Battles à la Cigale le 25 mars 2016

Battles revenait dispenser ses liquides sommations à la Cigale, fin mars dernier : après une date vacillante à la Villette Sonique, l’année dernière, le trio revenait cette fois-ci à Paris, assuré d’un nouvel album sorti il y a quelques mois sur Warp, La Di Da Di.

Crédit photos: Cédric Oberlin

La première chose qui frappe lorsque l’on voit Battles sur scène, c’est que Ian Williams ressemble de plus en plus à Jim Carrey. Clairement. Sans mentir. Il y a quelque chose. Il verse régulièrement dans la grimace, la plupart des riffs qu’il joue affichent une bouche tordue, des sourcils relevés, une langue qui se déploie. Ses pas de danse sont chaloupés, mollassons, collent au maximum les sonorités qui s’extraient de sa guitare, parfaitement extra-terrestre. C’est criant, sur scène, amplifie à l’extrême cet effet d’énorme et globale boule de chewing-gum à l’écoute de la musique de Battles. Bien sûr, cette vision des choses s’inscrit dans la parfaite continuité de l’identité visuelle du groupe, mais la musique des trois Américains est par elle-même intensément colorée, élastique et malléable. Très enfantine, finalement, comme la nouvelle obsession d’un gamin qui découvrirait un nouveau jouet, une nouvelle façon de canaliser son attention, qui l’obligerait à retirer le maximum de cette situation par une série d’opérations précises et minutieusement misent en action.

© Cédric Oberlin
© Cédric Oberlin

C’est-à-dire que la musique de Battles se traduit de façon assez riche par le comportement de ses membres sur scène : Williams – le gosse et facétieux –, Stanier – le puissant et déterminé – et Konopka – le sobre et appliqué. Toute cette équation se retrouve doctement compilée dans ce que donne la musique du groupe. L’attitude de Stanier prend d’ailleurs le contre-pied de celle de Williams : humainement besogneux derrière son kit - la mine est particulièrement sévère et contractée lorsqu’il essaye d’atteindre cette cymbale haut-placée – il frappe durement ses toms comme au premier jour, lorsqu’il terrorisait les foules chez Helmet. Plus qu’accompagner les divagations de ses deux collègues, il les maîtrise, les assujettit, puis leur montre le chemin. Stanier insuffle une telle dynamique au groupe – solide, impérieuse, essentielle – qu’il dirige robustement la musique du trio et l’enferme dans une espèce de marche forcée donnant au groupe cet aspect si particulier. Konopka, lui, est en arrière, plus discret. Il gère obscurément ses boucles de manière studieuse, assurant une base certaine et tranquille sur laquelle Stanier et Williams peuvent aisément s’embarquer.

© Cédric Oberlin
© Cédric Oberlin

Battles peut alors soit amuser ou fasciner, soit carrément repousser, mais difficilement laisser indifférent, tant ce mélange peut parfois sembler instable, risqué, voir carrément hors de propos ; particulièrement lorsque les couches et boucles s’accumulent jusqu’à provoquer une lourde indigestion, lorsque les sons de synthé s’encroûtent sans peine dans le pire du ridicule ou que les morceaux s’étirent en longueur comme d’interminables suites d’impuissance. Mais à son meilleur, Battles parvient à des cimes quasiment naturelles, d’une évidence assez lumineuse et d’une redoutable efficacité. C’est cette ambivalence qui capte dans ce groupe, cette façon qu’ils ont d’associer le pire et le meilleur, le hors-sujet comme le judicieux dans un univers à l’imagerie profondément travaillée.

© Cédric Oberlin
© Cédric Oberlin

Quoi qu’il en soit, le trio, ce soir, à la Cigale, aura opté pour l’efficacité : mieux calibrés qu’à la Villette Sonique, le Américains auront habilement déroulé leur art, avec quatre morceaux du petit dernier à la clé, les quasi-classiques Atlas, Futura et Ice Cream en point d’orgue, et deux titres issus des premiers EPs, comme pour mieux souligner le chemin parcouru par le groupe depuis maintenant plus d’une dizaine d’années.

Setlist

01.       Dot Net
02.       Ice Cream
03.       FF Bada
04.       Futura
05.       Hi/Lo
06.       Atlas
07.       Summer Simmer
08.       B + T
09.       The Yabba


On y était : WhoMadeWho à la Cigale

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On y était : WhoMadeWho à la Cigale, le 8 octobre 2014

Chapeau melon et pyjama. C’était semble-t-il la thématique vestimentaire assumée du live de nos trois danois, qui nous avaient davantage habitués à un ensemble chemise/bretelles qu’à des grenouillères à motifs. Le public en a-t-il été émoustillé? C’est ce qu’on peut en déduire au soutien-gorge qui a volé entre le public et la scène, offrant à l’assistance une parenthèse de complicité ludique et sexy avec un groupe très réceptif et réactif, dont la prestation tout au long de cette heure (et plus) de live n’a cessé de faire danser un auditoire sautillant qui ne s’est pas fait prier pour scander ses morceaux préférés — un peu tous, visiblement — jusqu’à cette reprise un peu incongrue de Satisfaction (Benny Benassi en 2002, vous vous rappelez?), qui prend par surprise au moment de clore le live, mais complétée par un rappel qui a fini d’épuiser un public surchauffé par la salle et le groupe, englué dans sa sueur, mais tellement réjoui de l’hyperactivité de nos chers amis de la Baltique. En témoignaient les sourires plaqués sur les visages épuisés à la sortie.

C’est que, depuis qu’ils ont remplacé Klaxons au pied levé en 2007, le trio danois s’y est toujours entendu pour faire lever les godillots les plus lourds, en festival ou dans une salle comme la Cigale, dont le balcon malheureusement fermé révélait une ferveur décroissante pour le disco-punk, un genre que maîtrise pourtant avec brio WhoMadeWho, et dont ils n’ont pas manqué de rappeler le côté punk, souvent délaissé au profit du disco, avec un jeu de scène juteux et des échanges nombreux avec le public, au point de faire courir un technicien rattrapant de justesse un jack sur le point de lâcher pendant une descente visiblement imprévue de Tomas Høffding dans le public. Risky business.

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Il faut dire que le trio de Copenhague était précédé de Thylacine, dont l’electronica perfectionniste, ponctuée d’interventions au saxo et de bombes lâchées avec doigté, a progressivement réveillé la salle à grands renforts d’abstractions visuelles noir et blanc, riches et dynamiques, tantôt pointillistes, tantôt linéaires. William Rezé, compositeur électro, et Laetitia Bely, artiste visuelle, ne semblent pas prêts, contrairement à leur homonyme canidé aujourd’hui disparu, de voir leur espèce menacée, s’affichant, depuis leurs premières dates parisiennes dont une Art Is A Live chauffée à blanc en avril dernier, à choper les premières parties de pointures comme WhoMadeWho, en plus de tourner pour les Inouïs du Printemps de Bourges. Si vous ne voyez pas encore de qui il s’agit, c’est facile, William a une MPC autour du cou.

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