Gift Wrap - Losing Count

Passer par l'étape des antécédents musicaux d'un musicien de groupe qui se lance dans un projet solo peut parfois me sembler légèrement rébarbatif. Ici, le croisement me semble plutôt nécessaire pour parvenir à comprendre la suite.

Gift Wrap est le projet de Brendon Avalos qui officie en tant que bassiste au sein du groupe de "post-punk" qu'il forme avec deux amis dissipés depuis les alentours de l'année 2014 : B Boys, signés sur le label Captured Tracks. Deux entreprises novices donc, mais dont les influences sonores ne manquent pas de résonner en écho à l'urgence de notre quotidien tantôt tourmenté tantôt canalisé par notre conscience plus ou moins clairvoyante et réfractaire.

Avec Losing Count, une fois de plus, on a affaire à quelque chose de beaucoup trop rêche et provocateur pour ne pas en déceler rapidement le sens. Toutes les tracks de l'album semblent parfaitement incarner l'état psychique dans lequel on se trouverait après une surdose de xanax, amplifiée par un chauffage central réglé trop fort pendant une fin de mois d'août moite.

Boucles obsessionnelles, fond sonore persistant de radio pirate parasitée et boîte à rythme hystérique entretiennent une atmosphère d'exode urbain massif touchant une ville quelconque du Midwest. Losing Count est à mi-chemin entre l'angoisse que figure la musique industrielle et le pied de nez punk. On aurait presque envie d'ériger Avalos en Stockhausen de son temps, tiens.

Vidéo

Tracklist

Gift Wrap - Losing Count (Captured Tracks, 02 mars 2018)

01. Present
02. Losing Count
03. Current Expulsion
04. Change My Mind
05. Either Way
06. Mirage
07. Past
08. Comatose
09. Half Of Nothing
10. The Situation
11. I Cry
12. A Moment Of Reflection
13. Future


Chris Cohen – As If Apart

Chris Cohen est un talentueux garçon qui s’est à chaque fois faufilé à travers des groupes à la carrure expérimentale – les Curtains et Cryptacize – tout en gardant en mire la lumineuse exposition des généreux Deerhoof ou de l'excité Ariel Pink, entre autres. Ses camarades déposés sur le bas-côté, Cohen décida d’en découdre seul : un premier album sorti sur Captured Tracks, le label de – faut-il le rappeler – le facétieux Mike Sniper de l’excellent groupe Blank Dogs, puis un second, en mai dernier, façonnant sans détours une sélection de chansons à la valeur profondément reposée.

Car Chris Cohen est un fieffé coquin : il glisse sans prévenir d'énormes épreuves de décontraction, d'une voix qui semble provenir de l'âme de ceux qu'une sèche bourrasque ne saurait pas même bousculer. L'artiste apprécie cette posture tranquille, à sensiblement prononcer chaque mesure comme l'on lancerait un défi d'une manière purement gratuite, pour le plaisir du sublime : il s’assoit donc sur cette voix d'une douceur presque absente - les yeux loin dans le vague, l'esprit mis en veille vers l'infini - pour soutenir avec la plus artisanale des langueurs une instrumentation possédant sans en douter l'évidence de l'absolu détachement.

Comment assurer une relâche aussi mollement efficace que Needle & Thread ? C'est assurément compliqué. Et même lorsque le gredin s'agite un brin au milieu du morceau, on aurait l'impression qu'il s'extrait difficilement de son lit entre deux larges sessions de douce léthargie. Chris Cohen passe donc pour une personne apaisant la vigilance sans mauvaise pensée : c'est une espèce de bulle de lumière qui de manière assez subtile contient une masse de bons conseils signifiant bien plus qu'une simple suite de ritournelles sans vie. Le père Cohen passera enchanter ses suiveurs sur son surf d’argent dans les conditions du direct le 22 septembre prochain, avec une date au Point Éphémère en compagnie des merveilleux Evening Hymns. On y sera !

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Chris Cohen – Needle and Thread

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Chris Cohen – As if Apart

Tracklist

Chris Cohen – As if Apart (Captured Tracks, 06 mai 2016)

01. Torrey Pine
02. As If Apart
03. Drink From A Silver Cup
04. Memory
05. In A Fable
06. Needle And Thread
07. The Lender
08. Sun Has Gone Away
09. No Plan
10. Yesterdays On My Mind


The Soft Moon - Deeper

Pas la peine d’y aller par quatre chemins, le dernier opus de The Soft Moon risque de diviser les fans de la première heure. Certain reprocheront à Luis Vasquez son orientation popisante, un accessibilité trop commerciale cherchant à briser les charts et une ressemblance trop évidente avec la musique pop-indus de Nine Inch Nails. Déjà à la sortie de Feel, l’écoute avait provoqué quelques démangeaisons, surtout lorsqu’on s’apercevait que le morceau sortait en auto-production. Une rupture avec le label new-yorkais Captured Tracks qui propulsa le groupe californien dans la strastosphère du DIY ? Pourtant, il n’en est rien : dès le second extrait, Black, The Soft Moon affiche les couleurs de son écurie, rassurant à la fois sur la qualité de production, mais divisant également par une orientation électro parfois trop pesante. Alors qu’en est-il de ce Deeper tant attendu ? Eh bien, après s’être enfilé l’album tout entier, il faut se rendre à l’évidence : si la tonalité rompt totalement avec ce que nous avions écouté jusqu’à présent, Deeper est un album hautement qualitatif, dépassant de loin son prédécesseur, Zeros.

The Soft Moon

Pas de grosse surprise sur le fond. Luis Vasquez évacue ses démons à travers une introspection musicale cauchemardesque, frissonnante et lugubre. En revanche, pour ce qui est de la forme, c’est une toute autre histoire. Vasquez, qui nous confiait lors de sa dernière interview (lire) utiliser sa voix comme un instrument à part entière, s’intégrant pleinement dans les vrilles circulaires que constituent ses mélodies anxiogènes, se débarrasse peu à peu des couches de filtres masquant ses murmures pour habiller sa musique de textes librement écorchés, s'affranchissant d’une trop forte instrumentalisation afin de laisser une plus grande place à son chant, ce qui, mine de rien, apporte énormément à ce nouveau disque. C’est bien simple : si Zeros et le premier album éponyme de l’Angelois passaient pour un croisement entre coldwave synthétique et kraut fantomatique à la Carpenter (il suffit d’écouter The Lost Themes de ce dernier pour s’en convaincre), The Soft Moon empreinte sur Deeper une palette d’influences balayant un spectre de sonorités bien plus large, du lo-fi à l’indus tout en passant par la new wave. Le premier choc restant Wasting, sombre complainte croisant New Order et Gary Numan, revisité à la sauce Mike Sniper (dont on attend toujours le prochain Blank Dogs... Merci). Un ballet de sonorités post-synth, s’alliant à un chant lancinant et dépressif. Mais cette petite perle n’est que le sommet de l’iceberg, car des morceaux comme Try ou Whithout, et ses notes de piano mélancoliques et son gothisme assumé, transfigurent l’image violente et mécanique accumulée jusqu’ici. Même le très surprenant Feel trouve ici sa place, parmi les songes funestes alternant néo-romantisme synthétique et bruitisme électro-tribal. Les nostalgiques pourront toujours se consoler grâce au titre Far, s’inscrivant parfaitement dans le répertoire de ce que le groupe avait l’habitude nous livrer jusqu’à présent. Alors oui, pas la peine de se leurrer, The Soft Moon effectue un tournant avant tout électronique à Deeper, mais bon sang, pour quel résultat ! Pas d’éclaircies dans ce disque qui, malgré sa fraîcheur, reste aussi noir que le jais.

Alors que les critiques aillent se rhabiller, Deeper reste une compilation de tubes en puissance, que cela ne déplaise aux puristes. Une sorte de rupture dans la continuité qui n’augure que le meilleur. Un disque se révélant avant tout consacré à usage domestique, mais dévoilant une facette à ce jour méconnue du petit protégé du label Captured Tracks. Un parcours musical qui rappelle celui d’A Place To Bury Strangers et autres, mais sans fausses notes. Chaudement recommandé à ceux qui aiment être bousculés dans leurs habitudes, les autres passeront leur chemin... Ce qui serait vraiment dommage.

Audio

Vidéo

https://vimeo.com/119140640

Tracklisting

The Soft Moon - Deeper (Captured Tracks, 31 mars 2015)

01. Inward
02. Black
03. Far
04. Wasting
05. Wrong
06. Try
07. Desertion
08. Without
09. Feel
10. Deeper
11. Being


Pale Blue - The Past We Leave Behind

Pale Blue - The Past We Leave BehindCo-fondateur d' avec Johnny Jewel, Mike Simonetti s'est récemment barré de la machine à tube italo-disco orégonaise. On a cru un temps qu'il noyait son ressenti ou sa nouvelle liberté dans le n'importe quoi, dégoisant des fonds de tiroirs dédiés à la space music plus ou moins potables, dénommés At the Juncture of Dark and Light et débités en quatre volumes sur différentes micro-structures - respectivement sur Far Away Tapes, Grovl Tapes, Opal Tapes et Harsh Riddims - , mais non, son leitmotiv restait bel et bien son nouveau label, 2MR, doté le 14 avril 2015 d'un premier LP de Pale Blue appelé à faire date puisqu'il s'agit de sa nouvelle formation avec Elizabeth Wight de Silver Hands au casting vocal. Co-édité par son pote Mike Sniper sur Captured Tracks, ce-dernier vient d'être défloré jeudi 4 décembre avec le morceau-titre The Past We Leave Behind, soit, hasard du calendrier ou non, le même jour de l'annonce du cinquième album des Chromatics. Car si Johnny Jewel s'est mis en tête d'expédier lui aussi un quintal de compositions relativement non abouties sur son soundcloud, l'ambitieux Pierrot La Lune prévoit pour la Saint Valentin - mais bordel quelle idée naze - le successeur de l'adoubé Kill for Love, baptisé Dear Tommy et dont l'imposant tracklisting et la pochette sont à décrouvrir ci-après. Histoire de ne pas les départager trop tôt, ils sont d'ores et déjà exclus l'un et l'autre des top 2015 s'agissant des artworks.

Audio

Tracklisting

Pale Blue - The Past We Leave Behind (2MR / Captured Tracks, 14 avril 2015)

01. The Past We Leave Behind
02. The Scars
03. Distance to the Waves
04. Mia
05. Tougher
06. Myself
07. The Scars (Reprise)
08. Dusk in Parts
09. The Math
10. Rain
11. The Eye
12. Embrace
13. One Last Thing

Chromatics - Dear Tommy (Italians Do It Better, 2015)

01. Fresh Blood
02. In Films
03. Time Rider
04. I Can Never Be Myself When You’re Around
05. Cherry
06. She Says
07. Just Like You
08. 4 A.M.
09. Teacher
10. Camera
11. Dear Tommy
12. Touch Blue
13. After Hours
14. Shadows
15. In Silence
16. Colorblind
17. Endless Sleep

Chromatics - Dear Tommy


Photoshoot : Mac Demarco au Bataclan

On y était : Mac Demarco, le 26 novembre au Bataclan - par Clémence Bigel.

Pour la troisième fois de l'année, Mac Demarco traînait sa silhouette nonchalante sur scène et ses morceaux indés à Paris avec cette fois-ci en première partie la pop sud américaine de Juan Wauters, prôné la consommation de cigarettes et de bières pour annoncer Viceroy (avec l'installation tout spéciale d'un Bistro sur scène, où ses amis ont passé leur temps à fumer et boire en regardant le concert), lancé des débats sur Jurassic Park tout en en reprenant pendant dix minutes le thème avec une voix de fausset, dit n'importe quoi, fait le tour de la salle en slammant sur Together, est revenu pour un rappel de vingt minutes de pur non sens. Et surtout, il a interprété ses chansons qui, bien que douces et calmes, rendaient la fosse invivable et nous a fait sourire encore et encore…

Photos © Clémence Bigel


Cosmetics - Honey Honey

Cosmetics - Honey HoneyHonnêtement, organiser la rareté pour vendre le plus possible le jour J, un exemplaire par personne, au Record Store Day, en soi pas de souci, ça à l'air de marcher. Mais ce type d'événement provoque un surplus, et comme chaque fois il faut séparer le bon grain de l'ivraie. Avec la sortie ce jour là d'un LP collectant les deux premiers EP du duo canadien Cosmestics en un seul, CT-198 Olympia… Plus LP, avec des versions démo, d'autres issues des sessions Dub Narcotic et un son épuré, on sait se tourner vers une valeur sûre sortie par le label de Mike Sniper (lire), Captured Tracks, tant le charme agit encore, voire est démultiplié avec l'effort sur la production. Sachant qu'on attend depuis maintenant presque quatre ans l'album de ceux qu'on a fait jouer très récemment à l'Espace B avec Mode Moderne et Blacksmore - qui a d'ailleurs signé un remix de Black Leather Gloves en 2011 sous l'alias Premier Rang bien en mémoire. Paraît-il que c'est pour bientôt et c'est tant mieux.

Audio

Tracklisting

Cosmetics - CT-198 Olympia…Plus LP (Captured Tracks, 18 avril 2014).

01. Soft Skin (CT-40 A-Side)
02. Black Leather Gloves (CT-40 B-Side)
03. Sleepwalking (CT-55 A-Side)
04. The Cries (CT-55 B-Side)
05. Honey Honey (2010 Demo)
06. Black Candy (Tuff Track)
07. Black Leather Gloves (Olympia EP)
08. Breathless (Olympia EP)
09. Heartbeat (Olympia EP)
10. Soft Skin (Olympia EP)
11. Honey Honey (Olympia EP)
12. Sleepwalking


Mac DeMarco - Salad Days

À bien des égards, Mac DeMarco incarne ce que l'indie peut produire de plus détestable. Un corps frêle attifé d'une vieille casquette élimée aux couleurs pâlichonnes. Une blue jean sans forme sur le lequel s'affaisse un t-shirt quelconque. Un visage androgyne, sabré d'un large sourire, sur lequel flotte un regard de dément. Une paire d'yeux bleus profond et les dents du bonheur. La gueule de l'emploi. L'allégorie d'un je-m'en-foutisme à la cool qui chantonne, d'une voix nasillarde, l'aventure du quotidien portée par les accords cradingues d'une guitare à trois sous. L'icône du chill et de la coolitude 2.0. Un hipster comme on ne les fait plus ; et le Canadien vient de déménager à Brooklyn - ça ne s'invente pas !

Alors quoi, Mac DeMarco, une énième variation de l'adulescent chevelu en mal de maturation ? Point du tout, bien au contraire, et peut-être plus encore. Mac DeMarco fait partie, aux côtés de Connan Mockasin, de cette génération d'artistes ayant su se réapproprier les codes d'un genre rongé jusqu'à la moelle, pour en extraire le meilleur et en perpétuer l'histoire. Pop isn't dead, folk either. Très honnêtement, on aurait du mal à dire ce qui fait recette, mais force est d'admettre que ça marche, et c'est peut-être aussi bien comme ça. Quelques gimmicks bien sentis et des compositions élégantes. Un sens inné du raffinement dans la simplicité. La volonté quasi religieuse de ne jamais rien prendre au sérieux. Un cocktail d'autodérision et de bon goût - quelques notes dispersées à la légère, pour le fun et toujours avant tout pour le fun, parce que sinon "fuck that, what's the point of doing it in the first place?".

Pourtant, il y a fort à parier que ce troisième album marque la fin d'une époque pour DeMarco. Après avoir conquis le public et la critique avec la fraîcheur de 2, et répété l'exploit avec Salad Days, il est peu probable que le jeune compositeur puisse tirer sur la corde encore longtemps. La jeunesse est magnifique seulement voilà, en musique comme ailleurs, elle ne dure pas. Et l'insolence naïve des premiers temps ne suffira pas à bâtir l'intégralité d'une carrière sans s'embourber dans l'écueil du ridicule. Mais tout laisse penser que DeMarco l'a compris. Dans trois morceaux déjà, Passing Out Pieces, Chamber of Reflection et Jonny's Odyssey, les compositions s'enrichissent de nouveaux instruments et de nouvelles tonalités. Le son graisseux des guitares lo-fi machouillées par les effets laissent place à des synthétiseurs qui, sans tronquer l'esprit DeMarco, augmentent considérablement l'intérêt l'album. Voilà qui présage le meilleur pour l'avenir. On a hâte de voir la suite.

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Tracklist

Mac DeMarco - Salad Days (Captured Tracks, 2014)

1. Salad Days
2. Blue Boy
3. Brother
4. Let Her Go
5. Goodbye Weekend
6. Let My Baby Stay
7. Passing Out Pieces
8. Treat Her Better
9. Chamber of Reflection
10. Go Easy
11. Johnny’s Odysse


Soft Metals - No Turning Back

Soft Metals - No Turning BackLes deux Orégonais de Soft Metals - qui s'apprêtent à traîner leurs guêtres et leurs synthés sur les routes européennes entre mars et avril avec pour le moment une seule date confirmée en France, le 24 avril au Batofar (Event FB) - sortiront en mars sur Mecanica un album de remixes de Lenses initialement paru l'été passé via Captured Tracks (lire). D'ici là, Ian Hicks et Patricia Hall postent de leur Portland natal une mise en images du morceau No Turning Back réalisée par Erica Schreiner selon une esthétique VHS destinée à tout amateur de jelly en forme de cœur. Coïncidence ou pas, le clip est paru le 14 février dernier. Miam. On en profite pour glisser un remix - présent au tracklisting de la précitée compilation - par nos amis de Bestial Mouths.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=fM5b1C44aIU#t=0

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Saâda Bonaire - The Facts (Pharaohs Edit)

Saâda BonaireIl n'y a pas que les supporteurs du Celtic de Glasgow qui ont en horreur Tina Turner - Simply the Best étant l'hymne du club rival, les Rangers. Les deux Allemandes Stephanie Lange et Claudia Hossfeld, emmenées par DJ Ralf Behrendt au sein de l’éphémère entité Saâda Bonaire, ne doivent assurément pas porter celle-ci dans leur cœur. La raison ? Lorsqu'en 1984 elles s'apprêtent à sortir leur premier album, et ce, après avoir rencontré un certain succès avec le single You Could Be More As You Are, EMI censure finalement celui-ci afin de marquer sa désapprobation quant à son propre directeur artistique, coupable d’avoir explosé les budgets pour la production du Private Dancer de... Tina Turner. Monde de merde. Le groupe se sépare et l'oubli s'en accapare aussitôt jusqu'à ce que Mike Sniper de Captured tracks ne recontacte le précité Ralph Von Richtoven dans l'optique de rééditer un EP centré autour des enregistrements réalisés par la légende Dennis Bovell - ayant notamment travaillé avec The Slits et le Pop Group - au studio de Kraftwerk à Cologne. Les discussions vont bon train et c'est presque l'album jamais paru, avec des morceaux confectionnés entre 1982 à 1985, que la structure new-yorkaise sort le 12 novembre 2013, faisant montre d'une disco-funk arabisante, lambrissée d’électronique et parsemée de spoken word, qui n'est pas sans préfigurer certains aspects de Peaking Lights ou Glass Candy. Et c'est ainsi, trente plus tard, sans rien perdre de son attrait, que la musique de Saâda Bonaire renaît, se permettant même quelques relectures contemporaines dont la dernière en date par le trio Pharaohs, digne représentant dancefloor de la structure californienne 100% Silk.

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Blouse - Imperium

Il faut bien l'avouer, le XXIème siècle n'a pas encore vu poindre de renouveau musical, cette aspiration à faire table rase d'un passé trop présent afin de réinventer ce que sera la musique du futur. Alors que la scène française sombre au pire dans les vieux plans éculés de ses glorieux aînés, au mieux dans des pompages assez malheureux d'artistes n'ayant à leur époque su faire l'unanimité autour d'eux, force est de constater que par-delà Manche et Atlantique, le constat est sensiblement le même. C'est qu'il en faut du courage (et surtout du talent) pour se lancer dans une telle entreprise avec brio. Ne s'improvise pas Kevin Shields qui veut. De là à affirmer que trop d'influences rendues possibles par cet accès sans limite à la « connaissance » tue la créativité et favorise la fainéantise, il n'y a qu'un pas...que nous n'hésiterons pas à franchir. La prise de risque inhérente à toute surprise musicale digne de ce nom se raréfie de plus en plus ce qui nous amène désormais (malheureusement) à aimer beaucoup de choses mais à n'en adorer quasiment aucune.

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Depuis cinq ans maintenant, nos (derniers ?) espoirs de voir un label porter haut le flambeau de la créativité doublée d'une authentique originalité comme ont pu le faire en leur temps Creation, 4AD et autre Sarah Records pour ne citer qu'un passé pas si lointain que cela, reposent sur les épaules de Captured Tracks, seule institution multipliant les sorties de qualité dans l'éclectisme le plus total avec une facilité si déconcertante qu'elle pourrait presque monopoliser à elle seule l'attention du mélomane lambda souhaitant assouvir sa faim de sensations nouvelles tout en pouvant s'appuyer sur des ingrédients connus et appréciés. En effet, Captured Tracks, ce label fondé à Brooklyn par Mike Sniper, lui-même tête pensante du projet synth-pop Blank Dogs, n'en finit plus de nous ébahir, sortie après sortie : de la fougue maîtrisée de DIIV en passant par le classicisme de Wild Nothing, un détour par la plus pure tradition folk-rock de Widowspeak avant de plonger dans la cold wave de The Soft Moon, du post-punk fédérateur de Holograms aux rythmes endiablés d'Heavenly Beat... Arrêtons-nous là, tant de genres remaniés, triturés afin d'en extraire la quintessence même de ce que peut être la musique d'aujourd'hui, intelligente et respectueuse.

Au beau milieu de ce tableau haut en couleur, Blouse, auteur d'un magistral premier album synth-pop, nous avait littéralement envoûtés, éveillant nos sens tout en rouvrant notre boite à souvenirs. Sonnant le retour du Nouvel Ordre (forcément mancunien) agrémenté d’une bonne Cure de jouvence, son propos était teinté d'une inquiétante noirceur qui n'avait d'égale que sa douceur. À l'orée de retrouver le groupe de Portland mené par la délicieuse Charlie Hilton, nous ne pouvions envisager de connaître une déception musicale, la formation ayant judicieusement pris le temps de confirmer nos espoirs placés en elle par le biais d'une renversante reprise de Pale Spectre de The Wake (amis du bon goût, bonsoir). Et qu'on se le dise, le bien nommé Imperium dépasse nos plus folles espérances.

Car Blouse, au travers de cet essai, ne se contente pas de régner sur un territoire déjà conquis de haute-volée mais ajoute plusieurs cordes à son arc (de triomphe, forcément), osant par la même occasion s'aventurer dans des contrées jusqu'alors inexplorées par le groupe pour mieux nous surprendre. Assumant la prise de pouvoir d'une instrumentation plus classique au détriment des nappes de sons ayant grandement participé au succès du premier album, le propos se fait volontairement plus brut sans jamais se départir de cette voix dreamy et étrange jalonnant ces octueuses compositions « Milky Way », dures à l'extérieur et si tendres à l'intérieur. Blouse prend ainsi le parti de redémarrer la Time Travel direction la décennie nineties après s'être abreuvé la précédente. Dès les premières notes d'Imperium, le décor est planté : basse ronde nous remémorant les plus belles heures de Kim Deal, production au diapason, le combo déroule avec dextérité un morceau éponyme, imparable tube en puissance, conjuguant à merveille énergie et nonchalance ; l'influence des Pixies semble d'ailleurs bien présente, témoin l'intro de Happy Days tout en distorsion maîtrisée. Et c'est tout en variations qu'Imperium révèle ses secrets au gré de ses mélodies entêtantes. Yeysite se joue de Lush, perdu entre Split et Lovelife, In a Glass abat la carte du riff imparable que n'aurait pas renié en son temps Elastica pendant qu'Arrested, ludique et sautillant, s'affiche comme un possible inédit d'Heavenly des temps modernes. Et la conjugaison des temps est toujours juste, tantôt plus contemporaine, témoin ce No Shelter avec ses airs de morceau de Deerhunter au féminin, tantôt plus historique comme au travers de 1 000 Years, somptueuse pop song aux accents psychédéliques qui reprend l'œuvre de vénération des Kinks et des Byrds là où The Coral (qui nous avait déjà gratifiés d'un morceau du même titre, tiens tiens...), l'avait laissée il y a trois ans. L'éblouissant A Feeling Like This, lui, démontre que Blouse n'a rien perdu de ses aspirations originelles tant ce morceau aurait pu figurer sur leur essai inaugural tandis que Trust, dernière pépite offerte, réveille les fantômes de The Cure insufflant un climat étrange et captivant fait de nuances et silences mesurés. « I went away alone with nothing left but faith », définitivement.

Blouse passe ainsi haut la main la terrifiante épreuve du second album allant même au-delà de la confirmation, cette dernière se doublant d’un exercice de style ô combien périlleux et réussi consistant à faire évoluer sa musique de manière audacieuse. La plus grande assurance dont le collectif fait désormais preuve (particulièrement palpable dans le chant plus affirmé de Charlie Hilton) lui donne le statut confirmé d’étoile scintillante dans la constellation Captured Tracks, LE label dénicheur en chef de talents contemporains. On est ravi, on en redemande, vivement la suite (impériale) !

Audio

Tracklist

Blouse - Imperium (Captured Tracks, 2013)

1. Imperium
2. Yeysite
3. 1 000 Years
4. In a Glass
5. Capote
6. A Feeling Like This
7. No Shelter
8. Happy Days
9. Arrested
10.Trust


Soft Metals - Tell Me

LensesSoft Metals, le duo formé par Ian Hicks et Patricia Hall, auteur il y a deux ans d'un encensé premier album éponyme (lire), sortira le 16 juillet prochain, toujours via Captured Tracks, Lenses. Tell Me constitue une mise en bouche plus que révélatrice de la direction prise par les orégonais, à la fois toujours aussi rétro, synthétique et froide, mais nettement plus dansante qu'auparavant.

Audio

Tracklisting

Soft Metals - Lenses (Captured Tracks, 16/07/2013)

01. Lenses
02. Tell Me
03. When I Look Into Your Eyes
04. No Turning Back
05. Hourglass
06. On a Cloud
07. In the Air
08. Interobserver


Beach Fossils - Clash the Truth

Avoir du talent se suffit-il à lui-même ? Cette interrogation, nous devrions nous la poser bien plus souvent, pauvres âmes que nous sommes, dénuées d'inspiration divine, tentant de laisser quelques traces éphémères dans ce monde où la culture de l'immédiat et du bon mot a pris le pas sur la perdurance et le discours argumenté. La multiplication des moyens de communication et la diffusion exponentielle de l'information ont radicalement modifié notre approche et notre esprit critique par rapport à cette notion de talent. Et force est de constater qu'on ne s'accorde que trop rarement le temps nécessaire afin de le déceler et de véritablement s'en imprégner. Cette notion d'urgence nous fait oublier l'essentiel dans l’action de chroniquer : juger un opus ne se résume pas à passer en revue 10 ou 12 chansons, à faire vite au risque de faire « pas très bien ». Cette démarche s'inscrit bien dans une entreprise de plus grande envergure visant à tenter de s'accaparer une œuvre en vue d'y déceler ce qui à nos yeux la rend cohérente pour ce qu'elle représente en tant que telle et pour son apport dans le projet artistique de son ou ses créateurs. Accorder du talent à tel ou tel artiste participe bien entendu d'une démarche subjective mais au regard de ce constat, il faut bien admettre que nous nous donnons de moins en moins les moyens d'en prendre conscience.

Les individus les plus talentueux, à nos yeux, sont indéniablement ceux qui, en sus de posséder une aptitude remarquable dans un domaine particulier (ici, la création musicale), parviennent de surcroît à inscrire leur travail dans une démarche évolutive. Parvenir à assimiler ses propres expériences afin de les transcender, ne pas se satisfaire du talent que l'on possède mais s'en servir pour viser encore un peu plus l'excellence. En ce sens, pour tout compositeur souhaitant jouer dans la cour des (très) grands, posséder du talent ne se suffit certainement pas à lui-même.

Du talent, Dustin Payseur nous a d’ores et déjà prouvé qu’il n’en était pas dénué. Au détour d’un premier album éponyme plus que convaincant et d’un EP d’une suavité digne de vous procurer le plus grand des « plaisirs », Beach Fossils, une des signatures inaugurales du décidément incontournable label Captured Tracks, avait démontré sa capacité à ciseler de subtils joyaux précieux et délicats dépassant rarement les 3 minutes 30 secondes. En ce sens, le What a Pleasure EP semblait (déjà) marquer l’apogée d’un genre, celui d’une pop trop riche pour être assimilée à un simple revival twee-pop mais pas assez respectueuse des codes établis pour prétendre s’ériger au rang de classique. À l’orée de ce fatidique second LP, la problématique était donc simple : pour continuer à exister (Cole Smith, camarade de jeu de Payseur étant parti entretemps tutoyer le succès avec DIIV), il convenait pour le combo, à l’instar d’un Robert Pirès harangué par Mémé Jacquet un soir de juin 1998, de trouver la recette miracle permettant de muscler son jeu tout en conservant cette forme de fragilité faisant justement sa force.
Et dans ce sens, l’évolution apportée par Clash the Truth est indéniable. Fortement influencée par la musique punk lors de la genèse de cet opus, la tête pensante de Beach Fossils est parvenue à capturer l’urgence et la spontanéité de ses influences tout en conservant le caractère structuré et discipliné de ses créations. Il a alors mis en place un ingénieux processus visant à densifier de manière conséquente la base rythmique de ses compositions en enregistrant en live dans une chambre percussions (avec la complicité de Tommy Gardner) et lignes de basse. Le résultat, sur des morceaux comme Generational Synthetic, cavalcade effrénée sous le joug d’une implacable batterie, ou encore Shallow, course à travers champs de plus de 3 minutes écrasant au passage les fleurs de The Wake pour aller jouer avec les petits copains de DIIV, est assez renversant d’audace et de dextérité. Les amours originelles n’en sont pour autant pas oubliées comme sur l’impeccable Crashed Out et le majestueux Taking Off, digne des compositions aériennes des premiers essais servi par Modern Holiday, court intermède instrumental en guise d’introduction. Trois petites pièces de ce genre jalonnent d’ailleurs cette réalisation, donnant à l’ensemble une touche supplémentaire de liant et permettant de faciliter l’alchimie entre la singularité des différents morceaux. Car l’exercice de style ne s’arrête pas là : alors que l’acoustique Sleep Apnea, vaporeuse berceuse sixties nous invite à l’abandon total, le tendu In Vertigo instaure un climat forcément hitchcockien à la fois inquiétant et envoûtant servi par la collaboration de Kazu Mikano, le tiers féminin de Blonde Redhead se rappelant aux ambiances des premiers essais de son groupe afin d’insuffler ce climat de petite « mort au Truth ».

Clash the Truth, par-delà le fait d’être une réussite certaine, marque une indéniable progression dans l’écriture et la carrière de Beach Fossils. Conserver le caractère mélodique et précieux des compositions tout en assimilant et façonnant à son image et de surcroît à bon escient de nouvelles notions, tel est le défi qu’a relevé avec brio Dustin Payseur. Membre quasi originel de Captured Tracks, il semble ainsi au travers de sa musique suivre l’inexorable et remarquable évolution du label, devenant son incarnation la plus représentative au travers des différentes influences musicales qu’il parvient seul à condenser. Entre le classicisme de Wild Nothing et la fougue de DIIV, Beach Fossils, au travers de cet album, offre la voie du consensus et s’inscrit comme un des groupes essentiels du label le plus intéressant du moment. Lorsque le mouvement l’emporte sur la suffisance, le talent n’a plus de limite.

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Tracklist

Beach Fossils - Clash the Truth (Captured Tracks, 2013)

1. Clash the Truth
2. Generational Synthetic
3. Sleep Apnea
4. Careless
5. Modern Holiday
6. Taking Off
7. Shallow
8. Burn You Down
9. Birthday
10. In Vertigo (feat. Kazu Mikano)
11. Brighter
12. Caustic Cross
13. Ascension
14. Crashed Out


Holograms – Holograms

Stockholm serait-elle devenu l’escale obligatoire entre New-York et Manchester ? C’est du moins ce que le jeune quatuor de Holograms tente de nous faire avaler, et ma foi, on se laisse aisément prendre au jeu. Ce premier essai croise avec brio la radicalité et la frénésie urbaine des Ramones et l’extrême froideur du mouvement post-punk qui régna sur Manchester, dont ne saurait que trop citer les influences de The Fall ou encore et toujours Joy Division. Après les trop fadasses Iceage, il semble bien qu’avec Holograms, l'Europe du Nord ait trouvé sa nouvelle icône et le label Captured Tracks déniché de nouveaux talents à l’état brut, mais alors très brut.

C’est d’ailleurs après la découverte de la vidéo homemade du puissant ABC City que Mike Sniper s’enticha du groupe et décida de signer notre quatuor sur son label. Il faut dire qu’il est bien difficile de résister à ce track que n’auraient pas renié un Joey Ramone ou un Joe Strummer, bien qu'au premier abord on songe à Art Brut, le spoken word en moins. Mais ce ne serait rien si ce pavé nihiliste n’était dévoré par un synthétisme électrisant et déchaîné. Un premier tube assurément, dont le sublime Chasing My Mind reprend le patron, taillant des mélodies âpres et stridentes. Mais comme je le disais précédemment, le cousinage avec leurs homologues anglais n’est jamais bien loin. Holograms distille une musique nerveuse et référentielle, de celle qui sent la morosité des banlieues et la misère du prolétariat. Un statut que nos quatre petits gars connaissent bien, et qui habite chaque note, chaque parole, chaque riff de cet album éponyme. Une vie d’ennui qui deviendra le carburant de la machine Holograms, crachant avec virulence sa hargne et son besoin d’exister. Ça ne vous rappelle rien ? D’ailleurs c’est dans cet état d’esprit que Monolith ouvre l’album, une longue plage brumeuse mise en tension par un jeu de guitare/basse menaçant avant que l’étincelle vienne mettre le feu aux poudres. Bien que juvénile, la voix d’Andreas Lagerström sert la musique à la perfection, collant au moindre à-coup, virulente sans être gueularde, elle rappelle tantôt le timbre tremblant du Robert Smith d’Easy Cure et le chant rocailleux du Jazz Coleman des premiers Killing Joke. Un exemple qui se vérifie sur les sépulcrales Stress et You’re An Ancient (Sweden’s Pride), deux morceaux qui semblent tout droit sortis d’une vieille compile cold-wave. À ce titre, nos bouffeurs de Krisprolls ont parfaitement appris leur leçon, digérant leurs classiques, mais empruntant un chemin analogue, sans esquinter l’original, la fougue et une bonne dose d’adrénaline en plus.

Bref vous l’aurez compris, l’album d’Holograms fait partie de ces petites perles qui doivent tourner sur vos mange-disques cet été. Un brûlot incendiaire bienvenu pour tout ceux qui comme moi échappent à la canicule. Pour les autres, ça vous fera une raison de plus pour transpirer.

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Hologams - Monolith

Holograms – Stress

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Tracklist

Holograms - Holograms (Captured Tracks, 2012)

01. Monolith
02. Chasing My Mind
03. Orpheo
04. Memories Of Sweat
05. Transform
06. Apostate
07. ABC City
08. Stress
09. Astray
10. A Tower
11. Fever
12. You Are Ancient (Sweden’s Pride)


Medicine - Shot Forth Self living / The Buried Life

Le moins que l’on puisse dire est que Mike Sniper est vraiment polyvalent. Tant graphiste que musicien (au sein de Blank Dogs notamment mais préparant un album avec la nouvelle formation du super groupe consanguin Zodiacs), il tient aussi le label new-yorkais Captured Tracks (Wild Nothing, The Soft Moon, Beach Fossils, Craft Spells, DIIV….) tout en étant le principal archéologue sonore spécialisé dans le shoegaze de ce même label. Ce dernier, spécialisé dans les versants les plus alternatifs de la musique pop (dream pop, shoegaze et lo-fi particulièrement) a ouvert en fin d’année dernière une section consacrée au revival de différentes œuvres s’inscrivant dans le courant shoegaze sobrement intitulée The Shoegaze Archive. Cette section faisant entièrement partie de Captured Tracks fait la part belle à des rééditions de perles oubliées dans le registre comme Deardarkhead ou The Cleaners From Venus. S’inscrivant dans la logique de cette section, c’est le groupe Medicine qui se voit attribuer en 2012 une réédition en bonne et due forme sous bien des formats : du mp3 au vinyle en passant par le CD, la cassette et le box-set avec un badge offert. Tous les formats physiques présentent un pakaging magnifique collant parfaitement à l’éthique du label qui se veut irréprochable tant par le contenu que le contenant. Le plaisir de découvrir ou redécouvrir ce groupe est donc vraiment omniprésent dans la démarche pour laquelle aura opté Captured Tracks, celle de proposer non seulement deux albums complets de Medicine, mais aussi un vinyle compilant plusieurs autres titres. Un single nouvellement édité et magnifiquement présenté toujours en vinyle et finalement une cassette de musiques enregistrées en live au cours d’une tournée nord-américaine viendront compléter la sélection.

Formé à Los Angeles à l’aube des années 90, le groupe Medicine mené par Brad Lanner (guitariste) embrase ses textures noises et nappes bruitistes pour les mettre au service d’une musique pop, tout ça dans un contexte où les expérimentations sonores vont bon train et commençaient à prendre une nouvelle tournure. Bien que les versants pop de la musique de Medicine soient omniprésents il s’agit avant tout d’un groupe avant-gardiste favorisant les expérimentations en tout genre et s’aventurant assez loin dans les tréfonds bruitistes d’une musique abrasive. Le groupe cumule ainsi ces arguments pendant ses deux premières années d’existence et se fait repérer par l’excellent label Creation Records (Primal Scream, Slowdive, My Bloody Valentine, Ride…) qui lui permettra de sortir son premier opus, Shot Forth Self Living, en 1992. Album exemplaire, il recèle de perles qui ont tout de la recette Medicine bien particulière et s’inscrivent d’elles-mêmes dans la lignée directe des précurseurs du genre que sont (en ce temps) My Bloody Valentine ou Ride. Avec le single Aruca mis en avant par ce même label, Medicine entre de plain-pied dans les prémices du mouvement shoegaze des années 90 tout en se démarquant par son aspect beaucoup moins lisse et plus sauvage.

Première pierre posée, ce premier album reste malgré tout assez inégal dans son ensemble et il faudra attendre quelques mois plus tard que Medicine trouve son équilibre. Dès 1993, ce sera désormais le label American Recordings qui marquera le tournant majeur dans l’histoire du groupe qui sortira ici son album le plus mature, mais aussi le plus brut, tout en conservant un fort ancrage dans cette nonchalance pop qui définit la musique de Medicine. Les termes noise et pop pourtant antagonistes n’auront jamais été aussi proches sur une production studio. Cet amalgame séduit de lui-même lors de l’écoute et impose l’alchimie de The Burried Life comme leur consécration studio. Cet album s’ouvre et se ferme sur ce que le groupe aura su faire de plus noisy et de plus déstructuré et pourtant, entre ces deux extrémités se trouvent les musiques les plus pop, accessibles et réussies du groupe. Véritable boîte de Pandore, The Burried Life est un album absolument parfait du genre. Des titres comme Babydoll, She Knows Everything ou Something Goes Wrong sortent avec une aisance déconcertante de la musique de niche d’où partait le groupe pour s’inscrire dans un registre plus large et éclectique, bien sur propulsé par leur nouveau label brassant beaucoup plus d’artistes mainstream. Label avec lequel Medicine restera le temps de son troisième album, Her Highness, datant de 1995 juste avant un silence de huit ans suivi d’un dernier album et de leur implosion.

Vingt années plus tard, le dépoussiérage opère sur ces deux premières productions studio présentées par Captured Tracks. L’alchimie reste encore aujourd’hui inébranlable prouvant une fois de plus le rôle majeur du groupe dans le cheminement de la musique pop alternative depuis ces années 90 jusqu’à aujourd’hui. Aujourd’hui, où cette musique est à nouveau mise sur un piédestal avec les rééditions récentes d’œuvres de pionniers du genre. Alors : non, la pierre angulaire shoegaze des années 90 est loin de ne comprendre que le Loveless de My Bloody Valentine, qu’on se le dise une fois pour toutes.

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MEDECINE - Babydoll

MEDECINE - Aruca

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Tracklists

Medicine - Shot Forth Self Living (Captured Tracks, 2012)

CD1
1. One More
2. Aruca
3. Defective
4. A Short Happy Life
5. 5ive
6. Sweet Explosion
7. Queen Of Tension
8. Miss Drugstore
9. Christmas Song
10. World Hello
11. Time Baby 2
12. Onion Flower
13. The Powder
14. Lime Sicks
15. Wrought

CD2
1. Gum
2. Queen Of Tension (demo)
3. Aruca (demo)
4. To Your Friends
5. Miss Drugstore (demo)
6. All Undone
7. Snow
8. One More (demo)
9. Love You Anywhere
10. Time Baby 1
11. Impacted Bantam
12. Defective
13. One More (radio & vox overdub)
14. Sweet Explosion (alternate mix)
15. Icehouse blues
16. A Short Happy Life (alternate take)
17. One More (live)
18. Aruca (live)
19. Christmas Song (live)

Medicine - The Buried Life (Captured Tracks, 2012)

CD1

1. The Pink
2. Babydoll
3. Slut
4. She Knows Everything
5. Something Goes Wrong
6. Never Click
7. Fried Awake
8. Beneath The Sands
9. Emmeline
10. I Hear
11. Live It Down
12. The Earth Is Soft And White
13. Time Baby VDP
14. Live It Dow (fast version)
15. Whle
16. 'Til I Die
17. Never Click (single version)

CD2

1. Something Goes Wrong (demo)
2. Wendy Told Me
3. Never Click (demo)
4. A Farther Down (demo)
5. Semaphore
6. Tape Skronk
7. She Knows Everything (demo)
8. Figures As Much
9. Slut (demo)
10. Beneath
11. Worried
12. The Pink (session)
13. Whle (basic track)
14. Beneath The Sands (session)
15. Walnut 2
16. Live It Down (basic track)
17. Babydoll (live)
18. 5ive (live)
19. Lime Sicks (live)


Soft Metals - Soft Metals

Pas besoin de gril : l’enfer, c’est l’absence… Je défie quiconque de résister à la torture subtilement amenée par les mélodies et les mots d’Another Goodbye, premier morceau écrit par Ian Hicks et Patricia Hall, qui me hante à chaque séparation depuis la sortie de The Cold World Melts, le divin premier EP de Soft Metals à la pochette nettement influencée par l’artiste Patrick Nagel, et plus particulièrement par l’emballage de Rio de Duran Duran. Cette fois, l'image qui illustre l’album du duo de Portland est un doux baiser saphique, reflet à la fois d’amour, d’innocence, de pureté, de fragilité et de tabou. Cette photo, intitulée Inlove, est l’œuvre de la jeune Italienne Anna Morosini, dont les clichés de ses amoureuses et des lieux qu’elle revisite traduisent une délicatesse extrême rare. Les émotions, la lumière et les lignes esquissées par les corps et les visages que la photographe capture siéent parfaitement aux sonorités à la fois aériennes et cartésiennes des Métaux Mous.

S’il est superflu, et dès lors nécessaire, de connaître la sexualité des membres d’un groupe, il est appréciable de découvrir le fruit des ébats des artistes-amants. Ian et Patricia sont certainement fiers et heureux de nous présenter un premier matériel phonique concrétisant de manière fascinante leur passion commune. Un produit sombre, hypnotique, romantique mais aussi rétro-futuriste qui vous enivre aussi vivement qu’un Moloko Plus. L’album Soft Metals (sorti sur l’impeccable Captured Tracks) est une œuvre constituée de 10 morceaux empreints d’amour, d’une nostalgie électro douce-amère, à l’image de Do You Remember, Celestial Call, Always mais aussi de machines à danser impitoyables telles que Voices et The Cold World Melts qui trônaient déjà en 2010 sur ledit 5‑titres. S’il fallait résumer cet album, traduire en une formule ses paysages sonores d’apparence froide enveloppés par la voix d’une beauté inquiétante, j’utiliserais sans aucun doute le merveilleux titre de la bande à Butcher : Soft As Snow But Warm Inside.

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Soft Metals - Voices

Tracklist

Soft Metals - Soft Metals (Captured Tracks, 2011)

1. Psychic Driving
2. Always
3. Voices
4. Celestial Call
5. The Cold World Melts
6. Hold My Breath
7. Eyes Closed
8. Pain
9. Do You Remember
10. In Throes