The Warlocks l'interview

The Warlocks

Photo © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

The Warlocks étant de passage à Paris, ou plutôt à Boulbi, alors qu’une réédition de leur premier LP Rise and Fall s’entasse dans les bacs, je ne pouvais immanquablement rater l’occasion qui m’était donnée d’aller converser avec le corbac au cœur tendre, Bobby Hecksher. A l’instar de la musique de son groupe à la fois complexe et directe, Bobby se veut le prophète timide et accessible d’un rock en constante mutation. Par ici l’interview…

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Noir Prod. mixtape

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Lorsque je demandai à Emmanuel Vion-Dury, boss de Noir Prod, de me concocter une playlist dressant un panel de ce qui passait régulièrement sur ses platines, j'étais loin de m'imaginer recevoir une sélection aussi pointue. L'avant-garde y côtoie le hip-hop, et les pluies de riffs se superposent aux arpèges classiques de requiems symphoniques. Voilà une sélection qui s'éloigne un brin des clichés actuels. Un recueil de choix pour mélomanes exigents.

1. Bleu - Temps temps temps temps temps (Noir Prod)
2. Alamaailman Vasarat - Käärmlautakunta (Laskeuma Records / Noir Prod)
3. The Lengendary Pink Dots - The Heretic (Ding Dong Records and Tapes)
4. Grumpf Quartet - Gopvenoob (Noir Prod)
5. Supersilent - 6.4 (Rune Grammofon)
6. Francesco Agnello - Hang 11
7. Nonstop - J'ai rien compris mais je suis d'accord (auto-produit)
8. Györgi Ligeti - XIII. Escalier du diable (Sony)
9. Biosphère - Poa Alpina (Origo Sound)
10. Der Blutharsch - II (WKN)
11. Steve Reich - Sextet, 1st Movement (Nonesuch)


On y était - Spectrum au Nouveau Casino

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Début novembre, Spectrum était de retour en Europe pour une série de dates. Si le set en lui-même n'avait pas varié d'un iota depuis mars 2010, soit la dernière date parisienne du groupe, il faut bien avouer que la performance est à la hauteur de sa réputation : épurée et efficace. La simplicité des compositions fonctionne à merveille sur scène, tout comme l'austérité scénographique de Sonic Boom.

Trois points culminants du concert, mis en image par notre nouvelle collaboratrice Marie-Eva, vous sont offerts : When Tomorrow Hits, cover de Mudhoney, War Sucks, extrait du dernier EP en date et How You Satisfy Me.

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Un remerciement appuyé à Spectrum pour la prise son.


Deerhoof Vs Evil

deerhoof_vs_evil-deerhoof_480Bordel, mais quand est-ce que ça s'arrête les fêtes ? Pas moyen de se balader dans la rue sans croiser un Père Noël, l'œil goguenard, puant le Ricard et quémandant quelques piécettes. C'est pas le contraire normalement ? Impossible d'échapper à la pollution lumineuse de milliers de conifères vêtus pour l'occasion d'écharpes clignotantes et qui, comme d'habitude, finiront par encombrer les trottoirs la nouvelle année passée. Orgie de bouffe et de picole jusqu'au suicide prématuré du foie. Et que dire des enfants, ces gnomes étranges venus d'ailleurs, qui durant une période d'un mois vous font revivre un remake grandeur nature du Village des Damnés. Bordel, Deerhoof avait raison, le mal est parmi nous ! Juste le temps d'enfiler la combinaison de San Ku Kaï, de m'enfermer dans ma cabane casque sur les oreilles, celle d'Evil Dead, pas celle de Cabrel (quoique, ne sont-ce pas les mêmes ?) et me voilà fin prêt à lutter contre le pire mois de l'année.

Deerhoof aurait pu être la contraction de "dear oufs", mais finalement non. Ces joyeux drilles précurseurs d'une folk extrêmement noisy et d'expérimentations colorées, noyau dur d'un mouvement D.I.Y. space-pop et fers de lance du label ultra hype Kill Rock Star, se lancent à travers cet ultime album dans une croisade punitive contre le démon. C'est du moins ce qu'annonce le titre. Le quatuor le plus foufou de planète se balance bien de telles préoccupations, et travaille de mélodiques pop songs avec la démarche incisive d'un Sonic Youth. Bien que clairement plus accessible que The Runners Four ou Friend Opportunity, ce Vs Evil porte les stigmates d'une mutation entamée sur Offend Maggie : chansons plus courtes, moins d'artifices... Mais pas calmé pour autant, Deerhoof a la grandiloquence de s'offrir les services d'un orchestre de 25 musiciens, se libérant pour l'occasion de l'étreinte oppressante de leur étouffant label pour épouser celle de Polyvinyl, qui leur assurera une sortie K7 par l'intermédiaire de Joyful Noise. A quand la ressortie des bandes ?

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Mais rassurez-vous, le combo de San Francisco ne s'est pas assagi pour autant. Et si un Qué Dorm, Només Somia tout en catalan fait fondre la neige devant ma porte de ses contours chaloupés, la guitare de ce saltimbanque de Dietrich touche son but sur Behold a Marvel in the Darkness. La voix doucereuse de cette chère Satomi Matsuzaki n'en rend ma chute que plus amère. Les ampoules papillonent sous les décharges électriques d'un Merry Barracks aussi tordu que massif. Staros à la rescousse ! Ce nouvel opus ne manque de rien, de ballades flamenco-kawaii (No One Asked to Dance) à de remarquables parades synthé-noise poppy (Super Duper Rescue Heads!). L'éclectisme est une nouvelle fois de rigueur, et on ne s'ennuie pas une seconde le long de ces trop courts douze titres qui composent ce nouvel effort. Alors, on se repasse inlassablement chaque piste, étudiant minutieusement l'imparable jeu de batterie de Greg Saunier sur Secret Mobilization, étourdissant jusqu'à l'implosion des tympans. On danse, sautille, s'enivre, tel un Bisounours sous Vicodin, cédant aux extases désuètes d'un Hey I Can tendrement addictif. Aussi joussif que de défoncer un Télétubbies à coups de batte. Un nouvel OVNI bourré d'idées, parfois dans le même morceau, qui font déjà de ce bel objet un candidat sérieux au palmarès des meilleurs albums de 2011.

Il est si bon de se plonger dans une œuvre si obsédante qu'elle en ferait oublier le reste. Mais qui sont ces étranges demi-êtres qui frappent à ma porte réclamant des cadeaux ? La dinde est prête ? Drop ! Renvoi au 22. Et un de moins ! Rarement martialité mélodique, songwriting écorché accouplé à un esprit débilitant ne m'avaient transporté avec béatitude. Une expérience onaniste inconnue à portée d'oreille. Ah, ça c'est vraiment dégueulasse.

Audio

Tracklist

Deerhoof Vs. Evil (ATP Recordings, 2011)

1. Qui Dorm, Només Somia
2. Behold a Marvel in the Darkness
3. The Merry Barracks
4. No One Asked to Dance
5. Let's Dance the Jet
6. Super Duper Rescue Heads!
7. Must Fight Current
8. Secret Mobilization
9. Hey I Can
10. C'Moon
11. I Did Crimes for You
12. Almost Everyone, Almost Always


Karaocake - Medication le clip

karaocakeFin octobre dernier, on avait mis les petits plats dans les grands pour revenir sur les dix ans qui ont fait du label parisien Clapping Music ce qu'il est aujourd'hui (lire), à savoir, une structure indépendante en perpétuel mouvement, constamment susceptible de se renouveler malgré la certaine permanence des groupes composant son catalogue. Ainsi, si 2011 verra la sortie des prochains albums de Berg Sans Nipple, des Konki Duet et d'Orval Carlos Sibelius, le nouvel opus - attendu depuis six ans - de My Jazzy Child, The Drums, et le Fuzzbox EP de dDamage sont d'ores et déjà disponibles par correspondance là et là. Tout comme l'excellent Rows and Stiches de Karaocake dès aujourd'hui commandable en édition vinyle sur As Corpus. A cette occasion, et après l'inoxydable hymne vespéral It Doesn't Take a Whole Week, le trio emmené par Camille Chambon met en images et, plus précisément en dessins animés, par l'intermédiaire d'un vidéo-clip signé Jean-Philippe Bretin, la luminescente comptine Medication. Dire que le morceau se pare d'atours au symbolisme intrigant, où des furcelles sont transformées en bouteilles tournoyantes, où des minois de chatons croisent des têtes d'aigles, dans un absolu coloré aux allures de boite de Pandore, n'aurait aucun intérêt si tout son sens n'était révélé qu'en bout de course. Si l'indice est dans le titre, à vous d'entamer une brève incartade visuelle pour vous en faire une idée.

A noter que ce mercredi 26 janvier, nous invitons dans le cadre de notre résidence au Panic Room, le Clapping Music Soundsytem. Venez dès 20h ! Les détails, par ici.

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Coasting / Reading Rainbow - Split 7"

Une sortie en chassant une autre à un rythme désarmant, certaines sont réduites à un silence certes coupable, mais loin d'être immuable. Paru le 8 décembre dernier via Atelier Ciseaux - soit le même jour que l'excellent album de Jeans Wilder, Nice Trash (lire) coproduit par ce même label avec la Station Radar - le split vinyle de Coasting et Reading Rainbow s’immisce à son insu dans cette zone grise de l'admonestation un brin honteuse de l'auteur de ces quelques lignes envers ses propres facultés procrastinatrices. Ce n'est pourtant pas se faire violence que de rebrancher cette pompe à oxygène vers un été désormais lointain où les succédanés de riot grrls déferlaient sur nos plages hi-fi, munies de guitares réverbérées et affublées de belles paires de guiboles striées de résille. Best Coast (lire), Dum Dum Girls (lire), Frankie Rose And The Outs (lire), Vivians Girls (lire)... difficile de réchapper sans succomber au rouge à lèvres écarlate des demoiselles qui, en dignes héritières des Black Tambourine, ne se sont pas faites pas prier pour balancer une palanquée de comptines sous haute tension aux atours éraillés. Dans ce jeu des sept familles d'un rock matriarcal, tirons tout d'abord, et sans hasard, la carte Coasting, jeune duo féminin, sorti de n'importe où sauf de nulle part. Composé, à la batterie, de Fiona Campbell des Vivian Girls (sic) et de Madison Farmer de Dream Diary comme préposée à la gratte, les deux Brooklynoises taillent Snoozefest et What You Want de la même façon que Kids, leur coup d'éclat sur la toile, à savoir, dans les rudiments du genre, caisse claire minimale et brouhaha de saturations anémiées, sans pour autant transcender celui-ci outre mesure. Le flegme des voix, proches d'une Kelley Deal d'avant le naufrage narcotique, résonne telle une promesse si molle que l'on discerne mal le niveau d'engagement supposé des deux consœurs. Un projet ? Une passade ? Un exutoire à leur groupe respectif ?

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Un questionnement... vite balayé par la face B du split autrement plus saillante et vivifiante. Les timides effluves estivales bredouillées par Coasting se dissipent instantanément au contact des deux intenses pop songs fomentées par le duo originaire de Philadelphie, Reading Rainbow. Sarah Everton et Rob Garcia entonnent, pieds au plancher et sourire aux lèvres, d'ineffables hymnes indie baignés d'un soleil cru et peinturlurés d'incandescentes émotions euphorisantes. La bien nommée Euphoria fait montre d'un mur du son délicatement paré de vocalises entremêlées quand la reprise de I Can't Stand It du Velvet Underground dynamite, d'un joyeux brasier de distorsions, notre résilience vaine au quotidien : vite, très vite, l'envie nous prend de se carapater et changer d’hémisphère, histoire de sillonner, cocktail glacé à la main, une plage constellée de surfeurs et de bikinis affriolants. Mais malheur à celui qui tentera de retrouver pareille décharge, mise à part l'introductive Wasting Time et, peut-être, Always On My Mind, dans l'album Prism Eyes (écouter) que ces derniers viennent de pondre sur Hozac Records. On se contentera donc de peu, ce qui n'est déjà pas si mal. Non ?

Audio

Coasting - Snoozefest
Reading Rainbow - I Can't Stand It

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Tracklist

Split vinyle Coasting / Reading Rainbow (Atelier Ciseaux, décembre 2010)

Face A - Coasting
1. Snoozefest
2. What You Want

Face B - Reading Rainbow
1. Euphoria
2. I Can't Stand It


Arch Woodmann l'interview

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A la fois affable, sensible et détentrice d'une dose suffisante de légèreté et de délicatesse d'esprit pour être attachante, la musique du Brestois Arch Woodman est à l'image de l'homme qui la compose. La preuve sur Migthy Scotland, son second album sorti en novembre dernier, au travers des réponses de l'interview qui suivent et sur la scène de Mains d'Oeuvres le 30 janvier  prochain dans le cadre du festival Mo'Fo'11.

Quel fut ton parcours avant de te lancer dans l'aventure musicale ?

Mon parcours est assez classique finalement ! J'ai commencé par la batterie en primaire, quand j'avais 8 ans, j'ai joué dans quelques groupes au collège et au lycée avant de monter Silence Radio (groupe dont le nom est assez difficile à assumer aujourd'hui !) avec le bassiste actuel d'Arch Woodmann. Ce groupe très influencé par la noise et la pop a eu son petit essort à Brest avant de se crasher en 2007, au moment où j'ai débuté ce projet d'Arch Woodmann. Donc finalement, à part le CE1, il n'y a pas eu grand chose avant le début de l'aventure musicale, la musique a toujours fait partie de mon quotidien depuis ce temps-là...

Mighty Scotland est ton second effort. Qu'est-ce qui à changé dans ta musique depuis la parution de Draped Horse Blue, ton premier album sorti en 2008 ?

Draped Horse Blue Licorne Argentée Feather Blue est mon premier album, avant j'avais sorti un EP, Knife Paper, qui a été le début de ma collaboration avec Romain Drogoul, ingé son et clarinettiste ; ç'a surtout été une première carte de visite et le moyen de trouver quelques concerts sur Brest et alentours.
Mighty Scotland est plus une oeuvre collective que Draped Horse Blue... et un album beaucoup moins acoustique et confiné. Les climats me semblent plus sombres aussi même si les thèmes ne le sont pas particulièrement. Je trouve aussi que les chansons sont plus abstraites et je n'arrive pas à dire si elles sont trop vastes ou trop étroites par rapport à ce que j'ai voulu en faire au moment de les maquetter. Tout est en tout cas beaucoup plus électrique et probablement moins naïf.

l_17f60118e5974986ad8ab81f8e05487dEst-ce que le succès citrique qui a suivi t'a permis de trouver un label ? Et au-delà de ça, comment s'est passée la rencontre avec Monopsone ?

La rencontre avec Monopsone s'est faite... par mail dans un premier temps. Le point de départ a été une chronique de Denis du label sur le webzine Autres Directions. Le succès critique nous a peut-être permis d'avoir une position plus confortable pour aller voir les labels et discuter. Après c'est surtout dans l'échange et le dialogue et sur la foi des enregistrements qui étaient encore en chantier que le travail avec Monopsone s'est enclenché. Je ne suis pas sûr que le succès critique ait eu une influence sur leur décision même si cela peut rassurer dans certains cas.

D'ailleurs, pourquoi un tel titre et une telle pochette qui te représente littéralement mort ?

Mighty Scotland est un titre qui pour moi évoque quelque chose de vaste et d'assez vague, une image de carte postale qui ne dit pas grand chose sur la réalité des choses. Le titre ne se rapporte en rien à des thèmes abordés dans l'album ; il me fallait un contenant suffisamment grand pour mettre tout ce que je voulais dedans. Si j'avais voulu mettre de la cornemuse par exemple, ça n'aurait pas été un problème... La photo figurant sur la pochette, prise par Jean-Marie Heindinger, n'est pas née d'une idée précise avec des intentions précises. Je pense que l'idée m'a traversé l'esprit, avec l'hésitation de me mettre en scène en même temps, et que Jean-Marie m'a aidé à la concrétiser en en discutant avec lui. Je suis quelqu'un d'assez agité et parfois... très gueuleur ; c'était une manière de montrer une forme de repos, ambiguë puisqu'on ne sait pas exactement si je suis mort... Est-ce que je suis vraiment tombé de ce vélo d'ailleurs ? Ensuite nous avons retourné la photo, ce qui donne une autre dynamique à l'image et permet d'en avoir une autre lecture... Mais, si ça peut paraître réfléchi, c'est surtout une suite de coïncidences et d'essais.

l_62c0e6b37ccb49a5aae8706fe0fac6e9La question facile de toute interview mais à laquelle tu es obligé de répondre : quelles sont tes principales influences et ont-elles évolué en même temps que ta musique ?

Mes influences sont globalement les mêmes qu'il y a quelques années : Fugazi, Do Make Say Think, Efterklang, etc. Mais forcément, je suis obligé de renouveler mes écoutes pour apporter autre chose à la musique d'Arch Woodmann. Ce renouvellement se fait aussi par le travail avec d'autres groupes (Every Man Has Your Voice, Botibol) qui me permet d'avoir occasionnellement une approche différente des choses.

Qu'est-ce qui t'inspire le plus ? Quels sont tes principaux sujets d'écriture ?

L'enfance, l'adolescence, le sexe, la famille, l'alcool, les Monts d'Arrée, mes amours/amis - présents/disparus, l'interactionnisme symbolique et la nourriture mexicaine.

Penses-tu au potentiel scénique de tes chansons avant de les composer ?

Pas vraiment non ! La question se pose ensuite et ce processus nous permet de repenser les chansons par la même occasion... et de ne pas s'ennuyer, surtout, à rejouer l'album tel quel sur scène ; de toute manière ça ne serait pas possible.

Quel est justement ton rapport à la scène ? Un plaisir, une angoisse...?

Je vis pour ça ! C'est là que je me sens le plus moi-même et le plus sûr de moi.

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Cercueil – Erostrate

ImprimerIl y a quelques mois, nous avions laissé le trio lillois Cercueil à la Plage du Glazart où nous avions eu la chance de nous entretenir avec eux. Dans une confession consultable ici, ceux-ci nous révélaient être prêts à enregistrer un nouvel album d'ici peu, quelque part dans la région de Bristol en Angleterre. C'est dans le fameux Toybox Studio que sera conçu Erostrate, lieu à forte concentration artistique qui aura vu passer ni plus, ni moins que The Kills, Scout Niblett, PJ Harvey, Munch Munch... Il m'a donc semblé normal qu'à la première écoute, je pensai avoir glissé par erreur mon vieil album de Juju de Siouxsie et de ses Banshees. On connaît le goût immodéré du tiercé pour les ambiances brumeuses et sépulcrales, mais l'écoute de ce nouvel effort laisse à penser que les disques de et de Zola Jesus devaient traîner quelque part en studio.

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Et à Boredom's Magnetic Eyes de nous donner raison. Le chant de Pénélope, auparavant langoureux et gracile, se veut ici sombre et funeste. Embourbés dans une panoplie de scintillements organiques et une orgie de percussions chamaniques, nous sommes en pleine révolution witch house. Et bien que cette association de mots déplaisent à certains, il n'y a pas d'autres termes pour décrire ce climat musical angoissant. After Dark enfonce d'ailleurs un peu plus le clou, alliant synthé-pop brumeuse et altérations expérimentales indus. On dit souvent que le passage au deuxième album est un moment difficile. Pour Cercueil, il s'agira certainement de celui de la consécration. Car comment résister à Subtitle, complainte lunaire, montant crescendo, aussi élégiaque qu'addictive ? Titre souffreteux, aux harmoniques synthétiques éraflées, bercé par des chœurs angéliques avant l'emballement final, concluant en apothéose. Et que dire de Shade Unit, cantate à deux voix dont le gothisme élégant est à rapprocher des derniers Dead Can Dance ? Malgré cet agglomérat ténébreux, le trio clairsème ses mélodies de quelques halos lumineux (Know to None, A Ray Apart) afin de ne pas sombrer dans la suffocation. Le génie étant de se renouveler par n'importe quel moyen, ainsi il suffit parfois d'un clap, d'un riff, d'une nappe... Ca peut paraître con mais ça marche. Chaque morceau possède une identité propre se démarquant des autres dans une continuité cohérente d'une course allant de l'ombre vers la lumière. Ainsi, si l'on est parfois bien heureux de retrouver les stigmates de Shoo Straight Shoot comme sur The Guest, Jumping War et son appel à un tribalisme obscur se fait plus séduisante.

Un album tout en noirceur pour Cercueil qui livre une œuvre transpirant la rouille, le macadam et la pollution. Une œuvre mature qui doit sa réussite à une véritable alchimie instrumentale, à la fois créative et récréative. Un recueil qui donne envie d'enfiler sa parka et de danser au bord d'un cimetière, sautant à plein pieds dans les flaques d'eau.

Audio

Cercueil – After Dark

Tracklist

Cercueil – Erostrate (Le Son du Maquis, 2011)

1. Boredom’s Magnetic Eyes
2. After Dark
3. Slave Wave
4. Jumping War
5. Subtitle
6. The Guest
7. Shade Unit
8. A Ray Apart
9. Things
10. Know to None


Wierd Exclusive Mix for Hartzine

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Instigateur de soirées cold wave hebdomadaires à Williamsburg (N-Y), Pieter Schoolwerth est au centre d'une petite communauté qui a progressivement rallié à sa cause les auditeurs de tous bords. Chaque mercredi et désormais à Manhattan, Pieter invite les dernières sensations froides du pays et au-delà. Fort du succès des soirées, Pieter lance en 2006 Wierd Records qui après des débuts tâtonnants (compilation-catalogue) a activé son rythme de croisière avec la sortie du premier LP de Martial Canterel, Refuge Underneath. La primauté des sonorités synthétiques européennes imbibe le catalogue du label ; catalogue qui après s'être ouvert récemment à la touching pop des Français Frank (Just Frank) s'apprêterait à s'ouvrir à d'autres chapelles.

Mixtape

1. The Siamese Pearl - Destroying the Prefrontal Cortex
2. Martial Canterel - You Today
3. Automelodi - Buanderie Jazz
4. Epee du Bois - Misery
5. Xeno & Oaklander - Nuit
6. Blacklist - Twilight of the Idols
7. Staccato du Mal - Su Ultimo Secreto
8. Led Er Est - Laredo
9. Frank(just Frank) - Coeur Hanté
10. Kindest Lines - Destructive Paths to Live Happily (Demo version)
11. A Squared - Soulfood
12. Flesh Graey Display - Under Attack
13. Opus Finis - Scrying Formation


Martial Canterel l'interview

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Conclusion de ce dossier sur le label Wierd avec une interview de l'artiste-phare du label, Martial Canterel. Celui qui se fait aussi appeler Sean Macbride joue une musique entêtante et froide depuis le début des années 2000. Vacuité de nos environnements urbains et mélancolie synthétique sont les thèmes qui parcourent l'œuvre de cet exégète des technologies analogiques. Martial Canterel sort dans quelques jours son album You Today, étalage d'une maîtrise totale des techniques de production du New-Yorkais.

Comment présenterais tu ta musique sans utiliser les mots froid et synthétiseur ?

Là, tout de suite, je dirais que c'est dans la poussière qui s'entasse à l'encoignure des murs et du sol que je me suis lancé, non seulement en écrivant de la musique, mais aussi en pensant au passé et ses nombreuses traces. C'est dans ces replis du temps souvent négligés que je trouve le plus grand refuge et l'inspiration ; l'immobilisme d'une pièce désolée prend vie pour moi, et m'entraîne vers de nombreuses occasions et futurs qui n'ont jamais eu lieu. De plus en plus, il semble que le présent, tout comme mes futurs manqués, cesse lui-même d'exister « réellement ». Je ne suggère pas un genre de solipsisme languissant, mais plutôt l'acceptation de l'isolation croissante de l'individu dans le monde contemporain.

Bien que tu sortes tes albums sur différents labels, l'identité « Wierd » te colle à la peau. Pourrais tu nous en dire plus sur la relation que tu entretiens avec ce label ?

Pendant plusieurs années, beaucoup d'entre nous se sont rassemblés chaque semaine dans différents lieux pour jouer, écouter et parler de la musique et c'est là qu'une communauté s'est développée ;  c'est ce qu'on a fini par appeler Wierd. C'est peut être simplement le temps passé avec ces gens qui a conduit à cette identification.

Le livret de ton prochain album te dévoile dans ton studio. Combien de temps t'a-t-il fallu pour le construire ?

J'ai des synthétiseurs depuis 1994, date à laquelle j'ai acquis un Roland Alpha Juno 2, un Korg Monopoly, un Sequential Circuits Prophet 600, un ARP Quadra et plusieurs boîtes à rythme Sequential. Il y a toujours eu des gens autour de moi qui avaient toutes sortes d'équipements intéressants, donc j'ai pris l'habitude d'emprunter quelques trucs en plus du matériel cité précédemment. En 2002, après avoir travaillé sur les premières chansons de Moravagine, j'ai commencé à développer une obsession et à acheter du matériel à droite et à gauche.

Je me souviens avoir acheté le clavier Roland System 100 pour ensuite avoir désespérément besoin du System 100 expander puis du System 100 sequencer, et ça n'était encore pas assez, alors j'ai acheté un autre 102 expander, et deux autres 104 sequencers. Ensuite un ARP Odyssey modifié, deux ARP Sequencers, deux ARP 2600S, Roland System 100m, de multiple Roland CSQ 600s, cinq Roland SH 101s (impératifs pour les tournées), Serge Modular, etc. Et la liste continue. La totalité du peu d'argent que je pouvais gagner y passait. Donc, pour faire court, je dirais 16 ans.

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Cet équipement analogue est bien connu pour la volatilité du son qu'il produit. Comment es-tu passé de l'expérimentation à la composition ?

Sans aucun doute volatile. Ta question devrait presque être posée à l'envers car la composition est venue en premier, suivie par l'expérimentation. La majorité des synthés que je possède sont opérés par un clavier d'une octave, donc naturellement, un synthé est limité à une musique qui consiste en 12 demi tons.

Ayant étudié la musique à l'école étant plus jeune, j'ai gravité instinctivement vers certaines gammes, progressions d'accords et harmonies. C'est vraiment quand j'ai rejeté le synthé polyphonique pour des synthés plus monophoniques que j'ai commencé à désirer une plus grande variété texturale et j'ai vraiment réalisé que ce que la musique n'avait en fait que très peu à voir avec les notes et les accords mais plutôt avec le timbre et le sens du rythme.

Parfois l'aspect de la composition de la chanson s'assoie sur la banquette arrière pendant que la qualité des tons et des harmoniques voyagent à l'avant. Dans cette gamme d'outils très limitée, je recherche à produire autant une expérience acoustiquement intime que quelque chose de différent et à plusieurs niveaux.

Pourrais-tu composer la musique de Martial Canterel sur d'autres instruments que ceux que tu utilises actuellement ?

Je pourrais sans aucun doute composer mais je ne voudrais performer sur quelque instrument autre que ceux que j'utilise. L'ergonomie de ces machines est faite pour moi, de même que le violoncelliste qui a utilisé son instrument pendant des années ne pourrait s'en passer.

Il y a beaucoup de mes chansons qui, pour moi, seraient physiquement impossibles à jouer, et certains timbres qui ne pourraient simplement pas exister sans un synthétiseur particulier. C'est dans ces traits spécifiques du synthé que la composition et la performance, pour moi, à la fois commencent et se terminent.

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J'ai écouté ton dernier album, You Today. La mélancolie y est exacerbée, la ville industrielle semble de plus en plus synonyme d'exclusion, ta voix prend également plus de liberté. Comment définirais-tu/positionneraistu ce LP par rapport à tes autres essais en solo ?

Alors pour la première fois, en composant et sortant un album, je me suis réellement assis pendant plusieurs semaines et j'ai écrit cet album. Il y a un lien entre les chansons puisqu'elles ont été créées en un temps limité. Remarque, de nombreuses chansons avaient été écrites et jouées plusieurs fois par le passé mais le véritable enregistrement de tous les morceaux a pris environ trois semaines.

Donc là-dedans, j'ai aussi pu me concentrer conceptuellement sur les thèmes du disque ; la ville déconcertante, l'incapacité de se connecter avec les autres, l'irrécupérable passé.

Tu as passé beaucoup de temps sur la route avec Xeno et Oaklander. Penses-tu que tu passeras autant de temps sur la route pour défendre ton projet solo ? Apprécies-tu de jouer ta musique en live ?

Pour être honnête, j'aime jouer avec Xeno car il y a un genre de fraternité entre Liz et moi qu'il me manque avec MC. Mais oui, je tournerai pour ce projet car il vaut la peine d'être « défendu », pour reprendre tes mots.

As-tu une opinion sur la musique de tes contemporains ? Des groupes tels que Gatekeeper ou le français Turzi qui utilisent du matériel analogue pour d'autres finalités...

Je ne suis pas tellement familier avec les groupes mentionnés. Mes contemporains sont, pour la plupart, des musiciens qui partagent une fascination pour des procédés et des thèmes similaires, Staccato du Mal de Miami par exemple, Further Reductions et Epée du Bois de Brooklyn, Delos et Lower Synth Department d'Allemagne, Frank (Just Frank) de Paris et bien d'autres. De même, beaucoup de ceux engagés dans la scène sonore américaine tels que Yellow Tears, Hive Mind, Damian Romero et Bloodyminded fabriquent leurs propres systèmes et explorent le seuil de l'endurance et de l'expérience auditive.

Je suis en fin de compte vraiment attiré par la matérialité de l'analogue et par ceux qui gouvernent leurs processus en conséquence.

Je te laisse le dernier mot....

J'ai réellement hâte de défendre mon album en France cette année.

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VA – Voyage 2 : Mort pour la France, French Underground Voodoo Music

paneuropean_mortpourlafranceRappelez-vous, c'était il y a un an jour pour jour. Annoncé dans mon bilan de fin d'année, Pan European figurait tout en haut de ma liste des labels à suivre de très près. Et pourtant s'en suivit une année discographique plutôt morne pour l'institution psychédélique imaginée par Romain Turzi et Arthur Peschaud. Après avoir gentiment secoué la scène alternative française de salves soniques tonitruantes et barrées (Koudlam, Kill for Total Peace), Pan revient sur le devant de la scène avec une nouvelle compilation hommage aux pèlerinages thébaïques et aux trips musicaux sans hallucinogènes. Remise à zéro des compteurs à travers quinze titres qui ouvrent l'écurie parisienne sur un nouveau cycle. Un premier séjour qui transpire l'americana. On retrouve avec plaisir Koudlam en crooner de l'Apocalypse, le temps d'une courte intro suintant la poussière et l'ayahuasca. La maligne Lisa Li-Lund, amoureuse virtuelle, décoche une balade synthétique du plus bel effet et pas si éloignée de son Big Crunch Theory tandis que Chicros pond un sabbath trouble et opiacé. Un morceau terriblement narcotique, laissant un goût cotonneux dans la bouche. Kill for Total Peace danse sur les cendres du Velvet le temps d'une transe aussi langoureuse que funeste. Et question occulte, David Spher'Os est plutôt collé en la matière. Les riffs envoûtants des Aqua Nebula Oscillator épousent la voix ténébreuse de leur leader sur le très macabre Dead Soul, mélodieuse incantation à laquelle il est difficile de ne pas céder. Même modus operandi pour la muse du groupe, Shazzula, qui préfère s'aventurer sur des sentiers électroniques frissonnants, illustrant la BO imaginaire d'un vieil épisode de Twilight Zone. A travers Renaissance, Romain Turzi laisse exploser son amour pour le Krautrock, délaissant les déflagrations de guitares pour des atmosphères planantes et stratosphériques. Un avant-goût de son prochain effort solo à venir cette année. Service assure la partie bruiste sur un Russians partagé entre le délire et le brutalité, une cocasserie jouissive à souhait (Putain ! L'album, il arrive quand ?). Et si on retrouve bien entendu l'éternel cousin de la maison Pan, Etienne Jaumet, trainant son saxo du côté de Détroit, une pléthore de petits nouveaux viennent grandir les rangs du label. Sir Alice, entendu la dernière fois sur Tigersushi, balade son spleen sur des mélodies boursouflées et saignantes. Bien derrière, Mogadishow & Mohini Geisweiller ne convainquent pas. Le combo se réfugie derrière des harmonies d'une profonde platitude à contrario d'un Jonathan Fitoussi dont le Cycle 500 pourrait bien faire de l'ombre aux expériences électroniques de Turzi ainsi que White & Sticky bricolant une new-wave franchouillarde tirée à quatre épingles.

Je n'ai pas plus besoin de m'étaler sur les autres objets du délit (Juan Trip', ), Voyage 2 coiffe son aîné au pilori. Derrière son sous-titre pompeux, cette compilation redore une fois de plus le blason de l'underground français et prouve que nous, petits frenchies, n'avons rien à envier à nos cousins frontaliers. La France est morte, vive la France.

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Service - Russians

Tracklist

VA – Voyage 2 : Mort pour la France, French Underground Voodoo Music (Pan European, 2011)

1. Koudlam / I Will Fade Away
2. Lisa Li-Lund / 12000 Waves
3. Chicros / What Should I lie About?
4. Kill for Total Peace / Who is the Weatherman?
5. Sir Alice / Prophecy /
6. Juan Trip' & les Ordinateurs / Ping Pong (live in Paris 2010)
7. My Girlfrined is Better Than Yours / Toro
8. Aqua Nebula Oscillator / Dead Soul
9. Service / Russians /
10. White & Sticky/ Emile
11. Turzi Electronic Experience / Renaissance
12.Mogadishow & Mohini Gesweiller / Ordinary Shares
13. Etienne Jaumet / Tuner 2
14. Shazzula / Sciance Friction
15. Jonathan Fitoussi / Cycle 500


Archie Bronson Outfit l'interview

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Avant d'enfiler sa soutane pour leur concert, Sam Windett, le leader de Archie Bronson Outfit, a répondu à nos questions à l'heure de l'apéro pour en savoir un peu plus sur la genèse de leur dernier album, Coconut.

Interview


Oh No Oh My - People Problems

PrintEmmitouflés dans vos manteaux difformes, le teint terne et le nez rougis, je vous sens faire preuve d'autant d'entrain qu'un chien aux portes de l'abattoir. C'est en cette période de spleen urbain que les quatre de gars d'Oh No Oh My et leurs guitares enivrantes teintées de soleil ont décidé de sortir leur dernier album via la structure Koening Records pour les Etats-Unis et le label qui monte, Moelleux Records, pour l'Europe. Les Texans, naguère insouciants, nous avaient habitués à une pop fraîche et romantique, capable de réchauffer les cœurs les plus froids et moroses par des riffs sautillants et des ba-da-bop-bops enjoués. Mais ceux-là mêmes qui nous contaient jadis une gentille balade dans le parc, (Walk in the Park) ont cette fois nommé l'opus People Problems, aïe ! Alors mince, qu'est-il advenu de ces musiciens tendres et sucrés comme un Malabar depuis leur dernier EP Dmitrji Dmitrji sorti deux ans plus tôt ?

oh_no_oh_my
Et bien il semblerait qu'ils aient grandit... Fini les points d'exclamations trop enthousiastes, appelez-les maintenant Oh No Oh My (ex-Oh No ! Oh My !). Le groupe se veut plus sombre, plus grave, bousculant nerveusement cette image bubble-gum à grands coups d'arrangements peaufinés et de paroles plus noires, à l'image de So I Took You, morceau acoustique guilleret qui subitement se termine quand on s'y attend le moins, le narrateur de cette jolie ballade se révélant être un meurtrier sanguinaire (si si, je vous jure). La musique stoppe, la jeune fille s'est fait trancher la gorge, fin de l'histoire. Alors certes oui, le ton est plus sérieux, voire presque glauque, mais paradoxalement la musique reste joyeuse, parfois même rêveuse. You Were Right et Brains font preuve d'une extrême clarté rythmique et d'une certaine énergie qui vous surprendra sans doute à taper du pied sur la mesure, quand Walking Into Me, ouvrant l'album, électrise l'atmosphère par ses synthés bien trempés, qui sont non sans rappeler que le groupe a tourné avec Au Revoir Simone, et qu'apparemment, ça laisse de (bonnes) traces. Hoxmeier, co-compositeur de la bande, voulait un disque qui fasse « pleurer les gens » selon ses propres dires. Malgré cette nouvelle lubie, on est quand même loin de sortir les mouchoirs, et tant mieux.

Pas de souci à se faire donc pour les fans de la première heure, la magie Oh No Oh My opère encore bel et bien : People Problems est bien plus qu'une réussite. Ce n'est certes pas l'album ensoleillé qui sent bon la crème et le sable chaud, mais il révèle cette sorte d'alchimie aigre douce qui ne fonctionne qu'entre musiciens qui se connaissent si bien. Pour preuve, allez les voir jouer le 3 février à la Maroquinerie, je vous promets plus de sourires béats que de larmes !

Trop heureux d'accompagner Oh No Oh My jusqu'à son éclosion lumineuse dans vos esgourdes, Hartzine et Moelleux Records vous font gagner deux LP dudit album à paraître lundi prochain. Histoire de débuter l'année d'un bon pied, cliquez par là pour participer.

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Walking Into Me

Tracklist

1. Walking Into Me
2. You Were Right
3. Again Again
4. No Time For Talk
5. I Don't Know
6. So I Took You
7. Brains
8. Not The One
9. There Will Be Bones
10. Should Not Have Come To This
11. Circles And Carousels
12. Summerdays


Zoo Kid - Out Getting Ribs

Zoo Kid sent l’Angleterre qu’on aime, celle qui pue le London Calling ou le Rusholme Ruffians. Celle qui a encore quelque chose à dire. Out Getting Ribs, sorti sur le label House Anxiety, est une œuvre martelée par des arpèges de guitare géniaux qui évoluent en riffs libérateurs. Face à la caméra, « Archy » éructe sa rage et ses excuses tout en nous avertissant d’emblée («  Hate runs through my blood ») à seulement 16 ans, faisant passer Egyptian Hip Hop pour les compagnons de jeu de Justin Bieber. Ce jeune homme, dont on parlera beaucoup à l'avenir, c’est sûr, nous présente son premier single de manière très émouvante et arrogante pratiquement seul face à la caméra. À notre sens, une réussite cinématographique tant son interprétation est bouleversante.

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Death and Vanilla - EP

La Suède est bien loin de Big Apple, mais force est de constater qu'en ces temps où la neige recouvre les trottoirs et où le froid pénètre jusqu'à l'os, l'activisme musical du royaume scandinave tourne à plein. Première sortie digitale (à télécharger par ici) du label brestois Beko DSL, dont Hartzine ne pense que du bien (lire), et première sortie physique du label français Hands In The Dark (à commander par là), DeathAnd Vanilla étire sur les quatre morceaux de cet EP éponyme une délicate mélancolie admirablement lovée autour de mélodies simples, répétitives et définitivement obsédantes. La voix éthérée de Marleen Nilsson habille d'un nuage cotonneux et romantique l'instrumentation épurée et volubile d'Anders Hansson, qui à l'instar d'un Johnny Jewel (Chromatics) tout en retenue, ne se trompe jamais dans la justesse des arrangements claviers/basse/guitare. Telle une relecture de l'onirisme pop, des Cocteau Twins à Broadcast, et ce selon un abécédaire krautrock compris telle l’alliance d’une discipline stricte et d’une liberté absolue, Ghosts In The Machine inocule la plus pure des addictions auditives, insoupçonnable lors de la première écoute, mais infiniment vénéneuse sur la durée. Autre sommet et même formule, le délectable Run Rabbit Run résonne telle une ode amoureuse désespérée au sentimentalisme évanescent. Si Godspeed et The Color Of Space sont moins évidents dans leur accroche émotive, ils n'en restent pas moins passionnant dans leur appréhension d'univers sonores en apesanteur où la variation prime sur la transition, où les notions de couplets et de refrains perdent d'elles-même leur signification.  Depuis peu, chaque matin, l’exiguïté suffocante d’un métro aux allures de bétaillère moribonde n'a plus de prise sur moi. Inutile de chercher plus loin, maintenant vous savez pourquoi.

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Tracklist

Death And Vanilla (Hands In The Dark,  2010)
01. Ghosts In The Machine
02. Godspeed
03. Run Rabbit Run
04. The Color Of Space