

Francesco : Après ce n'est pas comme si nous effectuions une étude de marché. Par exemple, nous ne pouvons pas cibler notre public, on ne peut pas dire le public qui aimera Aufgang sera untel. Nous ne le savons pas. Si nous jouons dans une boîte, dans une salle de concert ou dans une église, c'est certain que le public sera différent et nous nous adaptons tels des caméléons, on change la set-list, nous modifions la tonalité... Mais l'intérêt c'est de jouer pour ces publics très différents. Que ce soit des raveurs ou un auditoire d'intellectuels, on s'en fout... Si on arrive à toucher déjà un public, on est content, et s'il est éclectique et varié, nous sommes d'autan plus ravis.

Rami : Le message c'est que si on arrive à toucher beaucoup de personnes grâce à notre musique, c'est qu'au final, elle réussit à représenter une certaine ouverture d'esprit et de ne pas enfermer les courants musicaux dans des cases séparées. C'est vrai que même si le mot semble fort, c'est un peu un rêve pour nous de pouvoir jouer avec nos instruments dans une boite de nuit. C'est quelque chose dont on parlait entre nous sans qu'on arrive vraiment à le matérialiser concrètement. Et puis les choses arrivent, sur 6 dates, nous avons joué dans 4 night-clubs, c'est assez intéressant, intriguant et excitant de ne pas savoir où on va...

On ressent beaucoup d'influences dans votre musique, que ce soit le jazz, le classique orchestral, la techno de Détroit...

Aymeric : Le rock aussi...

Je n'y avais pas pensé...

Aymeric : C'est plus dans l'énergie en fait...

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Mais alors d'où vous vous viennent réellement vos influences ?

Rami : Elles viennent de partout.Ça peut venir quand tu marches dans la rue, chaque être humain a sa propre sensibilité. Nous ne sommes pas influencés que par la musique.

Aymeric : Tous les arts nous inspirent.

Rami : Et pas seulement les arts, il suffit qu'un élément tragique se passe...

Aymeric : L'économie ! Nous allons faire un morceau sur l'économie (Rires).

Rami : Les influences, ça reste quelque chose de très personnel...

Francesco : Déjà nous sommes trois personnes différentes, avec trois cultures différentes, trois ambiances différentes, trois parcours différents... Il y a déjà tout un mix d'influences, après ce n'est pas à nous de les déterminer. Nous préférons laisser faire les médias et surtout le public, puisque si ça lui parle c'est qu'il a déjà une référence par rapport à ce qu'il écoute.

Votre titre Barock vient d'être remixé à la fois par Robert Hood, Mondkopf et Wareika. 3 nouvelles approches pour 3 nouvelles révolutions, quelle est la prochaine étape d'Aufgang ?

Rami : Le prochain album...

Francesco : Non, il ya un EP avant...

Rami : Oui, c'est sûr... Mais pour l'instant on continue à jouer le premier album et on a besoin de se renouveler... Mais nous avons des idées.

Et vous comptez rendre réel ce quatrième homme ?

Francesco : Mais il existe déjà sauf qu'on ne le voit pas. C'est tout simplement la meilleure partie de nous trois.


Cosmetics l'interview

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De loin ça ressemble à ce qui se fait chez Italians Do It Better : une fille et un mec qui se retrouvent dans une musique synthétique minimaliste assimilable à de l'électro lo-fi. De plus près, Cosmetics est de la synth pop pétée de boucles acides qui parle de peaux douces maltraitées par des gants en cuir... C'est signé sur le label du mec qui avance masqué : Captured tracks. Entretien avec Nic M, ingénieur en chef du son Cosmetics...

Je pense qu'une petite présentation est nécessaire, comment s'est passé  le début de Cosmetics ? Où  vous êtes-vous rencontrés ?

l_4b46e200c4774cf8942ec421d2a00e55Nous avons formé Cosmetics durant l'été 2008. Nous nous sommes rencontrés et sommes devenus un couple un an auparavant et nous travaillons sur l'art et la musique ensemble depuis le début.

Pourriez-vous nous parler de votre vie à Vancouver? Vous semblez travailler dans la mode ou quelque chose comme ça, la mode et la musique, ça marche ensemble ?

Vancouver est une ville appréciable, la plus chaude du Canada. Nous travaillons tous les deux au quotidien pour une entreprise de fringues. Nous sommes intéressés par tout ce qui est créatif: la mode, le design, la production de musique, de films, n'importe quoi... Nous incorporons tout ce que nous aimons dans Cosmetics, mais la musique et le feeling est toujours au centre des choses.

Votre musique est répétitive, froide comme la glace, mais les paroles plutôt érotiques. C'est une façon de jouer avec les mots ou une façon d'exprimer la touche Cosmetics ?

C'est une observation intéressante. J'aime bien le contraste. Je n'aime pas la musique ou l'art qui n'a qu'une facette, j'aime bien quand les contrastes se frottent les uns aux autres. C'est ce qui est à l'origine d'une bonne chanson ou d'un bon visuel ... c'est donc plutôt cool que les gens perçoivent ça dans notre musique.

Quelles sont les musiques qui vous ont influencé lorsque vous étiez plus jeune ?

Quand j'étais adolescent à la fin des années 90, j'ai écouté des groupes comme Huggy Bear, Bikini Kill, Unwound, Beat Happening ... Olympia stuff. Mon groupe préféré est The Make Up. Notre ami Thomas nous a récemment demandé si Cosmetics était une référence à The Make Up. Ce n'était pas censé en être une, mais nous avons aimé l'idée, c'est drôle.

Quel est votre style de musique ?

l_cfc4197457074ca6bbbf15ec84b98667La Cosmetics musique. Je ne sais pas... Nous faisons juste la musique que nous voudrions écouter, qui reflète notre personnalité et nos coups de cœur. Nous imaginons qu'elle évoluera au fil du temps, nous ne sommes pas attachés à un genre particulier. La musique que nous faisons est la traduction actuelle de nos personnalités.

Comment choisissez-vous les sons qui composent vos chansons ? Tout est écrit avant que Aja pose sa voix ?

Nous enregistrons tous les jours, les chansons connaissent de nombreux changements avant que quelqu'un les écoute. Notre set live a toujours été différent d'un show à l'autre. Généralement, les chansons se construisent autour d'un beat de base et d'une mélodie de synthé. Ensuite, Aja ajoute ses idées, je m'agrège et nous construisons une chanson autour de cela. Nous avançons et reculons un paquet de fois. On change les choses jusqu'à ce que nous aimions la façon dont les sons s'agrègent. Le choix des sons se fait au feeling, ce que nous estimons fonctionnant le mieux avec le concept initial et l'humeur de la chanson.

Vous n'avez que trois chansons?

Nous avons trois chansons sur notre site actuellement - deux de notre premier 7 "et une démo issue de la même session d'enregistrement. Nous avons en fait plus de chansons que cela à notre répertoire, mais nous gardons les enregistrements jusqu'à ce que les tracks soient parfaits. Quand nous jouons live les personnes présentes sont surprises par le changement car elles entendent notre musique qui est en constante évolution, ça change à chaque concert. Nous écrivons et ré-écrivons constamment des chansons. Certaines chansons disparaissent de la set list, d'autres apparaissent.  Actuellement, notre set live est constitué de nos 8 chansons favorites.

l_62307ce2a6a24ce7afddee8ec9b07978Sur quoi travaillez-vous maintenant ?

Nous venons de terminer un 2ème 7'' intitulé "Sleepwalking" qui sortira bientôt. Nous sommes en tournée au printemps avec Blank Dogs, nous allons donc préparer cette tournée et penser éventuellement à enregistrer une tour tape pour l'occasion.

Après la tournée, nous allons mettre la touche finale à  notre LP, qui sortira en Septembre 2010. Après cela, nous voulons tourner en Europe.

Comment ressentez-vous vos concerts ? Que préférez-vous à vos concerts ?

Nous adorons jouer en live. Il est important pour nous de ne pas être seulement un groupe de studio. Nous aimons les concerts à l'arrache dans des lieux étranges ... avec le public au plus près de nous prêt à devenir fou. Depuis peu de temps notre ami Félix joue de la batterie par dessus les pistes enregistrées. Ça rend beaucoup mieux, ça nous donne un coté « live band » plus affirmé. Nous voulons tourner le plus possible quand notre LP sera fini.

Audio

Cosmetics - Black Leather Gloves


Nice Nice - Extra Wow

up-nice_niceDéjà tout petit, j’étais bien agité et pas très sérieux. Mes professeurs ne cessaient d’ailleurs de me le faire remarquer. User mes jeans sur les bancs de l’école avec mes potes en buvant des bières et bouffant des pills était une routine dans laquelle nous nous enfermions et qui nous permettait de voir le monde à travers un prisme multicolore. Et le prof de toujours me faire la morale : « Mr Trash, vous n’avez pas honte de laminer la cervelle de ces enfants de 9 ans ? Et à 25 ans, il serait peut-être temps de quitter le CM2, non ? ». C’est à cette époque que j’aurais aimé avoir un morceau comme On and on dans mes écouteurs. Montée de percussion noyée dans un brouhaha mécanique, cristallisant la frustration la génération ritaline. Que résonne l’alarme, nous peignons à coups de cocktails molotov sur des vrombissements de machine et beats répétitifs qui rappellent le Stealing Fat des Dust Brothers. Chaos, confusion, boucles à profusion.
Extra Wow ? Voilà un nom qui correspond parfaitement au premier opus du duo de Portland, Jason Buehler et Mark Shirazi, plus connus sous le pseudonyme Nice Nice. Une excellente surprise qui caresse la joue avant de la fracasser d’un crochet bien violent. Les deux comparses ne s’embarrassent d’aucun clichés, passant du drone synthétique au dark-psyché, tout en jammant sur du post-rock tropical, rien n’effraie ce jeune combo qui fait déjà trembler Gang Gang Dance et The Battles. Une nouvelle réussite que l’on doit une fois de plus au label anglais Warp qui décidément s’éloigne de plus en plus des rythmiques binaires qui ont fait sa légende, sans pour autant délaisser le dépistage d’artistes défrichant la musique expérimentale.
Ici les mélodies prennent des tournures fantasmagoriques. See Waves détourne surf-musique en électro-noise-pop et croise Quicksilver’s World Cup avec la grande chasse aux requins de Hunter S. Thompson. Rompu à tous les excès, le duo se fait aussi trivial que tribal (Set And Setting, One Hit), se livrant sans limites et parcourant un vaste panel d’harmonisation, dévoilant différentes atmosphères au fil des écoutes : psychédéliques sur Make It Gold, New-Age sur New Cascade... Extra Wow ressemble à un melting-pot de ce qui pourrait se faire de mieux cette prochaine décennie, chaque track ayant sa touche bien à lui. Nice Nice nous a pondu un bel œuf de Pâques, en forme de matriochka, qui en plus nous offre trois track bonus, dont l’indispensable Ark Drum. A ne pas laisser tout de même à la portée des enfants, enfin moi je dis ça, je ne dis rien… Une petite pilule ?

Audio

Nice Nice – See Waves

Video

Tracklist

Nice Nice - Extra Wow (Warp, 2010)

1. Set and setting
2. One hit
3. A way we glow
4. On and on
5. Everything falling apart
6. Big bounce
7. See waves
8. A vibration
9. A little love
10. Double head
11. Make it gold
12. New cascade
13. It's here
14. Extra wow (Aternate) (Bonus Track)
15. Ark drum (Bonus track)
16. We Stayed (Bonus track)


Glass Candy - Feeling Without Touching EP

feeling12Posté le 25 mars sur le blog de leur label , le premier clip "officiel" de Glass Candy, admirablement mis en scène par Travis Peterson, accompagne la sortie d'un EP, Feeling without Touching, lui-même annonçant un album Body Work en cours de finalisation. Une véritable actualité en cascade pour le duo de Portland également à l'affiche en compagnie de Desire, Chromatics, Mirage, Farah, Bottin, Twisted Wires et Appaloosa au sein de la compilation anniversaire Into the Black (After Dark 2) à paraître bientôt dudit label soufflant ses trois bougies. Feeling Without Touching, loin de représenter une révolution de palais, est dans la pure veine italo-disco de B/E/A/T/B/O/X, dispensée sur les dancefloors du monde entier depuis déjà deux bonnes années. Le beat enlevé, et mâtiné d'une instrumentation synthétique du plus bel effet, laisse libre court au timbre de voix envoûtant d'Ida No pour une mélopée cadencée dont on regrettera seulement la trop courte durée. S'ensuit deux morceaux au kitsch assumé, où l'on s'entiche sur Sugar & Whitebread d'un ersatz de saxo pas franchement convaincant et d'une complainte un brin ennuyeuse sur Covered In Bugs, puis un instrumental où Johnny se fait plaisir sans que l'on sache trop quoi penser de ces paresseuses nappes de claviers. En bonus inutiles, les instrumentaux des deux premiers morceaux, où comment remplir un EP sans trop se fouler la rate. L'essentiel n'est - on l'espère - pas là : si l'EP Feeling without Touching peut s'avérer dispensable, son morceau-titre augure lui, par sa sensualité aguichante, d'un été pétri de désir. Si l'attente vous semble insurmontable, Sonnymoon est là pour vous. Parole de scout.

Audio

Glass Candy - Sugar and Whitebread

 

Video

Tracklist

Glass Candy - Feeling without Touching EP (Italians Do It Better, 2010)

01. Feeling Without Touching
02. Sugar & Whitebread
03. Covered In Bugs
04. Shine Like Gold And Diamonds
05. Sugar & Whitebread (Instrumental)
06. Feeling Without Touching (Instrumental)


On y était - SayCet

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Saycet, Paris, Café de la Danse, le 23 mars 2010

D'un claquement de doigts, il est peu fréquent de se défaire d'une chape de plomb, sans cesse lestée d'innombrables soucis quotidiens. Mis à part s'adonner à de puissants psychotropes, inutile de dire que la doucereuse amnésie est loin d'inonder ma boîte crânienne aux tempes tapageuses. Les affres d'une vie diurne mal assumée s'amusent d'inénarrables frasques noctambules pour anémier cette noble envie de profiter des premières douceurs printanières. L'œil torve, l'humeur cyclothymique et quelques précieux cachetons paracétamolés goulûment avalés, je retrouve Émeline et son fidèle appareil photo à quelques pas du Café de la Danse. L'onirique trio SayCet vient présenter, un jour après sa sortie, Through the Window, album intensément émotionnel et longuement maturé, m'ayant déjà inspiré une logorrhée émerveillée éperdument retranscrite ici. De chape de plomb, il ne restera rien. Ou si peu.

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J'ouvre une parenthèse, histoire de vous enquérir de la seconde partie, DAUU, qui ne sera qu'évoquée partiellement dans ce qui suit. Pourquoi ? Je préfère rester poli... tout en me permettant de susurrer au creux de vos oreilles averties une mise en garde sévère et sans appel. Pas narcoleptique pour un sou, je n'ai jamais éprouvé une telle sensation de fatigue à l'écoute d'un groupe bien décidé à matérialiser l'ennui et sa morne redondance au contact paresseux de ses instruments (contrebasse, clarinette, violoncelle et accordéon). Paraît-il que la petite bande belge traînassait avec Ezekiel pour de capiteuses incontinences dub-électro... A d'autres ! La descente de trip est dure à encaisser... Il est tout bonnement inutile et insupportable de se faire mal de la sorte. La boîte à pandore s'ouvre pour ne plus se refermer, mon fiel ne connaît plus de limite : deux, trois crasses encore à balancer et, promis, je passe à l'essentiel ! Ce quatuor sans frite donc se nomme DAUU pour Die Anarchistische Abendunterhaltung. Mystère je vous dis, mystère... Un petit coup de réverso plus loin et hop, on trouve le sens caché de toute cette mascarade : "la soirée anarchiste". Autrement dit : n'importe quoi. Autrement dit, dès la fin du premier morceau - de oh... miracle ! quinze putain de minutes - où une note de violoncelle croise mollement la route de deux de contrebasse, et ce tandis que l'accordéoniste s'endort littéralement sur son instrument, je me casse. Voilà, purement et simplement. Je n'ai pas de mouflet, ma vie me tend encore les bras, alors pourquoi une telle invitation à se balancer sous le premier bus qui passe ? Un seul regret taraude ma gouaille compulsive : n'avoir pu apprécier à sa juste valeur l'état d'un public ayant enduré l'ensemble de ce monstre soporifique... Fin de la parenthèse.

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L'essentiel : l'iridescent trio SayCet. Petit détour contextualisant : quelques jours auparavant, les Anglais d'Autechre nimbaient la désormais Machine du Moulin Rouge de leur intense soleil noir, baignant la foule, lors d'un set halluciné, d'une obscurité la plus totale. Enseignement tactique, pour le duo d'électroniciens, il s'agit de présenter leurs déchirures électroniques pour ce qu'elles sont, à savoir une tumultueuse odyssée sonique, intérieure et extatique, dénuée d'artifices visuels. Un point de vue inconditionnellement recevable de par la qualité d'un show unique en son genre. Pour les Parisiens de SayCet, la logique déployée est de toute autre nature. L'utilisation de la vidéo s'avère consubstantielle à la dimension spectrale de leur électronica mélodique. Phoene Somsavath, excentrée au fond à gauche de la scène, fait face à son laptop et à son micro installés de biais par rapport au public. Pierre Lefeuvre, au centre, les yeux rivés à son écran, caresse des mains ses consoles et autres bidouilles digitales. Zita Cochet, à sa droite, tourne presque le dos au gradin du Café de la Danse, fixant son ordinateur, absorbée qu'elle est par le déclenchement en temps réel de projections sur trois surfaces aux formes originales (un écran, une lanterne et une pendule). Concentrés, ces trois-là ne donnent pas dans la prestation live conjuguant relents âcres de sueur et décibels. Sorte d'antithèse au bon vieux rock'n'roll, leurs silhouettes immobiles se distinguent à peine dans l'obscurité, quand le spectateur est invité à s'immerger dans un océan contemplatif où la rétine caresse et embrasse, par le mouvement d'images glissant d'une structure à l'autre, un univers cinétique éthéré, magnifiant la sensitivité d'un halo sonore aux profondeurs abyssales. Signe qui ne trompe pas, et qui souligne cette importance prise dans leur introspection musicale par ce volubile ballet d'images, filmées et réalisées par Zita mais aussi par Nolwenn Daniel et Amaël Réchin Lê Ky-Huong, le concert débute par Her Movie. Un morceau instrumental posant les bases de ce que SayCet insinue tout au long de Through the Window, entre divagations intimes mâtinées de notes de piano suspendues et emballement cardiaque issu de rythmes à la syncope viscérale. Bruyere et We Walk Fast nous envoient par la suite tutoyer l'indicible, Phoene irradiant de sa voix immaculée les aspérités de nos sens chavirés. Essentiellement confectionnée de plages extraites de Through the Window, l'embardée onirique du trio prend le cap - l'espace de deux morceaux, Trilogie et Maud Take the Train - de One Day at Home (Electron'y'Pop, 2005) déclinant une électronica diaphane délicieusement perlée d'une mélancolie que l'on n'ose réprimer. Reculer dans le temps pour mieux se projeter dans l'avenir, SayCet l'opère à merveille et offre avec Easy et Opal, deux des plus luminescents joyaux dont Through the Window est serti. Littéralement happé par la maestria sonore et visuelle du trio, c'est confortablement reclus dans son for intérieur que chacun entame la dernière saillie atmosphérique d'un concert où Chromatic Bird et Fire Flies font office de final étourdissant. Le beat conclusif de Fire Flies se répète en boucle tandis que les lumières de la salle martèlent effrontément leur crudité. S'extirper d'une telle nasse amniotique se meut alors en effort vertigineux, comme celui de (re)venir au monde et d'en accepter sa vulgarité. DAUU est là pour en attester.

SayCet se produira à nouveau au Café de la Danse le 20 mai prochain.

Photos

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Setlist

1. Her Movie (Through the Window)
2. Bruyere (Through the Window)
3. We Walk Fast (Through the Window)
4. Trilogie (One Day at Home)
5. Maud Take the Train (One Day at Home)
6. Easy (Through the Window)
7. Opal (Through the Window)
8. 15 (Through the Window)
9. Sunday Morning (Through the Window)
10. Chromatic Bird (One Day at Home)
11. Fire Flies (Through the Window)

Video



Jónsi - Go

Ajonsi-go-covervant même de pénétrer dans l’univers sinueux de Jónsi Þór Birgisson et de s’abandonner totalement à ce premier essai solo du chanteur de Sigur Ros, impossible de ne pas se figer à l’écoute du single et morceau d’ouverture : Go Do. Comment ne pas rester ébahi devant cet envol majestueux dont les surcouches de voix composent à elles-seules une mélodie. L’organe vibrant de Jónsi se croisant à celui de mille oiseaux claquant des ailes et filant droit vers le soleil. Les percussions rappellent de secs battements de pieds marquant l’excitation et l’impétuosité de cette folle odyssée. Go Do fait partie de ces rares titres qui vous collent un sourire béat et que vous vous repassez en boucle, atteint d’une étrange déprime une fois la dernière note jouée. Un track qui jusqu’à ses arrangements inspire la liberté, donne l’envie de se déshabiller, de courir nu en pleine nature, et de se rouler à poil avec ses potes dans les talus… Ça fait trop gay ? Bon, tant pis pour le lectorat de Têtu…
Pourquoi avoir parlé avec tant d’honneur de Go Do avant même d’avoir présenté cet exercice de style qu’est Go ? Car bien triste, à l’image du fabuleux Tornado, sera le reste de l’album. On attendait beaucoup de cette farouche entreprise de l’Islandais de s’affranchir de son groupe afin d’explorer un univers plus électronique, plus à l’image des préoccupations de ce pinson un brin mélancolique. A cela nos attentes étaient peut-être démesurées. Ce qui n’excuse pourtant pas les facilités prises par Jónsi qui livre au final un album aux 2/3 pop (Boy Lilikoi, Animal Arithmethic…), se sabordant lui-même par un chant en anglais pas désagréable mais soyons honnête loin d’apporter le dépaysement et le lyrisme de la langue qui a lui-même inventé, le Vonlenska. Et alors que ses poèmes deviennent des maux, ses mots deviennent pour nous un problème. Les textes restent assez vides pour un auteur aussi visionnaire qu’est cet habitant de Reykjavík dont la voix de fausset nous laissait autrefois imaginer d’étranges histoires.
Jónsi le borgne aura beau s’accompagner de Grizzly Bear, Antony & The Johnsons ou même Bonnie « Prince » Billy, force est de constater que n’est pas Thom Yorke qui veut. L’artiste n’arrive pas totalement à se décoller de la musicalité de Sigur Ros tout en la pourrissant d’une superficialité grasse voir affligeante. De tristes heures pour l’Islande, après l’égale déception pour le Standing on Top of Utopia de Kasper Bjorke. Une malheureuse entreprise qui s’éteint fort heureusement dans un Hengilas vaporeux où le multi-instrumentiste retrouve sa langue d’origine et les climats nébuleux dont il nous avait auparavant habitués. Reste le magnifique Go Do pour se consoler de cette terrible maladresse. Allez hop tout nu !

Akitrash

Audio

Jónsi - Tornado

Tracklist

Jónsi – Go (Parlophone, 2010)

1.Go Do
2.Animal Arithmetic
3.Tornado
4.Boy Lilikoy
5. Sinking Friendships
6. Kolnidur
7. Around us
8. Grow till tuss
9. Hengilas