Amelie Ravalec l'interview

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Musique industrielle pour peuple industriel. Le mot est du performer Monte Cazazza à l'encontre du label Industrial Records, fondé par Throbbing Gristle - via lequel celui-ci sortira ses deux premiers EP en 1979 et 1980 avant de migrer pour Sordide Sentimental de Jean-Pierre Turmel et Yves Von Bontee. Que voulait-il dire au moment de glisser ce qui deviendra le slogan de moult formations se réclamant, ou rattaché indûment par la presse, à la mouvance industrielle ? C'était une blague... Je ne pensais pas que l'expression allait être prise avec autant de sérieux. Il n'empêche, la formule est assez générale et laconique pour embrasser l'origine de ce courant du post-punk, historiquement contemporain d'un punk vite asséché de créativité et récupéré, et trouvant ses racines dans quelques esprits issus des milieux artistiques affiliés à la vague des happenings, intellectualisant au sein de COUM Transmissions un actionnisme conciliant improvisations free jazz et rituels chamaniques incorporant automutilation, pratiques sexuelles, sang et scatologie. Les esprits en question, instigateurs d'un rock psychédélique inversé, narrant pour Simon Reynolds un interminable mauvais trip, et ce, en pleine décomposition de la société anglaise aboutissant aux années Thatcher, se nomment Génésis P-Orridge, Cosey Fanni Tutti, Peter Sleazy Christopherson et Chris Carter, qui, ensemble au sein de TG, et sans se départir d'une approche expérimentale, tant au niveau de la recherche que de l'effet sensoriel produit, s’embringueront sur les chemins d'une "anti-musique" bruitiste, faite d'instruments traditionnels, de boîtiers d'effets, de synthétiseurs et de samplers archaïques dont le Gristle-izer bricolés par Carter, ou Tesco-Disco, selon l'expression de P-Orridge, aux rythmiques inspirées des chaines d'assemblages et de la division fordiste mais débilitante du travail. Ce dernier d'ailleurs, lors de l'un des premiers concerts du groupe éructera à la face de quelques punks venus les insulter : Vous ne pouvez pas avoir l'anarchie et avoir de la musique en même temps. Doublant cet effort d'improvisation par une conceptualisation de son activité artistique - lutte frontale contre la monotonie, l'uniformité, le contrôle des masses et la mystification - TG s'imposera au fur et à mesure une organisation quasi paramilitaire, entre bunkerisation de son studio d'enregistrement, adoption de tenues militaristes et création de son propre label destiné à préserver son indépendance totale. Au-delà des aspects plus que limites de leurs paroles et de leur imagerie suggestive - utilisant une photo du camp d'Auschwitz comme logo du label, s'inspirant pour celui de TG de l'éclair qu'avait adopté la British Union of Fascists et jouant avec ambiguïté d’histoires de viols, de tueurs en série, de meurtres d'enfants et de pédophilie pour alimenter ses textes - TG va, par l'entremise de son label et de puissance magnétique, favoriser l'émergence d'une scène industrielle avec notamment Clock DVA, The Leather Nun, ou encore Whitehouse et Nurse with Wound, groupes dans lesquels il ne se reconnaîtra que peu. Dans une interview récente donnée à Vice, Richard H. Kirk du trio Cabaret Voltaire, rattaché à l'étiquette indus du fait de sa pratique du collage sonore, des thématiques abordées et de ses quelques sorties sur IR, va même plus loin, au-delà de toute généralisation abusive : "Il n’y avait qu’un groupe de musique industrielle, c’est Throbbing Gristle, et beaucoup de gens les ont copié après. (...) Tout le monde part du principe que parce que les Cabs viennent de Sheffield, et que Sheffield avait une grosse industrie sidérurgique dans les années 70, on faisait de la musique industrielle. Cabaret Voltaire ne s’est pas mis à la musique pour faire le même bruit qu’une usine, c’est ce qu’on entendait déjà tous les jours, pourquoi faire un truc pareil ? On voulait faire quelque chose qui ressemblait au son d’une autre planète, pas celui d’une putain d’usine à métaux !" Le débat reste entier.

A mi-chemin entre contextualisation, tentative de définition et mise en perceptive historique de la filiation industrielle, Amelie Ravalec, jeune réalisatrice déjà auteure en 2012 du documentaire Paris/Berlin: 20 Years Of Underground Techno, a sorti en mai dernier avec son acolyte Travis Collins Industrial Soundtrack For The Urban Decay reposant sur des images d'archives et de nombreuses interview de membres de TG - par ailleurs futurs Psychic TV, Coil et Chris & Cosey - Test Dept, Cabaret Voltaire, SPK, Z’EV, In The Nursery et Clock DVA, d'artistes américains tel Boyd Rice de NON, de fanzines avec RE/Search de V. Vale ou encore de labels d’époque tel Sordide Sentimental ou d’autres apparus au début des années 90 tel les allemands Ant-Zen ou Hands Production. Déjà visionné au quatre coins du globe, le film tient enfin ses premières projections parisiennes avec une diffusion dans le cadre de l’Étrange Festival le 4 Septembre en leur présence plus celles additionnelles de Jean-Pierre Turmel et d'Ellen Zweig, réalisatrice d'un documentaire sur Stefan Joel Weisser aka Z’EV également projeté, suivie par une série de projections à La Clef du 17 au 22 septembre. L'occasion était trop belle pour ne pas lui poser quelques questions sur ses motivations.

Amelie Ravalec l'interview

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Peux-tu nous relater la genèse de ce second projet et décrire l'aventure humaine qu'il a représenté pour toi ?
Can you talk about the origins of this second project and describe the human adventure it embodies ?

L’idée de réaliser un documentaire sur la musique industrielle m’est venue il y a quelques années. Voulant me documenter sur la question, j’ai lu de nombreuses publications, livres et fanzines mais n’ai trouvé aucun film exclusivement dédié à la musique industrielle, ce qui m’a donné envie de réaliser Industrial Soundtrack For The Urban Decay. Quelques mois après avoir sorti Paris/Berlin, j’ai donc contacté les artistes que je voulais interviewer et nous avons commencé à tourner. J’ai ensuite monté le film, ce qui a pris une bonne année, et nous avons ensuite passé de longs mois à finaliser la post-production et à négocier les droits. Nous avons littéralement tout fait nous mêmes, tournage, montage, post-production, négociation de droits, distribution, promotion, presse… Cela représente un travail énorme, jour et nuit pendant quasiment 3 ans.

I thought about making a documentary on industrial music a few years ago. When I discovered industrial music, I read numerous publications, books and fanzines but never found a movie devoted to the subject. This led me to start working on Industrial Soundtrack For The Urban Decay. I was busy at the time with my first film Paris/Berlin, but a few months after releasing it, I got in touch with the artists I wanted to interview and we began to shoot. Then I edited the movie, which took a year or so, and Travis and I spent months completing the post-production and licensing the rights. We did everything ourselves: shooting, editing, post production, licensing, distribution, advertising, press... That was a huge amount of work, day and night for almost three years.

Après un premier documentaire consacré à l'underground techno entre Paris et Berlin, pourquoi t'être investi dans un second traitant de la musique industrielle ? Est-ce une façon pour toi d'exposer une filiation de l'un envers l'autre ?
After making a first documentary dealing with underground techno between Paris and Berlin, why choose to make another one dealing with industrial music ? Is it a way to showcase a legacy from one to another ?

J’ai découvert la musique industrielle par les artistes techno que je préférais, comme Ancient Methods ou Adam X, qui mixaient de la musique industrielle avec de la techno depuis des années. Ce fut donc un cheminement personnel plutôt naturel. Bien que les passerelles entres les deux genres existent et soient importantes, ce n’est pas ce que j’ai choisi d’explorer dans le film, car le sujet pourrait presque faire un film à lui tout seul !

I discovered industrial music thanks to some of my favorite techno artists such as Ancient Methods or Adam X, who had been mixing industrial music with techno for years. Though there are obvious bridges between the two genres, this is not what I wanted to delve into in the movie, because the subject could deserve a movie in its own right.

À son encontre, on parle de la musique industrielle comme un violent télescopage entre musiques concrètes et musiques électroniques, avec en toile de fond théorique le futurisme italien du début du siècle. Quelle est la définition de la musique industrielle que tu as voulu faire transparaître du film ?
Industrial music is seen like a violent confrontation between musique concrète and electronic music, with a theoric background in italian futurism from the beginning of the century. What definition of industrial music did you try to convey in this movie ?

La musique industrielle englobe une collection d’influences variées, tels que les mouvements d’art avant-gardistes comme le dadaïsme, le futurisme et le surréalisme, les premières expérimentations électroniques, la musique concrète, les bandes sons de films de science-fiction des années 50/60, la littérature, avec notamment William Burroughs et Brion Gysin et leurs techniques de cut-up, J.G. Ballard, les penseurs et philosophes Foucault, Baudrillard, Deleuze… Ce mélange est ce qui pour moi rend la musique industrielle captivante et c’est ce que j’ai choisi d’explorer dans le film.

Industrial music gathers a collection of various influences, the avant-gardist movements dadaism, futurism and surrealism, electronic experimentations, musique concrete, soundtracks from 50's or 60's science-fiction movies, literature from William Burroughs and Brion Gysin and their cut-up techniques, J.G. Ballard and philosophers Foucault, Baudrillard, Deleuze. To me, this mix of influences is what makes industrial music so fascinating, and that's what I chose to explore in this movie.

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La musique industrielle est-elle intimement liée par sa dimension politique et contestataire au contexte historique qui l'a vu émerger en Europe et plus particulièrement au Royaume-Uni ? Quelles en ont été les manifestations ou conséquences ?
Is industrial music closely related to the historic context it was born in, in Europe and more specifically in the UK, thanks to its political and protest dimension? What has been its expressions or results?

Absolument, et nous en parlons d’ailleurs dans le film. Le contexte politique des années Thatcher a marqué toute une génération d’Anglais, amenant oppression culturelle et chômage important pour toute la classe ouvrière. Paradoxalement, cela a permis à de nombreuses personnes de prendre le temps de se concentrer sur leurs activités artistiques et c’est d’ailleurs grâce à ça que de nombreux groupes de musique industrielle ont vu le jour.

Definitely, and we reflect on this in the movie. The political context of the Thatcher years left its mark on a whole generation of English people, leading the working class into significant cultural oppression and unemployment. Ironically, this allowed many people to take the time to focus on their cultural activities, and that’s how many industrial music bands got started.

Selon toi, quelles sont les principales figures de ce mouvement ? As-tu réussi à toutes les interviewer ?
According to you, who are the main advocates of this movement? Did you manage to interview them all?

Nous avons réuni dans le film une grande partie des figures majeures de la musique industrielle. Nous avons interviewé tous les membres de Throbbing Gristle, premier groupe industriel, mais aussi Cabaret Voltaire, SPK, Clock DVA, Test Dept et bien d’autres groupes et musiciens. Nous nous sommes aussi intéressés à des personnages comme V.Vale, qui a édité la publication de référence sur la musique industrielle (Industrial Culture Handbook, 1983) et Jean-Pierre Turmel, qui édite le fanzine et label Sordide Sentimental depuis 1978 et fut l’un des premiers à faire découvrir Throbbing Gristle en France. Certains groupes comme Neubauten ou Laibach et quelques journalistes n’ont pas souhaité faire partie du film et c’est dommage, mais les artistes que nous avons interviewés nous ont procuré largement assez de matériel pour le film.

We featured most of the major industrial music artists in the film. We interviewed every member of Throbbing Gristle, the first industrial band, but also Cabaret Voltaire, SPK, Clock DVA, Test Dept amongst many other bands and musicians. We also interviewed people like V. Vale, who published Industrial Culture Handbook, 1983, now considered the reference publication on Industrial music, and Jean-Pierre Turmel, owner of fanzine / label Sordide Sentimental since 1978, who was the first person to share Throbbing Gristle’s music in France. Some bands like Neubauten or Laibach and a couple of journalists didn't want to be included in the movie and that's a shame, but the artists we interviewed gave us more than enough content to tell the industrial music story.

Comment peux-tu expliquer la relative méconnaissance du public pour la musique industrielle alors que celle-ci reste et restera pour longtemps encore un terreau fertile de créativité pour nombre d'artistes ? Est-ce une musique aujourd'hui uniquement d'initiés ?
How do you explain that people barely know industrial music, event if it offers now and for a long time a fertile ground for creativity to many artists ? Is it only a music for insiders ?

C’était une musique d’initiés au début, et le noyau du mouvement l’est encore aujourd’hui, mais de nombreuses personnes ont maintenant entendu parler de la musique industrielle. Beaucoup d’artistes également se revendiquent aujourd’hui de son influence. Bien que la musique industrielle ne fasse pas intégralement partie de la culture populaire, elle est tout de même aujourd’hui bien plus connue qu’elle ne l’était à ses débuts. Chris Carter nous racontait par exemple que Throbbing Gristle était devenu bien plus populaire quand le groupe s’est reformé en 2004 qu’à leurs débuts. Tout d’un coup, ils se sont mis à vendre des milliers de disques et à jouer en tête d’affiche de gros festivals.

It used to be a niche genre, and it still is for the core of the movement today, but many people have now heard about industrial music. Many artists claim its influence too. Though industrial music isn't totally part of  pop culture, nowadays it's far more recognize. Chris Carter was telling us that Throbbing Gristle became far more popular when the band reformed back in 2004 than when they first started. They then began to sell thousands of records and started headlining huge festivals.

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Tu travailles également pour Fondation Sonore qui a édité une belle compilation en support de ton documentaire Paris/Berlin: 20 Years Of Underground Techno. Penses-tu faire de même ? Est-ce le but de la division label de Fondation Sonore ?
You're working for Fondation Sonore too, they released a nice compilation to support your documentary Paris/Berlin : 20 Years Of Underground Techno. Do you consider doing the same ? Is it the purpose of the label section of Fondation Sonore ?

Nous avons monté Fondation Sonore en 2011 avec Gregorio Sicurezza, et avons lancé le label un an après. Nous sortons la musique que nous aimons, ce n’est pas directement relié à mes films, cependant il était évident de sortir une compilation pour Paris/Berlin car elle regroupe tout nos morceaux technos préférés et de nombreux artistes que nous avons invités à jouer pour la Fondation. J’ai bien sûr pensé à éditer une compilation pour Industrial Soundtrack mais malheureusement je ne pense pas qu’elle verra le jour pour des raisons de droits.

I founded Fondation Sonore with Gregorio Sicurezza back in 2011, and we launched the label a year after. We release music we love and this is not directly related to my films, but doing the Paris/Berlin compilation was obvious to us, as it gathers all of our favorite techno tracks and many artists we invited to play for our gigs. Of course, I’d like to make a compilation for Industrial Soundtrack, but unfortunately I don't think it will ever be released because of licensing issues.

Comment vas-tu promouvoir ton film désormais ? Ou sera-t-il diffusé ?
How do you plan to promote your movie now ? Where will it be released ?

Le film est sorti en mai 2015, nous avons eu une centaine de projections dans des cinémas, centres culturels et festivals dans le monde entier et nous en confirmons encore tous les jours. Nous allons également sortir le DVD très bientôt. Toutes les infos sont disponibles sur le site.

The movie was released theatrically May 2015. So far, we had more than 100 screenings in cinemas, cultural centres and festivals all around the world, and we’re still confirming more every day. We’re also about to release the DVD. All the info available on our website

As-tu d'ores et déjà un nouveau sujet d'étude pour un troisième documentaire ?
Do you think about a new theme for a third documentary already ?

Je réfléchis à plusieurs projets pour la suite mais pense me tourner vers la fiction pour mon troisième film.

I’ve got several projects in mind but my third movie will probably be a feature film.

Vidéos


On y était : Villette Sonique 2015

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photo © Hélène Peruzzaro

Untold / Andy Stott / Gum Takes Tooth / Carter Tutti Void / Cabaret Voltaire par Thomas Corlin

Avec deux poids lourds historiques de l’indus/électro et deux des talents les plus affutés du clubbing contemporain, l’affiche du dimanche pouvait générer des attentes démesurées, difficiles à satisfaire. La soirée s’ouvre tôt surUntold, connu pour tailler une bass music brûlante et tordue. Probablement peu à l’aise sur ce créneau horaire (20h), l’Anglais se lance dans un live bizarrement séquencé qui penche volontiers vers le dub ou même le reggae, par touches légères mais clairement identifiables. Si les glissements subliminaux qu’il opère entre différents styles sont parfois brillants, quelque chose cloche dans ce patchwork hésitant entre UK bass abstraite et électronica de salon, mais néanmoins assez intrigant pour maintenir l’attention. Andy Stott la jouera beaucoup plus prudent, et sa tentative dancefloor à 21h tombera un peu à plat. Plus originale et mystérieuse sur disque, son electro/bass perd en saveur dans ce contexte. Le line-up de la soirée aurait pourtant pu l’inciter à se permettre une prestation plus barrée, mais il se contente d’un set très festivalier et assez prévisible, dont le souvenir s’estompera rapidement.

Si la jeune garde semble un peu maladroite, les anciens prennent la scène avec plus d’empoigne. Le trio Carter Tutti Void demeurera l’offre la plus satisfaisante de la soirée, et justifie de louper Gum Takes Tooth qui jouent simultanément dans le sous-sol. Monocorde, menaçant, leur live prend la forme d’une jam techno et nous capture dans une spirale gentiment psyché sans qu’on s’en aperçoive, et ceci avec un sens du dosage et de l’économie. Après coup, on a la sensation d’avoir vu le Moritz Von Oswald Trio en beaucoup plus dark et sévère - et beaucoup moins soporifique… Le concert aurait mérité une bonne vingtaine de minutes supplémentaires pour vraiment opérer, mais la régie ne l’entendait pas ainsi, Chris Carter se faisant même retirer sa bouteille d’eau pour signaler que le trio doit libérer la scène.

La vraie tête d’affiche qui a rempli la Grande Halle ce dimanche est bien évidemment Cabaret Voltaire. Le public goth et indus, qu’on a entendu râler ça et là durant les précédents sets, est au garde à vous, tout comme les vieux fans, qui déchanteront assez vite. Le groupe pionnier de Sheffield se résume aujourd’hui à un seul membre, Richard H Kirk, et opte pour une formule coup de poing un peu bourrine qui tend à rivaliser avec les grosses machines du dancefloor contemporain. Indéniablement, c’est efficace : sous des visuels stroboscopiques type VHS typiquement provoc’ (de Jimmy Saville à Kadhafi), Kirk se planque derrière ses machines avec un air grave, et enchaîne des tracks qu’il interrompt inopinément par des transitions volontiers décalées (dont un extrait d’émission radio en français, probablement samplée sur France Culture). Dans une cadence de turbine certes pas très raffinée mais crédible face aux standards de 2015, il revisite à sa manière le spectre techno, avec des clins d’oeil rave d’un côté, ou plus indus de l’autre (on entendra même une boîte à rythme vintage type « Nag Nag Nag »), et affirme son statut de précurseur de la dance music. S’il remporte l’approbation du jeune public, les puristes demeurent effarés par ce show-bulldozer typique de l’abattage auquel se résume souvent la musique live aujourd’hui - il suffisait de jeter un oeil à certains visages dans le public pour se faire une idée. Même si le bon goût n’est pas toujours au rendez-vous, la catharsis est totale, notamment sur les dix dernières minutes durant lesquelles Kirk cumule un joli magma électronique. En tout cas, on le saura : en 2015, Cabaret Voltaire sonne exactement comme une rencontre entre Vatican Shadow et les Chemical Brothers.

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photo © Hélène Peruzzaro

Untold / Andy Stott / Gum Takes Tooth / Carter Tutti Void / Cabaret Voltaire par Sonia Terhzaz

En effet, ce report n'aurait vu le jour s'il n'avait été participatif. N'ayant pu rester tout au long de la soirée, c'est avec le concours d'un ami que cette chronique aura pu être finie. Sans sa précieuse aide, il ne m'aurait été donné d'écrire qu'un ersatz de chronique, composé d'impressions vagues et lapidaires d'une soirée passée, au sein de la Grande Halle, au rythme des pulsations électroniques, obombrant mon coeur et mon esprit. La fin de journée sur la pelouse de la Villette était douce et paisible après un concert des Montréalais d'Ought très réussi, qui a su prolonger ma langueur printanière. Au chant à la fois fluide et débraillé, Tim Beeler (chanteur/guitariste d'Ought) était figure de liberté avec son élégante désinvolture, sa fière allure et sa belle tessiture. Je rêvassais, allongée entre les canettes qui jonchaient l'herbe mise à mal par des flots de corps pétris d'énergie rock, en repensant aux temps forts de cette journée, et aux doux moments d'amitié. L'envie de flâner prédominait et je réalisai, presqu'à contrecœur, que j'allais alors me confiner, laissant famille et amis, dans cet antre sombre et immersif, pour me plonger dans une écoute attentive. Cette entrée soudaine était réellement déroutante, telle une percée dans une faille spatio-temporelle. Il n'était que 20h à cet instant précis mais il était très tard dans mon esprit, comme si j'errais au bout de la nuit, à travers bois, au son des musiques électroniques et industrielles de clôtures de festival. J'aurais préféré « raver » en extérieur pour avoir une compréhension plus globale du moment auquel j'étais en train d'assister : j'aurais conversé mentalement et rêvé à des associations combinant une nouvelle idée de la nature/une nouvelle idée de la musique. Il en était autrement.

Tout a commencé avec Untold et je me suis aussitôt dit : « Ouh là là là là » (oui, je me suis juste dit ça) tant la confusion me gagnait. Comment écrire alors sur des émotions impalpables ? Je tentais de me laisser gagner par cette musique abstraite, par les pulsations répétitives aux accents dubstep, issus du dernier album Black Light Spiral (sorti en 2014 sur Hemlock) mais rien n'y faisait. J'observais alors les silhouettes voûtées découpées dans l'obscurité passer devant moi, oscillant entre la fosse pour le moins clairsemée, le fumoir et le bar, sous un mur de basses fréquences perméables dont la tonalité anxiogène commençait à nous gagner. La bonne humeur laissait place à la perplexité, puis tout s'est progressivement assombri, seul le sigle Red Bull Academy, réclame quelque peu grotesque, posée ostensiblement sur la table du DJ, me faisait décrocher un sourire passablement spontané. Je conviens que mon attitude n'était guère engageante. En revanche, ce n'était pas la sombre tonalité de la soirée que je déplorais, bien au contraire… Loin de moi l'envie de danser de manière extatique au son trépidant de la dance music, je cherchais et espérais justement retrouver cet autre aspect de la musique de club, bien plus introspective, sondant les tréfonds de l'âme, les dissonances troublantes, mobilisant diverses émotions, de la mélancolie à la terreur. C'étaient ces abîmes et failles qu'Andy Stott, le jockey de Manchester, tentait d'invoquer, avec son dubstep ponctué de claquements métalliques et industriels à retardement, de sons en sourdine, et autres bruits du dedans en gestation… L'effet n'était pas pour autant probant et, bien malheureusement, j'identifiais les voix féminines pré-enregistrées qui m'agaçaient quelque peu déjà à l'écoute de Luxury Problems (sorti en 2012 sur Modern Love) ou encore Faith in Strangers (2014) conférant à l'ambiance froide et industrialisée une chaleur enveloppante, aux accents world, si incommodante et à mon sens tout à fait inappropriée. Mais POURQUOI DONC faudrait-il, à chaque fois, nous affubler de ces voix car je n'y vois que de l'ambiant cheap and chill sans intérêt. C'est du chillstep en tout état de fait !

Je descendis ensuite au sous-sol avec les Anglais de Gum Takes Tooth, un duo londonien (pour changer, tiens) batterie + clavier, jouant dans un espace confiné des partitions rythmiques répétitives, une dance music tribale expérimentale et ritualisée. J'avais aimé le premier album Silent Cenotaph (Tigertrap Records, 2011) dont certains passages m'enthousiasmaient véritablement (Tannkjott) et espérais retrouver cette énergie noise primitive qui se perdait quelque peu dans le dernier album, Mirrors Fold (sorti en octobre 2014), incorporant des empilements de samples de voix éthérées (ouais ouais) dans un climat « d'ambiant » évoquant quelque peu le Lifeform des « Future Sound of London ». Les textures étaient travaillées malgré le fatras bruitiste créant une tension dialectique intéressante entre les pôles de de l'ordre et du désordre. En revanche, étant positionnée tout au fond et ne pouvant m'approcher davantage de la scène, je ratais quelque peu l'aspect performatif du concert, qui à mon sens était tout aussi constitutif.

Je n'avais pourtant qu'une seule et unique motivation sincère ce soir-là : assister au concert de Carter Tutti Void, alias Chris and Cosey (aussi membres de Throbbing Gristle, qui avaient d'ailleurs joué à la Villette Sonique quelques années auparavant, au temps de leur reformation) et Nik Void de Factory Floor, mais, au moment où tout pouvait commencer, le cœur n'y était plus et mes cartilages ont lâché, sans doute en raison des assauts rythmiques répétés et ce corps surmené qui n'arrivait plus à suivre, me contraignant à quitter honteusement la salle en boîtant. J'ai dû fuir avant qu'il ne soit trop tard pour me préserver de tout ce noir. Ainsi Pascal Joguet, mon ami éclairé, m'a transmis et retranscrit ses impressions. Il indiquait, comme je m'y attendais, que la prestation de Carter Tutti Void constituait le point d'orgue de la soirée avec « un son à la fois puissant et austère, où le rythme des machines faisait écho au jeu de guitares. L'ensemble était parfaitement construit et l'ambiance intemporelle, ne jouant pas sur la nostalgie 80's, et, même si, à certains égards, surgissaient des boucles caractéristiques, elles s'intégraient de façon cohérente à l'ensemble. Le tout était servi par des visuels géométriques en noir et blanc qui contribuaient pleinement à s'immerger dans l’univers post-indus. C'était très au point artistiquement, contrairement à la prestation délivrée par Cabaret Voltaire qui manquait cruellement d'énergie et d'esprit d'inventivité.

Richard H. Kirk se trouvait seul, contrôlait les séquenceurs (et pourtant disparaissait régulièrement de la scène) et présidait à la restitution d'un son techno vaguement industriel qui aurait bien pu illustrer une scène ardue de 21 Jump Street (moment où Johnny Depp, muni d'un mouchard planqué, fait semblant d'acheter de l'héro au vilain type, percé de toutes parts, qui vit dans l'arrière-salle d'un club sordide). Le montage vidéo valait son pesant de toc et enfilait des perles : des images du Che aux différentes scènes de brutalité policière dans les années 80 aux US, en Palestine, en Afrique du Sud ou encore en Rhodésie… Le morphing de Thatcher en Joker (celui de la série avec Adam West), la reine Elizabeth, la grève des mineurs, etc. On n'était pas là pour rigoler, mais plutôt pour se conscientiser politiquement à l'avant-garde de la création vidéo et de l'anarchisme in the youki et l'esprit de révolte, le scandale et la subversion devenaient soudain risibles et symboles de dérision. A son crédit, un peu dansant quand même dans le dernier quart d'heure - le public ayant de toute manière envie de transpirer un peu à une heure si avancée. »

En conclusion, et si nous mettions ces impressions en perspective : ce choix de programmation était néanmoins assez cohérent car cette soirée dressait des passerelles intéressantes entre des projets pionniers de la scène musicale électronique expérimentale et des projets plus récents s'inscrivant (plus ou moins bien) dans le prolongement d'un courant, d'une idée, et pour lesquels nous retrouvions des ambiances et esthétiques proches, communément sombres et angoissées .Je dirais pourtant que seul le duo londonien Gum Takes Booth pouvait se targuer d'une telle association ou filiation, le reste étant à mon sens largement capillotracté. Ne pouvions nous pas choisir d'autres Anglais ? Pour finir, cette soirée traduisait, une fois de plus, cette volonté, chère aux organisateurs de la Villette Sonique, de faire resurgir des figures mythiques de la scène post-punk expérimentale et les pionniers de l'« underground » (peut-être à une époque où ce terme avait réellement du sens). Avec les Jesus Lizard, Goblin, Throbbing Gristle ou encore Cabaret Voltaire, ce festival encourage ardemment les retours gagnants. Certes, ces concerts sont si exceptionnels que nous avons l'impression d'assister à un moment privilégié qui ne se reproduira sans doute jamais, comme si nous étions les uniques témoins chanceux des derniers soubresauts musicaux de nos héros, mais ils peuvent aussi s'avérer être désastreux. Quel est alors le sens de cette résurgence ? Si le groupe se reforme après plusieurs décennies, que ce soit pour une tournée commémorative ou pour relancer une carrière discographique, il est possible alors d'en questionner les réelles motivations et indubitablement cela se ressent.

Portofolio du festival par Hélène Peruzzaro & Clémence Oliver


Industrial Soundtrack For The Urban Decay

Industrial Soundtrack For The Urban Decay2Alors que sort sur le label belge Fondation Sonore en mars 2014 la bande originale de son premier documentaire, Paris/Berlin: 20 Years Of Underground Techno, Amélie Ravalec - bien aidée du journaliste australien Travis Collins -, est en pleine préparation d'un nouveau film traitant de la musique industrielle, Industrial Soundtrack For The Urban Decay, dont un trailer à découvrir ci-après vient d'être révélé. Se proposant de partir à la rencontre d'une large frange des acteurs de ce mouvement ultra-provocateur et contestataire apparu à la fin des années 1970 en Angleterre, contemporain du punk, mais radicalement plus novateur dans toutes ses expressions artistiques - des membres de Throbbing Gristle, par qui tout a pris une ampleur inédite avec Industrial Records, et par qui, après leur séparation, tout a continué dans des directions différentes avec Psychic TV, Coil et Chris and Cosey, aux autres formations londoniennes tel Test Dept et de Sheffield avec Cabaret Voltaire, In The Nursery et Clock DVA, en passant par des artistes américains tel Boyd Blake Rice de NON, sans oublier les fanzines avec RE/Search de V. Vale - et dont l'ancêtre est Search & Destroy - ou encore les labels d'époque tel Sordide Sentimental ou d'autres apparus au début des années 90 d'indus tel le bavarois Ant-Zen ou de techno industrielle tel l'allemand Hands Production -, le documentaire ambitionne également de restituer le contexte social, politique et urbanistique de l'époque à travers un important travail sur la base d'images d'archives. Devant voir le jour d'ici la fin de l'année 2014, un don est même conseillé si, comme nous, vous êtes curieux du résultat. En attendant une mixtape réalisée par Amélie Ravalec, débordant dans ses choix du sujet, aidera à patienter.

Trailer Industrial Soundtrack For The Urban Decay

http://vimeo.com/86841887

Mixtape by Amélie Ravalec

01. Clock DVA - Buried Dreams
02. The fabulous Sandra Electronics - Cubs! Do your best
03. Cabaret Voltaire - The voice of america / Damage is done
04. Crass - Asylum
05. The Present Moment - The high road
06. Column One - W. Transmission 4
07. Belfegore - Belfegore
08. A wooden bow - FF
09. Burial Hex - Cristal Tears
10. Pump - The decoration of the duma
11. Karl O Connor - Understand
12. Aun - Druids
13. The normal - Warm Leatherette
14. Neva - Irradié
15. Throbbing Gristle - Slug Bailt
16. Viron - Röntgentopogramm
17. Dive - Final Report
18. Non- Sunrise
19. Atrox - Versuch Einer Versohnung
20. Sophia - The End of the World
21. SPK - A Heart That Breaks (in no time or place)
22. Demdike Stare- Erosion of democrity
23. Throbbing Gristle - Heaten heart
24. Crass - Mother Earth
25. Tormentum - Zwei
26. DAF - Als Wär’s Das Letze Mal
27. Bruce Gilbert - Angel Food
28. The Present Moment - Intrigue
29. Peter Wright - The buried bones of Ruamoko


Cabaret Voltaire - #8385 Collected Works

Fort connu pour être l’un des groupes fondateurs du mouvement industriel aux côtés de Throbbing Gristle ou encore SPK, le trio originaire de Sheffield, berceau métallurgique anglais, est devenu au fil des ans un incontournable de ce courant musical politiquement incorrect, puisant son inspiration dans de nombreux ouvrages littéraires d’anticipation (notamment Ballard, William Burroughs et plus tard William Gibson), précipitant la civilisation moderne dans une chute inéluctable mais également un climat social mondial désastreux, les conflits liés à la Guerre Froide et les résultantes des bombardement durant la Seconde Guerre Mondiale. Le groupe, dont le patronyme est largement influencé par le mouvement dadaïste mais également un hommage au célèbre café-cabaret zurichois, doit sa reconnaissance à des performances acoustiques d’une rare violence en association à une désinvolture scénique parfois choquante qui lui vaudra d’être immédiatement signé sur le label Industrial Records fondé alors par Genesis P-Orridge et Peter Christopherson. Réduits à la forme de duo au début des années 80, ces expérimentateurs de génie et artistes touche-à-tout révolutionnent une fois de plus la musique grâce à quatre albums pondus successivement entre 83 et 85. Plus que des recueils de morceaux à la fois géniaux et sans concessions, The Crackdown, Micro-Phonies, Drinking Gasoline et The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord posent les pierres fondatrices de ce que l’on appellera plus tard l’EBM, la new wave et la techno. Avec ces quatre masterpieces compilées dans un somptueux coffret complété d’inédits et de vidéos indisponibles à ce jour, cette réédition réalisée sous la houlette du label Mute, qui a récupéré le catalogue du groupe, se révèle être à la fois un objet de convoitise pour tout fan de Cabaret Voltaire mais aussi l'une des clés de la compréhension de l’ascension de ce groupe sur lequel n’a jamais cessé de planer un voile de mystère. Une initiative plus que bienvenue qui devrait faire des heureux… Enfin une poignée car l’objet édité en série limitée est voué à devenir collector.

CABARET-VOLTAIRE

Élevé au rang d’institution par les aficionados, étrange laboratoire des curiosités pour le profane, vous l’aurez rapidement compris, la musique de Cabaret Voltaire laisse difficilement indifférent. Et alors que Red Mecca et Hai!, parus l’année précédente, laissaient l’auditeur la chaise entre deux culs, The Crackdown marque un virage radical à 180° consacré par la suite par l’imparable Micro-Phonies. Les Anglais délaissent peu à peu l’improvisation empruntée au free-jazz pour se consacrer à des mélodies plus élaborées mais toujours empreintes de l’expérimentation la plus folle. On retrouve alors avec un bonheur absolu ces comptines DIY dont le son marque l'apogée de ces vieux synthés Casio et l’utilisation approximative de sampleurs analogiques, donnant le sentiment extrême d’être face à un enregistrement live. Une touche d’authenticité qui transformera rapidement des titres comme Talking Time, Over and Over ou encore In Just Fascination en perles électroniques avant-gardistes et façonnera directement le style d’artistes comme Depeche mode, Fad Gadget mais aussi Soft Cell. Et que dire de Micro-Phonies, dont Ministry extraira le barré Slammer pour modeler son premier succès, Over the Shoulder ? Poussés par le boss de leur label, Some Bizzare, à s’orienter dans un domaine plus électro, Cabaret Voltaire enfonce le clou avec des morceaux comme Do Right, Spies in the Wire, Sensoria, The Operative… Le duo combine avec habileté post-punk crasseux et électro minimale hantée tout en continuant de véhiculer des messages politiques hargneux et à rejeter une société impie qui s'entre-dévore. Un exploit en partie dû au travail d’un certain Flood qui donnera plus tard ses lettres de noblesse à l’EBM dont nous vivons ici les balbutiements, en mixant notamment les premiers albums de Nitzer Ebb. Et si on passera plus rapidement sur Drinking Gasoline, marqué néanmoins par le single Sleepwalking, l'EP marque la nouvelle transition du band de Sheffield, s’orientant dans un domaine qui sied parfaitement à Section 25 ou 23 Skidoo avec lequel le duo partage une affinité : la musique noire. Avec The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord, Richard H. Kirk et Stephen Mallinder subliment ce qu’ils appellent le future-funk, et ce dès l’ouverture de l’album, L21ST marquant les esprits de son slap synthétique improbable et de son groove froid comme la mort.

À ces quatre ogives viennent s’ajouter deux CD dont le premier fait office de best-of de cette période charnière, autour d’une compilation de quelques-uns des meilleurs tracks de ces quatre albums au format single et dont le second prolonge l’expérience autour de faces B méconnues mais pourtant délicieuses paru sur les maxis. Et enfin, pour clôturer, Mute se fend de la réédition DVD dans une version remasterisé de Gasoline in Your Eyes, recueil des meilleurs clips de Cabaret Voltaire où Richard H. Kirk fait montre de ses talents de réalisateur de génie mais également de sa maitrise du cut-up, et aussi, dans un second disque, deux prestations live enregistrées en 1984, restituant parfaitement la grandiloquence et démesure scénique d’un groupe que nous ne sommes malheureusement pas près de revoir sur les planches. Alors que l’on soit adulateur, sceptique, curieux ou bien mélomane, il n’y a aucune mauvaise raison pour que ce coffret ne figure pas sous son sapin, peut-être tout simplement parce que non content d’avoir à jamais changé le visage de la musique, Cabaret Voltaire a su bousculer les codes à une période où l’on pensait avoir tout inventé. En un mot : indispensable !

Audio

Vidéo

Tracklist

CD1: Micro-Phonies
1. Do Right
2. The Operative
3. Digital Rasta
4. Spies In The Wires
5. Theme From Earthshaker
6. James Brown
7. Slammer
8. Blue Heat
9. Sensoria

CD2: Drinking Gasoline
1. Kino
2. Sleepwalking
3. Big Funk
4. Ghost Talk

CD3: The Crackdown + EP
1. 24-24
2. In The Shadows
3. Talking Time
4. Animation
5. Over And Over
6. Just Fascination
7. Why Kill Time (When You Can Kill Yourself)
8. Haiti
9. Crackdown
9. Diskono
10. Theme From Doublevision
11. Moscow
12. Badge Of Evil

CD4: The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord
1. L21ST
2. I Want You
3. Hells Home
4. Kickback
5. The Arm Of The Lord
6. Warm
7. Golden Halos
8. Motion Rotation
9. Whip Blow
10. The Web

CD5: Cabaret Voltaire 83-85 12" As and Bs
1. Just Fascination (12" Version)
2. Crackdown (12")
3. The Dream Ticket (12" Version)
4. Sensoria (12" Version)
5. James Brown (12" Version)
6. I Want You (12" Version)
7. Safety Zone (12" Version)
8. Cut The Damn Camera (12" Version)
9. Bad Self Pt.1 (12" Version)
10. Drink Your Poison (12" Version)
11. COMA (12" Version)

CD6: Earthshaker
1. Earthshaker 5
2. Earthshaker 1
3. Theme From Earthshaker (Sheffield Mix)
4. Digital Rasta (Dub Version)
5. Earthshaker 3
6. Whip Blow (Instrumental Dub)
7. James Brown (Instrumental)
8. Golden Halos (Instrumental Dub)
9. Earthshaker 2
10. Cut The Damn Camera (Sheffield Mix)
11. Do Right (Cut Up Mix)
12. Earthshaker 4

DVD1: Bedford Boys Club 18.08.84
1. Intro
2. Crackdown
3. Sensoria
4. Just Fascination
5. Safety Zone
6. Ghost Talk
7. Digital Rasta
8. Kino
9. Do right

Hammersmith Palais 02.12.84
1. Mao Intro
2. Animation
3. Big Funk
4. Sensoria
5. Digital Rasta
6. Japno
7. Ghost Talk
8. Sleepwalking
9. Kino
10. Do Right

DVD2: Gasoline In Your Eye
1. Introduction
2. Crackdown
3. Diffusion
4. Sleepwalking
5. Slow Boat To Thassos
6. Sensoria
7. Automotivation
8. Big Funk
9. Kino
10. Ghostalk
11. Fadeout

DVD Extras
Just Fascination 7” Mix
Sensoria 7” Mix
I Want You 7” Mix
I Want You 12” Mix