Vox Low - Cast Upward, Through The Waves, A Ruby Glow / Velvet Keats

7" vox low band

A la base de Vox Low, on retrouve Jean-Christophe Couderc et Benoit Raymond, les deux ex-trip-hopeux de Think Twice dont l'album Unemployed reste encore aujourd'hui l'une des plus belle signature du label F-com... Après de nouveaux morceaux filtrant sur le web sous le nom de Vox Low, puis un remix d'Ivan Smagghe pour le morceau I wanna see the lights, le duo débarque enfin avec un nouveau maxi ultra limité chez Everlast, en attendant un album qui devrait paraitre "So soon" si on en en croit les intéressés. Avec des influences comme l'électro psyché d'Arthur Russell, la Coldwave décadente d'un Joy Division et les expérimentations "so sexy" et "so crazy" de Suicide, Vox Low tape fort là ou de nombreux frenchies se sont cassés les dents ou nous ont brisé les oreilles... La Femme en tête... Vox Low ne déçoit pas une seconde, et on attend avec impatience un long format qui devrait casser la baraque... A écouter sans modération.

Audio


Mixtape : SayCet pour Hartzine

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Avec le magnétique Through the Window (lire), sorti le 22 mars dernier, le trio parisien SayCet a subtilement préservé l'essence de ses délicates textures électroniques, révélées en 2006 par One Day At Home, tout en parant celle-ci d'une profondeur abyssale, à la fois sonore et visuelle. Une expérience totale donc, tant pour le trio que pour l'auditeur / spectateur, définitivement happé dans un monde fait de rêves, d'évocations et de sensations. Et si leurs prestations scéniques en attestent telle une évidence immanquablement accrochée à toutes les lèvres (lire le report de leur concert du 23 mars au Café de la Danse), les relectures intimistes de morceaux de groupes tels Radiohead (Nude), Panda Bear et bientôt Lali Puna, n'en font que propager l'écho gracile et électro-organique. L'idée a donc germé de demander à Pierre, Zita et Phoene de nous dépeindre musicalement leurs états d'âme automnaux. Le résultat, sensible et délicieusement éthéré, se situant à la stratosphère de nos espérances, est en écoute et en téléchargement ci-dessous. L'artwork est signé Zita Cochet. Une occasion, presque trop bonne, pour s'adonner au confort d'une écoute emmitouflé dans sa couette. Un autre angle aussi, pour appréhender un groupe à la démarche unique et saisissante.

A noter que SayCet sera en concert le 22 octobre en compagnie de Karaocake à Dunkerque et que le 20 novembre prochain, Mains d'Œuvres accueille le trio dans le cadre d'une carte blanche déclinée sous toutes ses formes (musicale avec Trésors, Milkymee, visuelle et artistique). On en reparlera en temps voulu.

Mixtape

Setlist - Saycet pour Hartzine (téléchargeable ici)

01. Natureboy - Broken Train ( DJ red cent remix)
02. Electralane - Cut And Run
03. Tones on Tail - Rain
04. Elvis Presley - Return To Sender
05. Twin Sister - The Other Side Of Your Face
06. The Album Leaf - Always For You
07. A Sunny Day in Glasgow - Shy
08. Ryuichi Sakamoto - Merry Christmas Mr. Lawrence
09. Architecture in Helsinki - Heart it races
10. The Radio Dept - Closing Scene
11. Ariel Pink's Haunted Graffiti - Beverly Kills
12. Phoenix - Love Like A Sunset


Fujiya & Miyagi

fujDeux ans à peine se sont écoulés depuis Lightbulbs, objet sonore narcotique pour dancefloor sub-aquatique, que le trio britannique Fujiya & Miyagi s'apprête à remettre le couvert. Toujours attaché à injecter une bonne dose de krautrock dans ses mélodies suintant la pop paranormale, Sixteen Shades of Black & Blue, second extrait du futur Ventriloquizzing, ne fera pas défaut à ses habitudes... On retrouve sans déplaisir la voix trainante de Maître Miyagi trottinant sur une ligne mélodique électro-blues écorchée, pincée de quelques accords de synthé aux échos inquiétants... Une sublime mise en bouche en attendant leur show de ventriloquie prévu pour le tout début d'année prochaine.

Audio

Fujiya & Miyagi - Sixteen Shades of Black & Blue


Darabi l'interview

th_b6013a5beacabcb919d3a6564ae91b58_1283069903darabiIvan Smagghe, à propos de l'évolution de la musique électronique, disait récemment : «  […] le “nu-disco” (ou “cosmic”, si vous avez fait des études supérieures) devient de plus en plus un alibi du genre “non je ne joue pas de techno moi, je joue des trucs différents” ». Des mecs modestes et malins ont compris que l'enjeu était ailleurs, maniant éclectisme et radicalisme d'un doigté léger. Le duo rennais Darabi fait partie de ceux-là. Leur hypno-funk s'apprête à squatter les charts de cette rentrée 2010 (Knock 'Em Down EP à venir sur Get The Curse Music). Il convenait donc de faire la lumière sur tous ces termes chelous et peut-être encore étrangers à notre fidèle lectorat.

Hello, les Darabi. Je ne sais pas si vous connaissez Hartzine. On y parle rarement techno. Si vous deviez écrire un chapitre de La Techno Pour Les Nuls vous concernant, comment vous décririez-vous ?

Parce qu'on écoute quasi exclusivement de la disco ou quelques trucs post-punk, notre souhait avoué serait de réussir à produire un funk chelou, futuriste, minimal et froid. Mais en utilisant des outils modernes et certaines sonorités radicales empruntées à la techno de Cristian Vogel ou Daniel Bell.

Je vous ai personnellement découverts grâce au blog/site/label/promoteur/leader d'opinion des DJs en t-shirt col V, Get The Curse. Comment s'est passée votre rencontre avec eux ? En quoi l'appui de ce type de crew est-il bénéfique (le syndrôme «Paris et le désert français») ? Cela permet-il d'accélérer les choses ?

13767_172257140941_172251470941_3425068_2142294_nPendant 3-4 ans on occupait une partie de notre temps en organisant des soirées à Rennes. Dans ce cadre-là furent invités Clement Meyer et Mikhail. Échanges, offres de blagues, etc... ont créé affinités et liens allant au-delà d'un rapport conventionnel promoteur/artiste.
Quand Get The Curse a décidé de passer à la vitesse supérieure en voulant imposer un label, de manière plutôt naturelle, on a été sollicités pour proposer des tracks en vue d'un futur EP, chose qui nous a bien entendu hyper emballés. Et évidemment, ça accélère tout : le crew est hyper implanté à Paris (notamment via leur résidence mensuelle au Social Club) et même ailleurs grâce à la notoriété mondiale que peut prétendre avoir le blog.

L'exposition croissante de Get The Curse a permis de croire au nivellement par le haut en matière de blogging de musique(s) de club. Comment a-t-il fallu s’y prendre d’après vous pour remettre de l’authenticité dans le son ?

Alors nous ne sommes pas à l'initiative du blog, mais Clément / Oli / Micky répondraient sans doute quelque chose comme ça : la seule vraie stratégie au départ, ça a été de parler de choses qui leur plaisaient, de ne pas faire du buzz pour du buzz, puis d'ensuite voir si ça pouvait exciter les gens... et petit à petit ça a payé.
D'un point de vue extérieur, nous on a découvert le blog bien avant de rencontrer les personnes. Ça a instantanément comblé un manque dans le «paysage blog français», dans lequel on ne pouvait pas forcément toujours se retrouver, excepté à travers 2-3 autres sites (alainfinklekrautrock, corporate bloggin).

Est-ce que cela se traduit concrètement en termes de feedback ou lors des soirées dans lesquelles vous jouez ? Le public de club vous paraît-il plus réceptif et «cultivé» qu'on aurait tendance à le croire ?

Je crois pouvoir dire qu'on représente un peu le penchant mainstream de GTC : les mecs qui n'hésiteront pas à jouer un remix hyper abusé vocal de Hercules & Love Affair. Et parallèlement  passer des disques au dessus de 115-120 bpm, ça représente pour nous une sacrée torture...
Du coup on est pour l'instant placés en warm up. Mais ce n'est absolument pas quelque chose qui nous dérange, parce qu'on adore le faire ! En terme de réactions, pour l'instant ouais j'ai l'impression qu'on fait le boulot : faire en sorte que la mayonnaise prenne en début de soirée, amener progressivement le public vers la grosse arsenal TECHNO du peak time.

Une majorité de producteurs techno contemporains enfilent le costume de DJ et tournent intensivement sur la base d'un ou plusieurs EP, voire d'un unique single et/ou sortie numérique. Ça peut paraître fou quand on vient d'une autre chapelle musicale. Comment vous situez-vous par rapport à ça ? Le DJing découle-t-il de la production ou l'inverse ?

13767_172257125941_172251470941_3425065_24667_n1Alors oui, ça fait quelques années qu'on est dans le DJing, même si au tout départ c'était davantage une approche par le hip-hop. Donc maitrise un peu technique/relou des platines via le scratch, le beat-juggling. Même si depuis on a un peu serré le frein à ce niveau-là, on reste de gros collectionneurs de disques. En fait on adore ça... Faire de la voiture le dimanche matin pour un vide-grenier dans le Maine-et-Loire dans le but de trouver cinq 45 tours pétés, ça s'apparente pas du tout à de l'angoisse pour nous. Bref pour répondre précisément à ta question, le DJing est venu avant la production. Mais c'est sans doute la combinaison la plus logique, enfin je crois...

La techno a longtemps été associée à des villes bien identifiées. Avez-vous le sentiment que la provenance d’un disque de musique électronique a encore une signification ?

J'ai l'impression que c'est de moins en moins vrai. Disons qu'avec la banalisation du haut débit dans les foyers, les frontières n'existent plus. Et puis l'accès à l'art n'est plus juste reservé aux grandes métropoles. Un petit mec talentueux habitant dans le Gers, il pourrait très bien sortir un maxi sur un gros label anglais en envoyant ses démos sur soundcloud.

Je vous disais en préambule qu'Hartzine parle le plus souvent de tout sauf de techno. Vous pourriez nous dresser un top 5 des trucs non techno que vous écoutez en ce moment ?

La question embarrassante ça aurait été de devoir te dresser un top 5 de nos disques techno du moment !

Alors cet été, on a pas mal écouté :

Cannibal Ox – Iron Galaxy (instrumental)

L'instru de El-P est dingue. Bon soyons honnête, habituellement on aurait plutôt tendance à écouter Naughty By Nature ou LL Cool J. Mais là on s'est récemment replongés dans nos poussiéreux disques de rap backpackers qu'on faisait semblant d'aimer au lycée.

C.A. Quintet – Trip Thru Hell (part 1)

Ça ne fait pas très longtemps qu'on commence à s'intéresser à quelques groupes de rock psyché 60's. Ce track de C.A. Quintet nous a bien retournés... 9 minutes complètement trippées : un solo de batterie interminable et des chœurs vraiment super classes.

Lipps. Inc – How Long

Classique. Pas besoin d'en rajouter.

The Flying Lizards - A-Train

Transpirant, sombre et bancal. Et alors cette ligne de basse... Typiquement ce genre de morceau qui nous inspire lorsqu'on tente de produire de la techno.

Midnight Magic - Beam Me Up (Jacques Renault Remix)

Parce qu'il est tout de même question d'un top « du moment », voici LE tube ultime. Fraîchement sorti cet été sur Permanent Vacation : un label qui nous déçoit très rarement...

Il ne vous semble pas bizarre que la question précédente soit souvent posée aux artistes électro ? Comme s'il fallait souvent justifier que l'on n'écoute pas seulement de la techno, comme si celle-ci n'était pas un style propre, comme si elle n'avait pas de crédibilité... On demande rarement à un groupe de rock s'il écoute autre chose.

13767_172257150941_172251470941_3425069_944752_nMaintenant que tu nous le pointes, en effet c'est une question qu'on voit rarement posée à un groupe de rock. Mais pour être franc, c'est pas quelque chose qui va forcément nous agacer plus que ça. Rentrer dans des considérations autour d'un certain militantisme électro, ça a tendance à nous faire partir en courant.

La question fatidique concernant vos projets est arrivée. Sur quoi travaillez-vous en ce moment et quand est-ce que ça sortira ?

Le premier maxi, Knock 'Em Down EP, sort courant septembre sur Get The Curse Music, avec deux remixes vraiment cool de Roman Flügel et Le Loup. S'en suivra fin octobre / début novembre une seconde sortie, Truckin EP, sur le label londonien Clouded Vision developpé par notre pote Matt Walsh. Et puis une poignée de remixes en préparation, entre autres pour Rafale (un groupe de rock produit par Arnaud Rebotini) qui devrait apparaître très prochainement.

Je vous laisse le mot de la fin...

Merci à toute l'équipe d'Hartzine, à Soundscriber. Et sans faire de fausses politesses, votre blog est vraiment hyper bien.

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Galaxy II Orchestra - Acid Rain (Darabi Extended Dub)


Propaganda - Frozen Faces (Darabi Re-Edit)


Veronica Vasicka (Minimal Wave) l'interview

Minimal Wave, label éponyme de ce genre des années quatre-vingt, réédite depuis 2005 des perles obscures et oubliées d'Oppenheimer Analysis à Moderne en passant plus récemment par Deux. Et derrière tout ça se cache la discrète mais passionnée Veronica Vasicka qui, au bout de six ans, a réussi à monter un des labels les plus intéressants  pourtant fondé uniquement sur des rééditions. La patronne s'explique pour Hartzine sur ses débuts, son futur et ses différents projets....

Pourquoi as-tu lancé ton propre label ?

En 2003, je tenais une émission de radio sur East Village Radio, "Minimal-Electronik Plus" (devenue plus tard "Minimal Wave"). Je voulais que l'émission soit éducative et je m'étais lancé le défi d'amener deux heures de nouveautés chaque semaine. J'étais particulièrement intéressée par la musique synthétique des années quatre-vingt, qui m'avait déjà marquée à l'adolescence. Du coup, je me suis focalisée sur cette période pré-new wave : minimal synth et coldwave. J'ai commencé à faire de plus en plus de recherches et réalisé que beaucoup de bonne musique n'avait pas été proprement sortie. Le point déterminant a été la fois où j'ai joué dans un petit club et j'ai mis The Devil's Dancers par Oppenheimer Analysis, qui était seulement sorti en cassette à 200 exemplaires. Le public a immédiatement bien réagi ; il venait à la cabine du deejay pour demander ce que c'était. Cela a été déterminant pour le lancement du label, et m'a fait prendre conscience que je n'étais pas la seule à aimer ce genre.

Peux-tu nous décrire, avec tes mots, ce qu'est la minimal synth / minimal wave ?

Le terme minimal wave est apparu il y a peu de temps, dû au regain d'intérêt envers les racines du pré-midi electronic new wave (1978-1985), émanant principalement d'Amérique du Nord, d'Europe et du Japon. Cette musique est souvent référencée comme minimal electronic, minimal synth, cold wave, new wave, techno pop ou synthpop, tout dépend des particularités du genre, de l'année et de l'origine du groupe. Beaucoup de ces derniers enregistraient leur musique sur cassette ou vinyle qu'ils distribuaient eux-mêmes. Ils créaient leur musique avec des synthés et des boîtes à rythme qui restaient fidèles aux sons de batterie obtenus en faisant de la programmation sur synthé et des mélodies fines et pleines de treble. Ils mettaient l'accent sur le son artificiel du synthé au lieu de le faire disparaître. Les éléments principaux : un beat mécanique, répétitif et des vocaux en contrepoint de ce côté artificiel. Les groupes n'ont jamais essayé d'utiliser les synthés afin d'imiter les groupes pop mainstream de cette période. Cependant il est vrai que certaines structures de chansons sont similaires à celles de la pop. On obtient une new wave très épurée. Comme le disait Jeremy Kolosine (l'un des membres fondateurs du légendaire groupe de synthpunk Futurisk), dans Alternative Rythms (juillet 1983) : "On peut espérer que le concept de "synthpop" disparaisse. Ça peut paraître étrange de me l'entendre dire ; mais si la "synthpop" disparaît, alors on utilisera les synthétiseurs."

Il y avait plein de genres qui émergaient pendant les années quatre-vingt. Pourquoi as-tu choisi ce style en particulier ?

Ce n'était pas un choix conscient. J'ai une passion pour ce genre. Peut-être que tout a commencé lorsque j'ai reçu, à 11 ans, pour Noël, un Casio SK-1, ou peut-être la station de radio indépendante que j'ai écoutée pendant ma jeunesse et dont je faisais des compilations grâce à mon radiocassette .

minimal

Peux-tu nous décrire la manière dont tu procèdes pour sortir un vinyle ?

Premièrement, je contacte le groupe et vois s'ils sont intéressés par une réédition de leur musique. S'ils sont d'accord, je leur demande tous leurs morceaux et ensuite je sélectionne ceux qui sont, à mes yeux, leurs meilleurs ou ceux qui, ensemble, donnent un album des plus logiques. Ensuite nous faisons le mastering. Puis je fais la tracklist, et écoute en continu les morceaux jusqu'à ce que j'aie une idée pour l'artwork. A 90% je le fais moi-même, à moins que je me sente coincée et donc là je fais appel à d'autres artistes. Et pour finir nous envoyons les tracks et l'artwork à l'usine pour qu'ils nous fassent l'album.

Tu as choisi le format vinyle. Pourquoi ce choix ? Penses-tu que cela fait partie de l'image de la minimal wave ?

J'aime le vinyle pour le côté tactile qui est perdu avec le format digital (cd et téléchargement). J'aime que l'artwork amène à un autre niveau d'écoute et aussi la graduation visible sur le vinyle. L'art et la musique sont pour moi très connectés, le vinyle fut donc un choix naturel. Je pense qu'ils s'améliorent les uns les autres : vinyle, pochette, notes.

Tu as aussi créé un sous-label à Minimal Wave, Cititrax. Pourquoi cela ? Que voulais-tu explorer ?

J'avais envie de créer un label pour la musique que j'apprécie qui soit autre que de la minimal wave. J'aime beacoup les débuts de la house de Chicago et les nouveaux groupes qui utilisent les synthés d'une façon moderne. Tandis que Minimal Wave a généralement un côté froid et sombre, Cititrax est plus solaire. J'ai réédité un album culte de Chicago Z-Factor, The Dance Party Album, peut-être un des premiers exemples de house et probablement le seul album de house. Il y a aussi un groupe, Medio Mutante, qui
"wrings a mutated blend of raw and propulsive energy from their limited analogue gear." [torture un mélange mutant d'énergie brute et propulsive de son équipement analogique limité].

Tu fais aussi de la musique au travers de ton projet 2VM. Est-ce un cheminement logique ? Comment as-tu produit cet EP ? Avec l'aide de Marc Houle ?

Oui, bien sûr. Nous étions ensemble et partagions un studio ensemble. Je faisais déjà de la musique de mon côté et nous avons décidé de collaborer. 2VM était un projet à deux, et nous avons enregistré environ une trentaine de morceaux. Nous les avons envoyés au label allemand Genetic qui les a immédiatement sortis (l'EP Placita). Eventuellement, les autres verront un jour la lumière du soleil.

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Ton label vient juste de sortir la compilation The Minimal Waves Tapes parmi d'autres tels que The Found Tapes, The Lost Tapes, etc. Quel est but de faire une compilation ? Comment décides-tu quels artistes seront sur une compilation et lesquels méritent une édition complète ?

Les compilations servent d'introduction pour les novices. J'ai commencé à faire des compilations car j'aimais en faire pour mon émission de radio, et essentiellement parce que c'est sympa de combiner des tracks qui vont bien ensemble. Je prends un réel plaisir à les faire, mais cela prend plus de temps vu le nombre d'artistes impliqués. Parfois, acheter la licence d'un morceau pour une compilation amènera à une sortie complète, comme pour Deux et Futurisk. Ce n'est pas tant à propos de quels artistes méritent une édition complète ou non, ça arrive naturellement lors de discussions.

Tu es aussi DJ. Comment va la nuit à New York ? N'est ce pas dur d'être une artiste dans cette ville ?

C'est vraiment bien. La vie nocturne s'est améliorée ces dernières années. Il semble que devant la crise économique, les gens cherchent plus à se libérer, à sortir. Cela a été  particulièrment bien pendant la période estivale. Je mixais une fois par semaine depuis le printemps et c'est  dur de trouver des dates. Je n'ai pas d'agent ou de RP. Tout se fait par le bouche-à-oreille. Et je réalise que plus je joue, plus les personnes entendent ce que je fais, ce qui amène à de meilleures dates. J'ai récemment mixé au MoMA (Museum of Modern Art) pour une exposition sur la typographie. Un vrai honneur. Le 10 juillet, je vais mixer au PS1 Museum à Long Island.

Tu as étudié la photographie. Souhaites-tu explorer d'autres formes d'art que la musique ?

Oui, j'ai une passion pour la photographie et je l'intègre dès que c'est possible aux albums. J'ai appris par moi-même les bases du graphisme donc cela me permet d'avoir un échappatoire et de toujours travailler pour le label. Je suis inspirée par la typograhie suisse, le mouvement futuriste italien et le mouvement situationniste des années cinquante et soixante.

Aurais-tu voulu signer des artistes sur Minimal Wave que tu n'as pas pu au final ?

J'ai toujours voulu sortir Space Museum de Solid Space. En 2005, j'étais en contact avec un des membres, Maf Vosburgh, au début du label, et je l'ai interviewé ainsi que les autres membres. Il a fini par me donner le master de l'album mais il reste toujours hésitant pour une réédition. J'aimerais toujours le faire !

Peux-tu nous en dire plus à propos du site internet ?

Je l'ai créé en 2005. Je voulais en faire une base de données en ligne autour de la musique de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt avec des interviews, des clips vidéos... Créer une communauté de fans qui peut avoir accès à une librairie virtuelle. J'ai été fortement inspirée par le livre International Discography of the New Wave: Volume 1982 / 1983 et par un magazine hollandais de musique des années quatre-vingt appelé Vinyl.  Mais après la sortie du LP d'Oppenheimer Analysis, je me suis plus penchée sur les activités du label, les futurs vinyles et j'ai créé des moyens pour que les gens puissent les écouter comme bon leur semble.

Quel est le futur de Minimal Wave ?

Je suis actuellement en train de créer un nouveau site internet qui sera plus interactif.  Il mettra en avant des évenements autour du monde, et la communauté qui s'est créée autour du label. Le label s'agrandit de plus en plus et sert de connexion pour différents groupes actuels qui ont le même esthétisme musical. Il y a beaucoup d'albums en devenir qui sont intéressants et j'entends bien les sortir. Je travaille aussi sur une sortie Italo pour Citiras, un artiste que j'admire depuis bien longtemps ! Tous ces futurs projets seront annoncés bientôt à travers le site internet.


PVT - Church With No Magic

WARPCD198 PackshotComme quoi, il ne faut jamais aller trop vite en besogne. Parfois le coup de cœur, parfois le coup de pompe. Et l'écriture, essentiellement irrévérencieuse sous l'emprise de l'émotion, se trouve être l'écrin de velours dans lequel manigance l'acier des convictions. Il s'en faut donc de peu que Church With No Magic, des trois PVT, soit rabroué par mes soins tel l'indigne successeur d'O Soundtrack My Heart (Warp, 2008), jadis considéré comme l'une des plus audacieuses perspectives du label de Sheffield. Une première écoute effarée, gorgée d'angoisse acrimonieuse : ai-je remué ciel et terre pour avoir la primeur de chroniquer cette galéjade, dénaturant par d'inexpugnables sur-ajouts de voix et de synthés, l'équilibre hautement efficace des morceaux d'alors ? La motivation fait défaut mais une telle évolution sonore titille la curiosité : je reprends l'album aléatoirement, dépiautant ça et là les structures alambiquées, les mécanismes rythmiques à la précision métronomique. Peu à peu, la lumière se fait et si mutations il y a, celles-ci demeurent finalement assez anodines par rapport à la permanence d'un son estampillé Pivot / PVT. Bien plus qu'avec le changement de patronyme, perdant ses voyelles suite à un risque de bataille juridique avec un groupe américain du même nom, la mue de PVT s'opère tant par le chant de Richard Pike que par cette nouvelle promiscuité permettant au trio de fonctionner en véritable groupe : car si l'Anglais Dave Miller est présent depuis 2005 aux cotés des Australiens Richard et Laurence Pike, lui qui instigua ce substrat d'électronique, devenu marque de fabrique, et qui fut à la base du rapprochement avec l'écurie Warp, jamais ces trois-là ne composèrent, ni n'enregistrèrent, dans le même studio. L'épaississement de leurs volutes sonores, comme l'échafaudage de leurs prétentions mélodiques, n'en sont donc que plus aboutis. Produit, comme son prédécesseur, par le touche-à-tout Richard Pike, Church With No Magic distille d'ailleurs un venin autrement plus lent mais délectable à ingérer : l'aréopage PVT emprunte des chemins de traverses, s'entichant aussi bien de procédés chers à Animal Collective, s'agissant notamment du traitement des voix, qui par moment se superposent en cascade, que des lubies atmosphériques et contemplatives propres à . Point de hasard donc à ce que celui-ci ait participé à l'enregistrement de l'album lors d'un court séjour à Sydney. La progression cadencée - et l'étiquette math-rock qui va trop facilement avec - s'estompe et fait ainsi place aux vertus de l'apesanteur, révélant, dans un fourbi de claviers analogiques, la profondeur d'écriture du combo : investissant le terrain d'une pop sombre et tourmentée, PVT essaime ses expérimentations vers des contrées que Battles, son faux frère de label, ne daigne pas encore sonder, mettant en abîme son carénage rythmique - pourtant consistant - au profit de vocalises désormais omniscientes. Window, single entêtant au vidéo-clip des plus novateurs - le trio tentant de retranscrire un show live vécu de leur point de vue - en est la parfaite expression. Si le pont entre O Soundtrack My Heart et Church With No Magic ne se distingue qu'en filigrane, les instrumentaux Community et Waves & Radiation, dans leur brume synthétisée, ne portant pas même les stigmates de la fièvre électrique d'alors, Light Up Bright Fires comme Timeless n'en prennent pas moins à la gorge, cravatant d'entrée de leur densité physique. Des rivages incertains et méandreux de Crimson Swan, Circle Of Friends ou du conclusif Only The Wind Can Hear You, à l'aquatique morceau-titre Church With No Magic, où la voix de Richard Pike se pare d'intonations qu'Alan Vega ne renierai pas, s'opère cette conversion du fond et de la forme intronisant PVT parmi les dignitaires des hautes stratosphères de l'ombre. Susurrant de tels cantiques, on ose à peine subodorer la suite.

Lire notre dossier Warp : vingt ans d'histoire, deux mixes

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PVT - Timeless

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Tracklist

PVT - Church With No Magic (Warp, 23 août 2010)

1. Community
2. Light Up Bright Fires
3. Church With No Magic
4. Crimson Swan
5. Window
6. The Quick Mile
7. Waves & Radiation
8. Circle Of Friends
9. Timeless
10. Only The Wind Can Hear You


!!! - Strange Weather, Isn't It?

Classifier un groupe dans un genre musical n'est pas toujours chose aisé, mais quand celui-ci s'encombre d'un patronyme imprononçable, autant laisser tomber tout de suite non ? Et bien non, surtout pas. Chk Chk Chk en est la preuve vivante, bien qu'ayant laissé son batteur sur le carreau. Paix à son âme. Depuis je ne prends plus l'ascenseur. Fusion frénétique des extrêmes, puisque ses membres viennent d'horizons différents, de groupes radicalement opposés, des deux côtes des Etats Unis... Et pourtant c'est dans l'émulsion pluriethnique new-yorkaise et son foisonnement  culturel toujours croissant que notre bande de loufdingues trouvera les ingrédients qui définiront leur son par la suite.

Remarqués pour leurs prestations scéniques affolantes, les Chk Chk Chk le furent pourtant moins par leurs sorties d'albums qui reçurent régulièrement des accueils pour le moins mitigés. Héritage lourd à porter (ESG, Liquid Liquid, Père Ubu, Kassav'... Non ? Ah bon !), concurrence rude (The Rapture, LCD Soundsystem, Radio 4, Kassav'... Toujours pas ?)... Et pourtant, rendons à César ce qui lui appartient. Si le groupe ne peut échapper à sa prodigieuse réputation de machine à enflammer le dancefloor, leurs qualités d'enregistrement n'ont pourtant rien à envier au groupe de Matty Safer et de Porcinet Murphy. Car oui, les albums de nos Chk Chk Chk sont bien des objets trop mésestimés. Louden Up Now vaut bien tous les Echoes et LCD Soundsystem au monde... Il suffit de réécouter des titres comme Pardon My Freedom ou Hello? Is This Thing On? pour s'en convaincre. Et alors que leurs rivaux s'empâtent dès le second album, nos trublions reviennent en force avec un Myth Takes encore plus barré, se frottant par moment au kraut et à l'expérimental.

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Le départ récent de John Pugh, de Justin Vandervolgen mais surtout de Tyler Pope, ex-LSD Soundsystem (J'ai fait une faute ? Où ça ?), laisse Nic Offer seul aux commandes de son armada de musiciens, qui loin de baisser les bras devant les pertes, enfilent short et vieilles Addidas, prêts à repartir à l'assaut des bacs. Grand bien leur prit, puisque Strange Weather, Isn't It? s'inscrit déjà comme l'apogée musicale d'un groupe préfiguré à devenir mythique. En guise de démonstration, le groupe offre un AM/FM pour introduction, synthèse de ce que le sextet sait faire de mieux. Un hit immédiat, bouillonnant, funky et sexy comme la queue du diable. Et bien qu'il soit difficile de s'extraire des 4:55 minutes que durent cette petite épiphanie musicale, les choses sérieuses prennent corps réellement sur Wannagain Wannagain, perle funk-rock écrasante. Les cuivres font leur travail et la voix de Shannon Fuchess apporte un grain soul à ce track qui sonne comme du vieux Fishbone. Incursion new-wave des plus réussies sur Jump Back où la voix de Nic Offer lorgne étrangement mais habilement sur celle Dave Gahan... Si, si je vous assure ! Ce qui nous rappelle alors qu'avant de faire partie du groupe aux points d'exclamation, le lead vocal de plusieurs membres  appartenait à l'obscure entité électro-rock Out Hud.

Cependant si une question substantielle demeurait quand au caractère de cet album, c'était bien sûr qui s'engagerait cette fois-ci derrière les fûts ? Pour rappel, le collectif avait déjà perdu son premier batteur, Mike Gius dans un accident de voiture en 2005, il fallait donc dégoter un mec assez doué et peu superstitieux pour succéder à Jerry Fuchs. Paul Quattrone est de ceux-là, officiant auparavant pour Modey Lemon, le batteur vient prêter ses baguettes aux !!! avec un brio certain (Even Judas Gave Jesus A Kiss, Steady As The Sidewalks Cracks).

Les plus chanceux pourront jouir d'une version accompagnée de deux bonus track (dont le sublime Made Of Money) cadenassant définitivement cet opus originalement clôt par l'éprouvant The Hammer. Authentique montée technoïde tribale, le morceau laisse l'auditeur à genoux et installe à jamais les Chk Chk Chk comme les successeurs des Happy Mondays pour les années futures. Attention, we're talking about a révolution là !!!

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!!! – The Hammer

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Tracklist

!!! – Strange Weather, Isn’t It? (Warp, 2010)

01. AM/FM
02. The Most Certain Sure
03. Wannagain Wannagain
04. Jamie, My Intentions Are Bass
05. Steady As The Sidewalk Cracks
06. Hollow
07. Jump Back
08. Even Judas Give Jesus A Kiss
09. The Hammer
10. Blue (Bonus track)
11. Made Of Money ( Bonus track)


Appaloosa – Savana

Oappaloosa-savanariginaire de Livourne en Italie, Appaloosa pratique une musique difficile à définir, dont la particularité est d’inclure deux basses qui génèrent un groove diabolique. Autour de cela, des élans noise se drapent d’atours funky, mais de façon déviante, ou psyché, et le chanté alterne avec l’instrumental, des pointes électro faisant en certaines occasions une apparition décisive (Minimo, morceau d’ouverture génial, sur lequel la puissance des quatre cordes fait merveille, doté de sons synthétiques ingénieux). Atypique, la formation italienne possède, ce que l’on remarque d’emblée, son propre style, et ne se réfère à aucun autre combo connu, si ce n’est, dans l’esprit, d’autres Italiens comme Aucan.

De surcroît, il trouve une belle cohérence au beau milieu de ces pistes sinueuses mais malgré tout accessibles à qui veut bien se donner la peine de s’en imprégner, et Genny, lui aussi porté par des basses proéminentes et un rythme implacable, confirme dans le même temps l’identité d’Appaloosa et son habileté dans le registre instru. Alerte et bien breaké, proche dans le contenu de ce que peuvent produire les géniaux Marvin, de Montpellier, ce morceau laisse ensuite la place à un Boston Gigi légèrement moins vivace, plus psyché, notamment grâce à ses boucles de clavier et sa batterie assénée. L’effet est saisissant et on se prend vite au jeu du quatuor, qui sur Mons Royal Rumble nous régale d’un funk cosmique et sensuel absolument irrésistible, au chant suave, aux fulgurances sonores marquantes et animé par des motifs non-moins remarquables. Le panel est large, mais Appaloosa le maîtrise assez pour que l’on ne s’y perde pas, et livre ensuite un Chinatown Panda saccadé, d’abord orientalisant, puissant et vivace, fort, à l’image d’un certain nombre de morceau de Savana, de sons merveilleux. En outre, des voix, samplées ou réelles – il semblerait que la première option l’emporte -, donnent du cachet à cette composition inqualifiable, à la croisée de styles divers dont l’amalgame est effectué avec brio.

Comme si cela ne suffisait pas, les protégés d’Urtovox proposent, suite à cela, l’éponyme Savana, dans un esprit funk complètement barré, dans un même élan planant et incoercible, pour enchaîner avec Tg et son rythme changeant, aussi fin que puissant. L’affaire est dans le sac, comme dirait l’autre, et le groupe atteint avec ce troisième album des sommets d’excellence que Non Posso Stare Senza Di Te, précédente sortie datant de 2005, laissait déjà poindre.
Les réjouissances ne sont cependant pas terminées, puisque Civilizzare, sur lequel la dualité basses-synthés fonctione à plein, le tout sous le joug d’une batterie caméléon, s’ajoute à la liste des réussites de ce disque épatant, rejoint en cela par Glù et son chant déglingué, crié, qui met un terme à un Savana dont le contenu dépasse de loin ce que l’on peut entendre d’expérimental, dans le monde musical, actuellement.

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Appaloosa -

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Tracklist

Appaloosa – Savana (2010, Urtovox)

1. Minimo
2. Genny
3. Boston Gigi
4. Mons Royal Rumble
5. Chinatown Panda
6. Savana
7. Tg
8. Civilizzare
9. Glù


Aufgang – Air On Fire

aironfire-1Nous avions rencontré Aufgang lors de leur passage à la Machine du Moulin Rouge, le temps d’un live endiablé qui ne nous avait pas laissés de marbre. Vous en souvenez-vous ? Sinon, pour les piqûres de rappel, c’est ici et ici. Ceux-ci nous avaient d’ailleurs confessé en coulisse travailler secrètement sur de nouveaux morceaux et avaient pu régaler l’auditoire d’une écoute en avant-première d’un Dulceria explosif et savoureusement châtoyant. Pourtant nous ne pensions pas revoir Francesco Tristano, Rami Khalifé et Aymeric Westrich nous revenir aussi tôt pour autant.Et pourtant, c’est à peine quelques mois après la sortie de leur album que le combo classico-électro débarque avec un nouvel EP dangereusement inflammable et nettement plus abyssal.
Si Dulceria semble taillé pour le dancefloor, brassant arpèges légers et sonorités house, le second morceau plonge l’auditeur dans un chausse-trappe qui va très lentement l’entraîner vers des ténèbres inexplorées auparavant. Cette relecture du morceau phare Aufgang, tout bonnement intitulée Auricle Dub, évoque immédiatement les structures minimalistes d’artistes comme Delta Funktionen ou Claro Intelecto, les instruments à cordes frappées en plus. Douce Violence (tout est dans le titre), deuxième véritable inédit de ce nouveau maxi, enfonce un peu plus le clou dans la noirceur. Spirale descendante, brutale, matraquée par le martellement agressif des kicks d’Aymeric et de l’affrontement au piano de Francesco et Rami. Une chute sonore aux accents corrosifs et à la tonalité oppressante. Warm Snow sonnera alors comme l’œil du cyclone, un brin d’accalmie bienvenu et permettant de reprendre son souffle. Les doigts de fées de nos deux pianistes se baladant langoureusement sur les touches de leursinstruments jusqu’à en tirer des larmes maculant chaque ligne, chaque portée, chaque note…
Et si nous voyons doublement l’occasion de nous repaître du sublime Channel 7, une version siglée Krazy Baldhead me fait craindre le pire. Je dois confesser que maladroit comme je suis, tout album ou titre siglé Ed Bangers ou catégorisé French Touch 2.0, 3.0, 3.0,5 et un quart… se retrouve le plus souvent sottement dans ma corbeille ou piétiné avec rage. Comme je peux être empoté parfois. C’est donc pour cette raison que je préfère dire qu’Air On Fire ne comporte que cinq titres. Je n’ai pas le droit ? Aïe ! Bon, alors, malheureusement il s’agira ici du seul bémol de ce nouvel essai du trio international puisque l’électro grassouillette du Marseillais dessert mal les ambitions d’Aufgang, à contrario de l’Américain Sutekh qui déstructure parfaitement les harmonies en escalier du track, pour en façonner une bombe expérimentale du plus bel effet.
Au final, ce sera essentiellement Aymeric et sa boîte à rythme savante qui seront mis en avant sur ce nouvel opus qui en définitive ne dévoile que trois réels inédits. On savourera néanmoins l’exposition d’une plus large incursion de la musique électronique dans la musique d’Aufgang, ce fameux quatrième homme. Et on succombera tout simplement devant cet énième démonstration de fusion entre classique et électronica. Dorénavant, c’est certain, le futur se conjugue à l’imparfait.

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Aufgang - Dulceria

Tracklist

Aufgang – Air on fire EP (In Finé, 2010)

01. Dulceria
02. Aufgang (Auricle dub)
03. Douce violence
04. Warm snow
05. Channel 7 (233 Channels remix Sutehk)
06. Channel 7 (Krazy Baldhead Remix)


Crystal Castles doublement remixé

crystalBonjour c'est Rigobert. On peut dire et penser ce que l'on veut du second album éponyme des Crystal Castles, conspuer leurs antiennes déjà surannées ou au contraire louer la suite on ne peut plus logique de leur premier effort, railler leur manque d'inventivité ou porter aux nues leur sagacité disco-punk. Mais quoi qu'on en persifle (ou pas), leurs fidèles se comptent parmi les plus grands et les plus prolixes d'entre tous. C'est ainsi que deux de leurs comptines électrocutées se retrouvent spatialisées par un maître en la matière, Dayve Hawk aka Memory Tapes, et un novice du genre, Thurston Moore aka dieu vivant de la scène indé new-yorkaise. Suffocation et Celestica s'octroient donc la patte de génies contemporains. C'est déjà ça de sauvé pour le duo de bipèdes canadiens.

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Crystal Castles - Suffocation (Memory Tapes's remix)

Crystal Castles - Celestica (Thurston Moore's remix)


The Chap - Well Done Europe

the-chapjpegIl doit y avoir quelque chose de navrant à faire un grand disque, unanimement reconnu comme indépassable par les feux croisés de la critique, et ne pas se faire une caillasse avec. Pas étonnant donc que The Chap, quatuor partagé entre Londres et Berlin, se fende d'un nouveau disque, Well Done Europe, paru le 24 mai dernier sur LO Recordings, histoire d'essayer de capitaliser enfin sur Mega Breakfast paru deux ans plus tôt sur cette même structure au catalogue impeccable. Et pour y parvenir, ces déconneurs de première au look d'autiste ont mis le paquet, tabassant dans tous les sens le chaland d'hymnes tarabiscotés, arpentant une foultitude de genres et de sous-genres de la pop moderne tout en tamisant de leur consubstantielle ironie un sens de l'écriture pop hors du commun. Douze morceaux brossant donc à la manière d'une anthologie didactique l'éventail de leur savoir faire et de leur potentiel de faiseurs de mirages. On passe successivement, et sans plus de ménagement que les poignées de secondes séparant les différentes plages, d'une pop symphonique en apesanteur (We'll See To Your Breakdown) à une version échevelée de celle-ci (Even Your Friend), d'une électro-pop éthérée et minimale (Obviously) à une antienne nettement plus humoristique (Gimme Legs), d'une électronica sans consistance (Well Done You) à une embardée cadencée dub expérimentale (Nevertheless, The Chap) ou d'un formalisme pop-rock neurasthénique (Pain Fan) à une déferlante math-rock printanière (Torpor), et ce avant même de friser le non-sens absolu (Few Horoscope). En somme, un inventaire à la Prévert comme il n'en n'existait plus depuis Brian Van 3000, la finesse en prime. Et c'est bien là que le bât blesse, car si les doux dingues frénétiques, incapables de garder le fil de leur pensée ne serait-ce que plus de trois minutes, ont un droit de cité inaliénable, il s'avère qu'ils fatiguent irrémédiablement l'auditoire, conspuant celui-ci jusqu'à l'ennui le plus létal. Sans se rendre jusqu'aux bords de ce précipice artistique, Well Done Europe, quatrième effort du groupe, ne daigne pas s'affranchir des canons de Mega Breakfast tout en soustrayant sa substantifique moelle faisant cruellement défaut ici : la folie créatrice d'antan, débarrassée de tout symptôme épileptique, est ici traitée et canalisée, notamment par le filtre d'une production on ne peut plus clinique. Pas étonnant qu'enserré dans sa camisole, le malade divague vitesse grand V, ne se laissant pas le temps d'approfondir son saugrenu génie. Une thérapie libératrice existe pourtant. Leur renommée scénique les précède de loin et ce n'est pas une broutille d'hyperactivité cérébrale qui sera à même de la démentir. Et comme chacun sait, un concert peut changer l'appréhension que l'on a d'un disque. Réponse le 12 juin au Café de la Danse.

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The Chap - Even Your Friend

Tracklist

The Chap - Well Done Europe (LO Recordings, 2010)
01. We'll See To Your Breakdown
02. Even Your Friend
03. We Work In Bars
04. Obviously
05. Gimme Legs
06. Well Done You
07. Nevertheless, The Chap
08. Pain Fan
09. Torpor
10. Maroccan Nights
11. Few Horoscope
12. Chalet Chalet


Delorean - Subiza

4287303125_f6b9eb242aAprès le printemps vient l’été, ses couleurs chatoyantes, ses températures affolantes qui donnent au citoyen lambda l’envie irrépressible de feuilleter les catalogues des agences de voyages durant la pause-cabinet, et de se précipiter à peine reculotté dans l’aéroport le plus proche, afin de claquer ses derniers dinars pour quelques jours d’euphorie et de dépaysement loin du stress de son lieu de vie. Ce rafraîchissement, les quatre Barcelonais de Delorean le condensent en musique depuis presque dix ans maintenant et établissent la cartographie sensorielle parfaite pour touriste de la capitale catalane : sea, sex, sun… Et Melancholia…
Ayant une affection et une nostalgie toute particulière pour Barcelone, j’appréhendais Subiza avec fébrilité. A vrai dire chaque morceau de Delorean réveillant autant une plaie refermée que ravivantdes instants d’une grâce absolue.Si leur dernier EP Ayrton Senna (dont on ne retrouvera ici aucun morceaux) avait convaincu par son instantanéité et sa signature inclassable, ni pop, ni dance music, Subiza va encore plus loin à travers des morceaux irrémédiablement cultes qui sentent les reflux d’écume sur le sable (Stay Close) et évoquent les balades folles parmi la flore exotique luxuriante du parc Güell (Come Wander). Real Love, électro-song à la fois entraînante et mélancolique grâce à la voix lancinante d’Ekhi Lopetegi exhume l’amertume de sentiments enfouis afin de mieux les laisser en suspension. Cette impression de flottement est ressentie d’ailleurs durant toute la durée d’Endless Sunset. Si le track démarre pourtant vigoureusement, il capte toute l’essence de son titre pour laisser chavirer l’âme de l’auditeur qui, pris dans les filets, sent son pouls battre plus fort à l’arrivée du crépuscule. Les mouvements ralentissent, le temps se fige et c’est dans cet immobilisme latent que l’on aimerait que les choses restent ainsi, un instant de pur magnificence, si délicat qu’on aimerait qu’il dure à jamais, comme ce titre finalement. Un voyage trop court qui tout en dégourdissant les pattes imprègne le subconscient d’images et d’effluves qui marquent longtemps après l’écoute de l’album et obligent à s’y replonger quotidiennement.
Delorean se démarque radicalement de la vague musicale pop pour teens et évoque une excursion sensitive entre électronica et indie pop combustible pour dancefloor  à l’instar de Memory Tapes, Neon Indian, etc…Et si je dois mettre une dernière fois en parallèle mon expérience à ce disque somptueux, Subiza ne restera pas qu’une suite ininterrompue de tubes, mais une œuvre entière et mûrie de bout en bout. C’est en écoutant Grow que j’efface les derniers dossiers photos de mes souvenirs passés sur la péninsule ibérique, les bibelots ne servant à rien, l’écoute de Subiza étant à elle seule une invitation au voyage.

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Delorean – Endless Sunset

Vidéo

Tracklist

Delorean – Subiza (Fool House, 2010)

01. Stay Close
02. Real Love
03. Endless Sunset
04. Grow
05. Simple Graces
06. Infinite Desert
07. Come Wander
08. Warmer Places
09. It’s All Ours


Chloé - One In Other

cover-chloe-web-bigjpgDJ émérite de la clique parisienne Kill the DJ, Chloé se démarque, après une poignée de maxis et de compilations, en 2007 avec l'album The Waiting Room. Deux ans après son excellent mix CD Live At Robert Johnson, elle revient avec One In Other, toujours à la recherche de la niche parfaite entre dancefloor et salon.

Ouverture sur Word For Word qui est à l'image de la composition ambivalente de l'album : juxtapositions synthétiques de plages calmes et rythmées. S'ensuit l'envoûtant Diva où un chœur se balade sur un rythme 4x4 secoué par une basse bancale et un riff de guitare dévastateur qui s'effondrent brutalement pour repartir gravir de plus belle la pente menant aux sommets rythmiques ; une sorte de French Kiss de Lil Louis à la sauce Kill the Dj. Le morceau suivant quant à lui  se caractérise avant tout par son efficacité, le tube assuré, dans une veine rock à la Weatheral, mais presque trop évident... On rentre ensuite dans une zone d'accalmie salvatrice avec la comptine The Glow qui discrètement ouvre la voie au sublime One In Other, sorte de slow minimal où Chloé nous expose ses atouts de vocaliste... Magnifique. Elle enfonce le clou de l'expérimental sur le lynchéen You, où le New-Yorkais Chris Garneau vient apporter sa contribution hypnotique et ses talents d'attrape-coeurs. Et ça repart, avec One Ring Circus, ritournelle psyché, bancale et freak à mort avec sa voix pitchée passée à la moulinette, Danton Eeprom n'est pas loin. Fair Game fait un saut dans le passé de l'artiste, rappelant les sonorités d'antan, celles que Chloé composait avec son accolyte Krikor au sein de Plein Soleil, projet qu'on espère voir renaître d'ici peu. Enfin les deux derniers morceaux reprennent définitivement la voie de la décélération réduisant peu à peu la vitesse et nous plongeant doucement vers l'univers brumeux et abyssal de l'artiste.
Chloé réussit haut la main le délicat passage du second album. La cohérence est là, malgré la diversité des styles abordés. Il faudra néanmoins avoir l'esprit jusqu'au-boutiste pour que ce dernier dévoile tous ses charmes. Un album, un vrai, à l'image de sa pochette, franc mais aux contours toujours aussi troubles.

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Chloé - Distant

Tracklist

Chloé - One in Other (Kill The DJ, 2010)

1. Word For Word
2. Diva
3. Distant
4. The Glow
5. One In Other
6. You (Feat. Chris Garneau)
7. One Ring Circus
8. Fair Game
9. Slow Lane
10. Herselves
11. Ways Ahead


Jamie Lidell - Compass

jamielidellimagedtail22353Jamie, Jamie… C’est pas un nom de gonzesse ça ? Déjà le sixième album et le cinquième sur l’écurie Warpienne pour le sale gosse de la soul, se rêvant en Michael Jackson blanc et électro du troisième millénaire. J’ai une bonne nouvelle pour le super Jamie, sa carrière est morte, comme son idole. Et dire qu’à l’aube des années 2000, son association à la star de l’IDM, Cristian Vogel, avait donné naissance à la boursouflure dark-soul perverse bien nommée Super Collider dont certains ne se sont toujours pas remis. Inoubliable clip de Darn (Cold way O’lovin), et ce vieux faciès de Jamie caché derrière cette immense touffe de cheveux. Depuis qu’il se Multiply, le vocaliste sombre, opérant sa métamorphose en Jim, et surnage grâce à Rope Of Sands, ma foi plus proche de Chris Isaak
Quelque part j’aurais préféré que cet album me traverse et qu’il passe sans que l’on ne s’aperçoive de rien. Malheureusement, ce ne sera pas le cas, les beats s’accrochent, s’agrippent, dérangent… La voix chargée de « hhmmm ! » « ooooooouuuh ! » et diverses onomatopées, irrite et crispe l’auditeur qui appuie constamment sur stop. Oui mais et ma chronique alors ? Après tout comme le dit lui-même le musicien anglais : Enough Is Enough. On prendra un simple plaisir sadique à se moquer des titres à se pisser dessus de rire : I Wanna Be Your Telephone, Completely Exposed… Côté production, j’ai pris plus de plaisir sur le Future Sex/Love Song du pourtant agaçant Justin Timberlake que sur ce Compass croisant baile-funk,soul, country-folk, le tout passé à la moulinette par un ex-génie qui se la joue Calvin Harris. J’exagère certes, mais à peine. Aucune finesse dans des titres comme Coma Chameleon ou You Are Walking, caloriques et indigestes comme une fondue savoyarde un jour de canicule. Seul Gypsy Blood reste relativement écoutable, et pour de mauvaises raisons puisqu’il s’agit en effet du morceau le plus court de ce nouvel essai, mais également le titre le moins identifiable de son auteur.
Bref, en résumé ce cru 2010 se révèle être une vraie tannée mais également le premier faux pas du label hétéroclite de Sheffield de ce début de décennie. Allez hop, le disque au broyeur. Aïe, j’avais oublié qu’on me l’avait envoyé en format digital. Quoi qu’il en soit, Jamie Lidell, lui, n’aura pas le droit à l’Apple Care et a dû intituler son album Compass non pas parce qu’il faisait chavirer l’audience mais plutôt parce que lui-même avait perdu le nord. Une qualité ? La pochette est très jolie, je trouve.

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Jamie Lidell - Compass

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Tracklist

Jamie Lidell - Compass (Warp, 2010)

01 - Completely Exposed
02 - Your Sweet Boom
03 - She Needs Me
04 - I Wanna Be Your Telephone
05 - Enough's Enough
06 - The Ring
07 - You Are Waking
08 - I Can Love Again
09 - It's A Kiss
10 - Compass
11 - Gypsy Blood
12 - Coma Chameleon
13 - Big Drift
14 - You See My Light


La Chatte – Bastet

6a00d10a7905288bfa01347edc8809860b-320piÇa doit bien faire 3 mois que j'entends parler de cet album. On me l'avait vendu comme la nouvelle came électronique de Born Bad. A moitié juste, un 3 titres est effectivement sorti sur le label garage mais le LP sort sur Tsunami Addiction que je ne connaissais absolument pas mais qui a cependant eu le bon goût de sortir dans le passé un LP intitulé Coco Douleur. Drôle de coïncidence, Vava Dudu, chanteuse de son état, expose sa vision de la mode dans le dernier Vice Magazine.
On arrête là pour les présentations. La Chatte délivre ce qu'on pourrait appeler communément de la mongolo pop synthétique. La pochette, sobre, et le titre du CD, mystique, ne maquillent que légèrement le propos. A peine le premier titre lancé, tu te retrouves projeté en plein souk electroclash. La programmation est efficace, les lignes de guitares évitent le niais et l'immédiateté mélodique. Le côté mongolo se retrouve dans la performance quasi ininterrompue de Vava Dudu et de son chant insupportable. En point d'orgue le massacre Cosmique Cosmétique, rencontre entre Peaches et les Télétubbies. Rien d'étonnant alors que mes morceaux préférés soient Rien, Libre et Mortelle Robe Chinoise, où un quasi spoken word se taille la part du lion et rend la chose plus que supportable. Les textes sont pétés et témoignent de l'importance de repenser la prévention des comportements à risques dans les grands ensembles urbains.

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La Chatte - Mortelle Robe Chinoise

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Tracklist

La Chatte – Bastet (Tsunami Addiction, 2010)

1. Apache
2. Rien
3. Jacques
4. Danse
5. Libre
6. Mortelle Robe Chinoise
7. Cosmique Cosmétique
8. Un Femme Monsieur
9. Ti Bo
10. Ambiance
11. Amour