Trésors - Once A Believer (PREMIERE)

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All photos © Sébastien Roussel

Dès l'origine de leur projet à deux, Adrien Durand et Adrien Kanter ont envisagé Trésors comme une libération d'eux-même et un aller simple pour ailleurs. Pour tout bagage, quelques synthés et boites à rythme mais surtout l'envie de s'ouvrir à une multitude d'influences afin de rendre plus nette et personnelle leur synth pop dense matinée d'un esprit post-punk fait successivement de lutte et d'abandon. Jamais avare d'échanges, le duo a ainsi pris plaisir à convier sur ses différents singles des musiciens de tous horizons pour venir encore enrichir cette recherche électronique partie de zéro. Après Missionnaires en 2012, Trésors revient le 6 juillet prochain chez Desire Records (CD / LP / Digital) et BLWBCK (K7) avec un deuxième album au titre aussi clair et sans détour qu'un nom sur une pierre tombale : Adrien.

Dans cette nouvelle étape de leur voyage initiatique, Trésors convie un partenaire de longue date, le producteur parisien Holy Strays, pour la confection de Once A Believer, premier single tiré de l'album à venir. Si la tentation électronique était claire sur les premiers mouvements du duo, Once A Believer semble porter les musiciens vers un mélange bigarré où le chant d'outre-tombe réveille un paysage sans vie, où les riffs de guitare presque noise viennent se fracasser sur des synthés en suspension, à l'influence ambient évidente. L'amplitude de Once A Believer semble annoncer un nouveau virage dans le parcours du duo, revenu du tout-électronique et conviant plus ouvertement les influences rock du duo enrichie de cette identité synthétique éprouvée sur les précédentes sorties ces cinq dernières années.

Fidèle à sa démarche, Trésors s'entoure de trois groupes pour plonger Once A Believer dans des bains de culture et disséquer le morceau dans tous les sens. Si Saaad propose un remaniement ambient / drone dansant de qualité, bâti autour de ce groove hypnotique d'une simplicité mais d'une puissance évidente, contrebalancé par l'énergie destructrice du remix proposé par le duo d'énervés Warsawwasraw, la mixture expérimentale touche-à-tout du duo lillois Puce Moment reste plus difficile à comprendre dans son ensemble ; semblant un peu perdu entre les couches du morceau original sans parvenir à clairement tracer une ligne différente et personnelle, au bout du compte.

Once A Believer et les remixes seront disponibles en digital le 15 juin prochain via Desire.

Audio (PREMIERE)


Sommet Mixtape

L'album éponyme de Sommet - formation française, relativement discrète, composée de Clément Bonnet et Sébastien Rosat - paraît le 18 juin prochain sur Desire Records. Sans éventer le contenu de celui-ci, le très sûr label parisien a initié une mixtape réalisée par le duo - à écouter et télécharger ci-après - offerte en version cassette à chaque personne se procurant l'album, que ce soit en version LP, cassette ou CD. Soit l'art de re-matérialiser un exercice, toujours aussi instructif quant aux influences et inspirations du groupe, mais le plus souvent digitalement galvaudé.

Audio

Mixtape

01. Virgo Four - Deep Blue
02. Michael Moorcock's Deep Fix - Time Centre
03. J. Dilla - B.B.E (Big Booty Express)
04. Arpanet - Devoid Of Wires
05. Man Parrish - Man Made
06. Conrad Schnitzler - Aut Dem Schwarzen Kanal (Dompter Mooner Edit)
07. Throbbing Gristle - Hot On The Heels Of Love
08. Mr. Fingers - Beyond The Clouds
09. Deee-Lite - What Is love
10. Judah Warsky - Asleep In The Train
11. Riz Ortolani - Adulteress' Punishment
12. The Present Moment - Precision
13. Robert Görl - Mit Dir

01. Drokk - Justice One
02. Bernard Fevre - Pendulum
03. Bernard Szajner - ritual
04. Sonic Youth - She Is Not Alone
05. Broadcast - Pendulum
06. The White Noise - Love Without Sound
07. Barry Forgie - Dawn Mists
08. Tortoise - Ten-Day Interval
09. The Pool - Jamaica Resting
10. Sun Ra - Love From Outer Space
11. Moondog - Logrundr XII
12. Led Zeppelin - Your Time Is Gonna Come


Jewels of the Nile l'interview

Si la Terre est soi-disant promise aux États-Unis, cela n’empêche pas bon nombre d’Américains d’être attirés de manière impérieuse par notre vieux continent empreint de culture et d’histoire. Ainsi, le phantasme de tout artiste d’outre-Atlantique quelque peu ambitieux a souvent été de traverser l’Europe, le projet musical et les instruments sous les bras, dans l’espoir de faire vibrer Rome, Londres ou Paris. C’est tout récemment que Jewels Of The Nile a parcouru les sentiers européens de la gloire pour la sortie de son bel album dark nommé Pleasure (Desire Records). Conscientes de l’aubaine d’un tel événement, Jessy, Meghan et Amity, membres dudit trio, comptaient non seulement en mai dernier profiter de l'occasion pour visiter les sites touristiques mais aussi pour revisiter les us et coutumes des pays sillonnés. C’est au cimetière du Père Lachaise que les joyeuses vacancières m’ont curieusement fixé rendez-vous avec la ferme intention d’y pique-niquer. Jim Morrison et Oscar Wilde furent donc témoins, ce jour‑là, d’un entretien et d’un repas atypiques sous un soleil de plomb. Et au menu, il y avait, pour mieux digérer les révélations sur l’amertume de l'enfance, des demi-pains au chocolat tartinés de camembert, fraises et miel avec un bon vin rouge dans des gobelets en plastique.

Comment se passe votre tournée jusqu’ici ?
How is your tour going so far?

J : C’est un début très positif pour le moment, mais nous avons encore un mois devant nous. Nous n’avons joué qu’un show à NYC au Pendu et une deuxième date à la Féline. Là, nous profitons en touristes de quelques jours de vacances à Paris.

A : C'est seulement le début de notre tournée, et je m'éclate déjà... Je suis comblée.

J: So far it’s been a really positive start, but we still have a month ahead.  We played one night in NYC at PENDU and last night was our 2nd night of the tour at La Feline. We've been enjoying some days off in Paris, being passengers on the journey.

A: If this is the beginning of the tour and I'm already having this much fun, then I'm happy.

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ? Quels en sont vos premiers souvenirs ?
How did music enter in your life? What are your first memories about it?

J : Nous avons toutes une formation classique. Mon père était dans un groupe et il voulait que je sois musicienne quand j’étais très jeune, que je joue du piano et du violoncelle. Quand il est mort, j’ai hérité de sa basse mais j’ai toujours vécu avec son groupe de rock qui répétait à la maison et j’allais le voir en concert chaque week-end. J’ai toujours voulu faire partie d’un groupe… Donc, après sa mort, comme je ne vivais pas dans un environnement très favorable, j’ai quitté ma ville natale pour rencontrer d’autres filles et démarrer un projet.

A : Mon père était batteur et j’ai aussi hérité d’une basse de mon frère quand il est mort. Mais en fait, mon tout premier instrument m’a été donné par mon père qui nous avait offert une petite batterie et une guitare. Je me souviens avoir adoré, quand j’étais gamine, la plupart des vieux films hollywoodiens de MGM parce que j'étais frappée par cette vieille façon dont étaient chantées les chansons qui y passaient, avec une abondance de vibrato. À l’adolescence, j’ai été punk, j'ai aimé le passage de la musique de la fin des 70's à la musique électronique d’aujourd’hui. Et aussi un groupe de filles est le rêve de toute jeune fille.

M : J’ai aussi suivi des leçons de piano et de violoncelle quand j’étais gosse et je trouve ça super d’avoir la même formation que Jessy. J’ai joué dans des orchestres pendant de nombreuses années, puis j’ai arrêté de jouer quand j’avais environ 16 ans… J’allais juste voir des concerts hardcore et punk quand j'étais adolescente. J’ai commencé à jouer avec Jessy dans son autre projet, Magick Daggers, il y a quelques années, et puis Jessy et moi avons commencé notre propre projet.

J: We were all classically trained. My father was in a band and he wanted me to play music when I was really young, playing piano and cello. And then when he died I inherited his bass guitar but I always grew up with his rock and roll band rehearsing in our home and going to gigs every weekend. I always wanted to be in a band ... so after he died I left my hometown to start one because I wanted to meet other women to play with and where I lived didn’t really have a supportive environment.

A: My dad's a drummer, and I also inherited a bass from my brother when he passed away. I feel like my instrument was given to me first from my dad who gave us a little drum and guitar set. I remember as a child being in love with more of the old Hollywood MGM films that would maybe feature a song, the old style of singing with a lot of vibrato - that always struck me.  As a teenager I got into punk, I've enjoyed seeing the transition of late 70s music into electronic music today. And of course the girl band is always a secret wish of every girl.

M: I was trained playing piano and cello when I was a kid which is awesome because Jessy and I both have that background. I played in symphonies for many years, but I actually stopped playing anything when I was about 16 and was just really into going to hardcore and punk shows when I was a teenager. I started playing with Jessy's other band Magick Daggers a couple years ago and then Jessy and I  just started doing our own thing.

La musique est-elle votre seule occupation?
Is music your sole occupation?

J : Oui, maintenant elle l’est !

M : Nous avons des boulots alimentaires… Je suis graphiste indépendante ... mais le groupe est notre préoccupation première.

J: Right now it is - yes!

M: We definitely have side jobs ... I do freelance graphic design ... but the band is the primary focus.

Comment vous êtes-vous rencontrées?
How did you meet?

M : Jessy et moi nous sommes rencontrées à Portland. Nous étions toutes deux DJ dans le même club. Nous avons rencontré Amity à une fête d’un ami commun... Jewels jouait un set et Amity nous a vues pour la première fois.

M: Jessy and I met in Portland. We were both DJing at the same club. We met Amity at our friend's party ... Jewels played a basement set and Amity saw us for the first time.

Vouliez-vous que Jewels of the Nile soit un groupe de filles ?
Did you want Jewels of the Nile to be a girls band?

J : Je pense que je préfère ça oui, ce n’était pas intentionnel mais c’est devenu quelque chose de vraiment spécial pour nous.

M : C’est super de travailler entre femmes. Nous nous sentons toutes responsables, nous savons ce que nous voulons et nous allons toutes vers le même but. Il n’y a pas de problème d’égo.

J: I think we prefer it this way, it wasn't on purpose but it has turned into something really special for us.

M: It's nice working with other women. We're all really responsible, we know what we want and we're working towards the same goal. No egos clashing.

Quelles sont tes influences, Jessy ?
What are your influences, Jessy ?

J: Je tire mes influences de la vie, en la vivant, en essayant d’y trouver du plaisir et en essayant de consacrer le plus de temps possible à l’art et à la musique. Je pourrais dresser une liste de mes influences musicales mais en réalité, les musiciens qui attirent mon attention ou qui m’ont inspirée ne me dictent pas ma manière de composer. J’aime garder mon écriture pure, vierge de toute influence directe mais guidée par mon cœur, ma propre expérience de vie, physiquement, spirituellement, intellectuellement.

J: My influences are drawn from life, living it, trying to find pleasure in it, and to make as much art and music as possible. I could go through the list of my music influences, but really the musicians I’m drawn to or have been inspired by don’t dictate how I write. I like to keep my writing and words pure from my own heart and not influenced by anything other than my own life experience ... physically, spiritually and intellectually.

Dans quelle mesure L.A. vous influence-t-elle ?
Does L.A. influence you at all?

J : J’ai été influencée par bon nombre de vieux films hollywoodiens. Je n’aime pas trop le cinéma moderne, mais plutôt les films « Pré-Code » de Hollywood avant qu’ils bannissent la sexualité et que les systèmes de censure soient mis en place. Je ne connais pas grand chose d’autre sur Los Angeles que son histoire ou ce que pourrait connaître un étranger, ce qui n’est pas suffisant pour en tirer vraiment des influences.

J: I used to be inspired by a lot of old Hollywood films. I don't like much modern film, but more the pre-code Hollywood films before they had the ban on sexuality and the rating systems were placed. I don’t know much else about Los Angeles to really have any other influences from it then what I know about it as an outsider and historically.


Pouvez-vous me parler de votre processus de création ?
Could you describe your creation process?

J : Nous passons d’abord par un stade d’isolement pendant lequel nous composons. Parfois, Meghan apporte un backbeat, nous ajoutons des claviers et des mélodies ; nous testons différents sons et ajoutons des rythmes au fur et à mesure.

M : Parfois c’est un peu plus technique lorsque nous superposons les couches pour en faire un morceau, ou quand nous nous amusons à improviser en jonglant avec des tas de sons et d’instruments… Nous essayons toujours d’enregistrer ces sessions pour extraire les meilleures parties et les exploiter par la suite. Sur notre album, il y a au moins la moitié des morceaux qui proviennent de ces sessions d’impro. Jessy écrit souvent des paroles inconsciemment... Elle prend un micro et les mots sortent spontanément et après coup, elle les couche sur papier.

J : Je garde des tas de paroles dans ma tête et la musique se sert d'elles en fonction des émotions qu'elle dégage.

J: We go through a period of isolating ourselves from the outside when we start preparing to write. Sometimes Meghan will write a backbeat, we'll add keyboard lines and melodies together, testing different sounds and writing additional beats over in textures.

M: Sometimes it's a little bit more technical where we're piecing songs together layer by layer, or other times something will come out of an improv session where we're messing around with a bunch of sounds and instruments ... and we always try to record these sessions to cull the best parts for further exploration. On this album at least half of the songs came out of that type of improvisational process. Jessy often writes lyrics stream of consciousness ... she'll just pick up a mic and the words just come out and afterwords she'll write it down.

J: I keep a lot of words, in my head and the music just brings it, unlocks it depending on what emotions each particular song evokes.
De quels artistes vous sentez-vous proches ?

Is there an artist you feel close to?

J : En ce qui concerne les artistes féminines, je me sens proche d’Anaïs Nin, de Dorothy Parker... et de Marchesa Casati qui n’était pas véritablement une artiste en soi mais qui a été la muse de nombreux artistes. Elle menait sa vie comme une œuvre d’art et j’aime beaucoup cette façon de vivre. Magnifique, grandiose, décadente. Mais musicalement, je me sens proche des chanteurs glam rock masculins classiques tels que David Bowie, Freddie Mercury... Marc Bolan, Klaus Nomi.

J: I think as far as female artists/writers I really relate to Anaïs Nin, Dorothy Parker ... and Marchesa Casati was not an artist per se but she was the subject of many artists. Her saying was that she lived her life as a work of art and I really love the way she lived her life. Beautiful, inspiring, decadent. But as far as musicians I really like David Bowie, Freddie Mercury, classic male glam rock singers ... Marc Bolan, Klaus Nomi.

De quoi parle ta chanson Only Children ?
What is Only Children about?

J : Tout l’album Pleasure tourne autour du sexe, de la découverte, de l’aventure, de la recherche de soi mais Only Children est un genre de question-réponse ironique sur le fait d’avoir dû m’élever moi-même à cause de l’absence de ma mère... à cause des hommes violents avec qui elle a vécu. Ça parle aussi de mon enfermement et de mes fugues. Quand j’étais chez moi, je vivais cachée. Dans les paroles « Ombres qui parlez dans le grésillement à travers la vitre, j'arrive à toucher votre visage »... c'est moi assise dans ma chambre, ma maman m’avait acheté une télévision pour que je reste dans ma chambre et n’assiste pas à la violence dans le reste de la maison. Alors, je restais assise là et regardais la télé mais j’entendais tout et je me sentais vraiment frustrée, j’avais envie d’arrêter ça et de m’enfuir. Je lui dis : « Je suis ton unique enfant, comment n'as-tu pu être ma maman ? » C'était comme si j'étais privée de voix pendant que tout se passait. C'est un morceau sur le fait de se sentir orpheline, déconnectée.

J: The whole Pleasure album is about sex, discovery, adventure, finding yourself, but Only Children is kind of an ironic call and response to that about my mother not being present in my development and having to raise myself... because of the men in her life who were abusive and when I was shut in rooms, running away, in other people's houses. If I was at home I was hidden. In the lyrics "shadows talking through the static through the glass I reach out to touch your face" ... it's about sitting in my bedroom, my mom had bought me a TV for my room so I would stay in there, not coming out to see the violence in my home.  So I would sit there and listen to the TV but hear everything and feel really frustrated, wanting to stop it, wanting to run away. It’s saying to her “I'm your only child, how could you not be my mother.” I felt like I didn't have a voice about anything that was happening. It's about feeling motherless, disconnected.

Tu chantes When I Was a Lover... C’est une prise de position définitive sur l’amour ?
You sing When I Was a Lover... does that mean you're not a lover anymore?

J : C'est marrant parce que c'est un morceau dansant et plutôt gai mais il a une teinte triste car il parle de la complicité avec votre amant, du fait d'être liés et d'affronter le monde ensemble, puis de voir tout cela disparaître quand les choses ne fonctionnent pas comme vous le souhaitez, et de la solitude qui s'ensuit. Il m’est arrivé de regarder derrière moi et d’apercevoir ce genre d’amours passées comme des fantômes. J’utilise des tas de métaphores dans cette chanson, c’est à propos du sentiment de proximité et de la sensation d’être en accord avec quelqu’un dans les domaines de l’amour, du sexe et de l’amitié. Quand nous avons composé ce morceau, je ne pensais pas retrouver un jour l’amour mais maintenant je le vis à nouveau.

J: It's funny because it's an upbeat dance song but has a sad undertone because it’s about feeling close to your lover and taking on the world together, being connected, but having it taken away when things don’t work out and feeling isolated afterward. I have had periods where I have looked back on that kind of love like it was a ghost. I use a lot of metaphors in the song, it's about feeling really close and in touch with somebody and having the connection of love, sex and best friends. When we wrote that I didn't think I'd ever have that again, but I do now.

Avez-vous des projets parallèles ?
Do you have side projects?

J : Pas pour le moment... Nous avons vendu nos âmes à ce groupe !

J: Not currently... we have sold our souls to this band!

Vous avez fait une belle cover de Christian Death, avez-vous l’intention d’en faire d’autres ?

You did a beautiful cover of Christian Death, do you plan to cover anything else?

M : Oui, sûrement. On nous a demandé de participer à une soirée en hommage à Christian Death, ce qui nous a menées à faire cette reprise. C’était donc une sorte de hasard, mais ensuite, c’est devenu quelque chose d’agréable à jouer.

M: Yes - most definitely. We were asked to do a Christian Death tribute night which is what prompted us to do that cover. So that was kind of a fluke that we did that, but then it became something that we really love to play.

Comment voyez-vous votre futur ?
How do you see your future?

J : Vivre le moment présent est la meilleure chose à faire. Je crois à la divination, aux prédictions, mais en définitive, il faut vivre le moment présent car on ne sait pas de quoi demain sera fait. Nous avons toutes traversé des batailles, avons été proches de la mort, et je pense porter cette ombre. J’ai vécu beaucoup de morts dans ma vie. Je pense qu'il faut être heureux et reconnaissant de ce que l’on a au moment présent.

A : La mort conduit à apprécier le moment présent.

M : C’est pourquoi nous sommes en Europe actuellement, parce qu’il y a tant de possibilités dans la vie… Pourquoi se contenter du status quo ?

J: Living in the moment is the best way to go right now. I'm a believer in divination, telling the future, finding the future, but ultimately you have to live in the moment because you don't know what's going to happen tomorrow. We've all had different battles, near-death experiences, and I think having that shadow ... I've seen a lot of death in my life ... I think living in the moment, being happy and appreciative for what you're getting right now.

A: Death has a way of sobering you up for the present.

M: That's why we're in Europe right now because why not? There are so many possibilities in life, why be content with the status quo.

AUDIO

Jewels Of The Nile - Deathwish

Jewels Of The Nile - Kiss Of Fire


Rayographs - st

rayographsPetit point encyclopédique pour nourrir votre appétit culturel : la rayographie est une technique photographique sans appareil qui consiste à poser des objets sur du papier photosensible. Man Ray a notamment beaucoup usé de cette astuce pour créer des images étranges, faites de superpositions en noir et blanc. Ces photos qui n'en sont pas ont-elles inspiré le trio londonien exclusivement féminin Rayographs ? Possible. Constituée lors de l'été caniculaire de 2003, la formation d'Astrud Steehouder (guitare/voix), Jessamine Tierney (basse/voix) et Amy Hurst (batterie) se cherche jusqu'en 2008, date de la sortie de leur premier EP, le très remarqué Hidden Doors ; suivra Francis en 2009. La B.O. est trouvée, mais le film n'existe pas encore.

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Outre les influences dûment citées, tels PJ Harvey, les Breeders, ou encore les Pixies du début, c'est du coté du cinéma que je vais encore une fois me tourner. En effet, la musique si particulière de ces Anglaises dégouline d'un mélange crasse de sang, d'huile de vidange et d'alcool. Tout à fait le genre d'ambiance qui sied à un tordu comme le très vénérable David Lynch. Blues des marécages qui vire coldwave sur My Critical Mind. Guitares parfois garage, parfois beach, la réverb' est subtile. Les voix d'Astrud et Jessamine s'emmêlent, s'ébouriffent. Les roulements de tambours et les riffs acides de Providence, Rhode Island traînent dans les basques des L7. Ça me chatouille l'adolescence et j'aime ça.

Mais tout se déconstruit rapidement chez Rayographs. Hormis quelques titres ronds, un peu plus calibrés (Space of The Hall, et encore) les chansons de cet album n'en sont pas. Jusqu'au spoken word étrange et pénétrant de Falconberg Court, très Nouvelle Vague, déconstruction aérienne et poétique, variations atmosphérique de November, l'automne tombe sur notre printemps. On oublie refrains et couplets après Cartwheels, les images noires et blanches se superposent derrière le rideau rouge. On revient sur Lost Highway avec le rythme frénétique de Marazion, les guitares enragent. C'est un rodéo de rrrriots girls qui n'aurait pas non plus déplu à un certain Quentin. Épilogue avec You Are Made of Glass comme Phillip, si vous me suivez toujours, je vous paie une glace. Il y a une certaine dignité chez Rayographs, et une indiscutable classe dans le chant d'Astrud, un quelque chose de Patti Smith sans doute, avec un peu de flou autour, comme un voile de brume moelleux et humide à la fois. Ça ne ressemble pas à un premier album, le groupe est déjà assis sur un objet impressionnant de maîtrise. Autant dire qu'on attend la suite avec impatience.

Audio

Vidéo

Tracklist

Rayographs - Rayographs (Desire Records, 25 avril 2011)

1. In Her Light
2. Space Of The Halls
3. Providence Rhode Island
4. My Critical Mind
5. 3 Times
6. Falconberg Court
7. November
8. Cartwheels
9. Marazion
10. You Are Made Of Glass


Desire l'interview

8332_257450065197_249426295197_8706763_1707281_nOn avait déjà parlé de Desire Records sur Hartzine à l'occasion de la sortie de l'EP de la nouvelle hype EBM //Tense//. Suivant une ligne artistique sans équivalent en France, il nous paraissaît intéressant de nous attarder sur ce label géré par Jérôme Mestre, ancien du shop Rough Trade à Bastille (entre autres). Commerce 2.0 et nuance de ton au programme de cet entretien qui ne fait que confirmer tout le bien que l'on pensait de cette structure.

Tu as un parcours conséquent dans le monde de la musique : patron du shop Rough Trade parisien à 25 ans, responsable de Chronowax et Artefact, puis maintenant affilié à la radio collaborative virtuelle Official FM (ex Fairtilizer). Tu n'a jamais été réellement déconnecté de la musique indé. J'ai donc envie de te demander dans un premier temps : aimes-tu toujours autant la musique ?

Jérôme : Oui ! Je trouve que la crise du disque n'est pas une crise de la création musicale. Tous les jours de nouveaux groupes débarquent et proposent des choses enthousiasmantes. Je crois d'ailleurs que je n'ai jamais autant acheté de disques que ces deux dernières années.

A la vue de ton parcours, on observe que tu t'es progressivement éloigné de la sphère réelle du business musical. Quel est ton regard sur les nouveaux modes de « consommation » de la musique (liés au 2.0, dont le streaming) ?

En fait, tant que les disques se vendaient bien, le boulot chez un distributeur était assez excitant. Mais depuis 4/5 ans ce n'est plus marrant du tout. Par contre je pense que le métier de disquaire a un avenir devant lui : les Fnac et autres Virgin ne proposent plus rien d'intéressant et laissent donc le champ libre à une nouvelle génération de magasins de disques.
En ce qui concerne les nouveaux modes de consommation de la musique, je ne peux être qu'enthousiaste. Même si la rémunération des titres en streaming est quasi-nulle, c'est une véritable opportunité pour les artistes ou labels de faire découvrir leur musique. Le streaming est une alternative aux radios FM que nous avons connues jusqu'à peu.

On voit que la vente d'albums n'est plus la priorité des acteurs virtuels de la musique, ou du moins que cela n'est plus exprimé ainsi ; quelle est donc la finalité de cette exploitation virtuelle de la musique ?

Tout simplement se faire connaître et entretenir une relation directe avec ses "fans". Et ensuite pourquoi pas vendre sa musique ou faire du merchandising en direct.

15762_311398870197_249426295197_9590962_724029_nQuelle est la place de « l'underground » là-dedans?

Ce sont généralement les groupes « underground » qui sont les plus actifs sur les réseaux sociaux et qui testent en premier les nouvelles solutions technologiques.

Ton parcours doit être riche en rencontres. Quand on pense à Rough Trade, on pense notamment à Ivan Smagghe et Arnaud Rebotini. Est-ce que cette époque a réellement modelé vos esprits et votre exigence ?

Bien sûr. C'était en plus une époque où, pour la première fois depuis le début des années 80 et des groupes comme Metal Urbain ou Stinky Toys voire plus tard avec la vague minimal/cold, que la scène française avait une crédibilité internationale avec l'avènement de la scène électronique. Donc on avait cette connexion directe avec l'Angleterre et les Etats-Unis avec ce qu'on recevait et aussi une relation privilégiée avec les artistes locaux. Je ne peux pas répondre pour Arnaud et Ivan mais c'est clair que je ne serais pas là où j'en suis sans l'aventure Rough Trade.

Est-ce que tu te retrouves dans ce qu'ils font actuellement ?

J'aime beaucoup ce que fait Arnaud ces temps-ci. J'aimerais travailler avec lui pour un projet sur Desire. Il faut que je trouve un concept intéressant à lui proposer.
Je suis moins en contact avec Ivan mais j'écoute régulièrement les mixes qu'on retrouve à droite ou à gauche sur le net. J'aime beaucoup le côté radical et sans compromis de ses mixes. Je connais moins son travail de production. Je lui ai demandé de participer à une compilation de reprises de Cabaret Voltaire et il a accepté.

Recentrons-nous sur Desire Records. Quelle est donc l'idée derrière ce label ? Est ce de l'artefact 2.0 ?

En fait c'est plus une opportunité qui m'a incité à démarrer Desire il y a un an. Un ami qui dirige le distributeur Module m'a proposé de signer des groupes plus pop pour son label in-house et au cours de la la discussion le projet a évolué vers la création d'un label avec une identité propre. En plus je venais d'arrêter de booker des groupes pour la Flèche d'Or et j'avais eu pas mal de bons contacts avec certains. Et c'est  vrai que l'idée d'un label me taraudait toujours. On peut voir la continuité avec Artefact dans une envie d'éclectisme et l'envie de signer des disques par envie et non par calcul.

Peux-tu nous présenter rapidement chaque artiste de ton catalogue ?

Ma première sortie était le premier album de Project:KOMAKINO, un groupe anglais de post-punk inspiré par Joy Division bien sûr mais aussi The Sound ou The Chameleons. Ensuite il y a eu Kasms, un quartet devenu trio il y a peu qui joue une musique elle aussi largement influencée par le post-punk des années 80 mais avec une touche plus agressive et débridée.
J'ai ensuite sorti un EP de //TENSE//, le projet solo d'un jeune Texan. C'est nettement plus électronique mais toujours avec un format chanson. Son album vient de sortir en vinyle et sera disponible en CD courant septembre.
Aussi disponible depuis quelques jours, le premier album de The Present Moment, le projet solo d'un Californien. Il évolue entre ambiances gothiques et électro-pop racée.
Autre album de la rentrée, Nord d'Ike Yard, groupe post-punk électronique mythique qui vient de se reformer après vingt-cinq ans.
Demontré est un jeune quartet anglais produit par James Aparicio de DiscError Recordings. Ils jouent un rock atmosphérique et sombre qui n'est pas sans rappeler The Cure.
J'ai entamé une série de 7" avec un deux titres de Loom 11, le projet solo d'Elon Katz, membre du groupe électro-pop de Chicago White Car. Le son est plus intense, sombre et rugueux.
La seconde sortie de cette série sera l'oeuvre de Der Ventilator, un groupe espagnol, lui aussi produit par James Aparicio. Leur musique est à rapprocher de Liars et HTRK.
Viendront ensuite le premier album de Joie Noire, entre krautrock et post-disco, un split 7" partagé par deux groupes électro-dark-pop de Portland, Soft Metals et Jewels Of The Nile, un EP du groupe électro-grunge new-yorkais GHXST, un 7" des Italiens Too Young To Love, un 7" par le groupe indie anglais Televised Crimewave, un 7" par les néo-gothiques américains de Blessure Grave et un par les Canadiens de Cosmetics.

Quelles références (musicales, picturales...) as-tu en tête au moment des choix artistiques ? Dark, no black : c'est ta ligne de conduite ? Quelle est la nuance ?

En fait c'est plus un jeu sur les mots qu'autre chose. Mais c'est vrai que dans dark (sombre) il y a des nuances qu'on peut retrouver dans les différents groupes du label. Black est plus uniforme peut-être.
Je n'ai pas vraiment de ligne de conduite pour les choix artistiques en fait. J'ai toujours préféré les groupes sombres et difficiles que les trucs pop sautillants. Même si j'aime bien des trucs plus formatés, il doit toujours y avoir une fêlure pour que j'accroche vraiment, que ce soit en musique, en cinéma ou autre.

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Tu dois inaugurer prochainement une série de singles vinyles en tirage limité. Un bon moyen de travailler sur l'objet en tant que tel ?

Oui mais pas uniquement. C'est aussi un bon moyen de commencer à travailler avec un groupe avant de s'engager sur un format long. Ça me permet aussi de sortir des disques avec des groupes déjà signés ou en passe de l'être comme Soft Metals. Et l'approche artistique est différente sur un single. On ne peut pas se permettre d'inclure un titre qui pourrait trouver sa place sur un long format mais qui dans un format court ne serait pas à sa place. L'approche est totalement différente d'un album où on peut jouer plus sur des ambiances.

A-t-on une chance de voir des plateaux Desire Records tourner en France ? Est-ce que le booking te paraît être une activité incontournable car complémentaire du reste pour les labels « underground » ?

J'aimerais bien mais pour l'instant rien n'est vraiment prévu. Demontré, Televised Crimewave et Project:KOMAKINO doivent venir en France avant la fin de l'année et Ike Yard en 2011. Le booking est un véritable métier et je n'ai pas vraiment le temps ni l'envie de m'en occuper pour le moment. Peut-être plus tard.

Je te laisse le mot de la fin pour nous détailler l'actualité et les sorties à venir de Desire...

Pour ce qui est de l'actualité, plusieurs albums sont sur le point de sortir. Il y a le premier album de //TENSE// en CD, LP et digital. Une sortie cassette est prévue avec pas mal de remixes. Nord, le nouvel album de Ike Yard est prévu également en septembre en CD et digital. Le vinyle est prévu pour plus tard. The High Road, le premier album de The Present Moment, est sorti en édition très limitée en cassette et CD-R. Il sortira également en digital.
Sinon est prévu pour septembre un EP de Demontré (CD, 12'', cassette et digital). Un EP de remixes de Project:KOMAKINO est aussi prévu pour la rentrée ainsi qu'un nouvel EP de //TENSE//. Sur le front des singles, le premier 7" de Loom 11 est sorti. A venir un Televised Crimewave, un double 7" de Der Ventilator, un split Soft Metals / Jewels Of The Nile, un 7" de Cosmetics avec l'aide d'un producteur parisien, un de Too Young To Love et enfin un de Blessure Grave.
Pour 2011 j'ai un EP prévu avec GHXST et un de Relics. J'aimerais aussi finaliser la sortie du nouvel album de You Animals et un projet de BO. Il faut aussi que j'avance sur ce projet de reprises de Cabaret Voltaire...

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//Tense//

tenseAlliage de chaines et de muscles, //Tense// gonfle de testostérone la pop synthétique qui se performe depuis la fin des années 70. L'obéissance à tous les codes de l'électronique de plateau télé Est Allemand fait plaisir à entendre. Nous y trouvons une petite touche Severed Heads sans le côté rêveur de nos amis australiens. Saluons donc l'initiative du label Desire qui ne devrait pas rentabiliser son plan de com avec ce genre de sortie. Néanmoins le Introducing Ep est en écoute sur Fairtilizer et disponible sur le blog du label.

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On y était - Festival Super Mon Amour

super-mon-amour-508x718La dream-team du report est de retour. Cette fois, Virginie, Aki et Thibault se rendent quai de Valmy, au Point Éphémère, pour la troisième édition du Festival Super Mon Amour. Un festival qui prend de l'ampleur, notamment par sa programmation quatre étoiles (the XX, These New Puritains, Chokebore, FM Belfast, Glass Candy), mais qui reste néanmoins indéchiffrable dans son organisation. Une crise de croissance dont font fi nos trois hartziners. Chacun d'entre eux avaient sa marotte, et si Virginie s'est retrouvée privée de la sienne (These New Puritains), Thibault (Chokebore - reporté dans ces pages séparément) et Aki (FM Belfast) s'en sont donnés à cœur joie. Retour sur un samedi 20 février haut en couleurs. Et en chaleur...

Samedi 20 février - festival Super Mon amour - Dent May, Think About Life, FM Belfast

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Parfois la seule chose que vous arrivez à vous dire en pensant à Paris, cette bonne vieille capitale, c’est qu’elle n’est vraiment qu’une catin, une salope, une … Bon okay, nous pouvons arrêter là pour les synonymes. Mais passer deux heures bloqué en voiture ou attendre quarante minutes un samedi soir sur le quai du métro pour cause de voyageur malade, ça provoque instantanément un sentiment nauséeux. Mais où sont donc partis les vacanciers ? Ils ne sont pas en train de dévaler les pistes enneigés, ça on peut vous l’assurer. Et c’est finalement hors d’haleine, transpirants et totalement ivres de fatigue qu'on arrive enfin aux portes du Point Éphémère (maison ?). Et de nos amis de ricaner en nous annonçant que le triomphal Dent May clôture à cet instant son show. Pas le temps d’écouter les moqueries, un coup de coude bien placé, saut en fosbury par-dessus la barrière, coup de tampon et projection dans la salle. Et ô stupeurs, aucune émotion ne passe à travers le ukulélé du petit protégé de Paw Tracks. Le musicien semble perdu dans une divagation dont lui seul connaît les tenants et les aboutissants, nous laissant là, en plan, avec nos brèves interrogations. Tiens, on se rappelle qu'on avait sacrément envie d'en griller une.

Les Think About Life n’ont, quant à eux, rien de vraiment excitant sur le papier. Premièrement, ils ont l'immense désavantage d’être Québéquois, ce qui n’est pas pour arranger les affaires d'un Aki allergique au dialecte du pays des « têtes à claques ». Pourtant, le quatuor signé sur l’excellent mais discret label Alien8, met le feu au poudre grâce au magnétisme de son chanteur Martin Caesar, véritable bête de scène se nourrissant tant à la soul qu'au rock. Ajoutez un batteur dont le look se situe entre Elmer Food beat et Jay Reatard, un guitariste longiligne et une choriste un peu garçonne et vous obtiendrez quatre supafreaks distillant un savoureux mélange de disco-house bien frappa-dingue largement au-dessus de nos espérances. Et si Martin nous séduit par son énergie communicative et sa voix se rapprochant dangereusement de Tunde Adebimpe, Calia nous enchante le plus souvent lorsqu’elle se tait, ce qu’elle ne fait que trop rarement. Sweet Sixteen et Set you on Fire soulèvent les foules et ramassent les sourires. Dans le dico, un terme existe pour définir la prestation de ces jeunes gens philosophes de Think About Life : une bonne surprise. En foot, c'est Calais en demie finale de la coupe de France. Au choix.

« Ces types ont le sens de la fête ou quoi ? » lâcherait Wayne Campbell en assistant à un concert de FM Belfast. "Chapiteau Wayne !", lui répondrait-on vivement. Cela fait un moment que les Islandais ont conquis le cœur du public français tout en envoûtant leurs paires de baskets qui bondissent invariablement dans tous les sens. Ces trublions de l’electro-pop tirés à quatre épingles retournent littéralement les planches du Point Éphémère provoquant l’hystérie collective. La tension monte crescendo jusqu’à un Lotus explosif, qui n’est autre qu’une réinterprétation disco-punk du Killing in the Name de RATM. Comment stopper un public monté sur ressort ? En l’invitant sur scène peut-être ? Happy-Happening ! Changement de dresscode, le collectif réapparaît en tenu de combat : shorts, débardeurs et bandeaux tandis qu’ils renquillent sur une violente reprise de Pump Up the Jam. Retour aux vestiaires et c’est les sifflements dans la salle. Juste le temps de placer un Welcome to the Jungle avant le grand lâcher de ballon. L'euphorie collective fait tâche d'huile dans le public alors que FM Belfast nous rappelle qu'ils voyagent Par Avion. Franchement, il est vraiment très dur de se remettre d’une telle claque qui nous a à tous provoqué le tournis. La sécurité vide la salle, la coupure est la bienvenue. Thibault raconte à Aki et Vv les avoir croisé plus tôt dans l'après midi, lors de leurs balances. On a frisé l'interview improvisée. Ce n'est que partie remise tant Aki en perd son chewing-gum.

Samedi 20 février - festival Super Mon amour - Glass Candy, Desire, Chateau Marmont, Mondkopf, Futon et Chevalier Play

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Complètement dans le gaz ce soir-là, Vv s'est laissée porter par la joyeuse première partie de soirée. Dopée au coka sans bulle et à la bonne humeur des zigottos d'FM Belfast, c'est bien décidée qu'elle entre à nouveau dans cette salle, définitivement trop petite, histoire de voir ce que Château Marmont a dans le donjon. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les quatre mecs venus du Sud n'étaient peut-être pas le meilleur choix pour "envoyer" ce début de soirée épique. Solar Apex, leur dernier Ep, s'il est prometteur sur disque n'en est pas moins soporifique sur scène. Certes, c'est maîtrisé. Faut voir la ribambelle de synthés analogiques vintages du barbu sur la gauche. Ça en fait rêver certains, c'est sûr. En ce qui concerne Vv, on est loin du compte. Si celle-ci apprécie à sa juste valeur Air, à qui on les compare souvent, les Versaillais ne se sont jamais limités à une litanie de morceaux planants saupoudrés de voix passée à la moulinette d'un foutu vocodeur. Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin nous abreuvent de Pop, un terme banni du vocabulaire des châtelains. L'état cotonneux de notre Vv s'accommode cahin-caha de ces longues plages floydiennes tandis que Thibault cherche Aki et qu'Aki cherche Thibault. L'armée de modasses venues pour Glass Candy dodeline de la frange. Tout va bien Capitaine. Pause. On reprend.

Échaudée par le compte rendu de l'interview de Johnny Jewell par ses petits camarades, Vv s'impatiente de voir débarquer l'une de ses cinq formations : la bien nommée Desire. La foule se fait de plus en plus dense, délurée, en demande de glam'. Celle-ci est un gai mélange de hipsters en tout genre, réunis ce soir pour vibrer. Une heure et quart au cadran et Johnny apparaît, suivi du batteur Natty (également à l'œuvre avec les Chromatics) et de la charmante canadienne Megan Louise. Dans sa robe paillette flashy, celle-ci nous salue chaleureusement de son accent québécois, jouant inopinément avec la tripotée de nerfs que compte notre pauvre Aki. Commence alors une rêverie nu-disco mélancolique... Miroir Miroir s'installe sans grand mal dans les corps happées par son beat léger et sec, la voix de Megan débutant sa séance d'hypnose de masse. C'est cette impression étrange qui persistera même après le live, comme dans un film de série B des années soixante-dix (années érotiques). Les pupilles se dilatent, les lèvres s'humidifient, la sueur perle dans la nuque et le mouvement des hanches se fait régulier et sensuel. Qui a dit série B ? Avec un tel patronyme, il ne fallait pas s'attendre à ce que ces trois là nous jouent le numéro de la cold wave aseptisée. A les voir se mouvoir sur scène - Natty frappant sèchement une batterie minimaliste, Johnny, imperturbable, triturant ses synthétiseurs et Megan ondulant imperceptiblement du bassin - on ne peut que deviner la vaste entreprise de perversion du groupe : laisser les désirs primitifs de chacun s'exprimer sans entrave. Et elle l'avoue sans mal, Vv est happée sans la moindre résistance par l'onction vénéneuse d'un groupe venu faire ses adieux temporaires à la scène. Vos désirs sont des ordres Johnny. Revenez vite.
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La troupe s'aère. Prise légale de coka pour certains, de vodka avec un glaçon s'il te plaît pour d'autres. L'impatience croît à mesure que l'air devient irrespirable. Glass Candy est annoncé à juste titre comme l'autre sommet d'une soirée déjà secouée par la déferlante Islandaise. Formé en 1996 et passé depuis d'un post-punk anémique à une italo-disco ondoyante, le duo formé par Johnny Jewel et la lutine Ida No n'a de cesse d'épuiser depuis 2007 B/E/A/T/B/O/X sur les dancefloors du monde entier. Plus tôt dans l'après-midi, Johnny annonçait à Thibault, lors d'une entrevue tenue dans les escaliers de son hôtel, l'ouverture imminente d'un nouveau chapitre discographique de Glass Candy sur , label dont il est lui-même l'architecte visuel et sonore avec Mike Simonetti. La salle gronde, l'obscurité baigne les corps impatients quand l'onde synthétique de Digital Versicolor fait basculer d'entrée l'assistance en liesse. La boîte à beats de Johnny prend au tripes quand la sémillante Ida électrise les coeurs d'une prestance à faire rougir la Deborah Harry du CBGB. La ballerine disco se promène à pas de velours sur la scène quand notre sympathique Pierrot la Lune se courbe fiévreusement sur son clavier surdimensionné, inoculant tous ses hymnes italo dans la moiteur d'une nuit bien entamée. Beatific révèle sa texture mordorée, Candy Castle égraine son groove malsain quand Life After Sundown finit crapuleusement le boulot. Empreint d'un stupre insufflé deux heures durant par les joyaux féminins d'un Johnny aux anges, le public en quête d'un vice centigradé fond sur un bar en manque de glace. Il fait chaud, très chaud, trop chaud : Thibault perd sa fratrie rédactionnelle, Aki et Vv se sont visiblement liquéfiés.

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Changement de décor. L'ordinateur honni jusqu'à présent trône désormais au milieu de la scène. L'appel d'air n'est pas feint : ostensiblement la foule éclate et se répand sur tout l'espace du point Éphémère. Basse pression, Mondkopf pointe le bout de son set. Minimale étourdie, minimale lancinante, l'appel du canal et d'une énième pose clope brûlent les doigts. Les rencontres se font, se défont et s'entrechoquent. Les djs présents et futurs (Futon, Chevalier Play) ne serviront plus qu'au tapis sonore de ces circonvolutions nodales. On vivote, on s'enfuit, on persévère. La nuit nous appartenait que déjà le petit matin ramène de sa lumière diaphane la lueur d'une raison jusque là évanescente. Ce sera un thé, de la marche à pied et un pieux. Oui un pieux. Fatalement même.

Virginie, Akitrash et Thibault