Focus Berlin Atonal 2017 : Emptyset, l’interview

Décidément, Bristol est la ville à arpenter ces derniers temps afin de dénicher les vrais talents de la musique de demain. En un tout petit peu plus de dix ans de carrière, Emptyset a réussi à se forger une solide réputation, se basant sur une identité forte et puisant sa force autant dans la techno traditionnelle que dans l’expérimentation la plus tentaculaire. Leur dernier succès en date, Borders, paru sur Thrill Jockey, tranche quelque peu avec Recur, sorti il y a quatre ans sur Raster-Noton. Avec Borders, Emptyset s’affranchit des codes pour nous offrir une œuvre terriblement mentale tout en gardant une ouverture dancefloor. Rencontre avec ces deux perfectionnistes qui nous en disent un peu plus sur leur façon de travailler et leur exigences musicales.

Hi guys, expliquez-nous comment vous êtes tombés dans la techno ?
Hi guys, tell us how you got into techno?

Nous nous sommes tous les deux intéressés à la techno, la musique électronique et la musique de club lorsque nous étions à Bristol. Des rencontres fortuites avec des artistes comme Jeff Mills ou Claude Young ont vraiment éveillé notre intérêt au-delà de ce que nous a apporté cette ville. Dès lors, il fallait qu’on explore cette musique qui venait de Detroit, Chicago aussi bien que Berlin. L’important était le rythme, la production et les systèmes sonores, c’est sûrement plus tard qu’on a commencé à réfléchir davantage à la façon dont la musique électronique est reliée à l'urbanisme et à l'anthropologie, ainsi qu'aux sonorités liées aux espaces physiques.

We both arrived at an interest in electronic music, techno and club music through our time in Bristol. Of particular interest were chance encounters seeing people like Jeff Mills or Claude Young play that definitely sparked an interest in music occurring beyond the city. From there it became about exploring this music that was coming out of Detroit and Chicago as well as Berlin. Ideas of rhyhthm, production and sound systems, then perhaps later thinking more about how electronic music connected to urbanism and anthropology as well as how sound related to physical spaces.

En quelques années, Bristol s’est convertie de capitale du trip-hop à celle de la techno-expé, que s’est-il passé en dix ans ?
In a few years, Bristol converted from trip-hop to techno-expé music capital, what happened in ten years?

Nous sommes tous deux basés à Londres et à Berlin maintenant, alors nos observations sur les changements de Bristol sont un peu éloignées, mais dans l'ensemble, il semblait qu’il y ait émergence de la bass music et une résurgence d'intérêt pour la house et la techno créant une ouverture de la ville vers l’extérieur. Ensuite, cette nouvelle approche a coïncidé avec un nouvel afflux de producteurs qui ont ensuite commencé à fusionner leur propre approche sonore avec la culture musicale appartenant à Bristol. En fait, ce qui est peut-être le plus impressionnant à propos de Bristol, c'est la quantité de musique qui y est produite par rapport à la population et à la taille de la ville, ce qui en fait un endroit très spécial.

We are both based in London and Berlin now so our observations of Bristol’s changes have been a little from a distance, but overall it seemed the rise in bass music and a resurgence of interest in house and techno created a more outward looking focus for the city. Then this new approach coincided with a new influx of producers that then began to merge their own approaches with Bristol's existing culture of music making. Overall what is perhaps most impressive about Bristol is the amount of music that gets made there relative to the population and size of the city, on those terms it's a very special place.

Vous faites partie de ces rares artistes qui privilégient la mélodie à la rythmique, pourquoi ce choix ?
You are one of those rare artists who prefers melody to rhythmic, why this choice?

Notre manière de faire de la musique s’est souvent axé sur les structures et la façon dont les éléments sonores de base interagissent et affectent les systèmes technologiques ou architecturaux. L'intérêt a été l'utilisation du son en tant que matériel, en explorant comment le ton et le rythme correspondent et se répercutent les uns sur les autres dans différents cadres et contextes.

Our approach to music making has often been focused on structures and how basic sonic elements interact and affect a technological or architectural system. The interest has been the use of sound as a material, exploring how tone and rhythm correspond and impact upon eachother within different frameworks and contexts.

Vous avez travaillé avec des labels très différents (Raster-Noton, CLR, Subtext, etc.), multipliant les étiquettes. Comment travaillez-vous en binôme et qu’est-ce qui définit le son que vous avez à tel ou tel morceau ?
You worked with very different labels (Raster-Noton, CLR, Subtext, etc.), multiplying the styles. How do you work in pairs and what defines the sound you go into this or that piece?

L’idée de base était de diviser les matériaux qui serviraient à un contexte plus studio pour Raster-Noton et ceux servant à des projets plus spécifiques comme Material et Medium, réalisés via Subtext. La méthode de conception et d'enregistrement de tel truc a généralement déterminé le contexte dans lequel elle sera réalisée. Donc si quelque chose a l'air d'avoir demandé une approche plus complexe par rapport à nos méthodes habituelles de travail dans un studio d'enregistrement, nous cherchons un moyen plus approprié pour l’exprimer.

The general approach has been dividing the idea of a studio based production process such as the material for Raster-Noton with more site-specific projects such as Material and Medium that were released on Subtext. The method of how something was made and recorded usually determines the context in which it will be released. So if something feels like it has a more expanded approach beyond the usual methods of working within a recording studio, then we look at an appropriate way to present it.

Votre dernier album, Borders, est paru sur Thrill Jockey. Au-delà de la visibilité, c’est essentiellement le franchissement d’un cap. Emptyset a toujours été reconnu comme un groupe à part dans la scène techno, est-ce pour vous un nouveau moyen de s’affranchir de cette musique et de revendiquer votre propre identité musicale ?
Your last album, Borders, was published on Thrill Jockey. Beyond the visibility, it’s essentially a crossing time. Emptyset has always been recognized as a group apart in the techno scene, is this a new way for you to get rid of this music and to claim your own musical identity?

Borders a été élaboré avec l'intention de trouver une nouvelle façon de travailler et de jouer ensemble. Nous voulions toujours jouer avec l'électronique, mais pour façonner ces sonorités nous voulions la combiner avec une méthode à la fois acoustique et une approche plus tactile. De même, nous voulions aborder des idées liées à l'anthropologie musicale et à l'expérience collective, et Borders a créé dans cette approche de recherche. L'album nous a définitivement permis de nous affranchir du carcan de la musique électronique habituelle, pour élargir encore l'esthétique sonore d'Emptyset.

Borders was developed out of an intention to find a new way of working and performing together. We still wanted to work with electronics but wanted to combine it with an acoustic method and a more tactile approach to shaping sound. Equally we wanted to address ideas connecting to musical anthropology and collective experience and Borders created an investigative framework for this. The album definitely initiated an opportunity to expand the sonic aesthetic of Emptyset outside of the familiar history of electronic music.

Vous participez cette année au festival Berlin Atonal qui, pour beaucoup, est un tremplin, une expérience ou un moyen d’expérimenter de nouveaux projets. Comment vous projetez-vous dans ce festival ?
You are participating this year at the Berlin Atonal festival which, for many, is a springboard, an experience or a way of experimenting new projects. How do you plan yourself in this festival?

Le site du Kraftwerk est un espace très particulier pour expérimenter la musique et cette année le festival aura une installation de projection spéciale toute la durée du programme. Donc, en réponse, nous travaillerons avec notre équipe visuelle pour créer une performance élargie que nous présenterons cette année.

The site of the Kraftwerk is a very particular space for experiencing music, and this year the festival will have a special projection install for the duration of the programme. So in response we will be working with our visual team on creating an expanded performance that we will present at Atonal this year.

Avez-vous déjà pensé à collaborer avec d’autres artistes, mis à part Cornelius Harris ? Pour vous, quel serait le side-project parfait ?
Have you ever thought of collaborating with other artists than Cornelius Harris? What would be the perfect side-project for you?

La collaboration avec Cornelius était très spéciale. Nous avons un énorme respect pour la musique de Detroit, ce qui a été un projet très particulier à l'époque. À l'avenir, nous n'avons pas de plans concrets concernant des collaborations musicales, mais plutôt que d'autres artistes, il serait peut-être intéressant de collaborer avec des personnes d'autres domaines d'expertise technique, comme des ingénieurs ou des fabricants d'instruments.

The collaboration with Cornelius was very much a special one off. We have an enormous respect for Detroit music so it felt like a very special project at the time. Going forward we have no current plans for musical collaboration, however rather than other artists perhaps it would be more about collaborating with people from other fields of technical expertise such as engineers or instrument makers.

À quoi ressemblera votre set à l’Atonal ?
What will your Atonal set look like?

Nous allons travailler sur une performance spéciale spéciale pour l'Atonal, en collaboration avec Sam Williams et Clayton Welham. À ce jour, ils ont travaillé ensemble sur beaucoup de nos vidéos et des performances live, ce qui constituera une réalisation spéciale de ce travail qui utilisera multiples projecteurs du Kraftwerk. Musicalement parlant, ce sera une représentation de notre travail tournant autours de notre dernier album, Borders.

We will be working on a special expanded performance for Atonal in collaboration with Sam Williams and Clayton Welham. They have worked together on many of our videos an live performances to date, so this will be a special realisation of this work for the Kraftwerk using multiple projectors. Musicallly it will be presenting material from our recent album, Borders.

Avec Borders, vous avez placé la barre très haute, à quoi doit-on s’attendre pour vos prochaines sorties ?
With Borders, you set the bar very high, what should we expect from your next outings?

Nous venons de terminer un nouveau EP pour Thrill Jockey qui sortira en octobre. Celaui-ci reprend certaines des idées et instrumentation de Borders aussi bien qu’il s’inspire de notre récente prestation pour la Fondation des Arts David Roberts, à Londres. Donc ce nouvel enregistrement rassemblera plusieurs domaines de recherche et pratiques et les formalisera autour d’une exposition singulière.

We have just completed a new EP for Thrill Jockey that will be released in October. This has been taking some of the ideas and instrumentation of Borders as well as a recent performance commission for the David Roberts Art Foundation, in London. So this new recording will be bringing together several areas of a our research and practice and formalising them into a singular statement.

Audio


Focus Berlin Atonal 2017 : Roll The Dice, l’interview

Que celui qui ne connaît pas Roll The Dice lève le doigt, on fera un dossier sur le sujet à la demande. Roll The Dice, c’est la combinaison parfaite des deux superproducteurs suédois Peder Mannerfelt et Malcolm Pardon. Quoi, ça ne vous dit toujours rien ? Pourtant, au-delà de sa suractivité qui lui a valu d’être cité dans tous les tops de l’année 2016, Peder s’est fait connaitre sous le pseudo de The Subliminal Kid et a produit et accompagné des groupes comme Fever Ray notamment. De son côté, Malcom est connu pour pour la structure DeadMono, qui a permis l’émergence de groupes pop comme Eskobar, et pour son implication dans le post-punk suédois. Leur dernier album, Born To Ruin, est un condensé d’expé-jazz, de furiosité électro, de downtempo âcre. Ils participeront cet été au festival Berlin Atonal. On a forcement voulu s’entretenir avec ces dieux nordiques de la zik électronique et comprendre leur manière de travailler. Attention, pros à l’œuvre.

Salut à vous deux, pouvez-vous nous parler de votre rencontre ? Comment vous est venue l’idée de Roll The Dice ?
Hello you two, can you tell us more about how you first met ? How did you come up with the idea of Roll The Dice?

Nous nous connaissions brièvement déjà, grâce à des connexions mutuelles, mais c'était d'abord lorsque nous nous sommes installés dans le même espace de studio, que nous partageons encore aujourd'hui avec quelques autres, que nous nous sommes vraiment connectés. Comme nous avons tous les deux travaillé dans des studios différents, nous avons pensé qu'un jour il serait intéressant d'essayer de faire quelque chose ensemble. Nous venons chacun d'univers assez différents musicalement alors nous avons estimé que cela pourrait être un terrain d'échange intéressant pour une collaboration. Nous n'avions aucune idée préconçue, tout ce que nous voulions était d'essayer de créer quelque chose que nous avions expérimenté auparavant individuellement.

We had known each other briefly over the years through mutual connections but it was first when we moved into the same studio space, which we still share to this day together with a few others, that we connected properly. As we both worked in different studios we just thought one day that it would be interesting to try and do something together. We both came in from quite different angles musically so we felt that this could be an interesting breeding ground for a collaboration. We had no preconceived ideas, all we wanted was to try and push ourselves to create something that we had experienced before individually.

Vous êtes assez hyperactifs chacun de votre côté, comment trouvez-vous le temps de vous retrouver pour composer ?
You are quite hyperactive each one on your side, how do you find time to compose together ?

Eh bien, ça devient plus difficile à mesure que le temps passe. Lorsque nous avons commencé, il y avait moins de distractions et moins d'engagements. Maintenant, nous avons beaucoup de projets différents, 5 enfants, un chien et une vie familiale qui nous accapare... Mais il s'agit simplement d'être un peu organisé avec la gestion du temps. Évidemment, partager un même studio aide beaucoup, nous pouvons constamment discuter d'idées, de telle ou telle chose, même si nous ne travaillons pas ensemble durablement.

Well, it gets harder as time goes by. When we started, there were less distractions and less commitments. Now we have a lot of different projects, 5 children, one dog and family life that commands our attention... But it’s just a matter of being a bit organized with time management. Obviously it helps a lot to share a studio space. With that, we can constantly discuss ideas and such, even if we are not working together at the time.

Votre musique est souvent considérée comme hybride, ambient et downtempo tout en alliant des sonorités métalliques et industrielles, comment définiriez-vous votre musique ?
Your music is often considered hybrid, ambient and downtempo while combining metallic and industrial sounds, how would you define it ?

C'est assez précis. Cependant, nous n'avons pas vraiment de "boîte à outils" pour créer notre musique. C'est hybride dans le sens où nous combinons l'organique à l'acoustique comme avec le piano, le saxophone ou les cordes, comme un squelette mélodique aux sons que nous créons avec des machines. Mais à part cela, chaque album prend sa direction et son chemin au fur et à mesure que les chansons se développent.

This is fairly accurate. However we don’t really have one “toolbox” for creating our music. It's hybrid in the sense that we combine the organic and acoustic as with the piano or saxophone or strings as a melodic backbone to the sounds that we create with machines. But other than that each album kind of takes its on direction and path as the songs develop.

Avec Born To Ruin vous avez encore passé un nouveau palier. Cet album ressemble à une synthèse de vos précédents travaux, tout en étant bien plus expérimental et pourtant plus accessible. Comment avez-vous travaillé cet album ? Aviez-vous ce résultat en tête au début de l’enregistrement ?
With Born To Ruin you have reached a new level. This album looks like a synthesis of your previous works, while being much more experimental and yet more accessible. How did you build this album ? Did you have that result in mind at the beginning of the recording?

Nous avons vraiment essayé de réduire les choses. L'album précédent avait un son très large et ouvert, la réaction à cela dans un sens était d'essayer de rediriger l'énergie et d'essayer de capturer quelque chose qui serait plus cloisonné et sentirait plus la frustration. Au commencement, c'était tout ce que nous avions à l'esprit, pour être honnête. Mais progressivement, ce modèle nous a mis dans la bonne direction... en ce qui nous concerne.

We did definitely try and narrow things down. The previous album had a very big and open sound, the reaction to this was to try and redirect the energy and try and capture something which felt more caged and frustrated in a sense. When starting out, this was all we had in mind, to be honest. But gradually this as a template set us off in the right direction... as far as we are concerned.

Certains morceaux comme The Derailed ou Bright Lights, Dark Heart sont bien plus sombres qu’à l’accoutumée, même si l’ensemble de l’album est plus ou moins dans ce ton. Quel était votre état d’esprit en enregistrant ces morceaux ?
Some tracks like The Derailed or Bright Lights, Dark Heart are much darker than usual, although the whole album is more or less in that tone. What was your state of mind when recording these pieces?

En fait, la réalisation de cet album était probablement la plus fun de toutes. Nous plaisantons sur ce que nous faisons. Nous aimons les créations assez sombres mais cela ne signifie pas que nous sommes tristes ou déprimés durant le processus créatif. Nous rions de temps en temps... on s'assure juste que personne ne regarde.

Actually, the making of this album was probably the most enjoyable of all our albums. However we are pretty tongue in cheek about what we do. We like to be pretty dark in our creativity but that doesn't mean we are all moody and miserable in the process. We do laugh once in a while... we just make sure no one is looking.

Pour Born To Ruin, vous avez décidé de ne plus travailler avec Leaf, votre label habituel, pourquoi ce choix ?
For Born To Ruin, you have decided not to work with Leaf, your usual label, why this choice?

Nous avons juste estimé que nous avions besoin d'un rafraîchissement, d’aporter un peu de fraîcheur. Cette fois, nous voulions contrôler tout le processus, du début à la fin. Nous voulions avoir une distance plus courte entre les décisions et les exécutions surtout. En faisant cela nous-mêmes, nous n'avions personne d'autre sur qui râler si quelque chose n’allait pas. Et c’est également sympa d'être son propre directeur de label !

We just felt that we needed a different process to keep things fresh. This time we wanted to control the whole process from beginning to end. We wanted to have a shorter distance between decisions and executions basically, and by doing this ourselves, we had no one else to blame if something goes wrong. Also it’s fun to be your own label boss!

Il y a quelques années, vous aviez réalisé l’excellent In Dubs avec Pole. Y a-t-il aujourd’hui d’autres artistes avec qui vous aimeriez collaborer ?
A few years ago you realized the excellent In Dubs with Pole. are there other artists with whom you would like to work with today ?

Diamanda Galas. Apparemment, elle joue si fort sur son piano qu'elle pète les cordes. C'est une expérience que nous n'avons pas encore réussi.

Diamanda Galas. Apparently she plays so hard on the piano that she brakes the string. That is a skill that we have yet to achieve.

Audio


Focus Berlin Atonal 2017 : Pessimist, l'interview

Premier focus sur cette nouvelle édition du festival Atonal qui, comme à l’accoutumée, risque fort de vous scotcher les cinq sens. Et dans un premier temps, on a tenu à s’entretenir avec Kristian Jabs, jeune musicien anglais pas loin de la trentaine qui, à une certaine échelle, est en train de révolutionner la techno telle que nous la connaissons. Originaire de Bristol, cet artiste plus connu sous le pseudonyme de Pessimist s’est forgé une solide réputation d’entertainer grâce à ses dj-sets racés et noirâtres, mais c’est pourtant avec ses productions qu’il séduit le plus grand nombre. Qu’il le reconnaisse ou non, sa musique emprunte au bagage historique musical de la ville dont il est issu, mêlant à la fois trip-hop, drum'n'bass et indus au gré de productions savamment sauvages et hypnotiques. La musique de Pessimist est de loin la plus représentative de la cité brumeuse du nord de l’Angleterre, passant du gris au noir de jais en une fraction de seconde et alimentant nos cauchemars d’une rythmique battant à 120 BPM. La sortie de son prochain album sur Blackest Ever Black devrait confirmer son statut d’icône et définitivement sortir ce diamant brut resté trop longtemps dans l’underground.

Hello Kristian, peux-tu nous raconter comment tu es tombé dans la musique ?
Hello Kristian, can you tell us how you got into the music?

Salut. En fait, depuis très tôt, j'ai toujours été intéressé par la musique : j'ai joué de la guitare et de la basse, puis, à l'âge de 15 ans, je me suis mis au logiciel Reason que j'utilise toujours à ce jour. Je suppose que c'était inévitable, la musique est mon principal objectif et intérêt dans la vie et je crois avoir compris cela déjà très jeune.

Hello. Well, from a young age I was always interested in music, I played guitar & bass guitar and then eventually when I was 15 I had a go on Reason, the software I still use til this day. I guess it was inevitable that I’d keep at it, music is my main focus and interest in life and I think I understood that since I was very young.

Ta musique a énormément évoluée depuis tes premiers EPs. Penses-tu qu’il t’ait fallu un certain temps pour te forger cette identité aujourd’hui reconnaissable entre toutes ?
Your music has evolved a lot since your first EPs. Do you think that it took you a while to create this identity that is today so unique ?

Je suppose. Comme mentionné précédemment, j'ai débuté très jeune en commençant à être publié sur des labels en 2010, je devais avoir 18 ans. Je pense qu'il est assez difficile d'avoir une identité très particulière à cet âge. Parfois, je réécoute certaines prods et je me dis : Jésus ! ça sonne comme de la merde. Cela dit, j'ai toujours concentré ma musique sur la percussion, cela n'a jamais changé, je me suis toujours penché vers certains processus qui ont donné à ma musique ce « son », c'est-à-dire l'utilisation intensive de reverbs et delays pour donner une sensation plus organique. Beaucoup de drum & bass manquaient de ça à ce moment-là et c’est encore souvent le cas aujourd'hui, les gens pensent que tout le monde veut entendre des sons de batteries semblant être enregistrés dans une chambre anéchoïque, sans écho. Cela m'énerve toujours.
Si tu te réfères au track The Mantra, il n'a été diffusée qu'en 2014 alors que j'avais fait ce morceau avec un de mes amis en 2011. Je pense que c'était le moment où je me suis senti vraiment moi, celui qui a marqué mon identité et a exposé le fil directeur, le son « ruffhouse » et tous les morceaux de Pessimist qui ont découlé également.

I guess so. As mentioned before I started from a young age, starting to release on labels in 2010, I must have been 18 years old. I think it’s quite hard to have a very particular identity at that age. I listen back to some of it and think, jesus, that sounds shite. That said, I’ve always focused my music on percussion, that’s never changed, I’ve also always leaned towards certain processes that’s given my music the ‘sound’ it has i.e the heavy use of reverbs and delays to give a more organic feel. A lot of drum & bass was lacking that at that time and most of it still does today, people think that everyone wants to hear drums that sound like they were recorded in an anechoic chamber. That still puzzles me.
I think if you refer back to the track
The Mantra although it was released in 2014, I actually made that track with a friend of mine back in 2011. I think that was the point where I felt I came into my own and really stamped my identity and set out the blueprint for what followed, the Ruffhouse sound and all the Pessimist tracks that followed too.

Tes mélodies oscillent entre trip-hop, drum’n’bass, musique industrielle, etc. Penses-tu que l’héritage musical de Bristol a eu une influence sur toi ?
Your melodies are a mix between trip-hop, drum'n'bass, industrial music, etc. Do you think that the musical heritage of Bristol has had an influence on you ?

Je suis Bristolien, et si vous êtes un Bristolien pas un fan de Massive Attack, Portishead, Tricky, etc. il y a quelque chose qui n'est pas tout à fait vrai. Cela dit, c'est toujours une grande influence pour moi. Je pense que le mélange des cultures et d'influences brille de façon quasi flagrante et ce qui m'a vraiment marqué là dedans a été l'obscurité omniprésente dans cette musique. J'adore la musique morose, ça colle parfaitement à Bristol. De toute évidence, Bristol a une riche histoire dans le milieu de la drum’n’bass, mais pour être complètement honnête, ce n'a pas été une si grande influence pour moi.
Je recommande à tout le monde de voir Bristol pendant qu'ils le peuvent encore parce que la gentrification la fait évoluer de jour en jour. Je me demande parfois si ces influences culturelles qui ont créé le son du trip-hop sont encore là. J'aurais préféré passer une nuit entière à The Dug Out plutôt qu’au Motion, de cette manière. Cela dit, ici l’innovation musicale est un gouffre, et je pense que cela ne changera jamais, ce n'est pas quelques promoteurs et certains lieux honteux qui vont changer ça !

I’m a Bristolian and if you’re a Bristolian and not a fan of Massive Attack, Portishead, Tricky, etc. there’s something not quite right. It’s always been a huge influence for me. I think that mixture of culture and influence shines through so blatantly and what really gripped me with the whole thing was the darkness of a lot of that music. I love music that’s moody, it just suits Bristol. Obviously Bristol has a rich heritage in drum’n’bass too but to be completely honest that wasn’t such a big influence for me.
I recommend anyone to see Bristol whilst they can because gentrification is changing it day by day. I sometimes wonder to myself whether these cultural influences that created the trip-hop sound are actually out there anymore. I’d much rather have spent a night down The Dug Out rather than Motion, put it that way. That said there’s an underbelly of innovative music here and I don’t think that will ever change, it’s just a shame promoters and venues aren’t getting behind it!

Pagans reste encore aujourd’hui l’une de tes plus belles réussites. Un condensé de noirceur mais très axé dancefloor. Y a-t-il certains disques, certains morceaux dont tu es le plus fier ? Qui ont marqué une étape dans ta carrière musicale ?
Pagans is still today one of your best achievements. A condensed darkness but very focused dancefloor. Are there some discs, some songs you're most proud of ? Who marked a step in your musical career?

Ouais, et bien Pagans m'a permis de montrer que je ne suis pas seulement l'un de ces types qui font différentes variantes de musique à 170 BPM. C'est drôle, dans une scène comme celle de la drum’n’bass, les gens commencent à se vexer quand ils n'ont pas les quatre pistes de leur EP au rythme qu'ils aiment alors qu'ils sont eux-mêmes DJ, ils se sentent floués, c'est vraiment une façon étrange d’envisager la musique.
Je pense que, comme mentionné précédemment, The Mantra a été une étape importante pour moi. En outre, la version UVB-76/Straight 9 était une déclaration. C'était nous (Ruffhouse) cimentant notre style et c'était presque un adieu à composition ensemble. Je pense que l'écriture de mon premier album doit être le moment dont je suis le plus fier. C'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire. J'ai toujours écouté des albums et, en tant que musicien, il était stupide que je ne le fasse pas. C'est un format où je peux vraiment m'exprimer et raconter une histoire. Je suis content de l'avoir fait quand je l'ai fait, pas trop tôt, mais aussi en le remettant pas à un moment où je ne pourrais pas revenir en arrière.

Yeah, well Pagans was me showing that I’m not just this guy who makes different variations of 170 bpm music. It’s funny, in a scene like drum’n’bass people start getting upset that they don’t have all 4 tracks of the EP at the tempo they like to DJ themselves, they feel cheated, that’s a really weird way of looking at music.
I think as mentioned earlier,
The Mantra was a milestone for me. Also the UVB-76/Straight 9’s release was a statement. That was us (Ruffhouse) really cementing our style and it was almost a farewell to us writing together. I think writing my first album has to be my most proud moment though. It’s something I always wanted to do, I’ve always listened to albums and as a musician it would be silly not to do it myself. It’s a format where I can really express myself and tell a story. I’m glad I did it when I did, not too soon but also not putting it off until some perfect moment that might never come.

Ton premier album est prévu ce mois-ci sur Blackest Ever Black. À quoi ressemblera-t-il ?  Quelle a été ta manière de l’aborder en comparaison à tes précédents travaux ?
Your first album is scheduled this month on Blackest Ever Black. What will it sound like? How did you concieve it compared to your previous works ?

Il est destiné d'être écouté du début à la fin, il n’est pas conçu pour piocher tel track comme on piocherait une cerise ou en choisissant quel morceau conviendrait à tel set. Toutes les pistes fonctionnent comme une seule unité, comme un film presque. Il est très froid, minimaliste et conduit par la rythmique.
C'est un album purement instinctif, il n'a fallu qu'un mois pour écrire des morceaux qui fonctionnent par eux-même, je voulais que mon premier album sonne de cette façon, naturel. Comme tous mes albums préférés, ils ont toujours une certaine rage, je n'aime pas quand c’est trop poli et sur-réfléchi. J'ai essayé de déverser beaucoup de mes influences tout au long de l'album et je pense que j'ai réussi à accomplir cela grâce à Kiran Sande, qui a rendu ça possible et m’a permis de me sentir à l'aise afin que cela vienne naturellement.

It’s intended to be listened to from start to finish and it’s not about cherry picking which track you like the most or which track could fit into your set. All the tracks work as a single unit, like a film almost. It’s very cold, minimalist and beat driven.
It’s a purely instinctive album, it only took a month to write the actual tracks themselves, I wanted my first album to sound that way, natural, like all my favorite albums, they always have a certain rawness, I don’t like super polished and over-thought music. I’ve tried to get across a lot of my influences throughout the album too and I think I’ve managed to accomplish that with thanks to Kiran Sande for allowing that and making me feel comfortable to do what comes naturally.

À la maison, tu écoutes quoi ?
What are you listening at home?

Des choses diverses, j'écoutais NTS récemment. Je n'écoute pas beaucoup de musique actuelle. Je travaille tellement à plein temps dans la musique pour la télé qu’il m’est parfois difficile de rentrer chez moi et d'être en mode PLUS DE MUSIQUE !

Various things, I’ve been listening to NTS a lot recently. I don’t listen to loads of current music though. I work full time in TV making music so sometimes it’s hard to get home and be like MORE MUSIC!

Tu es également reconnu pour être un DJ talentueux, qu’est-ce qui te procure le plus de plaisir  jouer en live ou en DJ set ?
You are also known as a talented DJ, what gives you the most pleasure to play live or DJ-set?

Je n'ai pas joué en live avant. Je souhaite le faire un jour mais ça ne fonctionne pas vraiment avec la manière dont je façonne ma musique en ce moment. J'aimerais bien penser que je préfère le live, quoique j'aie vu des sets live qui sont à la limite de la fraude, juste un gars qui jouait ses tracks sur Ablelton en ajoutant un filtre, c'était de la merde. Est-ce que c'est un live ou du djying ?

I haven’t played live before. I wish to do it someday but it doesn’t really work in conjunction with the way I write my music right now. I’d like to think I’d prefer live though. I have seen some ‘live’ sets that are verging on fraud though, just some guy playing his tracks on Ablelton but fiddling with a filter, it was shit. Is that live or djing?

On te retrouvera cet été au festival Atonal. À quoi ressemblera ton show ?
We will see you this summer at the Atonal festival. What will your show look like? Will you play your album?

Je suis trop pressé d’y être, je suis tellement heureux d'être choisi pour y jouer. Je vais jouer en DJ, terminer la scène scène Null. Avec le Berlin Atonal, il faut s'attendre à une variation par rapport à mon set habituel. Vous obtiendrez certainement la fureur de l'album et ce qui a contribué à l'influencer.

I can’t wait for that one, Im so happy to be picked to play there. I’m going to be DJ’ing, closing Stage Null and with it being Berlin Atonal expect some variation compared to a usual set of mine. You’ll definitely get a sneak into the album and what helped influence it.

Audio


Focus Berlin Atonal: Interview Silent Servant

De tous les artistes que l’on aura tenté d’interviewer, Silent Servant nous paraissait certainement le plus inaccessible. L’artiste angeleno ayant la réputation de se montrer discret et rare en interview, on ne voyait pas bien comment approcher le musicien célèbre pour son univers âpre et sa culture indus et post-punk. A notre grand étonnement la demande sera inverse, l’homme présent au festival Berlin Atonal pour un ultime showcase dédié au feu label Jealous God en profite pour se confier. Une page qui se tourne ! Et Juan Mendez est bien décidé de nous expliquer le pourquoi du comment… Enfin tout en gardant une part de mystère !

Salut, Juan ! À la base, Jealous God est un projet que tu as monté avec Karl O’Connor et James Ruskin, mais finalement tu sembles être le seul aux commandes, pourquoi ?
Hi, Juan! Initially, Jealous God is a project that you have created with Karl O'Connor and James Ruskin, but in fact you seem to be the only one in control, why ?

Les choses se sont montées de cette façon. James et Karl étaient tout deux occupés avec leurs labels respectifs ( James / Blueprint ) et ( Karl / Downwards ) donc j’ai pris en main les opérations et adapté au fur et à mesure.

Things just worked out way. Both James and Karl are busy with Their respective labels (James / Blueprint) and (Karl / Downwards) so I just took over operations and update things as they happen.

Quelle était l’idée derrière ce label ? Il y avait un concept musical, mais aussi esthétique n’est-ce pas ?
What was the idea behind this label ? It was a musical concept, and also aesthetics, is’nt it?

À la base, l'idée c'était la couleur. Progresser du noir vers le blanc. Puis le concept a commencé à tourner autour d'une expérience relative. Laisser les gens raconter leur expérience créative à travers leur support préféré.

Basically the idea was color. Move forward from black and white. Conceptually it has become about relative experience. Letting people narrate their creative experience in their desired medium.

D’où vient ce nom ? Jealous God !
Where does this name come from ? Jealous God !

Demande à Karl O’Connor ;)

Ask Karl O'Connor ;)

Comment choisis-tu les artistes avec qui tu souhaites travailler ?
How do you choose the artists you want to work with ?

À la base, tous les intervenants m'ont inspiré de différentes façons : film, vidéo, musique et photographie. Pour l’essentiel, je veux juste transmettre ce genre d’expérience visuelle ou auditive à un large public ou à un public différent. Je me sens très honoré que les artistes impliqués m’aient permis de présenter leur travail.

Basically everyone involved has inspired me in different ways: film, video, music and photography. I basically just want to pass the visual or auditory experience to a larger audience or different audience. I feel very honored that the artists involved have all allowed me to showcase their work.

Pourquoi chaque sortie est accompagnée d’un CD mixé par un autre artiste, n’aurait-il pas été plus intéressant que chaque producteur continue de présenter son univers par un mix qui lui est propre ? En quoi était-ce plus important d’apporter une vision extérieure ?
Why a CD mixed by another artist is joined to each output, don’t you think that it would have been more interesting that each producer continues to present his world by a mix of its own ? Why was it important to provide an external view ?

Au départ, je voulais juste montrer que ces choses peuvent provenir d'endroits très divers. Je m'inspire constamment de personnes et de choses différentes donc, dans mon esprit, ces mixes donnaient un point de vue plus large. Je voulais que les choses paraissent variées et un peu aléatoires, pas destinées à un regard singulier.

Initially I just wanted to show that these things can come from a very diverse place. I am constantly inspired by different people and different things so these mixes just gave a wider point of view in my mind. I wanted things to feel diverse and a bit random they were not always intended to have singular view.

C’est maintenant officiel, Jealous God c’est fini. Pourquoi ce choix ?
It is now official, Jealous God is over. Why ?

Personnellement, il est temps d’avancer. Je me suis senti super chanceux d’avoir été en mesure de faire ce qu’on a accompli. C’est une petite empreinte dans l’univers mais heureusement on laisse quand même une marque bien visible. La musique peut faire beaucoup de choses, mais ce sont ces choses qui ont compté pour moi. Lorsque les derniers enregistrements sortiront, le label aura terminé sont travail je pense.

Personally it is time move on. I felt super fortunate that we have been able to do what we are doing. It is very small in grand scheme of things but hopefully we leave a visual point of view. Music can do many things but these are the things that have mattered to me. When the remaining records come out the label will have done it's job in my opinion.

Tu es assez rare en interview, pourtant, on dirait qu’il était important pour toi d’expliquer pourquoi tu mettais fin à Jealous God. Pourquoi?
You are quite rare on interview, yet it seems that it was important for you to explain why you put an end to Jealous God. Why?

Ce n’était pas vraiment mon intention, c’est ce que les gens choisissent de raconter.

That was not really the intention it’s just what people chose to talk about.

Tu seras dans quelques jours au Festival Berlin Atonal pour un dernier showcase qui marquera définitivement la fin de Jealous God. Comment s’est mis en place cet évènement ? Que représente pour toi le Berlin Atonal ?
You will be in Berlin Atonal Festival in a few days for a final showcase that will definitively mark the end of Jealous God. How will this event  be set up ? What means the Berlin Atonal for you ?

Le showcase était quelque chose que je voulais faire d’une certaine façon et Atonal nous a permis de le faire. L'installation dans son ensemble sert pour l'essentiel à faire l'expérience du label en temps réel, des visuels aux artistes, pour le meilleur ou pour le pire. Pour moi, Atonal est une manière de montrer une sorte de progrès. Ces choses sont toutes relatives, mais nous espérons que les gens les aimeront et de là nous pourrons passer à l’étape suivante.

The showcase was something I wanted to do a certain way and Atonal allowed us to do it. The whole set up is basically to experience the label in real time from the visuals to the artists, for better or worse. Atonal for me is about showing some kind of progress. These things are all relative but hopefully people can enjoy them and we can move on to the next step from here.

La fin de Jealous God, c’est un peu la fin d’une époque j’imagine, un peu comme ça le fut avec Sandwell District, non ? Quels rapports entretiens-tu avec tes anciens camarades Peter Sutton et David Sumner ? Vous reverra-t-on un jour collaborer de nouveau ?
The end of Jealous God, it's a bit the end of an era I guess, a bit like with Sandwell District, right ? What connections do you still have with your old friends Peter Sutton and David Sumner ? Will we ever see you work together again ?

Le temps passe et je garde avec moi le meilleur de ces expériences. On travaille tous sur quelque chose de mieux pour nous-mêmes, et peut-être que dans quelques temps nous retravaillerons ensemble, mais pour le moment nous laissons simplement les choses en l'état.

Things pass and I have taken the best of these experiences with everyone to heart. Everyone is working towards something better for themselves and maybe in time we will come back together but for the time being we just leave laying dogs as they are.

On te sait grand fan de coldwave, de post-punk, de musique industrielle… Musique que tu as remise au goût du jour au sein de Tropic of Cancer ou aux côtés de Karl O’Connor dans le reboot de Sandra Electronics… En dehors de tes activités de producteur et DJ techno, n’as-tu jamais eu envie de revenir aux origines de ces musiques, en créant ton propre groupe par exemple ?
We know you’re a big fan of coldwave, post-punk, industrial music... Music that you put back on trends in Tropic of Cancer or alongside Karl O'Connor in the reboot of Electronics Sandra... Apart of your activities of producers and techno DJ, have you ever wanted to return to the origins of this music by creating your own group, for example.

Tous ces genres ont façonné ce que je fais, mais vous devez aller de l’avant et laisser les choses se développer naturellement. Je suis un DJ, à la fin de la journée, je me rends compte que c’est là où je me sens le plus à l'aise.

All of those things have shaped what I do but you have to move on and let things develop as they may. I am a DJ at the end of the day I am realizing that is where I feel most comfortable.

Quels sont tes projets futurs, pour les mois à venir ?
What are your future projects for the upcoming months?

C'est ce que j'essaie de savoir à l'heure actuelle.

That’s what I’m trying to figure out at the moment.

Vidéo

Silent Servant 60 min Boiler Room Berlin DJ Set