On y était - Girls à Anvers

Photos © Robin Dua pour hartzine


Girls, Trix, Anvers, le 15 novembre 2011

Se rendre à Anvers pour le concert de Girls, c’était se soumettre à ce fameux test d’objectivité qui s’offre régulièrement à nous, ce fameux test qui consiste à passer au-dessus de l’adoration que nous avons pour un album ayant dépassé nos espérances les plus folles, au-dessus de l’ineffable sentiment que, quoi qu’il advienne, nous allons assister au concert le plus marquant de l’année. En effet, Father, Son, Holy Ghost (lire), second LP de Girls paru chez Turnstile en septembre est venu confirmer l’inexorable progression que la formation emmenée par Christopher Owens connaît depuis l’inaugural Girls LP sorti il y a un peu plus de deux ans maintenant. Ce premier essai démontrait déjà la faculté du combo à mélanger les genres et les époques ; le Broken Dreams Club EP, l’année dernière, confirmait cette tendance de manière magistrale en ajoutant une pointe de lyrisme à un registre déjà en tout point impressionnant. Mais que dire de ce dernier opus, véritable mine d’influences et d’inspirations diverses qui, évitant le piège de la surenchère, viennent s’enchevêtrer avec minutie et harmonie, œuvre d’un groupe en pleine maîtrise de son art.
En ce 15 novembre, le rendez-vous fixé au TRIX d'Anvers avec ce groupe déjà considéré comme majeur est donc porteur des plus belles promesses. Au détour d'une soirée aux allures de triptyque multi-temporel où Stephen Malkmus et ses Jicks (lire) font figure de vestiges du passé et les sémillants Spectrals (lire) de fiers représentants d'un avenir musical radieux, Girls s'affiche en leader, comme LE groupe important du moment, celui capable de fédérer les penchants et les émotions des personnes présentes, d'âges et d'horizons musicaux différents. Nullement question de dress code ou de signes distinctifs, ce public est prioritairement amateur d'une musique plus que d'une attitude. Le défi lancé à saint Christopher est donc de prouver que dans une formation classique dénuée d'artifices, Girls est plus que jamais un groupe Magic.
Premières banderilles, premiers effets, c'est prudemment que les San Franciscains entament leur set. Love Like A River succède à Alex dans des versions en tout point comparables à celles que nous nous délectons d'écouter les yeux clos, un sourire aux lèvres, blottis au plus profond de notre canapé. Plaisir, oui, félicité, non pas encore... plein d'espoir, avides de ressentir le frisson dont on se souviendra encore dans dix ans, nous attendons donc patiemment la suite des évènements.
La machine Girls, implacable, enchaîne alors méthodiquement les morceaux et nous gratifie d'une session crève-cœur qui nous apporte ces quelques moments de grâce tant attendus. Darling, My Ma, Heartbreaker et surtout l'immense Vomit viennent tour à tour mêler les émotions, tourmenter nos sens et nous apporter cette confirmation qui nous paraissait si évidente : oui, Girls sait se rendre incontournable lorsqu'il s'agit de vous frapper en plein cœur, car Christopher Owens parvient alors scéniquement à humaniser ses morceaux, à leur donner corps et ainsi à apporter ce fameux petit plus qui rend ce groupe si particulier.
Vers une prestation en tout point remarquable donc ? Osons cependant faire la fine bouche car nous savons que rechercher et trouver des raisons de ne pas être entièrement comblés par un groupe que l'on aime revient en fait à affirmer notre inconditionnelle affection pour lui et notre volonté de le voir nous offrir toujours plus d'émotions et de plaisir. Il est avant tout question de scène et Girls a parfois tendance à retomber dans les travers de la copie parfaite : par-delà la qualité de l'interprétation, Saying I Love You ou encore Magic apparaissent comme des morceaux de transition, joués (presque) sans âme, où l'introversion de Christopher Owens fait plus figure de handicap que d’atout. C'est le regard perdu que nous écoutons religieusement ces morceaux sans fêlures dans l'attente de l'évènement qui viendra raccrocher notre attention. Un tantinet frustrant tant on sent que l'inoubliable pourrait être atteint. Totalement frustrant au regard du rappel proposé où un collectif (enfin peut-on parler de collectif) enfin décomplexé exécute un Laura criant de sincérité avant d'achever sa prestation sur un Hellhole Ratrace habité et débridé.
Au travers de Father, Son, Holy Ghost, Girls a signé un des albums les plus remarquables et audacieux de cette année. Cet album ne s'écoute pas simplement, il se vit intrinsèquement tant il s'avère être une indéniable invitation au partage. C'est à la Cène que nous espérions secrètement être invités en ce 15 novembre 2011, ou tout au moins à la Communion. Ce fut un joli Baptême, attendons la Confirmation.

Setlist

1. Alex
2. Love Like A River
3. Darling
4. My Ma
5. Heartbreaker
6. Vomit
7. Lust For Life
8. Substance
9. Saying I Love You
10. Honey Bunny
11. Magic
12. Forgiveness
13. Broken Dreams Club
14. Laura
15. Jamie Marie Hellhose Ratrace

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Photoshoot : Com Truise au Point Ephémère

L'objectif d'Hartzine était au Point Éphémère le 16 novembre dernier. Au programme, le New-Yorkais Seth Haley, de Com Truise.

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On y était - Stephen Malkmus & The Jicks + Weird Dreams à La Gaîté Lyrique

Trois éléments essentiels étaient réunis pour que le concert de l'ami Malkmus soit une réussite : tout d'abord, l'ex-Pavement venait cette fois-ci défendre sur scène un album solo qui en valait vraiment la peine. On ne le redira jamais assez, Mirror Traffic est une vraie réussite, recelant d'excellents titres qu'on imaginait forcément convaincants joués live. Deuxième ingrédient : forte de ce LP, et surtout des irréductibles fans de Pavement qui ne rateraient pour rien au monde un concert de leur héros dégingandé préféré, la grande salle de la Gaîté Lyrique, ce soir-là, était forcément bien garnie, et d'humeur plutôt joyeuse. Enfin, le groupe qui ouvrait les hostilités, Weird Dreams, nous a mis dans de bien bonnes dispositions. Les Londoniens ont en effet gratifié nos oreilles de quelques unes de leurs chansons pop fort bien écrites et lumineuses, pour une mise en bouche plutot réjouissante. Si l'on émettra quelques réserves sur leurs choix capillaires, il n'en sera pas de même concernant leurs compositions, qui, même s'il est toujours difficile de lancer ce genre de pari, devraient rencontrer un écho plutôt positif dans un avenir proche.

Puis ce fut l'entrée en scène de Malkmus, qu'on sentit instantanément détendu, content d'être là, et - moins étonnant - plutôt sûr de lui. Et sûr de lui, il pouvait effectivement l'être, tant ses nouvelles compositions se prêtent fort bien à l'exercice du live. Après une introduction tonique, c'est d'ailleurs le premier single extrait du nouveau LP, Senator, qui lancera réellement les hostilités, avec une efficacité redoutable. Puis, alors qu'on avait peur que le grand échalas et ses Jicks nous ressortent de leur chapeau des titres plus anciens qu'on qualifiera de dispensables, tout se passa comme on l'espérait : ce sont bien les chansons de Mirror Traffic qui s'enchainent en majorité, pour notre plus grand plaisir. Spazz fera s'affoler l’électrocardiogramme, tandis que l'échevelée Stick Figures In Love - un des sommets de l'album... et du concert - emportera tout sur son passage. On accordera aussi une mention spéciale à la très belle Asking Price, qui elle aussi aura tenu ses promesses et fait trembler quelques lèvres inférieures dans le public. On ne passera de toute façon pas en revue l'ensemble de la setlist : la majorité de l'album y passe, et Malkmus confirme que ces chansons-là sont dorées à l'or fin, et resplendissent sur scène. Alors certes, il aurait été trop demander à leur auteur de rendre justice à son dernier album de bout en bout, et l'Américain tombera parfois dans ses travers progressifs plutôt irritants. C'est d'ailleurs lors du rappel que Malkmus prendra un peu le bouillon avec cette faute de goût nombriliste et à rallonge, malgré un Tigers fédérateur qui annonçait pourtant de fort belle manière une fin de concert en forme de bouquet final. Et ça n'est pas la cover de Hey Joe qui réussira à nous faire oublier totalement l'égo trip final de Malkmus. Mais finalement peu importe, à défaut d'oublier, on lui pardonnera facilement, tant ce concert aura été une succession de bonheurs, Malkmus nous prouvant, en enchainant sur scène les perles de son dernier album, qu'il n'a rien perdu de son génie, bien au contraire. Un retour en forme confirmé de fort belle manière, donc, pour le plus grand plaisir d'un public qui ressortit de la salle, ce soir-là, avec des sourires à revendre et plein d'espoir pour l'avenir.


Photoshoot : Braids au Divan du Monde

L'objectif d'Hartzine était au Divan du Monde le 3 novembre dernier. Au programme, les Montréalais de Braids.

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The KVB - Sleep Walking (première)

The KVB, on ne présente plus mais on en parle encore, bis repetita. Pourquoi ? Parce que notre homme offre, avec l'obsédante ballade Sleep Walking - dont la mise en image est tirée de Yantra de James Whitney (1957) - sa quatrième vidéo de l’album Subjection/Subordination, à se procurer par ici sur Clan Destine Records (lire). Les trois premières étant à visionner par ici ou . Mais aussi et surtout parce que Klaus Von Barrel investira l’Espace B le 14 janvier 2012, avec 19 New Projects en première partie. Un concert estampillé Hartzine tout bonnement immanquable.

Cliquez sur ce lien pour l'event FB. Quant aux préventes, elles sont disponibles par ici.

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Parenthetical Girls - Sympathy For Spastics

Zac Pennington, maître dandy déluré à collants dorés du quatuor Parenthetical Girls, est de retour avec Sympathy For Spastics, le quatrième opus de l'épique feuilleton musical Privilege, un fascinant numéro d'équilibriste pop qui, en quatre morceaux seulement, démontre une virtuosité fébrile, entre pastiche folk et ballade, hommage aux classiques et autres fascinantes curiosités sonores, et le tout baigné de rancœur cynique.

The Privilege ouvre à nouveau le bal du morbide (thème assurément chéri par Pennington) en orchestrant d'inquiétants synthétiseurs, drums sinistres et clavecins gothiques, un univers créé sur mesure et où se dessinent vies ratées et tragédies familiales, et les silhouettes fragiles de figures féminines rompues et autres résignations pathétiques : "I know your heart's not really in it, I'll just keep hanging for the privilège". Au contraire, A Note To Self est une véritable contrefaçon pop où les guitares acoustiques s'affolent, faussement joyeuses et à bout de cordes, dans un tourbillon rythmique entraînant, et où un Pennington un peu aigri fait la part belle à l'auto-dénigrement ("round of applause and self-sabotage") et aux ratés de la vie ( "Walk toward the light, I know you think we've failed at life…").

Alors que Entitlements affiche une admiration effrontée pour les lignes de basse made in New Order, Sympathy For Spastics conclue l'acte IV de Privilege avec une ballade à la Morrissey, où piano et violon s'entrelacent avec le chant intense d'un Pennington tour à tour crooner, révolté, cinglé et poignant. Le mégalomane perfectionniste ne s'essouffle pas.

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Parenthetical Girls - Entitlements

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Tracklist

Parenthetical Girls, Sympathy For Spastics (Slender Means Society, 2011)

1. The Privilege
2. A Note to Self
3. Entitlements
4. Sympathy For Spastics


On y était - Barn Owl au Café de la Danse (vidéo)

L'amphi du Café de la Danse était un poil dégarni pour l'AG des Barn Owl. Faisant fi de la consistance de l'auditoire, Jon Porras et Evan Caminiti ont performé leur drone bardé d'effets homériques sans lâcher du regard les derniers rangs inoccupés ; une façon de projeter plus loin un spectre sonore déjouant épisodiquement les fonctionnalités du limiteur de décibels de la salle. Si on regrette parfois cette impression de "déjà entendu" des thèmes mélo (quelque part entre Gregor Samsa ou Mono époque You Are There et des sonorités plus arides à la Grails), tout est calé, enchaîné et amené de manière fluide, chaque membre du duo donnant l'impression de jouer pour lui tout en anticipant les variations de thème de son binôme.

Enfin, on ne pourrait passer sous silence la prestation de Lori Schönberg en première partie : travaillée au corps (pieds, mains et voix), alimentée par un agrégat de machines plus incroyables les unes que les autres et nappée de textures assez menaçantes au final.

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Photoshoot : Craft Spells au Petit Bain

L'objectif d'Hartzine était bel et bien au petit Bain le 2 novembre dernier. Au programme, les Seattleites de Craft Spells.

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On y était - Fear & Loathing #7 à la Java

On a été pris d'une envie de concert de rock psychédélique comme d'une envie de chocolat. Irrésistible, totalement arbitraire, pas forcément bonne pour notre régime musical. Alors bam. On check ce qu'il se passe sur Paris. Coup de bol, cette soirée « Peur et Répugnance », organisée par Gonzai, nous tombe dessus. On nous annonce que notre pulsion boulimique sera satisfaite grace à trois groupes, Black IvyThe Dead Mantra et Wall of the Death. Alors on prend avec nous Adrian, notre photographe, on se fait un Quick, et hop, nous voilà devant la scène de la Java prêts à en prendre plein la tête.

La soirée commence avec le groupe Black Ivy, qui se présente sous la forme de deux nanas et quatre vieux hippies à cheveux longs et barbe assortie. Ils nous proposent un premier morceau très cinématographique. On se dit que c'est pas désagréable, mais qu'on a déjà vu de meilleures entrées en matière. On apprécie le mec à la slide, sa présence vient de sauver un peu le morceau. Dès le deuxième, c'est le début de la peur. Il nous réserve des paysages trop conformes à ceux du premier morceau, et nous remarquons que la structure y est complètement analogue. Deux accords de folk, trois minutes de plat et un final de quinze secondes un peu plus rugueux. Ils veulent nous hypnotiser. Ça marche pas.

Au milieu d'un set où tout à été dit dès la première chanson, on hésite entre partir tout de suite et attendre la fin. Adrian, qui lit mes notes, me dit : « Tu peux quand même dire que c'est propre ». Même si c'est inspiré par sa libido, tant ses yeux virevoltait entre les deux chanteuses, c'est pas faux. Mais on se pose la question. Les deux nanas sont elles assez bien pour maintenir la foule en éveil ? On se fait vraiment chier. Vivement la suite. Le guitariste se prend pour Turzi, il nous tourne le dos tout du long, et en plus, il n'a pas un très joli cul. Au moment où nous commençons à nous faire ces remarques, on se dit que, vraiment, on ferait mieux d'aller se griller un cibiche devant la salle en attendant des jours meilleurs. Mais faudra quand même les présenter à JP Nataf, il adorerait. On notera comme conclusion le côté scolaire de la chanteuse quand elle lança à l'ingé : « J'peux débrancher ma guitare ? ».

Pendant l'entre-deux, on va jeter un coup d'œil à la scène. Le matos nous rassure sur le prochain groupe. Deux Jaguars, une Gretsch, des pédales de partout, genre MXR, Big Muff russe : ils sont venus nous péter la gueule, on s'en réjouit déjà. Et on sera pas déçu. Le concert de The Dead Mantra ouvre sur un gros larsen gonflé d'effets divers à la sauce shoegaze et là, surprise, une grosse rythmique de glam rock des familles. Ça réveille. Enfin. Mais on ne va pas tarder à comprendre qu'en tant que groupe à effets, ils en foutent partout. Même sur la voix, et c'est dommage. Quoi que c'est d'un hurlement tout en delay que part la conclusion intersidérale du premier morceau. Là, on est chaud. Ils confirment leur énergie, mais aussi la pleine maîtrise de leur matériel abondant tout au long des titres suivants. On attend une chanson plus calme pour voir s'ils ont toujours le même panache sur ce terrain-là. C'est un morceau instrumental qui va nous être servi dans ce sens. Belles harmonies, guitares en arpèges, motifs répétés... Avec un chant sur le final, c'était un genre de The Kiss, de Cure, mais en jeune et à peu près coiffé. On en profite d'ailleurs pour s'en réjouir : ils sont allés chez le coiffeur, eux. On aura tout de même du mal avec une chanson de rock US, mais pas avec leur final plein de sueur, tout le monde par terre, à l'ancienne.

Remarque de notre camarade : « Le batteur, il tabasse ! ». Libido, encore, mais juste, encore. On sort, sourd, fumer une nouvelle cigarette, encore abasourdi par un live qui a eu le talent de ne pas se perdre dans les méandres des « Wrrrrriiiiiiôôô » et des « Prrrrrrrroooouuuuhhhhh », mais s'en servant au contraire comme ingrédient dans un spectacle rock puissant qui aura décongelé la foule « black ivysée ». Nous retournons vers la scène, tout en nous disant que le lieu se prête vraiment aux ambiances électriques de ce soir.

Wall of the Death nous propose du Farfisa, du Korg, de sombres guitares vintage, on est impatient de comprendre tout ce qui va en sortir. On va se prendre pour introduction un premier chef-d'œuvre psychoactif tout en longueur, dont le seul défaut va venir d'une voix trop en retrait, trop molle. Peut-être sommes-nous naturellement peu réactifs aux élans embrumés du guitariste, mais on aurait imaginé alors un vrai chant en rentre-dedans. Malgré tout, les ambiances « pan européennes » compensent largement, et nous rappèle un peu les Aqua Nebula Oscillator, en humain, ou Kill For Total Peace, en moins acharnés. Une guitare 12 cordes apparaît dès le second morceau comme pour amener plus de lumière à cette musique, et le trio enchaine riffs orientalisants et batterie solennelle, toute en toms.

Si le contenu sonore est à la hauteur de nos espérances en nous embarquant illico entre Christiania et la Death Valley, c'est pas très spectaculaire. On a presque envie de rentrer écouter ça pépère à la maison, tant il ne se passe rien sur scène. Seuls le sourire communicatif du claviériste et le défilé de beaux instruments nous maintiennent en éveil. On se fait d'ailleurs la remarque, à ce moment-là : les top-modèles, ce sont les grattes, et les fringues, ce sont les musiciens. On aimerait assez que ce soit l'inverse.

La puissance du final est à l'image de la performance. C'est un festival d'harmonie entre la guitare et les claviers, soutenu brillamment par une batterie puissante. On ferme les yeux, et on est emporté. On les ouvre, et bam, on est déçu. On imagine alors ce même concert avec un show visuel porté par un VJ de qualité. Ça mettrait vraiment l'expérience en valeur, et, si l'occasion se présentait, on n'hésiterait pas à revenir. Ou peut-être auraient-ils gagné à moins compter sur la pouvoir psychoactif de leurs créations...

Le climax de la soirée aura donc été le second groupe, The Dead Mantra, qu'on retournera voir à l'occasion tant on en a pris plein la tête. La Java, en nous révélant qu'elle n'était pas que le lieu des résidences de Boogaerts et des apparitions chiantes de Brigitte Fontaine, nous a donné envie d'y remettre les pieds. C'était vraiment une bonne soirée, mais ça n'a pas changé nos vies. Fatal, qu'on s'est maté après, peut-être plus...

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Silver Apples l'interview

Deux albums auront suffit à construire la petite légende de Silver Apples et à poser, en toute naïveté, les bases d'une grande partie de l'électro-rock de notre époque. Issu d'un groupe de blues assez pépère qu'il a vidé de leurs membres, le duo deviendra une petite sensation sur la scène new-yorkaise de la fin des 60's en faisant passer quelques ritournelles pop rudimentaires sous des strates d'oscillateurs et de distorsions électroniques quelque peu préhistoriques, le tout porté par un jeu de batterie presque proto-breakbeat. Mais une mauvaise blague (la pochette du deuxième album associait un accident d'avion à le compagnie aérienne Pan/Am, qui les attaquera en justice) achèvera de couler leur label - et le groupe.

Entre-temps, on a retrouvé l'écho de la pop monocorde et des dissonances électro cradingues de Silver Apples dans le Krautrock, chez Suicide ou chez Add (N) To X, et plein d'autres qui ont tous rendu hommage à Simeon, tête pensante du duo (son acolyte est décédé il y a dix ans) et aujourd'hui vieux monsieur un peu excentrique de l'électronique qui revient sur scène pour quelques concerts, quelques collaborations, et pour raconter la petite histoire de son projet vieux de quarante-quatre ans.

Aviez vous déjà un background électronique avant de commencer Silver Apples ?
Did you have some notions of electronic music before you started Silver Apples?

Je n’écoutais que du rock et du bluegrass et je ne savais même pas ce qu’était un oscillateur jusqu’à ce qu’un ami ne m’en montre un à l’époque où je jouais dans un groupe de rock. J’ai appris la musique électronique dans la rue d’une certaine manière. C’était à l’époque où on n'avait pas encore signé avec un label, j’habitais dans mon van à NY parce que je ne pouvais pas me payer de loyer, mais Danny venait de NY donc il habitait quelque part. Sur Canal Street, il y avait plusieurs boutiques de déstockage de matériel électronique. Pour 50 centimes, on pouvait récupérer des cartons comprenant des tonnes de bidules électroniques, comme des circuits, ou divers appareils que je connectais ensemble pour voir comment ils fonctionnaient ; c’est comme ça que je me suis éduqué. Je n’avais aucune idée de qui était Morton Stubotnik par exemple, alors que tout le monde me disait : « Tu es dans la droite lignée de ce mec ».

My background was totally rock and bluegrass. I didn't have a clue of what an oscillator was until a friend of mine showed me one and I was already fronting a rock band at the time. I didn't have any idea of what electronic music was, I got it strictly from street. I was a street person, I was living in my van in NY. Danny was from there and had a place to stay, which I didn't. And originally I couldn't even afford accommodations, that was before we even had a record label deal. On Canal St, which is on the downtown section of NY, there were several electronic surplus store, and they had huge boxes full of unlabeled junk, electronic stuffs on the sidewalk. Everything in the box would be 50 cents. I got circuitry, different engines and they I tried to see how they could work, that's how I educated myself. I didn't have any idea of Murton Stubotnik or the like, whereas some people were constantly telling me "you're from that guy's school".

Comment de simples oscillateurs ont-ils fait fuir tous les membres de votre premier groupe, The Overland Stage Band ?
How come all the members of your first band, The Overland Stage Band, all left only because of a mere oscillator?

C’était des guitaristes purs. Le son des dissonances électroniques que je trouvais si excitant ne s’adaptait pas au blues et ça les rendait dingues. Ils se sont dit qu’ils avaient tout intérêt à se cantonner à une scène plus traditionnelle, ainsi ils sont partis les uns après les autres jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Danny et moi. Ils avaient déjà menacé de nous quitter avant ça, ils étaient vraiment sérieux concernant l’oscillateur. « Ne joue plus de ce truc, Simeon, sérieusement ! » Et évidemment je le faisais quand même.

They were pure guitar player guys. The sound of electronic dissonance that I found exciting, just didn't fit in their blues progression and it messed them up. They felt they could do a better living doing a more traditional scene in NY. And they left one by one and there was just me and Danny left. They threatened to quit several times before, they were serious about the oscillator, like "don't play this anymore, hey Simeon, don't do that". And I would do it!

Comment Silver Apples s’est retrouvé sur un label qui sortait des bandes-son de comédies musicales, Gilbert Bécaud ou Sonny & Cher ?
How did you end up on a label that released Gilbert Bécaud, Sonny & Cher or musicals sountracks?

Kapp ne faisait pas du tout de rock’n’roll. Ils avaient même un pianiste, Roger Williams, sur leur catalogue, ils n’étaient juste pas habitués à du gros son. Je pense qu’ils voulaient juste faire un truc un peu branché parce qu’ils se sentaient un peu à la ramasse. Ils avaient remarqué qu’on avait une certaine fanbase sur la scène underground, notamment celle du Max Kansas’ City, et ils nous ont signés. On était le seul truc plus ou moins pop du label.

Kapp Records didn't do any rock'n'roll at all. They had people like pianist Roger Williams on their roster, they were not used to big sounds. I think they just wanted to do something hip. They felt like they'd been left behind in the industry and they wanted something hip. They saw we had a following among the underground scene (Max Kansas' City, etc), and that made them sign us. We were the only pop kinda thing on the label.

Comment se passaient les concerts, techniquement parlant ?
How did the gigs go, technically speaking, at the time?

Pour jouer par exemple à 21h, il fallait que je commence à m’installer à 14h. Si quelque chose foirait pendant le concert, ça me prenait des années pour comprendre pourquoi. J’ai passé toute ma carrière musicale à essayer de réduire toute cette technique à quelque chose qui me soit accessible et sur lequel je puisse compter, ce qui n’est arrivé que maintenant.

When we played at 9pm we had to show up at 2am. It would take me that long to get everything all set up. It was a nightmare. If something went wrong it would take me ages to figure out why. My whole musical life has been spent trying to boil all this down to something I could understand and that is more reliable, which only happens now.

Pourquoi Silver Apples a dû se séparer à l’époque ?
Why did Silver Apples have to split at the time?

Le Pan/Am incident nous a achevé. Kapp flanchait sérieusement, ils nous avaient bien expliqué que si l’on pouvait enregistrer ce deuxième album, c’était uniquement parce que l’on avait un contrat avec eux et qu’il fallait l’honorer. Ils n’ont donc fait aucune promo à sa sortie. Et là Pan/Am les a poursuivis en justice à cause de la pochette, ça a été la goutte d’eau… Danny et moi n’avions aucun problème l’un avec l’autre, c’est juste que nous ne pouvions plus continuer Silver Apples dans ces circonstances. Il a été musicien de session par la suite, et on a perdu contact.

The Pan/Am incident sank the ship. Kapp was going under anyway. They had told us that we could record the second album only because we had a 2-album deal, and they didn't pay for any promotion. And then Pan/Am sued them because of the cover, and that was the straw that broke it. Danny and I didn't have any problem together, it's just that we couldn't do Silver Apples anymore under the circumstances. He did some session work on his side, and we lost touch.

On dit toujours de Silver Apples que c’était un groupe anti-hippy, mais les textes étaient très fleur bleue.
Silver Apples are often said to be anti-hippy, but the lyrics were quite lovey-dovey?

Après tout, quand tu as 20 ans, tout tourne autour de l’amour, non ? Tu ne penses qu’à ça normalement ! Nous n’étions pas des hippies en effet, on n’avait pas cette mentalité « fleur au fusil », mais nous étions aussi épris de romance que n’importe qui. Nous étions des gars des rues de New-York, mais on avait de l’amour en nous.

When you're 20 yo, it's always about love ain't it? That's all you think about! We weren't hippies at all indeed, we didn't have that flower-in-the-gun mentality, but we were into romance as much as anybody. We were NY street people, and love was part of us.

Quelles étaient les réactions à Silver Apples à l'époque ?
How were people reacting to Silver Apples at the time?

Extrêmes. Certains musiciens ou journalistes nous adoraient, d’autres nous haïssaient. Au début il y avait surtout des gens qui nous détestaient. Parfois lorsqu’on jouait en première partie d’autres groupes plus connus, ils venaient après notre concert en nous hurlant dessus : « Mais qu’est ce que vous faites ? C’est quoi ce truc ? C’est même pas de la musique ! ». Il arrivait le même genre de choses au Velvet Underground, alors que je les trouvais plutôt accessibles, ils avaient un son de guitare un peu drone mais il n’y avait rien de menaçant là-dedans.

D’autres musiciens nous aimaient bien, comme Hendrix (voir), avec lequel Danny jouait souvent sous le nom de Blue Flames. Il y avait donc des gens à NY qui avaient suffisamment entendu ce que nous faisions pour s’y habituer. Mais à San Francisco par exemple, nous avions joué dans un festival de hippies qui prenaient de l’acide assis sous des couvertures, et ils nous ont jeté des pommes. Je me souviens d’un article sur le festival qui avait pour titre « Silver Apples : Rotten Apples ».

Hot and cold. Some writers and musicians loved it and some others hated it, but no one said "ho here comes another band". In the beginning it was mostly people who hated it. We would be on bill with known bands at the time and we would play before them, and they would come backstage and just yell at us, "what the hell do you think you're doing? this is not even music!" Same thing happened to the Velvet Underground, but they were pretty tamed to me too, it just had a droney-guitar sound, but I didn't hear anything threatening there.

Some musicians liked us a lot. Hendrix for example hung out in NY a lot. Danny knew him. They jammed together, they were called The Blue Flames. Danny was a drummer off and on with him. Some of those musicians had heard enough of what we were doing so they were used to it. But for example in San Francisco we once played and they threw apples at us, I even remember there was a headline that read "Silver Apples: Rotten Apples", it was in a festival, with hippies sitting under blankets doing acid.

Qu’est-ce qui choquait les gens chez Silver Apples, finalement ?
What was it that alienated people in Silver Apples finally?

Il faut se remettre dans la situation de l’époque. Personne n’avait entendu ce genre de chose, à moins d’avoir été étudiant en musique à Columbia ou un truc dans le genre. C’était des sons très étrangers. De nos jours, tout le monde aime les sons électroniques, il y a même des endroits où les groupes à guitares ne peuvent plus jouer ! Mais à l’époque c’était complètement mutant. D’une certaine manière, c’est dans la nature humaine de se sentir menacé par quelque chose que l’on ne comprend pas. Ca prend un certain temps de s’y habituer et de se dire : « OK, ça ne va pas me mordre ». Pour moi, la musique en elle-même était plutôt raisonnable. Elle avait des structures, des mélodies. C’est seulement la manière dont elle était produite qui était étrange.

You have to look back at the time. No one had ever heard this kind of thing, unless they were in some music school in Columbia. These were all very foreign sounds. Nowadays people are quite into electronic sounds, so much that there are places where guitar bands can't get a job! But then it was the most alien thing in the world. It's human nature to be threatened to by something you don't understand. It takes a while to get used to it and say "ok this won't bite me". The music in itself to me was pretty tamed. It had structures and melody, it was just the way it was produced that was alien.

A quel moment vous êtes-vous rendu compte de l’influence de Silver Apples après sa disparition, notamment sur le Krautrock dans les 70's, puis sur l’électro-rock dans les 90’s ?
When did you grow aware of SA’s influence, notably on Krautrock in the 70's and on electro-rock in the 90's?

Je suis devenu artiste à partir de là et je ne me tenais plus trop au courant de ce qu’il se passait sur la scène musicale. J’entendais quelques trucs à la radio et je me disais : « Finalement, l’électronique prend de la place », mais je n’ai pas fait la connexion. Puis j’ai rencontré des artistes qui m’ont demandé des autographes en me disant combien on avait été influent pour eux et j’ai écouté ce qu’ils faisaient et j’ai compris qu’il y avait une sorte de progression organique entre ce que je faisais à l’époque et le présent.

I wasn't that aware in the 80s and early 90's of the music scene. I was working as an artist at that time. Still, I heard things on the radio and I thought "well, finally electronics are coming around". But I didn't make the connection. Then I started meeting some artists and they had me sign their records telling me how big an influence I had been, then I started listening to it and I saw that organic growth between what I was doing at the time and the present.

Quels sont les projets du moment désormais ?
What are your current projects?

Je travaille sur un opéra, je ne le finirai peut-être jamais. Ca parle d’une civilisation entière d’anti-vampires, ils sont immortels mais ils se nourrissent d’essences et de sentiments humains, et ils considèrent les vampires comme des carnivores puants, parce que quand tu passes des siècles à te nourrir de sang, à la fin il coagule et tu sens comme un animal mort à des kilomètres à la ronde.

Mais j’ai des projets plus abordables aussi. Notamment un album avec moi jouant avec certaines des personnes que j’ai influencées, de Jello Biafra des Dead Kennedys jusqu’à Portishead (voir) ou Blur, avec lesquels j’avais joué au Royal Albert Hall. Ca ressemblait à une improvisation mais ce n’en était pas une, et un article nous avait décrit comme « le son que pourraient faire tous les taxis de Londres s’ils freinaient tous en même temps dans un gigantesque crissement de pneus ». Quant à Portishead, ce sont des gens formidables. Ils m’avaient envoyé Third avant qu’il sorte en me disant : « Je crois qu’on vous a plagié sur un des morceaux. » et je leur ai dit : « Je suis honoré ».

I have several projects going. I'm working on an opera, I may never get there. The more I get into it the bigger it gets. It’s about a whole civilization of anti-vampires, they are immortal too and survive by feeding off of human essences and feelings. They think as vampires as stinky carnivores, stinky because when you spend centuries drinking blood then it coagulates and you stink like dead animals from miles away.

But there's something more doable, it's an album of me playing with some people who've been influenced by me, from Jello Biafra from the Dead Kennedys to Portishead, a wide musical spectrum of people who expressed an interest in doing it. Once all the paperwork is done, there would be a possibility to have it done. Also with Blur, we performed together at the Royal Albert Hall once as part of a John Peel festival. One the reviews of the big magazine described us as "the sound that would make all the bloody cabs in London if they came to a screeching halt together at the same time", which is a wonderful review. Portishead already had their record released and sent it to me saying "I hope you don't mind but we kinda properly ripped you off". And I said "no I'm honored".

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Embrasse ta mère pour moi #1

Ghibli - Ross

Parce qu'Edmonton, à part être au Canada, abrite aussi Old Dugly, petit label fourre-tout à piller les yeux fermés...

Motorama -  Empty Bed

Parce que les Russes auront accompagné notre année de leur grâce splénique...

Psychic Dancehall - Skyway

Parce que les faux-semblants seront bientôt démasqués...

Fantasy Island - Avenue

Parce qu'il est parfois nécessaire de retourner sa veste...


Real Estate - Days

Chronique un peu tardive pour un album qu'il aurait été coupable de passer sous silence : car Days, des Américains de Real Estate, est un très grand disque. Un de ceux qui peuvent squatter la platine pendant longtemps, sans que l'ombre d'un début de lassitude ne se fasse sentir. Un album qui nous capture dans ses filets dès les premières mesures de Easy, titre d'ouverture qui remplit son rôle à merveille en nous annonçant la couleur : le groupe du New-Jersey a décidé de nous prendre par la main et de nous amener au pays des rêves pop, où tout est plus doux, plus lumineux, là où le temps est suspendu, et où les effets de mode n'ont aucune raison d'être. Allez, pour vous dire, on n'avait pas ressenti telle charge émotionnelle immédiate depuis les écoutes du dernier album en date de Teenage Fanclub, Shadows ou encore du Belong de The Pains Of Being Pure At Heart. Pourquoi ? Parce qu'on retrouve, tout au long de Days, le même talent que ces derniers pour nous replonger avec plaisir dans un bain de mélancolie et de romantisme adolescents, mais aussi le même amour que nos Écossais préférés pour les mélodies soignées et les délicats arpèges. Sans parler de cet art partagé pour mettre au point d'imparables tubes pop. Et sur ce point, Real Estate a placé la barre très haute en nous livrant avec It's Real l'un des sommets de l'année : l'heure des "bilans" et des "tops 2011" approchant, gageons que le groupe, avec cette chanson, bousculera les ordres déjà établis. Le genre de chanson imparable qui colle au cœur et au corps, et qui répond sans difficulté à tous nos critères personnels, si nombreux et imbéciles soient-ils, pour définir un idéal pop.

C'est de toute façon presque toujours bon signe lorsqu'à l'écoute d'un disque, quelques uns de nos groupes les plus chéris nous viennent à l'esprit, sans jamais qu'un jeu de comparaison ou une compétition ne s'installent. Et ce ne sont ici pas moins que The Smiths qui sont ressuscités à l'écoute de la ballade Green Aisles, et The Go-Betweens ou Yo La Tengo convoqués, à travers des titres comme Out Of Tune ou Wonder Years, qui arrivent à investir ce créneau si fragile entre nostalgie, mélancolie et allégresse, et qui pourraient servir de bande-son idéale à un été indien rêvé. C'est même l'esprit des trop rares American Analog Set qui apparait souvent à l'écoute du disque, notamment dans ces parfaits entrelacements d'arpèges et cet art de la répétition, comme sur l'instrumental Kinder Blumen et surtout sur le tourbillonnant et conclusif All The Same.

Soutenues par une production impeccable, œuvre de Kevin Mc Mahon - déjà croisé du côté de The Walkmen - et magnifiées par la voix si évocatrice de Martin Courtney, les chansons de Days ravissent sans qu'aucune baisse de régime ne se fasse jamais sentir.

Tout au long de ce LP est distillée une musique à la fois lumineuse et nostalgique, qui réussit le pari de l' efficacité sans jamais sacrifier quoi que ce soit de sa richesse mélodique et de sa réjouissante délicatesse. Un tour de force trop rarement réussi, qui garantit derechef à nos nouveaux meilleurs amis une place de choix, à perpétuité, dans notre cœur d'artichaut.

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Tracklist

Real Estate - Days (Domino/PIAS, 2011)

1. Easy
2. Green Aisles
3. It's Real
4. Kinder Blumen
5. Out Of Tune
6. Municipality
7. Wonder Years
8. Three Blocks
9. Younger Than Yesterday
10. All The Same


Ensemble Economique - To Feel The Night As It Really Is

Banqueroute, faillite, crise. Le monde arrimé à la pensée de l'impératif économique est laminé. Dans les arcanes d'une machine implacable, l'intime est confiné à l'indicible, le néant de l'interaction. Ensemble Economique, soit Brian Pyle, Californien à la barbe rousse ayant déjà à son actif deux LP, Standing Still, Facing Forward sur Amish et Psychical sur Not Not Fun, aurait pu se contenter de ne signifier de son électronique abstraite - rencontre mutante entre kosmiche musik et minimalisme synthétique - que cette glaciation des atermoiements humains. Il aurait pu, car c'est sans compter sur ce nouveau disque éponyme, à paraitre le 29 novembre prochain sur , dont l'extrait qui suit, To Feel The Night As It Really Is, subtilement mis en image par kohnkepik - par ailleurs réalisateur de footage pour Fatima Al Qadiri, Krusht ou I Do Not Love pour ne citer qu'eux - magnifie la volatilité des sentiments dont la logique n'est autre qu'émotion.

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Rape Faction - N Child

Rape Faction, trio québecois squattant avec Gone Forever (écouter) du côté des recommandables labels Free Loving Anarchist et Skrot Up, fait partie de ces groupes - avec Grave BabiesLois Magic ou Sealings - ayant l'ingénieuse idée de draper un shoegaze sans fioritures dans un linceul synthpop à la rugosité crispante. Et tandis que paraitra incessamment sous peu un split cassette en compagnie de Chevalier Avant Garde sur l'excellent label Electric Voice Records - auteur il y a peu d'estimables rééditions de Jeff & Jane HudsonN Child, présent sur ce dernier, donne le ton et fait trembler le la. En prime, Can't Tell de Chevalier Avant Garde.

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Psychic Ills - Hazed Dream

L’album Hazed Dream de Psychic Ills est un mouvement oblique. On est tenté d’abord de se laisser prendre par le piège de l’horizontalité. Par la régularité apparente de l’album, qui rappelle une avancée tranquille sur un paysage mental plan. Il y a l’image du bocage qui vient en tête avec ses obstacles franchissables ; ses haies géométriques, dérangeantes. Mais la musique que distille le groupe est bien plus excentrique. Shoegaze expérimental/psychédélisme décalé et exigu/pop obscure mais toujours rampante, jamais évidente : Hazed Dream est une énigme géographique. Pourtant, l’album ne parle pas d’errance de façon difficile. Comme l’annonce Midnight Moon, premier titre superbe et légèrement instable, ce disque tendre est accessible à pied – d’avantage en tout cas que le précédent opus du groupe. Les chansons sont simplement moins longues et moins denses que sur Mirror Eyes, elles se contentent de piétiner dans la plaine brumeuse que dessinent les échos mystérieux de la voix réverbérée. Il n’y a plus comme autrefois ces hauts sommets bizarres, ces pics dentelés et sinistres. Mais la beauté romantique subsiste grâce à l’inclinaison inattendue des chansons ; parce que les plaines, d’apparence horizontales et stables, sont sans cesse substituées par des pentes. Molles et vertigineuses. Du coup, la musique de Psychic Ills n’est pas lisse. Tout au contraire, elle s’enfonce : les guitares marquent de douces dépressions et le synthé module des abîmes capitonnés. C’est une sorte de mix entre différentes sortes de drogues et de noirceur : sur le single Mind Daze, le noir lustré et acide du Velvet Underground rencontre le brun-gris cannabique de Spiritalized. On est très loin des hauteurs new-yorkaises dans lesquelles le groupe s’est retranché pendant ses quatre années d’absence discographique. Peut-être parce que l’épuisement et le spleen sont des états boueux et métaphoriques qui ne supportent pas les vibrations des villes modernes : et si les buildings ne connaissent pas le doute, les marécages le nourrissent au contraire. Ainsi, les origines du disque sont peut-être à rechercher du côté d’un folklore rural, dépassant même les limites de la campagne américaine. Une chanson comme Mexican Wedding, avec ses boucles de guitares western et son harmonica anesthésié, le prouve par exemple somptueusement. Il n’y a en fait plus trop de territoires, de circonscriptions précises ou de lieux connus à rechercher dans le disque. A force de marcher près des immeubles immenses et d’être écrasés par les ombres des murs, par toute cette assurance en béton armé, les membres de Psychic Ills ont construit un ailleurs cosmique ; un urbanisme pastoral et ouvert sur les déséquilibres intimes.

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04 Mexican Wedding by sacredbones

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Tracklist

Psychic Ills - Hazed Dreams (Sacred Bones, 2011)

1. Midnight Moon
2. Mind Daze
3. Incense Head
4. Mexican Wedding
5. That's Alright
6. Ring Finger
7. Travelin' Man
8. Sungaze
9. Dream Repetiton
10. I'll Follow You Through the Floor
11. Same Old Song