Bitchin Bajas - Bajas Fresh

Encore un disque du trio Bitchin Bajas qui filera l’envie de se trimballer pieds nus sur des torrents de tapis crochetés aux couleurs poussiéreuses. Un truc à la Madrigal, style patchwork des temps modernes, un peu zarb - ésotérique, si j’ose dire. Pourtant hyper détente et rafraichissant.

La dernière fois, je m’en souviens, ils étaient là à s’engouffrer des montagnes de fortune cookies trippés avec Bonnie ‘Prince’ Billy et à déblatérer sur le sens de la vie. Du moins autant que synapse se peut, branchés sur deux de tension, véritablement victimes d’une sévère illumination. Un moment chillax au max, orchestré à huit mains au milieu de salon, assis en tailleur devant la toile de leurs câbles électriques. Une fée électricité qui leur va si bien.

Même délire ici, tout le fourbi de l’esprit vagabond et fécond qui est le leur est déballé, les boucles n’en finissent plus d’onduler et de pénétrer nos êtres. La richesse des matières déployées inspire une sorte de transe méditative, une compilation Nature & Découvertes underground et dix fois plus puissante. Portés par un paroxysme musical qui vaut son pesant de buvards, les motifs s’étirent et les vapeurs de patchouli se respirent à pleins poumons. Un flow de synthétiseurs bien étalé dans lequel il est de bon ton de se vautrer à l’envi, les sens en alerte et l’esprit ankylosé.

Derrière ses volutes de drone, Bajas Fresh est une pièce de collection qui pousse les murs de l’expérimentation du trio et explore toujours plus loin. Cooper Crain, Rob Frye et Dan Quinlivan ramènent la fraise de leurs influences (Sun Ra, par exemple, dont Angels And Demons At Play est ici repris) avant de leur tordre le coup en redessinant les contours des caractéristiques mêmes de leur identité. La beauté du mouvement, lentement et sûrement. Derrière les vapeurs de patchouli.

Tracklist

Bitchin Bajas - Bajas Fresh (Drag City, 17 novembre 2017)

01. Jammu
02. Circles On Circles
03. Angels And Demons At Play
04. Yonaguni
05. 2303
06. Chokayo
07. Be Going


Bitchin Bajas & Bonnie Prince Billy - Epic Jammers and Fortunate Little Ditties

Tandis que le gouvernement français tente péniblement de mettre au travail toutes les feignasses profitant des diverses allocations qui leur sont bien trop généreusement accordées, au risque de les démotiver, on ironise, voilà un disque à ne pas mettre entre toutes les mains sous peine de fracasser durablement la productivité horaire et faire perdre encore quelques points de croissance. S'étant déjà accommodés musicalement l'un de l'autre, au point de fusionner dans l'entité Bitchin Bonny Billy Bajas le temps de l'intemporel Pretty Saro ouvrant la compilation Shirley Inspired divulguée en juin 2015 et accompagnant un film en l’honneur de la légende folk Shirley Collins, les Bitchin Bajas de Cooper Crain et le prolifique Will Oldham viennent de sortir conjointement, ce 18 mars 2016, un collaboratif LP via Drag City intitulé Epic Jammers and Fortunate Little Ditties et convoyant tout ce beau monde sur des rivages folk à la cosmicité intemporelle. Issues de sessions improvisées, où chacun des participants donne libre court à ses lubies, ces neufs compositions aux vapeurs country ondoyantes anéantissent toute résistance à une écoute autre que contemplative. Admonestant de sa consubstantielle fragilité la voix éraillée de celui qui usa des patronymes de Palace Brothers ou Bonnie Prince Billy pour débiter à tour de bras ses géniales et superlatives circonvolutions poétiques, tannant au plus profond l'âme américaine, se trouve ici propulsée en pleine caracolade psychédélique expurgée de toute considération rythmique ou mélodique : comme si les mantras répétitifs ici cousus de guitares, de claviers, de clochettes, de flûtes et autres saxophones triturés s'en affranchissaient pour accoucher de leur propre métronomie, quelque part entre l’alanguissement, l'onirique et le sacré. Plongeant l'auditeur dans une sorte d'état dévotionnel, via d’envoûtantes volutes ambient recelant mille bruits, cliquetis et nappes de synthétiseurs, chaque morceau, à l'identité cependant bien délimitée, fonctionne en vase clos, professant sa dose d'amour et d'éternité et s'escrimant à ramener chacun, par des textes et des titres de morceaux programmatiques frisant un bouddhisme très beat, à sa juste place au sein d'un monde idéalement pacifié. De l'antienne You Are Not "Superman" à la sussurée Your Heart is Pure, Your Mind is Clear and Your Soul is Devout, les portes de la méditation introspective sont ici grandes ouvertes pour qui prend le temps de stopper toute activité. La conclusive et lancinante Your Hard Work is About to Pay Off. Keep On Keeping On, invitant à poursuivre ce travail libératoire, se termine abruptement, presque sur une déchirure, poussant alors au choix : celui de remettre la tête de lecture de sa platine au début de l'autre face du disque, ou de reprendre avec promptitude son travail. Un choix éminemment cornélien.

Vidéo

Tracklisting

Bitchin Bajas and Bonnie Prince Billy - Epic Jammers and Fortunate Little Ditties (Drag City, 18 mars 2016)

01. May Life Throw You a Pleasant Curve
02. Nature Makes Us For Ourselves
03. Your Heart is Pure, Your Mind is Clear and Your Soul is Devout
04. Your Whole Family Are Well
05. Despair is Criminal
06. You Are Not "Superman"
07. Show Your Love and Your Love Will Be Returned
08. You Will Soon Discover How Truly Fortunate You Really Are
09. Your Hard Work is About to Pay Off. Keep On Keeping On


On y était : Bitchin Bajas & Raymond IV à l'AJMI

Bitchin Bajas + Raymond IV, AJMI, Avignon, le 6 novembre 2015 

Aussi docilement que le peuple hébreu se laissa conduire vers Jericho en 1493, la population avignonnaise se prit de son plein gré dans les filets métalliques tendus par le collectif Jericorp ce soir du 6 novembre 2015. Les activistes de la cité papale arrivent une fois de plus à réunir un plateau expérimental pointu dans une ville plus habituée aux longues tirades théâtrales qu’aux crissements analogiques. Ce sont les gourous Raymond IV et Bitchin Bajas que les outsiders ont sollicités pour répondre à notre quête spirituelle et nous offrir un moment hors du temps. Et l’initiation chamanique débute à peine passée les portes du club de jazz de l’AJMI.

Le lyonnais Raymond IV a l’honneur d’ouvrir le bal dronesque, installé avec son artillerie scintillante au milieu de la salle. Seule différence avec une cérémonie incantatoire, on ne danse pas autour du feu mais l’on médite les yeux fermés, assis en tailleur encerclant le marabout et ses boites à rythmes et cassettes. Des chants célestes nous pénètrent de part en part laissant fuiter des voix d’esprits africains qui nous alpague. La résistance est brève, rapidement déjouée par des percussions entêtantes projetées de parts et d'autres du club à la vitesse de la lumière grâce au système quadriphonique de l'AJMI. Après la vague africaine, ce sont les sonorités aquatiques et mécaniques qui s’entremêlent, des sons qui pourraient être tout droit sortis d’un thérémine claquent entre deux trainées euphorisantes. Le public est dans une sorte de transe interpersonnelle, les conflits intérieurs sont retranscrits par la musique, par la dualité entre des sons emplis de chaleur et d’autre d’une froideur hivernale. Comme victimes d’une communion silencieuse entre les esprits et eux-mêmes, les corps presque inertes des personnes du public se laissent portés au gré d’un vent imaginaire qui construit et déconstruit tout sur son passage.

Remis de ce moment de flottement hertzien, nous nous apprêtons à rentrer dans la deuxième phase de la procession chamanique : la procession façon nord américaine.

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Photo © Louis Bérenger

Débarqués de Chicago leurs vieilles machines sous les bras, les thaumaturges de Bitchin Bajas n’ont rien à apprendre en matière de charme. Le groupe initialement formé par Cooper Crain, également membre du groupe psyché motorik Cave, sème des trainées organiques derrière lui et montre ce que l’ambient sait faire de mieux.

Le set s’ouvre sur le fantasmagorique Inclusion de l’album Bitchitronics sorti chez Drag City. Rob Frye, assis en tailleur, nous téléporte jusqu’au pays du soleil levant grâce à la pureté du son qui émane de sa clarinette. Il n’aura pas fallu attendre longtemps avant d’entendre Marimba, titre phare de Transporteur, dernier album en date sorti chez Hands In The Dark. Flûte et synthés s’unissent dans un effort jouissif presque médicinal pour quiconque l’écoute, les répétitions lancinantes faisant office de remède. Et le Crumar DS 2 manié avec tant de dextérité par Daniel Quinlivan n’est sans doute pas étranger aux effets immédiats de ce traitement. C’est ça aussi le génie de Bitchin Bajas, utiliser des machines datées de plusieurs décennies mais surtout savoir les écouter et en exploiter tout le potentiel. Cette maîtrise, ils nous la prouvent notamment au moment de Parisan Jam, morceau créé et expérimenté un mois plus tôt à l'Espace B qui fit tant d'effet à la capitale qu'ils se voyaient mal en priver les villes suivantes. S’ensuivront des moments d’une pureté sans équivoque glorifiés par les variations d’un saxophone parfois lourd, parfois léger comme l’air. Chaque intervention de l’orgue électronique Ace Tone de Cooper Crain marque une renaissance dans une chaine sonore diaphane. Difficile pour le public d’ouvrir les yeux à nouveau lorsque vient le moment du rappel : des percussions qui s’emballent et enveloppent les sonorités analogiques immaculées pour une entrée que l’on ne peut refuser dans la troisième dimension. Les musiciens, eux, restent stoïques, à la merci de leurs instruments et de leurs émotions. Nos chakras sont plus que jamais ouverts et nos esprits s’imbibent de chaque note. L’effort des Bitchin Bajas marque son point culminant sur l’ultra mystique Rias Baixas, Everest de plus de 10 minutes, passant d’un son de flûte cristallin à la tension des frappes de batterie qui s’entrechoquent et nous prouvant encore une fois ce que les machines des années 70-80 ont dans le ventre.

Le set se termine et avec lui, le retour au monde réel que l’on aurait volontiers prolongé de quelques heures.

Vidéo

Setlist

1. Inclusion
2. Marimba
3. Parisan jam
4. Tilang
5. No tabac
6. Going home
7. Rias Baixas


Bitchin Bajas l'interview

On les imaginerait volontiers vivant nus dans une communauté new age en attendant les aurores boréales, perchés bien haut au pays des arpèges, des loops et des rituels jodorowskiens, ou bloqués dans la stargate sequence de 2001, mais pourtant Bitchin Bajas ressemblent bel et bien à des zikos indie comme vous en voyez défiler souvent. Ils partagent même Cooper Crain avec Cave, groupe de kraut/math rock bien plus terre à terre. Pourtant, leur discographie, et particulièrement leur récent et majestueux double LP éponyme, semblent être l’œuvre de gens coupés du réel et de la production actuelle pour se dévouer à leurs obsessions millénaires : Terry Riley, l’école de Berlin, Klaus Schulze, Eno, la musique cosmique ou ésotérique en général, et, surtout, la transcendance. Ils jouent ce jeudi 9 octobre au Petit Bain (Egyptology et Henryspenncer en ouverture - Event FB) et on vous encourage à ramener votre tapis de yoga.

En prime, quelques questions auxquelles l’un de leurs membres occasionnels Dan Quinlivan (ancien Mahjongg) a répondu vite fait entre deux dates de leur tournée.

Bitchin Bajas l'interview

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Ce qui désoriente, entre autres, dans la musique ambiente/répétitive, c’est qu’elle inspire une notion du temps détaché du réel. Vous le ressentez également ?
One of the unsettling qualities of repetitive/ambient music is that it gives an otherworldly sense of time, as if the temporality you enter when you listen to it is not the same as everyday. do you feel that too?

Je ne dirais pas « détaché du réel ». En fait, un vrai bon drone te rend d’autant plus conscient du réel. Tout changement drastique n'est pas naturel. La vie est répétitive. Un bon drone devrait te ramener à ça. Personnellement, cette musique me fait me sentir mieux dans ce monde.

I wouldn't call it 'otherwordly'. I think that a good drone actually makes you more aware of this world. Drastic change is unnatural. Life is very repetitive. A good drone should remind you of this. Personally they make me feel very comfortable with this world.

Quelle est la part écrite et improvisée dans vos pièces ?
How much of your tracks is written or improvised?

Ce sont des improvisations modales. Nous décidons d’une échelle et ensuite on y va.

They are modal improvisations. We decide on a scale and then just go for it.

Sur le climax final de Pieces Of Tape (et pas seulement), on croit véritablement entendre des échos de Rainbow In A Curved Air. À quel point êtes vous obsédés par Terry Riley ?
On the final climax of Pieces Of Tape (and not only), it really feels like we can hear mirages of Rainbow In A Curved Air. How obsessed are you with Terry Riley?

On organise une performance d’In C tous les étés. Si ça peut répondre à ta question…

We organize a performance of In C every summer, if that answers your question…

Le dernier album possède un fort élément oriental. C’est une culture à laquelle vous êtes connectés uniquement à travers la musique ?
There’s a growing eastern music leaning that pervades some tracks. Is it a culture you’re familiar with or that you just connect with through music?

Uniquement à travers la musique, oui. On ne s’est jamais dit qu’on allait faire quelque chose qui « sonne oriental », mais on se débrouille assez bien pour faire sonner un synthé comme un tambûr. On s’essaye aussi à des accordages différents, qui peuvent sonner orientaux auprès de gens habitués à des tonalités occidentales.

Just through music. We never set out to do anything 'eastern' sounding, but we're pretty good at making a synth sound like a tambura. We also mess around with alternate tunings which often sound eastern to people who are used to western tunings.

Votre nom est assez comique, alors que votre musique est une aventure mentale influencées par des compositeurs minimalistes réputés « sérieux ». C’était conçu comme une blague ?
The funny element with your project is that, although your music is quite a mental adventure with "serious" minimal composers influences, it’s called Bitchin Bajas. was it meant as some joke?

Il faut avoir un certain équilibre. Si on avait un nom qui correspondait vraiment à un groupe « influencé par des compositeurs minimalistes réputés sérieux », on aurait vraiment l’air d’une bande de trous du cul.

It's good for things to have balance. If we had a name more befitting of a band with 'serious minimal composer influences' we would probably come off like a bunch of assholes.

Vous atteignez par fois des états seconds en jouant ?
Do you sometimes reach altered states while playing?

Oui. Tout le temps.

Yes. All the time.

Audio

Tracklisting

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Bitchin Bajas - Bitchin Bajas (Drag City, 26 août 2014)

01. Tilang
02. Asian Carp
03. Ruby
04. Field Study
05. Brush
06. Bueu
07. Orgone
08. Pieces of Tape
01. Relaxation Version Side 1 (Cassette-only)
02. Relaxation Version Side 2 (Cassette-only)


Bitchin Bajas - Bueu

Bitchin BajasVoilà, on y est : dernier article avant de plier les gaules et d'entamer une parenthèse estivale bien méritée. Trois semaines durant lesquelles Hartzine va se refaire une beauté (lire), mais aussi trois semaines qui nous séparent de la sortie du nouvel album de Bitchin Bajas, side-project psyché-cosmique de Cooper Crain, membre de Cave. Faisant suite à l'excellent Bitchitronics paru il y a un peu plus d'un an, et édité une nouvelle fois par Drag City, cet LP éponyme voit les choses en grands et tutoie, flanqué de la virtuosité de Cooper dans l'utilisation de ses claviers analogiques, les cimes de la méditation et de la transcendance. L'écoute se fait à la fois introspective et immanente : le voyage commence en fermant les yeux. Bueu, mise en images par Nick Ciontea, en déflore quelques bribes évanescentes avant une recontextualisation physique très attendue le 09 octobre prochain à Petit Bain aux côtés d'Egyptology et d'Henryspenncer (Event FB). Même si le sable est fin, on a sacrément hâte.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=rgsghaoRxLk&feature=youtu.be

Tracklisting

Bitchin Bajas - s/t (Drag City, 25 août 2014)

01. Tilang
02. Asian Carp
03. Ruby
04. Field Study
05. Brush
06. Bueu
07. Orgone
08. Pieces of Tape