Melted Toys - Observations / Blush

Melted ToysAprès un split partagé avec leur voisin friscains Dominant Legs sur Atelier Ciseaux en 2011 et un premier EP sur , Washed & Dried paru la même année, on attendait les tongs aux pieds et la chemisette tendancieusement ouverte l'album annoncé du désormais quatuor emmené par Steven Harkins. Deux étés s'écoulèrent dans l’indolence et l'insouciance et rien, que dalle, Melted Toys semblait mettre en hiatus leur propension à dépeindre cette radieuse sérénité bleu pastel. La réalité : un ordinateur oublié dans un train, un déménagement à Los Angeles et un voyage en Asie. Le long format attendu aura donc mis plus de trois ans à maturer mais sera livré à pic, en plein été 2014, le 15 juillet prochain, via Underwater Peoples Records en version vinyle, et Atelier Ciseaux, en édition cassette ultra-limitée à cinquante exemplaires. Le résultat : une écriture pop grimée d'un romantisme nimbé de soleil et d'une verve trempée d'onirisme, délayant une légèreté fidèlement conservée par le travail au mixage de Rusty Santos (Warp).

Audio

Tracklisting

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Melted Toys - S/T (Underwater Peoples Records / Atelier Ciseaux, 15 juillet 2014)

01. Intro
02. Bummed Out
03. Horizons
04. Press A (Habitat)
05. A Postcard
06. Blush
07. Always
08. Water Arches
09. Joy Fit
10. Observations
11. Come On
12. Citrus Honeymoon
13. Come On (Demo/ bonus track)


Police des Mœurs l'interview

Police des Mœurs est la trame sonore de la nuit nucléaire, un moment transitoire vers un monde post-technologique et post-écologique. Je découvrais d'un bloc le label montréalais Visage Musique (lire) et voilà en substance ce que l'on pouvait lire à l'encontre du groupe dont on s'empressera de publier en suivant la face A d'un split sur le même label avec Frank (Just Frank), La Politique de la Division (lire). Il y avait tout ce qui faisait nos nuits d'alors en quelques morceaux dont un premier maxi paru en mai 2011 et comprenant les saillies aussi concises qu'efficaces, Ville Souterraine et Monde Fallacieux. A la synth-pop chromatique et duveteuse de Gold Zebra, répondait ainsi celle froide et anguleuse de la bande emmenée par Francis Dugas. Depuis lors, on ne les a jamais vraiment quitté, notamment à l'heure de leur grand saut discographique et transatlantique, du maxi Les Mécanismes de la Culpabilité (lire) au récent split avec Essaie Pas (lire) sur Atelier Ciseaux, en passant par ce premier LP éponyme et incontournable sur la structure néo-berlinoise instiguée par Alessandro Adriani, Mannequin Records (lire). A l'heure où le groupe s'apprête à franchir l'océan afin d'entamer sa première tournée européenne, on a donc décidé de mettre les petits plats dans les grands, avec en plus d'un entretien avec Francis à découvrir ci-après, une mixtape confectionnée par ses soins en fin d'article en plus du remix exclusif de Ta Fin du Monde par Jordan Dare. En somme, tout ce qu'il faut pour se radiner la bouche en cœur le 4 juillet prochain à l'Espace B (Event FB).

Audio (PREMIERE)

Entretien avec Francis Dugas

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Police des Mœurs a sorti en 2011 un premier EP sur Visage Musique. Le groupe pré-existait-il à celui-ci ? Peux-tu nous raconter comment le groupe s'est peu à peu constitué ? 

Les chansons sur cet EP sont les quatre premières composées pour Police des Mœurs. Au départ, je souhaitais que ce ne soit qu'un projet studio auquel pourrait se greffer Anouk pour faire des voix. Puis, au bout d'un an, j'ai eu le goût de faire des concerts. Fred s'est alors joint à moi et Anouk en prévision du live. Après quelques concerts, Catherine est arrivée, finalement remplacée par Christine. Tout s'est fait progressivement.

Le nom du groupe et les textes évoquent une certaine obsession anti-totalitaire, évoquant un monde plongé dans une sorte de dystopie orwellienne. Quel est le propos du groupe ? Peux-tu développer les thèmes abordés ?

Comme la musique, les thèmes puisent dans certains de mes souvenirs des années 80, particulièrement le climat de la guerre froide et la crainte du nucléaire. L'idée est de voir un peu de quelle façon l'anxiété, les craintes, la surveillance et la paranoïa liées à ce contexte ont évolué et se déploient maintenant, tant en moi que dans le contexte plus global. Ceci dit, les paroles plus récentes reposent sur des préoccupations plus personnelles, mais elles font quand même écho aux mêmes angoisses. J'essaie aussi que tout ça demeure ouvert à l'interprétation, un peu flou. Il n'y a rien de didactique ou d'académique, malgré le fait que tout cela semble très sérieux dit comme ça.

A ton sens, c'est important pour un groupe d'avoir une vision à défendre, à suggérer ? Quelle place occupe le contexte politique et social dans ta façon d'écrire ?

Important en général, non ; important pour moi, oui. Je suis assez préoccupé par le contexte social et politique, alors forcément, ça se retrouve dans les paroles. Mais la majorité des paroles n'abordent pas directement ces thèmes et sont motivées par des émotions ou observations plus personnelles. Mais pour moi, il y a un lien entre la politique, le social et la façon dont on se comporte dans la sphère privée.

Pour décrire Police des Mœurs, on cite souvent la synth-pop européenne de la fin des années 80. Quelles sont les grandes influences qui président à PDM ? Cherchez-vous à les divulguer explicitement – par quelques clins d’œil – , ou tentez-vous de les gommer dans un langage qui vous est propre ?

Je ne crois pas que nous cherchions explicitement à divulguer nos influences. Celles-ci sont d'ailleurs très diverses. En ce qui me concerne, mes grandes influences synth n'ont rien d'obscures : New Order, OMD, Depeche Mode des débuts, Jean-Michel Jarre, Rational Youth, Visage. Ce sont les groupes que j'ai connus et entendus il y a très longtemps et en ce sens, leur influence est probablement beaucoup plus présente dans mon ADN que tous les autres groupes du genre plus obscurs que j'ai pu découvrir par la suite grâce au Web. Ces influences sont à la base du projet, mais elles s'ajoutent à un tas d'autres, moins perceptibles : punk, krautrock, techno, psych des 60's, rock and roll des débuts, avant gardes du XXe siècle, etc. J'essaie peu à peu d'enrichir notre langage synth pop minimal avec tout ça et de ne pas être trop ''by the book''.

L'esthétique des pochettes fait penser à celle des fanzines punk et post-punk. C'est voulu ? Quelles sont vos inspirations en la matière ?

Ha ! Oui, c'est clairement voulu. J'ai toujours été attiré par ''l'esthétique de la photocopie'' et le noir et blanc. Je pense que c'est important pour les labels d'avoir des identités visuelles fortes comme Crass ou Factory ont pu en avoir. Pour le reste, tu l'as dit, les fanzines des années 80 sont une super influence.

Votre premier EP a été suivi par un split, toujours sur Visage Musique, avec Frank (Just Frank). Comment considérez-vous la scène synth européenne actuelle ? Vous vous sentez plus proche d'elle ou de celle de Montréal ? 

On se sent probablement plus proche de celle de Montréal car on connaît bien mieux les gens qui y gravitent et on a joué avec tout le monde avec le temps. La tournée européenne permettra probablement de mieux juger de notre place là-bas. Musicalement, j'ai en revanche du mal à voir à quel endroit on se situe exactement. Je suis plus sensible aux affinités qui relèvent d'une certaine vision, de façons de faire, etc. Pour cette raison, on joue parfois avec des groupes hardcore et je ne sens pas que nous ne sommes pas à notre place, malgré le décalage musical évident.

Police des Moeurs

Comment expliques-tu cette résurgence d'intérêt depuis cinq/six ans pour le matériel analogique, la musique synth, et parallèlement cette volonté de réédition d'une foultitude de formations oubliées du milieu des 80's ? 

Pour les rééditions, je pense qu'Internet et particulièrement Facebook jouent un rôle fondamental. Il était impensable de rééditer certains trucs avant dû à l'incapacité à rejoindre un marché. Facebook règle une partie de ce problème et économiquement, certaines rééditions deviennent envisageables. Ce phénomène n'est pas non plus exclusif à la musique synth : il touche à peu près tous les genres. Pour le reste, je crois que les gens ont longtemps amalgamé tout ce qui était électronique et tous les types de synthés. Or, des amateurs de rock commencent à découvrir que les synthés ou boîtes à rythmes analogiques ont une puissance ainsi qu'un côté brut et immédiat qui peut rivaliser avec les guitares. Le matériel analogique a une espèce d'''aura'' authentique, légitime ou non, qui touche des gens qui ne sont pas nécessairement intéressés par le numérique. Ceci dit, une partie de tout ça repose sur un effet de mode et rien d'autre. Roland sort bientôt un nouveau synthé numérique qui reproduira certaines des anciennes gloires analogiques de la compagnie. Or, une partie du public a déjà déserté sous prétexte que ce n'est pas analogique et ce, sans avoir entendu quoi que ce soit. C'est de l'intégrisme.

Après ce split, vous avez franchi l'Atlantique discographiquement en sortant deux EP sur le français Atelier Ciseaux et l'allemand F.K.K. Est-ce pour vous une manière de vous rapprocher de votre véritable public ? 

Oui, clairement. C'est un façon d'aller voir ailleurs. Les premiers à avoir embarqué vraiment sont les Allemands, alors F.K.K. semblait un choix logique. Puis, pour Atelier Ciseaux, l'intérêt était surtout de sortir quelque chose sur un label très D.I.Y., mais qui ne se spécialise pas vraiment dans ce que l'on fait. Bref, sortir un peu d'une zone de confort et des évidences.

Vu de France, la scène montréalaise et canadienne semble fourmillante, avec notamment Visage Musique, mais aussi Electric Voice ou encore Fixture Records. Le Canada est-il le meilleur endroit pour bidouiller ses synthés et ses boîtes à rythme ? 

La Canada est très grand. Je n'ai aucune idée de ce qui passe à l'extérieur de Montréal et un peu de Toronto. Nous avons nettement plus de liens avec l'Europe qu'avec le reste du Canada. Nous allons faire une tournée européenne mais personne au Québec à l'extérieur de Montréal ne nous a invités à jouer chez lui ! Donc c'est très difficile pour moi de parler pour autre chose que Montréal. Maintenant, pourquoi tout ça se passe ici ? Je n'en sais rien. On dirait que tout à convergé, un peu par hasard et de différentes provenances. Ce qui est fantastique est qu'il n'y a pas vraiment de son montréalais très distinct, les affinités se développent d'une autre façon, par une vision commune.

L'ironie est que dans le grand monde de la musique ''alternative'' montréalaise, cette scène ne reçoit pas beaucoup de considération, en tout cas, celle-ci n'est pas proportionnelle à l'intérêt qu'elle reçoit à l'extérieur.

Parle nous du LP sur Mannequin. On sent dessus une volonté d'écriture et de production qui contraste avec vos débuts où l'urgence conférait une certaine patine synth-punk. Quel était le but avec ce LP ? Pourquoi avoir choisi Mannequin ? 

Le but était de faire un LP comme ceux que j'aime : un disque qui te demande de t'asseoir, d'écouter et de te laisser porter, pas une simple succession de chansons accrocheuses. Je voulais qu'il y ait de la matière, de la substance, des couches. Bref, l'idée était d'utiliser le format pour ce qu'il est et non de faire une compilation de singles potentiels. Je sais que pour certains, c'est décevant que ce soit différent du premier EP, mais créativement, je pense que ça serait une erreur de toujours rester dans les mêmes eaux, même si la base sera toujours la même. Ceci dit, ça ne témoigne pas d'une orientation future ni rien du genre, juste de la volonté de faire un album avec de la viande autour de l'os et des chansons plus longues, mais toujours avec un synth pop minimal comme colonne vertébrale.

Le choix de Mannequin s'est imposé parce qu'il s'agit d'une des compagnies qui bénéficie du plus de visibilité dans le genre que l'on fait, et comme nous envisagions de venir en Europe, ça faisait sens de choisir un label européen.

J'ai écouté votre futur split avec Essaie Pas sur Atelier Ciseaux. Tu nous racontes comment l'idée de ce split s'est imposée à vous ?

Au départ, ça devait être un EP 7'' pour la tournée. Puis Rémi d'Atelier Ciseaux est arrivé avec l'idée d'un split. Évidemment que ça nous intéressait. Pierre d'Essaie Pas avaient déjà fait notre son pour quelques concerts et nous avons même discuté qu'il réalise éventuellement un de nos enregistrements. Alors bien que musicalement nos identités soient distinctes, c'est une association qui est assez naturelle en ce qui me concerne. J'ai découvert la musique solo de Marie et d'Essaie Pas avant de les connaitre personnellement et j'étais déjà très admiratif... et tu vois, les trois chansons de PDM qu'on y trouve sont nettement plus directes et dépouillées que celles du LP. C'est un peu un retour à l'énergie quasi synth-punk du départ, même si c'est quand même pas mal différent.

Mis à part ce split, quel est le futur proche du groupe ?

On travaille sur une cassette de reprises punk pour un petit label d'ici et, en parallèle, sur un second LP.

Mixtape

01. Éphéméride - Le Fruit vert
02. Fugue - L'Avenir
03. Nuclear Reactions - Bill Wyman
04. Nothing in my Heart - Horrid Red
05. Weight Loss in Wartime - Image of Life
06. Aviation - Experimental Products
07. Faces Confused - Tuxedo Gleam
08. Lines - Disco Geometrico
09. 215061 - AFX
10. Glaze - Container

Tournée

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Police Des Moeurs & Essaie Pas - Split 12" (PREMIERE)

Si la scène synth-pop montréalaise semble, vue de France, en pleine ébullition, c'est aussi et surtout parce que ses membres sont plus qu'actifs discographiquement. Dernier exemple en date, Police des Moeurs - déjà auteur du maxi Les Mécanismes de la Culpabilité sorti mi-2013 sur Atelier Ciseaux (lire) et d'un LP en décembre dernier sur Mannequin (lire) - et Essaie Pas - duo responsable du très bel EP Nuit de Noce sur Teenage Menopause (lire) et composé de Pierre Guerineau et Marie Davidson dont l'album Perte d’Identité sur Weyrd Son Records (lire) est une véritable claque - gravent chacun une face d'un même maxi à paraître le 17 juin prochain sur le plus canadien des labels français, Atelier Ciseaux (lire). Et si dans la plupart des cas en musique, productivité rime avec nivellement par le bas, autant préciser que tel n'est pas le cas s'agissant de ces deux groupes tissant, à l'aune de résonances synthétiques, une pop glacée et glaçante, véritable bande-son désenchantée de l'illogisme contemporain. Je te Montrerai (feat Donzelle) des premiers et Retox des seconds, à écouter ci-après, en témoignent catégoriquement.

Polide des Moeurs sera en tournée européenne en juillet 2014, dont une date à l'Espace B le 4 juillet (Event FB). Pour le pré-order du split, c'est par .

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Police Des Moeurs & Essaie Pas - Split 12" (Atelier Ciseaux, 17 juin 2014)

Side A - Police des Moeurs

Corps Invisible
Je te Montrerai (feat Donzelle)
Ombre

Side B - Essai Pas

De Menthe Liqueur (part II)
Retox
CCAARRCCAAJJOOUU

PDM EP


Francis Lung - Selfish Man

Si l'on colle instantanément a Tom McClung, tel un épithète sardonique, son passé au sein de WU LYF, ce bassiste de formation n'en a que faire à l'heure de lancer sa frêle carcasse sur les devants de la scène, jouant pour la première fois seul, sous le patronyme de Francis Lung, une pop gracile à la nudité confondante. Ainsi donc, après le téméraire de dénuement Age Limits - l'âge de la raison - l'anglais distille un vénérable diptyque sur Atelier Ciseaux, le très recommandable 7" A Selfish Man / Tsunami Blues (cause of Me) à paraître le 16 janvier prochain, dont la face A est ci-après en écoute, convoquant tout un pan de la pop music britonne, de Mazzy Star à Saint Etienne en passant par un je-ne-sais-quoi de Belle and Sebastian.

Audio


Street Gnar - Don't Tell (PREMIERE)

Street Gnar - Shrine EPSans doute parce que l'image attachée à certains labels colle un peu trop à la peau d'artistes cultivant la nuance, et sans doute aussi parce que certains labels abhorrent les étiquettes coulées en béton, il n'empêche, le nouvel EP de Street Gnar est à paraître le premier octobre prochain sur Atelier Ciseaux, label idoine pour émanations pop inclassables. Après deux cassettes LP, Poking the World With a Stick et Study Wall, respectivement parues via Night People et Burger Records - mythique et hyper-actif label garage-punk -, Case Mahan, originaire de Lexington dans le Kentucky, opte pour la structure française, a priori quelque peu influencé par son colocataire et pote d'enfance, Idiot Glee (lire). Celui qui deux ans auparavant concourait au très expérimental 7" Lone Runner de Dirty Beaches signe ici une collection de vignettes psyché-fuzz, biscornues et savamment gondolées par l'effet conjugué sur ses enregistrements lo-fi d’embruns tourbillonnants et d'un soleil trop prégnant. Loin de New-York, on s'imagine en Californie, où un transistor, fichu dans le sable, crachote les radieuses mélodies de Shrine, chatouillant l'évidence tout en se parant des vertus contemplatives de la répétition narcotique. Don't Tell, résonnant ici comme le parfait échos de Lift Up préalablement dévoilé par le biais d'une curieuse vidéo signée Coleman Guyon (lire), est à découvrir ci-après, tel un songe dévoyé, transpercé de guitares s'étirant nonchalamment, sur fond d'américana lointaine et subtile. On reprochera uniquement de n'avoir pas eu plus tôt entre les mains ce brillant recueil, miroir d'un été au goût délicieusement acidulé.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Street Gnar - Shrine EP (Atelier Ciseaux, 1er octobre 2013)

A1. Lift Up
A2. Be Good or Be Gone
A3. Constantly Crushed
A4. Take Aim

B1. Don't Tell
B2. String
B3. Locked Out


Idiot Glee - Pinkwood

Lorsque le label digital Beko (lire) s’escrimait chaque lundi à ouvrir sa boîte de Pandore, personne ou presque ne pouvait préjuger du devenir de chaque groupe s'ajoutant à la limitative liste. S'il est inutile de citer - parmi les cent - tous ceux ayant plus qu’honorablement tiré leur épingle du jeu, James Friley fait figure d'épouvantail. Par le biais d'une référence 35, le natif de Lexington, dans le Kentucky, a en effet propulsé son projet Idiot Glee sur les cimes de quelques charts, signant derechef sur l'éminente structure britonne Moshi Moshi, et ce, peu avant de parcourir le globe ses délicates compositions en bandoulière. Plus d'une année après la sortie de son premier LP Paddywhack, voici que le pianiste de formation classique ressort du bois histoire d'adresser sans une once de redite quelques graciles mélopées dont la propagation a été confiée les yeux fermés aux labels Atelier Ciseaux et Bureau Bureau. Lovant un minimalisme instrumental, outillé de quelques claviers et boîtes à rythme, dans la chaleur de ses vocalises, le jeune homme de vingt-quatre ans glisse avec Pinkwood une doucereuse mise en bouche, où nostalgie rime avec poésie.

Audio

Tracklisting

Idiot Glee - Life Without Jazz (26 février 2013, Atelier Ciseaux / Bureau Bureau)

A1. Vibrato
A2. Pinkwood
A3. Pipes

B1. Life Without Jazz
B2. Little Berlin


Mount Eerie - To The Ground World Tour

Phil Elverum a sorti en avril denier via Atelier Ciseaux un 7" de Mount Eerie, To The Ground, d'une beauté ineffable (lire), et préfigurant deux LP, paru (Clear Moom) ou à paraitre (Ocean Roar), via son propre label.

Rémi, instigateur d'Atelier Ciseaux et belle âme sensible, ne s'est pas résolu à jouer uniquement ce rôle traditionnellement dévolu aux labels. Continuant à faire vivre cet EP, à sa manière, il initie pour Amour et Discipline un projet impliquant la personne ayant commandé ledit disque par l'envoi d'une photo de celui-ci dans son environnement.

On s’est souvent posé ces questions : que deviennent-ils ? Où sont-ils rangés ? A quelle heure du jour ou de la nuit tournent-ils ? C’est quasi frustrant de les abandonner aux mains d’un postier sans ne jamais savoir ce qu’ils deviennent. Forcés à s’inventer des histoires.

Même si on accepte, contraint-passif, la disparition des échanges humains, même si on participe un peu tous à cette future perte de mémoire collective, on a encore besoin d’évidence. De ce concret que l’on appréciait. C’est pour ces raisons que l’on a demandé à toutes les personnes qui ont commandé le 45 tours de Mount Eerie “To the Ground” via notre site de nous donner de leurs nouvelles.

On s’est sentis touchés par tous ces gens qui ont pris le temps de nous envoyer une photo. Ils semblent être entre de bonnes mains. Merci.

L'intégralité de son projet pour Amour et Discipline est à retrouver par .

Audio

Photos


TOPS - Tender Opposites

Si TOPS trouve en Europe un bien bel écrin magnétique via le label franco-montréalais Atelier Ciseaux, le groupe formé par les deux ex-Silly Kissers Jane Penny (voix) et David Carriere (guitare) - en plus de Riley Fleck à la batterie et Thom Gillies à la basse - est un pur produit d'Arbutus Records, label à l'élégance aussi éclectique qu'avérée (Blue Hawaii, Grimes, TonstartssbandhtSean Nicholas Savage). Enregistrant Tender Opposites, leur premier LP, dans les locaux de La Brique - loft transformé en studio et salle de concert et hébergeant la plupart des artistes du label - Tops est l'émanation d'une communauté de groupes ayant de loin ou de près des rapports avec Arbutus : les feu Silly Kissers donc, mais aussi Paula (David Carriere) et Pat Jordache (Thom Gillies) que l'on retrouve notamment sur la récente compilation de la structure dédiée à Montréal (télécharger). À l'instar de Blouse ou Summer Camp, ou de leur compère de maison de disques, Sean Nicholas Savage, les quatre Canadiens ancrent leur musique dans des standards pop propres aux années quatre-vingt, à quelques encablures des Pretenders de Chrissie Hynde ou de Romeo Void, distillant sur Tender Opposites une huitaine de douceurs à la fois naïves et complexes, enjouées et mélancoliques. À l'origine d'une telle ambivalence, l'assurance et la chaleur de la voix de Jane Penny, omniprésente, tranche avec la fragilité rétro de guitares discrètes et de nappes surannées de claviers, suggérant un charme anachronique que la volubilité des mélodies ne fait que subjuguer. Tender Opposites, sans être rétrograde, est ainsi à concevoir tel un voyage passéiste invitant l'auditeur à l'immersion, entre introspection tourmentée (EveningGo Away), funambules cavalcades (Diamond LookVII BabiesTurn Your Love Around) et balades rassérénées (Double VisionRings Of Saturn).

Audio

Vidéo

Tracklist

TOPS - Tender Opposites (Arbutus/Atelier Ciseaux, 2012)

01. Evening
02. Diamond Look
03. VII Babies
04. Double Vision
05. Go Away
06. Turn Your Love Around
07. Rings Of Saturn
08. TOPS Theme


Mixtape : Atelier Ciseaux - "Les plus belles histoires"

Certaines promesses ne sont jamais tenues. D'autres s'insinuent telle une bouteille jetée à la mer, franchissant un océan de quelques mois, et qui, par leur itinéraire accidenté procurent à leurs destinaires un insondable bonheur n'ayant d'égal que sa rareté. Rémi, architecte d'Atelier Ciseaux - à qui l'on doit récemment et en partie un LP d'Ela Orleans, flanqué d'un split avec Dirty Beaches (lire ici et ), en plus d'une cassette d'Oupa (lire) - nous envoie ses vœux pour 2012. Une intime caresse auditive dans le creux de notre nuit.

Mixtape

"Les plus belles histoires ne sont jamais celles qu'on s'invente."


(DL/TL)

01. MOUNT ERRIE - Wind Speaks
02. DESTROY ALL MONSTERS - Cosmos Beat
03. COOL ANGELS - Are U Real? (feat Stef Hodapp)
04. SPACEMEN 3- Honey
05. SPECTRE FOLK - The Blackest Medicine
06. THEE OH SEES - I Need Seed
07. TOPS - Turn Your Love Around
08. FRANCOIS VIROT - Hard Knock Life (Jay-Z cover)
09. JOHN MAUS - Hey Moon
10. SPECULATOR - I'm a Slug
11. SECTION 25 - Melt CLose
12. AMEN DUNES - Bedroom Drum
13. AMANDA WOODWARD - Trop de gens qu'ont mal à mon crâne

Crédits photo @ Luke Byrne


Cough Cool - Plastic Jewlery / Johnny Hawaii - Jesus Words on a Surimi Stick (PREMIERE)

Le 3 janvier prochain paraît un split cassette réunissant l'Américain Dan Svizeny - agissant sous le nom d'emprunt Cough Cool et sortant le 13 décembre via Bathetic un premier LP dénommé Lately - et le Marseillais Johnny Hawaii, que l'on a récemment croisé en ouverture du Midi Festival (lire), alors bien accompagné de ses comparses Kid Francescoli et Oh! Tiger Mountain. Un split en forme d'onirique jonction entre un shoegaze lo-fi, irradié et déstructuré, émanant tout droit d'un Philadelphie dévasté, et un psychédélisme tropical et solaire, à la patine surf rock suave et opiacée. Une délicieuse accolade entre l'est américain et le midi français sous l'égide d'un triumvirat de micro-labels frenchies - Hands In The Dark, Atelier Ciseaux et La Station Radar - dont nous chérissons sans réserve aussi bien l'imagination que l'émulation. La cassette, éditée à cent exemplaires et au packaging de circonstance, est disponible dès aujourd'hui en pre-order sur les sites respectifs de chaque structure. A cette occasion, Jono Mi Lo - par ailleurs auteur de vidéos pour Cankun - s'est fendu d'une mise en image synchrone et hallucinée, conférant au Plastic Jewlery de Cough Cool et au Jesus Words on a Surimi Stick de Johnny Hawaii cette dose de surréalisme saugrenu que l'on avait l'habitude d'humer d'un revers de paille du côté d'Amdiscs. Non sans plaisir coupable.

Vidéos


Black Vatican - Oceanic Feelin' (Locust Music)

Andy Roche : Radical Witness of Iowa fut la troisième sortie d'Atelier Ciseaux. J'entrai par ce biais - un DVD cryptique tiré en cinquante exemplaires sorti en juin 2009 - dans l'univers fracassé, obscur et mystique d'Andy Roche, artiste aux multiples facettes, toutes plus flippantes les unes que les autres. Une véritable gueule. La même qui officie dans la crasse de Chicago aux côtés d'Owen Gardner au sein de l'entité Black Vatican et responsable notamment d'une cassette sur Night People, Zed Omega, en 2007 et d'un split sur Locust en 2008 en compagnie de True Primes. Oceanic Feelin' est donc leur second LP, toujours sur Locust. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les années n'ont pas eu raison de leurs expérimentations weird folk, le duo s'estropiant toujours à l'extrême sur les chaotiques rivages d'une psyché hantée d'électronique ferrailleuse. Ceux autrefois arpentés par Suicide ou même Psychedelic Horseshit (lire).

 

Audio

Vidéos


Terror Bird, Ela Orleans & Holy Strays - Concours

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HARTZINE et BACKYARD VACATION invitent LA STATION RADAR et ATELIER CISEAUX

Au-delà de notre simple volonté de mettre textuellement en lumière l’activité souterraine hautement addictive de cette poignée de micro-labels indépendants qui, de par leur sens du bon goût, leur flair à toute épreuve, l’esthétisme poussé de leurs sorties et j’en passe - créant ainsi un nouveau territoire propice à l’étonnement et étendant chaque jour un peu plus notre curiosité musicale - Hartzine souhaite dépasser la frustration d'un univers numérique quotidien et créer la possibilité d’une diffusion scénique de cette avant-garde.

Associés pour l’occasion à Backyard Vacation, nous invitons La Station Radar et Ateliers Ciseaux le 7 mars prochain à l'International (Paris, 11e) dans le cadre d'une soirée où se succéderont Holy Stays, Terror Bird et Ela Orleans. Fleur et Jérôme de La Station Radar croiseront - entre chaque concert - les platines avec Carl de l'éminent label Clan Destine Records.

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Afin de graver dans le sillon cette soirée mémorable, La Station Radar et Atelier Ciseaux ont confectionné un magnifique CD-R réunissant les trois groupes. Un bel objet, en édition très limitée, uniquement vendu lors du concert - avec une session de rattrapage le 9 mars suivant au Motel (les détails, ici).

Concours

Bien sûr, on vous offre la possibilité de glaner cinq exemplaires dudit CD-R - en plus de deux LP Lost d'Ela Orleans - sans trop vous fouler. Pour ce faire, rien de plus simple : envoyez-nous vos nom, prénom et adresse e-mail à l'adresse hartzine.concours@gmail.com. Les gagnants seront tirés au sort le 5 mars et prévenus le jour même par mail. Les disques seront à récupérer sur place.

Présentation

l_d80ca578ee1c4449a7e167dc27017eafTERROR BIRD
Le duo de Vancouver  électrisera de sa pop synthétique et minimaliste, autour de laquelle pourraient flirter l'intensité shoegaze des Jesus and Mary Chain comme la new wave tourmentée de Bronski Beat. Après l'EP Shadows in the Hall sorti en juin dernier, l'album Human Culture récemment paru sur Night People et Adagio830 vient aujourd'hui confirmer cette belle obscurité dont vous parle David dans sa belle chronique

elaELA ORLEANS
La Polonaise d'origine, New-Yorkaise d'adoption Ela Orleans viendra nous hanter avec ses "films pour les oreilles". Des morceaux cinématographiques à souhait aux mélodies intemporelles et sombres, soutenues par une voix androgyne.

Elle présentera Mars is Heaven, son prochain album, dont la sortie est prévue en avril prochain sur La Station Radar.

holyHOLY STRAYS
Enfin l'hypnotique Holy Strays magnétisera de ses arrangements drones et électroniques, oscillant entre dérives psychés et rythmiques allusives. Après deux cassettes, l'une parue l'été dernier sur le label californien Not Not Fun, et l'autre sortie avec Psychic Handbook chez Deep Tunes, ce Parisien travaille actuellement sur un premier album.

Info

HARTZINE & BACKYARD VACATION invitent La Station Radar et Atelier Ciseaux
w/ TERROR BIRD, ELA ORLEANS, HOLY STRAYS
7 MARS 2010
@ L'International
5/6, rue Moret 75011 Paris

Tous les détails sont à retrouver par ici.

Vidéo


Jeans Wilder - In My Dreams

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L'artiste et son disque n'étaient pas passés inaperçus sur Hartzine. Andrew Caddick, aka Jeans Wilder, épanchant sa sensibilité à fleur de peau au cours d'un entretien à (re)lire par , nous avait même gratifiés d'une mixtape révélant peu ou prou l'essence d'un Nice Trash paru en co-réalisation le 8 décembre dernier sur les luminescents labels Atelier Ciseaux et La Station Radar. De quoi donner copieusement l'eau à la bouche avant la tournée européenne de ce dernier dont on retiendra la date dijonnaise, organisée par nos amis de Sabotage (le 8), et celle parisienne, deux jours plus tard, à la Flèche d'Or. Et s'il fallait remettre une délicate couche d'admonestation bienveillante, Andrew Caddick étrenne In My Dreams, aux charmes délicieusement surannés, le temps d'un vidéo-clip réalisé par Stephanie Wuertz. Le flegme romantique du morceau prend ici une toute autre dimension, abstrait mais toujours aussi sensuel et intemporel.

Vidéos

Tournée

jeans-wilder-tournee-europeenne03/06 - Lyon Le Sonic
03/07 - Metz House show
03/08 - Dijon La Consortium
03/09 - Bordeaux Saint-Ex
03/10 - Paris La Fleche d'Or
03/11 - Gent Kinky Star
03/12 - Amsterdam De Nieuwe Anita
03/15 - Offenbach Hafen 2
03/17 - Hamburg Molotow
03/18 - Berlin Mme Claude
03/19 - Erfurt Franz Mehlhose
03/20 - Bremen Cafe Kurzschluß
03/21 - Kiel Blauer Engel
03/22 - Jena Cafe Wagner
03/24 - Köln Sonic Ballroom
03/25 - Kassel ARM
03/29 - Brno Borno Club
03/30 - Prague Final Club


Coasting / Reading Rainbow - Split 7"

Une sortie en chassant une autre à un rythme désarmant, certaines sont réduites à un silence certes coupable, mais loin d'être immuable. Paru le 8 décembre dernier via Atelier Ciseaux - soit le même jour que l'excellent album de Jeans Wilder, Nice Trash (lire) coproduit par ce même label avec la Station Radar - le split vinyle de Coasting et Reading Rainbow s’immisce à son insu dans cette zone grise de l'admonestation un brin honteuse de l'auteur de ces quelques lignes envers ses propres facultés procrastinatrices. Ce n'est pourtant pas se faire violence que de rebrancher cette pompe à oxygène vers un été désormais lointain où les succédanés de riot grrls déferlaient sur nos plages hi-fi, munies de guitares réverbérées et affublées de belles paires de guiboles striées de résille. Best Coast (lire), Dum Dum Girls (lire), Frankie Rose And The Outs (lire), Vivians Girls (lire)... difficile de réchapper sans succomber au rouge à lèvres écarlate des demoiselles qui, en dignes héritières des Black Tambourine, ne se sont pas faites pas prier pour balancer une palanquée de comptines sous haute tension aux atours éraillés. Dans ce jeu des sept familles d'un rock matriarcal, tirons tout d'abord, et sans hasard, la carte Coasting, jeune duo féminin, sorti de n'importe où sauf de nulle part. Composé, à la batterie, de Fiona Campbell des Vivian Girls (sic) et de Madison Farmer de Dream Diary comme préposée à la gratte, les deux Brooklynoises taillent Snoozefest et What You Want de la même façon que Kids, leur coup d'éclat sur la toile, à savoir, dans les rudiments du genre, caisse claire minimale et brouhaha de saturations anémiées, sans pour autant transcender celui-ci outre mesure. Le flegme des voix, proches d'une Kelley Deal d'avant le naufrage narcotique, résonne telle une promesse si molle que l'on discerne mal le niveau d'engagement supposé des deux consœurs. Un projet ? Une passade ? Un exutoire à leur groupe respectif ?

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Un questionnement... vite balayé par la face B du split autrement plus saillante et vivifiante. Les timides effluves estivales bredouillées par Coasting se dissipent instantanément au contact des deux intenses pop songs fomentées par le duo originaire de Philadelphie, Reading Rainbow. Sarah Everton et Rob Garcia entonnent, pieds au plancher et sourire aux lèvres, d'ineffables hymnes indie baignés d'un soleil cru et peinturlurés d'incandescentes émotions euphorisantes. La bien nommée Euphoria fait montre d'un mur du son délicatement paré de vocalises entremêlées quand la reprise de I Can't Stand It du Velvet Underground dynamite, d'un joyeux brasier de distorsions, notre résilience vaine au quotidien : vite, très vite, l'envie nous prend de se carapater et changer d’hémisphère, histoire de sillonner, cocktail glacé à la main, une plage constellée de surfeurs et de bikinis affriolants. Mais malheur à celui qui tentera de retrouver pareille décharge, mise à part l'introductive Wasting Time et, peut-être, Always On My Mind, dans l'album Prism Eyes (écouter) que ces derniers viennent de pondre sur Hozac Records. On se contentera donc de peu, ce qui n'est déjà pas si mal. Non ?

Audio

Coasting - Snoozefest
Reading Rainbow - I Can't Stand It

Vidéo

Tracklist

Split vinyle Coasting / Reading Rainbow (Atelier Ciseaux, décembre 2010)

Face A - Coasting
1. Snoozefest
2. What You Want

Face B - Reading Rainbow
1. Euphoria
2. I Can't Stand It


Jeans Wilder : Chronique, interview & mixtape

frontback-cover-jeans-wilder-nice-trashC'était au début de l'année. Presque un an donc que par l'intermédiaire d'Atelier Ciseaux (lire), j'ensoleillai mes esgourdes d'un reggae lo-fi sans âge : Tough Guys ou l'avant-goût presque trop parfait des chaleurs estivales, ébauché par un type que j'imaginais être le plus cool de la côte ouest américaine. Sans être complètement dans les choux - le bonhomme participant alors à un split vinyle avec l'invétérée slackeuse Bethany Cosentino et son groupe Best Coast (lire) et ce, après avoir partagé son appartement et son amitié avec Nathan Williams, trublion de l'électricité biturée (lire) - certains artistes déjouent chaque pronostic jusqu'aux moindres clichés, prenant à contre-pied l'air du temps et sa dose extensive de conformisme ambiant. Car Andrew Caddick - ou Jeans Wilder selon son état civil musical - en plus de dispenser un son à l'authenticité exacerbée, se trouve être une personne atypique, à rebours de l'idéologie de l'omniscience, favorisée par internet et la profusion de démo, face B et autres ébauches reprises en cœur par l'internationale blogueuse. Non, Andrew, à l'image de sa musique et de ses influences composites, est une personne rare, presque inestimable. Mais il faut lui consacrer du temps. Car si l'on considère les flots ininterrompus qui balayent nos plages hi-fi, la recherche de l'étrange nouveauté devient compulsive, sans lendemain, en un mot épileptique. D'un côté l'omniscience diarrhéique, de l'autre la frénésie amnésique. Bien mal barré que l'on est, au cœur de la nuit, meurtri par cette ineffable perte de sens d'une sémantique musicale jusqu'alors si poignante. Au tamis du temps, à celui des jours et non plus à celui des années, que reste-t-il d'une chillwave photocopiée jusqu'à la lie ? Que reste-t-il d'un post-shoegaze décalqué à l'infini ? Quelques bribes de morceaux compilés, pas grand chose, un trouble rêve dans un écrin de fumée opiacée. Peu d'albums surtout. Et encore moins de bons albums, se contentant d'aller au-delà des formules éculées, osant l'intimité au dépend de la grégarité. Co-réalisé par Atelier Ciseaux et La Station Radar, Nice Trash de Jeans Wilder, à paraître le 8 décembre prochain, s'inscrit dans cette veine verte et violacée du dépouillement de soi, de la mise à nue d'une fragilité émotive, lovée jusqu'aux confins du moindre arrangement. Quand d'autres empilent en continu les essais non transformés, Andrew amplifie le soin du détail, n'hésitant pas à consacrer deux années de sa vie dans le fignolage obsessionnel d'un disque à la splendeur spectrale et habitée, où la complainte amoureuse se pare d'un grain doucereusement passéiste, tel un regard mélancolique tacheté de poussière mordorée. Tout en restant éminemment contemporain - comment ne pas déceler le voile shoegaze de Blonde Beach ? L'ambient hantée de Blanket Mountain ? La chillwave percluse de beats vaporeux d'Internationals Water ? - Jeans Wilder fait montre d'un attrait sans fard pour les ballades au flegme romantique en plein cœur des sixties : In my Dreams et Sparkler d'abord, aux charmes délicieusement surannés, le mirifique et conclusif Light Sleeper ensuite, où un arpège de guitare chancelant se joue des métronomes, magnifiant la poésie lunaire d'un Andrew à la voix nimbée d'échos. Singulier et fascinant, un tel épanchement dévoilé vire au chef d'œuvre minimaliste avec Be my Shade, introduisant Nice Trash d'un sample à la sinusoïde transpercée d'atermoiements fantomatiques, que l'on jure susurrés dans l'ombre. Don't Wanna Live Forever aurait pu constituer la seule faute de goût de l'album, de par son rythme et ses claviers à la ringardise assumée, s'il ne basculait pas subitement vers l'un de ses moments les plus touchants, où l'infini désespoir s'arrachant des tripes émerge d'une brume électrique crépitante. Une gageure.

C'est bien peu de dire qu'il est malaisé de rester insensible aux volutes sentimentales de Nice Trash, aimanté que l'on est par la sincérité prodiguée par son auteur. Un Andrew Caddick que l'on s'est permis de contacter pour une entrevue à l'image et à la hauteur de l'homme, décontractée et sans fioriture. Le bonhomme s'est même fendu à votre intention d'une mixtape de toute beauté - à écouter et télécharger ci-dessous.

Nice Trash est en pré-order du 3 au 8 décembre par . Retrouvez par ici, l'interview de Fleur et Jérome de La Station Radar, et par , celle de Rémi de l'Atelier Ciseaux.

Audio

Jeans Wilder - Blonde Beach

Entrevue avec Andrew Caddick

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Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Salut... Je suis Andrew, les gens me connaissent en tant que Jeans Wilder. J'adore me défoncer en regardant Seinfeld. Parfois, je fais de la musique. Ha !  

Si tu devais définir ta personnalité en trois mots, quels seraient-ils ?

Honnête, charmant et paresseux.  

Peux-tu m'expliquer pourquoi "Jeans Wilder" et pas "Andrew Caddick and Melissa Duenas" ? Parle moi de ce nom... qui est Jeans Wilder ?

Et bien, Melissa était juste batteuse sur les concerts pendant deux mois et n'a joué sur aucun des enregistrements... Je n'ai jamais aimé jouer sous mon propre nom, c'est pour ça que j'utilise un pseudonyme. Jeans Wilder est juste un jeu de mots sur Gene Wilder, l'acteur... Ce jeu de mots battait tous les autres noms que j'avais en tête...

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Comment est venu l'idée de créer Jeans Wilder ?

J'ai accumulé beaucoup d'énergies négatives à force de  travailler à fond dans un job stressant... Je me suis alors investi dans Jeans Wilder uniquement pour me décharger de mes frustrations avec le monde extérieur... et pour ne pas finir par me tuer.  

Parle-moi du processus créatif, qui fait quoi ?

J'écris, joue, enregistre et produit tous. Sauf les samples que je peux utiliser. 

Quelles influences introduis-tu dans les chansons de Jeans Wilder ?

Au départ, le groupe était très "Jana Hunteresquement" sombre, un peu folk sur les bords. Maintenant, c'est plus du doowop rencontrant les Beach Boys... Une juste progression naturelle non ?

Comment définirais-tu ta musique si c'était George W.Bush qui te le demandait ? Et si c'était Mick Jagger, même réponse ?

Je leur dirais juste que c'est de la musique pour taper de la cocaïne. Ils adoreraient ça.

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Si tu étais contraint à l'exil sur une île déserte, quels disques emmènerais-tu ?

Smiley Smile des Beach Boys, Jane Doe de Converge, Philosophy of the World de The Shaggs, Nigga Please d''Ol' Dirty Bastard et Speaking in Tongues des Talking Heads.

Parlons de Nice Trash... Je le trouve très réussi. Il dégage une certaine atmosphère, mélancolico-romantique. Qu'en dis-tu ?

Je l'aime beaucoup. Je suis fier du résultat. Son écriture et son enregistrement ont fait partie d'un processus très intense. Un processus qui a pris deux ans. Ça parle de moi tombant amoureux de quelqu'un. Le disque retrace du début jusqu'à la fin de l'histoire. Romantique, mais triste.

Quelles sont tes intentions avec Nice Trash ? Dis-moi en plus sur ce titre ?

Nice Trash était une private joke avec cette fameuse personne... J'étais un loser pour elle, mais un loser cool... Comme si je ne méritais rien, tout en ayant un putain de sens de l'humour à propos de cette contradiction...

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Cet album va sortir via Atelier Ciseaux et la Station Radar. Comment les as-tu rencontrés ?

J'ai commencé à travailler avec la Station Radar par l'intermédiaire de Jen Paul, une incroyable musicienne du New-Jersey, qui m'a invité à faire un split vinyle avec elle (voir par ). Ils ont aimé mes morceaux, depuis notre relation est plus étroite que jamais. J'ai rencontré Rémi d'Atelier Ciseaux, lorsqu'il m'a approché pour faire un 7"... qui a fait boule de neige jusqu'au split vinyle avec Best Coast (lire).  

Est-ce que l'esthétique d'un disque a autant d'importance pour toi que la musique elle-même ?

J'aime penser ça oui... D'un côté, la musique est vraiment la raison pour laquelle tu achètes un disque. Mais le visuel et le packaging a son importance aussi... Je pense qu'ils peuvent te raconter une bonne partie de l'histoire, comme la musique.  

Est-ce que Jeans Wilder est un bon groupe en live ? Quelle est la configuration des concerts ? Quand est-ce que tu viens nous montrer ça en France ?

J'ai fait pas mal de concerts en tournant aux US. C'est toujours un peu "juste" pour moi... jouant des instruments live sur des bouts d'enregistrements... J'ai eu une batteuse pendant quelque temps (Melissa Duenas donc, ndlr), mais je suis en train de monter un vrai groupe pour une tournée en Europe prévue en mars prochain.

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Peux-tu nous en dire plus sur Jacuzzi Youth ? Worthless Waste ? Daytime Television ? As-tu d'autres side-projects ?

Jacuzzi Youth est un projet chopped and screwed que je fais sur mon temps libre... Disons que je pense tout le temps à Jeans Wilder, alors c'est sympa de faire un break de temps en temps, délaisser le projet un moment en me laissant tenter par autre chose.

Worthless Waste et Daytime Television sont des projets de Jonathan Lockhart, qui en a d'ailleurs un autre se nommant Lambo Doors. Je n'ai rien à voir avec ces groupes... et si j'ai quelques side-projects en cours, il est un peu tôt pour en parler.

Qui sont les amis de Jeans Wilder ? Y a-t-il une scène aux US à laquelle tu te sens appartenir ?

Il se trouve que je suis amis avec des gens que je ne nommerai pas... Leur succès n'est un secret pour personne (lire)... Les gens aiment me taquiner avec ça, c'est bizarre... Comme si je n'étais qu'un trou du cul à cause de mon amitié avec quelqu'un. En tout cas, non, je ne me sens proche d'aucune scène en particulier...

Michael de Ghost Animals m'a déjà demandé de lui envoyer des Gauloises blondes. Qu'aimerais-tu recevoir de français dans ta boîte aux lettres ? Pareil ! J'aimerai bien des cigarettes françaises ! Et pourquoi pas un bonbon français ?

Traduction : Virginie Polanski.

Mixtape

"It's just a keep warm while driving around in the cold/feeling nostalgic kind of mix" - Andrew Caddick (download).

01. Night Control - Star 131
02. Real Estate - Suburban Dogs
03. Ducktails - Art Vandelay
04. Deerhunter  - Revival (Jacuzzi Youth Mix)
05. Green Gerry - Cozy Space Mugz
06. Grizzly Bear - He Hit Me
07. His Clancyness - Summer Majestic
08. Soft Healer - Movie Light
09. Dirty Beaches - Coast to Coast

Vidéo