On y était : Transmusicales 2015

On y était – Les Transmusicales, du 3 au 5 décembre 2015 à Rennes

Les années se suivent et se ressemblent. Arrivés fin octobre, on se pose l’éternelle question du bon breton mélomane ; « Est-ce qu’on va aux Trans cette année ? ». Et si tous les ans l’affiche nous laisse initialement perplexe (la plupart du temps plongée vers l’inconnu le plus total), les réflexions ne font pas long feu tant ce festival nous colle à la peau. C’est un peu comme un bon vieux repas de famille de Noël, où les convives se regardent vieillir autour de quelques bonnes bouteilles. On est ici désormais dans le registre de la tradition. Il semble bien d’ailleurs que c’est grâce à cela que l’équipe de l’ATM a réussi à sauver ce rendez vous depuis 10 ans, alors que le passage du centre-ville vers le Parc Expo avait été difficile à négocier. Comme chaque année désormais, le festival affiche complet ou quasi complet les vendredi et samedi, cette dernière soirée étant placée sous le signe de la danse aux sons majoritairement électroniques et techno, après un jeudi soir souvent plus instrumental, et aussi plus light tant en terme de groupes que de fréquentation. La bonne idée a aussi été au fil des éditions de retarder le début des soirées pour laisser le temps au festivalier de s’acheminer doucement et non moins sûrement sur le site situé à quelques kilomètres du centre-ville de Rennes qui reste lui animé par les Bars en Trans, festival off mais pour autant de très bonne tenue.

Doucement: pourquoi ? Parce qu’une venue aux Trans en ce début décembre est toujours signe de retrouvailles annuelles avec des vieux potes de fac (et oui, vos deux chers envoyés spéciaux d’Hartzine ont écumés dans leurs folles années les UBU, Antipode, Mundo Bizarro, et évidemment tout ce que Rennes pouvait compter de bars en ce début de siècle…) et que toute rencontre programmée ou fortuite en ville dans la journée se transforme immanquablement en pinte de bière, avant de dégénérer presque toujours en apéro plus ou moins violent qui mettent en ébullition les corps leur permettant ainsi de tenir jusqu’au petit matin, et les têtes via des débats de comptoirs de toute sorte (la prime cette année à celui sur les Régionales qui s’est conclu par un projet de création de parti politique... C’était après le saumon gravlax/vodca !).

Bon, bien sûr cette préparation a un prix ; l’impasse faite sur quelques groupes - souvent d’ailleurs les plus attendus du grand public qui les a fraîchement découvert sur la toile quelques jours avant - dont nous ne pourrons par conséquent pas vous relayer les exploits dans ces lignes.

Mais là n’est pas l’important parce qu’en général, la claque des Trans est toujours inattendue.

JOUR 1

 

Le jeudi est généralement le soir de la discipline; arriver tôt et repartir tôt, boulot le lendemain pour les uns, nécessaire préservation pour les autres.

Cette année n’a pas fait exception. Après un fort fameux repas étoilé (risotto de céleri, suivi de son effilochée de queue de bœuf sauce coing menthe, et son pesto roquette épinard… Croquant gourmand, surtout quand le tout est accompagné d’un bon pichet de côtes du Rhône !), on commence donc notre transhumance par le concert de Her. On parle ici de produit purement local, élevé au club musique du lycée Émile Zola, qu’on a fait s’encanailler dans un groupe devenu une petite gloire locale chez les 16-20 ans : les Popopopops. Ces anciens très jeunes gens sont toujours jeunes, mais ont bien sûr muri musicalement, en changeant d’influences passant à l’époque des non indispensables Foals à un mélange de grands noms de la soul d’antan aux gloires actuelles du R'n'B que sont les Franck Ocean et autres Kendrick Lamar. Leur nouveau projet se veut une musique assez épurée et légèrement groovy, portée par des voix graves et soul. C’est original, d’autant qu’on croit relever un ou deux tubes potentiels, la mise en scène est soignée, le show travaillé et sobre. Ce groupe a un potentiel indéniable même si on est ici dans quelque chose de très actuel largement usé par les anglo-saxons ces dernières années, comme James Blake ou encore les XX.

Il semble bien que la scène pop rennaise largement mise en avant depuis 5 ans, mais pour autant sans qu’aucun de ses représentants ne perce vraiment, bouge encore. On suivra avec attention dans les mois qui viennent la sortie des deuxièmes essais de Manceau et de Juveniles.

Autre bon moment de la soirée, cette fois-ci totalement surprenant ; la pop dite « transgenre » - et c’est une bonne définition – de 3somesisters. Là on est dans un registre Objet Volant Non Identifié, du jamais vraiment entendu comme sait le programmer le festival. Une sorte de chorale glam teintée d’électronique, mais où les voix restent le principal. Des harmonies tordues, des envolées lyriques… Un grand mélange de tout avec pleins de choses dedans. Too muchmais justement bon pour cela.

La soirée s’achève par un bref détour dans le Greenroom, lieu où sont programmés les plus pointus set électroniques, où le trio de DJ Apollonia est en plein milieu de son concert All Night Long de 4 heures. Pas suffisant pour nous retenir sur site.

JOUR 2

 

Les Transmusicales en journée, c’est au lieudit l’Etage en centre-ville. Gratuité oblige, le lieu est pris d’assaut pendant le week end, ce qui a rapidement un effet répulsif au grand profit des troquets avoisinants. Mais l’invitation de Trempolino, structure nantaise d’accompagnement artistique, ne nous a pas laissé insensibles vu les arguments développés : une huître-muscadet party pour conclure le concert de O. Il s’agit là d’un musicien bien connu des popeux parisiens pour avoir participé à divers projets par le passé, notamment Syd Matters et Los Chicros. On est agréablement surpris par la singularité du garçon ; des textes qui font mouche sur une musique proche de l’univers d’un Robert Wyatt, pour un ensemble assez cohérent. On jettera une oreille à l’album qui sort sous peu. Son Little, un des noms de l’affiche ayant fait un buzz en début de semaine, était programmé à 23h dans le hall 8 au Parc Expo. On l’a raté lamentablement, pour cause d’arrêt traditionnel chez Nelly, du petit nom de la généreuse tenancière d’un bar de soiffards de l’arrière gare, sur le chemin des navettes… La tournée fut si générale, et le lieu si retourné, que le temps en fut suspendu ! L’album du garçon, très bonne synthèse de musique black US, est à priori de bien meilleure facture que sa prestation scénique, semble-t-il décevante car trop classique selon la mythique presse locale. Le futur de la scène rennaise est peut être dans les mains de Totorro. Notre soirée sur site commence par la fin de leur set plutôt énergique (nous aurions aimé que cette énergie soit communicative lorsque le groupe a ouvert pour le match SRFC-OM de la veille… Et une défaite de plus, une !). C’est un post rock puissant, mélodique et atmosphérique dont nous gratifie ces jeunes gens. On est assez proche de Mogwai ; c’est aujourd’hui finalement assez classique mais ça tient la route.

Juste le temps d’une bière, on se risque à un arrêt devant Grand Cannon décrit dans le programme comme « un excellent cru de blues rock »… De quoi faire peur ! Franchement pas terrible et hors sujet dans la soirée. C’est du plan plan, pas du tout compatible avec une scène de cette taille. Notre bière sera donc terminée dans la Greenroom où Marc Pinol entame son set crescendo. Pas de surprise : on savait le catalan génial ambianceur, et il nous a encore une fois exposé tout son talent. Dansant à souhait, et ultra éclectique.

Un grand écart nous fait réintégrer le hall 3 pour le chaud show annoncé de Vintage Trouble. Aguichant sur le papier puisqu’on nous signale ici le meilleur du R'n’B vintage, chanté par le soulman charismatique Ty Taylor. Le buzz aura fonctionné puisque les portes de la salle auront même été fermées devant l’affluence soudaine. Le type est un bon sosie de James Brown, il bouge bien, le groupe est carré et looké, mais le tout est assez académique. Et puis une chose essentielle manque : de véritables bonnes chansons. Un bon moment quand même si on cesse de faire la fine gueule, mais cela restera le coup d’un soir.

Le groupe qui suivra un peu plus tard, De Wolff, Hollandais se rêvant les Doors, sera du même acabit. Tout sur la posture mais pas assez dans le contenu. Au final, très loin derrière leurs compatriotes de Birth Of Joy passés sur cette même scène en 2012. Le grand frisson de cette soirée - et du festival - viendra par la suite de Dralms, groupe canadien mené par Christopher Smith. Si la prestation est sans chichi, à l’image de la sobriété des chansons de son leader, ce dernier faisant les cents pas au milieu de ses compagnons restant statiques, la production est quand à elle exceptionnelle.

Le guide du festival parle de « rencontre fusionnelle entre un rythm and blues lent et sensuel, une pop délicate et spectrale et des touches électroniques sobrement psychédéliques »…et bien, c’est exactement ça ! C’est d’une grande finesse, et forcément rafraichissant et apaisant dans une soirée plutôt bruyante. Une sorte de clair obscure d’où jailli une diversité d’émotions : touché... Coulé ! Tout ce qui viendra après n’arrivera pas à nous reconnecter. La fin deMawimbi Live ne nous fera pas regretter de ne pas avoir quitté Dralms en cours de route : on va dire pas vraiment notre truc ce mélange de rythmes tribaux, de musique africaine et de techno. Jacques ne réussira pas non plus à nous faire rester dans ce hall 9, grande cathédrale électronique que nous n’aurons finalement que peu fréquenté durant ces jours… Une histoire d’envie.

JOUR 3

 

Le grand ratage de cette soirée sera sans conteste la jeune chanteuse Monika. Autant la veille, on plaidait coupables pour notre arrivée tardive et honteuse au Parc Expo, autant là, le prévenu se nomme Jean-Louis Brossard pour avoir programmé la belle en tout début de soirée à 22H00… C’est un peu la même histoire tous les ans, mais bon, on l’aime bien quand même. Frustrant tant la Grecque nous avait fait bonne impression sur disque, avec son disco rock à la Blondie… Comme le titre de son tubesque single, son concert restera donc pour nous un « Secret In The Dark ». On doit vous l’avouer d’emblée, cette dernière soirée ne restera pas dans les annales. On a pourtant essayé, en allant voirSteve’N Seagulls, groupe finlandais de reprises de classiques heavy metal, version country bluegrass. Amusant cinq minutes, mais au final on a un peu l’impression de voir les Pogues à une fête des battages. Ensuite, City Kay, à priori nouvelle gloire du reggae local… No comment… Ou plutôt si : pourquoi ?

Mieux tout de même, les Thaïlandais de Khun Narin’S Electric Phin Band avec leur musique traditionnelle saupoudrée de psychédélisme « sans le vouloir ». Une vraie fanfare barrée et hypnotisante, tout en étant complètement kitsch. On a franchement l’impression d’avoir mangé un champignon magique dans un resto thaï de la zone industrielle de Velizy 2. Impossible de voir ça ailleurs qu’aux Transmusicales. Le groupe touareg  Imarhan nous laissera quant à lui un bon souvenir avec son blues du désert lui aussi psyché, bien que évidemment assez proche des Tinariwen et Terakaft donc pas une très grande découverte.

Ce faisant, nous a pris une grosse envie de se prendre une bonne dose de bpm dans les tympans, et on a été servis par Powell. Si du festival nous n’avons fait que passer dans le Greenroom, l’Anglais a su nous y scotcher, nous saisissant les jambes tout en nous glaçant le sang avec sa techno expérimentale et industrielle. Sa musique est sans concession mais elle reste dansante, et réussit à fédérer une partie des fêtards ayant fuit la grande masse du hall 9. On s’est bien fait bougés, mais sans regret. Dans le hall 9 justement, on a pu voir Idiotape (« l’enfant de Cut Copy, Daft Punk et Chromeo » selon MTV !) ; des coréens du sud (mondialisation!) qui font de l’électro rock qui envoie sans limite un gros son, pas très fin, mais terriblement efficace. On pensait finir gentiment le festival au bar, comme à l’habitude, autour de cocktails bien serrés, quand un texto nous arrive à 3h30 : « France : énorme ! » . On pense alors que notre pote en tient une bonne pour se lancer dans cette déclaration patriotique comme celle là… Et en fait, non (enfin presque non) : c’est un groupe français de krautrock qui joue au hall 3. Une petite galette saucisse pour tenir (ce n’aura pas été la seule du week-end, forcément) et là, plein phares : mélodie lancinante noyée dans des boucles de bruit. Une parfaite conclusion.

Il est 5 heures : Paris ne s’éveille plus mais Rennes n’est pas encore couchée.

Bilan: Pas la meilleure des 37 éditions des Trans - pas sûr que beaucoup d’artistes présents cette année fassent parler d’eux en 2016 - mais certainement la plus nécessaire après les évènements que vous savez. Le public a répondu présent, même si une partie de son insouciance a probablement disparu le 13 novembre dernier. L’histoire continue et continuera encore longtemps, puisque que comme Beatrice Mace, la co-directrice du festival , le dit - et nous l’approuvons - « L’inconnu vaut la peine d’être connu » (... Enfin presque tout l’inconnu…).


Festival Serendip Lab 2015

Conglomérat des undergrounds, Serendip maintient toujours un haut niveau d’agitation, cette fois-ci avec France Chébran (Born Bad), une compilation de « boogie français » qui réunit des pépites croustillantes des early 80s, plus « funk potache » que « jeunes gens modernes ». Mais c’est surtout leur festival qu’on annonce ici et qui recouvrira les 4 coins de la ville du 17 octobre au 1er novembre avec une série de soirées dont la moitié des line-ups nous est tout à fait obscure. Si l’on devait relever une poignée de concerts, on parlerait du praticien électro nippon NHK Koyxen qui maltraite la dance music depuis un moment (le 27 octobre), ou de KK Null, artiste de l’extreme noise/indus également japonais (le 28) ou encore de l’héroïne oubliée de la synth-pop Henriette Coulovrat (1er novembre). Pour le reste, il faut s’y frotter au hasard, et on saluera aussi la diversité des lieux où se produit le Serendip cette année, des Terrasses Kreyol aux Caves Lechapelais jusqu’à Treize, ce lieux d’art indépendant de la rue Saint Moret transformée en mini-salle de concerts depuis un bon moment.

Frederic Malki l'interview

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L'année passée, David écrivait que Le festival Serendip.lab est à la scène DIY ce que l’Étrange Festival est au cinéma underground. Tu vois la chose ainsi ?

Pas vraiment, c'est super l'Étrange Festival mais je ne crois pas que ce soit vraiment la même intention. On ne cherche pas a être étrange ou en marge, mais on s'intéresse à des formes d'art souvent sous-évaluées, tout style et générations confondus, à l'appropriation de la technique par les artistes (au lieu par exemple d'une simple fascination comme souvent dans l'art numérique), on serait plus proche de feu le festival Octopus.

Qu'est ce qui t'a motivé à te lancer dans l'aventure en 2010 ?

Avec François Sarhan, un super compositeur de musique contemporaine, on voulait faire une structure éditoriale et évènementielle, pour qu'elles s'alimentent mutuellement. Donc on a commencé a réfléchir a un label, et au festival...

La connexion avec ton label du même nom est-elle toujours aussi forte que les années précédentes ?

Toujours, on sort encore cette année un petite compilation pour l'occasion avec des morceaux des artistes du festival. Cette année il y a Serge Valla de Cha Cha Guitri (qu'on avait réédité l'an dernier avec bornBad), les autres années il y avait Philippe Laurent, Hypnobeat solo puis duo, Atom Cristal, Art & Technique, qui sont des pionniers de la musique électronique, et qu'on a réédités donc la démarche de diffusion est similaire que ce soit en live avec les concert ou en disque...

Une édition du festival - l'avant-dernière il me semble - était centrée sur le DIY. Tu continues à thématiser les éditions ou tu préfères le faire par soirée ?

Chaque année il y a une soirée plus autour de pratiques audio vidéo, du cinéma expérimental ou cinéma bis (et on ne veut pas faire de clivage entre ces catégories) mais sinon à part pour certaines expos les années passées (instrument DIY par Claude Ribouillault par exemple) on ne thématise pas, on aime l'aléatoire, le mélange de styles, et toutes les éditions sont sur le DIY mais avec des artistes, techniques, ateliers différents. Pour les ateliers cela va du circuit bending, à la réalisation de sténopés DIY, sérigraphie, graver un vinyle avec une aiguille, et cette année le live coding... Que ce soit des maîtres de musiques mécaniques comme Pierre Bastien la première année et Pierre Charial l'an dernier (Pierre Berthet il y a deux ans), Dee Nasty, Philippe Laurent, ou Bruno Spoerri ont tous une approche différente et se servent encore une fois contrairement à l'art numérique et musiques hi tech, de la technique comme moyen et non en fin.

Le festival est aussi l'occasion de jeter les bases d'une cartographie underground de la musique à Paris. Comment choisis-tu l'ensemble des lieux squattés pour l'occasion et quelles relations entretiens-tu avec eux ?

C'est très compliqué en particulier à Paris de trouver des lieux convivial, où les consommations sont pas trop chères, etc. Donc parfois on préfère gérer nous-même et louer par exemple les caves Lechapelais. Cette année on fait l'ouverture chez Treize, rue Moret, et un lieu comme celui ci est assez rare, les gens là-bas sont réellement impliqués, contrairement à la plupart des autres salles. Je trouve en général que les rapports sont bien plus sains dans des salles "associatives" plutôt que des institutions, des lieux commerciaux ou des squats, après ce sont néanmoins des lieux dynamique culturellement et on veut aussi montrer cette effervescence souterraine. Malheureusement les rapports avec les squats (sauf la Gare XP où là aussi il y a un engagement réel et une vision) sont souvent pires qu'avec des salles classique, ils n'ont aucune éthique ou engagement et finalement ne pensent qu'à faire un bar pour récolter le plus d'argent égoïstement... Et ça me gêne vraiment quand leur bénéfice se fait sur le dos des artistes qui acceptent de ne pas être payés et chers et soutiennent notre activité et de l'organisation qui est bénévole. Disons en règle générale les squats c'est devenu des clubs undergrounds où les gars ont tous les bénéfices sans aucun inconvénient, ils ne gèrent rien, pensent surtout à l'argent et vont te faire des discours soi-disant engagés (vite fait) genre "nous on est un squat on est rebelles, égalitaires, etc."... Bref une grosse arnaque. Mais on ne s'en rend pas forcément compte de l'extérieur du fonctionnement interne de ces lieux et c'est vrai que c'est déjà plus décontracté et abordable qu'un club, donc plus sympa, mais ils ont compris qu'ils avaient une carte à jouer en créant des faux clubs berlinois undergrounds éphémères, ou en rackettant des artistes pour qu'ils aient un atelier. Donc c'est des expériences assez décevantes et des structures plus modestes et associatives sont finalement les plus honnêtes et efficaces.

Le festival repose sur le bénévolat. Est-ce facile de fédérer autour d'un tel projet, que ce soit vis-à-vis des artistes ou du staf ?

Les artistes que nous invitons sont comme nous des passionnés et donc comprennent très bien les enjeux, qu'ils aient 80 ou 20 ans.

Quelles sont les soirées immanquables à tes yeux ?

Toutes, mais j'ai hâte de voir en particulier Bruno Spoerri.

Programmation

Samedi 17 octobre - Treize - Vernissage, Atelier & Concerts - 14h-22h30 - Prix libre (Fb)

Stands : Rue des Gardes, Spielzeug Muzak, Da! Heard It, BRK, Vortex, Gestrococlub, Vaatican Records, Arrache-Toi Un Oeil, Darling Dada…
Exposition de Ludovic Boulard Le Fur
Atelier Live Coding avec Supercollider animé par Exoterrism.

DJ Vaatican Records (Angoulême / Gestrococlub / Electro Deviant DIY)
Exoterrism (Belgique / TTT / Live Coding Core)
Rature (Lyon / S.K. Records / Rap Experimental)
Omar Bongo alias C_C & Somaticae (Paris, Lyon / TTT, In Paradisum / Techno Tribale Indus)
6.R.M.E. (Rennes / TTT / Hip Hop Industriel)

Samedi 17 oct - Caves Lechapelais - Soirée d’Ouverture - 00h-06h - 7 euros (Fb)

DJ Die Soon (Japon / Small but Hard, TTT / Horror Hiphop)
DJ Lolo Tuerie (Tours / Radio Minus / Mix Bizarreries Discoïdes)
Headcleaner (Angleterre / Rephlex Records / Techno Acid Modulaire)
Ripit (Belgique / TTT, Telsa Tape, Ångström, Zhark / Noise Indus Modulaire)
Thirtytwobit. (France / Chip'n'damned / Chiptune Breakcore)
Vicnet (France / Da! Heard It, Mazout / TR606 vs TB303 vs SH101)

Dimanche 19 octobre - Treize - Exposition - 13h-19h - Prix libre

Exposition de Ludovic Boulard Lefur

Mercredi 21 oct - Le Cirque Electrique - Projection & Performances Audio-Vidéo - 20h-1h - 6 euros (Fb)

Botborg (Allemagne, Australie / Half Theory / Synesthésie Extrême)
Folla van Tes alias Serge Valla & Philippe Fontes (St Etienne / ex-Cha Cha Guitri / Modulations de fréquences audio-vidéos)
Projection d'Ogroff alias Mad Mutilator (1983 / NG Mount / Chef d’œuvre du cinéma bis, premier slasher français)

Samedi 24 oct - La Jarry - Concerts - 23h-6h - 7 euros (Fb)

Fourmi (Paris / Vagina Dentata / Space Exotica Synthpop)
Cachette à Branlette alias Unas (Brest / Poussière d'Epoque / Synth Wave)
Riposte (Paris / Vagina Dentata / Mix Cosmic to Techno)
Fah (Pays-Bas / 030303, Central Processing Unit, Occult Research / IDM Acid Lord)
Synapscape (Allemagne / Ant-zen / Rhythm Indus Kings)

Mardi 27 oct - Le Petit Bain - Rencontre & Concerts - 20h-01h - 9-12 euros (Fb)

Bruno Spoerri (Suisse / Finders Keepers / Maître Jazz, Improvisation & Électronique)
NHK Koyxen (Japon / Skam, PAN, Diagonal, Wordsound, Raster Noton / Techno Hip Hop Experimental)

Mercredi 28 oct - Le Cirque Electrique - Concerts - 20h-1h - 7 euros (Fb)

KK Null (Japon / Touch, Neurot Rec / Japanoise Sensei)
Zeni Geva (Japon / Neurot rec, Alternative Tentacles / Maîtres Hardcore Prog)
Froe Char (France - Italie / Spielzeug Muzak, Medical Records / Synth wave)

Samedi 31 oct - Terrasses Kreyol - Soirée de Cloture - 23h-6h - 7 euros (Fb)

DJ Julien Lebrun (Paris / Hot Casa Records / Mix Afro Disco)
Les Neiges Noires de Laponie (Bordeaux / Angstprod / Glitchcore)
MNLTH alias Photodementia (Royaume-Uni / Rephlex, Central Processing Unit, Wémé / Braindance,IDM)
Nit (Paris / Monster K7, Mazout / Funky Tropical Bleep)
Syndrome WPW (Suisse / Ego Twister / Synthpunk)
Wizæroid (Paris / Tête chercheuse, mix vinyles jubilatoire)


Photoshoot : Rock En Seine 2015

Bienvenue dans le DisneylandTM du Rock, ou de ce qu’il en reste. Dans le rôle de Mickey ou autres Pluto, vous trouverez des gens peints en fluo, des mecs en costume de Tigrou et des filles tout droit sorties des pages revival 70s du dernier catalogue H&M. Votre patience sera mise à l’épreuve à chaque instant : pour commander une bière, pour faire pipi, pour commander une bière, pour faire pipi, pour commander…

Faire une critique constructive de ce que j’ai vu pendant ces trois jours sera compliqué, tous les groupes que j’ai entendus sauf un sonnant selon la formule suivante : SP = V + B2 + f(x)
où SP : son perçu ; V : voix ; B : batterie ;
f(x) : gloubibloulgadetouslesautresinstrumentsprésentssurscène

Jour 1

J’ai entendu le premier tiers du concert de Jacco Gardner en attendant que le photographe devant moi dans la file pour récupérer les pass finisse de réciter l’intégralité de sa généalogie Linkedin et se décide si oui ou non, ou enfin peut-être, mais finalement je ne sais pas, il souhaitait prendre des photos de The Offspring. J’ai utilisé toute la panoplie de soupirs et d’expressions faciales traduisant l’exaspération de mon répertoire, et croyez-moi, je suis plutôt douée en la matière, mais rien n’y a fait. Enfin arrivée devant la scène je dois avouer que la musique de Jacco Gardner a quelque peu souffert de la formule énoncée plus haut. Ses mélodies survivent à ce traitement mais y perdent tout de même en finesse. Ce qui est un peu embêtant quand on joue dans le registre de l’orfèvrerie pop.

Franz Ferdinand & Sparks. Voir ce groupe m’a fait l’effet de regarder des gamins piaillant complètement surexcités à la vue d’une balançoire ou un truc quelconquement chiant dans un parc. Une sensation de vide intérieur face à une exaltation primitive et sincère. Le sentiment de mourir un petit peu plus chaque jour. En d’autres termes, l’intérêt que je porte à ce groupe est inversement proportionnel à ma stupéfaction face à l’emballement du public. Je me suis sentie vieille et décrépite alors que je regardais un groupe vieux et décrépit mais plein d’entrain.

Venons-en à la galéjade de cette édition. The Offspring, c’est le groupe crétin par excellence. Aucune subtilité, aucun talent, un chanteur dont l’apparence et la voix rendraient épileptique n’importe qui, et pourtant, ça marche. Ça marche suffisamment pour avoir vendu un peu plus de 30 millions d’albums au cours de leur (trop) longue carrière. Alors oui, le nombre de ventes est loin d’être un gage de qualité mais disons pour être plus précis qu’ils sont arrivés à vendre leurs disques à des gens qui se targuent aussi d’écouter Arvo Pärt tout en lisant Eschyle dans le texte (je le sais de source sûre). Donc certes, derrière un certain dédain affiché, impossible de refréner complètement un sentiment de jubilation dès la détection des premières notes de Come Out And Play. Après, je ne sais pas, une interview programmée m’a empêchée de me trahir en tant que fan refoulée d’un groupe certes catastrophique, mais capable de transporter un être humain vingt ans en arrière avec trois accords de guitare.

Retour d’interview et début du concert de Kasabian. On sent tout de suite les groupes qui ont l’habitude de jouer devant des publics de stade et encore plus ceux qui aiment ça. De mémoire (Benicassim 2005), je ne me souvenais pas que Serge Pizzorno aimait à ce point se tortiller sur scène en costume moulant, par contre Tom Meighan a toujours été un showman. Dans un sens, c’est le groupe parfait pour ce genre de manifestation, les morceaux sont efficaces et dans leur genre, ils assurent. D’un autre côté, il n’y a pas de surprises… mais c’est pas tellement ça qu’on attendait.

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Jour 2

Sans jouer au chauvinisme de bas étage (c’est pas mon genre) c’est vrai qu’Etienne Daho c’était bien. Surtout la reprise de Gainsbourg…

Interpol, contrairement à Kasabian, n’est pas fait pour jouer dans ces conditions. Excepté le guitariste, le groupe ne fait pas trop d’efforts pour dissimuler son manque d’enthousiasme. Disons-le sans ambages, le son est massacré. Ce n’est pas tant lié au groupe qu’à une incompatibilité avec le lieu. C’est vraiment dommage.

Je n’ai jamais trop compris l’engouement pour The Libertines. Les chansons sont correctes mais le groupe ne m’a jamais bouleversée pas par son inventivité. Chacun de leurs morceaux serait comme un film où on sait à l’avance ce qui va se passer dans la scène suivante. Confortable mais ennuyeux, un genre de Law & Order musical. Par contre, Carl Barat et Pete Doherty ont un message à faire passer : ils s’aiment. Oui… bon… ok… ces deux là ont joué le drame du couple qui s’aime, se déchire, se rabiboche, divorce avant de se marier, etc teeellement de fois (selon mon estimation) que ça fait bien longtemps que ça n’intéresse plus personne.

Jour 3

Dernier jour et on était tous un peu foufous à la perspective de voir Tame Impala qui a été propulsé comme chacun sait de groupe rock puis pop psyché plus que sympathique qui remplit sobrement un Olympia à un mega monstre qui se paie un Zénith en janvier prochain. Comprendre que maintenant Kevin Parker dit des trucs comme « Paris! Put your hands in the air! » sur scène et que tout le monde a l’air de trouver ça normal. Ne me demandez pas pourquoi, mon cerveau n’a toujours pas réussi à analyser ce phénomène mais leur dernier album Currents me fait irrémédiablement penser au dernier album de Katerine Magnum. Ce n’est pas forcément un problème mais c’est tout de même assez invraisemblable. En attendant, je fais mes adieux au Tame Impala de 2010 et son incroyable concert à la Maroquinerie. L’impression globale que m’a laissée leur performance à Rock en Seine est celle d’un groupe qui ne s’est pas encore totalement familiarisé avec ce nouveau statut. Il y a une sorte de maladresse touchante à voir Kevin Parker encore un peu gêné dans sa façon de s’adresser à ce public nouvellement acquis.

On s’en doutait un peu mais les Chemical Brothers sont ceux qui s’en sortent le mieux en termes de rendu sonore. Le show est surpuissant. Pourtant pendant un moment, je me suis dis qu’ils étaient finalement restés assez sobres dans la mise en scène (sobres à l’échelle de Jean-Michel Jarre entendons nous bien) mais ça c’était avant de voir débarquer sur scène deux putains de robots géants animés avec des yeux jetant des lasers. J’ai pris ça comme une touchante attention personnelle. Je préfère donc être honnête, mon avis est complètement biaisé. Ce concert était génial.


On y était : Levitation France 2015

Succédant à l'Austin Psych Fest, Le festival angevin « Levitation France » consacrait également sa programmation à l'exploration de musiques dites psychédéliques ou tout simplement joyeusement bordéliques, avec un line up plutôt cohérent, à l'occasion de cette 3e édition, permettant au spectateur de rencontrer quelques figures tutélaires pionnières ou les nouveaux chantres de ce renouveau néo-psyché dans le but d'en apprécier ses formes variées. Pendant deux jours, une vingtaine de groupes se sont ainsi produits dans la salle du Chabada et sa scène en plein air. Nous voguions d'un espace à l'autre, le plus aisément du monde, et assistions à la quasi-totalité des concerts car les temps de passage ne se chevauchaient que peu et concourraient à la création d'un cadre propice à la flânerie et à la joyeuse errance.

Au-delà de la spécificité du genre, le phénomène de Lévitation étant l'état de suspension d'un corps ou état de transe auquel le spectateur serait convié à l'écoute de ces musiques hypnotiques. Qu'est ce qui aujourd'hui serait proprement psychédélique, et quel en serait le groupe le plus emblématique? Les voies sont diverses , les exemples prolifèrent et la recherche s'avère fastidieuse mais à l'échelle de cette programmation nous pouvions peut être mettre en exergue quelques tendances: constructions rythmiques peu complexes et hypnagogiques basées sur la répétition (The Lumerians / KXP / Super), envolées instrumentales inspirées et solos lyriques dans une veine prog (Dungen), mélodies éthérées planantes (Death and Vanilla, Melody Echo Chamber, Tess Parks & Anton Newcombe), musiques noires messianiques et orgiaques (Indian Jewelry, KXP), expérimentations diverses notamment au moyen d’instruments atypiques (la theremin chez Octopus Project), effets de distorsions et sons saturés (Destruction Unit, Wand), sentiment d'étrangeté et son atmosphérique (Wire), musique de transe (Blanck Mass). Certains groupes n'entraient pourtant dans aucune des catégories et ne faisaient pas de leur bizarrerie vertu mais nous impactaient autrement (Melvins, King Khan & BBQ).

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C'était aussi le cas de Solids, le jeune duo canadien qui profitait d'une petite tournée européenne, à l'occasion de la sortie de leur LP Blame Confusion (Fat Possum Records), pour officier en tout début de soirée sur la scène en plein air du Chabadabada. Le jeu était nerveux mais tout plein de ce charmant entrain, signe d'une jeunesse sainement épanouie dans le bruit et la saturation. J'ai alors été victime de la première hallucination sonore due très probablement à l'ingestion d'une tranche de mortadelle surgrasse et avariée, assimilant ainsi le titre Off White de Solids à l'intro frénétique de Bruise Pruistine du premier album de Placebo (pas spécifiquement pour le côté Emo même si dans les deux cas, ils s'en donnent à coeur joie!). Quel possible aparté serait-il possible de faire après cette honteuse révélation si ce n'est considérer que Placebo aurait sans doute perduré dans la catégorie " rock indé " (hé hé) si les naseaux de Brian Molko n'avaient pas été aussi inusités. Remplacez les par ceux de Ian Vanek chanteur épique lo-fi de Japanther, trempez les dans l'huile et dans le sirop d'érable et nous nous rapprochons bien heureusement de leur rythmique pop punk décomplexée au son de guitare début 90's et de leur chant possédé. Sur scène, face à nous, se dressait une banderole guerrière déployée représentant un os humain noué, objet détourné dont l'aspect « solids » de la matière avait été rendu mou (type de détournement très art contemporain) et cet emblème était finalement à l'image de cette musique aux effets antithétiques : bruyante violente / hypersensible.

Le cheminement se prolongeait ensuite à l'intérieur du Chabada badaboum pour découvrir le groupe finlandais KXP qui offrait une performance ritualisée reposant essentiellement sur des effets scéniques calibrés et des accoutrements profilés : capes longues et sombres, capuches de druides obombrant les visages des 2 batteurs, dont la surenchère rythmique n'était d'aucune utilité dans ce cas précis mais contribuait une fois de plus à intensifier l'impact visuel. Force est de constater la récurrence de projets électro jouant sur des attitudes visuelles outrancières, avides d'occultisme et d'imagerie sectariste souvent à essence rétro futuriste. L'étrangeté se cantonne bien souvent aux seuls attributs vestimentaires et effets visuels divers (projections, logos et blasons, visages masqués…). La musique est constituée de longues plages électroniques hypnotiques basées sur la répétition plongeant le spectateur dans une immersion catatonique, privilégiant l'effet de transe à l'écoute active. Les groupes KXP et Lumerians rendaient bien compte de cette faction électro chamanique.

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Une autre formation spé reprenant cette posture retenait tout particulièrement mon attention. Le groupe texan Indian Jewelry se présentait comme un bon groupe de play back non synchronisé d'obédience arty, à l’attitude scénique et aux accoutrements bigarrés. Leur incohérence était protéiforme tant sur le plan auditif que visuel et c'est finalement dans ces illogismes que résidait leur intérêt. Quant à la musique : Était-elle synthétique ou analogique ? Toute cette MASCARADE baignant dans un flou artistique indéterminé, entre électro indus minimale ambiant drone et réverbérations psychédéliques, tendait vers un art informel. La performance scénique à l’artificialité second degré refrénait malheureusement mes envies d’élévation vers de nouveaux paradis narcoleptiques édulcorés présents à l’écoute de leur dernier LP vieillissant Peel It (2012 sur Reverberation Appreciation Society). Ouf ouf ouf s'esclafferait Barzy du bébête show. Ils étaient drôles ces hippies obscurantistes texans, un peu dans la lignée des somnanbules d’Excepter.

Un autre groupe texan présent à Lévitation, répondant au doux nom surréaliste d'Octopus Project, évoluait aux confins de l’électro indolente des Indian Jewelry et distillait une happy-pop instrumentale survitaminée, voire illuminée à l'image du titre Music is happiness (sur One Ten Hundred Thousand Million). Contrairement à la plupart des autres prestations, les sonorités étaient claires, les modulations constantes et les enchaînements d'une précision millimétrée (musiciens munis de métronomes à oreille) pour une parfaite combinaison instrumentale mi digitale mi électronique. Autre distinction importante : la tonalité était différente, délaissant la mélancolie et les ambiances ténébreuses pour faire place à la jubilation, voire même à la béatification (Dan Deacon n'est pas loin). Cette prestation avait, entre autres qualités, celle de nous extraire de notre langueur et de la répétitivité (mot clé qui figurera comme un marqueur de métadonnées) même si finalement l’extrême précision avait tendance à perturber la pleine immersion.

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Vous l’aurez ainsi compris, Austin s'invitait cette année à Angers, rendant hommage à ce jumelage particulier entre les deux villes. Tant sur le plan de la programmation, culinaire, ou des animations, l'esprit texan était vivant. Austin a son « Levitation» depuis maintenant 8 ans et voyait se reformer cette année les « 13th Floor Elevators », chantres exemplaires pourtant outsiders de la musique psychédélique avec un roky ranimé artificiellement. A Angers, nous pouvions nous targuer d'une autre résurrection, celle d'Anton Newcombe, pionnier du renouveau de la scène néo psyché profitant d'un formidable bain de jouvence dû à sa collaboration avec Tess Parks. Tess chante comme Hope Sandoval de Mazzy Star et le fantomatique Anton ne sait rien fait d'autre que du Brian Jonestown Massacre. C'est donc un succédané d’ersatz… un erzats de succédané d'avatar de simili substitut palliatif de titres interchangeables, folkeux et langoureux basés sur la répétition et la déclinaison d'un même titre inlassablement.

Redite et répétition également pour Arish Ahmad Khan aka King Khan et Mark Sultan mais bien salutaire pour ceux qui préfèrent le rock'n'roll primaire grand guignolesque aux introspections psychédéliques. L'aspect performatif triomphait une fois de plus incitant à la danse tous les vaillants gorets surexcités dont je faisais fièrement partie. « To hell with psychedelic music and long life to rock n roll » scandaient-ils comme s'ils avaient infiltré un réseau ennemi pour mieux le dissoudre de l'intérieur, distillant par tous les orifices leur garage tonitruant. Hilarant! Dans cette guerre des gangs autoproclamée, triomphaient les californiens de Wand en ripostant allègrement avec leur psych rock oxymorique, aux envolées lyriques lumineuses mais aux riffs ultra puissants. Les titres en live étaient adroitement retravaillés conférant davantage de densité à des morceaux à priori imparfaits. Dans sa conquête de l’ubiquité, Wand excelle en toute liberté, à en croire ses constants emprunts mais ô combien opportuns. J'étais complètement passée à côté de leur prestation à l’occasion de la dernière édition du festival This is not a love song à Nîmes et ne peux désormais que déplorer cette grossière erreur d’appréciation qui me fait perdre à jamais toute crédibilité !

Autre son à l'ambivalence digne d'une figure de style, celui de Destruction Unit dont les parties jouées étaient si antinomiques qu'on avait l'impression d'assister à la réunion de deux styles musicaux radicalement différents, entre punk et space rock. Le duo rythmique incarné par le batteur Andrew Flores, accoutré tel un joueur de poker, et l'excellent bassiste Rusty Rousseau, était rapide, efficace et sans ostentation. Les autres membres en comparaison balançaient des gros FUZZS outranciers à tout va pendant toute la durée du set et se donnaient en spectacle à l'instar du guitariste hermaphrodite Nick Nappa au comportement scénique digne d’un chimpanzé en prédation. Le set s'est terminé en un florilège expérimentations bruitistes donnant l'impression d'assister à un pastiche de la scène d'introduction de 2001 l'odyssée de l'espace (ou même sa parodie dans Zoolander) dans lequel chacun des guitaristes découvrait son instrument pour la toute première fois, inspectant l'objet sous toutes ses facettes, le manipulant dans tous les sens avec stupéfaction et fascination. Aucune surenchère visuelle palliative pour les Melvins qui, tout en restant d’une placidité absolue, en dépit d’un style vestimentaire complètement incongru (traditionnelle tunique médiévale pour Buzz Osbourne et coiffe de fakir pour Jared Warren), nous envoyaient valdinguer le plus violemment du monde par le truchement d’un son surpuissant renchéri par le jeu à l’unisson des frappeurs Coady Willis et Dale Crover pour un effet de pesanteur et de répétitivité absolu. Cette prestation allait finalement de pair avec la programmation à l’exception que nous ne lévitions pas mais nous engluions dans les marécages de la déraison. La plus belle des morts assurément !

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Autre douce agonie… celle des membres de Wire, présents à Lévitation pour n’interpréter que l’intégralité des titres de leur 13e album « Wire » sur leur propre label Pinkflag. C’est tout à leur honneur car il ne s’agit pas d’un concert de reformation commandité pour plaire à une poignée de nostalgiques grabataires désireux d’écouter l’intégralité de leur album culte. Certes ! Tout de même… J’étais, quant à moi, autrement nostalgique à l’écoute de ce son doucereux et atmosphérique, de cette voix soyeuse et monotone. Leur musique était nimbée de mélancolie, même les titres les plus énergiques semblaient avoir été contaminés par cette sirupeuse neurasthénie et manquaient de relief. Le temps passant leur énergie se tarit immanquablement même s’ils restent malgré tout pertinents. La plus belle des sensations de ce festival aura sans aucun doute été celle suscitée par la lumineuse performance des suédois de Dungen. La perspective de leur venue à Angers a même été le catalyseur de ma participation au Lévitation. Grand bien m'en a pris car…..ça dé-chi-rait : A la fois pour le niveau de technicité au service d'une esthétique pop-psyché particulièrement recherchée et d'une rare élégance, que pour le côté épique et pastoral renforcé par ce chant en langue suédoise et ces longs solos de guitare, piano ou même …. de flûte traversière. Mmmm alléchant n'est-ce pas ? En effet! J'aime les gentils Dungen d'amour pur et l'emploi du « Je », dans ce cas précis, se justifie d'autant plus. Des explosions de joie éructaient de nos corps d'hippies convertis et nous dansions tels des faons sur les truculentes mélopées scandinaves accompagnées du doux clairon de la flute de pan. Après avoir joué plusieurs titres du très bon Allas Sak ( sorti en 2015 sur Mexican summer ) les tubes ( Ouais c’est bien les tubes !) Panda et Du e for fin for mig de l'album Ta det Lugnt (2004) ont clôt ce merveilleux moment de poésie bucolique.

La suite était ensuite logique avec Melody Echo’s Chamber. Selon la formule des 6 degrés de séparation, évoquant la possibilité que toute personne peut être reliée à n'importe quelle autre, au travers d'une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons: Melody Prochet, ex de Kevin Parker (fan de Dungen) qui lui a produit son album, était accompagnée du guitariste et bassiste Benjamin Glibert, aussi membre d’Aquaserge à l’instar de Julien Barbagallo désormais membre de Tame Impala. Belle consanguinité musicale en effet. La voix fluette de Melody, arrangée et édulcorée sur l’album, disparaissait complètement au profit de l’excellente instrumentation. Le sujet principal du tableau figurait à l’arrière-plan dans une composition aux arrangements raffinés et déliés. Impressionnants sur Crystallized, Pablo Padovani au clavier (Moodoid), Benjamin Glibert, Jérôme Pichon à la guitare et Stéphane Bellity étaient les véritable héros de cette belle odyssée sonore psychédélique et les parfaits représentants de ce Lévitation France.

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On y était : MIMI 2015

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All photos © Edouard Hartigan

On y était : Festival MIMI, du 1er au 5 juillet 2015 à l'Iles du Frioul

À une époque où les festivals sont devenus des enjeux économiques et où leurs line-up se confondent, des entités comme le Mimi font un peu figure de résistance. À Marseille, ville où le la musique a pourtant plus de mal à s’implanter, les nouveaux évènements pullulent désormais, avec plus ou moins de bon goût et de pertinence culturelle. Rien pour autant qui ne concurrence le Mimi, à ranger plutôt sur le créneau alternatif d’un Sonic Protest, et cantonné à un formule de deux concerts par soir. Très identifié, jusqu’auprès des non-initiés grâce à son impayable spot insulaire, le festoche nous sert cette année une trentième édition qui condense toutes ses qualités. Et peu importe si certaines ambitions de programmation pour cette date anniversaire ont du être abandonnées (Eno ou David Sylvian ont été considérés en coulisse pendant un temps), le Mimi fait déjà des miracles avec un budget modeste pour une telle organisation.

E.E.K

Même les propositions les plus exigeantes se font accessibles à tous les publics sur les Îles du Frioul. C’est le cas d’Aki Onda, qui ouvre le jeudi soir avec une prestation plus proche de l’installation sonore que du concert. La configuration est celle d’un atelier, et le Japonais dispose dans l’espace, à l’instinct, des field recordings qu’il a recueillis ces derniers jours dans la ville (vagues, ambiance de crèche, bruissements divers), et quelques sifflements de micros. Son approche est raide mais figurative, et lorsqu’elle pencherait un peu trop vers l’un ou l’autre, il décale le point de vue en déposant une mini-baffle dans les gradins, avec cet air impassible de celui qui pourrait faire un sale truc à tout instant dans un Takeshi Miike. Pourtant, sa conclusion se résumera à des vagues dark-ambient décentrées, ponctuées de billes tombant dans des cymbales amplifiées, sans plus de fracas. On retrouvera cette précision et cette science du silence sous une forme plus spectaculaire avec les Percussions de Strasbourg qui lui succèdent. Le premier mouvement du Drumming de Steve Reich claque dans les ruines de l’Hôpital Caroline, c’est une introduction sèche et élémentaire au programme de ce soir. Deux autres longues pièces donneront l’occasion à l’orchestre de s’emparer de l’imposant matériel affrété sur l’île : des mouvements brusques, drôles, un théâtre maîtrisé et tendu, où le sonore est massif mais furtif, et fait de cris, de rafales, et de vides.

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En ouverture du vendredi, les quinze claviers des Anglais d’HIMMEL s’annulent un peu dans ce mix adapté au plein air, et le climax auquel l’ensemble aspire n’a pas lieu - reste la sensation, pas désagréable, d’avoir assisté à une jam légère entre Bitchin Bajas et Tortoise. Après eux, les discrètes légendes galloises des Young Marble Giants prennent la scène, et assurent la caution tendresse de cette édition. Ils retranscrivent aussi simplement que possible l’unique LP et quelques singles qu’ils sortirent en 1980, dont le reflet si pur, la facture si sommaire, ont traversé les époques avec une grâce unique. À un volume si faible qu’on couvrirait le groupe entier en demandant du feu à son voisin, ces tubes de peu font doucement couler leur mélancolie de table de chevet - ou résonner le micro-funk de leurs lignes de basse pour certains. Tout aussi attachants, les musiciens passeront la semaine dans la ville à faire du tourisme - et à fondre sous la langue quand on discute avec eux.

Le dimanche de clôture prend la forme d’un volcan nippon, compact et abondant. Collaboration franco-japonaise mélangeant électronique, cordes et rock, Gunkanjima ouvre sur un rituel bruitiste, puis vire progressivement hystérique façon Plastic Ono Band/Boredoms, flirte avec un rock-fusion un peu limite, pour chaque fois se rattraper avec l’étincelle de folie nécessaire. Sous sous leur incarnation « Cosmic Inferno », les piliers du psych-rock Acid Mothers Temple en donnent à tout le monde, du prog au disco, avec l’empoigne et le chamanisme d’un Psychic TV japonais sous tension. C’est bien plus friendly qu’on ne l’aurait cru, mais le magma opère, et ce jusqu’au traditionnel bain de nuit sur le trajet du retour.


On y était : Sonar Festival 2015

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On y était : Sonar Festival, 18 au 20 juin 2015 à Barcelone - Par Alex P. & photos par Hélène Peruzzaro

L'édition précédente à peine terminée, on se préparait déjà mentalement et physiquement à cette cuvée 2015 du Sónar. Un an, ça passe vite, et voilà, on y est, prêt à se frotter aux samouraïs du dancefloor du monde entier dans la chaleur catalane. Le Sónar c'est officiellement trois jours et deux nuits mais en vrai, c'est une compète qui se joue sur une semaine, événements off obligent. La première soirée sera d'ailleurs un préambule plutôt soft avec le concert de Steve Gunn dans un petit club du centre-ville, même si la tournée des bars qui a suivi a mis un peu de piment dans l'histoire et dans mon crâne.

Le lendemain, on continue mais ce coup-ci, c'est un entraînement à balles réelles avec le showcase Hivern Discs au Monasterio, point culminant du Poble Espanol. Dorisburg est déjà sur scène et envoie un live machines pas dégueu d'une house aux contours mélodiques et sombres pour une ambiance finalement très relax dans un cadre bucolique. Barnt enchaîne et muscle le jeu avec sa techno hypnotique matinée de beats indus. C'est cool mais le garçon se démerdera quand même pour claquer deux, trois pains assez embarrassants, ce qui l'a d'ailleurs peut-être poussé à terminer son set façon saucisson avec des tracks bien bas du front.

Côté public, on est sur un mélange de cagoles de haute voltige, de touristes ricains aux larges torses et d'aryens quasi à poil droits sortis d'une jaquette DVD de porno gay, le tout encadré par une sécu commandée par une version bodybuildée de Didier Drogba. Je note cependant avec grand plaisir le retour de la banane comme accessoire indispensable à l'élégance des jeunes gens modernes.

Joy Orbison détend l'atmosphère avec un set entre tam-tam et rayons lasers bourré de vocaux pour carrément finir sur une ambiance disco-funk. Viens ensuite la surprise du chef, le créneau 21h30-23h stipulant simplement "guest". C'est finalement Jamie XX qui fait son apparition derrière les platines. Je dois dire que, même si je conchie son groupe et que je ne suis pas un grand fan de sa sauce en général, le mec va balancer un DJ-set aux allures de sans faute, propre comme un Stephen Curry derrière la ligne des trois points. En bon patron de label, John Talabot clôture l'affaire comme il sait si bien le faire, il est minuit et demi et on se dit que c'est une bonne idée d'aller de finir au Moog, mini-club en plein barrio chino, devant DJ Haus et Legowelt. La sélection officielle n'a pas encore commencé que je suis déjà carbo, comme un claquage à l'entraînement d'avant match.

Mais c'est dans le combat que les vrais joueurs se révèlent et le lendemain après-midi, on est prêt pour retourner au charbon, celui du By Day cette fois. On tombe sur Kindness sur la grande scène extérieure et ce que je remarque, c'est que le type est finalement plus occupé à sautiller sur scène et à taper dans ses mains qu'à faire de la musique, laissant ça à son backing band afro beat par moment et carrément nu soul le reste du temps. Le tout ressemble finalement plus à un jam incorporant même des medleys de reprises qu'à un véritable concert. Je pars m'enfermer dans la salle de cinéma du Fira Montjuic pour assister à la performance audiovisuelle The Well, collaboration entre Koreless et l'artiste Emmanuel Biard. Cette collaboration soutenue par le festival mancunien Future Everything consiste en un dispositif complexe et évolutif. Le jeune Gallois commence par envoyer de grosses déflagrations d'infra basses, la scène est inondée de fumée, les arpèges de synthé montent doucement et les mélodies se croisent. Un grand film plastique sur lequel la lumière rebondit est tendu au fond de la scène et réagit comme la surface d'une mare dans laquelle on aurait jeté un caillou à chaque coup de kick. L'utilisation du glitch est de plus en plus marquée et le spectacle continue d'évoluer, on fait pivoter un grand miroir circulaire et des rayons lumineux se mettent à dessiner un sorte de plan à tisser laser, encore mieux que la harpe de Jean-Michel. On pivote le miroir une dernière fois pour transpercer l'audience de ces rayons laser, le résultat est saisissant, je suis hébété - faut dire que les quelques lattes de blue kush inhalées juste avant m'ont bien aidé à fondre dans mon siège.

On reprend l'air deux minutes avant de repartir pour une courte apnée avec la fin du concert de Nazoranai, supergroup composé de Stephen O'Malley, de l'Australien Oren Ambarchi et de Keiji Haino, figure de proue de la scène expérimentale et psychédélique japonaise. Feedbacks assourdissants de guitares saturées, rythmique doom et phrases de synthés vrillées, le Sónar Dome est quasi vide, l'ambiance est chelou, les gens n'ont rien compris mais putain, je rigole bien quand même avec ma blue kush.

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All photos © Hélène Peruzzaro

Vient ensuite le tour d'Alejandro Paz et là l'atmosphère va changer du tout au tout, en même temps difficile de faire pire contraste. C'est parti pour une heure de grosse body music latino avec le poto qui toast en short comme au barrio. Et pour saucer, ça sauce, gosse bassline, gros dancefloor, joooooder comme on dit ici, tu réfléchis pas, avec lui c'est tu danses ou tu te casses.

Direction le Sonar Hall pour le concert d'Autechre. La salle est entièrement plongée dans le noir, on ne voit rien, le malaxage de neurones et de côtes flottantes peut commencer. Je dois avouer que bien qu'adorant Autechre, je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec ce live, j'avais même un peu peur de me faire chier, pour tout dire, mais cette crainte est vite dissipée. L'ambiance est immersive et à part un bref moment durant lequel la salle sera inondée de lumière (ce qui a eu pour effet d'exciter tous les Robert Gil de Catalogne et d'Europe), la grande halle est immédiatement replongée dans le noir. On ferme les yeux et on plonge dans un espace en quatre dimensions fait de textures, de mélodies sous-jacentes et de parasites rythmiques. Une transe en alerte à la fois taxante et incroyablement méditative. Et puis j'ai glissé, je ne me souviens plus trop, j'ai rouvert les yeux et j'ai eu comme l'impression d'avoir fait un rêve prémonitoire. Après ça, tout le reste semble insignifiant et plutôt que d'aller se remettre du son dans les oreilles on passera la soirée avec l'ami Ricardo Tobar à pillave tout ce qu'il y avait à pillave et à disserter sur les bienfaits du pisco et la notion de bookeur pété.

Deuxième jour du By Day, j'arrive juste à temps pour choper le live de Vessel, sorte de rituel tribal et industriel accompagné de projections vidéo rappelant le boulot des actionnistes viennois. C'était l'un des artistes que j'étais le plus curieux de voir et, torse nu derrière ses machines, il m'a mis une grosse gifle. C'est un peu con dit comme ça mais c'est exactement ce que j'avais envie de voir à ce moment-là.

Vient ensuite le tour de la sensation féminine UK hip-hop, Kate Tempest. Trop souvent réduite au qualificatif de version meuf de The Streets, la petite rouquine boulotte et son groupe composé d'un batteur, d'une claviériste et d'une choriste va prendre le contrôle de la scène. Flow tranchant, voix sûre, elle a l'assurance d'un vétéran mélangée à la fraîcheur et la candeur de quelqu'un d'hyper sincère et de content d'être là. Son concert sera interrompu par une coupure son mais c'est pas grave, elle peut se consoler en se disant que le taff a été fait et bien fait.

Je me cale ensuite en plein cagnard pour choper un bout du set d'Owen Pallett et son violon avec sa came grandiloquente cul-cul suivi du DJ-set d'Arthur Baker. Le papa ricain de la production, qui a notamment bossé avec des gens comme Afrika Bambaataa ou New Order, a décidé de partir dans un délire estival, ce qui ne passera pas inaperçu auprès de la frange la plus drogue des festivaliers. Gros bide, barbe, combo cheveux longs/calvitie et selecta pour gens désinhibés, lui dans un truc bien carnaval comme le Burning Man, ça doit être un carnage.
Petit tour du côté des stands du Sonar +D et de la Novation Synth Heritage Exhibition où les gens peuvent manipuler les modèles phares de la marque ainsi que d'autres machines cultes comme la TR 808, 909 ou encore un clavier Oscar. En bon nerd, je vais passer près d'une heure a tripoter la 808 et la 909, que du fun. Il est temps de retirer le casque que j'ai sur la tête et de retourner voir ce qu'il se passe dans le festoche.

Je tombe sur DJ Ossie dans le Sónar Dome et le Londonien va me casser les pieds, voire même carrément me déprimer avec son mix ultra putassier digne des pires campings de la Costa Brava. Le gars va même balancer Gypsie Woman de Crystal Waters en filmant le public avec son iPhone en bougeant, tout content à l'idée d'envoyer une jolie carte postale vidéo à sa maman. On enchaîne avec une session d'hypnose sensuelle avec le live de Xosar qui est accompagnée à la vidéo par Torn Hawk, qui diffuse ses visuels sur des écrans disposés sur les côtés de la scène et qui honnêtement ne servent pas à grand chose tant le regard est attiré par la belle créature à la gestuelle bizarre au milieu de la scène qui manipule ses machines pour délivrer une performance labyrinthique et mentale tout en tapant en-dessous de la ceinture.

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Il est temps de bouger sur le site du By Night pour choper le concert d'A$AP Rocky. Le pretty flacko est évidemment accompagné de son A$AP Mob, et c'est parti pour un gros show à l'américaine. Le mec n'est clairement pas un rappeur de scène, faisant le minimum syndical au niveau du micro, laissant le soin à ses acolytes de gueuler à sa place tout en bougeant partout en prenant de belles poses pour les photographes. Ce n'est pas une grosse performance de musicien, d'accord, mais on est en présence d'un entertainer et c'est finalement plaisant à mater, surtout pour le côté débauche comme sur Wild for the Night, où des canons à fumée et à confettis vont nous faire croire l'espace d'un instant qu'on est en plein spectacle de la mi-temps du Superbowl.

On part faire un tour du côté du Sonar Car, la petite scène devant le stand d'autos-tamponneuses, pour choper Powell et son délire musclé, puis le live de Paranoid London. Le duo est accompagné de Mulato Pintado, sorte de MC au look improbable, comme si John C. Riley avait eu le rôle de Dennis Hopper dans Easy Rider avec un bob de pêcheur sur la tête. La TB 303 tourne autant que ta soeur et la 808 de cochon met de bonnes claques aux fesses. Gros défouloir, cabrage violent, katas sur le dancefloor. Et puis faut dire que mettre des auto-tamponeuses devant une scène techno dure, c'est à la fois le truc le plus con et le plus cool qui soit. En plus d'en n'avoir rien à foutre des limitations sonores, nos amis espagnols ont vraiment le goût de la fête et savent comment introduire juste ce qu'il faut de mongolisme pour rendre le moment parfait.

Petite pause pour retourner dans le grand hall et jeter un oeil au live de Die Antwoord. Les narvalos d'Afrique du Sud sont typiquement ce genre de gros monstre débile que tu ne vois qu'en festival (moi en tout cas). Le bordel commence par une projo d'un gros plan sur le visage de leur poto atteint de progéria et décédé récemment, histoire de bien appuyer sur l'imagerie freak qui constitue leur fond de commerce avant d'enchaîner sur leurs titres plus flingués les uns que les autres. A chaque morceau son changement de costumes et de mise en scène, on est en pleine Foire du Trône, entre pyjamas Pikachu et vidéo de petits bonhommes en couleur avec des bites géantes qui volent en éjaculant dans le ciel, trop c'est trop.

On se balade ensuite façon zapping pour prendre quelques bourrasques de Randomer, survoler un peu le live de Tiga et capter quelques morceaux de Hot Chip qui finiront d'ailleurs sur une reprise du Dancing in the Dark de Bruce Springsteen, comme une dédicace à la collègue photographe qui m'accompagne, puis retour devant les auto-tamponneuses pour un DJ-set toujours aussi impeccable d'Helena Hauff. Sexy austère, sympa mais sévère, de la punition qui fait plaisir, du cabrage de compète frère.

Instant détente mérité au bar presse sur fond de Jamie XX et de parties de jeux vidéos sur bornes d'arcade. Sur la sortie, on chopera un bout de Skrillex et de son brostep pour fils de pute, soit le truc le plus blanchot qu'il m'a été donné de voir depuis la vendange de Dugarry en finale de la coupe du monde 98, un truc entre le sentiment de haine et le rire gêné.

Troisième et dernier jour du By Day, je retourne tripoter quelques synthés avant de capter le set de Valesuchi. La Chilienne de chez Comeme envoie un délire chaloupé bien cool avant de laisser là place à Zebra Katz. Je suis le rappeur de Brooklyn depuis son Ima Read de 2012 et j'étais vraiment curieux de voir ce que ça donnait en live et tout ce que je peux dire, c'est que le lascar ne m'a pas déçu.

Après une intro consacrée au Everybody's Free de Quindon Tarver, notre beau gosse en salopette blanche fait sonner les infra basses et entame une démonstration de contrôle scénique. Le mec dégage une grosse puissance, son flow axé sur une articulation et une diction parfaite est impeccable et son art rap dur soutenu par des productions de Leila Arab va foutre le public en feu. De phases ghetto club au bain de foule en passant par des petits enchaînements voguing queer, le mec étale les différentes facettes de sa personnalité trouble et met le public dans sa poche malgré la singularité du propos. Un futur grand.

Un dernier petit tour du coté du Sonar Planta pour apprécier la belle installation réalisé par le studio berlinois ART+COM intitulée RGB/CMY Kinetic, et rideau histoire de profiter des douceurs de Barcelone avant de reprendre l'avion direction Paris en compagnie de Blaise Matuidi. Sonar, més que un festival.

Photos


Weather Festival 2015 : on a rencontré S3A

WEATHER

Avec le printemps arrive la période tant attendue des festivals. Cette année encore, le Weather se positionne en challenger de poids, rivalisant ni plus ni moins avec l’incontournable rendez-vous baléarique Sonar. Posant ces guêtres cette fois-ci au Bois de Vincennes, ce ne seront pas moins de trois jours de fête intensive, si l’on occulte le Off investissant la plupart des salles parisiennes, que nous propose l’équipe derrière les non moins fameuses Concrete. Revenant encore cette année avec une programmation mitonnée aux petits oignons, Weather devrait mettre à quatre pattes les auditeurs les plus exigeants comme les teufeurs en manque de sensations fortes. Trois jours mettant sous les feux de la rampe des gloires telles que Jeff Mills, Juan Atkins ou Moritz Von Oswald, la techno racée d’artistes confirmés comme Ben Klock ou Len Faki, des come-back des plus surprenants comme le retour sur scène de Collabs 3000 (Chris Liebing & Speedy J), l’avant-garde frenchie avec S3A nous présentant pour l’occasion son premier live ou l’association des artistes du label Construct Re-Form autour du projet Unforseen Alliance, des collaborations des plus inattendues (Vatican Shadow & Low Jack & Ron Morelli) mais aussi Mark Broom et Baby Ford sous le pseudo Perbec, ou des artistes féminines comme Cassy, Xosar ou encore Nina Kraviz… Et encore, la liste n’est pas exhaustive… Mais une chose est certaine, le week-end promet d’être sport.

Afin de nous préparer au mieux à ce marathon, nous avons rencontré S3A, devenu rapidement un fleuron du renouveau house français et une figure emblématique des soirées et after ayant élu domicile sur la désormais célèbre péniche Port de la Râpée. Par manque de temps, nous ne pourrons retranscrire l’intégralité de l’interview du jeune producteur un brin bavard, mais nous reviendrons bien sûr très vite dessus lors d’un focus sur l’artiste ou nous vous livrerons la totalité de cet entretien fleuve.

S3A

C’est à Bastille que nous a donné rendez-vous Maxime plus connu du grand publique sous le pseudonyme de S3A (Sampling As A Art), ou plutôt à la boutique Syncrophone, disquaire bien connu des afficionados de musique électro en tout genre. L’occasion de saluer les non moins talentueux Blaise et Didier Allyne, tôlier de ce grand bastion dédié à la Techno et la House, où le vinyle est roi. Le gars se pointe avec dizaine de minutes de retard, on en profite pour tailler une bavette avec son comparse de toujours Poon (son partenaire sur le label Sampling As An Art Records), fringuant DJ qui ne devrait pas tarder à faire parler de lui. Quelques clopes plus tard, nous nous posons dans un café à l’angle de la Rue Keller et pouvons aborder tranquillement le parcours du trublion à la fois sympathique et avenant qui nous confie avoir commencé en 96 se glissant derrière les platines avant de commencer à produire ses premiers morceaux autour de 99, avec pour simple outil Cubase. En 2005 et après un apprentissage intensif sur Ableton Live, c’est le début de l’épopée de Max Fader (ancien alias de S3A) et la signature des premières prods en digital. « C’est en commençant à partager le studio avec Zadig que j’ai commencé à tâter vraiment les machines et que les choses ont commencé à prendre forme » nous confie-t-il. S’en suit une collaboration avec son comparse rouennais et ami de toujours sous le nom Friendship Connection. Le playlistage du disque par Marcel Dettmann met les deux artistes sous les feux de la rampe, mais Maxime gardant les pieds sur terre décide de suivre sa propre voie… « J’avais une forte envie d’assumer ce côté funk, house et disco car j’ai toujours écouté ces trucs là… c’était un peu difficile car j’ai toujours eu ce côté viril propre à la techno, surtout que je viens d’un milieu rouennais où t’écoute des trucs qui tabassent un peu… Mais j’avais envie d’assumer ce côté-là… Après Concrete m’a offert ma chance, et tout de suite t’as envie de te prouver des choses, de faire toujours mieux… ». On le questionne alors sur Concrete, soirées phares parisiennes qui lui permettront d’acquérir la reconnaissance qu’on lui doit aujourd’hui : « C’est arrivé grâce à Sylvain (Zadig) qui me présente un mec qui s’appelle Antonin (Antigone) qui avait signé le Construct Re-form numéro deux et qui m’avait mis une réelle claque, et qui me dit tiens tu devrais faire un podcast pour mon pote Souleiman Bouri… Lui à l’époque travaillait chez Concrete, il a fait écouter mon mix à Brice qui m’a offert un tir d’essai le 12 Décembre 2012 je crois… Ça c’est très bien passé, je jouais après Ron Morelli… Ron Morelli nous a fait un truc hyper dark, ultra glucose, enfin bref… Et j’ai enchainé avec un truc super fresh et du coup ça a marché du feu de dieu… Puis on a signé le 11 Janvier le contrat de session avec Concrete pour le booking… Après il y eu les résidences, puis le booking pour le Weather Festival et maintenant le live qui se prépare…» Mais justement qu’attendre de ce premier live : « Là je bosse dessus d’arrache-pied, matin et soir… Enfin surtout le soir… Des nouveaux morceaux, des tracks qui ne sont pas sortis… Des ébauches aussi… Des choses que je vais rajouter… En fait le but c’est de casser les morceaux que tout le monde connait déjà, où qui m’ont fait connaitre… Sans oublier que tu es quand même dans un festival et que le publique ne te connait pas forcement… Surtout penser qu’il ne faut pas faire super extrême, trop pointilleux mais avoir un côté fédérateur… ».

On quitte l’actualité de Max pour lui poser quelques questions sur la scène actuelle, savoir ce qu’il pense des courant dub-house, ghetto-house et ces labels qui explosent comme L.I.E.S. notamment. On le sent tout de suite moins à l’aise, et les dents commencent à grincer. « Bah écoute L.I.E.S j’en aime qu’un seul… Et encore c’est pas un L.I.E.S… C’est un L.A Club Source, le label de Delroy Edwards… Mais je ne me sens pas proche de cette scène là en fait. Le tout pour le crade, je ne suis pas pour ! J’aime beaucoup l’acid, etc mais je ne me sens pas proche de cette scène… Notamment, toute cette vague micro-house qui débarque de l’est de l’Europe… les notes me manquent et j’ai vécu la minimale au début des années 2000 et je pense que des labels comme Perlon ou Moe’s Ferry ont déjà tout fait... Moi il me faut des émotions, il faut que ça m’emmène, que ça me fasse voyager, que ça raconte une petite histoire… En ce moment je me sens proche de OYE, le magasin de disque à Berlin… De Cuthead, Pablo Valentino… Après… La techno !? Moi j’ai un problème avec la techno d’aujourd’hui… Je suis bien content que des mecs comme Zadig ou Antigone fassent autre chose… J’ai 37 ans, je commence à savoir ce que j’aime, et sur un dancefloor… Je reste stupéfait par l’efficacité de Laurent Garnier, Sven (Vath)… Par exemple sur un de ses sets, j’étais à côté de mon pote et on s’est perdu de vue pendant une heure… On était parti dans le son… ». Ca fait déjà près de trois quarts d’heure qu’on bavasse, mais avant de quitter Max on le titille un peu sur sa collaboration avec Laurent Garnier… « On verra si on retravaille ensemble mais pour l’instant rien est fait… c’est sûr qu’au point de vue de l’égo, t’as une case qui est remplie… Quand tu as Laurent Garnier qui te tape sur l’épaule et te dit, putain on a vraiment bien bossé… Bah voilà quoi (Rires) »

L’interview complète du bonhomme c’est pour bientôt dans nos colonnes, et ne loupez le mix de S3A qui se produira ce samedi 6 juin sur la scène été du Festival Weather. Et bon, comme on est plutôt sympa, on vous offre 2 passes 3 jours pour guincher tout le week-end. Pour tenter le coup, rien de plus simple : envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort le 3 juin et prévenus par mail le lendemain matin.

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Programmation

Programmation

Concert d'ouverture : jeudi 4 juin (20h-00h)

Red Bull Music Academy Stage (20h-23h)

DORIAN CONCEPT TRIO
OMAR SOULEYMAN

Concert (23h-00h)

DERRICK MAY & DZIJAN EMIN feat. FRANCESCO TRISTANO + ORCHESTRE LAMOUREUX

Main Event : vendredi 5 / samedi 6 juin

VENDREDI 5 JUIN (18h-08h)

Scène Automne
Scène "Ambient"

SAMEDI 6 JUIN (16h-08h)

Scène Automne

BEN VEDREN live
DVS1 & RODHAD
JOSH WINK
MANDAR live (LAZARE HOCHE / MALIN GENIE / S.A.M.)
NINA KRAVIZ
PERBEC (MARK BROOM & BABY FORD)
RICARDO VILLALOBOS

Scène Hiver

ADVENTICE live (DJ DEEP & ROMAN PONCET)
ANTIGONE & ABDULLA RASHIM
BEHZAD & AMAROU
COLLABS 3000 (CHRIS LIEBING & SPEEDY J)
FRANCOIS X
MARCEL DETTMANN
PETER VAN HOESEN live

Scène Printemps

CABANNE
LOWRIS & LE LOUP
PIT SPECTOR
RPR SOUNDSYSTEM (RHADOO / PETRE INSPIRESCU / RARESH)
ROBAG WRUHME
SEUIL live
ZIP

Scène Été

D'JULZ
FLOORPLAN aka ROBERT HOOD
KOSME
LIL LOUIS
S3A live
STEFFI live

Scène "Modular"

BLAWAN presents: TERNESCAN CHAMBERS live
DIE GALOPPIERENDE ZUVERSICHT live
LONDON MODULAR ALLIANCE live
STEEVIO & SUZYBEE live

Infos pratiques

Weather Festival 2015
Du 4 au 7 juin 2015
Plaine de Jeux du Polygone, en plein coeur du Bois de Vincennes
Tarifs : De 67 € à 97 € le Pass 2 jours et de 92 € à 122 € le Pass 3 jours


On y était : Sonic Protest 2015

©Céline Fernbach 2

© Céline Fernbach

Le 4 avril 2015, CENTRE BARBARA FGO à Paris par David Fracheboud

Le meilleur moyen de se remettre dans le bain, quand on revient d'un plongeon de trois mois dans la grosse pomme, c'est de se rendre au Centre Barbara de la Goutte d'Or pour un concert de Sonic Protest, et là, Paris redevient en une soirée la ville la plus cool au monde. Car ce fût aussi l'occasion de retrouver l'excitation, ce moment où tu patientes dehors avec ta clope et ta bière en tournant la tête comme une girouette avec le plaisir feint ou non de saluer toutes les autres girouettes. Une chose est sûre, si ce sont toujours les mêmes têtes que l'on croise à Sonic Protest, il y en avait heureusement aussi de nouvelles...

La soirée affichait complet, grâce à la sensation espagnole Esplendor Geometrico, arrivée an vainqueur. On s'entasse derrière le bar avant de passer dans l'obscurité. Damien Schultz tente une diversion ; assis dans un coin, il prend son micro relié à une valise contenant un petit haut-parleur, regarde son cahier, et se met à parler tout seul, un peu fort, comme le vieux pote surexcité qui te crie déjà dans l'oreille alors que le concert n'est même pas commencé : "Hé, mais je t'ai déjà vu au concert, je me rappelle, on s'est vu au concert, tu te rappelles, et dis, tu m'aimes bien ? Moi je t'aime bien, Tu m'aimes bien ? Mais je t'ai déjà vu au concert, tu te souviens, on s'était vu au concert, mais tu m'avais vu au concert, tu te souviens, je me souviens..." C'est parti pour une diarrhée verbale qui me fera autant rire que réfléchir, tant elle résume pour moi l'attitude souvent convenue des gens qui vont à Sonic Protest, et qui n'ont pas toujours envie, ni grand-chose à se dire. Sa prestation n'est pas si éloignée de celle d'Arturo, le chanteur d'Esplendor Geometrico, qui répète lui aussi la même phrase jusqu'à épuisement, mais on y reviendra plus tard...

On rentre dans la salle obscure du Centre Barbara pour se prendre une première balle en pleine tête - difficile d'échapper au jeu de mots avec Fusiller. Il choisit de se placer en plein milieu de la salle pour régler au mieux ses appareils couplés qui produisent un larsen qui nous remplit au taquet les esgourdes. Dans un déluge de sons noise aux relents techno acid/hardcore mais privé de boîte à rythmes, ses quelques circuits imprimés clignotants branchés à ses pédales d'effets et ses loopeurs semblent tous être parfaitement déréglés ou en mode random. Le gars bouffant son micro comme un Arturo Lanz envoie un set puissant et énergique aussi précis qu'un tir de sniper à l'AK47.

Si l'envie d'aller m'encastrer dans un mur ne m'était pas encore tout à fait passée après ce premier live, Ryan Jordan allait surenchérir avec un puissant stroboscope de 200 000 watts balancé en pleine tronche du public. Si certains avaient mis leurs bouchons d'oreilles, peu avaient pensé à prendre aussi une paire de lunettes de soleil. Je me contenterai de fermer les yeux et d'appuyer fort ma tête contre le mur pour mieux ressentir la déflagration. L'expérience sensitive est alors totale, je ne pense plus à rien ni à personne, je frotte ma boîte crânienne de haut en bas et de droite à gauche inlassablement. Si tu décides l'année prochaine de venir toi aussi à Sonic Protest, tu pourras par exemple te faire caresser la caboche par des LFO.

Esplendor Geometrico arrive et on est déjà cuit à point. Un videoproj balance leur playlist vidéo YouTube où l'on peut voir des Arabes, des Noirs, des Jaunes dans des actions en complet décalage avec leur musique sale, mais qui toutes évoquent la transe. Arturo, le chanteur, ressemble à un pilote de rallye, Saverio, aux machines pourrait lui être un cousin éloigné de l'oncle Fester dans la famille Adams si son visage n'était pas aussi figé que celui de Fantomas. Toujours implacablement concentré comme un laborantin, il ne lève pratiquement jamais la tête de son PC. Arturo vivant en Chine et Saverio à Rome, il semblerait que ces deux-là soient capable de communiquer par télépathie pour faire leur musique. Ceux qui comme moi attendaient de voir Arturo se chatouiller les amygdales avec son micro auront patienté en vain. La puissance de son chant est malgré tout éloquente. Il s'impose une véritable discipline pour appuyer le plus fort possible sur ses cordes vocales et répéter toutes sortes de sortes de mantra qui l'amènent à flirter avec la perte de connaissance qui se manifestera tout le long du concert par ses globes oculaires toujours à deux doigts d'exploser.

Le dernier morceau sera particulièrement malsain. Une vidéo au ralenti montrant une Kawai-teen qui fixe sa webcam avec tantôt un air de "je vais me mettre un truc dans la chatte", tantôt un air de "t'as pas honte de mater, vieux dégueulasse". Un dernier corps-à-corps avec les boucles techno boueuses pour Arturo qui se rapproche du bord de la scène, secouant son bassin sous notre nez, les genoux bien écartés, nous laissant admirer ce parfait coup de hanches espagnol. On sort convaincu malgré l'absence de rappel, Esplendor Geometrico n'a rien perdu de sa superbe et nous fait kiffer la vie, à Paris ou ailleurs...

©Céline Fernbach

© Céline Fernbach

Le 9 avril 2015, EGLISE SAINT-MERRY à PARIS et le 10 avril 2015, LE GENERATEUR à GENTILLY par Thomas Corlin

En ouverture le jeudi soir, le cliquetis des mécanismes bricolés par Pierre Bastien résonne discrètement dans l’église Saint-Merri. L’ombre de ses constructions s’étale sur des boucles extraites de concerts jazz ou rock télévisés dans les 50's ou 60's, et qui servent de lancinante toile de fond sonore et visuelle. C’est un ensemble délibérément disjoint qu’il élabore avec Emmanuelle Parrenin, usant de superpositions toujours un peu bancales : théière, balance, instruments à vents, à cordes et à bulles, bruitisme en tout genre ainsi que quelques variations autour du Comme À La Radio de Brigitte Fontaine. Inoffensif de prime abord, ce petit théâtre d’objets sonores se révèle bizarrement immersif sur la durée. 

Disséminées sur tout le festival, les interventions du poète sonore Damien Schultz se jouent du lieu et de la situation. C’est une proposition amusante dans le cadre de Sonic Protest, comme si un prédicateur nous faisait l’honneur de ses visions du moment. Ce soir, il se niche dans un des balcons de l’église et en profite pour travailler son rapport à Dieu. Sa diction effrénée, ses répétitions autistes et ses thématiques le rapprochent de Jean-Michel Espitallier ou Charles Pennequin, alors que sa présence nous fait songer que ce type d’interlude devrait se généraliser à l’avenir. 

Richard Dawson est tout aussi seul, mais sur scène. Il ressemble à ce tavernier qui t’accueille dans son pub de rase campagne anglaise et t’en offre une avant que tu partes parce qu’une longue route t’attend. L’ours folk tape du pied, et remplit la paroisse de ses fables sur des bergers, des moutons et des chevaux. C’est plus rustique, et l’éloquence de son chant évoque même un Nico masculin, la morgue en moins. Il attrape parfois sa guitare acoustique électrifiée taille enfant pour taper un blues détraqué, mais le gros de son concert est un récital a cappella drôle et poignant avec un esprit de feu de camp. C’est The Necks qui décrocheront cependant la timbale ce soir : leur séance de jazz circulaire de haute volée convoquera une force dramatique propice à l’épiphanie. Le langage est sobre (contrebasse, batterie, et piano répétitif), les déplacements intuitifs, presque invisibles, et pourtant le trio australien désarme sur le champ, touche le cœur sans excès de lyrisme et signe l’instant magique de cette édition.

L’humeur est plus abrupte le lendemain soir au Générateur de Gentilly. Vincent Epplay dresse un lit de braise électronique sur lequel Pharaoh Chromium intervient sournoisement avec une sorte de flûte traversière synthétique qui appuie la tonalité orientale de l’ensemble. C’est rond, chaud, menaçant, mais ça n’attaque jamais vraiment, et ça se tient très bien comme ça. On se rassemble autour de C_C dans l’obscurité, pour une bonne dose de techno en circuit bending qui croustille bien sous les dents, et on se dit qu’on aimerait bien voir la « nouvelle génération techno » danser là-dessus un de ces quatre matins. Annoncés en grande pompe pour leur première date française, Islam Chipsy sont la caution festive de cette édition : deux batteurs soutiennent un numéro joyeusement cheap de chaabi sur synthé, entre Charanjit Singh et le 8-bit. La blague est percutante bien qu’on en fasse vite le tour, et ouvre un dancefloor égyptien en plein Sonic Protest. Le DJ-set d’Arc de Triomphe le prolongera avec une sélection d’authentique raï algérien comme on en a peu l’habitude dans le contexte des festivals de musiques interlopes, mais souvent occidentales. 


2015, triste fanfare

A peine le temps de vider une boîte mails regorgeant de vœux plus ou moins honnêtes que 2015 se pare d'une coloration bien plus saumâtre que n'a été pénible à déglutir la fin d'année écoulée. Inutile de palabrer sur les événements tragiques qui ont eu lieu avant-hier, peu ou prou à l'heure où le point final de cet édito a été signé, chacun est assez ébranlé pour se retrouver, seul, dans la nuit du doute et de l'incertitude. Même s'il est malaisé de se sortir la disparition de Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Tignous et Georges Wolinski de la tête, la pudeur nous résout au silence et la raison au discernement. Et, malheur relatif s'il en est, la litanie de mauvaises nouvelles est plus que légion en ce début d'année.

Car si le vivier de micro-labels fleurissant aux quatre coins de l'hexagone et prospérant à l'ombre d'une crise du disque chaque jour plus difficile à appréhender dans sa globalité - lesdites petites structures ne sortant plus des disques pour gagner de l'argent mais pour a minima couvrir les frais de production et rétribuer autant que faire se peut les artistes par le biais de concerts en support des sorties - permettait de passer outre le fait qu'en France plus qu'ailleurs, il y a une prime commerciale à la médiocrité - oui, le top 10 des ventes compte en 2014 une ribambelle de tocards devant l'éternel -, la fin de la récré semble désormais avoir sonné par le biais de deux modifications, indépendantes l'une de l'autre, mais qui, applicables toutes deux au 1er janvier de cette année, va considérablement freiner une émulation pour le moins nécessaire à notre hygiène culturelle.

S'agissant des fichiers digitaux d'abord, toutes les ventes seront désormais assujetties à la TVA, que cela soit via un site dédié ou une plateforme de téléchargement. Histoire de complexifier la chose, l'imposition se fait au taux de TVA en vigueur dans l’État membre où l'acheteur est domicilié. Même si un guichet unique pour ce type de vente a été créé sur le site du Ministère des Finances - chaque trimestre le label doit déposer une déclaration de TVA et l’acquitter via le mini guichet -, et même si les Bandcamp ou BigCartel détermineront automatiquement si l’acheteur se situe dans un pays de l’UE, calculant de facto le montant de la TVA en l'ajoutant au prix final, inutile de préciser l'effet d'une telle mesure obligeant les labels soit à répercuter à la hausse cette taxe sur les prix des fichiers, soit à s’asseoir dessus malgré une marge déjà bien faible.

S'agissant des disques physiques ensuite, c'est la Poste française qui emboîte le pas à celle américaine l'année dernière avec la suppression pure et simple du paquet prioritaire international pour ne laisser comme alternative que le Colissimo. Soit une hausse grosso merdo de 185% des frais d'envoi, quand on sait que nos amis artisans du disque vendent - et c'est regrettable - la plupart de leur production hors des frontières de l’Hexagone. Pris en tenaille par ces deux mesures contestées et contestables - une pétition relative à la seconde est à signer d'urgence par ici -, nul doute que certains vont se décourager, jetant l'éponge, las de couvrir sur leurs propres deniers les fruits déjà dispendieux de leur engagement. Et qui s'en plaindra ? Sûrement pas ceux n'ayant nullement cillé à l'annonce du hiatus d'une année en 2015 du Festival MoFoplus petit des grands festival qu'on se plaisait à couvrir chaque début d'année. Non. Le climat est délétère et, au risque de passer pour de vulgaires poujadistes des cultures souterraines, il devient évident que des mondes parallèles se superposent pour ne plus se rejoindre. A l'un la promesse d'une indifférence dédaigneuse et d'une invitation à la résignation silencieuse, à l'autre tous les égards.

En prenant la culture tel un prisme, il s'avère que face au grand bond en arrière intellectuel auquel on assiste - plus que désemparé -, la primeur est avant tout donnée à l'hédonisme et au divertissement. Si celui-ci est vital, il n'est en rien une obligation de tout instant. Or, l'air du temps fait que les grosses machines économiques des professionnels du spectacle s’enquièrent avec brio de cette hystérie collective seyant parfaitement à la réduction des musiciens au statut d'auto-entrepreneurs ayant plus une renommée bankable qu'un univers musical forçant à la curiosité : le quidam accepte de se faire saigner pour dodeliner de la tête trois jours durant dans des halls sans âme tout en rechignant à lâcher quelques euros pour le moindre disque - et qu'importe l'omniprésence médiatique de certains - souvent support de cet amusement. D'ailleurs, comme on pouvait s'y attendre, la nuit est loin de mourir, elle se recompose, tandis que la dimension culturelle, elle, s'effiloche sur l'autel du fric : la musique n'est plus qu'une composante parmi d'autres pour atteindre un chiffre. Le désenchantement gerbe d'un calendrier sans cesse alourdi, sans cesse implacable : Pitchfork Festival, Primavera, Festival des Inrocks, et j'en passe, toutes ces coquilles vides ne se remplissent qu'en fonction d'une thermométrie de tendances et non d'une véritable direction artistique. Les groupes sont interchangeables, devenus de simples variables d'ajustement, et ce, sur des sentiers ultra-balisés.

2015, donc. Plus que jamais on louera l’irrévérence, l'indépendance et le courage de la différence. Comme un symbole, la Villette Sonique fêtera cette année ses dix ans, jonglant encore et toujours entre exigence des choix et succès populaire. A notre niveau, on tentera de donner un sens, une importance, à ce qui nous aide à nous lever chaque matin. En ce sens, et dès janvier, on vous parlera longuement des vingt piges de Prohibited Records.