Dirty Beaches - Time Washes Everything Away

Dirty BeachesAvec le LP Stateless (lire), paru en novembre dernier via Zoo Music, Alex Zhang Hungtai tournait définitivement la page Dirty Beaches. Mais avant d’enchaîner l'année 2015 avec à l'ouvrage son nouveau projet Last Lizard, le musicien à trombine photogénique dégoise un ultime court-métrage signé Loic Zimmermann, adaptation sensible du morceau conclusif et contemplatif Time Washes Everything Away, long de quinze minutes et résonnant tel le dernier succédané d'une aventure s'étiolant solitairement et paisiblement à la lumière des petits matins Lisboètes.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=QNWw38Wf97Q

Tracklisting

Dirty Beaches - Stateless (Zoo Music, 4 novembre 2014)

01 Displaced
02 Stateless
03 Pacific Ocean
04 Time Washes Away Everything

dirty-beaches-time-washes-everything-away


Dirty Beaches - Displaced

dirty-beachesLa règle veut que lorsqu'un sort un album, on avale ensuite les kilomètres pour le défendre. Le LP Stateless était annoncé, une tournée programmée, mais las, Alex Zhang Hungtai a préféré s'en servir pour clore abruptement via twitter le chapitre Dirty Beaches débuté en 2005 et jalonné d'une discographie plus qu'abondante. Mettre fin à un projet, c'est un comme quitter quelqu'un, la forme et les raisons importent peu. Déjà, celui que l'on avait interviewé à la sortie de Bad Lands en 2011 (lire), énonçait que si sa musique évoquait le passage du temps et le voyage, rien n'est jamais éternel. Chose qu'il a martelé lors d'une récente entrevue sur Pitchfork à propos de Stateless, sifflant entre ses dents que "toute douleur est provisoire, comme la joie, la colère, le doute et toutes les émotions humaines." Enregistré à Lisbonne, là où il vit depuis quelques années, entièrement instrumental et recevant le concours au violon de l'italien Vittorio Demarin, cet ultime album, perclus de synthétiseurs et d'un saxophone ténor, s'imprime tel un étrange signe de main à peine visible dans la poussière et le lointain. Publiée il y a peu, la vibrante expérimentation Dickie's Theme fait elle déjà échos au mot de l'intéressé : rendez-vous en 2015.

Audio

Tracklisting

Dirty Beaches - Stateless (Zoo Music, 4 novembre 2014)

01 Displaced
02 Stateless
03 Pacific Ocean
04 Time Washes Away Everything


Who are you Night People Records?

Que ce soit les Peaking Lights (lire), Alex Zhang Hungtai de Dirty Beaches (lire), Ela Orleans (lire), Jennifer Baron de The Garment District (lire), ou William Cody Watson de feu Pink Priest (lire), nombreux sont ceux à participer à ce concert ininterrompu de louanges à l'adresse de Shawn Reed, instigateur et cheville ouvrière du label Night People - à l’œuvre depuis 2005 pour presque deux cents références - et moitié du duo Wet Hair qu'il forme avec Ryan Garbes depuis 2008. La liste est longue, donnant presque le tournis, de formations ayant eu le privilège de voir leurs compositions cornaquer esthétiquement par ce natif de l'Iowa, ancien étudiant des Beaux-Arts spécialisé dans l'estampe et la reprographie. Merchandise, Rene Hell, Uncanny Valley, Femminielli, Terror Bird, Blanche Blanche Blanche, Russian Tsarlag, Yves/Son/Ace, Blessure Grave, The Pheromoans, Dan Melchior, Naked On The Vague, German Army, Featureless Ghost, et plus récemment, Dylan Ettinger, Unhappybirthday ou Roladex... Si citer ceux-ci pêle-mêle exhaustivement ne rime à rien, sinon à niveler leur qualité et talent respectif par la juxtaposition nauséeuse, cela permet de saisir de quoi on parle à la lisière de ce qu'ils évoquent d’authentique : d'un engagement sans faille et permanent, à l'abri des circonvolutions cycliques et éphémères des modes, d'une éthique artistique ne brandissant pas le DIY autrement que comme un parti-pris et une nécessité, d'un modèle autonome et autogéré viable non sans effort économiquement, d'une volonté de révéler au plus grand nombre, sans pour autant se corrompre, des musiciens aussi barrés qu'inspirés, délayant à la marge leurs divagations psyché, kraut, post-punk, voir bruitistes et électroniques. Night People ratisse large, se jouant des étiquettes comme des nationalités - juxtaposant ainsi sur ses bandes magnétiques, patiemment dupliquées maison, expérimentations électro-noise chinoises avec Xiao Hong & Xiao Xiao Hong, garage punk US avec Lantern et pop synthétique dégénérée de Melbourne avec Fatti Frances - le tout selon une esthétique radicale et réfléchie, trouvant son inspiration dans la culture fanzine punk et érigeant chaque sortie - LP ou cassette - telle une œuvre d'art à part entière, accessible et diffusable. Surtout Shawn Reed se nourrit de son expérience de musicien crapahuteur - avalant les kilomètres en bagnole, dormant quelques heures par nuit l'arrache sur des matelas défoncés, le tout pour jouer devant un public clairsemé mais passionné aux quatre coins des États-Unis - pour conférer au label cette dose vitale d'humanité agissant tel un catalyseur d'émotion et de motivations : les rencontres, les échanges, les idées et les partages incessants se retrouvent tous, presque palpables, sans filtre, ronéotés sur les pochettes sérigraphiées de chaque sortie. Comment, à ce titre, ne pas mentionner le split Double Feature d'Ela Orleans et Dirty Beaches (lire) co-réalisé par La Station Radar (lire) et Night People ? Décidément, l'obstination à produire des disques n'est pas encore pour tout le monde au vingt-et-unième siècle qu'une question de blé - contrairement à ce que l'on aimerait nous faire croire (lire) - et peut encore s'affranchir de toutes autres considérations que celles amicales et artistiques. L'histoire que Shawn Reed a patiemment accepté de nous compter - la sienne - s'intime auréolée des oripeaux de l'exemple, par ailleurs agrémentée de la compilation Tape Gun, parue début 2014 et brassant deux années de nouvelles sorties, à télécharger et écouter ci-après, avec entre autres D. Vassalotti - échappé des excellents Merchandise - Idiot Glee ou Beat Detectives. Histoire d'enfoncer le clou, à défaut d'entamer notre intérêt, Shawn offre avec le morceau Endless Procession un long et sinueux extrait du prochain album à paraître cette année de Wet Hair, The Floating World.

Entretien avec Shawn Reed

by Dirty Beaches 2
Shawn, qui es-tu et quelles ont été tes premières expériences musicales ?
Shawn, who are you... and what were yours firsts musical experiences?

J’ai grandi à Muscatine, une petite ville industrielle au bord du Mississippi dans l’Iowa. Les racines de ma famille sont imprégnées par la culture rurale de cet État qui en est l'élément constitutif. Je me suis mis à la musique punk au collège en écoutant une émission de radio nocturne qui diffusait de la musique alternative. Au lycée, à la fin des années 90, j’ai commencé à jouer dans des groupes locaux. La vente par correspondance a joué un grand rôle dans ma quête de musique et de découvertes, c'était un lent processus, avant l'arrivée d'internet. En 99, je me suis retrouvé à l’école d’art de l’Université de Northern Iowa avec pour spécialités la gravure et l'estampe. Ce fut une période formatrice tant à l’école qu’en dehors : c'est à ce moment que j’ai rencontré des personnes clés qui m’ont aidé à consolider et façonner mon lien entre les musiques underground et l’art visuel. J'étais très proche de deux de mes professeurs d'estampes, Aaron Wilson et Tim Dooley. Ils m'ont imposé un haut niveau d'exigence s'agissant de mes productions en arts visuels et m’ont également fait découvrir des styles de musique plus arty en dehors des genres punk, hardcore et indie qui ont eu un grand impact sur mon approche tel John Cage, Can, Sun Ra, Throbbing Gristle ou Royal Trux.

Au même moment, avec tous les punks du campus, on a lancé un espace DIY dans un garage et on s'est mis à inviter des groupes en tournée pour venir jouer à Cedar Falls. Nos propres groupes ont ainsi commencé à partir en tournée et à sortir leurs propres disques. Créer un réseau au sein de la scène musicale DIY est ainsi devenu une partie de plus en plus importante de ma vie. J'ai découvert de nouveaux styles comme le free jazz, le psych-rock, le post-punk ou le krautrock tout en poussant mon art visuel dans des directions similaires, en allant aussi loin que je le pouvais en mêlant sérigraphies, textiles et sculptures. J'ai alors pris connaissance de la scène noise du début des années 2000, notamment Paper Rodeo de Providence, American Tapes du Michigan... J'ai contacté une galerie à New York qui travaillait avec de nombreux artistes que je trouvais intéressants. Malgré leur étonnement que je connaisse Little Cakes, les choses sont parties de là puisque j'ai exposé dans leurs galeries de New York et Tokyo avant qu'elles ne ferment. J'ai apprécié la plupart des personnes avec qui j'ai travaillé dans ce milieu mais globalement je ne m'y suis pas retrouvé. J'expose toujours mais pas avec cet engagement que j'ai pour la musique underground qui offre une autonomie et de réelles opportunités.

My name is Shawn Reed, I grew up in a small industrial Mississippi River town in Iowa called Muscatine. I grew up in the country and my family has deep roots in rural farming culture in Iowa which is the main historical back drop of the state and its economy. I got into punk music in middle school from listening to a late night radio station that played sub culture alternative music. In highschool in the late 90's I started playing in locals bands. Mail order became a big part of my experience trying to find music and check things out it was a slow pre internet process.  In 99 I ended up in Art school at the Univeristy of Northern Iowa for Printmaking. It was a formative time both in and out of school. I met some key people that would help solidify and shape my connection to underground music and visual art. I had two printmaking Professors I was very close to Aaron Wilson and Tim Dooley who set a high standard for what was expected from me concerning the visual art I was making and would go on to make. They also introduced me to some weirder and more arty music outside the punk/hardcore/indie context that had a big impact (John Cage, Can, Sun Ra, TG, Royal Trux etc).

At that same time a group of us local punks in college together at the time started a DIY space in a garage and began inviting bands on tour to come and play our small college town of Cedar Falls IA. It quickly led to our own bands starting to go on tours and to put out our own records and my formative years of networking in the DIY music scene became a bigger and bigger part of my life. I was finding out about more and music and got pretty heavily in to Free Jazz, Psych Rock, Post Punk, Krautrock etc. I was pushing my visual art in similar ways reaching out as far as I could doing instillation work that ranged from silkscreen to textiles and sculptures. Around that time I became aware of deep under ground art and music like the early 2000's Noise scene things like Paper Rodeo zine out of Providence RI, American Tapes out of Michigan etc. I had reached out to a gallery in NYC called Little Cakes since they worked with many artists I found interesting at the time. They in turn thought it was wild someone living in Cedar Falls Iowa knew about them and  things just went from there with me eventually getting invited into the Little Cakes family of artists. I ended up  showing at there their Gallery in NYC and Tokyo before the gallery eventual decided to close doors.  I had really enjoyed the main people I was working with in the gallery scene but overall I didn't relate to the context of it on a larger scale. I still show at galleries but haven't pursued it as much as I have working with underground music. I thought the music scene offered more organic and self directing opportunities and economy.

Night People Tapes

Peux-tu nous dire comment Night People a démarré et quelle était l’idée de départ ?
Tell us how did Night People started and what was the fundamental idea? 

Aux alentours de 2004, j'ai déménagé à Iowa City pour mes études et j'ai lancé Raccoo-oo-oon avec Daren Ho, un vieil ami rencontré dans les concerts à travers l'État. Mes anciens acolytes, Andy Spore et Ryan Garbes, se sont rapidement joints au groupe. On souhaitait jouer une musique libérée des carcans formels, entre écriture et improvisation, en utilisant tous instruments sur lesquels on mettait la main et avec Miles Davis, Can, Neu Suicide ou Sun City Girls comme principales influences. Après avoir fait tourner quelques démos, on a enquillé les dates tout en sortant divers CD-R et cassettes via WoodsistTime-LagRelease the Bats ou Not Not Fun. Jouer avec Raccoo-oo-oon a renforcé nos liens avec la contre-culture de l'époque et nous avons créé Night People Records pour soutenir les groupes avec lesquels nous traînions ainsi que pour mettre en valeur d'un point de vue créatif tout ce que nous faisions en dehors de Raccoo-oo-oon. L'économie du label a ainsi toujours été très liée aux tournées. Faire des concerts le meilleur moyen de promouvoir ses disques et de tisser des relations : la plupart des groupes du label sont des amis rencontrés en chemin. C'est Andy qui a trouvé le nom du label. Il veut dire au sens propre, plonger dans la musique jusqu'au bout de la nuit.

Pour prendre un exemple récent, mes amis de Merchandise sont venus en tournée à Iowa City. Après le concert nous nous sommes retrouvés chez moi à écouter des piles de disques jusqu'au petit matin, à parler de l'importance des sons et de ce que l'on pouvait s'apporter les uns aux autres. Cette nuit a scellé la décision de sortir sur Night People leur album malgré plusieurs autres offres provenant de labels plus importants et lucratifs. Au-delà de la musique, cela a trait avec un certain style de vie embrassant la musique et l'art : c'est le faire parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives au vu de l'amour et du désir que tu portes à ces choses-là.

Quand Raccoo-oo-oon s'est dissous avec les départs de Daren à New York et d'Andy à Los Angeles, j'ai décidé de m'occuper du label à temps plein afin de voir jusqu'où je pouvais mener l'aventure. Terminant mes études, ma vie était à un tournant. Raccoo-oo-oon est une part importante de ma vie et je voulais faire perdurer toutes ces relations établies grâce à cette culture faite de correspondance, d'échanges et de tournées. C'est à ce moment que j'ai embrayé sur Wet Hair, au départ comme un projet solo. Ryan a vite rejoint le projet histoire de donner plus d'intérêt à la démarche. Comme je ne voyais pas de réel futur dans le monde de l'art, pour ce qui est d'exposer et d'être dépendant des conservateurs et collectionneurs, j'ai choisi d'orienter encore plus fortement le label dans une direction visuelle propre. J'ai pensé que si je faisais tous les artworks du label et sérigraphiais tout à la main, cela créerait un modèle esthétique et une base pour un catalogue futur intéressant. L'aspect visuel du label aiderait à susciter une confiance et un intérêt pour celui-ci permettant de faire connaître des musiques obscures et inconnues par-delà le monde. Ma volonté fut de conférer au label une sorte d'aura, provoquant le culte et le désir de collection, tout en gardant un côté personnel afin que ceux qui achètent les disques s'emparent d'un objet incarnant l'amour et la dévotion que je ressens pour la musique et l'art présentés. C'est un moyen de rendre l'art accessible au lieu de vendre celui-ci dans une galerie à un prix exorbitant pour un public limité. C'est aussi un moyen pour combiner cet intérêt que j'ai pour le design et celui pour les rencontres et les organisations d'expositions.

Je voulais me prouver que je pouvais faire fonctionner le label de qualité en restant totalement DIY, et ce sans aucun soutien ou financement autres que ceux générés par le label lui-même. J'espérais aussi pouvoir faire connaître de nouveaux groupes plutôt que d'essayer de plaire à un public et des goûts pré-établis. Ce versant du label a été un succès. Des groupes comme Peaking LightsDirty Beaches ou The Twerps ont tous vu les avantages de ce procédé. Les aspects financiers du label sont difficiles, je me sens plus que jamais étranger au mode de fonctionnement traditionnel de la musique indie, de la presse et des labels. Je ne sais pas combien de temps le label pourra survivre mais je n'ai aucun doute ou regret à son encontre. Je voulais simplement amener un public vers une musique à laquelle je crois. Ça n'a aucun rapport avec l'argent ou la hype, c'est juste une question de maintenir la créativité et ce genre de relations positives et excitantes qui m'ont amené à créer ce label.

Around 2004 I moved to Iowa City for graduate school and ended up starting Raccoo-oo-oon with an old friend who I knew from going to shows around the state Daren Ho. My former allies going back Andy Spore and Ryan Garbes were soon added to the band as well. We wanted to play more free form music that bordered between being rehearsed and being improvisational  We used any instruments we could get a hold of. Early on Miles Davis, Can, Neu, Suicide, Sun City Girls etc where big influences.  After a demo cassette we sent around to friends and labels we started a heavy touring schedule and started releasing music on a variety of labels like Woodsist, Time-Lag, Release the Bats and Not Not Fun. Touring with Raccoo-oo-oon just lead deeper into the subculture of the time and we started Night-People Records as a way to document who we were playing with and hanging out with and also what we were all doing creatively outside Raccoo-oo-oon. The label became economically connected to touring and still is. Touring is a good way to get the merchandise on the road out in the world in an initial way and it helped make connections through trading etc. most of the bands the label has represented were friends met on the road. Andy came up with the name of the label, its basically just a literal thing, staying up late getting deep with music.

A recent example was when my friends Merchandise recently came through Iowa City on tour, after the show we ended up back at my place staying up late into the morning hours playing piles of records talking about music and life getting deep on the sounds and what we had to introduce to each other, that night settled Merchandise working with Night-People on there next record despite many offers for them from much bigger and lucrative labels. Its about the lifestyle of it, its about love of music and art, its doing it for the sake of doing it because you have no other choice because of the love and desire you have for it.

When Raccoo-oo-oon disbanded with Daren moving to NYC and Andy moving to LA I decided to take the label on as a full time project to see how far I could push it. I had just finished up graduate school and everything in my life was going through a big transition, Raccoo-oo-oon was a huge part of my life and I wanted to keep and continue the connections I was making through that lifestyle and culture relating to correspondence, trading, and touring. I had started Wet Hair around that time as a solo project Ryan quickly joined the band so we could keep pushing forward with making music and touring taking on very different approaches to music then Wet Hair in order to keep it interesting and cover more territory and interests. Because I didn't really see the right future in the art world as far as showing in galleries relying on curators and collectors etc.  I choose to aim the label even more into a distinct visual direction. I thought if I did all the design work for the label and silkscreened everything by hand it would create an aesthetic template and foundation for an evolving roster of interesting music. The visual side of the label would help create trust and interest in the label so that I could introduce new and obscure music from all over the world. I wanted the label to have a bit of a collector and cult feel but also wanted it to be hands on so thepeople buying the records were buying something that embodied the love and devotion I feel to the music and art presented. It was a way to put art into hundreds of peoples hands for cheap instead of selling it in a gallery for a lot of money with limited reach to an audience. It also combined my interest in design with my interest in meeting people and curating.

I wanted to prove to myself that I could do the label at a high level totally DIY without any backing or funding other then what the label could generate for itself. I hoped I could introduce new bands and music and shift taste towards them instead of trying to appeal to an audience or things that had already been established. I think that aspect of the label has been a success  bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, The Twerps etc have all seen the benefits of that process. The financial aspects of the label are very difficult, I feel more like an outsider then ever to the more mainstream way indie music, press, labels etc operate. I don't know how long the label will be able to survive but I don't have any doubts or regrets about it, I just wanted to help bring an audience to music that I  believe in, its not about money or hype its just about trying to sustain creativity and the kind of positive exciting connections that got me interested in doing a label in the first place.

Merchandise LP Front

Avec plus de 200 sorties au nom du Night People, comment juges-tu ton travail ?
With more than two hundred releases to your credit, how do you judge your work? 

Night People est un label maison. J’ai vécu dans la même baraque pendant neuf ans à Iowa City et le label faisait plus que partie des murs : la salle de répétition et l'atelier de sérigraphies se trouvaient dans la cave, mon salon me servait de bureau et de chambre d'écoute tandis que le grenier et le placard permettaient d'entreposer le matériel de livraison et la marchandise. Je restais la plupart du temps seul dans cette maison en essayant jour après jour de pousser le label, de continuer de le faire fonctionner et d'en améliorer tous les aspects. Je raconte tout ça au passé parce qu'après cette une longue expérience à Iowa City, où j'ai ressenti un lien profond avec la musique et l'art, j'ai décidé de partir. Suite à une récente tournée avec Wet Hair et Merchandise, certaines choses ont changé dans ma vie et j'ai décidé d'arrêter de vivre dans une petite ville étudiante. J'ai vécu une année à Minneapolis et désormais je réside à Saint Paul dans le Minnesota. Indépendamment de ça, le label continue et je travaille sur de nouvelles sorties.

Il m'est difficile de dire comment je juge mon travail. Il y a des choses que je veux toujours améliorer comme l'efficacité, répondre aux mails plus rapidement, être plus rapide pour tout l'assemblage... C'est dur parce que c'est tellement prenant, je double des centaines de cassettes par mois, imprime des milliers de pochettes de disques et gère un nombre hallucinant de mails ou de courrier, c'est vraiment difficile de tenir le rythme tout en s'en sortant à peine financièrement. La partie financière est la seule qui m'angoisse vraiment, j'adore le travail même quand c'est vraiment fastidieux.

En ce qui concerne mes designs et la musique que je produis, c'est juste l'expérience et la confiance que j'ai dans mes goûts, en plus de mon instinct. C'est vraiment juste une question de confiance en soi et de ressenti de la musique et de l'art. C'est plus une question de sensation qu'une réelle décision.

Its a house label, I had lived in the same house for 9 years in Iowa City and the label was part of the house itself in a way. I had the band rehearsal space and silkscreen studio in the basement. The dinning room was my office and listening room. The attic and closest held shipping material and merchandise. For the most part it was just me sitting in the house in Iowa City day in and day out trying to push the label and keep it going and make it better on all levels all of the time. I say that all in past tense because after a long haul in Iowa City and a deep connection and outward of expression of myself towards music and art there I have decided to leave. Following a recent tour with Wet Hair and Merchandise some things changed in my life and I decided to finally get out of living in a small college town and am now living in Saint Paul after one year in Minneapolis. Regardless the label is still going and I am currently working on new releases.

Its hard to answer how I judge the work. I know there are things I always want to be doing better like efficiency of the operation, getting the mail out quicker, getting faster at all the assembly etc. Its hard because its so hands on, I dub hundreds of tapes a month, print thousands of records sleeves and deal with crazy amounts of emails and physical mail its really hard to keep up with while still barely getting by financially. The financial part is the only thing that really stresses me out, I love the work even it it is very tedious.

As far as judging my designs and the music I am releasing its just experience and trusting my taste and gut instincts. Its really just having confidence and feeling the music and art. Its more of a feeling then a decision really.

Comme musicien et propriétaire de label, le DIY a donc une influence déterminante sur ton travail...
As a musician and a label owner, the DIY have a strong influence on your work...

Je ne revendique rien en faisant les choses avec des méthodes DIY, c'est avant tout par nécessité. Ceci dit je souhaite avoir le contrôle et être impliqué au maximum. Le DIY a donc un aspect pratique et une organisation que j'aime. Si tu disposes de toute une pile de disques ou cassettes Night People, cela rend vraiment bien, comme une œuvre d'art. En ce qui concerne la musique, je tente d'être éclectique tout en créant des liens. D'une manière ou d'une autre, je crois que cela fonctionne. Comparativement à d'autres labels, Night People est un projet artistique : je le vois telle une famille d'iconographie visuelle et de groupes avec lesquels je travaille en constante évolution. Je me sens très proche de courants esthétiques tels ceux de Push Pin Graphic, la Factory d'Andy Warhol, Sun Ra et plus encore des projets punks comme celui uniforme de Crass. Je ne peux me résoudre à compromettre ce travail graphique dans le but de vendre ou de rendre les choses plus faciles. Le DIY reste la toile de fond.

I don't have any real political points I am trying to make by doing things in a DIY way, its mostly out of necessity but its also because I want to have control and be really involved with the label, I like it being hands on and very curated in the way that it is. If you lay out a pile of NP releases all together it looks really nice like one big work of art. I try to have a lot of variety in the music but somehow present links between it all, I think it works for the most part. I think Night-People is a bit more of an art project then a lot of other labels, its like an evolving family of visual iconography and bands that I work with. I very much relate to groups like the Push Pin Graphic aesthetic or Andy Warhol's Factory, the Sun Ra band family, even more punk things like the Crass aesthetic and uniformity  I can't bring myself to compromise aesthetics for sales or to make things easier and so DIY is the backdrop of that I guess.

Quelle est la ligne artistique du label ?
What's the artistic guideline of the label?

L'unique ligne directrice est que tout les artworks sont sérigraphiés par mes soins. Ryan et Justin de Wet Hair m'aident de temps à autres avec des éléments visuels. On travaille si bien ensemble que l'esthétique est vraiment homogène. Au début, certains des groupes participaient à leur direction artistique mais j'essaie de rester le graphiste principal - si ce n'est le seul. Je peux imaginer un jour abandonner la sérigraphie des albums en faveur de designs plus élaborés mais je n'y suis pas encore. J'étais très fier du design de Spill Into Atmosphere de Wet Hair et j'imagine éventuellement Night People prendre le même chemin mais pour l'instant je veux conserver le côté artisanal et la sérigraphie. Tout est principalement réalisé à la main par le biais de techniques de reprographie.

The only guideline thus far is that everything is silkscreen and all art is done by me. Ryan and Justin from Wet Hair help with visual things at times since we collaborate a lot, we work so well together that its really seamless aesthetically. Early on some of the bands contributed to there own art but I try to keep it where I am the principle designer if not usually doing all the design. I could see at some point not silk screening the records in favor of being able to have more elaborate designs but I'm not quite there yet. I was really proud of the Wet Hair Spill Into Atmosphere design and I could see Night-Peoplegoing that way more potentially but for now I want to keep it hand made and silk screened.  All the design is done mostly by hand with heavy use of a sort of xerox aesthetic.

Quelle est la création dont tu es le plus fier ?
What is the release you are the most proud of?

Imaginary Falcons de Peaking Lights a été une sortie particulière. Ce sont de bons amis, je les ai rencontrés à une période de ma vie où j'étais déprimé. Ce sont des personnes fantastiques, je leur porte en tant que personne et en tant que groupe une estime sans égale. Je croyais en Imaginary Falcons quand bien même personne ne les voyait avoir le succès qu'ils ont maintenant. Je l'ai perçu dès le premier jour et je suis simplement heureux d'avoir pu travailler avec des personnes si formidables et un groupe aussi unique.

http://www.youtube.com/watch?v=olvMFWqbY4Q

Plus récemment, Personality Matrix de Featureless Ghost fait partie de mes fiertés. Ce sont aussi des personnes géniales et le vinyle sonne bien. J'espère que les gens les soutiendront, le groupe est doué sur scène et rend si bien sur disque. C'est un groupe spécial.

http://www.youtube.com/watch?v=YTmG9md0rzc

L'album Total Nite de Merchandise, sorti en avril 2013, est une autre sortie importante. Les membres de ce groupe ont fait preuve de tant d'amour et de confiance en choisissant de travailler avec Night People plutôt qu'avec tous les autres label qui voulaient sortir ce disque. C'est un super album, magnifique pour un enregistrement maison. Il y a quelque chose à la fois d'épique et qui te fait te sentir tout petit. Nous partageons une communauté d'esprit, s'agissant de notre amour pour la vie et de cette ferveur à rester fidèles à nous-mêmes, rester indépendants sans céder aux pressions extérieures merdiques, jouer comme on l'entend et pas l'inverse. Ils comprennent l'essence du label, le fait qu'il instigue une évolution constante tout en conservant ses fondations esthétiques initiales. Wet Hair et Merchandise sont très proches. Avec certains groupes, Night People représente une famille. Si tu parles à aux membres de Peaking Lights, Dirty Beaches ou Merchandise ils ne te diront pas autre chose. Total Nite a poussé l'esthétique visuelle encore plus loin et je suis très fier du résultat final.

http://www.youtube.com/watch?v=up3wlAxR9a4

Peaking Lights Imaginary Falcons was a special release, they are good friends, I met them at a time in my life when I was often depressed and they really are such fantastic people that I have a lot of love and admiration for them and the band. That was a release I just really believed in and I think a lot of people wouldn't see a band like them becoming as popular as they are now but I saw it from day one so I'm just happy I could have some part in working with such great people and such a great unique band.

Featureless Ghost Personality Matrix recently is a release I can really get behind, they are great people too and the vinyl sounds so good, I hope people get behind that band because they are so good live and it translates so perfectly to vinyl, I just think they are a special band right now.

The Merchandise record that came out in April 2013 was another big one, the members of that band showed the label so much love and trust picking Night-People to work with over so many other labels that wanted to release this record. Its also a great record, really stunning as a home recorded document, there is something both epic and humbling about the sound presented. Its really just about the connection we both have to the love of life itself and how both the band and myself have such devotion to sticking to your spirit and doing what you want and trying to not give into shitty outside forces making them come play on your terms not the other way around. They get the idea of the label and what it is, how its about constant change but somehow maintaining the core foundation of the identity/aesthetic and how it is presented. Wet Hair and Merchandise are close, Night-People in ways is like a family with some of the bands, I think if you talk to bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, Merchandise etc. they would say the same thing about it. The Merchandise record pushed the visual of aesthetic further as well and I am very proud of the overall product of that record.

Peux-tu nous expliquer l’histoire commune que tu as avec Peaking Lights ?
Could you explain to us your common history with the band Peaking Lights?

Aaron et Indra ont déménagé de San Francisco à Madison qui est à environ quatre heures d'Iowa City. Ils ont joué un concert à Iowa City que j'avais organisé et nous sommes immédiatement devenus très bons amis. Ce sont des personnes géniales et on a beaucoup en commun, en termes de goûts musicaux et de vision du monde. Notre amitié s'est bâtie à partir de ça. Wet Hair est parti en tournée avec eux, Night People a sorti plusieurs de leurs disques. Nous sommes toujours en contact et je fais en sorte de les voir dès que j'en ai l'opportunité. Ils me manquent vraiment depuis qu'ils sont partis à Los Angeles. Je pourrais disserter pendant des heures sur eux et leur groupe.

Aaron and Indra moved from San Francisco to Madison WI which is about 4 hours from Iowa City. They played a show in Iowa City that I put on and we just became really good friends immediately. Its just one of those things, they are greatpeople and we have a lot in common with the music we like and how we feel about the world so the friendship just grew from there. Wet Hair has toured with them, NP has put over several releases by them, we still talk often and any chance I get to see or hang out with them I make extra effort towards. I've really missed them since they moved to LA. I could talk endless about how great of people they are and how good their band is.

Peux-tu nous en dire plus sur le mystérieux Lazy Magnet ?
Can you tell us more about the mysterious Lazy Magnet?

Lazy Magnet c'est Jeremy Harris. Harris est un vieil ami de tournée, on se croise deux fois par an. Il a habité Providence pendant longtemps. Ça fait plus de dix ans qu'il fait Lazy Magnet, un projet en constante évolution. Son autre groupe, Meager Sunlight est vraiment pas mal aussi. Harris est une des personnes les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de rencontrer, c'est un vétéran de la route et il a une capacité folle à s'extraire de tous les problèmes. C'est très inspirant de voir quelqu'un se persévérer ainsi année après année et dont les créations deviennent de plus en plus abouties.

Lazy Magnet is Jeremy Harris. Harris is an old tour friend, we seem to run into each other a couple times a year. He lived in Providence a long time. He has been doing Lazy Magnet for over 10 years and its constantly changing and evolving. Meager Sunlight his other current band is really great too. Harris is one of the most interesting people I have ever met, he's a true road warrior and just keeps pushing through any problems that come up in life etc. It just inspiring to see a person stick to it year after year and get better and better at what they are creating.

wet hair - spill into the atmosphere

Après le magnifique Spill Into Atmosphere, quelle sera la suite pour Wet Hair ?
After the gorgeous Spill Into Atmosphere, what will happen next for Wet Hair?

Pour le moment nous nous reposons un peu tout en travaillant à notre nouvel LP qui s'appellera The Floating World et qui sortira courant 2014. On rentre juste d'une tournée avec Merchandise. Je pense que ces morceaux sont nos meilleurs à ce jour, ils ont une structure plus complexe que tout ce que nous avons fait auparavant avec plusieurs couches de mélodies et de grooves entrelacés. Je ne sais pas si cela plaira mais nous aimons vraiment ce sur quoi nous bossons. Ce sera notre sortie la plus originale, allant plus loin dans des aspects musicaux compliqués à décrire.

We are chilling out right now, working slowly on new material and recording it as we go. We just did a tour with Merchandise. I think these new songs are our best yet, they are more structurally complex then anything we have done, there are many layers of melodies and grooves going in and out of each other in these new songs in a way I find interesting. I don't know if any one else will get it but we really love the new stuff we are working on and I think its our most original sounding material to date, I think it goes further into aspects of our sound that are hard to describe.

Quel est le futur proche pour Night People ?
What’s in the near future for Night People?

Je vais continuer à promouvoir le LP Totale Nite de Merchandise, je travaille sur la réédition d'un LP Deep Freeze Mice en plus d'un nouveau LP de The Garment District. En plus de beaucoup d'autres cassettes.

I'm going to keep pushing the Merchandise Totale Nite LP, I am working on Deep Freeze Mice reissue LP in the works, an LP by the Garment District and plenty more cassettes to follow that.

Mixtape

V.A. - Tape Gun Compilations (Night People / Download)

01. Roladex - Cathode Rays
02. Dice Parks - Eurobot
03. Unhappybirthday - Himutsu
04. Beat Detectives - Your Love
05. Fingers Pty Ltd - Local Park
06. Fatti Frances - Slow
07. Boy Friend - Labyrinth
08. Some Ember - Wave of Fear, Wave of Joy
09. Regional Curse - Traditional Ascension
10. Dead Channel - Subterranean City
11. Cellophan Spill - Season 3
12. Dylan Ettinger - Juice
13. Tender Meat - Sweet & Sour Diesel
14. D.Vassalotti - Swallow My Pride
15. The Savage Young Taterbug - Disc Jockey Inside Corona Bottle (featuring Spacey Tracey)
16. Sleepy Filter - The Name
17. The Ukiah Drag - Silver Mint
18. Idiot Glee - Position A


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ARTWORKIl n’y a pas LA vidéo de la semaine, chaque lundi (lire), et toutes celles qui ne méritent pas d’y figurer. On arguera que tout est une question de timing. Ainsi, du gracile World de Julia Holter, récent prélude à son LP Loud City Song à paraitre le 19 août prochain sur Domino, de la mise en image fleuve du Rush of Blood de Merchandise, auteur il y a peu d'un indispensable LP Totale Nite à chiner du côté de Night People, de l'intense et captivant collage mélangeant live et found footage réalisé par Alex de Dirty Beaches lui-même - dans lequel on voit ses potes de tournée, dont Bernardino Femminielli - figurant Casino Lisboa, extrait de son double album Drifters / Love Is the Devil sorti le 21 mai dernier sur Zoo Music, du retour inattendue et rêvée du duo écossais Boards of Canada avec Reach for the Dead, pitch mélancolique d'Autumn’s Harvest, dont la matérialisation est attendue le 11 Juin prochain via Warp Records, d'un autre duo britannique issu de l'écurie de Sheffield, Mount Kimbie, qui par la vidéo psyché-crado de Made To Stray honore son Cold Spring Fault Less Youth programmé pour le 28 de ce mois, et enfin, de l'américain Dylan Ettinger exsudant l'inquiétant mais roboratif The Pale Mare à l'occasion d'un split avec Goldendust tout juste édité sur DKA Records. Du beau monde, indubitablement.

VIDEOSTAR 01

Vidéos

http://www.youtube.com/watch?v=BmT7GKPsxto&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=up3wlAxR9a4&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=WOZFVFF-ATw&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=2jTg-q6Drt0&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=YdYj-jCcMFg&feature=player_embedded

https://vimeo.com/66549876


Photoshoot : King Krule et Dirty Beaches au Point Ephémère

Photos © Hélène Peruzzaro pour Hartzine

L'objectif d'Hartzine était bel et bien au Point FMR le 27 octobre dernier à l'ouverture du festival Pitchfork. Au programme, King Krule et Dirty Beaches.

Photos


Dirty Beaches - Lone Runner

Alex Zhang Hungtai nous confiait à la Route du Rock : "Dirty Beaches ne cesse de se renouveler". Après la sortie de Badlands et de son featuring avec Ela Orleans, il revient dans nos oreilles avec un EP, Lone Runner, paru chez Suicide Squeeze le 18 octobre. Dans l'entretien que nous avions publié en mai, il nous parlait de sa passion et de son appétit insatiable pour le cinéma, définissant sa musique comme suivant le même processus qu'un film : "Ma façon de faire de la musique est très similaire à celle utilisée pour faire un film. J’ai une idée en tête, ou l’image d’un personnage, ou d’une scène particulière, et je commence à faire des recherches sur les sons et les images que j’aimerais mettre en œuvre, ce qui est similaire au casting pour un film. De là, je commence à travailler sur l’histoire et je développe un peu plus le personnage."

On ne peut que vérifier ces dires dans cette vidéo réalisée par Kevin Luna pour ce Lone Runner (attention spoiler : ne lisez pas ce qui suit avant d'avoir vu le film). Pris à témoin dans un plan séquence qui nous plonge dans une nuit chaude et humide, une ligne de basse en boucle obsédante, la caméra suit une fille avec un coquard à l'oeil qui s'apprête à quitter son appartement. Le feedback de la guitare nous cogne entre les oreilles lorsqu'elle arrive dans son dressing et qu'elle laisse glisser son peignoir sur ses épaules. On découvre des traces de coups violents, comme des marques de fouet lui recouvrant tout le dos. Elle enfile sa robe, et avance vers la porte d'entrée, avant de faire demi-tour. Semblant avoir oublié quelque chose, elle traverse la chambre. Là, un couteau de cuisine repose sur le lit et du sang recouvre les draps blancs. Le bruit vidéo dans la télé éclaire cette scène macabre. Alex se met à hurler lorsqu'elle rejoint le balcon. Elle se baisse ; un garçon, le sourire au visage, est étendu par terre, la main sur une blessure au ventre qui le conduit vers la mort. Bien qu'à l'agonie, il semble heureux, la douleur ne lui crispe pas le visage. Elle l'abandonne lentement à son sort après l'avoir embrassé en lui caressant tendrement la tête. Il n'y a pas de doute quant au déroulement du crime : suite à une bagarre, elle a réussi à attraper un couteau de cuisine et a porté le coup mortel à son agresseur. Ce sourire est troublant autant que ce baiser est glaçant. L'intensité du chant écorché vif d'Alex et sa musique minimaliste et rugueuse mettent en évidence avec Lone Runner que Dirty Beaches donne à voir encore plus qu'à entendre.

Vidéo


Double Feature w/ Ela Orleans & Dirty Beaches

De graciles volutes de piano introduisent dans l'alcôve de notre nuit la splendeur déroutante de Double Feature, split vinyle réunissant deux amis inspirés, Alex Zhang Hungtai, ou Dirty Beaches selon son nom de scène, et Ela Orleans, exilée pour quelques mois encore à New-York. S'agissant de leur rencontre, Alex lève le voile : "J’ai contacté Ela après avoir découvert sa musique sur MySpace. Je l’ai invitée à jouer avec moi lors d’un concert à New-York au cours d’une tournée américaine. Elle nous a hébergés, nous préparant le meilleur des petits-déjeuners. (...) Ela était déjà chez la Station Radar, et Fleur et Jérôme ont eu la gentillesse de me demander si je ne voulais pas sortir quelque chose pour eux. C’est à ce moment que Shawn a découvert la musique d’Ela, et que nous sommes tous devenus amis." Une amitié gravée dans le sillon sous les hospices donc d'une bienveillante co-production réunissant les labels français La Station Radar et Atelier Ciseaux, en plus de Night People, Shawn Reed, son fondateur, par ailleurs membre de Wet Hair, étant à l'origine de l'artwork soigné, sur papier recyclé. Et si deux morceaux, I Know et Don't Let the Devil Find You, grappillés sur chacune des faces, furent éventés en début d'année via la compilation Double Deluxe Fold - à télécharger par ici - l'ensemble laisse coi, tant par l'originalité diffuse de son contenu au sein même de la discographie de ses prolixes géniteurs, que par l'indicible cohérence émanant de cette sémillante collaboration.

Aux confins d'une impénétrable obscurité, l'onirisme serein et enivrant déployé par celle, récemment responsable d'une cassette, NEO PI-R (lire) parue sur Clan Destine Records, se projette sans effort en contre-point de la besogne, intense et charnelle, de son double antithétique, auteur il y a peu de Badlands (Zoo Music) et incarnant, dans l'acier de ses pérégrinations, le phantasme éveillé de l'exilé détroussé, sans cesse en quête d'un ailleurs qui ne lui appartiendra jamais. Tous deux déracinés - Alex est de Taïwan, Ela d'Auschwitz - on devine à quel point la fuite, le temps d'une évanescence noctambule pour l'une, d'une voie ferrée subjuguée pour l'autre, se pare d'un commun attrait, d'une fascination fondamentale, se lovant, sans acrimonie aucune, aux entournures d'une nostalgie évocatrice et créatrice, indissociable de leur musique. Si prompte à convoquer les spectres angoissants de ses entrelacs psychiques, Ela révèle ici, paradoxalement, une demi-douzaine de cartes postales, jaunies et écornées, dont la douceur et la quiétude s'affranchissent des oboles séculières. De leur beauté insomniaque, où la voix profonde et androgyne d'Ela s'exécute au rythme d'un clavier à la parcimonie jubilatoire et de quelques notes de guitares savamment samplées, Neverend et I Know occupent les deux cimes d'un continuum entamé par le mirifique instrumental Tides and Shadows, à la nudité confondante. Entre, Somewhere et In the Night, telle une réponse de l'une à l'autre, cerclent Vertigo, cinématique rêverie dénuée de chant, selon quelques aphorismes et mesures empruntées au jazz, transmuant d'un spleen anthracite à l'enchantement mélancolique. A peine effacé d'un sable brûlant l'empreinte d'un tel océan vespéral, Dirty Beaches entonne pied au plancher God Speed, étourdissante course-poursuite d'un horizon inexorable sur l'asphalte rectiligne de la grande Amérique. L’essoufflement gagne, le soleil nauséeux plombe l'espoir famélique et l'enfer se fait terrestre, épousant les contours d'un chant du cygne désabusé, rossé de réalité, avec Crosses puis Death Valley, chaotique chemin de croix instrumental. Sur Don't Let the Devil Find You, la voix d'Alex, toujours aussi proche de celle d'un Alan Vega croquignolant, fleure l'impossible rédemption dans l'acétone de guitares revêches, tandis que le diptyque L Train / A Train laisse présager, à l'orée d'un crépuscule délétère et la poussière de rails interminables, l'éternel recommencement guettant le migrant. Double Feature ou la caresse de l'ombre virant à l'infamie criblée de feu.

Portrait, interview et mixtape d'Ela Orleans, ici.
Portrait, interview et mixtape de Dirty Beaches, ici.

Audio

01. Ela Orleans - Somewhere
02. Ela Orleans - Neverend
03. Ela Orleans - I Know

01. Dirty Beaches - Don't Let the Devil Find You
02. Dirty Beaches - God Speed

Vidéo

Tracklist

Double Feature w/ Ela Orleans & Dirty Beaches (La Station Radar / Atelier Ciseaux / Night People, 2011)

Side A - Ela Orleans

01. Tides and Shadows
02. Neverend
03. Somewhere
04. Vertigo
05. In the Night
06. I know

Side B - Dirty Beaches

07. God Speed
08. Crosses
09. Death Valley
10. Don't Let the Devil Find You
11. L train
12. A train


Dirty Beaches : Interview, chronique et mixtape

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Le goût de l'immodéré et du voyage, de la contemplation fugace de la fuite du temps sur l'autel cardinal des distances. Cette ligne blanche, cette frontière mentale, que l'on franchit parfois contre son gré, au prix du déracinement, et qui pousse à ne se sentir chez soi nulle part ailleurs qu'en transit, le regard porté vers un inconnu par lequel on ne se définit qu'en creux. Le vide et la poussière arriment alors aux marges d'un passé méandreux l'alanguissement de l'être et la frustre patience des habitudes, consacrant, dans la beauté d'un dénuement sentimental, vécu comme une infime et infinie liberté, une soif irrépressible de vie, de mouvement. Les pommettes saillantes, des cheveux bruns fouettant un visage serti de lunettes noires, derrière lesquelles brûlent deux immenses pupilles fiévreuses, Alex Zhang Hungtai incarne son art avec ferveur, portant haut l'étendard d'une musique urbaine, intrinsèquement vagabonde. On emprunterait sans mal à Kerouac son clochard céleste pour définir le bonhomme, arpentant les entournures d'une voie lactée toute tracée dans l'immensité et la diversité du continent nord-américain, si Kerouac, justement, n'avait pas été obsédé par cet ardent désir de regagner ses pénates à peine arrivé à destination. A l'inverse, par l'entremise de son projet Dirty Beaches, on subodore dans la personnalité d'Alex, trentenaire né à Taïwan et vivant désormais à Vancouver, un inextinguible besoin d'expérimentation, d'ouverture et de foisonnement. L'arrivée se meut en nouveau point de départ, lui-même propice à un autre ailleurs. Pour preuve, sa pléthorique collection d'EP - True Blue (Zoo Music), Golden Desert Sun et No Fun (Italian Beach Babes), Seaside EP (Fixture Records) - précédant son troisième album Badlands, paru le 29 mars dernier sur Zoo Music, tout comme sa grande disponibilité pour graver dans le sillon d'un split ses complicités tant affective que musicale. Il en va ainsi d'Ela Orleans et d'un split à paraître très prochainement sur La Station Radar, Atelier Ciseaux et Night People, il en va de même pour US Girl et Conor Prendergast avec, respectivement, la sortie d'une collaboration sur Sibling Sex et d'une autre via la structure Soft Power Recording.

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Mais résumer sa musique par une constante effervescence depuis ses débuts discographiques en 2008 - Horror LP et Old Blood (Fixture Records) - ou sa grande capacité à s'inscrire dans une sorte d'internationale indépendante, consacrée par de fameuses mixtapes disponibles sur son blog, reste pour le moins réducteur tant l'univers qu'il façonne, à l'aide de sa guitare et de ses boucles samplées, puise dans un océan de références instaurant une dichotomie troublante et mouvante, à la frontière de la réalité sonore et de la suggestion cinématographique. Adepte de présentations scéniques hors normes - plus proche de la performance que du simple concert et que l'on aura l'occasion de découvrir au Midi Festival en juillet prochain, puis, dans la foulée, par deux fois à Paris - Alex intime au fantôme d'Elvis Presley, par le biais de compositions à couteaux tirés, une résurrection d'écorché vif sur des mantras psychotiques proches de ceux de Martin Rev et d'Alan Vega. Un Suicide englué dans une étrangeté lynchienne assumée. Badlands, finalement plus accessible que ses prédécesseurs dans son approche lo-fi, se pare néanmoins des oripeaux névrotiques de la fuite et de l'exil, étant partagé, selon une intense unité narrative, entre plages sonores inquiètes et hantées (l'introductive Speedway King, les conclusives Black Nylon et Hotel), morceaux congédiés sur l'asphalte à tombeaux ouverts (le triptyque Horses, Sweet 17 et A Hundred Highways) et ballades ambiguës à la patine hautement mélancolique (la belle et admirable True Blue, la brumeuse Lord Knows Best, relecture narcotique de Voilà de Françoise Hardy). Pour la peine, les soucis du tout un chacun s'assimilent à de biens pâles vétilles tant la trame dramatique est ici ténue, portée à son paroxysme dans l'alcôve d'une intimité dévoilée.

Proche ami d'Ela Orleans (lire), Alex a accepté spontanément le jeu d'une entrevue à distance, tout juste rentré du festival SXSW d'Austin où il se produisait. En prime, il nous gratifie d'une mixtape en forme de clin d'œil appuyé à quelques uns des groupes contemporains dont il se sent proche, tout en portant allégeance aux figures intemporelles d'une culture musicale aux contours plus qu'enviables. Cette mixtape a été dénommée par ces soins Ghost Rider. C'est dire.

Audio

01. Lord Knows Best
02. Sweet 17
03. A Hundred Highways
04. Night City
05. The Singer (Johnny Cash/Nick Cave Cover)

Entrevue avec Alex Zhang Hungtai

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Peux-tu te présenter en quelques mots ? D'où vient cette envie de se consacrer à la musique ?
Can you introduce yourself and your project Dirty Beaches in a few words? How did you get the urge to make music?

Dirty Beaches a débuté en 2005 quand j'ai déménagé à Montréal, et c'est resté depuis un projet solo.
Dirty Beaches started in 2005 when I moved to Montreal, and has remained a one man project since.

Si tu devais décrire ta personnalité en trois mots, lesquels choisirais-tu ?
Besides, if you had to define your personality in three words, which ones would you choose?

Vivre, Aimer, Conduire.
LIVE, LOVE, DRIVE.

Peux-tu nous expliquer ce nom, Dirty Beaches ?
Can you explain why this name, Dirty Beaches?

Dirty Beaches est tiré des paroles du groupe d'un ami à moi, Postcars (Fixture Records), basé à Montréal. Il a écrit une chanson parlant d'un homme se tenant debout face à une plage souillée, évoquant des souvenirs du passé. Dimitri (Postcards) étant d'origine grecque, il est, comme moi, un immigrant arrivé au Canada avec sa famille. J'ai vraiment aimé cet image d'un homme déplacé sur des terres étrangères qu'il appelle maison. Et le nom est né peu après, restant le même depuis 2006. Au début, je ne m'embêtais pas vraiment à l'expliquer parce que c'est une histoire un peu longue et qu'au final tout le monde s'en fout.

Dirty beaches came from a lyric of my friends band postcards (fixture records), based in montreal. He had a song about a man standing before a dirty beach, reminiscing about the past. Dimitri (postcards), is of greek descent, and like me is an immigrant who moved to Canada with his family. I really liked the image of a man who is displaced upon a foreign land in which he calls home. And the name was born shortly after and have stayed since 2006. But in the beginning, I never really bothered explaining because its too long of a story, and no one cares.

db1Tu vis à Vancouver. Peux-tu nous dire comment est "ton" Vancouver ? Est-ce un bon endroit pour trouver l'inspiration ?
You leave in Vancouver, Canada. Can you tell us about "your" Vancouver? Is it a good place for your inspiration?

Je vis dans l'est de Vancouver, près du quartier d'Hastings. C'est très crasseux, et on fait face à une épidémie de crack qui va de pair avec le problème des sans-abris. Je partage une salle de répétition à East Hastings avec un groupe d'artistes derrière une galerie d'art. A Vancouver, on trouve de la nourriture asiatique formidable, à la différence de Montréal. Des montagnes majestueuses surplombent la ville, comme dans la série Twin Peaks, et l'hiver ici est si doux que je glousse quand je me réveille à cette saison et que je regarde par la fenêtre. Je déteste avoir froid et c'est sans doute l'endroit le plus chaud du Canada.

I live in east Vancouver, close to the downtown east side Hastings. Its very gritty, and theres a crack epidemic along with homeless issues. I share a practice space on East Hastings with a group of artists behind a art gallery. Vancouver has amazing asian food, unlike Montreal. They have majestic mountains that overlook the city like the tv show TWIN PEAKS, and the winter here is so mild that I chuckle when I wake up during winter when I look out the window. I hate being cold, and this is probably the warmest place in Canada.

Si tu es obligé de t'exiler sur une île déserte, quels disques fourres-tu dans ton sac ?
If you were forced to go into exile on a desert island, which records would you put in your bag?

When de Vincent Gallo.

Vincent Gallo's When.

Ta musique semble être un mélange entre chanson et film, Suicide et David Lynch. Comment définirais-tu ta musique et quelles influences y retranscris-tu ?
Your music sounds like a mix between as song and a movie, between "Suicide" and David Lynch. How would you define your music and what influences do you put together in your songs?

Ma façon de faire de la musique est très similaire à celle utilisée pour faire un film. J'ai une idée en tête, ou l'image d'un personnage, ou d'une scène particulière, et je commence à faire des recherches sur les sons et les images que j'aimerais mettre en œuvre, ce qui est similaire au casting pour un film. De là, je commence à travailler sur l'histoire et je développe un peu plus le personnage.

My process in music making is very similar to film making. I come up with an idea or an image of a character, or a particular scene, and I begin doing research on sounds and images I like to implement, which is similar to "casting" in film. From there on, I start working on the story and develop the character further.

Quel sentiment essayes-tu de faire passer à travers ta musique ?
What feeling are you trying to convey through your music?

Ça dépend du disque, mais les thèmes les plus abordés concernent le voyage et le passage du temps.

It depends on the release, but the most repeated themes have been about displacement, and the passage of time.

db4Par tes vidéos-clips, on sent une obsession pour le cinéma. Qu'aimes-tu dans le cinéma et pour quelles raisons ?
By yours video-clips, we sense an obsession for cinema. What do you like in cinema and for which reasons?

J'aime le cinéma. Ce qui veut dire que je regarde un tas de différents types de films. Tout, du cinéma pan-asiatique, Werner Herzog, Fassbinder, Wong Kar-Wai, à des comédies culculs et des films d'actions hollywoodiens.

I like films. Which means I watch a lot of different kind of films. Everything from Pan Asian cinema, Werner Herzog, Fassbinder, Wong Kar-Wai, to cheesy comedies and action movies from Hollywood.

Comment décrirais-tu ton évolution en terme de songwriting et de son depuis ton premier LP, Horror ?
How would you describe your evolution in terms of songwriting and sound since your first LP, Horror?

J'ai d'abord fait du multipiste, en jouant chaque instrument sur Old Blood. J'ai enregistré Horror en live, en faisant des boucles et en utilisant une boîte à rythmes. Maintenant je mixe le tout avec des samples. Je pense que mon songwriting s'est conceptuellement développé durant les cinq dernières années. Je souhaite essayer et explorer différentes techniques sur mes quelques sorties à venir, sans sampler. J'aimerais aussi être dans un groupe car jouer de la musique simple et énergique avec des potes me manque.

I went from doing multitracking, playing every instrument on Old Blood, to Live recordings on Horror, and from making live loops to drum machines, and now mixing it all in with sampling. I think conceptually it has developed a lot over the past 5 years, and I would like to try and explore different techniques on the next few releases, sans sampling.  I would like to be in a band too, I miss playing straightforward high energy music with friends.

Badlands est sorti sur Zoo Music. As-tu des attentes particulières pour cet album ?
Badlands was released on Zoo Music. Did you have any particular will for this album?

Non, pas vraiment. La seule chose qui m'importait était d'en faire un hommage à la jeunesse de mon père.

No, not really. The only thing that mattered to me was that it was an homage to my father's youth.

Quel est ton sentiment a propos de ton futur split sur Night People et La Station Radar en compagnie d'Ela Orleans ?
How do you feel about your new split on Night People & La Station Radar with Ela Orleans?

Je suis très excité parce que j'adore Ela et Shawn (Night People). Je les ai tous les deux rencontrés en persone, et ce sont de bons amis, de vrais amours. Des gens vraiment adorales. Alors ce fut un plaisir de travailler avec eux et je suis impatient qu'il sorte.

I'm very excited because I love Ela, and Shawn (Night People). I've met them both in person, and they are good friends, and real sweethearts.  Really lovely people. So it was a pleasure working with them and I can't wait for it to come out.

Comment as-tu commencé à travailler avec eux ?
How did you come to work with them?

J'ai rencontré Ela après avoir découvert sa musique sur MySpace. Je l'ai invitée à jouer avec moi lors d'un concert à New-York au cours d'une tournée américaine à l'occasion d'une de mes cassettes sur Night People. Elle nous a hebergés et nous a préparé le meilleur des petits dèj'. Ela et moi avons également les mêmes goûts en cuisine, on aime le même type d'aliments. Ela à l'époque était déjà chez la Station Radar (France), et Fleur et Jerôme ont eu la gentillesse de me demander si je ne voulais pas sortir quelque chose pour LSR. C'est à ce moment que Shawn a découvert la musique d'Ela, et que nous sommes tous devenus amis.

I met Ela after I discovered her music on myspace, and invited her to play a show with me in NY when I was touring through the US with my Night People tapes.  She housed us and made the most amazing breakfast.  Ela and I also have the same stomach, we love the same kind of food.  The label Ela was on at the time was La Station Radar (france) and Fleur and Jerome were kind of to ask me if i wanted to release something for LSR.  From there Shawn found out about Ela's music, and we all became friends afterwards.

Tu as réalisé un autre split en compagnie d'US Girl. Tu as l'air d'aimer ce type de projets. Tu peux nous expliquer ?
You have another (nice) split with US Girl. It looks like you like this kind of project. Can you explain why?

Meghan (US Girls) est une autre artiste que j'admire immensément. J'adore vraiment faire des splits avec des gens que je connais personnellement, et dont j'apprécie la musique. Je préfère enregistrer des splits avec des gens que j'ai déjà rencontrés en personne, plutôt qu'avec quelqu'un que je connais seulement via internet.

Meghan (US Girls) is another artist I admire immensely, and I really enjoy doing splits with people that I know personally, and whose music I love. I prefer doing splits with people I've met in person, than say someone I only know from the internet.

Confères-tu autant d'importance à l'esthétique des albums qu'à la musique qu'ils contiennent ? Peux-tu expliquer le processus créatif pour Badlands ?
Do you give as much importance to the aesthetics of the album as to the music itself? Can you explain the creative process for Badlands?

Tout est important dans la création d'un disque. Du son au concept au design. Tout doit être pris au sérieux. J'ai partiellement expliqué la conception de Badlands précédemment. Ma motivation derrière Badlands était cette tentative de recréer la musique de jeunesse de mon père dans un monde fictif avec une narration abstraite semblable au travail de David Lynch. Il ne pouvait exister que cette méthode, à défaut Badlands sonnerait plus comme du Stray Cats.

Everything is important in making a record. From the sound, to the concept, to the artwork. It should be taken seriously. The conception of Badlands recording process is partially explained in question 6. The personal motive behind making Badlands was an attempt to recreate the music of my father's youth in a fictional world with abstract narrative thats akin to David Lynch. It could only exist this way for me, or else Badlands would sound more like Stray Cats.

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Tu as une foultitude de projets. Quel est le prochain ?
You have a lot of projects... What's the next one?

Il y en a tellement ! J'ai sorti une BO pour un court-métrage. Il est possible de la trouver par ici. Je travaille également sur une cassette split dub avec mon pote Matt Koshak. Il y a quelques autres sorties sur le feu en ce moment... J'en dirai un peu plus quand ce sera prêt à être dévoilé.

Theres so many!!! I just put out a OST for a short film and it can be purchased here. I'm also working on a split dub tape with my friend Matt Koshak, and there are a few other releases in the brew right now. I'll talk about it more when its ready to be unveiled.

Dirty Beaches est-il un bon groupe de scène ? Quel est la configuration ? Quand viens-tu nous montrer ça en France ?
Is Dirty Beaches a good live band? What's its configuration while touring? When are you coming to France?

Bon ou mauvais, ça dépend des gens. C'est simplement une histoire de goût. Mais j'ai effectivement pour plan de vous montrer en France ce que ça donne. Je suis impatient de jouer en Europe.
Good and bad depends on the person. Its all a matter of taste.But I do plan on showing France what its about ASAP.I can't wait to tour Europe.

As-tu des side-projects ?
Do you have any side projects?

TOP SECRET

Quels sont les amis de Dirty Beaches ? Y-a-t-il une scène à Vancouver ou aux USA à laquelle tu as l'impression d'appartenir ?
Who are Dirty Beaches' friends? Is there a "scene" in Vancouver or the US in which you feel you belong to?

Il n'y a pas de scène, juste des gens travaillant dans des sphères proches tout autour du globe comme Ela Orleans, Night People Records, Fixture Records, Lantern, US Girls, Jeans Wilder, Italian Beach Babes Records, etc. C'est ce qu'il y à de mieux dans les tournées... rencontrer d'autres gens exceptionnels. S'ils sont sympas, on devient amis. Les réseaux DIY underground existent depuis bien longtemps et perdurent car on se soutient mutuellement comme le ferait une famille. Quand on prend la route, on s'héberge les uns les autres, et ça marche des deux sens. Les amis deviennent votre famille quand vous êtes un étranger dans un nouvelle ville.

Theres no scene, but just a group of us who are working in similar circles across the globe like : Ela Orleans, Night People Records, Fixture Records, Lantern, US girls, Jeans Wilder, Italian Beach Babes Records, etc.Thats the best part about touring is when you get to meet other people who are amazing, and if they are nice people, we become friends. Underground DIY network have existed a long time before our time, and it will continue to exist for people like us, because we support each other like a family.We house each other when we hit the road, and it works in both ways. Friends are your family when your a stranger in a new town.

Quel est ton opinion à propos de l'industrie musicale ?
What's your opinion about the current music business?

C'est génial, parce qu'internet a permis à des gens comme nous d'exister sur une échelle plus large, plutôt que dans des concerts en appartement. Si nous étions dix ans dans le passé, tu ne serais pas en train de m'interviewer. C'est pourquoi j'ai un bon feeling avec la musique, et je pense que nous en vivons un certain âge d'or. On a accès à tant de musique en ligne... Nous sommes la génération archive.

Its great because the internet has allowed people like us to exist on a bigger scale, instead of bedroom apartment shows. If it were 10 years ago, you would not be interviewing me right now.So I feel very positive about music, and I think its the golden age right now, because we have access to so much music online. We are the archive generation.

Tu as un chouette blog, Alex. Quel est ton sentiment à propos de la culture blog ?
You've got a great blog, Alex. What do you thing about blog culture?

Je pense que c'est une façon géniale de promouvoir et partager de l'information. A part ça, je ne vois pas ça comme pouvant être autre chose... Est ce que je suis en train de passer complètement à côté de la 'blog culture' ?

I think its a great way of promoting and sharing information. Other than that, I don't really see it as anything else... Am I missing the point of blog culture ?

(No Alex, everything is ok).

Pour conclure, peux-tu nous en dire plus sur tes mixtapes ?
To conclude, can you tell us more about your mixtapes?

Oui, j'ai un tas de morceaux sur mon blog, Friends Are Your Family (vol 1, vol 2, vol 3, vol 4). En gros, c'est une série de mixtapes de groupes d'amis que j'adore. Par ce biais, ça me fait plaisir de faire leur promo. Ce sont des artistes qui je pense vont continuer à s'aventurer vers des voies différentes et excitantes. Alors svp, supportez nous, croyez en nous et surveillez notre évolution.

Yes, I have a mixture series on my blog called : Friends Are your family. And its basically a mixtape series of my friends bands that I love, and enjoy promoting and sharing with other people.These are bands or artists that I think will continue to venture on to different amazing things. So please, support us, trust in us, watch us evolve.

Mixtape

ghost-rider-elvis-jacketGhost Rider Mixtape for Hartzine (download)

01. Dale Hawkins - Daredevil
02. Lantern - Screamin' Dream
03. Hasil Adkins - Shake With Me
04. Wicked Witch - Fancy Dancer
05. Rene Hell - M. Far
06. Peaking Lights - Little Birds
07. Bishop Perry Tillis - You Can't Fool The Holy Ghost
08. Spacemen 3 - We sell Soul
09. Nerve City - The End
10. Brian Eno - Lizard Point
11. Paris 1942 - Exit

Vidéos


Hartzine Février 2011

xxPhoto © Emeline Ancel-Pirouelle

Retrouvez, chaque mois, les choix éclectiques de la rédaction, à télécharger ici. En hommage à feu Peyton Houchins, on ouvre avec Gray Things.

Tracklist

00. Gray Things - Lazy Dream
01. Yuck - Despite Everything (Porcelain Raft Cover)
02. Dirty Beaches - Lord Knows Best
03. Wizard Oz - I can't remember
04. Pandit - Advert Your Eyes
05. Terror Bird - Human Life
06. Secret Knives - The Shining
07. Zoo Kids - Out Getting Ribs
08. Icarus Himself - Seen it Coming (Mexico)
09. Cheveu - Impossible Is Not French
10. Discodeine - Antiphonie
11. Martial Canterel - Occupy these terms
12. Smith Western - Dye It Blonde
13. Cercueil -  Subtitle
14. Vinyl Williams -The Inner Kingdom
15. Connan Mockasin - It's Choade My Dear
16. That Ghost - To Like You
17. Crocodiles - Hollow Hollow Eyes
18. Kayo Dot - Calonyction Girl
19. Off! - Darkness
20. Actress - Let's Fly