Mattheis l'interview

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Photos © Hélène Peruzzaro

Nous étions présents à la dernière édition du festival Baleapop (lire) et ce fût l'occasion de faire plus ample connaissance avec le travail de Mattheis, si bien que ce dernier est devenu l'un de nos coups de cœur de l'événement. Rencontre en bord de plage avec ce jeune producteur hollandais aussi discret que sympathique et présentation de ses dernières sorties.

Alex P.

Interview avec Mattheis

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Il est assez difficile de trouver des informations te concernant. Pourrais-tu te présenter ? Evites-tu consciemment de jouer le jeu de l'internet ?
It's rather hard to find any info about you, could you introduce yourself ? do you consciously avoid the "internet game" ?

Je n'essaye pas d'éviter "le jeu de l'internet" à tout prix ni d'essayer consciemment de faire de mon mieux pour en faire partie. Je ne suis pas très bon quand il s'agit de parler de moi et je déteste faire des choses dans lesquelles je ne suis pas à l'aise. Ceci étant dit, il m'est difficile de me présenter.

It's not that I avoid the whole "internet game" on purpose, neither do I consciously try my best to be part of it. I really lack at talking about myself, and I hate doing things that I lack at, haha. That being said, I find it difficult to introduce myself.

Tu es affilié à la nébuleuse Border Community / Amateur Music / Beachcoma et à ce son mélancolique et mélodique à la fois délicat et physique. Comment te situes-tu dans cette scène ?
You're affiliated to the Border Community / Amateur Music / Beachcoma nebula and to this melancholic and melodic, both delicate and physical sound, what are your influences and how do you see yourself in this scene ?

Auparavant, j'étais plus concerné par la musique en général. J'étais plus impliqué dans ce qui se passait dans la "scène" et j'étais bien plus au fait de ce que faisaient les autres artistes. Mais je me suis aperçu que cela ne fonctionnait pas pour moi. En fait, ça m'a confiné d'une certaine manière. J'ai réalisé que moins je prêtais attention à tout ça, plus j'étais capable  de développer un son avec lequel j'étais à l'aise. Essayer de faire partie de quelque chose n'était qu'une perte d'énergie. Aujourd'hui, je me retrouve à apprécier des artistes qui ont une approche totalement différente de la mienne, c'est ce qui m'inspire le plus.

Formerly I used to be more concerned with music in general. I used to be more involved with what was happening in 'the scene', I'd be way more involved with other artists and their work. However, I noticed that this didn't work out for me. Actually it somehow confined me in a way. I realized that the more I let go of that, the more I was able to develop a sound that I felt comfortable about. In a way it felt like trying to be part of something, was just a waste of energy. Now I find myself enjoying artists that have a completely different approach than myself, that is what inspires me the most.

C'était comment de travailler avec ces différents labels et de passer de l'un à l'autre ?
How was it to work with all these different labels and to go from one to another ?

Ça présente à la fois des avantages et des inconvénients. C'est très facile de rentrer en contact avec des gens passionnés mais inversement, il est difficile de partager cette passion à n'importe quel moment. La plupart du temps, le contact est très succint et volatile, mais je suis quand même conscient de la progression en termes de possibilités si on compare à ce qui se faisait il y a quinze ans. Pour moi, la vraie essence dans le partage de cette passion réside dans le partage d'expériences. Par exemple, dès que je termine un morceau, je l'envoie à Sjoerd (Nous'klear), je prends mon vélo pour aller chez lui, on discute autour d'une bière et à un moment donné on sera là : "Ah ouais, le morceau..." puis on se l'écoute et on balance des idées. Pour moi, c'est très différent de simplement uploader un morceau, l'envoyer à l'autre bout du monde et attendre un coup de fil ou un email.

It has both advantages and disadvantages. It's very easy to get in touch with passionate people. On the other hand, it's very hard to share that passion at any given time. Most of the time the contact is very little and volatile, nonetheless I'm completely aware of the progression in possibilities in comparison to 15 years ago. It's just that for me the true essence of sharing that passion lies in sharing an experience. For example, whenever I finish a track, I just send it to Sjoerd (Nous'klaer), I grab my bike, cycle over to his apartment, we'd have a chat and a beer, and at some point we'd be like "oh yeah, the track...". Then we would have a listen, and just bounce some ideas. To me this is so much different from uploading a track, sending it to the other end of the world, and waiting for a call or an e­mail...

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2013 a été une année chargée pour toi : Anestun est sorti sur Shabu Recordings et Isms sur Nous'klaer Audio, devenant la première référence du label. Peux-tu nous en dire plus sur le label et la relation que tu entretiens avec ce dernier ?
2013 has been a really busy year for you, Anestun was released on Shabu recordings and Isms on Nous'klaer Audio becoming the label's first reference, can you tell us more anout the label and your relationship to it ?

Nous'klaer est quelque chose de magique. Sjoerd et moi nous sommes rencontrés par des amis communs et après quelques années, il m'a dit que l'idée de monter un label avait germé dans son esprit. Après, je crois qu'il nous a fallu plus de trois ans pour finaliser la première sortie. Au départ, nous avions vraiment beaucoup réfléchi ensemble mais Sjoerd est plus le réel entrepreneur derrière tout ça. C'est quelqu'un qui d'une manière très saine suit ses convictions sans jamais perdre de vue là où il veut emmener le label. Travailler avec lui est un vrai privilège.

Nous'klaer is something magical. Sjoerd and I met through friends, and after a few years he told me that he had been hatching the idea to start a label. I think that from that day on it took us over three years to accomplish the first release. Initially we did a lot of brainstorming together but Sjoerd really is more of the entrepreneur in this. I know him as someone who ­ in a healthy way ­ holds on strongly to his beliefs, without losing sight of where he wants to take the label. That being said, to me, working with him is a true privilege.

Comment différencies-tu le live par rapport au travail en studio ?
How do you tackle your live performances in comparison to studio work?

Mon dispositif live consiste en deux synthés, deux contrôleurs, une pédale d'effet et un laptop. Je dois dire que j'ai du mal à trouver un équilibre entre ma façon de travailler en studio et ce que je fais en live. Je pense que certains morceaux ou éléments - en particulier dans mes morceaux - sont sensés être comme ils sont. J'ai le sentiment que ma musique peut être assez monotone et parfois c'est une vraie lutte pour rendre mes live excitants ou du moins c'est comme ça que je le vis. Je peux comprendre les gens qui pensent que ma musique est assez prévisible. Pour moi, il s'agit d'arriver à capter l'attention du public dans la prédictibilité de la musique. Au final, je pense que je cherche toujours à ce que l’auditoire écoute attentivement.

My live ­setup consists of two synths, two controllers, an effect­ pedal and a laptop. I must say that I have a hard time finding a balance between how I work in the studio, and how I do my live performances. I believe that certain tracks or elements ­ and in particular within my tracks ­ are meant to be the way they are. I feel that my music can be quite monotonous and sometimes it feels like a struggle to make my live sets exciting. Or at least that's how I experience it haha. I can imagine people thinking my music has a certain amount of predictability. For me it's all about attracting peoples attention within the predictability of the music. In the end I think I always pursue to have the audience listening attentively.

En 2011, Panda Valium remixait ton titre 1802, et cette année tu es à l'affiche du Baleapop. Quelle relation entretiens-tu avec le collectif Moï Moï ?
In 2011 Panda Valium remixed your "1802" track and this year you played at Baleapop, what's your relationship with the Moï Moï collective ?

Je crois que c'est moi qui suis entré en contact avec Manu (Matthys) le premier. Ces deux dernières années, nos noms ont du être confondus une bonne douzaine de fois. A part ça, j'aime leur travail et leur façon de travailler, surtout avec ce qu'ils font avec Odeï et Polygorn. J'ai hâte de travailler un jour avec eux.

I think I first got in touch with Manu (Matthys). Over the last couple of years our names must have been confused quite a dozen of times. Apart from that, I love their work and how they work, especially what they do with Odei and Polygorn. I look forward to work with them one day.

Quels sont tes projets futurs ?
What are your future projects ?

Question sorties, l'année passée a été assez calme, mais une cassette vient juste de voir le jour sur le label londonien Ecstatic, ainsi qu'un remix d'Oceanic pour Nous'klaer, et un EP solo est prévu pour début 2015 sur Nous'klear. En plus de travailler sur mon live, je crois que c'est suffisant pour le moment.

Release­wise last year was a bit quiet, but a cassette on the London label Ecstatic, and a remix for Nous'klaer have just been released. Also a solo­ep will come out on Nous'klaer, within the first quarter of 2015. Besides from performing my liveset I think that's just about enough for the moment.

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Ricardo Tobar l'interview

Ricardo_Tobar_Hundreds_Garden_Daniel_Avery_Bass_Clef_Remix_Art_750_750_90_sLa carrière musicale de Ricardo Tobar commence au milieu des années 2000, à Viña del Mar, sur le littoral pacifique chilien. Loin des préoccupations de l'industrie musicale, et de la cadence machinique des grandes métropoles européennes, Ricardo profite du calme de "La Ciudad Jardín" pour bricoler ses mélodies à l'instinct sur Audio Mulch et Cubase. A l'époque, il avoue lui-même ne rien connaître aux synthétiseurs, et s'efforce simplement de produire et d'assembler les sons qui l'attirent. Sans professeur ni véritable accès à internet, Ricardo triture ses fréquences avec une naïveté troublante. En 2007, il envoie quelques démos chez Border Community, le label de James Holden, qui décide de sortir son premier EP El Sunset. L'accueil est favorable mais l'assimilation rapide des productions du musicien chilien aux représentants de la house progressive, dont il n'apprécie pas particulièrement la musique, pousse Ricardo à changer de cap. Au cours de ces six dernières années, obsédé par le besoin de créer librement et ne supportant ni les étiquettes ni les commandes, il partage l'ensemble de ses sorties entre des labels aussi différents qu'In Paradisum, Traum Schallplatten, ou encore Natura Sonoris. En octobre 2013, Treillis, son premier album, sort chez Desire, label français indépendant, sur lequel sont signés entre autres Egyptology et Ike Yard.

Quoiqu'en dise Ricardo, les onze morceaux de Treillis tiennent plus de l'aboutissement que de la rupture radicale avec ses travaux antérieurs. Flottant quelque part entre les nappes synthétiques de Boards of Canada, les riffs distordus de My Bloody Valentine, et les cadences frottantes d'un Rezzett, Treillis sillonne dans les eaux troubles d'une electronica-shoegaze qui constitue désormais la griffe du producteur. Souvent rapproché du noise rock, les productions de Ricardo broient pourtant sans doute plus qu'elles ne bruissent. On est loin des performances d'un Ron Morelli ou de la violence de Low Jack (qui a par ailleurs remixé un de ses morceaux). L'atmosphère générale balance entre boucles psychédéliques, mélodies lointaines et rêveuses, et lignes de basse tassées dans le grain. Un onirisme façon Cité d'Or, ambiance mécanico-chamanique et graviers. Des textures synthétiques qui absorbent et transportent comme les couleurs d'un dessin animé des années 80. Un rêve terreux et profondément incarné. Une musique introspective marquée par des expériences universelles, selon les mots de Josh Hall.

Si vous avez manqué l'album en octobre dernier, la séance de rattrapage est fixée au 9 juin, à l'occasion de la sortie d'un EP reprenant deux titres phares de l'album (Hundreds et Garden) - respectivement remixés par Daniel Avery et Bass Clef.

Ricardo Tobar, l'entretien

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Photos © Helene Peruzzaro

Depuis 2007, tu as sorti sept EP's & singles et un album, sur sept labels différents. Comment expliques-tu cette fréquence de changement ? C'est volontaire de ne pas être vouloir être affilié à un label ?
Since 2007, you’ve released 7 EPs & singles and one album, on 7 different record labels. How do you explain this turnover? Is it something intentional, not to be affiliated with one label?

Quand j'ai commencé, je pense que je n'étais pas vraiment conscient de tout ça. J'aimais quelques labels et je leur ai envoyé plusieurs démos. Mais les labels veulent, ou ont déjà, leur propre pâte, et attendent quelque chose de précis. En tant qu'artiste, le besoin d'évoluer, de chercher quelques chose de nouveau, est primordial. J'essaie de travailler avec des gens qui sont intéressés par mes morceaux au moment où je les produis. Il n'y a aucun intérêt à se répéter - pour le meilleur ou pour le pire.

I think when I started I wasn’t conscious about all this label stuff. I just liked a few record labels and I sent them some demos, but labels want or have their own sound and they expect something from you… As an artist you always need to evolve and search for something new or different so I try to work with people that are interested in my songs and in the phase I’m going through in the present. There’s no point on repeating yourself, for better or for worse.

Treillis est ton premier album, comment as-tu abordé ce changement de format ? Penses-tu que cette expérience va influencer tes productions à venir ?
Treillis is your first album, how did you approach this new format? Do you think this experience will affect your future releases?

J’essayais de travailler sur un album depuis une éternité mais au début j’étais complètement perdu. Je n’avais pas de concept, rien… la musique était cette chose abstraite que je faisais parce que j’aimais ça. Je savais que c’était de la techno et je savais que je ne voulais pas servir de matériel pour DJ mais ça s’arrêtait là. Donc l’idée de faire un album était géniale mais ça m’a pris un temps fou de comprendre ce que je voulais. En fait, c’est le mot “art” qui m’a sauvé. J’ai découvert que c’était plus important que ce que j’imaginais avant, même si ça sonne prétentieux.

Je crois que ça m’a vraiment influencé et je serai heureux de faire un nouvel album aussi vite que possible.

I was trying to work on an album since ages really but at the beginning I was completely lost. I didn’t have a concept or anything… music was this abstract thing that I was doing because I just liked it. I knew it was techno and I knew I didn’t want to be dj material but that was it. So the idea of doing an album was great but it took me ages to realise what I wanted. In fact the word « art » saved me. I discovered it was more important than anything else I was thinking before, even if that sounds pompous.

I think it really influenced me and i would be happy to do another album as soon as i can.

Lorsque tu as commencé à tourner, tu évoquais souvent les difficultés liées au passage de la production au live. Est-ce un problème que tu as réussi à maîtriser avec le temps ? Comment la perspective de jouer en live a-t-elle influencé ta manière de produire ?
When you started to tour, you often mentioned the difficulties you had going from the studio to live music. Do you still have this problem? How did the prospect of playing live affect your compositions?

Je pense avoir toujours quelques problèmes avec ça. Je joue toujours dans des clubs et les gens, même s’ils aiment ta musique, ils veulent avoir une expérience physique, ou au moins danser un minimum. Quand j’ai commencé à jouer en live c’était très difficile pour moi. J’étais souvent très frustré donc je me suis mis à produire des morceaux en ayant en tête l’idée des clubs mais je pense que c’était affreux. C’était une phase d’apprentissage et je suis heureux d’être passé par là.

I think I still have some problems with that. I’m always playing in clubs and people, even though they like your music, they want to have a physical experience or at least dance a little bit. When I started to play live it was really difficult for me. I was often really frustrated so I started to do some songs with clubs in mind but I think it was awful. It was a learning curve and I’m happy I went through that.

Dans le prolongement de ma question précédente, tu as déclaré, dans une interview avec Ibiza Voice, que tu ne savais pas faire de hit et que tu ne serais pas capable de composer spécialement pour le dancefloor. Pourtant, comme la plupart des artistes issus de la scène électronique, tu joues majoritairement en club. Comment parviens-tu à gérer cette tension entre le souci de garder ta ligne musicale et la "nécessité" de faire danser le public ?
You said in an interview with Ibiza Voice that you didn’t know how to make a hit and that you wouldn’t be able to compose a song especially for the dancefloor. And yet, as many electronic artists, you play mostly in club. How do you get to handle that tension between keeping your musical orientation and the need of making people dance?

Il y a toujours cette pression en concert parce que ça peut très bien se passer ou très mal. Tout dépend de mon humeur et des gens présents. Mais en général, le public des premiers rangs est déçu parce qu’ils veulent toujours quelque chose de différent. je crois que je fais l’exact opposé de ce qui fonctionne dans un club. J’essaie de continuer à peaufiner ça, c’est le secret !

There’s always this tension when I play live because it can go really well or really bad. It all depends on my mood and the people there with me. But usually people in the front are not happy because they always want something different. I think I just do the whole opposite of what works in a club. I try to keep refining that, that’s the secret !

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Tu as commencé à composer avec peu d'équipement, un logiciel téléchargé sur internet et quelques machines, ce qui a conditionné ton esthétique lo-fi, brute. Pourtant, sept ans plus tard, tu es toujours animé par la volonté de "salir" tes productions, de les traîner dans la terre, de distiller ça et là des imperfections, des cahots dans la rythmique et de fissurer tes lignes de basses. L'omniprésence de la distorsion est l'une de tes marques de fabrique, et ce souci ce raffinement dans le sabotage donne un aspect très vivant, presque animal, à ta musique. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ce choix esthétique ?
You started to compose songs with very few equipments, a hacked software and some electronic musical instruments, which determined your lo-fi, rough aesthetic. However, seven years later, there’s still a desire to mess with your songs, get them dirty, to spread some imperfections here and there, some irregularities in the rhythm section and cracks in your bass lines. The distorsion’s omnipresence is one of your trademarks, and your refinement in sabotaging give a very lively, almost bestial aspect to your music. Could you tell us a little more about this aesthetic choice?

Ce n’était vraiment pas conscient. J’imagine que c’était parce que j’étais tellement plongé dans le noise rock. Tout ce que j’aime est toujours un peu noisy donc ça me paraissait naturel de produire des morceaux comme ça. J’ai toujours pensé que je n’étais pas assez extrême cela dit. Je veux aller encore plus loin.

It wasn’t conscious really. I guess it was because I was so into noise rock. Everything I like it’s always a bit noisy so it just feels natural for me to do songs like that. I always thought I wasn’t extreme enough though. I want to go further.

Un autre aspect caractéristique de tes productions, c'est leur force visuelle et leur faculté à engendrer des visions chez celui qui les écoute - une musique hallucinogène en un certain sens. On a souvent évoqué l'influence du mysticisme sur ton travail. Comment lies-tu la spiritualité à la musique ?
Another distinctive aspect of your productions is their visual impact and their capacity of creating visions in the listener’s mind - a kind of mind-expanding music. The influence of mysticism on your work has often been mentioned. How do spirituality and music connect in your work?

La spiritualité est quelque chose de très important dans la vie, du moins c’est ce que je pense. Si tu creuses un peu et que tu vas au plus simple, tout est spirituel. La créativité en est un aspect important et la musique est une petite partie de cet ensemble. Chaque manisfestation est d’égale importance, donc la photo, la peinture, la musique, la poésie ou n’importe quoi d’autre, tout est connecté. Il ne devrait pas y avoir de différence entre tous ces éléments.

Spirituality is something really important in life, I think, at least for me. Everything is spiritual if you go deeper and if you simplify things. Creativity is one important aspect of it and music is a tiny part of that circle. Any kind of manifestation is just as important, so pictures, paintings, music, poetry or everything you could think of is connected. There should be no distinction between all of them.

Une autre formation qui s'inscrit dans cette dynamique profondément visuelle, et à laquelle tu as souvent été comparé, c'est Boards of Canada. Pourtant, à ma connaissance, tu n'as jamais personnellement fait mention du duo écossais dans tes interviews. Est-ce une filiation que tu assumes ?
There’s another formation which fit into this really visual movement, and to which you’ve often been compared to, it’s Boards Of Canada. But to my knowledge, you’ve never mentioned the scottish duo personally durung your interviews. Do you agree with this affiliation ?

Je les aime beaucoup. Mais j'imagine qu'aujourd'hui, tout peut sonner comme du BoC, donc j'essaie de prendre mes distances avec eux. Et pour être honnête, ils sont trop bons pour que je puisse me comparer à eux. Mais je pense qu’on a la même influence : My Bloody Valentine.

I like them a lot. I guess everything can sound like BoC now so I try to keep my distance from them. And to be honest I can’t really compare to them, they are so good. But i guess we have the same influence : my bloody valentine.

Dans plusieurs interviews, tu mets l'accent sur le besoin de composer une musique qui a du sens, qui est riche de sens (meaningful). Qu'est-ce que ça signifie exactement pour toi une "musique qui a du sens" ?
During several interviews, you insisted upon the fact that you need to compose music which is meaningful. What do you mean by that exactly?

Quelque chose qui ne soit pas évident et qui puisse durer. J’ai souvent été comparé à d’autres artistes que je n’aimais pas particulièrement parce que j’étais sur le même label. J’ai eu envie de m’éloigner de tout ça et de dire “Fuck”, vraiment. Si je dois faire un disque de noise pour y parvenir, alors je le ferai.
Donc “faire de la musique qui a du sens”, pour moi, c’était de continuer à produire des morceaux, non pas pour l’argent ou pour la hype, mais qui me touchent ou me transforment. Si ça peut me toucher, alors peut-être que ça en touchera d’autres.

Something that’s not obvious and that can last. I was often compared to other artists that I don’t really like only because I released on the same label. I wanted to get far away from that and to say « fuck that » really… If I have to make a noise record to get there, i will. So meaningful was for me to stay making songs no for money or to be hyped, just to do something that can move me or change me. If this can affect me maybe it can affect others.

Treillis est un excellent album dont la richesse justifierait de longues heures de discussion. Malheureusement le temps nous manque, je me limiterai donc à une seule question formelle. Au trois quart de "Garden" (présent sur l'EP), tu injectes une coupure brutale en pleine mesure, puis repars tranquillement comme si de rien était. Tu mets souvent l'accent sur l'importance de la liberté créative. Est-ce que c'était ta manière de reprendre le contrôle sur la forme et l'aspect sclérosant de nos habitudes d'écoute ? Une sorte de fuck you musical pour manifester ton côté punk ?
Treillis is an amazing record we could talk about for jours. Unfortunately we don’t have the time so I’ll just ask you one formal question. At some point in the song “Garden” (from the EP) you make a sudden break in the middle of the rhythm then start again as if nothing happened. You often insist on the importance of the freedom of the creativity. Was this your way to take over our listening habits? Some sort of punk musical “Fuck You”?

C’est gentil, merci mec ! Je fais généralement ce genre de choses afin de dissimuler toutes les erreurs faites lors de l’enregistrement, mais j’aime mettre une coupure dans un morceau à chaque fois que ça semble opportun. J’ai toujours aimé Nine Inch Nails et Trent Reznor détruisait ses morceaux de cette manière. Je lui ai piqué ça. C’est très important de garder une attitude punk face à la musique, tu dois faire ce que tu as envie de faire, toujours.

That’s nice, thanks man. I usually do everything like that to cover all the mistakes i did during the recording, but I like to break a song whenever it feels right. I was always into Nine Inch Nails and Trent Reznor was destroying his songs like that. I grabbed that from him. To have a punk attitude towards music is really important, you have to do whatever you want to do always.

L'autre extrait de l'album présent sur l'EP, c'est "Hundreds" - rien d'étonnant diront ceux qui l'ont découvert via l'album, tant il était impossible de rester insensible à la puissance mélodique dégagée par le morceau. Pourtant, tu sembles entretenir des rapports ambigus avec cette track. Dans une interview avec Electronic Beats, tu déclarais qu'elle s'intitulait "Hundreds" parce que tu avais facilement composé des centaines de morceaux de ce genre, que tu avais décidé de "put something like that on the album just for the sake of it", “pour la forme, par principe”. Etait-ce une forme de concession pour ton public ? Est-ce que tu peux nous parler un peu plus de ton rapport avec ce morceau ?
The other song present on the album which was also on the EP is “Hundreds”. But you seem to have an unclear relationship with this track. During an interview with Electronic Beats, you said that it was called “Hunderd” in reference of the fact that you’ve composed hundreds of songs just like that one and that you decided to "put something like that on the album just for the sake of it". Was it some sort of concession for your audience? Could you tell us a little more about this song?

J’ai des sentiments mitigés pour tous les morceaux que j’ai composés ! Je n’en suis jamais satisfait, j’ai dit ça parce que je fais généralement ce genre de morceaux très rapidement pour les effacer au final parce qu’ils sont… je ne sais pas comment l’expliquer mais la plupart du temps, quand quelque chose est facile à faire, tu ne lui accordes pas une très grande valeur. J’aime beaucoup la distorsion sur “Hundreds” cela dit.

I have mixed feelings with every song i’ve made ! I’m never satisfied with them, I said that because I usually do songs like that really fast but at the end of the day I end up erasing them because they feel… I don’t how to explain it, but usually when something is easy to do you think it’s not worth it. I like the tape distortion on hundreds a lot though.

Les deux autres artistes présents sur l'EP sont Daniel Avery et Bass Clef. Comment le projet de cet EP a-t-il été conçu ? Qu'est-ce qui a déterminé votre volonté de travailler ensemble ?
Daniel Avery and Bass Clef also play on the EP. How did you come up with this project? What made you want to work together?

Avec Daniel, on parlait de faire un truc ensemble depuis un moment. On aime beaucoup ce que fait l’autre donc c’était génial de collaborer. Je ne connais pas Bass Clef personnellement mais j’ai toujours aimé sa musique et Jérôme (Mestre) de Desire le connaissait donc tout s’est fait simplement et de manière spéciale. Je suis très content de l'EP pour être honnête.

We were talking with Daniel to do something together since some time, we are really fan of each other so it was amazing to do the collaboration. I don’t know Bass Clef personally but I always liked his music and Jerome from desire knew him so everything was really special and easy to handle. I’m really happy with the EP to be honest.

Tu vis en France depuis quelques années maintenant, mais tu es né et a grandi au Chili. Quels rapports (musicaux) entretiens-tu avec ton pays d'origine ? As-tu eu l'occasion de jouer au Chili ? Existe-t-il une scène électronique là-bas ?
You’ve been living in France for some years now but you (were born and) grew up in Chile. What musical relationships do you have with your country of origin? Did you have the chance to play there? Is there an electronic scene?

Il y a une petite scène électronique là bas mais je n’ai aucun rapport avec eux. Je me sens tellement loin de ça. Les Djs s’intéressent à quelque chose que Luciano ou Villalobos ont déjà fait. Ils sont plus intéressée par les à-côtés de la vie de Dj : porter des lunettes de soleil en boîte, mettre une écharpe quand il fait super chaud, et se complaire dans cette ambiance superficielle. C’est comme s’ils avaient 10 ans de retard… Mais je suppose que c’est normal, on entend encore des morceaux identiques à ce que faisait Border Community il y a dix ans auparavant même si tout le monde est passé à autre chose.

There’s a little scene there but I’m not related to all that at all. I just feel so different to them. Dj’s there are focused on something that luciano or villalobos already did. They are more interested in the life of a Dj : wearing glasses inside a club, using a scarf when it’s really sweaty and stay in this uninteresting constant groove. It’s like they are 10 years away… but I suppose is normal, you still hear songs copying what Border Community did ten years ago even though everybody moved on.

Dernière question, est-ce que tu peux nous parler un peu de tes projets à venir ? Lives, nouvel EP, etc. ?
Last question, could you tell us about your future projects ? Lives, EPs, etc?

Je joue au Social Club à Paris le 19 juin et j’ai quelques dates après ça. Je ne souhaite pas parler des prochaines sorties mais des choses sont prévues !!

I’m playing in paris at the Social Club on june 19th and I have a few dates after that. I don’t want to talk about releases yet, but there’s some stuff coming out !!

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

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James Holden l'interview

James Holden - The InheritorsDans un monde épris de rationalité et d'impératifs technologiques, l'évolution s'impose telle la matrice cognitive du moindre souffle de l'homme : qu'il écoute, qu'il lise ou qu'il réfléchisse, celui-ci tend à développer ses savoirs tout en pensant effectuer un mouvement conscient vers la connaissance. Le progrès est fondamentalement positif quand bien même tout ce qui lui résiste s'abaisse à faire allégeance à des forces obscurantistes et régressives, entravant sa marche linéaire. Une doxa supposée infaillible mais qui dessine jour après jour ses propres limites : dans un monde où le signifiant siphonne l'existence même du signifié et où le média supplante le message, la matière froide, standardisée et reproduite à satiété, machinalement et sans effort, s'érige en totem d'une civilisation débarrassée depuis belle lurette de son ciment - l'innocence face à l'avenir. Tout a été dit, tout a été fait, seule compte désormais la manière de le dire et le faire : l'horizon n'est plus une infinie promesse quand ladite évolution confine au piège à cons semblable, tout au plus, à un écran de fumée technologique évidant l'originalité sur l'autel de la consommation bovine. Que ce soit dans un enclos ou un bocal, l'homme s'affaire à l’avènement d'une idiocratie chère à Mike Judge - en moins drôle (voir). Une dystopie si réaliste qu'elle se confond aux limbes du quotidien et que rien, ou si peu, n'est en mesure de déjouer.

Peu de temps après Sa Majesté des Mouches, William Golding s'attaque dans Les Héritiers (The Inheritors, 1955) au concept d'évolution, soulignant que la supériorité intrinsèque du Sapiens sur le Néandertal est inextricablement liée à l'émergence de fléaux à la vie longue, de la cupidité à l’exploitation de l'homme par l'homme. En filigrane de son second album, paru en juin dernier via son label Border CommunityJames Holden fait sienne l'allégorie de Golding - en plus du titre, The Inheritors - afin d'insuffler à quel point l'altruisme et l'innocence propres aux années soixante-dix dans la musique ont été éradiqués sous les coups de boutoirs d'une révolution digitale aplanissant l'imaginaire et galvaudant aussi bien les intuitions que les savoir-faire d'antan. Avec la culture Ableton, pas sûr que les membres d'Ash Ra Tempel ne décident aujourd'hui de s’exiler en Suisse afin de coucher sur bandes l'halluciné Seven Up (1972) avec Timothy Leary, théoricien du LSD alors recherché par la CIA, en guest.

Défiant sur The Inheritors les codes de la composition et de la production actuelles, privilégiant mécaniquement la syntaxe numérique, l'Anglais ne se contente pas pour autant de revisiter l'histoire sur les sentiers paisibles de la grégarité. D'autres s'en chargent pour lui - écoutez donc Threace (Drag City, 2013) de Cave, sorte de bréviaire vulgarisant d'un seul tenant Can et Neu!. À l'image de la stèle parcheminée de symboles Gaïa figurant sur la pochette de The Inheritors, le passé et sa compréhension sont pour Holden des clés tout aussi essentielles que la technologie. La tension entre ces deux pôles s'avère d'ailleurs féconde : très influencé par la Kosmische Musik chère à Klaus Schulze, Michael Rother ou Klaus Dinger, James Holden ne commet pas l'impair de réécrire quarante ans après un disque krautrock. S'il s'imprègne d'une même extase - engendrée par la variation dans la répétition -, il s'en éloigne tout autant sur le fond que sur la forme, jetant les bases d'une techno mutante, profondément intimiste. Usant, via un logiciel bricolé par ses soins conservant l'incertitude inhérente à l'utilisation de l'analogique, de techniques de reprogrammation digitale d'instruments enregistrés en prise directe, il met au service de sa sensibilité un arsenal de potentialités sonores résolvant la quadrature du cercle en humanisant par la machine sa propre musique. Véritable hybridation passé/présent, le nouveau paradigme de Holden tient moins dans la domestication des machines par l'homme que dans l'introduction dans l'utilisation de celles-ci d'une instabilité chronique que seul l'homme peut contrôler par son action. Si les extatiques Renata, The Caterpillar’s Intervention - dardée d'un solo de saxophone dantesque signé Étienne Jaumet - et le morceau-titre The Inheritors sortent du lot quant à leur capacité à s'en affranchir, une transe immersive émane de cette globalité conçue comme un tout, entre arabesques cosmiques et digressions psychédéliques. La vitalité ainsi dévolue aux instruments analogiques ne se réduit pas à la posture passéiste sinon à une potentialité nouvelle pour la musique électronique d'incorporer la nuance et l'erreur dans sa palette trop souvent monochrome. Et par là même de révéler une géographie émotionnelle bien trop souvent passée à l'as dans pareilles circonstances : des odes mélancoliques Blackpool Late Eighties - que Boards of Canada n'aurait pas renié - et Seven Stars, à la poésie abstraite et déconstruite s'égrainant sur The Illuminations et Circle of Fifths, en passant par les troublantes circonvolutions Sky Burial et Gone FeralThe Inheritors procède dans sa trame narrative à une véritable mise à nu sentimentale de son auteur.

Ayant mis sept longues années à maturer dans l'esprit de son géniteur - l'hyper concis The Idiots Are Winning datant de 2006 - The Inheritors est une alchimie savante dont la transposition scénique s'avère aussi hasardeuse qu'une équation à mille inconnues. Début de réponse ce samedi 7 décembre à la Machine du Moulin Rouge où James Holden présentera ce chef-d’œuvre encore loin d'être épuisé (concours).

Entretien avec James Holden

James HoldenParlons d'abord de ton album. Il t'aura fallu sept ans pour donner une suite à The Idiots Are Winning. Pourquoi ?
Let's talk about your album first, it took you 7 years to do a follow-up to The Idiots Are Winning, why is that? 

Premièrement, j’étais beaucoup trop occupé - à être un DJ, à gérer un label, à perdre mon temps à expliquer comment faire de la musique à d’autres gens au lieu de le faire moi-même. Et deuxièmement, il fallait que je prenne du temps pour penser quelque chose de nouveau. C’est pas simple. Et j’ai appris pas mal de choses dans le processus, max/msp des trucs de maths sur la théorie du chaos, comment jouer de nouveaux instruments et comment construire de meilleur instruments avec le modular. J’étais pas en train de glander à fumer de la dope ou à jouer à GTA en tout cas.

firstly: i was too busy - being a dj, running the label, wasting my time telling other people how to make music instead of doing it myself. and secondly: i had to take some time to work out something new. this is not an easy thing to do. and i learned a lot on the way - from max/msp and maths stuff about chaos theory to how to play some new instruments and how to build better instruments with the modular. i wasn't sitting around smoking dope and playing GTA anyway.

The Inheritors s'écoute très différemment de The Idiots Are Winning. Nettement plus comme un voyage psyché que comme un manifeste technique. Dans quel état d'esprit l'as-tu conçu et que raconte-t-il ?
The Inheritors is a totally different listening experience than your previous record, more like a psychedelic journey than a technical manifesto. What state of mind were you in, what did you try to express? 

Je me suis surtout fait plaisir ! Je ne pense pas que ma musique exprime quelque chose de littéralement explicable, car la musique est plus large et plus vivante que les mots, ce n’est pas lui rendre service que de mettre des mots dessus.

I was enjoying myself mostly! i don't think my music expresses anything literally explainable, because music is wider and more vivid than words, trying to put words on it does it a disservice.

Ton travail est centré sur du matériel analogique. Est-ce une façon pour toi d'humaniser tes compositions et de trancher avec les techniques digitales ?
Your work revolves around the use of analog gear. Is it a way to humanize your compositions and to separate from the digital techniques?

C’est un moyen, l’analogique te force à enregistrer les choses dans l’instant, à faire des prises live et à rouler avec, mais ce qui est amusant c’est que le numérique - max/msp, etc. - est tout aussi important que l’analogique pour faire sonner la musique de manière « humaine », modeler avec précision les sortes d’erreurs de timing que peuvent faire les musiciens live par exemple. Je ne voulais certainement pas faire un disque qui sonnait comme la musique moderne des autres.

It's one way - analogue forces you to record in the moment, to make live takes and run with them, but amusingly the digital stuff - max/msp etc - is as important as the analogue gear in making the music 'human' - accurately modelling the sort of timing errors that human players make, for example. i certainly didn't want to make a record that sounded like everyone else's modern music.. 

Peut-on encore qualifier ton travail de techno ? Finalement tu es plus auteur/compositeur que simple producteur.
Can we still qualify your work as techno? After all you're more of an author/composer than a simple producer. 

Ça ne me dérange pas que tu le fasses ou non, c’est juste un mot, qui a aujourd’hui perdu presque toute sa signification.

I don't mind whether you do or don't: just a word - one with very little meaning left now...

Même si on se doute que tu avais des visées très Kosmische, quelles sont tes influences vis-a-vis de The Inheritors?
Even if we feel the Kosmische influence, what were your inspirations for The Inheritors

Toutes sortes de musiques folkloriques, de Bartók aux chants des chasseurs maliens à Heiroglyphic Being... et Tony Conrad.

All the different kinds of folk music (ie everything from bartók to malian hunters' songs to heiroglyphic being...) and tony conrad.

Parle-nous du morceau The Caterpillar's Intervention et de ce travail avec Étienne Jaumet...
Tell us about the track The Caterpillar's Intervention and the collaboration with Étienne Jaumet...

Ce titre a failli ne pas figurer sur le LP, j’avais ma partie et ça ne fonctionnait pas vraiment, donc juste pour essayer, je l’ai envoyé à Étienne. Je lui avais expliqué l’une des idées de l’album, d’avoir de la multiplicité partout, plusieurs prises de tout superposées, et il est parti là-dessus et m’a envoyé 10 pistes de sax empilées par-dessus ma démo. C’est un génie de l’improvisation, à partir de là c’était facile.

This song almost didn't make the lp - i had my half and it didn't quite work, then just to try it i thought i'd send it to étienne. i explained one of the ideas of the album - of having multiplicity everywhere - several takes of everything all layered up, and he took that and ran with it - sending me back 10 channels of sax takes over the top of my demo. he's a genius at improvisation so from there it was easy.

James Holden - Renata

Les singles de Gone FeralRenata et The Illuminators mettent en relief les multiples facettes de ton travail, soit par un remix, soit par une version studio différente. Est-ce dire que tu hésites encore sur les versions choisies pour l'album ?  Quel est l'intérêt pour toi d'une telle déclinaison ?
The singles Gone FeralRenata and The Illuminators either through a remix or a different studio version show the multiple aspects of your work. Does it mean that you're still hesitating with the versions picked for the album. What interest do you have in such variations? 

Ah non, les versions album ont toujours été les versions album, mais lorsque tu termines une chanson, tu te rends compte que tu aurais pu lui faire prendre une différente tournure, modifiée et vue sous un autre angle. Et en tant que DJ, j’aime avoir des outils avec lesquels m’amuser.

Ah no - the album versions were always the album versions, but with all songs as you finish them you become aware that they could've turned out different, they could be turned over and seen from another angle. and as a dj i like to have tools like that to play with...

Steve Moore a sans doute fait l'un des plus beaux remixes de Renata sous le patronyme de Zombi. Il est aussi à l'origine d'un remix de Mogwai épatant. Est-ce ton seul lien avec Mogwai ?
Steve Moore probably did one of the most beautiful Renata remix under the name Zombi. He's also responsible for an incredible Mogwai remix. Is it your only link with Mogwai?

J’étais un fan de Mogwai bien avant que je sorte mon premier disque, et je ne compte plus le nombre de fois où je les ai vus jouer. J’ai les ai aussi remixés, c’était fun (écouter).

I've been a mogwai fan since before my first record came out, and we've seen them play more times than i can count. i remixed mogwai too, that was fun.

Comment as-tu imaginé la transcription scénique de The Inheritors ?
How did you imagine the live show version of The Inheritors

Au départ je pensais que c’était impossible, que c'était un album trop compliqué à réassembler live. Mais lorsque Thom Yorke m’a demandé si je voulais faire la première partie d'Atoms For Peace, j’y ai repensé... Pour moi c’est important que ça soit une vraie performance - pas question de proposer un concert laptop et d’appuyer sur des boutons pour avoir l’air occupé. Il fallait de la place à l’improvisation avec une possibilité d’échec complet. Les concerts qui m’ont le plus excité ces dernières années étaient surtout des concerts de musiques improvisées, du jazz à rocketnumbernine en passant par Tony Conrad. Ma musique est créée de manière improvisée, c’était donc la seule façon  de faire pour lui rester fidèle.

Initially i thought it was impossible - too complicated a record to reassemble live. but when thom yorke asked if i wanted to support atoms for peace i rethought it.. to me it's important that it's a real performance - no question of it being a 'press space to play/look busy' laptop show - with space for improvisation and the possibility of total failure. the live shows i've been most excited by in the last years have all been mostly improvisational music - from jazz to rocketnumbernine to tony conrad, and my music is created in an improvised way, so that seemed the only way to do it and stay true to what it is.

Border Community a 10 ans. Avec un peu de recul, comment juges-tu le travail accompli ?
Border Community is 10 years old. When you look back how do you evaluate what has been accomplished?

Comme avec tout ce qui a 10 ans, il y a les bons et les mauvais moments. Je suis heureux de certaines carrières que l’on a pu faire débuter, c’est agréable de voir des gens que j’aime réussir et changer le monde. De même avec certaines soirées et certaines personnes que l’on a pu rencontrer.

With anything 10 years old there are good bits and bad bits... I'm happy at some of the careers we've started, watching people i like do well / change the world is nice. and some of the parties, and the people we've met.

Par le biais de ton activité au sein de Border Community, comment juges-tu l'évolution de la musique électronique ?
Through Border Community what's your opinion on the evolution of electronic music? 

Je ne sais pas si j’ai encore une opinion ou même de l’intérêt pour ça. Le basique, le moyen, je ne pense que ça évolue, ça tourne en rond, une illusion de nouveauté pour pousser les ventes plutôt qu’un projet authentique. Celui-ci a tendance à exclure le consommateur peu impliqué. Donc en dix ans j’ai appris que le mainstream ne m’intéressait pas.

I'm not sure i have an opinion/care anymore. the middle, the average, i don't think is evolving, just circling: the appearance of newness in order to drive sales, rather than any genuine progress (as that largely alienates unengaged consumers). and so in ten years i've learned that i'm not interested in the middle...

Dans une récente interview, j'ai lu que tu étais plus intéressé par les marges, les précurseurs non reconnus, que par la masse. Tu peux poursuivre et nous donner quelques exemples ?  
In a recent interview I read that you were more interested about the outsiders, the obscure and unknown forefathers than the masses. Could you elaborate and give us a few exemples?

Je crois que j’ai emprunté cette pensée à Julian Cope, ça m’est venu à l’esprit après avoir lu Krautrocksampler. Ce bouquin serait une bonne réponse à cette question.

I think i might've stolen that thought off julian cope - came into my head after reading krautrocksampler. that book would be a good answer to this question.

T'écoutes quoi en ce moment ?
What are you listening to at the moment?

En ce moment même, Ligeti - Aventures pour 3 voix et 7 instruments. Ça semble perturber mon chien.

Right now: ligeti - adventures, for 3 voices and 7 instruments. My dog seems puzzled by it...

Traduction : Alexandre P.

Audio

Tracklisting

James Holden - The Inheritors (Border Community, 17 juin 2013)

01. Rannoch Dawn
02. A Circle Inside a Circle Inside
03. Renata
04. The Caterpillar’s Intervention
05. Sky Burial
06. Illuminations
07. Inter-City 125
08. Delabole
09. Seven Stars
10. Gone Feral
11. The Inheritors
12. Circle Of Fifths
13. Some Respite
14. Blackpool Late Eighties
15. Self-Playing Schmaltz

James Holden - Gone Feral  (Border Community, avril 2013) 

01. Gone Feral
02. Gone Feral (Drumtool)
03. Gone Feral (Synthtool)

James Holden - Renata (Border Community, juin 2013)

01. Renata
02. Renata (Daphni Remix)
03. Renata (Steve Moore Remix)

James Holden - The Illunminations  (Border Community, août 2013) 

01. The Illuminations (12" Version)
02. The Illuminations (Drumsolo)
03. The Illuminations (Arpsolo)

James Holden - Circle Of Fifths (Border Community, novembre 2013) 

01. Circle Of Fifths (Tool)
02. Circle Of Fifths (Dub)
03. Circle Of Fifths (Gibbersolo)

Mix


James Holden - Gone Feral

James Holden, initiateur et pierre angulaire du "son" Border Community (Nathan Fake, Fairmont, Luke Abbott, Ricardo Tobar...), est muet discographiquement depuis 2010 et le EP Triangle Folds sur Studio !K7. Son seul et unique LP, The Idiots Are Winning (Border Community), datant de 2006, c'est dire si l'annonce faite aujourd'hui par le collectif techno de la parution de son successeur, The Inheritors, le 17 juin prochain - faisant référence au livre du même nom de l'auteur postmoderniste William Golding -, ravira la kyrielle de fans du producteur house anglais disséminés aux quatre coins du globe. En plus de ceux d'Etienne Jaumet prennant part avec son saxophone à l'un des morceaux du disque (The Caterpillar’s Intervention). Gone Feral, premier extrait dudit album, sortira quant à lui en EP 12" le 8 avril, affublé d'une paire de remixes, tandis que James Holden sera à l'affiche du festival Kill Your Pop (concours), du 10 au 14 avril. Oui, GOD IS BACK.

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