On y était - 35èmes Rencontres Trans Musicales de Rennes

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35èmes Rencontres Trans Musicales de Rennes, du 4 au 8 décembre 2013

Certes, on est loin d'être les premiers sur le coup. Plutôt les derniers. Alors que presque tous les scribouillards de notre espèce y sont allés de leur bilan de ces 35èmes Trans Musicales depuis un paquet de jours déjà, il nous aura fallu pour notre part un peu plus de temps que prévu pour se décoincer la plume. La faute, sans doute, à un corps pouvant de moins en moins supporter soixante-douze heures d'excès non-stop. Et aussi à ce maudit vendeur de chich taouk dont on préfère ignorer la provenance des ingrédients. Bref, il fallait digérer tout ça. Quoi qu'il en soit, on aura finalement survécu une nouvelle fois à ce dangereux festival, qui pour sa part affiche cette année encore une insolente santé : plus de 60 000 spectateurs, dont 30 000 entrées payantes, record une nouvelle fois battu et budget à l'équilibre. Une exception dans le paysage décimé des festivals de musiques actuelles, d'autant plus lorsqu'on a pris le parti de parier pour l'essentiel de sa programmation sur d'illustres inconnus du grand public. Preuve que pour survivre, on peut aussi compter sur la curiosité des gens plutôt que leurs supposés gouts de chiottes... Même si cette prise de risques passe forcément par son lot de déceptions, dont on va essayer de ne pas trop parler ici, histoire de rester constructifs et ne pas se faire une fois encore passer pour des aigris. Et même si nos Trans, il faut bien l'avouer, ont commencé cette année dans une certaine médiocrité. Sans doute le lot habituel du premier jour, toujours un peu tronqué. Entre l'arrivée dans cette bonne vieille ville de Rennes, le règlement des petites formalités en tous genres, et la crainte d'y aller trop fort dès le départ alors qu'il faudra tenir trois nuits, on se porte désormais facilement vers une certaine prudence à l'entame du match.

Passage du côté du Liberté oblige en ce premier après-midi ensoleillé, c'est Fat Supper qui ouvrira le bal pour nos esgourdes encore vierges de tout excès sonore. Grand mal nous en prendra : visiblement décidé à prouver au public sa virilité galopante, le groupe s'amusera beaucoup en enrobant ses chansons faiblardes de riffs de guitare aussi lourdauds que malvenus. Un coup pour rien, donc, mais tout n'était pas perdu : le Parc Expo, avec MoodoidLuck Jenner et les - inexplicablement - attendus London Grammar devait nous donner un peu plus de grain à moudre.

Et comme prévu, défiant le théorème des Trans consistant en un invariable échec de toute tentative de planning, nous fûmes bien au rendez-vous, avec même assez d'avance pour assister à la prestation des Canadiennes Chic Gamine. Présentées comme une sorte d'hybridation entre Feist et Arcade Fire, on restera totalement hermétiques aux minauderies somme toute très classiques de cette joyeuse bande dont l'accent ne suffira pas à déclencher en nous un geyser de sympathie. En tous les cas, on changera rapidement de hall pour l'entrée en scène de Moodoid. Et on a bien fait, tant ce concert commença sur de bons rails, le groupe déroulant tranquillement une pop légèrement psychédélique, ronde et voluptueuse, qui rappellera parfois avec bonheur les travaux de notre bien aimé Jef Barbara. Malheureusement, Moodoid s'enlisera par la suite dans des digressions world et incantatoires totalement hors propos, qui gâcheront au final une pourtant prometteuse entame. Et on ne reviendra pas sur les propos de l’intéressé concernant le Stade Rennais, c'était suffisamment gênant sur le moment. On suivra tout de même de près le bonhomme à l'avenir, qui semble assez cinglé pour faire de bonnes choses. Ce qui n'est pas le cas du groupe qu'on verra ensuite. Certains diront qu'il est facile et vain de se démarquer en tirant à vue sur un groupe que tout le monde a aimé. Mais franchement, London Grammar reste pour nous une énigme. On doutait que le groupe puisse se révéler sur scène encore plus ennuyeux que sur disque, mais ces Anglais ont décidément des ressources insoupçonnées : c'est plat, linéaire, faussement cool, bref, chiant au possible, la faiblesse des compositions le disputant à l'absence totale d'enthousiasme sur scène, sans doute une histoire d'attitude, tu vois. Il était alors temps de continuer notre odyssée musicale auprès de l'ex-Rapture Luke Jenner. On était en effet plutôt curieux de voir de quoi ce garçon était capable en solo. Et on sera agréablement surpris. Ou plutôt soulagés. Car il était quand même à craindre que cette embardée solitaire ne soit pour Jenner l'occasion de rééditer seul les dernier méfaits de son ex-groupe, l'émulation collective en moins et les boursouflures égotistes en plus. Mais non, avec une humilité bienvenue, Luke Jenner enchainera des chansons plutôt intimistes mais groovy, planté, sourire aux lèvres, derrière son piano. Rafraîchissant, voire enthousiasmant. Et comme il était important de clôturer cette première soirée sur une bonne note, il convenait de s'arrêter là en ce qui concerne le Parc Expo.

La seconde soirée, elle, sera marquée pour la plupart des festivaliers par la venue ultra attendue de Stromae. Pour notre part, nous n'aurons même pas tenté la moindre approche d'un Hall 9 gavé comme une oie à l'approche de Noël. Et si ce succès reste là aussi pour nous un phénomène irrationnel, on est bien obligé de constater que ce type déplace les foules partout où il passe. Tant mieux pour les finances des Trans Musicales. Et de toutes façons, nos attentes étaient placées en un autre groupe qui les comblera sans mal : le trio américain Jacuzzi Boys aura en effet, comme prévu, tout emporté sur son passage. Et pas seulement à coup de riffs de guitare saturée et d'éructations punkisantes. Car le groupe fait bien plus que du garage survitaminé : il écrit réellement des chansons. Avec une structure. Et ça, ça fait toute la différence avec la concurrence. Un concert urgent, braillard, dansant, mais aussi, sous un certain angle, assez raffiné. Auteurs en octobre dernier d'un troisième album excellent, les Californiens confirment qu'ils s'inscrivent bien depuis leurs débuts sur une trajectoire qui pourrait vite les mettre en orbite. Parmi les - rares - grands gagnants de cette seconde soirée, il conviendra aussi de citer les Londoniens de Public Service Broadcasting. Pourtant, déclencher l'enthousiasme à plus de 4h du matin dans un festival n'est pas donné à tout le monde. Mais cette sorte de post-rock bardé de messages publicitaires antiques et autres slogans propagandistes piqués à la BBC marche bel et bien. Un crossover entre organique et électronique parfaitement maîtrisé, et magnifié par un show visuel réussi. La bonne surprise du petit matin.

S'il faut enfin aborder la dernière soirée de cette édition des Trans, il ne sera pas compliqué d'en désigner les héros. Conformément aux attentes, on pourrait bien sûr citer les jobards de Rhume et leur hip-hop riche en blagounettes, mais auxquelles on rit jaune. Un duo bien plus corrosif que festif, dont on ne sait si l'avenir sera à l'explosion ou l'implosion. On peut aussi bien sûr féliciter une nouvelle fois Acid Arab dont la prestation fut une réussite tant leur house orientale aura fait transpirer les corps. Mais non, nos vrais coco-jolis du soir resteront définitivement les DOIST!, dont l'EBM décomplexée, d'une profondeur organique étonnante, nous aura séchés sur place. Programmé dans une Green Room finalement trop petite pour lui, le duo aura méchamment fait danser un public aux anges, aussi réjoui qu'étonné d'être tombé, sans doute un peu par hasard, sur un tel phénomène. Intrigués, nous déciderons d'ailleurs de rencontrer le groupe un peu plus tard dans la nuit, histoire de lui poser quelques questions. Et on ne manquera donc pas, avec notre célérité désormais légendaire, de vous en faire part bientôt. On vous fera par contre grâce de nos ultérieures divagations avinées qui auront clôturé ce festival, dont on attend invariablement la prochaine édition avec une certaine impatience.

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On y était - Festival BBMIX 2013

Festival BBmix, Le Carré Bellefeuille, Boulogne-Billancourt, du 21 au 24 novembre 2013

photos©Emeline Ancel-Pirouelle

Exercice pas évident en soi au demeurant, le BBMIX est un festival à la programmation ambitieuse. Proposant de naviguer à travers différents styles allant de la pop la plus accessible aux artistes expérimentaux nettement plus exigeants, le BBMIX est d’autant plus un pari risqué qu’il porte sa programmation à Boulogne-Billancourt, au Carré Bellefeuille, une salle de concert/spectacle avec des fauteuils rouges confortables, une scène large et un son globalement propre mais qui voit passer, entre autres choses, les BB Brunes ou Michel Fugain.

Les soirées étaient concoctées de manière cohérente, avec dans un premier temps une soirée plutôt dédiée au rock made in France, la seconde plutôt expérimentale/électronique, la troisième pop/DIY et enfin pour terminer une soirée plutôt psyché/drone. On va entrer dans le vif du sujet en commençant par ce qui fâche : l’inertie générée par cette salle envahie du pourpre des fauteuils sagement alignés, contaminant les spectateurs en première phase d’hibernation à s’y asseoir sans n’en plus bouger (et vaguement daigner applaudir d’une claque molle entre les morceaux)...

Certes, à quelques exceptions près, où le public a vainement exprimé sa joie d’être présent en se mettant debout dans les allées et devant. Notamment lors des deux concerts estampillés Born Bad avec la reformation trente ans plus tard des joyeux punks dilettantes Les Olivensteins (prônant allègrement la fainéantise dans plusieurs textes) et le duo garage rock bien huilé de Magnetix. Chacun dans leur genre, ils ont amené rockers d’époque et jeunes convertis à se dandiner, danser et sauter dans cette salle aux allures « école des fans » dixit le chanteur des Olivensteins, qui n’ont pas forcément l’habitude de jouer dans ces conditions, on veut bien les croire. Quelle frustration également de voir le set de Felix Kubin, bien confortablement assis dans nos fauteuils (je me rends compte de l’absurdité de se plaindre du confort...) n’osant pas en sortir (je pense qu’on est plusieurs à avoir eu l’envie de s’approcher de la scène comme la veille happés par les élucubrations gesticulatoires du musicien allemand).

Quoi qu’il en soit de belles choses ont pu laisser leur empreinte dans les esprits, comme les machines enchantées de Pierre Bastien, artisan expérimental avec ses objets mécaniques générant sons, boucles, rythmiques, mélangés à un système de loops vidéo basés sur des images d’archives (enregistrements de terrains, blues rural, rythmes africains, chœurs d’hommes...). Son approche artisanale de la construction sonore apporta un réel intérêt à son concert. Univers poétique similaire prolongé chez Ela Orleans qui de son côté, injecta des réminiscences 60's (pop d’antan, yéyé...) au sein de son set électronique accompagnant son chant élégant et inspiré. Petit clin d’œil à la situation improbable de la salle avec un sample déclarant « On this music you should dance », devant un parterre d’hibernants plus ou moins expressifs bien qu’à l’évidence réceptifs à sa musique.

Puisqu’on parle de danse, Felix Kubin a assuré le show en déhanchements derrière ses deux synthés, lançant des rythmiques, jouant les mélodies et faisant des footings le long de la scène, tout cela en se grimant de sourires complices et amusés, ajoutant un genre d’humour à froid à son univers électro-kraut ludique et jubilatoire. Notons également la présence de ces musiciens néo-zélandais assez décalés que sont Orchestra of Spheres, mêlant instruments traditionnels trafiqués, sonorités distordues, rythmiques directes et déguisements assez improbables, avec un héritage sous acide de Sun Ra. On retiendra surtout le morceau où les deux filles du groupe se lancèrent dans un chant et une rythmique complémentaire réalisée de leurs voix entremêlées et leurs mains synchrones, un ping-pong sophistiqué à la fois amusant et entraînant.

Deux autres groupes étaient également à remarquer, notamment Magik Markers avec leur rock assez classe et entraînant et un noise psyché nous préparant à la transe du lendemain. La soirée du dimanche fut sans doute celle qui attira le plus de monde avec en clôture de festival le groupe psychédélique Föllakzoid, influencé à l’évidence par la musique répétitive (faisant tourner des rythmiques jusqu’à nous faire perdre nos repères), suivi du trio doom/stoner OM, qui a délivré un set classique mais avec de réels passages métaphysiques lorgnant vers l’extase, grâce aux basses lourdes de Cisneros qui auraient pu être encore plus fortes pour une immersion absolue, mais peut-être cela aurait été trop fort pour l’ingénieur du son qui nous mit à la fin un bon vieux reggae sans faire la moindre sommation juste à la fin du concert (comme pour signaler : « Cassez-vous »). Ainsi, les membres du trio avec les rythmiques alambiquées d’Emil Amos et la présence extatique et devenue indispensable de Lichens à la guitare, tambourin et synthés ont fait vibrer le Carré Bellefeuille comme il ne doit pas en avoir souvent l’occasion. Transe, ou extase ? Telle était également la question posée, plus tôt cette même après-midi, lors de la conférence sur le drone par Catherine Guesde, rappelant quelques bases et souvenirs aux nombreux connaisseurs de drone et doom présents dans la petite salle secondaire, où d’autres propositions eurent lieu, comme l’orchestre d’ordinateurs à la démarche électro-acoustique Synorsk ou le groupe Fiasco  (pas de jeux de mot s’il vous plaît).

Quatre jours bien remplis - vous aurez remarqué que je ne suis pas revenu sur tout, n’ayant pas pu arriver à temps pour voir Tazief, n’ayant pas pu apprécier les mondes de Michel Cloup Duo (n’ayant pas été très « attentif » à ses textes en français, malgré des arrangements intéressants...) et encore moins n’ayant pu supporter la partie de Lee Ranaldo et son supergroupe avec des chansons pas spécialement à la hauteur du personnage à mon goût (ce qui me donna une bonne excuse pour m’éclipser et boire un coup). Quoi qu’il en soit, il y en eut pour tout le monde, et soulignons tout de même le prix : pour des soirées de 3 concerts en moyenne à 10€, on est quand même à des kilomètres de ce que pratique le Pitchfork Festival, pour ne pas le citer. Donc BBMIX, merci beaucoup pour la belle musique dans les oreilles et la prochaine fois, pensez aux gens qui aiment les concerts debout !

Photos

Michel Cloup Duo

The Olivensteins

Magnetix

Tazief

Ela Orleans

Magic Markers

Lee Ronaldo

Föllakzoid

OM


On y était - Festival Iceland Airwaves

1On y était - Festival Iceland Airwaves, 30/10/13 - 03/11/2013

Descente de l’avion après trois heures de vol, de la roche volcanique à perte de vue, un vent glacé qui picote le visage et cette odeur de soufre qui titille les narines : nous sommes en terre viking pour la 15ème édition de l'Iceland Airwaves.

Ce qui a démarré en 1999 comme un événement festif purement local dans un hangar de l’aéroport de Reykjavík est devenu depuis quelques années déjà une référence mondiale en matière de musiques indépendantes officiant notamment comme un premier tremplin international pour beaucoup de groupes désormais confirmés. Le menu est plutôt du genre copieux : plus d’une centaine de groupes répartis sur une double sélection « on » et « off » entre salles à grandes capacités, petits clubs, bars et lieux insolites, des églises aux salons des hôtels en passant par les vitrines de magasins. De midi à l’aube, difficile d’échapper au son et il y en a pour tous les goûts. De la folk au rap, de l’indie à la techno, y’avait même du reggae islandais, c’est dire. Heureusement ce n’était qu’un épiphénomène, faut pas pousser non plus (oui tu l’as deviné, le reggae et moi, on n'est pas copains). Une profusion de concerts et de genres telle que l’on ne peut pas tout voir, l’embarras du choix.

Après un bref passage à l’hôtel histoire de retrouver les potos, on démarre doucement par un concert du collectif local Bedroom Community dans la Hallgrimskirkja, la grande église en forme de fusée qui décolle. Bon, à l’intérieur ça ne décolle pas vraiment malgré un cadre impressionnant, un orgue que Bach n’aurait pas renié et un son digne du petit Jésus. L’équipe de Valgeir Sigurðsson a un talent indéniable mais les vignettes sonores proposées arrivent malgré tout à faire pioncer et c’est pas la mamie assise devant moi qui me contredira - sur ce coup-là, le collectif porte bien son nom. L’envie de se caler sous une couverture est forte et les éclairs de la violoniste Nadia Sirota, les belles interprétations de quelques pièces d’Arvo Pärt et les fulgurances bruitistes de Ben Frost n’inverseront pas la tendance.

C’est le moment d’aller boire une bière au Kaffibarinn (bar faisant office de petite institution dans la scène musicale du coin) et d’enchaîner sur les concerts dans la grande salle du Harpa, le superbe bâtiment de l’architecte Olafur Eliasson, centre névralgique du festival. Ambiançage avec le collectif métissé local Retro Stefson puis la sensation dance pop carnaval du cru FM Belfast. Tout le monde danse, chante, balance des rubans, la foule est en liesse. C’est complètement débile, les gens kiffent et ça en devient communicatif. Une bonne première soirée tout en contradictions pour se mettre dans le bain.
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En parlant de bain, on attaque la journée du lendemain par une session piscine car ici elles sont toutes équipées de hot tubs et de saunas grâce aux joies de la géothermie - ça a ses avantages de vivre sur un putain de volcan. Après ce petit traitement anti-gueule de bois, direction le bar classe situé au dernier étage du Harpa et sa très belle vue sur la ville pour les concerts « off » de Good Moon Dear et Ghostigital. Si le premier duo batterie/machines et son électro raffinée est une plaisante découverte, j’avais déjà pris ma claque sur le groupe d’Einar Örn, ancien membre des Sugarcubes et chargé culturel de la ville de Reykjavík (ici les musiciens font aussi de la politique) à l’occasion de la dernière édition d'Air d’Islande, festival partenaire de l'Airwaves qui se tient chaque année à Paris depuis maintenant six ans (prochaine édition les 31 janvier et 1er février, on vous en reparlera bientôt). Leur électro indus est toujours aussi tranchante et la présence du frontman toujours aussi imposante, à la fois drôle et inquiétante.

Petit passage au Dolly bar pour un apéro vodka offert par la marque islandaise partenaire du festival avant de continuer ce début de soirée au Harlem, petit club intimiste, pour les sets bass jungle de Thizone, acid house de Subliminal et techno bruitiste de Quadruplos. Ce soir on fait tout à l’envers : début de soirée club puis concert de Jagwar Ma au Reykjavík Art Museum. Les Australiens distillent leur pop très british à la perfection et si le combo ne m’a pas plus emballé que ça sur disque, ils prennent une autre dimension en live. Un bon groupe de scène. Retour au Harpa pour le concert de Yo La Tengo, institution indie que l’on ne présente plus. Après la prestation toujours aussi classe des Ricains, place aux Canadiens de Metz et leur noise rock abrasif tout en puissance et décibels. Les titres s’enchaînent, la tension est palpable, je vis une petite cure de jouvence tant j’ai l’impression d’assister à ce qui se fait de mieux au sein d’une scène que j’ai longtemps écumée avant de m’y désintéresser peu à peu. Plutôt agréable finalement, cette petite madeleine de Proust. À la sortie de la salle, le ciel nous gratifie d’une magnifique aurore boréale. Les lumières blanches puis vertes dansent sous la voûte céleste et ce spectacle surnaturel clôturera cette deuxième journée en lui conférant un caractère inoubliable.

Vendredi, place au cirque médiatique : nous embarquons à bord d’un bus avec une délégation internationale de journalistes. La RP du festival souhaitant réellement nous en mettre plein la vue, l’excursion va durer près de cinq heures. L’Islandais aime l’Islande et il veut que tu saches pourquoi et même si ce chauvinisme exacerbé est plutôt amusant, on le comprend car c’est un bled vraiment à part. Des paysages à couper le souffle et des stats assez tarées pour des mecs qui, il n’y a encore pas si longtemps, kidnappaient des meufs pour les faire venir sur leur caillou. Ici, rien de plus banal que d’écrire un bouquin, un tiers des gens l’ont fait. Ils jouent tous de plusieurs instruments et la plupart ont des groupes, pour les autres c’est le cinéma (si c’est pas déjà fait mate Noi Albinoi, très bon film) ou la pêche à la baleine.

Premier arrêt paumé près d’une chute d’eau en dehors de la ville. Bienvenue dans le studio de Sigur Rós. Pour un enthousiaste du son qui n’a jamais rien tripoté de mieux qu’un Microkorg, un Juno 106 ou une ESX-1, c’est Disneyland. Un lieu mortel, du matos dans tous les sens et un concert privé de Hjaltalin histoire de se mettre bien avec, entre autres, une belle reprise de Beyoncé, sans oublier les rafraîchissements alcoolisés omniprésents.

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Un tour de bus tout terrain pour se paumer un peu plus dans le paysage et deuxième arrêt à la maison du Prix Nobel islandais de littérature, Halldór Laxness. On entre chez quelqu’un et même si la baraque de l’alpha dog culturel aujourd’hui décédé est devenu un mini musée, l’ambiance est intimiste et cosy. En plus d’écrire de bons trucs, Halldór était mélomane et organisait tous les dimanches des concerts classiques ou jazz dans son salon de 12m². Du coup, tout ce beau monde muni d’appareils photo se serre et prend place sur les canapés ou le parquet pour un concert du trio de la pointure latin jazz islandaise Tómas R. Einarsson accompagné de la chanteuse Ragnheidur Gröndal. S’ensuit une lecture de l’écrivain Andri Snær Magnason, auteur entre autres de Bónus, un bouquin marrant, tu comprendras quand t’iras en Islande. Malgré le ventre vide, la caisse de la veille et les rafraîchissements qui s’enchaînent, je vis un moment intéressant. Le talent d’orateur d’Andri n’est pas mis à contribution par hasard puisqu’il est aussi là pour présenter le spin-off littéraire de l'Airwaves, l'Airwords, dont il sera le président. La musique pour les jeunes, la littérature pour les vieux, c’est connu, histoire de brasser le public le plus large possible car que les choses soient claires, la vocation première du festival, en bon outil de communication, est d’attirer le touriste pendant la saison basse. Bon, étant donné la programmation de grande qualité et les cool vacances que tu passes ici, on a vu pire comme carotte.

Dernier arrêt de notre petit safari au Syrland Studio où des grands noms nationaux (Sugarcubes, Björk, Sigur Rós) et internationaux (Blur) ont mis en boîte un certain nombre de morceaux que tu possèdes certainement sur ton lecteur mp3. Réception digne de monsieur l’ambassadeur avec discours et tout, au bar la vodka s’est ajoutée à la bière, il manque juste les Ferrero Rocher. Heureusement, le buffet nous évite le K.O. et pendant que l’on savoure notre premier repas de la journée, un couple nous interprète deux mouvements de musique contemporaine dans la lumière bleue diffuse de la grande salle d’enregistrement.

Retour en ville et au Harpa pour Omar Souleyman et une performance qui sera l’un des moments forts de ce festival. Le roi syrien de la fête accompagné de son fidèle musicien virtuose Rizan Sa’id amène la chaleur et la température prend des proportions moyen-orientales. Crowd-surfing, clappements de mains, transe. Björk danse à deux pas de nous, personne ne résiste au moustachu aux lunettes noires et au keffieh. Pendant que certains iront prendre des clichés de la belle Aluna George ou pogoter mollement sur le hardcore fiotte tendance planche à roulettes de Fucked Up, on retrouve Sean Nicholas Savage et sa swing pop mélancolique dans le petit amphithéâtre, et ce dernier confirme tout le bien que je pensais déjà de lui après sa prestation au Heart of Glass, Heart of Gold en septembre dernier (lire le report). Accompagné cette fois-ci de son seul claviériste, le caractère intimiste de ses compositions est mis en valeur et sa présence scénique est toujours aussi touchante et divertissante. On remonte dans la grande salle pour une gifle surprise hyperprotéinée et chargée en testostérone de la part de Gluteus Maximus, side-project des mecs de Gus Gus. Le beat est lourd et sombre, un Monsieur Loyal à la Barnum arpente la scène en scandant implacablement le nom du groupe avec sa voix robotique tandis que des haltérophiles hommes et femmes installés de part et d’autre de lui commencent à pousser la fonte en rythme sur le gros son techno, du génie. Merci à la famille Ferrigno électronique et skál.

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Au gré de nos déambulations du lendemain après-midi, on assistera à une chouette performance du duo électro-synth Aaron & the Sea et aux grimaces de deux collègues qui ont eu la riche idée de goûter au hakari dans la halle du marché. Le soir, le Reykjavík Art Museum accueille un plateau trois étoiles. On retrouve Ghostigital cette fois-ci en format big band accompagné par Captain Fufanu et les enfants Örn pour un live électrique. Un DJ aux airs de Dennis Rodman rachitique les remplace sur scène et prépare l’audience pour Mykki Blanco. La diva transgenre du rap US débarque et ne tarde pas à prendre le contrôle de la salle avec son charisme et son flow intenses. Le public en redemande, le son finira par être coupé, on ne plaisante pas avec le timing du côté des régisseurs islandais. Pas grave, le set sera terminé a capella et par un bain de foule. Ah tiens, revoilà Björk qui fait une apparition le temps d’un hug avec Mykki - le gars s’est mis tout le monde dans la poche. On continue avec le super live du Britannique Gold Panda et le concert du combo post-punk féminin Savages. Il se fait tard, c’est le moment d’aller au Harlem. Hermigervill porte le dancefloor à ébullition avec ses interprétations disco-cheesy terriblement dansantes de standards de la variété islandaise. Pedro Pilatus enchaîne avec son électro fourre-tout puis est rejoint par son prédécesseur pour un DJ-set hip hop/trap, bounce bitch.

Repos dominical bien mérité après quatre jours de festival et après-midi détente thermale au Blue Lagoon.

Le gros événement de cette dernière journée était bien évidemment le concert de Kraftwerk. À occasion spéciale, conditions spéciales : le concert était déjà sold out avant même le début du festival (il fallait réserver à l’avance) et notre précieux sésame média ne nous y donnant pas accès, on ira voir des concerts au Kex puis au Dolly pour des DJ-sets électro et un live du jeune producteur Daithi. Installé au milieu du bar entouré par ses machines, il dégaine, en bon Irlandais, un violon avec lequel il fera des boucles pour construire ses progressions. Bonne petite soirée qui s’achèvera en after party improvisée dans le studio des Múm histoire de terminer sur une note aussi alcoolisée qu’incongrue. Takk fyrir Reykjavik et bless bless.

Alexandre P.

Photoshoot par Patrice Bonenfant


On y était - Festival SOY du 30 octobre au 3 novembre 2013 à Nantes

SOYL'objectif d'Hartzine était à Nantes du 30 octobre au 3 novembre, afin de capturer en images la dernière édition du festival SOY, onzième du nom.

Photos par Ludmilla A


On y était - Heart of Glass, Heart of Gold

hoghog2013

Sept heures de voiture sur une autoroute du soleil qui n'aura jamais aussi bien porté son nom et on arrive sur le site idyllique du festival Heart of Glass, Heart of Gold près de Ruoms en Ardèche. On prend nos quartiers dans un bungalow tout confort avec vue dégagée sur la vallée et après la bière de rigueur au bord de la piscine, on déambule pour se familiariser avec ce qui va être notre terrain de jeu pour les deux prochains jours.

Les festivaliers sont toujours en train d'arriver lorsque les premiers groupes commencent à jouer sur la grande scène extérieure, et la première chose que l'on remarque c'est la qualité du son. On n'est pas chez les ploucs ici et la sono est à la hauteur des conditions d'accueil grand luxe. On finit par se poser pour apprécier le set très classe d'Au Revoir Simone. Les trois belles distillent leur dream pop voluptueuse entre nonchalance et retenue et tout semble facile, ça commence bien. Gramme prend le relais et on change d'univers. L'équipe de darons balance son néo-disco survitaminé à la gueule du public et force est de constater que ce dernier est conquis. Ça danse, ça crie, mode fête définitivement activé. C'est d'ailleurs l'autre truc que l'on remarque : ici pas d'attitudes blasées, les gens sont venus pour faire la fête. Devant les groupes, pendant les DJ-sets, ça respire la joie de vivre sans temps morts, fait suffisamment rare pour être souligné.

Zombie Zombie attaque son set et prouve une nouvelle fois qu'il s'agit probablement du groupe français le plus intéressant du moment. C'est en formation à trois (Mister Jaumet aux machines, claviers, sax et deux batteurs) qu'ils vont gifler l'auditoire. Certains regretteront la présence de ce deuxième batteur car Cosmic Neman semble en faire un peu moins derrière les fûts mais si l'aspect spectacle est modifié, je retiendrai pour ma part la scénographie qui claque et la synchro impressionnante de cette section rythmique inédite. Retour au bar pour se remettre de nos émotions et profiter du kara-okay piloté de main de maître par Retard, véritable communion alcoolisée entre artistes et festivaliers, à l'image du Purple Rain de Connan Mockasin (voir la vidéo).

Ensuite, c'est l'heure des choix : Cold Pumas sur la petite scène extérieure ou Fairmont dans le club ? Désolé les p'tits chats mais je file vers notre Canadien préféré car j'ai beau le voir régulièrement, je ne me lasse jamais de son électro raffinée et intense. Ce qui est intéressant, surtout au vu de l'interprétation de ses derniers titres, c'est l'impression de voir muter un artiste purement électro en quelque chose de plus pop avec l'utilisation qu'il fait des claviers et de la voix. Tout ça pour dire que je retournerai encore le voir. Seul petit bémol, la qualité de la sono du club laisse à désirer. Mais ce léger couac sera corrigé dès le lendemain avec l'arrivée d'un nouveau système son. En plus d'être adorable, elle est pro cette équipe du HoG HoG. La fête se poursuit jusqu'au petit matin. Fade out.Il fait toujours aussi beau et on part se soigner la gueule de bois du côté de la piscine. Trempette, toboggan, toboggan, trempette, transat, bronzette. On est bien. Un petit tour au village histoire de déguster des produits du terroir (Ardèche, gros) et retour sur la petite scène pour Sean Nicholas Savage. On a le droit à la formation à cinq et les gars forment un mélange de looks improbable (mention spéciale au clavier et à son bel ensemble slip/chaussettes). Il est 18h mais la bouteille de tequila a déjà bien tourné sur scène et c'est un Sean bien éméché qui envoie ses compositions swing nostalgiques avec l'attitude théâtrale d'un Morrissey maigrichon qui s'est niqué les dents en BMX. Mais au-delà d'avoir un vrai talent de stand-up, le mec chante surtout très bien et le groupe assure sans oublier de finir consciencieusement la bonne copine mexicaine. Loose and tight, ils m'ont collé le sourire.

Place à Motorama sur la grande scène. Malgré un problème technique avec une pédale du guitariste, la sensation twee pop du moment répond présent et délivre un super set énergique et sincère, une vraie petite machine à tubes. Et puis c'est bien la première fois que je trouve l'anglais avec l'accent russe mignon. La Russie m'a toujours fait flipper.

La belle musique en costard d'Efterklang et l'intimisme psyché au parfum de Syd Barrett de Connan Mockasin poursuivent une soirée qui avait déjà très bien commencé. Et puis le ton monte avec Fuck Buttons. Avec le dispositif vidéo et les nappes progressives soniques qui les caractérisent, le public est plongé entre transe et hébétement. Au-delà de l'électro et au-delà du rock, ce qui divise fédère. Agressive mais belle, frénétique et contemplative à la fois, l'expérience en galvanise certains et en pétrifie d'autres, c'est parfait.

C'est au tour d'I.R.O.K. Ce groupe n'a jamais réussi à me convaincre sur disque mais le fils du punk et de la noise que je suis se devait de vérifier l'affaire sur scène. Gros son, rythmique afro-punk de feu, mais je ne suis pas dedans. Peut-être parce que l'on voit exactement où tu veux en venir avec tes gesticulations, Mickey. Le contrôle de la scène et du public façon gourou, c'est cool, mais même tes "Sit down! Sit the fuck down!" de petit dictateur n'en feront rien, toi et ta vilaine peau ne pouvez vous permettre ce genre de facéties sans que ça fasse plouf, c' est pas du David Yow. Le frontman de The Jeus Lizard a 50 piges mais c'est la catégorie de troll au-dessus. Finalement c'est les derniers relents de Rage Against The Machine qui auront raison de moi, direction le club.

La dernière fois que j'ai vu un DJ-set d'Étienne Jaumet à Paris, c'était pas terrible, mais là le mec enchaîne une playlist pointue et les interventions micro dont il nous gratifie depuis sa cabine sont en parfaite adéquation avec l'ambiance camping. Pendant ce temps-là, les machines analogiques s'entassent sur la scène et Arnaud Rebotini prend place au milieu de sa tour de contrôle. chemise ouverte, chaîne en or qui brille - c'est pas pour autant que le gars danse le mia. Deux heures durant il va masser la foule de fêtards avec force. Le bouc est rasé mais ça pèse toujours aussi lourd, performance taille patron, comme toujours, bonne nuit.

Vidéos

SEAN NICHOLAS SAVAGE

SUMMER CAMP

GRAMME

ACTION BEAT

CONNAN MOCKASIN


On y était - La Route du Rock 2013

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Je me souviens de ma première participation au festival malouin en 2001 - c'était, je crois, ma première expérience d'immersion complète dans trois jours riches de concerts, de rencontres et d'émotions fortes... J'avais eu la chance d'y être invité par Ladytron, un des groupes programmés, et je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, je voulais juste revoir la belle Mira... Je ne connaissais pas tous les groupes présents à l'affiche et ce fût un vrai baptême du feu... Découvrir Mogwaï sur scène, déflagrations de guitares assourdissantes dans un orage de lumières blanches stroboscopiques, un concert qui me laissa KO debout... Je me souviens aussi d'un Jarvis Cocker plus cabotin que jamais, débarquant sur scène, feignant d'être fatigué avant d'entamer, avec Pulp, un Common People retentissant comme un hymne dans tout le fort Saint-Père... Quelle fierté d'avoir pu voir sur scène The Avalanches qui, avec leur unique album Since I left You, ont marqué l'histoire de l'électro à base de samples telle celle de DJ Shadow... Quel étrange souvenir que celui d'avoir sympathisé avec Josh T. Pearson, alors leader des Lift to Experience, avec qui je me suis saoulé à la vodka, alors qu'il ne boit plus une goutte d'alcool aujourd'hui... J'étais donc trop saoul et j'ai fait fuir Mira, mais je la remercie pour m'avoir fait découvrir ce fabuleux festival.

Chaque année, c'est un plaisir de retourner sur les terres bretonnes pour l'accueil chaleureux et l'esprit positif qui y règnent. L'ambiance festive entre les bénévoles fait plaisir à voir et, bien sûr, la programmation reflète le bon goût et l'indépendance de la Route du Rock.

Je ressens l'excitation d'un gosse à l'approche de Noël chaque week-end du 15 août, et cette édition elle aussi restera gravée dans ma mémoire... Je n'attendais rien de Nick Cave et de ses Bad Seeds cette année, je les avais même boudés lors du Primavera Sound à Barcelone en mai, préférant m'éclater devant Dan Deacon et les Liars... Pourtant, Push the Sky Away, leur dernier album sorti en février, vient nous rappeler que l'animal reste inapprivoisable. Un disque de blues sombre co-écrit avec Warren Ellis, un des Bad Seeds et membre des Dirty Three. Si je n'avais plus écouté Nick Cave depuis des années, je me souviens parfaitement de son interprétation dans les Ailes du Désir de Wim Wenders et du morceau From Here to Eternity... C'est sur le sol breton que j'ai pu voir de près et pour la première fois ce monstre scénique qui s'impose comme le patron des frontmen tant sa prestation le propulse simplement dans une dimension qu'aucun autre chanteur partageant l'affiche ne peut imaginer atteindre, une sorte de nirvana du concert dû à sa présence magnétique mais aussi au charisme impeccable des Bad Seeds. Ce ne sont pas les personnes qui ont eu la chance de lui tenir la main pendant le concert qui me contrediront... Nick Cave est dans une forme extraordinaire, en tournée depuis six mois et jusqu'en novembre, il semble drogué par la scène... Il suffit d'aller faire un tour sur YouTube pour se rendre compte de l'ampleur de l'énergie que Nick Cave déploie pour chaque concert cette année. On peut y voir des séquences d'anthologie sur ce tumblr, notamment le concert qu'il a donné à Glastonbury et cette petite rousse sortie de nulle part qui va le défier du regard devant 50 000 témoins pendant un refrain de Stagger Lee. Nick Cave passe la quasi-totalité du concert en équilibre sur la crash barrière, saisissant les mains tendues d'une foule ensorcelée, essuyant parfois ses semelles sur une marée humaine à qui il crache ses textes. Stagger Lee est un des morceaux qui fonctionne le mieux en live, comme le montre cette vidéo où Nick Cave hurle sur son public - je vous laisse imaginer les frissons...

Incontestable tête d'affiche du festival et meilleur concert de l'année - le public de la Route du Rock ne s'y est pas trompé et avait fait le déplacement en masse pour l'applaudir. Je n'avais pas le souvenir d'avoir vu le Fort Saint-Père aussi plein une première journée de festival...

Pour se désenvoûter progressivement, les programmateurs ont tout misé sur le groove disco des !!! emmenés par Nic Offer, un Michel Gondry sous ecstasy qui a peiné pour imposer son caleçon à motifs, mais une fois la machine à danser lancée, l'ombre de Nick Cave qui planait sur le fort s'est envolée pour laisser place à la fièvre du samedi soir. Cette première journée pouvait alors se terminer en apothéose avec Fuck Buttons - les Anglais, face à face, un écran géant disposé derrière eux projetant leurs ombres chinoises sur des images psychédéliques, nous ayant invité à une transe apocalyptique à l'image de leur album Slow Focus. Les nappes épaisses de leurs synthétiseurs et les rythmes lents et puissants repoussent la limite entre électro et noise sans négliger les mélodies qui se fracassent dans notre crâne... Une première soirée parfaite qui m'a complètement plongé dans l'ambiance du festival.

Après une nuit au camping, la deuxième journée allait être ponctuée par un des rares concerts de la formation canadienne Godspeed You! Black Emperor et ses longues plages sonores étirées... Les voir à Saint-Malo fait sens, on reconnaît bien la prise de risque dont sont capables les programmateurs. S'ils attirent un public averti, ils laisseront sur le carreau la plupart de ceux qui ne les connaissaient pas... Pour les avoir vus au Cirque Royal de Bruxelles pour la tournée de leur album Allelujah! Don't Bend ! Ascend ! l'année dernière, je n'ai pas réussi à être transporté par ce concert - il manquait le confort d'un bon siège, tout comme la densité de cette musique qui s'exprime mieux dans un endroit couvert que debout en plein air. J'ai vu le public quitter la fosse à la moitié du concert et imaginé les critiques que j'allais entendre à la fin - alors Godspeed You! Black et Decker n'ont pas brillé ce soir-là - mais ce n'était pas la peine d'attendre ensuite un rappel...

La dernière journée proposait un plateau plus orienté électro avec Hot Chip et Disclosure, qui ne m'intéressaient guère plus que les hippies de Tame Impala et leur son beaucoup trop lisse... En revanche les Américains de Parquet Courts sont pour moi LA révélation du festival. Programmés pour leur deuxième concert en France sur la petite scène baptisée Scène des remparts, le punk rock qui coule dans leurs veines a réussi à faire monter le sang à la tête d'un public compact lancé dans un magnifique pogo que j'ai filmé un peu à l'écart... Petit bémol pour cette scène qui se situait  à l'entrée du site le long des remparts et qui permettait d'assurer les transitions lors des changements de plateau de la Scène du fort. En effet, les programmateurs n'avaient pas anticipé le flot des festivaliers qui s'y agglutinerait pour tenter d'assister en vain parfois aux concerts, comme celui des Suuns, habitués du festival, pourtant programmés sur la grande scène en 2011...

Alors que le mastodonte Rock en Seine a reçu quelques 118 000 personnes, on préfèrera se réjouir pour la Mecque des festivals rock qui, après quelques difficultés l'année dernière, a redressé la barre en passant de 13 000 à  26 000 festivaliers. En élargissant son public avec des groupes comme TNGHT ou Disclosure, qui transformèrent la scène en énorme club, les programmateurs ont réussi leur pari d'attirer les plus jeunes tout en continuant à satisfaire l'exigence des habitués avec la présence de Godspeed You! et de Nick Cave, dont le concert continue encore de me hanter...


Échos 2013 : Le loup des steppes

tamagawaOn vous avait présenté l'association Dôme qui organise Échos 2013, première édition d'un festival qui va faire vibrer les trompes de la ferme du Faï, un système acoustique unique, composé de trois trompes géantes faisant face à 120 hectares de falaises à Saix dans les Hautes-Alpes.

Pour vous tenir en haleine jusqu'à samedi où se dérouleront à partir de 20h les concerts de SAAAD, ANTEZ, YANN GOURDON, CASCADE, TAMAGAWA, et INSIDEN, nous vous proposons de découvrir ce lieu atypique en vous présentant in situ chaque jour un des artistes programmés.

C'est le Stéphanois Tamagawa qui inaugure cette série avec une interview décalée d'un chasseur de sons solitaire armé d'un harpon et d'une guitare, défiant les falaises avec son blues psychédélique. À demain pour l'interview d'Insiden...

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