Focus Berlin Atonal 2017 : Pessimist, l'interview

Premier focus sur cette nouvelle édition du festival Atonal qui, comme à l’accoutumée, risque fort de vous scotcher les cinq sens. Et dans un premier temps, on a tenu à s’entretenir avec Kristian Jabs, jeune musicien anglais pas loin de la trentaine qui, à une certaine échelle, est en train de révolutionner la techno telle que nous la connaissons. Originaire de Bristol, cet artiste plus connu sous le pseudonyme de Pessimist s’est forgé une solide réputation d’entertainer grâce à ses dj-sets racés et noirâtres, mais c’est pourtant avec ses productions qu’il séduit le plus grand nombre. Qu’il le reconnaisse ou non, sa musique emprunte au bagage historique musical de la ville dont il est issu, mêlant à la fois trip-hop, drum'n'bass et indus au gré de productions savamment sauvages et hypnotiques. La musique de Pessimist est de loin la plus représentative de la cité brumeuse du nord de l’Angleterre, passant du gris au noir de jais en une fraction de seconde et alimentant nos cauchemars d’une rythmique battant à 120 BPM. La sortie de son prochain album sur Blackest Ever Black devrait confirmer son statut d’icône et définitivement sortir ce diamant brut resté trop longtemps dans l’underground.

Hello Kristian, peux-tu nous raconter comment tu es tombé dans la musique ?
Hello Kristian, can you tell us how you got into the music?

Salut. En fait, depuis très tôt, j'ai toujours été intéressé par la musique : j'ai joué de la guitare et de la basse, puis, à l'âge de 15 ans, je me suis mis au logiciel Reason que j'utilise toujours à ce jour. Je suppose que c'était inévitable, la musique est mon principal objectif et intérêt dans la vie et je crois avoir compris cela déjà très jeune.

Hello. Well, from a young age I was always interested in music, I played guitar & bass guitar and then eventually when I was 15 I had a go on Reason, the software I still use til this day. I guess it was inevitable that I’d keep at it, music is my main focus and interest in life and I think I understood that since I was very young.

Ta musique a énormément évoluée depuis tes premiers EPs. Penses-tu qu’il t’ait fallu un certain temps pour te forger cette identité aujourd’hui reconnaissable entre toutes ?
Your music has evolved a lot since your first EPs. Do you think that it took you a while to create this identity that is today so unique ?

Je suppose. Comme mentionné précédemment, j'ai débuté très jeune en commençant à être publié sur des labels en 2010, je devais avoir 18 ans. Je pense qu'il est assez difficile d'avoir une identité très particulière à cet âge. Parfois, je réécoute certaines prods et je me dis : Jésus ! ça sonne comme de la merde. Cela dit, j'ai toujours concentré ma musique sur la percussion, cela n'a jamais changé, je me suis toujours penché vers certains processus qui ont donné à ma musique ce « son », c'est-à-dire l'utilisation intensive de reverbs et delays pour donner une sensation plus organique. Beaucoup de drum & bass manquaient de ça à ce moment-là et c’est encore souvent le cas aujourd'hui, les gens pensent que tout le monde veut entendre des sons de batteries semblant être enregistrés dans une chambre anéchoïque, sans écho. Cela m'énerve toujours.
Si tu te réfères au track The Mantra, il n'a été diffusée qu'en 2014 alors que j'avais fait ce morceau avec un de mes amis en 2011. Je pense que c'était le moment où je me suis senti vraiment moi, celui qui a marqué mon identité et a exposé le fil directeur, le son « ruffhouse » et tous les morceaux de Pessimist qui ont découlé également.

I guess so. As mentioned before I started from a young age, starting to release on labels in 2010, I must have been 18 years old. I think it’s quite hard to have a very particular identity at that age. I listen back to some of it and think, jesus, that sounds shite. That said, I’ve always focused my music on percussion, that’s never changed, I’ve also always leaned towards certain processes that’s given my music the ‘sound’ it has i.e the heavy use of reverbs and delays to give a more organic feel. A lot of drum & bass was lacking that at that time and most of it still does today, people think that everyone wants to hear drums that sound like they were recorded in an anechoic chamber. That still puzzles me.
I think if you refer back to the track
The Mantra although it was released in 2014, I actually made that track with a friend of mine back in 2011. I think that was the point where I felt I came into my own and really stamped my identity and set out the blueprint for what followed, the Ruffhouse sound and all the Pessimist tracks that followed too.

Tes mélodies oscillent entre trip-hop, drum’n’bass, musique industrielle, etc. Penses-tu que l’héritage musical de Bristol a eu une influence sur toi ?
Your melodies are a mix between trip-hop, drum'n'bass, industrial music, etc. Do you think that the musical heritage of Bristol has had an influence on you ?

Je suis Bristolien, et si vous êtes un Bristolien pas un fan de Massive Attack, Portishead, Tricky, etc. il y a quelque chose qui n'est pas tout à fait vrai. Cela dit, c'est toujours une grande influence pour moi. Je pense que le mélange des cultures et d'influences brille de façon quasi flagrante et ce qui m'a vraiment marqué là dedans a été l'obscurité omniprésente dans cette musique. J'adore la musique morose, ça colle parfaitement à Bristol. De toute évidence, Bristol a une riche histoire dans le milieu de la drum’n’bass, mais pour être complètement honnête, ce n'a pas été une si grande influence pour moi.
Je recommande à tout le monde de voir Bristol pendant qu'ils le peuvent encore parce que la gentrification la fait évoluer de jour en jour. Je me demande parfois si ces influences culturelles qui ont créé le son du trip-hop sont encore là. J'aurais préféré passer une nuit entière à The Dug Out plutôt qu’au Motion, de cette manière. Cela dit, ici l’innovation musicale est un gouffre, et je pense que cela ne changera jamais, ce n'est pas quelques promoteurs et certains lieux honteux qui vont changer ça !

I’m a Bristolian and if you’re a Bristolian and not a fan of Massive Attack, Portishead, Tricky, etc. there’s something not quite right. It’s always been a huge influence for me. I think that mixture of culture and influence shines through so blatantly and what really gripped me with the whole thing was the darkness of a lot of that music. I love music that’s moody, it just suits Bristol. Obviously Bristol has a rich heritage in drum’n’bass too but to be completely honest that wasn’t such a big influence for me.
I recommend anyone to see Bristol whilst they can because gentrification is changing it day by day. I sometimes wonder to myself whether these cultural influences that created the trip-hop sound are actually out there anymore. I’d much rather have spent a night down The Dug Out rather than Motion, put it that way. That said there’s an underbelly of innovative music here and I don’t think that will ever change, it’s just a shame promoters and venues aren’t getting behind it!

Pagans reste encore aujourd’hui l’une de tes plus belles réussites. Un condensé de noirceur mais très axé dancefloor. Y a-t-il certains disques, certains morceaux dont tu es le plus fier ? Qui ont marqué une étape dans ta carrière musicale ?
Pagans is still today one of your best achievements. A condensed darkness but very focused dancefloor. Are there some discs, some songs you're most proud of ? Who marked a step in your musical career?

Ouais, et bien Pagans m'a permis de montrer que je ne suis pas seulement l'un de ces types qui font différentes variantes de musique à 170 BPM. C'est drôle, dans une scène comme celle de la drum’n’bass, les gens commencent à se vexer quand ils n'ont pas les quatre pistes de leur EP au rythme qu'ils aiment alors qu'ils sont eux-mêmes DJ, ils se sentent floués, c'est vraiment une façon étrange d’envisager la musique.
Je pense que, comme mentionné précédemment, The Mantra a été une étape importante pour moi. En outre, la version UVB-76/Straight 9 était une déclaration. C'était nous (Ruffhouse) cimentant notre style et c'était presque un adieu à composition ensemble. Je pense que l'écriture de mon premier album doit être le moment dont je suis le plus fier. C'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire. J'ai toujours écouté des albums et, en tant que musicien, il était stupide que je ne le fasse pas. C'est un format où je peux vraiment m'exprimer et raconter une histoire. Je suis content de l'avoir fait quand je l'ai fait, pas trop tôt, mais aussi en le remettant pas à un moment où je ne pourrais pas revenir en arrière.

Yeah, well Pagans was me showing that I’m not just this guy who makes different variations of 170 bpm music. It’s funny, in a scene like drum’n’bass people start getting upset that they don’t have all 4 tracks of the EP at the tempo they like to DJ themselves, they feel cheated, that’s a really weird way of looking at music.
I think as mentioned earlier,
The Mantra was a milestone for me. Also the UVB-76/Straight 9’s release was a statement. That was us (Ruffhouse) really cementing our style and it was almost a farewell to us writing together. I think writing my first album has to be my most proud moment though. It’s something I always wanted to do, I’ve always listened to albums and as a musician it would be silly not to do it myself. It’s a format where I can really express myself and tell a story. I’m glad I did it when I did, not too soon but also not putting it off until some perfect moment that might never come.

Ton premier album est prévu ce mois-ci sur Blackest Ever Black. À quoi ressemblera-t-il ?  Quelle a été ta manière de l’aborder en comparaison à tes précédents travaux ?
Your first album is scheduled this month on Blackest Ever Black. What will it sound like? How did you concieve it compared to your previous works ?

Il est destiné d'être écouté du début à la fin, il n’est pas conçu pour piocher tel track comme on piocherait une cerise ou en choisissant quel morceau conviendrait à tel set. Toutes les pistes fonctionnent comme une seule unité, comme un film presque. Il est très froid, minimaliste et conduit par la rythmique.
C'est un album purement instinctif, il n'a fallu qu'un mois pour écrire des morceaux qui fonctionnent par eux-même, je voulais que mon premier album sonne de cette façon, naturel. Comme tous mes albums préférés, ils ont toujours une certaine rage, je n'aime pas quand c’est trop poli et sur-réfléchi. J'ai essayé de déverser beaucoup de mes influences tout au long de l'album et je pense que j'ai réussi à accomplir cela grâce à Kiran Sande, qui a rendu ça possible et m’a permis de me sentir à l'aise afin que cela vienne naturellement.

It’s intended to be listened to from start to finish and it’s not about cherry picking which track you like the most or which track could fit into your set. All the tracks work as a single unit, like a film almost. It’s very cold, minimalist and beat driven.
It’s a purely instinctive album, it only took a month to write the actual tracks themselves, I wanted my first album to sound that way, natural, like all my favorite albums, they always have a certain rawness, I don’t like super polished and over-thought music. I’ve tried to get across a lot of my influences throughout the album too and I think I’ve managed to accomplish that with thanks to Kiran Sande for allowing that and making me feel comfortable to do what comes naturally.

À la maison, tu écoutes quoi ?
What are you listening at home?

Des choses diverses, j'écoutais NTS récemment. Je n'écoute pas beaucoup de musique actuelle. Je travaille tellement à plein temps dans la musique pour la télé qu’il m’est parfois difficile de rentrer chez moi et d'être en mode PLUS DE MUSIQUE !

Various things, I’ve been listening to NTS a lot recently. I don’t listen to loads of current music though. I work full time in TV making music so sometimes it’s hard to get home and be like MORE MUSIC!

Tu es également reconnu pour être un DJ talentueux, qu’est-ce qui te procure le plus de plaisir  jouer en live ou en DJ set ?
You are also known as a talented DJ, what gives you the most pleasure to play live or DJ-set?

Je n'ai pas joué en live avant. Je souhaite le faire un jour mais ça ne fonctionne pas vraiment avec la manière dont je façonne ma musique en ce moment. J'aimerais bien penser que je préfère le live, quoique j'aie vu des sets live qui sont à la limite de la fraude, juste un gars qui jouait ses tracks sur Ablelton en ajoutant un filtre, c'était de la merde. Est-ce que c'est un live ou du djying ?

I haven’t played live before. I wish to do it someday but it doesn’t really work in conjunction with the way I write my music right now. I’d like to think I’d prefer live though. I have seen some ‘live’ sets that are verging on fraud though, just some guy playing his tracks on Ablelton but fiddling with a filter, it was shit. Is that live or djing?

On te retrouvera cet été au festival Atonal. À quoi ressemblera ton show ?
We will see you this summer at the Atonal festival. What will your show look like? Will you play your album?

Je suis trop pressé d’y être, je suis tellement heureux d'être choisi pour y jouer. Je vais jouer en DJ, terminer la scène scène Null. Avec le Berlin Atonal, il faut s'attendre à une variation par rapport à mon set habituel. Vous obtiendrez certainement la fureur de l'album et ce qui a contribué à l'influencer.

I can’t wait for that one, Im so happy to be picked to play there. I’m going to be DJ’ing, closing Stage Null and with it being Berlin Atonal expect some variation compared to a usual set of mine. You’ll definitely get a sneak into the album and what helped influence it.

Audio


Carla dal Forno - Fast Moving Cars

Concourant à propager l’idée que le road trip est une parenthèse aventureuse saine qui devrait être remboursée par la Sécu comme l’est la thalasso, Carla dal Forno, qu’on connaît pour ses œuvres expérimentales dans F INGERS et TARCAR à retrouver comme elle chez nos esthètes berlinois de Blackest Ever Black, profite de l’installation progressive du printemps pour souffler à nos oreilles échauffées une séduction lo-fi, qu’elle vient de mettre en images dans un clip préparant la sortie de l’EP le 29 avril prochain.

S’appliquant à ne pas trop s’éloigner de l’austérité de ses autres formations, l'Australienne se contente d’une construction épurée à l’extrême, de la ligne de basse minimale et hypnotique à la rythmique dub clairsemée, qu’elle tiédit de plages synthétiques douces dans une art-pop aux vocales alanguies. C’est un morceau de virée en caisse fenêtres ouvertes vers le premier lac non pollué du coin, paroles et musiques rendues inaudibles par la circulation et le vent, juste à se laisser aller à l’idée d’être, à l’exemple de Carla, le premier à piquer une tête. Vivement qu’il fasse chaud.

Carla se produira à l'Espace B le 23 juin prochain aux côtés de Liberation dans le cadre d'une soirée hartzine (Event FB).

Vidéo

Carla Dal Forno


Regis - Manbait

Dans la série Regis est un con, Regis sort une compilation… Annoncé comme un nouveau LP, Manbait n’est qu’une nouvelle compilation de morceaux ou plutôt de remixes d’artistes Blackest Ever Black, dont les tracks étaient essentiellement parus sur divers EP sur Blackest Ever Black pour finalement finir sur une compile étiquetée Blackest Ever Black… On avait un léger doute en chroniquant F Ingers, maintenant, on se demande vraiment si le label ne cherche pas à faire de l’argent pour de l’argent, tant cette compile pue le réchauffé... Mais cette fois-ci, tout n’est pas seulement à mettre sur le dos de la maison de disque. Penchons-nous un peu plus sur le cas Regis avant de nous attaquer à ce Manbait – ce qui je préfère vous le dire tout de suite, va être vite fait ! -  dernière sortie du label londonien qui nous a un temps pourtant tant fait rêver…

Karl O’Connor fait partie de ces artistes que l’on ne présente plus, musicien pluridisciplinaire, ex-tête émergente de Sandwell District, il a rhabillé la hard techno en compagnie de son comparse Anthony Child au sein de British Murder Boys, propulsé le post-punk dans d’autres sphères avec Sandra Electronics et Public Information Film ou encore donné un autre visage à la techno expérimentale avec Cub. Certes, le milieu électronique lui doit beaucoup. Mais devrions-nous tout excuser au nom du talent ? Car depuis la fin de Sandwell District, on ne peut pas dire que le producteur ait été chiche en sorties si ce n’est ce In a Syrian Tongue, éclair de génie, seule sortie originale en presque dix ans… Certes, son label Downwards ne s’est jamais aussi bien porté depuis cette pause, mais depuis quelques temps celui-ci survit également grâce à un concentré de rééditions et de remixes pêchés on ne sait où… Alors que le nom de Regis est sur toutes les lèvres, le mot artiste en est de moins en moins synonyme… Si son comparse David Sumner, même nettement moins brillant en solo, tient des propos peu élogieux quant à sa manière de travailler, Surgeon n’a jamais caché les raisons de ses querelles face à son génial mais paresseux alter-ego au sein de BMB, et que dire des paroles ouvertes de James Ruskin qui au moment de co-fonder Jealous God, confiait que « ce serait une nouvelle fois difficile de travailler avec Karl mais qu’il avait toutefois pris au sérieux John (Silent Servant) ». Regis est devenu équivalent de bankable, plus que de talent… Et cela, le musicien semble l’avoir compris. Or, plutôt que relever les défis, celui-ci semble se complaire à s’asseoir sur sa notoriété… Quel dommage.

Alors au final Manbait, c’est quoi ? Une compilation de remixes, ni plus ni moins… Une quinzaine de morceaux sortis ces cinq dernières années empilés à la chaîne et dans le désordre. Attention, on y trouve quand même quelques perles et pour celui qui n’a jamais entendu des morceaux tel que Blinding Horses ou les remixes de This Foundry pour Raime ou encore Loss pour Ike Yard, c’est du caviar. L’art du remix n’est pas totalement abstrait, et on ne va pas cracher dessus. Mais, il y a dans le fond cette impression de prendre le fan pour un âne… C’est même pas l’équivalent du coffret ultimate qu’on te pond tout les trente-six du mois, c’est un peu la compile carrefour de l’underground et c’est là où il y a foutage de gueule. Pas d’inédit, pas de valeur ajoutée, à part si vous n’avez jamais écouté aucun de ces morceaux (qui sont tous à porté sur YouTube), Manbait n’a pas grand intérêt. A l’heure où le net foisonne de trouvailles inestimables, cet énième album déçoit un peu plus. Le mec qui écoutait Regis il y a quinze ans risque fort de décrocher alors que le nouveau venu va tilter sur des mélodies déjà entendues. Alors oui, c’est un peu bête de taper sur Manbait comme un forcené, c’est comme kicker à la face d’un mec déjà à terre, mais en même temps c’est aussi la mauvaise note pour dire à un élève : « Mais où est passé ton putain de potentiel ? ».

Audio

Tracklist

Regis - Manbait (Blackest Ever Black, 2015)

01. Ike Yard – Loss (Regis Version)
02. Dalhous – He Was Human And Belonged With Humans (Regis Version)
03. Regis – Blood Witness (Original 12″ Mix)
04. Vatican Shadow – Church Of All Images (Regis Version)
05. Family Sex – Manbait (Regis Version)
06. Regis – Blinding Horses (Original 12” Mix)
07. CUB – C U 1
08. Regis – Blood Witness (Downwards Extended Version)
09. Tropic of Cancer – Plant Lilies At My Head (Alternate Version)
10. Regis – Blinding Horses (Turin Version)
11. Raime – This Foundry (Regis Version)
12. Regis – Blinding Horses (Stableboy Version)


F ingers - Hide Before Dinner

Abonné aux projets atypiques, que ce soit outre-Manche ou outre-Rhin, le label de Kiran Sande, fondateur du mag en ligne Fact, a su en peu de temps se créer une place de choix dans le cœur des fans de musiques hors étiquettes. On lui doit l’éclosion d’artistes comme Raime, Tropic of Cancer ou encore plus récemment la résurrection de William Bennett (ex-Whitehouse) sous le pseudo Cut Hands. Pourtant hormis quelques exceptions, les produits labélisés BEB ont bien du mal a atterrir dans nos bacs, hors biais de la voie import, on espère qu’il en sera autrement pour ce Hide Before Dinner, seconde production des australiens F Ingers, après le discretTrilogy, cassette de démo paru sur maison de disque londonienne en début d’année. Le trio composé de Carla Dal Forno, Sam Karmel et Taquin Manek s’étaient déjà essayé à l’exercice via NightPeople par le biais d’une cassette sobrement intitulé Broken Fingers en 2013. Se séparant temporairement de Sam Karmel, les deux comparses montent le très fréquentable groupe shoegaze Tarcar signé chez… Tiens tiens, Blackest EverBlack

Étrange introduction que ce Escape Into The Bushes, sonnant parfois comme du Angelo Badalamenti, immergeant l’auditeur dans un rêve éveillé où la douce moiteur d’un été indien donne l’impression d’un long voyage en voiture le long des collines tous feux éteints. Une révision discrète de la scène d’ouverture de Mullholand Drive, avec comme berçeuse cette voix qui nous happe autant qu’elle nous transperce. La couleur est annoncée, dream pop lancinante sur fond de perturbation aérienne. C’est d’ailleurs l’ambiance des deux prochains morceaux, Mum’s Caress After Trip – glauque nan ? – s’élance dans un registre très lo-fi, où les mélodies voluptueuses, presque lancinantes se voient sabotées par l’apparition de riffs stridents et parcourus de la voix spectrale d’une Carla Dal Forno autant détachée que hantée. Tantrum Time fait lui penser énormément penser au HTRK des débuts, ce côté passif-aggressif-transgressif ; cette mélodie obsédante, déchirante ; le fait que les deux formations soient originaires des mêmes bleds n’est peut-être pas si anodin. On passera plus rapidement sur le milieu de ce court album – sept tracks de quatre minutes en moyenne, ça fait un peu short – même si Useless Treasure laisse un petit goût de reviens-y. On pense notamment au groupe de San Diego, celui avec deux XX, cous voyez de qui je parle, petite perle expérimentale, mais qui trouve mal sa place dans ce maelstrom de curiosités musicales intrigantes et inquiétantes. Les choses poursuivent leur cours avec Under The House Hard To Breathe. Si en premier lieu, on se demande où le groupe va chercher le nom de ses tracks, on se dit par la suite que le titre a été parfaitement choisi tant le morceau est anxiogène. Il aurait néanmoins pu gagner en pression avec quelques BPM supplémentaires, mais il faut quand même avouer que l’orgue fait son petit effet et que la voix suppliante de Carla Dal Forno suffisent à créer un sentiment d’inquiétude tout à fait palpable. Le LP se clôt sur une balade mélancolique dont les inspirations sont à lorgner du côté de The Cure époque Faith, même la ligne de guitare porte les stigmates du jeu de Robert Smith, là on dit tout bon !

Au final, Hide For Dinner est empreint d’un certain caractère, loin d’être déplaisant, bien au contraire… Mais comme tous ces albums marqués par la nostalgie, la douleur et un brin fantomatique, il ne va pas assez loin pour se démarquer de la masse. Là où certains y trouveront une révélation, d’autres y rencontreront une déception. C’est bien dommage, et on espère retrouver ce trio parfois magnifiquement inspiré, la prochaine fois tout au long d’un disque.

Vidéo

Tracklist

F ingers - Hide Before Dinner (Blackest Ever Black, 30 août 2015)

01. Escape Into Bushes
02. Mum's Caress After Trip
03. Tantrum Time
04. Blissfull Cubby House
05. Useless Treasure
06. Under The House Hard To Breathe
07. Hide Before Dinner


Barnett + Coloccia - Rose Eye

Barnett + Coloccia

Faith Coloccia - échappée de Mamiffer qu'elle avoine avec son musicien de mari Aaron Turner, par ailleurs membre d'Isis - et Alex Barnett ont sorti ensemble avec le LP Weld le 15 juin dernier via l'inévitable Blackest Ever Black l'un des plus beaux disques qu'il nous sera donner d'écouter en plein cœur des nuits chaudes de l'été. Seconde collaboration sous le limpide et mathématique patronyme Barnett + Coloccia, après un premier coup d'essai en 2013 avec un Retrieval à la tonalité nettement plus drone, Weld s'entiche de nos oreilles avec une splendeur spectrale aux multiples résonances tourbillonnantes et aux milles cliquetis feutrés. Véritable oeuvre s'effilant en apesanteur et s'accommodant des silences, sans quoi la musique n'est rien, Weld recèle de trésors power-ambient qu'on ne saurait départager entre A.M. Horizon et Agate Cross. Et si l'on a récemment tracklisté Truth Teller (écouter), la vidéo de Rose Eye réalisée par Alex Barnett lui-même ne sous-tend pas d'autres images que cette caresse noctambule, effleurant du bout des doigts la beauté d'un corps dénudé dans l'obscurité.

Vidéo

Tracklisting

Barnett + Coloccia - Weld (Blackest Ever Black, 15 juin 2015)

A1. Truth Teller
A2. Dreamsnake
A3. Healer
A4. Blight
B1. A.M. Horizon
B2. Rose Eye
B3. Agate Cross
B4. Ash Grove


Regis – Blood Witness

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On a pris l'information dans en pleine gueule comme tout le monde hier soir : Karl O’Connor aka Regis va sortir le 18 septembre prochain sur Blackest Ever Black une collection de morceaux et remixes intitulée Manbait. Un tracklisting imposant, avec des relectures signées Raime, Vatican Shadow, Ike Yard ou Dalhous, des versions alternatives de ses projets d'alors, tels Family Sex ou Tropic of Cancer - auquel il a participé au tout début -, et on s'en doute quelques pistes inédites dont la version pénétrante d'un Blood Witness en écoute ci-après et présente sur son tout premier 12" In A Syrian Tongue via l'impeccable structure menée d'une main de maître par Kiran Sande. Le fondateur de Downwards, partie du mythique Sandwell District et moitié avec Surgeon et ses beaux t-shirts de British Murder Boys (lire) - oui et le mec a en plus une vie privée puisqu'il fricote avec une sympathique américaine - va donc faire un peu plus que saucer notre rentrée. Et puisqu'il y a là l'occasion de faire compliqué quand on peut faire simple, on a tout l'été pour jouer au jeu des sept différences entre la version CD et celle vinyle. Voilà voilà.

Audio

Tracklisting

Regis – Manbait (Blackest Ever Black, 18 septembre 2015)

CD

01. Ike Yard - Loss (Regis Version)
02. Dalhous - He Was Human And Belonged With Humans (Regis Version)
03. Regis - Blood Witness (Original 12" Mix)
04. Vatican Shadow - Church Of All Images (Regis Version)
05. Family Sex - Manbait (Regis Version)
06. Regis - Blinding Horses (Original 12” Mix)
07. CUB - C U 1
08. Regis - Blood Witness (Downwards Extended Version)
09. Tropic of Cancer - Plant Lilies At My Head (Alternate Version)
10. Regis - Blinding Horses (Turin Version)
11. Raime - This Foundry (Regis Version)
12. Regis - Blinding Horses (Stableboy Version)

LP

A1. Ike Yard - Loss (Regis Version)
A2. Dalhous - He Was Human And Belonged With Humans (Regis Version)
B1. Vatican Shadow - Church Of All Images (Regis Version)
B2. Family Sex - Manbait (Regis Version)
C1. Regis - Blood Witness (Original 12" Version)
C2. CUB - C U 1
D1. Raime - This Foundry (Regis Version)
D2. Tropic of Cancer - Plant Lilies At My Head (Alternate Version)


Tarcar - Eija

I Can’t Give You The Life You WantS'il fallait ériger une statue au Londonien Kiran Sande, ex-membre de FACT Magazine et fondateur en 2010 de Blackest Ever Black, le rythme actuel des sorties du label nous y conduirait les yeux fermés. De l'ultime Cut Hands (lire) au dernier Bremen (lire), en passant par les plus ou moins récents Tropic of Cancer (lire), Dalhous ou Black Rain (lire), difficile de triturer plus adroitement les abîmes de l'âme doté d'une électronique le plus souvent mélancolique et pessimiste. Et le rythme n'est pas prêt de s'étioler avec les annonces quasi concomitantes des prochains Shampoo Boy, Exploring Jezebel - aka Dominick Fernow - et Felix K., en plus d'un album enregistré live du trio expérimental français composé de Jac Berrocal, David Fenech and Vincent Epplay. Dans ce contexte, la parution en juin d'une compilation instiguée de concert avec le célèbre disquaire Mount Analog et dédiée à la topographie réelle ou imaginée de Los Angeles fait figure de cerise sur le gateau. Une belle cerise d'ailleurs, loin de l'inutilité rance le plus souvent dévolue à l'exercice du genre. Dénombrant les participations de Camella Lobo avec Tropic of Cancer et de Veronica Vasicka au sein du projet 500 Stamps partagé avec Donnelle McCarry et Jorge doCouto, en plus de celles de Barnett + Coloccia, d'Exploring Jezebel, de Cut Hands, de Bremen et de quelques autres curiosités tel Infrastructure Zero, récurent d'Hospital Productions, I Can’t Give You The Life You Want, luxueusement édité à cinq cent exemplaires, est fatalement déstiné à être trop vite épuisé. Tarcar, réunion cryptique de Carla dal Forno et Tarquin Manek - qui signe par ailleurs un morceau en solitaire sur ladite compilation - sur l’autel d’une pop élégiaque et expérimentale, donne ici une suite avec le statique mais infiniment beau morceau Eija, à écouter ci-après, à son inaugural Mince Glace EP (lire) paru en décembre 2014.

Audio

Tracklisting

V.A. - I Can’t Give You The Life You Want (Blackest Ever Black & Mount Analog, Juin 2015)

A1. Tropic of Cancer - I Woke Up And The Storm Was Over
A2. Tarquin Manek - Not Missing You
A3. Dalhous - Acceptance Is Reality
A4. 500 Stamps - Relics Of Victory
A5. Infrastructure Zero - Messiah Police
B1. Bremen - Eclipsed
B2. Exploring Jezebel - Burberry Boy
B3. Cut Hands - Festival Of The Dead Ondo
B4. Barnett + Coloccia - Tracker
B5. Tarcar - Eija
B6. Secret Boyfriend - Singleminded


December - In Advance Of The Broken Arm / Collapse

DECEMBER - BLACKEST EVER BLACKSi Tomas More n'est pas né de la dernière pluie - avec notamment des maxis bien tapés sur Correspondant, Items & Things et Get The Curse - , celui que l'on avait interviewé il y a déjà presque cinq ans (lire) se pare dès à présent du patronyme de December pour saucer les dancefloor interlopes, side-project avec qui on a déjà eu l'occasion de faire connaissance via la cassette Where To Now ? dropée en août de l'année passée. Ayant récemment inauguré avec le 7" In Advance Of The Broken Arm / Collapse la série A14-01 de l'excellentissime label instigué par Kiran Sande dédiée à une techno éminemment malsaine, le Parisien dégoise par ce biais deux morceaux bien troussés, à mi-chemin des ambiances glauques de Shifted et de ce celles mutantes de Beau Wanzer, et ce, sans oublier un clin d’œil plus qu'appuyé à Marcel Duchamp de par le titre du premier d'entre-eux. Mets ta capuche putain.

Audio

Tracklisting

December - In Advance Of The Broken Arm / Collapse (, 2014)

01. In Advance Of The Broken Arm
02. Collapse


Black Rain l'interview

Black Rain - Dark PoolAnticiper le futur proche est l'une des méthodes du roman - et par extension du septième art par l'adaptation - pour traiter du présent et mettre en perspective notamment ses déviances. Ainsi est né le courant cyber-punk - dont William Gibson fait figure de daron avec l'oeuvre canonique du genre Neuromancer(1984) - produit d'une violente collision entre technologie et radicalité musicale, entrecroisant cybernétique et dystopie dans un même élan cathartique. Au travers de ses ouvrages, Gibson pressent dès le début des années quatre-vingt le développement hypertrophique d'internet et ses formidables potentialités de contrôle humain et social qu'il induit. A l'heure où certains états Américains ou Européens (l'Estonie en 2015) abandonnent l’écriture manuscrite au profit de la saisie sur clavier et où se développe un apprentissage de la programmation informatique dès l’école primaire au détriment de l’écriture cursive, difficile de ne pas toucher du doigt l'acuité de ces écrits et le profond pessimisme qu'ils recèlent : programmer ou être programmé, telle est devenue la question. Et si Neuromancer est l'une des arlésiennes les plus connues du cinéma d'anticipation - bien que le réalisateur canadien Vincenzo Natali, à qui l'on doit Cube et Nothing, est censé en pondre une adaptation - ; nombre sont les films du genre à avoir connu une transcription sur grand écran par un grand nom d'Hollywood. On pense évidemment à Total Recall ou Robocop de Paul Verhoeven, à Blade Runner de Ridley Scott ou encore à la trilogie Matrix des frères Wachowski. Mais Johnny Mnemonic (1995) du touche-à-tout Robert Longo - mise en images du roman du même nom de William Gibson avec à la distribution Keanu Reeves, Henry Rollins, Ice-T et Takeshi Kitano - se pose lui aussi, malgré son échec critique et commercial retentissant, comme l'un des films références de la mouvance sci-fi cyberpunk. Alors que Christophe Lambert est le challenger de Longo pour le premier rôle - celui-ci préférant finalement se consacrer au tournage de Mortal Kombat  - , un autre premier choix, plus discret, se fait débarquer du projet : Stuart Argabright, épaulé de son acolyte japonnais Shinichi Shimokawa, sont remerciés à l'amiable s'agissant de la bande-son, pourtant déjà bien avancée. Stuart Argabright, oui, l'homme aux vies multiples, toujours sur la brèche de l'avant-garde. A la fois pionnier du post-punk US avec Ike Yard, et un album éponyme en 1982, culte et paru par l’entremise de Factory America - branche éphémère de Factory Records - (lire), et du hip hop avec Death Comet Crew, et plusieurs EP dont l'inaugural At The Marble Bar en 1985 sur Beggars Banquet, le New-Yorkais a, de par ses explorations électroniques et sa proximité avec le milieu du cinéma, très tôt composé des bandes originales, à mille lieux de l'entreprise d’uniformisation Hollywoodienne instigué par le compositeur Hans Zimmer et sa tentaculaire entreprise Media Ventures. Jetant les bases, par ce biais, d'une techno froide, industrielle et cisaillée d'influences punk, les créations de Stuart Argabright et Shinichi Shimokawa sous le patronyme de Black Rain préfigurent dans les grandes largeurs aussi bien le Sandwell District de Karl O' Connor (Regis) et David Sumner (Function), que les projets Surgeon d'Anthony Child ou Prurient et Vatican Shadow de Dominick Fernow, qui, comme Black Rain, squatte les sillons du label de Kiran Sande, Blackest Ever Black. Après le LP Now I'm Just A Number: Soundtracks 1994-95 en 2012 et le EP Protoplasm en 2013 de Black Rain, c'est précisément la précitée bande originale non-retenue par Sony de Johnny Mnemonic, revisitée et reformatée avec l'aide d'Oliver Chapoy, que la structure londonienne vient de sortir en août dernier affublée du titre Dark Pool. Et tandis que se trame un nouvel album d'Ike Yard, et d'autres rééditions de Black Rain, revues et augmentées sur Blackest Ever Black mais aussi sur Desire Records - déjà terre d’accueil du LP Nord d'Ike Yard en 2011 et d'une palanquée de maxis - , Stuart Argabright présentera Dark Pool demain à l'Espace B, avec Orphan Swords en première partie (Event FB). On en a profité pour rencontrer cet homme pressé, pressé d'explorer et pressé d'enquiller les projets, qui a pris le temps de nous répondre.

Entretien avec Stuart Argabright

Black Rain credit Jane Chardiet
Comment est né le projet Black Rain ?
How was born the Black Rain project?

En 1986, Death Comet Crew avait sorti un second EP - une reprise de Mystic Eyes et Death Comet Drive en 12" sur J-Mark Elektra - avec un son différent des débuts hip hop. Pas grand monde en a entendu parler car le label a mis la clef sous la porte juste après la sortie. On a continué à jammer dans cette seconde phase plus rock à base de machines, mais aucun label ne nous a approché. Nous faisions tous différentes choses, du coup le noyau n'a pas tenu. En revanche, j'ai très vite ressenti le besoin de former un nouveau groupe au son plus dur et j'ai commencé me rapprocher de Shin (Shinichi Shimokawa - bassiste, guitariste, compositeur, ingénieur et partenaire de production dans Death Comet Crew & Black Rain) pour faire quelque chose de nouveau.

By 1986, Death Comet Crew had released a second EP ( "Mystic Eyes" cover v / "Death Comet Drive" 12" on J - Mark Elektra ) with a different sound from the earlier hiphop /riphop . Not many heard it as the label went bust right after release, so no one knows about it. We continued jamming in this second, more 'machine rock' phase - but  another label did not appear for us , we were all doing different things and the center did not hold. Soon though, i felt a need to form a new group with a harder sound and began talking to Shin ( Shinichi Shimokawa - bassist, guitarist , composer , engineer & coproducing partner in DCC & BR ) about doing something new.

Quel était le but de ton travail avec Shinichi Shimokawa et quelles étaient vos principales influences ?
What was the purpose of your work with Shinichi Shimokawa and which were the influences?

J'ai rencontré Shin en 1983, en rentrant d'un séjour à Berlin Ouest. Je l'ai aidé à produire un groupe dans lequel il était. Impressionné par son jeu et ses idées, je suis resté en contact et je l'ai alpagué pour Black Rain une fois Death Comet Crew terminé. Je venais du punk et de l'électronique et je venais de terminer les démos pour The Dominatrix Sleeps Tonight. Shin était un bon bassiste avec des compétences que je n'avais pas et nous étions également devenus bons amis. Il a amené son jeu funky et solide et une bonne connaissance des riffs et ambiances rock/post-rock. Il pouvait passer de la guitare au clavier selon les besoins.

I had met Shin in 1983 after returning from W Berlin stay and helped produce a group he was in. Impressed with his playing and ideas,  i stayed in touch and i grabbed him for BR when DCC was done. I was coming from punk and electronic, also had just done demo for "The Dominatrix Sleeps Tonight". Shin was a good bass player and had skills  i did not have and we had also become good friends. He brought his solid , funky playing and a good knowledge of rock / post rock riffs, moods and could switch to guitar or keyboards as needed.

Après Ike Yard et Death Comet Krew, Black Rain était pour toi une étape logique dans ta recherche musicale ?
After Ike Yard and Death Comet Krew, Black Rain was for you a natural stage in your musical research?

Oui, Ike Yard, Dominatrix, Death Comet Crew, The Voodooists, sont toutes des idées qui se sont réalisées et qui ont été exploitées au maximum. The Voodooists était plus un "projet" qui n'a jamais donné de live mais qui m'a permis à la même époque de me mettre au multimédia : après avoir fait un clip sans budget, nous avons été appelé pour faire la bande son d'un Laser Disc (Video Voudou LD sur Ask / Kodansha / Toshiba / EMI, 1992). Black Rain a été monté pour opérer entre le "punk", l'industriel et le post industriel. Je lisais beaucoup et absorbait beaucoup de Sci Fi et Black Rain est devenu le lieu idéal pour les idées futuristes, presque comme un carnet de croquis pour des impulsions cyber et la réalisation de films de SF. Avec le temps nous avons trouvé des musiciens pour se joindre à nous, Bones à la basse puis Thom Furtado à la batterie. Ces enregistrements des premières années pourraient voir le jour sur Desire en 2015...

Yes. IY, Dominatrix, DCC, The Voodooists were all ideas that got fullfilled, worked out w Voodooists being the one that was a 'project' and never did live performance. Same time, I was able to get into multimedia as The Voods did a no budget music video, were asked to soundtrack a Laser Disc ( "Video Voudou" LD on Ask / Kodansha / Toshiba / EMI 1992 ). BR was formed to operate between street ,  'punk', Industrial and post industrial modes. Avidly reading, absorbing Sci Fi as i was, BR became the home of futuristic ideas and almost like a sketchbook for cyber impulses and Sci Fi Movie making. Over time, we found more musicians to join up, Bones on bass and eventually, Thom Furtado on drums. These 'early years' recordings may very well be released on Desire in 2015...

Dark Pool est la bande originale non retenue par le réalisateur de Johnny Mnemonic. Peux-tu nous raconter les circonstances de cette commande et décrire quelles étaient tes intentions ?
Dark Pool is the sound track non-held by the director of the movie Johnny Mnemonic. Can you tell us the circumstances of the command and describe us your intention at that time?

J'étais depuis 1984 le directeur musical du réalisateur Robert Longo qui a puisé dans mes compétences et connections cyber et techniques à mesure que ses projets de performances prenaient de l'ampleur. Longo et Gibson (respectivement réalisateur et scénariste de Johnny Mnemonic ndlr) ont tous les deux demandé notre bande son. Black Rain avait d'ailleurs été demandé par William Gibson pour travailler sur l'audiobook de Neuromancer, version anniversaire de 1999 (Warner) et ça s'était très bien passé.

A la base, j'avais travaillé avec Longo dans l'idée de faire un film de Gibson, de la pré-production et notes techniques à la production musicale et aux premiers edits, en plaçant la musique le long du film inachevé. En fin de course, Sony voulait un hit, étant donné que Keanu Reeves avait le vent en poupe avec Speed, et ils ont commencé à vouloir retirer notre bande-son originale pour y mettre les artistes Sony que j'avais déjà placé. On a donné notre accord pour être payés et retirés du projet - on a pas mal palpé ! - et on est passé à autre chose comme Now I'm just a number et Corpocyte. J'ai travaillé sur différents films de Gibson aussi bien avant qu'après Johnny Mnemonic.

Au final personne n'a vraiment rejeté la musique et les auteurs et réalisateurs sont restés des amis. Pour ces bandes-son, nous nous sommes concentrés sur l'idée de délivrer ce qui collerait au mieux à ce monde futuriste proche. Je pense que le résultat tient debout. Je ne sais pas si quiconque adaptera un jour Neuromancer. Comme Gibson l'a dit récemment, il y a eu beaucoup de tentatives, des départs, des quasi départs, donc dans un sens on peut l'imaginer sans qu'il existe vraiment.

I had been director Robert Longo's de facto music director since 1984 and he had tapped my cyber info & tech knowledge and connections as his own performance projects became larger and larger. Both Longo & Gibson asked for our soundtrack. BR had been asked by Gibson to work on the "Neuromancer" Audio Book Anniversary Version of 1994 (Time Warner) and that had gone very well.

I had worked w Longo from the inception of the idea of 'doing a Gibson movie' to the pre production and tech notes through to the music prod and first music edit ( placing music through the unfinished film ). In the very end, Sony felt they were going to have a hit - as Keanu Reeves had just been in "Speed" and was hot  - and they began asking about having our original score off the movie and the Sony Artists i place on the soundtrack ON the movie. We agreed to be ' bought out' - did pretty well thank you ! - and moved on doing new pieces like "Now, I'm Just A Number" and "Corpocyte". I had worked on various Gibson movie dev.'s both before "JM" and also after .

So - no one 'rejected' the music we did ! And the Director and the Author remained friends afterwards. For those soundtrack pieces, Shin and I were focused on delivering as near to 'exactly' the near future world the work demanded. I believe the results still stand up. Dunno if anyone will ever make a movie of "Neuromancer". As Gibson recently said there have been many attempts , starts, near starts so in some sense we can imagine it without it actually existing !

Black Rain 2

Pourquoi avoir décidé de le sortir sur Blackest Ever Black sous le nom de Dark Pool?
Why have you decide to take out it on Blackest Ever Black this year under the name of Dark Pool?

Après avoir ressorti Death Comet Crew, remonté le groupe et fait des concerts dans le monde entier, en plus de composer de nouveaux morceaux, et après avoir fait pareil avec Ike Yard, avec qui on bosse sur un nouvel album en ce moment même, Blackest Ever Black a sorti Soundtracks 1994-95. Etant donné le succès, je me suis simplement dit qu'il était temps de faire du nouveau Black Rain. J'ai toujours eu la chance de garder mes amis musiciens comme Shinichi, mais aussi Michael Diekmann (Ike Yard & Death Comet Crew), proches de moi. Il était donc facile de se reformer et de faire de la musique nouvelle vingt et quelques années plus tard.

Shin et moi avons travaillé sur des choses après les soundtracks pour Gibson et la sortie de deux albums sur Fifth Column Records1.0 en 95 et nanarchy en 96, et on a fini par avoir de quoi faire un autre album avant que Shin ne retourne au Japon en 1998. Pour des questions de budget, il était impossible de le faire venir en Europe ou aux US depuis Tokyo pour les concerts. Du coup le groupe est entré en sommeil après le dernier concert à NYC en 1997, quand on a bossé avec les guitaristes Satoru Ito de Toys (Tokyo), Ultra Bide (NYC) et Golden (Tokyo), et notre ami The Rammellzee. D'ailleurs, on a toujours des pistes enregistrées avec Rammellzee.

Après la sortie des soundtracks pour Gibson, Blackest Ever Black a ensuite sorti le EP du live Protoplasm en 2012 enregistré à Londres lors de la première tournée européenne de Black Rain. Je savais que je pouvais étirer des morceaux donc j'ai commencé à travailler sur Dark Pool. Après avoir été invité à collaborer avec Certain Creatures, dont le morceau Sparkle sur leur EP sorti sur Style Upon Styles en 2013, Oliver Chapoy est devenu le premier choix de co-producteur pour poursuivre l'évolution de ces pistes et des nouvelles qui ont composé l'album. Je suis très heureux du résultat et de sa réception jusqu'à présent.

Having reissued DCC, then reforming and playing dates worldwide and also making new music, then doing the same w Ike Yard ( new album in the works as we speak ), once BEB released the "...Soundtracks 1994- '95" and it did so well, I just thought that was the time to do some new Black Rain. I had always been lucky to keep my music friends like Shinichi Shimokawa ( DCC & BR ) and Michael Diekmann ( IY & DCC ) close so it was not so difficult to reform and also do new music 20 plus years later.

Shin and I had worked on music after the Gibson sdtks and released 2 Albums on Fifth Column Records ("1.0" in 1995 & "nanarchy" '96) and went on to create another record's worth of music before Shin went back to Japan 1998. Budget -wise , it was not possible to bring Shin from Tokyo for shows in Europe or US so the group went quiet after a last show in NYC 1997 or so where we worked with both guitarist Satoru Ito ( Toys ( Tokyo ) , Ultra Bide ( NYC ) , Golden ( Tokyo ) ) and our friend The Rammellzee. We still have a group of tracks we did w Rammellzee...

After the Gibson soundtracks got released , BEB then released the live "Protoplasm" EP in 2012 , recorded in London on BR's first Europe trip. I knew I could expand the tracks and so began work on Dark Pool. After being invited to collaborate w Certain Creatures  ( "Sparkle" on the Certain Creatures EP on Style Upon Styles 2013 ), CC's Oliver Chapoy became prime choice of a co producer to continue the evolution of the those tracks and the new ones that made up the Album. I am very happy with the Album and the response has been excellent so far.

Black Rain a beaucoup enregistré entre 91 et 96. As-tu d'autres projets du même type avec ce label ?
Black Rain made full of recordings between 91 and 96. Have you other projects of release with this label?

Pour la collection Now, I'm Just A Number : Soundtracks 1994 - 95 sur Blackest Ever Black, on a fait une sélection avec des titres de NeuromancerJohnny Mnemonic et des cuts. D'ici la fin d'année 2015, le label va sortir une édition augmentée de ces soundtracks. On a encore huit autres extraits de choisis donc la collection sera deux fois plus importante. On a aussi un autre projet qui combine musique et textes de l'auteur Evan Calder Williams avec une soundtrack mortelle qu'on est en train de pondre avec des artistes Blackest Ever Black et quelques autres grands noms. Et j'ai pas mal d'idées pour le prochain album de Black Rain, je vais travailler là-dessus en 2015.

For the BEB "Now, I'm Just A Number : Soundtracks 1994 - '95" collection we collected choice "Neuromancer" and "Johnny M" cuts and in fact, by end of 2015 BEB will be releasing an 'Expanded Edition" of these soundtracks. We have another 8 cuts chosen so the collection will become 2 X the size. Coming up there is also a project combining music & text by Author Evan Calder Williams with a super soundtrack we are pulling together w BEB Artists plus other notables. And i have a good deal of the next BR album in mind and will work on it in 2015...

As-tu l'impression d'avoir été des pionniers pour des gens comme Karl O' Connor or Anthony Child ?
Do you have the impression to have been a pioneer for people as Karl O' Connor or Anthony Child?

Je pense que Blackest Ever Black a créé une sorte de famille avec Karl, RAIME, Dominic de Vatican Shadow / Prurient et d'autres. Et nous avons utilisés certains des mêmes sons ce qui était marrant à la première écoute. Depuis que je les ai rencontré, je peux voir à quel point ce sont tous des artistes forts et il y a encore beaucoup à attendre ce cette famille/crew. J'ai toujours préféré la techno à tout autre style de musique club donc même lorsque je n'en faisais pas, j'en écoutais. J'ai eu envie d'en faire plus, ça sera de la tech/techno sur l'album que je vais faire en 2015.

I believe BEB had created a kind of family' including Karl, RAIME, Dom from Vatican Shadow/ Pruient and others. And we have used some sounds in common which was fun to hear the first time. Since meeting them , can see all are strong Artists and there is much more to come from this family / crew. I have always prefered 'techno' to other kinds of club music so even if I was not making it ,  i was listening to techno artists through the years and look forward to doing more, next generation 'tech' / 'techno' on my own Album which I will make in 2015.

Black Rain - Now I'm Just A Number Soundtracks 1994 95

Comment perçois-tu la techno qui se réfère à ton travail ?
How do you perceive this kind of techno which refers to your influence?

J'aime comment le punk - même si je ne pense pas que ça soit le bon terme pour qualifier ma musique - et même le hardcore - je parle de NYHC, le hardcore qui headbang - ont pénétrés ces musiques, tout comme la noise. C'est une époque inspirante qui fait le pont entre les générations. Ça me fait plaisir si les nouvelles générations sont inspirées ou influencées par mes anciens travaux et cherchent à travailler en tant qu'artistes de la nouvelle génération au gré de l'époque. L'EP de JBLA sur Desire sorti en 2014 était le fruit d'une collaboration avec des membres de Different Fountains et Midnightopera, de même pour les disques de Certain Creatures précédemment mentionnées et plus récemment la collaboration avec Orphan Swords sur leur titre Vassago. On échange nos idées par mail et on organise notre emplois du temps en fonction. Il y a deux autres collaborations très inventives de prévues pour 2015.

I like how 'punk' (i do not really believe 'punk' was the right, best naming of that music it came to represent) and even Hardcore (i'm talking about NY hardcore head banging h'core) have seeped into these contents , along w noise. That is an inspired moment that crosses generations. I am happy if younger generations are inspired or influenced by earlier works and have been seeking out other new gen Artists to work with as time goes on... So far the JBLA EP on Desire 2014 was one fruit of a running collab w members of Different Fountains and Midnightopera. Also the previously mentioned Certain Creatures record (fest. a wonderful Samuel Kerridge remix of "Sparkle") and most recently, the Orphan Swords collab on their track "Vassago" are all fruits of meetings, emails exchanging ideas and time schedules. Coming up for 2015 there are two more very imaginative collaborations to be released...

Qu'est-ce qui te fascine le plus désormais dans la création actuellement ?
What fascinates you most from now on in the current musical creation?

Je suis encore sur un nuage après avoir produit Dark Pool avec Oliver. C'était satisfaisant de concevoir les images, les scènes, les actions et les personnages qui peuplent Dark Pool et l'entendre ensuite complété avec exactement le son que je recherchais. J'ai également démarré la pré-production du prochain album et ça me rend heureux. J'ai prévu de poursuivre Black Rain pendant un moment. Avec un peu de chance Shin et Satoru pourront me rejoindre, surtout si l'on tourne au Japon en 2015. On a joué ensemble au Rural Fest à Niigata au Japon en juillet dernier dans ce grand rassemblement en extérieur qui a lieu dans une station de ski et ça s'est bien passé.

I am on a high from producing Dark Pool w Oliver. It was satisfying to conceive the scenes, images, actions and characters who populate Dark Pool -and then hear it completed and sounding just like we wanted. So the pre prod on the next record in underway and that makes me happy. I plan to continue BR for some time to come. W luck Shin & Satoru will be able to join again if we do in fact do a Japan tour in 2015. We played together at rural Fest. Niigata Japan this past July at a large outdoor multi night gathering held at a ski resort and that went v well.

Tu joues bientôt à l'Espace B. Tu décrirais comment les performances de Black Rain ?
You play soon in Paris at the Espace B. How would you describe the scenic performances of Black Rain?

Pour ces dates je pense qu'il est important de servir l'album au public, du moins la sélection de titres du LP que j'ai faite. J'ai des nouveaux visuels de l'artiste australien Patrick Quick et un nouveau set pour le public parisien, très SF, futur proche...

For these dates i feel it is important to 'give the audience the Album' , at least my selection of tracks from the LP. So i have new visuals by Australian Artist Patrick Quick and a new set for the Paris audience who is into Sci Fi, near future scenarios...

Et pour toi, quel est le futur proche ?
What's your near future?  

Après le concert parisien, je vais rester en ville pour enregistrer avec des amis. Le 5 décembre je vais à L.A. pour un gros concert à Mount Analog avec Silent Servant, Ancient Methods, Marshstepper et d'autres. Une fois à L.A. je compte recontacter de vieux amis techniciens et visiter la Silicon Valley dans l'idée de soit ressusciter ma petite boîte Dense Media Domain, soit pour monter une nouvelle entreprise qui travaillera sur des projets de part le monde. Le 14 décembre je retourne à la maison, à NYC, pour finir l'année du mieux possible. En 2015 il y aura de nouvelles sorties, j'essaye de finaliser un premier EP pour l'album. Certains morceaux sont club d'autres plus ambiants. Un nouvel album d'Ike Yard devrait voir le jour ainsi qu'un live enregistré au Contort lors de l'Atonal Festival de Berlin en août dernier. Les choses s'accélèrent. Les vieux systèmes se brisent. Plus se briseront dans les secondes, moments, années, décennies à venir. Dédié à faire le meilleur nouveau. Hâte d'être au prochain, prochain...

After Paris show , I will stay in town to record w friends. Then on Dec, 5, BR flies to LA for a major show @ Mount Analog w Silent Servant, Ancient Methods, Marshstepper and more. Once in LA i plan to recontact old friends in tech as well as visit Silicon Valley as part of process towards either revving up my small company DenseMedia Domain - or to consider forming a new tech company that will work on Projects around the world. By Dec. 14- I will fly home to NYC to end the year as best we can. In 2014 there will be a few new releases, am trying to complete a first Ep from my Album. Some cuts are club oriented, some are location oriented ambient. There should be a new Ike Yard Album and possibly a live record from the CONTORT at ATONAL Fest. show from August. Things are getting faster. Some old systems are breaking. More will break in coming seconds/ moments/ years / decades. Dedicated to making the best ' new'. Looking forward to the next, next...

Traduction : Alex P.

Audio

Tracklisting

Black Rain - Dark Pool (Blackest Ever Black, Août 2014)

A1. Dark Pool
A2. Profusion
A3. Watering Hole
A4. Endourban
A5. Burst
A6. Xibalba Road Metamorph
B1. Data River
B2. Night In New Chiang Saen
B3. Protoplasm
B4. Profusion II (Fallofthehouseofagodofbiomechanical)
B5. Who Will Save The Tiger?


Tarcar - Mince Glace

tarcarRéunion cryptique de Carla dal Forno et Tarquin Manek sur l'autel d'une pop élégiaque et expérimentale, à quelques encablures de Broadcast, le duo australien Tarcar sort un premier EP, Mince Glace, le 15 décembre prochain sur le label londonien de Kiran Sande qui ne se trompe jamais - ou si peu - . Ceux que l'on retrouvent au sein de formation lo-fi à souhait tels que Bum Creek et Mole House, servent la conclusive Fireball en amuse-gueule d'un EP conçu tel une tragédie en six actes. Dispensable pour les grandes mascarades festives, indispensable pour le reste de l'année.

Audio

Tracklisting

Tarcar - Mince Glace EP (, 15 décembre 2014)
A1. Game Is Up
A2. Visions Of The Night
A3. Emboldened
B1. Loathing And Fear In December
B2. Refugees
B3. Fireball


Cut Hands - Festival Of The Dead

De l'aventure Whitehouse au milieu des 80's, William Bennett aura conservé sur son nouveau projet solo Cut Hands une composante essentielle : cette ambiance industrielle sombre, à l'agressivité difficile à dépasser. Après avoir tourné la page des délires à la limite de l'abject, Whitehouse aura laissé une trace importante dans la musique électronique en formation à la fin du siècle dernier, reconnu aujourd'hui comme l'un des groupes pionniers européens de la noise.

Lorsqu'il lance officiellement sa nouvelle aventure Cut Hands en 2011, William Bennett prend un malin plaisir à puiser cette énergie qui débordait des cassettes des Londoniens 30 ans auparavant pour infuser dans ses nouvelles compositions. La cinquantaine bien tassée, Bennett fait ainsi parti de ces rares musiciens à connaître une seconde jeunesse musicale, un peu par hasard. Au détour d'une prestation live, c'est avec un grand étonnement qu'il découvre l'efficacité de sa sélection de rythmes africains joués dans un club écossais. Construisant sa nouvelle identité Cut Hands sur cette base, le Britannique prend un malin plaisir à creuser ce sillon qui mélange ambiances vaudous et musique rituelle d'Afrique centrale, le tout plongé dans un grand bain noise / indus aux codes bien différents de ce que l'on connaissait jusque là. En 2014, les frontières musicales sont bien plus ténues et le mélange des genres est aujourd'hui un gage d'originalité et d'authenticité pour beaucoup. Depuis les années 80, si le panorama a quelque peu évolué, l'énergie et l'intention sont, elles, plutôt semblables à ce que proposait déjà Bennett, alors âgé de la vingtaine : une musique qui ressemble plus que jamais à une véritable expérience physique.

Cut Hands - Festival Of The Dead 2

Quasi exclusivement centré sur cette accumulation de rythmes et de grondements électroniques, Festival Of The Dead prolonge les recherches de Bennett entamées il y a 3 ans via un double LP bien dense, sorti par l'exemplaire Blackest Ever Black. Ce sentiment d'urgence, déjà présent depuis les premiers volumes d'Afro Noise et Black Mamba, se trouve ici magnifié par un véritable sens de l'écriture de morceaux qui sont plus que des machines à s'agiter frénétiquement. Festival Of The Dead présente une palette enrichie, depuis le très angoissant et dystopien Paraxtic Distorsion jusqu'au très étonnant None Of Your Bones Are Broken, en passant par une poignée de moments en suspension, véritables respirations pour parvenir à voir le bout de ce disque très dense.

Par moments pourtant, on en vient à se dire que Festival Of The Dead aurait pu être subtilement allégé de quelques répétitions et longueurs. Si elle tire une véritable force de cette efficacité toute personnelle, la formule de Cut Hands gagnerait à ne pas être répétée de manière trop soutenue pour ne pas finir par lasser. Comme c'est le cas par moments, malheureusement, le long des 50 minutes du disque.

Porteur aujourd'hui d'une approche réellement unique en son genre, Cut Hands exige de l'auditeur une implication physique et mental de tous les instants. Parvenir à surnager au milieu du très long Damballah 58 ne pourra se faire qu'avec une pleine acceptation de ce que le Britannique exige : un abandon total de toute inhibition pour ne plus se laisser porter que par la frénésie des morceaux. Une expérience qui prend probablement tout son sens en live, lors d'une de ces sessions marquantes dont Cut Hands semble s'être fait le spécialiste, à en croire les récents témoignages à ce sujet. Car Festival Of The Dead est une musique de live à proprement parler, qui ne se vit pleinement que lorsqu'elle est éprouvée dans l'instant, dans un club sombre, noyé sous une lumière rouge intense qui vient éclairer les visages convulsionnés de danseurs tournés vers la transe absolue. Convoquant les esprits qui habitent sa musique, Cut Hands devient alors lui-même le vecteur d'un chaos musical qui réconcilie les démons indus et les mythes africains dans une seule et même danse macabre effrayante mais géniale.

Audio

Tracklisting

Cut Hands - Festival Of The Dead (Blackest Ever Black, 13 octobre 2014)
A1. The Claw
A2. I Know What I Must Do
A3. Damballah 58
B1. Parataxic Distortion
B2. Festival Of The Dead
B3. Belladonna Theme
C1. Vaudou Take Me High
C2. Inlightenment
C3. None Of Your Bones Are Broken
D1. Madwoman (Festival Mix)
D2. Fruit Is Ripe
D3. Fire Ends The Day


Bremen - Static Interferences

bremen-press-websize (1)Le duo suédois Bremen est de ces groupes jouant l'indicible, à mi-chemin entre voyage introspectif et psychédélie méditative, là où l'être et le néant du rock et de tout ses après se dilapident en poussières suspensives et gravitationnelles. Surgi de nulle part, ou de si peu à l'écoute, le guitariste Lanchy Orre et le claviériste Jonas Tiljander tissent, selon un dialogue expérimental et improvisé donnant le temps au temps, les mailles d'une musique atemporelle, entre kosmische Musik, space rock et volutes drone, trouvant sa magnificence sur le monumental Second Launch, paru le 9 juin dernier sur Blackest Ever Black et faisant suite à un LP éponyme sorti via Skrammel Records. D'une obscure beauté, à la lisière du mystère et de la croyance, tel que l'instigue l'irréelle Static Interferences.

Audio

Tracklisting

Bremen - Second Launch (Blackest Ever Black, 9 juin 2014)

A1. Entering Phase Two
A2. Hollow Wave
A3. The Forgotten Ones
B1. Static Inteferences
B2. They Were Drifting
B3. Sweepers
C1. Threshold Crossing
C2. Pace Of Time
C3. Walking The Skies
D1. Voxnan
D2. Sun Son


Prurient - Through the Window

S’il y a toujours eu quelque chose d’identifiable dans la musique de Dominick Fernow, que ce soit dans la harsh noise détraquée de Prurient ou les inquiétantes boucles techno industrielles de Vatican Shadow, le Ricain n’a de cesse de se renouveler à chacun de ses essais sonores. Construisant un patchwork musical boursouflé et maladif, fascinant d’étrangeté, il compose chanson après chanson un curieux pamphlet, devenant peu à peu la nouvelle bible du DIY électronique. Through the Window, mini-LP paru sur le label british Blackest Ever Black, en est une preuve plus qu’évidente. Récemment installé à Los Angeles, le musicien ne rêve pas plus de mélodies transpirant le soleil pour autant. Bien au contraire, il nous livre avec cet album compact (trois titres seulement) une œuvre d’une noirceur absolue. Commençons par Through the Window, titre éponyme d’une quinzaine de minutes, qui désarçonnera certainement las aficionados de Prurient puisque l’on y retrouve toute les recettes de son projet plus électronique Vatican Shadow. Le morceau s’ouvre sur une longue intro anxiogène au possible arpentée d’un susurrement fantomatique, jusqu’à ce que celui-ci cède la place à un matraquage de kicks aussi sourd que mécanique. Un hymne messianique et quasi religieux, semblant rongé par l’électricité ambiante. Une musique viciée, entraînante et malsaine dont l’inquiétante montée nous entraine jusqu’à une catharsis arrivant en milieu de morceau sous un déluge de basses, les nappes s’affolant jusqu’à ébranler notre épine dorsale. Un court frisson nous parcourt l’échine et nous secoue les mollets. Hit parfait calibré pour le clubbing underground, ce Through the Window sonne comme du Shifted ou du Marcel Dettmann revisité par Cabaret Voltaire. Une recette qui fait mouche et l’on finirait presque déconcerté à l’écoute de Terracota Spine, qui retrouve les sachems bruitistes habituels de notre multi-instrumentiste qui nous plonge durant près de quatre minutes dans un chaos atmosphérique étouffant. You Show Great Spirit nous engloutit une fois de plus dans les affres d’une techno industrielle très martiale, on pense notamment à P.A.L  sur l’excellent label Ant-Zen ou les toutes premières divagations pulsatives de Combichrist. Cependant rien n’est vraiment comparable à ce morceau qui nous entraîne un peu plus loin dans les méandres définitivement nébuleux de l’esprit créatif de Dominick Fernow. Un nouvel opus d’une richesse inépuisable, et un artiste qui n'a définitivement pas fini de nous surprendre.

Audio

Tracklist

Prurient - Through the Window (Blackest Ever Black, 2013)

1. Through the Windox
2. Terracota Spine
3. You Show Great Spirit


Vatican Shadow – Iraqi Praetorian Guard

Voir débarquer l’incontournable Dominick Fernew (Prurient) sur le non moins inestimable label Blackest Ever Black n’a rien de bien étonnant tant la musique électro-expérimentale de l’artiste new-yorkais colle aux atmosphères lugubres et surréalistes qui ont fait la réputation des fourneaux à musique de Kiran Sande. BEB dépoussière ici les premiers essais du multi-intsrumentiste ricain sous le pseudo de Vatican Shadow, sortis à l’époque sous le doux titre de Byzantine Private CIA. Bénéficiant d’un nouveau master et d’un remix du titre Church Of All Images par le décidément inévitable Régis (Sandwell District, Downwards), l’occasion est trop belle pour ne pas se replonger dans les affres minimalo-bruitistes de ce ténor de l’industriel.

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Tracklist

Vatican Shadow – Iraqi Praetorian Guard (Blackest Ever Black, 2012)

01. Cairo Sword Unsheathed
02. Gunmen With Silencer
03. Church Of All Images (Regis Version)