Ducktails - Ducktails III: Arcade Dynamics

ducktailsLa pochette incite à la rêverie : on s'imaginerait sans trop de difficultés en vacances dans cette grande maison blanche et moderne à l'architecture pouvant être inspirée d'un film de Kubrick. Bordée par un lac paisible, elle est isolée de toute agitation grâce à une végétation reine. Seule trace de vie humaine, cette maison et cette immense terrasse sur laquelle quelques chaises longues sont installées ici et là pour recueillir notre fatigue et nos questionnements obsédants. Quelques amis, pas trop bavards, et le bruissement de l'eau à peine perceptible bercent nos longues heures d'inactivité tournées vers les souvenirs et les fantasmes. Dès l'ouverture du nouveau LP Ducktails III: Arcade Dynamics de Matthew Mondanile aka Ducktails (également membre de la formation Real Estate), la première impression est confirmée. Les décors sont plantés en moins de deux. Et une plénitude soudaine s'empare de vous lorsque cette musique d'ambient vire du côté de la pop psychédélique et expérimentale.

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Sorti sous le label Woodsist, promoteur d'un lo-fi ensoleillé, l'album reste à dominante instrumentale, tout en laissant la place à quelques voix qui viennent se poser sur certains titres. Dont une et pas des moindres, celle de Noah Lennox de Panda Bear sur une version du single Killin' The Vibe.  A l'écoute donc de son travail avec et sur les sons, on est tenté de penser à la parenté entre ce jeune gars originaire du New Jersey et la jeune « hypnagogic pop ». Concoctée par un bon nombre de geeks cloués devant l'ordinateur de leur studio éclairé par une unique lampe à lave datant de leur adolescence, cette pop rêveuse et un brin fantaisiste exprime une grande mélancolie mêlée d'inconscience juvénile. L'atmosphère dépeinte ici n'est autre qu'un melting pot de tout ça. Chaque sonorité n'est pas étudiée à la légère. Quand celle-ci vient se superposer à la précédente, c'est dans le seul but de magnifier encore davantage la chanson. La production, quant à elle, se réduit à peu de choses comme le démontrent Art Vandelay ou encore Hamilton Road. Malgré une forme rudimentaire, les mélodies ne perdent évidemment pas en force d'attraction. Sortes de ballades brumeuses et tourmentées, elles sont éminemment expressives. La lancinante Hamilton Road vous capture sur votre chemin menant au boulot pour vous transporter directement aux abords d'une autre route, plus petite, moins fréquentée et perdue au milieu d'un décor lumineux et vallonné. Le chant traînant et noyé dans la réverb est hypnotisant. Le point culminant du LP se distingue par la simplicité et la fraîcheur de Little Window suivi du single Killin' The Vibe. La section rythmique est basique, un tambourin se manifeste de temps à autre, les guitares mises en avant sont claires. Le son y est également plus propre.  Porch Projector, qui s'étend sur de plus longues minutes après une succession de chansons assez brèves, clôture cet intermède à coups de bruits épars et évanescents. Comme une douce redescente vers la réalité. Quitter cette maison et cette immense terrasse pour retourner dans la grisaille de l'hiver, n'est pas évident. Le temps s'est écoulé à une allure folle. Comme un rêve dont, au réveil, on ne peut dire si on l'a vécu ou non.

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Ducktails - Killin the vibe

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Tracklist

Ducktails - Ducktails III: Arcade Dynamics (Woodsist, 2011)

1. In the Swing
2. Hamilton Road
3. Sprinter
4. The Razor's Edge
5. Sunset Liner
6. Little Window
7. Killin the Vibe
8. Arcade Shift
9. Don't Make Plans
10. Art Vandelay
11. Porch Projector
12. Killin the Vibe (feat. Panda Bear)


BL§§D OU† - 3MPIR3 §†Å†3

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C'est un fait. Jusqu'à présent la witch haus (lire) s'adonne au même hédonisme digital que la chillwave d'alors. Deux dénominations largement battues en brèche par les auteurs mais deux réalités concourant aux mêmes effets : pas ou peu de sorties physiques ancrent le genre dans les bacs à vinyles de l'histoire. Washed Out et Toro Y Moi contre Salem et oOoOO. Quoi d'autre ? Sans parler de sorties cassettes... notamment avec Clandestine Records, mercredi à l'honneur dans nos pages. Le moment idoine pour Amdiscs, label qui ne fait rien comme les autres et que l'on aura tôt fait de voir de passage à Paris (lire), de surgir des bois ensorcelés et de faire de 3MPIR3 §†Å†3 de BL§§D OU† sa troisième sortie vinyle - après le split réunissant Coma Cinema et Teen Porn (lire) et le LP de Young Adults. Soutirable par ici, l'album des New-Yorkais étire sur neuf titres nébuleux une paranoïa ciselée de beats sourds et drapée de nappes synthétiques, où des bruissement indicibles s'entremêlent d'insondables voix murmurées. Une angoisse libérant le désir et culminant sur MYR†L3 WYCKØFF en écoute ci-dessous. S'il fallait prolonger cette danse des ombres, Alex Winter, moitié de BL§§D OU†, a récemment composé une mixtape pour No Conclusion. A écouter ici.

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La Sera l'interview

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Chaque année, c'est pareil. Les diverses cures vitaminées et autres traitements de renforcement du système immunitaire qui existent sur le marché n'y feront rien : la grippe me rend hors service et complique la moindre de mes tâches élémentaires pendant des jours entiers. C'est malheureusement aussi à ce moment‑là que vous arrive un contrat que vous ne pouvez refuser, que vous déménagez votre ami le plus proche qui quitte sa femme, que votre fille fait des cauchemars et que vous devez conduire votre mère à l'aéroport en fin de nuit. C'est aussi en cette période peu tranquille qu'a lieu mon entretien avec Katy Goodman, tiers de Vivian Girls, venue défendre son projet personnel La Sera, un jour après Londres et 15 jours avant Paris, au Charlatan de Gand, dans la partie flamande et hyperactive de mon pays d'adoption. Me voilà donc, le nez phosphorescent et les yeux vitreux, attablé en compagnie de la rouquine Katy, effrayée de me voir consommer une boîte de kleenex jusqu'à épuisement.

Interview

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Salut Katy, tu as fait bon voyage ?

Hello ! Oui, pas mal. On vient d'arriver.

Comment s'est passé ton concert d'hier soir à Londres ?

C'était super, on s'est bien amusé !

C'est facile pour toi de quitter ta famille et tes amis pour tourner ? Ca te plaît ?

Oui, ça me plait beaucoup. Je ne dirais pas que c'est facile de quitter mes proches mais, comme j'aime voyager, j'arrive à profiter de la tournée.

Ton projet, c'est « La Sera » ? Ca vient du mot italien « le soir »?

Oui oui, c'est ça...

Comment la musique est-elle rentrée dans ta vie ?

Je n'ai pas vraiment de souvenirs liés à l'enfance mais quand j'étais ado, mes copains formaient des groupes auxquels j'ai pu participer avant de vraiment avoir un projet plus personnel un peu plus tard...

Tu consacres ta vie entièrement à la musique?

Oui, je n'ai pas d'autre occupation rémunérée, ah ah!

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Que faisais-tu avant?

Je suis allée à l'université... J'ai étudié la physique.

Les morceaux de La Sera évoquent souvent des échecs amoureux ou même la mort. Quel était ton état d'esprit au moment de la conception de l'album ? Tu te définis comme une personne pessimiste?

Non, je ne sais pas pourquoi les sujets des morceaux de cet album ont été ceux-là... J'ai passé quelques semaines seule, sans voir d'amis dans le but de composer et cela m'est venu naturellement. Mais je ne suis pas quelqu'un de négatif dans la vie.

Tu parles vraiment quand tu dors (chanson sleeptalking)?

Ah ah ah ! Non, pas du tout !

Ah, j'allais te demander ce que tu avais dit de flippant pendant ton sommeil ...

Non, en réalité cette chanson évoque le fait de parler trop à quelqu'un en général. C'est une personne qui parle trop, qui se dévoile toujours trop, ah ah... J'ai juste voulu pousser à l'extrême ce manque de retenue verbale qu'on peut avoir envers son partenaire...

Ta voix est pratiquement toujours au second plan. Les paroles sont-elles malgré cela importantes pour toi ou est-ce juste une question de « son » ?

J'envisage les paroles comme un tout. J'aime choisir les mots pour leur sens mais je me concentre sur le son aussi. Je pense sincèrement que les deux sont importants pour moi.

Y a-t-il des exemples de carrières pop que tu aimerais suivre?

Oh ! Je ne sais pas, il y en a trop !

Y a-t-il des artistes actuels dont tu te sens proches?

Je considère la musique comme une grande famille dont je fais partie et donc je me sens proche de tous les membres de cette famille.

Pourquoi Brady Hall a-t-il joué et enregistré tout l'album seul alors que tu es toi-même multi-instrumentiste et l'auteur-compositeur de tous les morceaux?

En fait, j'ai enregistré une démo de mes morceaux. Brady l'a écoutée et ça lui a plu. Il m'a proposé d'enregistrer ça chez lui dans son home studio. Je trouvais que c'était une bonne idée et en plus, j'étais en tournée avec Vivian Girls, donc je n'avais pas trop le temps de le faire. Après la tournée, j'ai pris un avion jusque chez lui à Seattle et j'ai placé mes voix. J'étais vraiment très occupée à ce moment-là pour que cet album se fasse autrement.

Tes morceaux sont relativement courts ; c'est intentionnel pour rappeler le format des fifties et des sixties ?

Je ne sais pas... Je pense que c'est plutôt dû à ma manière d'écrire. Je compose rapidement et des formats plutôt courts mais je ne le fais pas exprès.

Tu penses que quelque chose va changer pour les Vivian Girls avec la signature sur Polyvynil Records?

Notre album va sortir en avril, ce sera fun mais, fondamentalement, rien ne vas changer. Je ne pense pas. Ceci dit, nous sommes contentes d'être sur Polyvynil Records.

Que penses-tu du side-project de Cassie Ramon, The Babies?

Oh, je l'adore !

Ton autre projet All Saints Day va-t-il continuer?

Non, je pense qu'All Saints Day n'était qu'un projet d'enregistrement et ce n'était pas vraiment un groupe. On a enregistré quelques morceaux et voilà... Mais sait-on jamais...

Merci pour l'interview...

Merci à toi !

Pour terminer : Comment vois-tu ton futur Katy?

Je vais essayer de jouer aussi longtemps que possible. Sinon, je pourrais aussi enseigner la physique. Mais, si je devais choisir, j'aimerais enregistrer beaucoup d'autres albums et continuer la musique pour toujours.


La Sera - s/t

la-sera-album-art-650x650Après cette entrevue mémorable et en attendant la prestation du groupe de Kickball Katy qui enchaînera rapidement et sans surprise une douzaine de morceaux de 23h à 23h40, s'offraient à moi quelques instants de quiétude que je décidai d'apprécier seul dans mon carosse avec pour musique de fond, le bel album de la new-yorkaise. Je décidai de reprendre ma respiration en m'abandonnant à Beating Heart et à ses voix aériennes apaisantes qui mettent d'emblée du baume au cœur et ralentissent son pouls. Le premier opus de La Sera commence en quelque sorte par la fin : « My time is up, the end is now ; my time is up, I'm ready now ». La voix lead de Katy, dominante sur le titre d'ouverture, s'efface quelque peu dès l'arrivée du 1er single Never Come Around, réussite revival 50's aux teintes garage déjà évoqué par Benoît ici. Nous serons maintes fois confrontés, à l'instar de You're going to cry et Left This World aux sujets négatifs de prédilection de La Sera : l'amour, l'absence, la mort qui, traités de manière légère et ponctués par des sketches pop charmants comme Sleeptalking et I promise You (« I won't ever let you go, you'll get sick of me soon...»), évoluent en fil conducteur original. Les arrangements sont d'une délicatesse extrême exemplaire à l'image de Hold. Si les voix sont à l'arrière-plan, elles prennent malgré cela une place primordiale en se frottant les unes aux autres pour tisser une toile d'apparence ingénue qui, encouragée par des arpèges byrdsiens, la rythmique sale et la basse sautillante, perd son caractère inoffensif. Si l'album est aussitôt accessible, il prend une vraie place d'œuvre classique à ranger aux côtés des groupes menés par la douce Amelia Fletcher, le côté dirty Brooklyn en plus. Arrive déjà la géniale guitare grasse de Been here Before, puis de Lift Off, lorsque j'aperçois par la fenêtre un cours de claquettes dont les pas se marient rythmiquement et visuellement à merveille avec les dernières notes et les dernières pensées d'espoir de Katy « I hope we all get saved some day, get saved some day ». Et je me sens presque guéri.

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La Sera - Devils Hearts Grow Gold

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Tracklist

La Sera -La Sera (Hardly Art, 2011)

01 Beating Heart
02 Never Come Around
03 You're Going to Cry
04 Sleeptalking
05 I Promise You
06 Left This World
07 Hold
08 Under The Trees
09 Devils Hearts Grow Gold
10 Dove Into Love
11 Been Here Before
12 Lift Off


▼▲▼ Vagina Vangi - Benighted United EP

coverPas de doutes, les corbacs auront su s’adapter à l’ère digitale avec une aisance déconcertante. Troquant leur éternel spleen baudelairien contre des concassements de voix saturées, le post-gothisme se veut aussi craspec que D.I.Y. L’ère des romantiques laisse place à la rage du bitume, celle où le stupre, la drogue et l’inconscience sont monnaie courante. Ces nouveaux punks des cimetières fascinent et séduisent, réduisant en poussière un héritage bâti d’ossements et construit dans les larmes. Ian Curtis peut enfin reposer en paix, il risque de se passer un bon moment avant que le nom de Joy Division ressorte des tiroirs. Et ma foi, ce n’est pas trop tôt. La presse préfère faire les choux gras de , Zola Jesus, oOoOO et leurs émules, qui auront contribué à inventer la witch house, genre conspué, mais dont tout le monde raffole pourtant. Cherchez l’erreur.

Dans ce cadre d’affolement musical est né une multitude de copycats, dont une simple page ne suffirait pas à résumer la liste. Quelques bons, mais surtout du mauvais, où tout du moins du médiocre. Certains peuvent cependant se vanter d’échapper à la règle. C’est d’ailleurs le cas de ▼▲▼ Vagina Vangi qui ne partait pourtant pas forcement gagnant. En usant la corde des pseudos à symbole et des pochettes patchwork, le jeune Russe derrière l’entité synthé-goth ne donnait pas vraiment dans l’audace et la témérité. Par chance, la musique, elle, ira au-delà des préjugés. Benighted United est un ovni aussi cauchemardesque que carré. Un frisson d’angoisse perpétuel qui saisit l’échine, sans vouloir lâcher son étreinte. Pied-de-nez aux multitudes crews californiens, pour la plupart (mais ce n’est qu’un détail), ▼▲▼Vagina Vangi installe un climat de terreur permanent à travers une techno sombre qui semble jouée au ralenti. Les beats claquent comme des coups de masse tandis que les chants nous entraînent yeux bandés au fond des abysses. Pendant horrorcore d’un genre qui ne respire pas foncièrement la gaieté de vivre, cet EP n’est pas seulement un sound-design pour péloche de série B, mais une véritable usine à sabbath. Un amoncellement de cantates funestes scandées par des psychopompes enragés, qui depuis leur lugubre demeure illustrent notre dernière transe. Benighted United est un objet maléfique duquel on ne s’échappe pas et contre lequel il serait bien difficile de lutter. Un véritable tour de force pour ce Ruskov sans label qui coiffe pourtant au poteau nombre de concurrents.

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Tracklist

▼▲▼ Vagina Vangi – Benighted United (2011)

1. From Darkness
2. Servants of Death
3. To Bleed
4. Christ


V.A. - Clandestine Records on Beko

clandestine-bekoMôme, un singulier vague à l'âme plombait mes dimanches soirs. La trouble appréhension d'un lendemain besogneux, la fuite d'un temps dégagé de toute obligation. Les choses ont bien changé, et pour cause. Depuis son apparition dans le landerneau musical, le label digital Beko (lire) confère une saveur autrement délectable aux effluves noctambules d'une fin de semaine désormais propice à l'exploration. Outre la sortie hebdomadaire de singles, véritable marque de fabrique du net-label brestois défrichant avec un discernement certain le maelström indie contemporain (de l'inaugural Death and Vanilla au dernier en date, Tolouse Low Tracks, en passant par Memoryhouse, Gobble Gobble, ou Millionyoung), d'autres formats commencent à prendre une place non négligeable, entre box (trois volumes), cassette digitale (deux pour juillet et août), LP (Procedure Club, Tan Dollar, Maps and Diagrams et dernièrement l'excellent album des Australiens de Wizard Oz) et compilations/collaborations avec des labels aussi excitants que super-actifs. Ainsi, après Free Loving Anarachist, Amdiscs (lire) et La Station Radar (lire), c'est au tour de Clandestine Records de diffuser son empreinte fantasmagorique dans les limbes digitales de nos nuits dominicales. En rien un hasard si ce label sera très prochainement mis à l'honneur dans nos pages tant la constellation d'artistes qu'il recouvre dimensionne les pâmoisons orgasmiques les plus nébuleuses, des confins d'une witch haus (lire) aussi vénéneuse que plurielle, au détour d'une ghost folk endossée par un King Dude, télescopant intimité et religiosité, jusqu'aux spectres d'une pop lunaire et habitée, qu'elle soit engrenée par la mirifique Ela Orleans (lire) - encore émotionnellement déroutante sur Light At Dawn - ou les véhéments Gray Things et Sealings. Dans la nasse inextinguible de cette méandreuse pharmacopée des sens, on remarquera sans peine le bûcher ardent d'un genre souvent réduit à sa plus simple expression - la prophétie witch/drag/haunted haus de Salem - et qui ici embrasse de mille flammes bien distinctes l'onde frémissante qu'elle s'octroie. Rien ou si peu - l'inquiétude omnisciente, l'angoisse insondable... - ne confond la torpeur d'oFF et Gr†LL Gr†LL, doublement présents ici, à la frénésie oppressante de Mater Suspiria Vision ou Drugs For Drunks, du syrupy hip hop transfiguré de F8stercare et Nattymari au gothisme vespéral, croisant voix féminines et synthétiseurs hypnotiques, de Petra Schelm, Skylines ou Modern Witch. Et ce, sans parler de l'intensité dégagée par GHXST, du calme malsain déployé par Meddicine, I††, Malibu Wands ou Central Asian Nervous Systems... L'armée des ombres manœuvre dans la clandestinité, c'est un fait. Une autre chose de sûre, il se trame quelque chose. Ce bekotage en règle n'en est qu'un prémisse, mais pas n'importe lequel.

Audio / Tracklist

†HE SOUNDTRACK †O ¥R ORGASMIC DEMISE, NO†HING IS †RUE, EVER¥†HING IS PERMI††ED (DOWNLOAD HERE)

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a1. Petra Schelm - Channel The Body
a2. oFF Gr†LL Gr†LL - Cracked Emo
a3. Among The Bones - Tunguska
a4. Gray Things - Fortune Teller
a5. Ela Orleans - Light At Dawn
a6. Skylines - @ Dawn
a7. oFF - Makeupworz
a8. Drugs For Drunks - DZLIGHT
a9. GHXST - IXNYC
a10. Sealings - Two Cups
a11. King Dude - Never Let You Go

b1. Central Asian Nervous Systems - Almost Dead
b2. GuMMy†Be∆R! - False Prophets
b3. Fostercare - Snowdragon
b4. Mater Suspiria Vision - The Trip Garden Of El Diabolo
b5. Gr†LL Gr†LL - Organ Sunday
b6. Meddicine - Some Thing You Knew Before
b7. Modern Witch - Running
b8. I†† - Chambre Ardente Affair†
b9. Party Trash - Alone
b10. Nattymari - K1LL K1LL
b11. Malibu Wands - Sleep With Demons

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Crocodiles Inc.

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En bon fainéant que je suis, le son de la semaine qui suit me permet de traiter deux actualités en une. L'une aura l'avantage d'être lapidaire, la seconde, à l'inverse, le désavantage de l'être tout autant mais méritera que l'on y revienne prochainement lors d'un entretien. En effet, au-delà d'avoir rendu hommage au plus ancien des reptiles aquatiques en lui empruntant son nom, tout distingue les Crocodiles de San Diego, Californie, de ceux de Strasbourg, Alsace. Après avoir été envahi en fin d'année dernière par un élan aveugle d'optimisme envers le premier, le soufflé est aussi vite retombé à l'écoute de ce décevant premier album qu'est  Sleep Forever, titre annonciateur  pour un groupe déjà mort-né. Vous l'aurez compris cette critique aisée et quelque peu acerbe me permet surtout de sauver le second  de la  simple confusion homonymique dans laquelle il est impensable qu'il tombe tant Generalized Suspicion of Experts, sorti chez les esthètes d'Herzfeld, est de loin bien meilleur que celui de, eh ben merde,  je ne me rappelle déjà plus  leur nom...

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FMLY : Interview & Mixtape

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"Telle que je raconte l'histoire, tout à commencé dans une boîte de nuit et tout doit être jugé à l'aune de ce qui est arrivé là et qui s'est déplacé dans une autre boîte - tout comme ce qui est arrivé dans ces boîtes de nuit doit être jugé à l'aune de ce qui, à certains moments, a franchi les portes de la boîte de nuit, a été écrit sur les murs, hurlé, s'est déroulé dans des immeubles et dans des rues qui apparaissaient soudainement sous un jour nouveau. Dans une certaine perspective la ligne est facile à dessiner, une simple ligne - par exemple le graffiti de l'Internationale Lettriste en 1953, "NE TRAVAILLEZ JAMAIS", qui a réapparu comme graffiti en Mai 68 et qui a été réécrit en 1977 pour le Seventeen des Sex Pistols : "We don't work / I just feed / That's all I need". Mais cette connexion - un manifeste d'une ligne de l'I.L., qui fut passé en sous-main par les amis de l'ancien situationniste Cristopher Gray à Malcolm MacLaren, Jamie Reid et Johnny Rotten - est à la fois tradition et arithmétique. Pour trouver son histoire, on a besoin de perturber les continuités d'une tradition, même les discontinuités d'une tradition fumeuse, souterraine, avec une certaine simultanéité." Greil Marcus, Lipstick Traces. Une Histoire secrète du vingtième siècle (p. 228-229).

A mesure que je dépeçais l'entrevue fleuve de Noah, autrement connu sous le nom d'emprunt Philip Seymour Hoffman et son activisme au sein de FMLY, cette connexion entre le situationnisme et le punk faite par Greil Marcus dans son légendaire ouvrage, Lipstick Traces. Une Histoire secrète du vingtième siècle, s'imposait d'elle-même. Peut-être que l'idée sous-tendant FMLY, collectif artistique disposant d'une dizaine d'implantations à travers les États-Unis afin de promouvoir des artistes par le biais de sorties digitales et d'organisation d'évènements, est une prolongation de cette ligne abstraite tracée entre tradition et discontinuités fécondes amorcée par Guy Debord et Johnny Rotten. Émanant certes d'une même source, le refus d'une société capitaliste et mercantile, mais se projetant cette fois en double antithétique, du négativisme du punk à la positivité de croyances en l'homme et à son action. L'histoire, si écrasante soit-elle dans ses perspectives, peut s'avérer volatile dans l'alchimie d'ivresse sans fin. Du Cabaret Voltaire à Zurich au Roxy Club de Londres. De FMLY à AM180, deux initiatives nées de l'organisation de soirées et débouchant toutes deux sur une communauté toujours extensive, baignée d'un activisme aussi bien musical (FMLY Records, Amdiscs - lire) qu'écologique ? C'est peut-être aller un peu loin. Qu'importe. Comme disait Debord, "notre sort sera d'être les premiers à entrer vivants dans la vie nouvelle." S'agissant de leur histoire, certains ont le syndrome de la page blanche. D'autres la griffonnent à l'emporte-pièce et advienne que pourra.

Comme introduction à la galaxie FMLY, rencontre avec celui qui a déjà sillonné l'Europe en juillet dernier (lire), devançant de peu ses compères Truman Peyote et Many Mansions (lire). La mixtape subséquente à cette entrevue peut s'avérer être un autre angle d'attaque au relief escarpé et varié de ce maquis musical, entre artistes du cru et amis de prêt ou de loin, entre indie-pop abrasive (Tan Dollar, Weed Diamond, Craft Spells), noise revêche (Railcars, Cough Cool, Weekends), math-rock (Professor Calculus), hip-hop vicié (Cop Magnet) et expérimentations électroniques (Vacation Dad, Alaskas, Many Mansions, Truman Peyote, Philip Seymour Hoffman).

Entrevue avec Noah Klein

fmly-x-hartzinePeux-tu te présenter en quelques mots ?
Can you introduce yourself in a few words ?

Salut Hartzine, je m'appelle Noah. Je suis un éternel étudiant en environnement, un vagabond et un consommateur avide de musique faite par mes amis et les amis de mes amis. Je fais aussi du son sous le nom de Philip Seymour Hoffman, qui documente mes tendres frustrations et mes souvenirs. Je suis juste un gars qui essaie de vivre sa vie en exacerbant les meilleurs moments possibles de celle-ci.

Hey Hartzine, my name is Noah. I'm eternally a student of the environment, a wanderer, and an avid consumer of music made by my friends and friends of friends. I also record sounds as Philip Seymour Hoffman which document my sweet frustrations and memories. But simply put, I'm just a dude trying to live life with the best parts amplified.

Comment FMLY est née et pourquoi ce nom ? Comment vous êtes-vous connus et quel était le concept à l'origine ?
Tell me how FMLY was born. Who is behind ? Why this name ? How did you meet and what was the original concept ?

FMLY est un conglomérat de relations, de croyances et de principes qui ont été mis en pratique bien avant que nous ayons quoi que ce soit à voir avec. Avec Cameron, mon meilleur ami, nous avons été impliqués depuis tout petits dans l'organisation de communautés, l'activisme politique, ainsi que la musique de différentes manières. FMLY n'est devenue une entité à part entière qu'en 2007. C'est une force à part, et nous sommes fiers d'en être.

En 2007, nous avons réalisé qu'avec toutes ces personnes merveilleuses et toutes ces sonorités fascinantes, il fallait nous efforcer de casser l'esthétique éphémère du live en créant un véritable réseau constitué de gens rencontrés sur la route ou impliqués localement. A ce moment-là, j'avais emménagé à New-York, ce qui rendait difficile le partage de musique avec mes amis ou avec l'étranger. Le site web n'était donc à l'origine qu'un endroit pour poster nos jams sessions dans un cercle restreint. En ce sens, nous ne sommes pas un blog musical, nous sommes une communauté dont l'engagement politique et environnemental, ainsi que l'organisation sociale et communautaire, sont ancrées grâce à nos parents respectifs. Le volontarisme de FMLY est devenu naturel. Dans les années à venir, nous espérons être en position de réaliser de vrais changements à Los Angeles.

Will Wiesenfeld (que tu connais probablement mieux sous le nom de Baths) est responsable de la perte des voyelles de FAMILY à FMLY. Fut un temps, la scène musicale à l'Ouest de Los Angeles était assez petite : il y avait une poignée de groupes issus des écoles publiques comme Venice High, dont Cameron et moi, Hamilton High, où Will, Hank May et Luke de Anamanaguchi ont étudié, et Santa Monica ou des gens comme Koalacaust et Timothy Rabbit des Morning Benders séjournaient. La majorité des groupes locaux venait des écoles privées comme Crossroads et New Roads et étaient des enfants disons... assez privilégiés. Nos amis du groupe Yes Means No ont fait beaucoup de concerts dans des villas et dans des fêtes épiques organisées par des gosses d'écoles privées. J'avais à peine quinze ans, et c'est là que j'ai découvert de nouvelles façons de faire de la musique. C'est assez hilarant quand j'y pense aujourd'hui, mais si je ne m'étais pas retourné la tête à tous ces shows au Maxwell's House, au Zach Shaque ou dans des endroits comme le Kutting Room, FMLY ne porterait certainement pas la même énergie.

FMLY is a set of relationships, beliefs, and principles that have been active long before we had anything to do with it. My best friend Cameron and I have been involved in community organizing, political activism, and music in different variations since we were tots, but it wasn't until 2007 that FMLY came to be this physical entity. It is it's own force, and we're so proud to be involved with such incredible frnds.

In 2007 we realized that with all of these wonderful people and mesmerizing sounds we need to make an effort to break the ephemeral aesthetic of a concert experience and create a thread / network for folks we've met who have been involved locally or on the road traveling. At this point I had moved to New York and it was getting difficult to share sounds with my friends back home or hangin' out at school school abroad. The site was originally just a place for us to post our jams and our friend's sounds to share within our small circle. We are not a music blog, we are a community. Our political and environmental involvement as well as social and community outreach has been something ingrained in our lives since we were kids, thanks to our parents, so with FMLY volunteerism has come natural and in the coming year we hope to be in a position to really begin making noticeable changes in Los Angeles.

Will Wiesenfeld (who you probably know better as Baths) is responsible for the loss of vowels from FAMILY to FMLY. The West Los Angeles music scene was once upon a time quite small: there was a handful of bands from public schools like Venice High (where Cameron and I went), Hamilton High (where Will, Hank May, and Luke of Anamanaguchi went), and Santa Monica (where pals like Koalacaust and Timothy Rabbit of the Morning Benders went). The majority of local bands came from private schools like Crossroads and New Roads and were the children of, well...a lot of privilege. Our friends bands like Yes Means No threw a lot of house shows and played epic parties thrown by these private school kids, and that's where I picked up on a lot of new music when I was 15. As hilarious as it is to think about, if not for those years of having my mind blown and going balls out at shows at Maxwell's house, the Zach Shaque, and spots like the Kutting Room FMLYcertainly wouldn't carry the same energy.

Si tu devais définir FMLY en trois mots, quels seraient-ils ?
If you had to define FMLY in three words, which ones would you choose ?

Amis, dingue, activité.

Friends, insane, activity.

Tu dis : "Nous ne pouvons plus vivre avec la mentalité de la génération "moi" et sommes unis pour notre environnement, art, musique, science et politique. Nous sommes là-dedans tous ensemble." Peux-tu expliquer la rupture de mentalité entre FMLY et la génération "moi" ?
You say : "We can no longer live with the mentality of a 'me' generation and are united for our environment; art, music, science, and politics. we are in this together." Can you explain the FMLY's break with the "me" generation ?

Ce n'est un secret pour personne mais la culture occidentale nourrit le développement de la culture en tenant compte de celui de l'industrie. Ce fétichisme implanté dans les identités est devenu une blague cruelle et homogénise les paysages à l'échelle mondiale. Les petites villes ont été détruites, condamnées à la pauvreté à cause des mesures gouvernementales. Guy Debord disait que "tout ce qui a été directement vécu est devenu une représentation" en parlant de notre éthique post-consumériste à créer l'image d'une société saine plutôt que destructrice...

Pour être plus optimiste, il y a beaucoup de communautés riches physiquement et mentalement qui comprennent que le sort de l'humanité est dans les mains de ses habitants. Si seulement nous faisions juste un effort pour nous éduquer et pour comprendre comment les mass médias affectent nos vies. Un bon livre peut suffire à vous changer la vie, et je dois recommander la lecture de La Société du Spectacle de Guy Debord ou Mythologies de Roland Barthes à tous ceux en qui ces paroles résonnent.

Un slogan important des émeutes de mai 68 à Paris était : "Une société qui abolit toute aventure fait de son abolition la seule aventure possible." C'est là que FMLY entre en scène. Avec FMLY, nous reconquérons et re-territorialisons notre espace urbain, avec Thank You Come Again nous facilitons l'activité des musiciens tout en offrant à l'ensemble de la communauté l'accès aux musiques que ces "privilégiés" possèdent. Par l'intermédiaire de nos espaces Do It Yourself, nous pouvons donner n'importe quel cours et enseigner n'importe quelles valeurs, quand notre site web nous sert à communiquer entre nous. Ensemble nous pouvons être le changement que nous espérons pour le monde. Si nous disons ceci maintenant, alors nous faisons automatiquement partie d'un statut socio-économique nous autorisant à vivre en dehors de nous-mêmes, là ou nous pouvons faire la différence dans notre environnement. Nous ne sommes pas des anarchistes, nous votons et nous payons nos impôts. Mais les enjeux sont élevés pour déterminer la réalité à laquelle nous voulons appartenir.

It's no secret, this Western culture is catered to the development of culture and industry. This fetishism rooted in personal identity has become a cruel joke in how homogeneous and portrait-like it has made cityscapes worldwide and destroyed/employed small towns declared to be povery stricken due to the local issues our governments have imposed. Guy Debord said that "All that was once directly lived has become mere representation," speaking towards our post-consumerist ethics to form the image of a healthy society rather than obliterated life.

But to get optimistic, there are so many rich communities both physical and mental that realize the detriment of humanity is in the hands of its inhabitants if we just make an effort to realize and educate ourselves on how mass media affects our lives [sorry for being so vague and making these broad statements]. A good book is enough to change your life, and I would have to recommend reading Debord's "Society of the Spectacle" and Roland Barthe's "Mythologies" to anyone who resonates with these beliefs.

An important tagline to the Paris riots of May '68 became In A Society That Has Abolished All Adventure, The Only Adventure Left Is To Abolish That Society, and here is where FMLY comes in. With the FMLY ride we reclaim and reterritorialize our urban space, with Thank You Come Again we facilitate the activity of musicking and give rights back to the community to take noise out of the hands of those "privileged" with it, with our DIY spaces we can make any lesson possible and teach a new set of values, with our website we can communicate with one another, and together we can be the change that we wish to see in the world. If we're reading this right now, then we're automatically part of a socio-economic status that allows us to live outside of ourselves where one can try to make a difference in our environment. We're not anarchists, we vote and pay our taxes. But the stakes today are high in determining the reality we want to be a part of.

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FMLY a des correspondants presque partout aux Etats-Unis. Quel est leur rôle ? Y en a-t-il en Europe ?
FMLY has correspondents almost everywhere in the USA. What is their role ? Are there some in Europe ?

La plupart des gens dont on voit les noms sur le menu du site web sont directement engagés dans l'organisation d'une communauté pour le changement social positif. Nos potes comme Truman Peyote, Emily Reo, Railcars, Birthdays, The Spookfish, Vacation Dad (et plus à venir quand le site sera refondu), mais aussi tous les événements prévus, toutes les sorties physiques ou digitales, ou juste le bon coeur et le sincère intérêt de ceux prenant part à tout ce qu'on organise. Cameron et moi avons rencontré tout le monde, mais ils ne se sont pas tous rencontrés entre eux (ce qui est difficile à croire si tu regardes les conversations sur facebook ou par email). Il n'y a pas de hiérarchie et personne n'est au-dessus de personne, vous êtes autant acteurs de FMLY que je le suis, ou Emily ou Sammy. Nous sommes présents les uns pour les autres comme des amis et des enseignants, frères et sœurs. C'est important que ces relations existent, avec autant de villes possibles, de plus en plus, et qu'on continue à apprendre de nos nouveaux amis. Il y a certainement une FMLY en Europe, et j'espère que ce n'est qu'une question de temps pour que l'on s'investisse plus avec Greg (The Voice of Cassandre), Marion (Backyard Vacation), the AM180 Collective (dont Amdiscs est issu) et les autres personnes géniales que j'ai eu la chance de rencontrer en voyageant.

Most of the people whose names you see on the sidebar of the website are affiliated directly with cultural prosumerism or community organizations for positive social change. Our pals like Truman Peyote, Emily Reo, Railcars, Birthdays, the Spookfish, Vacation Dad, [and more to pop up when the website is redesigned] all plan events, release physical and digital music, or just have a good heart and genuine interest in being a part of whatever we're up to. Cameron and I have met everyone, but they have not all met once another [which is really hard to believe once you peek at our facebook conversations or email threads]. There is no hierarchy or person on top, you are just as much of FMLY as I am or Emily is or Sammy. We are here for each other as friends and teachers, brothers and sisters, and it's important that this relationship exists within as many cities as it can so that we can continue to grow and learn from new friends. There is certainly FMLY in Europe, and I hope that it is only a matter of time until we can become more involved with Greg [The Voice of Cassandra Mixtape], Marion [Backyard Vacation], the AM180 Collective, and the rest of the incredible people I was fortunate enough to meet while touring.

Quelle est la ligne directrice de FMLY Records ? Y a-t-il une esthétique, un concept que vous poursuivez à chaque sortie ?
What is the guideline of FMLY Records? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Je n'ai pas encore l'argent pour financer quelque sortie physique que ce soit. FMLY Records commence juste à distribuer digitalement et gratuitement la musique de nos amis. Quelques unes de ces sorties sont exclusives, n'étant pas disponibles par ailleurs en ligne ou en physique. Pour d'autres, c'est juste moi qui attend qu'on ait vendu assez de cassettes pour offrir ces titres en ligne. Dans l'année qui vient, il va y avoir de grandes améliorations s'agissant de cette fonctionnalité du site. En somme, beaucoup plus de musique gratuite, ce qui aurait dû être le cas depuis longtemps. Et ça va aussi passer bientôt par des sorties physiques.

I don't have the money to fund a physical release of any sort yet, so FMLY RCRDS began as just a quick way to digitally distribute our friend's music for free. Some of the releases via that portion of our site are exclusive [meaning that those sounds are not available anywhere else online or physically] and some are just me waiting until enough cassettes sell to give away those tunes online. In the coming year there is going to be a great advance to that section of the site that I'm real stoked on - basically, a lot more free music for everyone that should have happened way sooner. And it's going to get physical as well, but more on that soon.

noah-1PSH est un projet né avant ou pendant FMLY ? Est-ce que c'est PSH qui t'a incité à continuer FMLY Records ?
Was the PSH project born before or during FMLY ? It is PSH which tempted you to continue FMLY's records ?

Jusqu'à récemment, j'ai essayé de garder mon projet Philip Seymour Hoffman et FMLY bien séparés... Mais c'est devenu difficile lorsqu'un ami m'a fait comprendre à quel point mon projet perso était lié aux principes de FMLY. Je tape sur des claviers et des percus depuis que je suis tout petit, et il est inutile de préciser que j'ai été un auditeur attentif tout au long de ma vie. Quand j'étais au collège, puis au lycée, j'ai joué de la batterie dans des groupes et, quand je me sentais aventureux, j'ai enregistré des idées sur des microcassettes. Mais après avoir déménagé à New-York, où j'ai dû abandonner toute pratique musicale régulière, il y eut un grand vide dans ma vie. Je n'ai jamais autant fumé d'herbe qu'à ce moment-là ! Et comme je ne suis pas le sujet de cette interview alors je vais t'éviter les détails chiants de cet épisode... Mais, si tu veux le voir comme ça, PSH est né de FMLY !

FMLY RCRDS a été initié grâce à notre bon pote Caleb et son groupe Professor Calculus. Il avait une collection de jams instrumentaux qu'il voulait sortir, Booty Wrap, dont Cameron et moi sommes tombés amoureux. Cameron et Caleb ont fait des cassettes à la maison une par une et en ont rempli une boîte entière tout en réalisant les pochettes à la main. Ils les ont distribuées gratuitement aux concerts de FMLY. Professor Calculus a été le premier groupe FMLY stable, dévoué à nous aider, à faire ce qu'il y avait à faire et à répandre les infos. Et depuis, j'espère les avoir autant aidés avec PSH. Apres avoir épuisé toutes les cassettes, nous voulions continuer. J'ai alors lancé la page FMLY RCRDS et Professor Calculus en a été la première sortie. Peu de temps après, j'ai réalisé que j'avais fait la même chose avec trois sorties de PSH alors j'en ai posté une... Depuis, tu peux suivre la suite sur la page dédiée (Truman Peyote, Emily Reo, Koalacaust, Alaskas, Spookfish)...

Until recently I tried to keep my Philip Seymour Hoffman project and FMLY as separate as I could...but it became difficult once my friends enlightened me on how rooted these sounds are to the FMLY principles. I've been banging on pianos or drumming on my desk since I was a little kid, and needless to say I've been an appreciator of listening to sounds my whole life. When I was in Middle School and High School I played drums in bands and recorded small ideas at home on my microcassettes when I was feeling adventurous, but after moving to New York where I had to give up any familiar way of making music there was a huge void in my life. I've never smoked so much weed as in my initial year living here! This interview isn't about me, so I'll save you from boring details of how I wound up here. But PSH is born from FMLY if you'd like to look at it like that.

FMLY RCRDS was inspired by our good buddy Caleb and his band Professor Calculus. Caleb had a collection of instrumental jams he wanted to release, Booty Wrap, that Cameron and I fell in love with. Cameron and Caleb dubbed cassettes at home one by one and filled a box with them, made the covers by hand, and gave them out for free at FMLY rides and shows. Prof Calc were definitely the first stable FMLY band committed to helping us get shit done and spread the word, and since then I hope we've helped them as much. After we ran out of cassettes we wanted to keep spreading the love, so I launched the FMLY RCRDS page and Prof Calc was the first release. Soon after, I realized that I had been doing the same thing with three earlier PSH releases so I posted one, Fire Island, and you can peep the rest [Truman Peyote, Emily Reo, Koalacaust, Alaskas, Spookfish, etc] on the page.

Qui choisit les artistes qui travaillent avec toi ? Est-ce que la citation "ceux qui étaient des étranger sont devenus des amis" explique cette attirance mutuelle ?
Who chooses the artists you work with ? Can the slogan "those who were strangers had turned into friends" explain this mutual attraction ?

Cette citation est en fait tirée d'une chanson de Muscles, Lauren From Glebe. Cameron et moi avons toujours été obsédés par ce type et pour l'un des premiers concerts officiels de FMLY, je l'avais mis comme accroche sur le flyer. Après le show, j'étais complètement retourné par ce qui venait de se passer et par les gens que je venais de rencontrer. Cette citation est devenue une vérité... Il n'y a même pas besoin d'aller voir un show pour le comprendre.

Les rencontres avec les artistes se font de manière organique. En tout cas, j'aime le penser. On a un minimum de connaissance de ce que la personne a réalisé avant et peut-être aussi que nous avons fait quelque chose ensemble... Mais les meilleurs contacts sont ceux où nous avons été là les uns pour les autres. Il y a tellement de gens pour lesquels j'ai du respect et de l'amitié... S'ils veulent faire quelque chose avec nous, c'est une superbe expérience que nous pouvons partager.

"Those who were strangers had turned into friends" is actually a lyric from a Muscles song, "Lauren From Glebe". Cameron and I have always been obsessed with the dude and for one of the first official FMLY shows I put that as the tag on the flyer. After the show my mind was blown by what had just happened, the folks we had met, and again, what had just happened. The slogan stuck as a truth and it doesn't even take traveling to a show to see that.

Our relationships with artists of all types happens organically, I would like to think. There's usually a previous knowledge of what this person has been up to, and maybe we have done something together in the past, but our best relationships have happened by just being there for one another. There are so many folks who I have a great appreciation and respect for, and if they'd like to do something together then it's an incredible experience that we can share.

Tu as récemment voyagé en Europe avec Emily Reo, comment c'était ? Donne-nous ton regard sur l'Europe et la musique qui y est produite.
You recently travelled with Emily Reo in Europe. How was it ? Can you tell us about your vision of Europe and the music which is made there ?

Mes deux premiers mois en Europe étaient prévus tout seul, juste pour rencontrer de nouveaux amis et en croiser des déjà connus comme Dan de The Spookfish. Les premières semaines, je les ai passées avec Emily Reo. Mon voyage m'a mené de Berlin à Amsterdam, en passant par Kutna Hora (en Tchéquie),  Paris, Rennes, Saint-Aubin, Madrid et finalement Londres. Six pays en trois mois, pas de téléphone, ni d'ordinateur, en passant la majorité du temps à Berlin dans un appartement sous-loué à Kreuzberg. C'était l'aventure la plus fantastique de ma vie.

Mon séjour en Europe a été entièrement "supporté" par des gens qui ne me connaissaient que depuis quelques jours, voire quelques heures. Les gens du collectif AM180 en Tchéquie sont certainement les gens les plus géniaux, humbles et inspirants que j'aie jamais rencontrés. Marion Seury et ses amis à Paris (surtout ceux du Motel), Greg (Voice of Cassandra) et son adorable femme à Saint-Aubin-du-Cormier nous ont accueillis avec Emily comme de la famille. Les autres, rencontrés sur la route comme Sam à Londres, Kyra à Berlin, Roisin, Missy, Francesca, et je peux continuer... Je les considère tous comme intégrant FMLY... J'habite à New-York et même si j'adore ça, cela ne me suffit pas pour être en contact avec le monde. Tourner en Floride, rencontrer une fille qui peut changer ma vie comme Emily et voyager en Europe en rencontrant des artistes géniaux, voilà ce qui est revigorant.

My first two months in Europe were initially on my own, only to be surprised by making amazing new friends and running into familiar ones like Dan the Spookfish. The last three weeks were with Emily who put Europe into a whole new experience for me. My journey led me from Berlin to Amsterdam to Kutna Hora [in the Czech Republic] to Paris to Rennes to St Aubin to Madrid and finally to London. Six countries in three months, no phone or computer, with most of the time spent in Berlin subletting a room in an apartment in Kreuzberg. It was the most fantastic adventure of my life.

My time in Europe was spent in the embrace of support from people who had only known me for a matter of days and sometimes hours. The AM180 collective in Czech Republic are some of the most awesome, humble, and inspirational people I've ever met. Marion Seury and her friends in Paris [especially at le Motel] and Greg [Voice of Cassandra] and his lovely wife in St Aubin du Cormier treated Emily and I with the hospitality of a parent, and others we met along the way like Sam in London, Kyra in Berlin, Roisin, Missy, Francesca, and I can keep goin' on and on [they are FMLY]... Living in New York, as much as I love it, can get me really down about the world. But touring to Florida and meeting a girl who can change my life like Emily and then traveling to Europe and meeting amazing artists and the sweetest beings in every city I visited is invigorating. This world is fucking amazing, life is fucking amazing, people are fucking amazing, and if FMLY can show others what I saw firsthand then we're gonna do it.

fmlyHartzine aime Ghost Animal, Jeans Wilder, etc. Beaucoup d'artistes en contact avec FMLY. Quelles sont les relations de FMLY avec eux ? Juste de l'amitié ?
Hartzine loves Ghost Animal, Jeans Wilder etc... many artists in contact with FMLY. What are the relations between FMLY and them? Just friendship ?

De l'amitié, le partage d'intérêts communs... Je n'ai pas encore rencontré Andy ou Michael, mais Cameron si. Si un groupe est associé d'assez près avec FMLY pour avoir une relation dans la durée, c'est complètement naturel. Ce n'est pas comme si nous étions des cartes Pokémon, et FMLY se rapproche de Truman Peyote ou de n'importe quel son tordu de ce genre. C'est juste que ces gens sont nos amis, et quand tu traînes ensemble avec les mêmes croyances, tu finis par te rencontrer. Il est important de dire que FMLY n'est pas un site web mais l'identification visible d'un groupe de gens. C'est la croyance partagée que l'on peut changer les choses nous-mêmes. C'est de l'amour pour les gens qui nous entourent. Nous nous aimons les uns les autres.

Friendship, sharing general interests, etc. I still haven't met Andy or Michael, but Cameron has. If a band is associated with FMLY closely enough to notice a relationship, it's totally natural. It's not like we're Pokemon cards and that FMLY is getting closer with Truman Peyote or anything weird and fucked up like that. It's just that these folks are our friends, and when you're hangin' with the same general beliefs you're going to meet eventually. It's important to stress that FMLY is not a website, but a visible identification of an extension present in a group of people. It's the shared belief that we can make change happen on our own. It's a love for the people that surround us. We will love each other.

Quel est ton sentiment sur l'industrie de la musique et internet ? Les choses ont elles changées ? La musique a-t-elle un prix ? Quel est ta conception de l'objet "disque" et du téléchargement ?
How do you feel about the music industry and the internet ? Are things different ? Hasn't the music more price ? What is your vision of the object "record" and "download" ?

Pour moi il y a une tension entre l'externalisation du son, la musique comme industrie et comme produit du net, particulièrement concernant les blogs musicaux. Je n'apprécie pas vraiment quand un morceau, quelque chose de si personnel, peut se transformer en un objet de critique par quelqu'un qui n'a peut-être pas l'expérience, qui n'a jamais enregistré ou même écrit de la musique. L'identité de quelqu'un est masquée par le goût subjectif de quelqu'un d'autre... Personne n'a le droit de faire ça. C'est pour ça que j'apprécie les gens d'Hartzine, Jheri (Get Off The Coast), Ian (Friendship Bracelet), Henning (No Fear of Pop), et Impose (même si c'est plus une figure de l'underground culturel pour moi). Ce que j'aime voir émerger sur le net, c'est les artistes prenant directement les choses en main. Je pense à Bradford Cox, Grizzly Bear, Hear Hums, Weed Diamond, Tan Dollar, Ryan Hemsworth, Brian Miller, qui continuent d'avoir des blogs actifs, tout comme des disques et des productions de jams mortels.

Things are tense with me and the externalization of sound. Music as an industry and as a web product, especially when getting to the music blog. I don't appreciate that something so personal, a piece of someone, can for no reason transform into an object to be critiqued and mauled by another who may have no experience recording sounds or even writing. It's turning a subjective "taste" upon someone else's identity...and no one has the right to do that. That's why I appreciate folks like Hartzine, Jheri [Get Off The Coast], Ian [Friendship Bracelet], Henning [No Fear of Pop], and Impose [however, Impose is more of an underground cultural icon to me]. What I'd like to see happening more with music on the internet is musicians taking things into their own hands like Bradford Cox, Grizzly Bear, Hear Hums, Weed Diamond, Tan Dollar, Ryan Hemsworth, Brian Miller [of course], and so on who keep an active music blog as well as record and produce consistently amazing jams.

Quels sont les projets sur le feu pour FMLY ? La même chose en mieux ?
What's the near future of FMLY? The same in better ?

Nous avons travaillé sur la refonte du site, Chad d'Emperor X est en train de le construire. Ça va être beau et bien plus efficace pour que les différents éléments communiquent : on tente de faire un grand forum ouvert. Nous prévoyons de sortir de la musique plus activement, et on espère que FMLY Rides va bouger sur encore plus de villes quand il fera un peu plus chaud. Je ne veux pas voir trop grand, mais 2011 va être une renaissance.

We've been working on redesigning the site, Chad of Emperor X is building it as I type. It's going to look good, feel good, and be much more effective and getting things communicated and becoming more of an open forum. We have plans of releasing music much more actively, and FMLY Rides will hopefully be going down in a few more cities when it gets warm again. I don't want to get over-excited, but 2011 will see a re-birth.

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?
Can you introduce your mixtape ?

Cette mixtape ne couvre pas tout ce que j'aimerais, mais c'est certainement une bonne introduction à nos amis et à ce j'écoute le plus tous les jours. J'adorerais que vous la chargiez dans l'ordre que j'ai écrit si ça ne se fait pas automatiquement. J'espère surtout que vous allez l'aimez.

This mixtape doesn't cover everything I'd love it to, but it is certainly a great introduction to our friends and what I mostly listen to everyday. I'd love it if you could drag it into its own playlist and arrange it in the tracklist order I wrote out if that doesn't happen automatically, but at the very least I just hope you enjoy it.

Mixtape

coverFMLY on HARTZINE (download)

01. Vacation Dad - This Isn't Fun Anymore
02. Stay Cool Forever - Mia (live)
03. Craft Spells - Love Well Spent (w. Emily Reo)
04. Railcars - Bohemia is Without a Sea
05. Professor Calculus - Song 2
06. Cough Cool - T.Lizzy
07. Weed Diamond - Let's Burn One Down
08. Tan Dollar - Epic Mana
09. Kevin Costner Saves the World - Waterfalls
10. Alaskas - I Love Life
11. Birthdays - Part That Grows
12. Many Mansions - Spirit Song 3
13. Dark Sea of Awareness - Mountain Grime
14. The Spookfish - Strawberry Feelings
15. Truman Peyote - Magentadoor II
16. Cop Magnet - Thinking Highly of You
17. Philip Seymour Hoffman - Everything In My Cupboards Is Moldy (Friendship Remix)
18. Weekends - Psychedelic Mice (live)


Jim Yamouridis - Into the Day

jimyamouridis_coverintothedayMotus. Certains noms seront bannis de la présente humble chronique. Et je vous promets de me tenir à cette discipline quelque peu déstabilisante, non pas par superstition à l'image du célèbre « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom », ni à cause d'une éventuelle censure imposée par mon maître bisontin, mais tout simplement parce qu'à mon sens, pour considérer ce magnifique album avec respect, il est essentiel de ne pas l'envisager comme une pâle copie des œuvres des monstres rock auxquels, je vous le concède, vous penserez à la première écoute d'Into the Day. Car si Jim Yamouridis, le père de Suzanne et le leader des Mauvaises Graines appartiennent tous les trois à la famille des conteurs à la voix de basse, l'Australo‑Gréco-Français ténébreux possède une réelle personnalité et nous séduit au fil des écoutes des 11 morceaux qui composent son nouvel opus.

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Jim Yamouridis et ses 5 complices, dont le multi-instrumentiste, co-arrangeur et producteur Seb Martel, font la part belle aux lignes de guitares, contrebasses, clarinettes, violons, pour accoucher du conte passionnant, subtil et intelligent Into the Day. Les compositions du dandy obscur prennent parfois la forme d'admirables ballades douces et apaisantes (Blood on My Hands, Into the Day, In the Winter) puis s'habillent d'un manteau de folk imparable (Where I'll Be, Pretty Soon) ou se parent d'authentiques perles inclassables profondes et/ou torturées dont la beauté vertigineuse donne la chair de poule (The Cross, Ragged or Whole, Say Goodbye, In the Veil the Dirge). Et, comme on dit ailleurs, il y a la cerise sur le sundae, The Fountain... un des plus beaux titres intimistes de ces dernières années.

Plus qu'une friandise hivernale éphémère, Into the Day (sorti depuis le 31 janvier sur le label Starlight Walker) est une œuvre pérenne qui fait mouche à tous égards. Jim Yamouridis démontre ici qu'il n'a non seulement pas à rougir des comparaisons faciles susmentionnées mais qu'il mérite définitivement sa place aux côtés des grands conteurs contemporains, tous styles confondus.

Audio

Jim Yamouridis - Ragged Or Whole

Tracklist

Jim Yamouridis - Into the Day (Starlight Walker, 2011)

1. Ragged or Whole
2. Where I’ll Be
3. The Cross
4. The Dirge
5. Blood on My Hands
6. Pretty Soon
7. Say Goodbye
8. Into the Day
9. In the Winter
10. In the Veil
11. The Fountain


FMLY mixtape

cover

"Cette mixtape - écoutable et téléchargeable ci-dessous - ne couvre pas tout ce que j'aimerais, mais c'est certainement une bonne introduction à nos amis et à ce j'écoute le plus tous les jours. J'adorerais que vous la chargiez dans l'ordre que j'ai écrit si ça ne se fait pas automatiquement. J'espère surtout que vous allez l'aimez." Noah Klein (dont vous pouvez retrouver l'interview en intégralité par ici).

"This mixtape doesn't cover everything I'd love it to, but it is certainly a great introduction to our friends and what I mostly listen to everyday. I'd love it if you could drag it into its own playlist and arrange it in the tracklist order I wrote out if that doesn't happen automatically, but at the very least I just hope you enjoy it" Noah Klein (interview HERE).

Mixtape

coverFMLY on HARTZINE (download)

01. Vacation Dad - This Isn't Fun Anymore
02. Stay Cool Forever - Mia (live)
03. Craft Spells - Love Well Spent (w. Emily Reo)
04. Railcars - Bohemia is Without a Sea
05. Professor Calculus - Song 2
06. Cough Cool - T.Lizzy
07. Weed Diamond - Let's Burn One Down
08. Tan Dollar - Epic Mana
09. Kevin Costner Saves the World - Waterfalls
10. Alaskas - I Love Life
11. Birthdays - Part That Grows
12. Many Mansions - Spirit Song 3
13. Dark Sea of Awareness - Mountain Grime
14. The Spookfish - Strawberry Feelings
15. Truman Peyote - Magentadoor II
16. Cop Magnet - Thinking Highly of You
17. Philip Seymour Hoffman - Everything In My Cupboards Is Moldy (Friendship Remix)
18. Weekends - Psychedelic Mice (live)


FMLY l'interview

fmly-x-hartzinePeux-tu te présenter en quelques mots ?
Can you introduce yourself in a few words ?

Salut Hartzine, je m'appelle Noah. Je suis un éternel étudiant en environnement, un vagabond et un consommateur avide de musique faite par mes amis et les amis de mes amis. Je fais aussi du son sous le nom de Philip Seymour Hoffman, qui documente mes tendres frustrations et mes souvenirs. Je suis juste un gars qui essaie de vivre sa vie en exacerbant les meilleurs moments possibles de celle-ci.

Hey Hartzine, my name is Noah. I'm eternally a student of the environment, a wanderer, and an avid consumer of music made by my friends and friends of friends. I also record sounds as Philip Seymour Hoffman which document my sweet frustrations and memories. But simply put, I'm just a dude trying to live life with the best parts amplified.

Raconte-moi comment FMLY est née. Pourquoi ce nom ? Comment vous êtes-vous connus et quel était le concept à l'origine ?
Tell me how FMLY was born. Who is behind ? Why this name ? How did you meet and what was the original concept ?

FMLY est un conglomérat de relations, de croyances et de principes qui ont été mis en pratique bien avant que nous ayons quoi que ce soit à voir avec. Avec Cameron, mon meilleur ami, nous avons été impliqués depuis tout petits dans l'organisation de communautés, l'activisme politique, ainsi que la musique de différentes manières. FMLY n'est devenue une entité à part entière qu'en 2007. C'est une force à part, et nous sommes fiers d'en être.

En 2007, nous avons réalisé qu'avec toutes ces personnes merveilleuses et toutes ces sonorités fascinantes, il fallait nous efforcer de casser l'esthétique éphémère du live en créant un véritable réseau constitué de gens rencontrés sur la route ou impliqués localement. A ce moment-là, j'avais emménagé à New-York, ce qui rendait difficile le partage de musique avec mes amis ou avec l'étranger. Le site web n'était donc à l'origine qu'un endroit pour poster nos jams sessions dans un cercle restreint. En ce sens, nous ne sommes pas un blog musical, nous sommes une communauté dont l'engagement politique et environnemental, ainsi que l'organisation sociale et communautaire, sont ancrées grâce à nos parents respectifs. Le volontarisme de FMLY est devenu naturel. Dans les années à venir, nous espérons être en position de réaliser de vrais changements à Los Angeles.

Will Wiesenfeld (que tu connais probablement mieux sous le nom de Baths) est responsable de la perte des voyelles de FAMILY à FMLY. Fut un temps, la scène musicale à l'Ouest de Los Angeles était assez petite : il y avait une poignée de groupes issus des écoles publiques comme Venice High, dont Cameron et moi, Hamilton High, où Will, Hank May et Luke de Anamanaguchi ont étudié, et Santa Monica ou des gens comme Koalacaust et Timothy Rabbit des Morning Benders séjournaient. La majorité des groupes locaux venait des écoles privées comme Crossroads et New Roads et étaient des enfants disons... assez privilégiés. Nos amis du groupe Yes Means No ont fait beaucoup de concerts dans des villas et dans des fêtes épiques organisées par des gosses d'écoles privées. J'avais à peine quinze ans, et c'est là que j'ai découvert de nouvelles façons de faire de la musique. C'est assez hilarant quand j'y pense aujourd'hui, mais si je ne m'étais pas retourné la tête à tous ces shows au Maxwell's House, au Zach Shaque ou dans des endroits comme le Kutting Room, FMLY ne porterait certainement pas la même énergie.

FMLY is a set of relationships, beliefs, and principles that have been active long before we had anything to do with it. My best friend Cameron and I have been involved in community organizing, political activism, and music in different variations since we were tots, but it wasn't until 2007 that FMLY came to be this physical entity. It is it's own force, and we're so proud to be involved with such incredible frnds.
In 2007 we realized that with all of these wonderful people and mesmerizing sounds we need to make an effort to break the ephemeral aesthetic of a concert experience and create a thread / network for folks we've met who have been involved locally or on the road traveling. At this point I had moved to New York and it was getting difficult to share sounds with my friends back home or hangin' out at school school abroad. The site was originally just a place for us to post our jams and our friend's sounds to share within our small circle. We are not a music blog, we are a community. Our political and environmental involvement as well as social and community outreach has been something ingrained in our lives since we were kids, thanks to our parents, so with FMLY volunteerism has come natural and in the coming year we hope to be in a position to really begin making noticeable changes in Los Angeles.

Will Wiesenfeld (who you probably know better as Baths) is responsible for the loss of vowels from FAMILY to FMLY. The West Los Angeles music scene was once upon a time quite small: there was a handful of bands from public schools like Venice High (where Cameron and I went), Hamilton High (where Will, Hank May, and Luke of Anamanaguchi went), and Santa Monica (where pals like Koalacaust and Timothy Rabbit of the Morning Benders went). The majority of local bands came from private schools like Crossroads and New Roads and were the children of, well...a lot of privilege. Our friends bands like Yes Means No threw a lot of house shows and played epic parties thrown by these private school kids, and that's where I picked up on a lot of new music when I was 15. As hilarious as it is to think about, if not for those years of having my mind blown and going balls out at shows at Maxwell's house, the Zach Shaque, and spots like the Kutting Room FMLYcertainly wouldn't carry the same energy.

Si tu devais définir FMLY en trois mots, quels seraient-ils ?
If you had to define FMLY in three words, which ones would you choose ?

Amis, dingue, activité.

Friends, insane, activity.

Tu dis : "Nous ne pouvons plus vivre avec la mentalité de la génération "moi" et sommes unis pour notre environnement, art, musique, science et politique. Nous sommes là-dedans tous ensemble." Peux-tu expliquer la rupture de mentalité entre FMLY et la génération "moi" ?
You say : "We can no longer live with the mentality of a 'me' generation and are united for our environment; art, music, science, and politics. we are in this together." Can you explain the FMLY's break with the "me" generation?

Ce n'est un secret pour personne mais la culture occidentale nourrit le développement de la culture en tenant compte de celui de l'industrie. Ce fétichisme implanté dans les identités est devenu une blague cruelle et homogénise les paysages à l'échelle mondiale. Les petites villes ont été détruites, condamnées à la pauvreté à cause des mesures gouvernementales. Guy Debord disait que "tout ce qui a été directement vécu est devenu une représentation" en parlant de notre éthique post-consumériste à créer l'image d'une société saine plutôt que destructrice...

Pour être plus optimiste, il y a beaucoup de communautés riches physiquement et mentalement qui comprennent que le sort de l'humanité est dans les mains de ses habitants. Si seulement nous faisions juste un effort pour nous éduquer et pour comprendre comment les mass médias affectent nos vies. Un bon livre peut suffire à vous changer la vie, et je dois recommander la lecture de La Société du Spectacle de Guy Debord ou Mythologies de Roland Barthes à tous ceux en qui ces paroles résonnent.

Un slogan important des émeutes de mai 68 à Paris était : "Une société qui abolit toute aventure fait de son abolition la seule aventure possible." C'est là que FMLY entre en scène. Avec FMLY, nous reconquérons et re-territorialisons notre espace urbain, avec Thank You Come Again nous facilitons l'activité des musiciens tout en offrant à l'ensemble de la communauté l'accès aux musiques que ces "privilégiés" possèdent. Par l'intermédiaire de nos espaces Do It Yourself, nous pouvons donner n'importe quel cours et enseigner n'importe quelles valeurs, quand notre site web nous sert à communiquer entre nous. Ensemble nous pouvons être le changement que nous espérons pour le monde. Si nous disons ceci maintenant, alors nous faisons automatiquement partie d'un statut socio-économique nous autorisant à vivre en dehors de nous-mêmes, là ou nous pouvons faire la différence dans notre environnement. Nous ne sommes pas des anarchistes, nous votons et nous payons nos impôts. Mais les enjeux sont élevés pour déterminer la réalité à laquelle nous voulons appartenir.
It's no secret, this Western culture is catered to the development of culture and industry. This fetishism rooted in personal identity has become a cruel joke in how homogeneous and portrait-like it has made cityscapes worldwide and destroyed/employed small towns declared to be povery stricken due to the local issues our governments have imposed. Guy Debord said that "All that was once directly lived has become mere representation," speaking towards our post-consumerist ethics to form the image of a healthy society rather than obliterated life.

But to get optimistic, there are so many rich communities both physical and mental that realize the detriment of humanity is in the hands of its inhabitants if we just make an effort to realize and educate ourselves on how mass media affects our lives [sorry for being so vague and making these broad statements]. A good book is enough to change your life, and I would have to recommend reading Debord's "Society of the Spectacle" and Roland Barthe's "Mythologies" to anyone who resonates with these beliefs.

An important tagline to the Paris riots of May '68 became In A Society That Has Abolished All Adventure, The Only Adventure Left Is To Abolish That Society, and here is where FMLY comes in. With the FMLY ride we reclaim and reterritorialize our urban space, with Thank You Come Again we facilitate the activity of musicking and give rights back to the community to take noise out of the hands of those "privileged" with it, with our DIY spaces we can make any lesson possible and teach a new set of values, with our website we can communicate with one another, and together we can be the change that we wish to see in the world. If we're reading this right now, then we're automatically part of a socio-economic status that allows us to live outside of ourselves where one can try to make a difference in our environment. We're not anarchists, we vote and pay our taxes. But the stakes today are high in determining the reality we want to be a part of.

noah-2

FMLY a des correspondants presque partout aux Etats-Unis. Quel est leur rôle ? Y en a-t-il en Europe ?
FMLY has correspondents almost everywhere in the USA. What is their role ? Are there some in Europe ?

La plupart des gens dont on voit les noms sur le menu du site web sont directement engagés dans l'organisation d'une communauté pour le changement social positif. Nos potes comme Truman Peyote, Emily Reo, Railcars, Birthdays, The Spookfish, Vacation Dad (et plus à venir quand le site sera refondu), mais aussi tous les événements prévus, toutes les sorties physiques ou digitales, ou juste le bon coeur et le sincère intérêt de ceux prenant part à tout ce qu'on organise. Cameron et moi avons rencontré tout le monde, mais ils ne se sont pas tous rencontrés entre eux (ce qui est difficile à croire si tu regardes les conversations sur facebook ou par email). Il n'y a pas de hiérarchie et personne n'est au-dessus de personne, vous êtes autant acteurs de FMLY que je le suis, ou Emily ou Sammy. Nous sommes présents les uns pour les autres comme des amis et des enseignants, frères et sœurs. C'est important que ces relations existent, avec autant de villes possibles, de plus en plus, et qu'on continue à apprendre de nos nouveaux amis. Il y a certainement une FMLY en Europe, et j'espère que ce n'est qu'une question de temps pour que l'on s'investisse plus avec Greg (The Voice of Cassandre), Marion (Backyard Vacation), the AM180 Collective (dont Amdiscs est issu) et les autres personnes géniales que j'ai eu la chance de rencontrer en voyageant.

Most of the people whose names you see on the sidebar of the website are affiliated directly with cultural prosumerism or community organizations for positive social change. Our pals like Truman Peyote, Emily Reo, Railcars, Birthdays, the Spookfish, Vacation Dad, [and more to pop up when the website is redesigned] all plan events, release physical and digital music, or just have a good heart and genuine interest in being a part of whatever we're up to. Cameron and I have met everyone, but they have not all met once another [which is really hard to believe once you peek at our facebook conversations or email threads]. There is no hierarchy or person on top, you are just as much of FMLY as I am or Emily is or Sammy. We are here for each other as friends and teachers, brothers and sisters, and it's important that this relationship exists within as many cities as it can so that we can continue to grow and learn from new friends. There is certainly FMLY in Europe, and I hope that it is only a matter of time until we can become more involved with Greg [The Voice of Cassandra Mixtape], Marion [Backyard Vacation], the AM180 Collective, and the rest of the incredible people I was fortunate enough to meet while touring.

Quelle est la ligne directrice de FMLY Records ? Y a-t-il une esthétique, un concept que vous poursuivez à chaque sortie ?
What is the guideline of FMLY Records? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Je n'ai pas encore l'argent pour financer quelque sortie physique que ce soit. FMLY Records commence juste à distribuer digitalement et gratuitement la musique de nos amis. Quelques unes de ces sorties sont exclusives, n'étant pas disponibles par ailleurs en ligne ou en physique. Pour d'autres, c'est juste moi qui attend qu'on ait vendu assez de cassettes pour offrir ces titres en ligne. Dans l'année qui vient, il va y avoir de grandes améliorations s'agissant de cette fonctionnalité du site. En somme, beaucoup plus de musique gratuite, ce qui aurait dû être le cas depuis longtemps. Et ça va aussi passer bientôt par des sorties physiques.

I don't have the money to fund a physical release of any sort yet, so FMLY RCRDS began as just a quick way to digitally distribute our friend's music for free. Some of the releases via that portion of our site are exclusive [meaning that those sounds are not available anywhere else online or physically] and some are just me waiting until enough cassettes sell to give away those tunes online. In the coming year there is going to be a great advance to that section of the site that I'm real stoked on - basically, a lot more free music for everyone that should have happened way sooner. And it's going to get physical as well, but more on that soon.

noah-1PSH est un projet né avant ou pendant FMLY ? Est-ce que c'est PSH qui t'a incité à continuer FMLY Records ?
Was the PSH project born before or during FMLY ? It is PSH which tempted you to continue FMLY's records ?

Jusqu'à récemment, j'ai essayé de garder mon projet Philip Seymour Hoffman et FMLY bien séparés... Mais c'est devenu difficile lorsqu'un ami m'a fait comprendre à quel point mon projet perso était lié aux principes de FMLY. Je tape sur des claviers et des percus depuis que je suis tout petit, et il est inutile de préciser que j'ai été un auditeur attentif tout au long de ma vie. Quand j'étais au collège, puis au lycée, j'ai joué de la batterie dans des groupes et, quand je me sentais aventureux, j'ai enregistré des idées sur des microcassettes. Mais après avoir déménagé à New-York, où j'ai dû abandonner toute pratique musicale régulière, il y eut un grand vide dans ma vie. Je n'ai jamais autant fumé d'herbe qu'à ce moment-là ! Et comme je ne suis pas le sujet de cette interview alors je vais t'éviter les détails chiants de cet épisode... Mais, si tu veux le voir comme ça, PSH est né de FMLY !

FMLY RCRDS a été initié grâce à notre bon pote Caleb et son groupe Professor Calculus. Il avait une collection de jams instrumentaux qu'il voulait sortir, Booty Wrap, dont Cameron et moi sommes tombés amoureux. Cameron et Caleb ont fait des cassettes à la maison une par une et en ont rempli une boîte entière tout en réalisant les pochettes à la main. Ils les ont distribuées gratuitement aux concerts de FMLY. Professor Calculus a été le premier groupe FMLY stable, dévoué à nous aider, à faire ce qu'il y avait à faire et à répandre les infos. Et depuis, j'espère les avoir autant aidés avec PSH. Apres avoir épuisé toutes les cassettes, nous voulions continuer. J'ai alors lancé la page FMLY RCRDS et Professor Calculus en a été la première sortie. Peu de temps après, j'ai réalisé que j'avais fait la même chose avec trois sorties de PSH alors j'en ai posté une... Depuis, tu peux suivre la suite sur la page dédiée (Truman Peyote, Emily Reo, Koalacaust, Alaskas, Spookfish)...

Until recently I tried to keep my Philip Seymour Hoffman project and FMLY as separate as I could...but it became difficult once my friends enlightened me on how rooted these sounds are to the FMLY principles. I've been banging on pianos or drumming on my desk since I was a little kid, and needless to say I've been an appreciator of listening to sounds my whole life. When I was in Middle School and High School I played drums in bands and recorded small ideas at home on my microcassettes when I was feeling adventurous, but after moving to New York where I had to give up any familiar way of making music there was a huge void in my life. I've never smoked so much weed as in my initial year living here! This interview isn't about me, so I'll save you from boring details of how I wound up here. But PSH is born from FMLY if you'd like to look at it like that :)

FMLY RCRDS was inspired by our good buddy Caleb and his band Professor Calculus. Caleb had a collection of instrumental jams he wanted to release, Booty Wrap, that Cameron and I fell in love with. Cameron and Caleb dubbed cassettes at home one by one and filled a box with them, made the covers by hand, and gave them out for free at FMLY rides and shows. Prof Calc were definitely the first stable FMLY band committed to helping us get shit done and spread the word, and since then I hope we've helped them as much. After we ran out of cassettes we wanted to keep spreading the love, so I launched the FMLY RCRDS page and Prof Calc was the first release. Soon after, I realized that I had been doing the same thing with three earlier PSH releases so I posted one, Fire Island, and you can peep the rest [Truman Peyote, Emily Reo, Koalacaust, Alaskas, Spookfish, etc] on the page.

Qui choisit les artistes qui travaillent avec toi ? Est-ce que la citation "ceux qui étaient des étranger sont devenus des amis" explique cette attirance mutuelle ?
Who chooses the artists you work with ? Can the slogan "those who were strangers had turned into friends" explain this mutual attraction ?

Cette citation est en fait tirée d'une chanson de Muscles, Lauren From Glebe. Cameron et moi avons toujours été obsédés par ce type et pour l'un des premiers concerts officiels de FMLY, je l'avais mis comme accroche sur le flyer. Après le show, j'étais complètement retourné par ce qui venait de se passer et par les gens que je venais de rencontrer. Cette citation est devenue une vérité... Il n'y a même pas besoin d'aller voir un show pour le comprendre.

Les rencontres avec les artistes se font de manière organique. En tout cas, j'aime le penser. On a un minimum de connaissance de ce que la personne a réalisé avant et peut-être aussi que nous avons fait quelque chose ensemble... Mais les meilleurs contacts sont ceux où nous avons été là les uns pour les autres. Il y a tellement de gens pour lesquels j'ai du respect et de l'amitié... S'ils veulent faire quelque chose avec nous, c'est une superbe expérience que nous pouvons partager.
"Those who were strangers had turned into friends" is actually a lyric from a Muscles song, "Lauren From Glebe". Cameron and I have always been obsessed with the dude and for one of the first official FMLY shows I put that as the tag on the flyer. After the show my mind was blown by what had just happened, the folks we had met, and again, what had just happened. The slogan stuck as a truth and it doesn't even take traveling to a show to see that.

Our relationships with artists of all types happens organically, I would like to think. There's usually a previous knowledge of what this person has been up to, and maybe we have done something together in the past, but our best relationships have happened by just being there for one another. There are so many folks who I have a great appreciation and respect for, and if they'd like to do something together then it's an incredible experience that we can share.

Tu as récemment voyagé en Europe avec Emily Reo, comment c'était ? Donne-nous ton regard sur l'Europe et la musique qui y est produite.
You recently travelled with Emily Reo in Europe. How was it ? Can you tell us about your vision of Europe and the music which is made there ?

Mes deux premiers mois en Europe étaient prévus tout seul, juste pour rencontrer de nouveaux amis et en croiser des déjà connus comme Dan de The Spookfish. Les premières semaines, je les ai passées avec Emily Reo. Mon voyage m'a mené de Berlin à Amsterdam, en passant par Kutna Hora (en Tchéquie), Paris, Rennes, Saint-Aubin, Madrid et finalement Londres. Six pays en trois mois, pas de téléphone, ni d'ordinateur, en passant la majorité du temps à Berlin dans un appartement sous-loué à Kreuzberg. C'était l'aventure la plus fantastique de ma vie.

Mon séjour en Europe a été entièrement "supporté" par des gens qui ne me connaissaient que depuis quelques jours, voire quelques heures. Les gens du collectif AM180 en Tchéquie sont certainement les gens les plus géniaux, humbles et inspirants que j'aie jamais rencontrés. Marion Seury et ses amis à Paris (surtout ceux du Motel), Greg (Voice of Cassandra) et son adorable femme à Saint-Aubin-du-Cormier nous ont accueillis avec Emily comme de la famille. Les autres, rencontrés sur la route comme Sam à Londres, Kyra à Berlin, Roisin, Missy, Francesca, et je peux continuer... Je les considère tous comme intégrant FMLY... J'habite à New-York et même si j'adore ça, cela ne me suffit pas pour être en contact avec le monde. Tourner en Floride, rencontrer une fille qui peut changer ma vie comme Emily et voyager en Europe en rencontrant des artistes géniaux, voilà ce qui est revigorant.
My first two months in Europe were initially on my own, only to be surprised by making amazing new friends and running into familiar ones like Dan the Spookfish. The last three weeks were with Emily who put Europe into a whole new experience for me. My journey led me from Berlin to Amsterdam to Kutna Hora [in the Czech Republic] to Paris to Rennes to St Aubin to Madrid and finally to London. Six countries in three months, no phone or computer, with most of the time spent in Berlin subletting a room in an apartment in Kreuzberg. It was the most fantastic adventure of my life.

My time in Europe was spent in the embrace of support from people who had only known me for a matter of days and sometimes hours. The AM180 collective in Czech Republic are some of the most awesome, humble, and inspirational people I've ever met. Marion Seury and her friends in Paris [especially at le Motel] and Greg [Voice of Cassandra] and his lovely wife in St Aubin du Cormier treated Emily and I with the hospitality of a parent, and others we met along the way like Sam in London, Kyra in Berlin, Roisin, Missy, Francesca, and I can keep goin' on and on [they are FMLY]... Living in New York, as much as I love it, can get me really down about the world. But touring to Florida and meeting a girl who can change my life like Emily and then traveling to Europe and meeting amazing artists and the sweetest beings in every city I visited is invigorating. This world is fucking amazing, life is fucking amazing, people are fucking amazing, and if FMLY can show others what I saw firsthand then we're gonna do it.

fmlyHartzine aime Ghost Animal, Jeans Wilder, etc. Beaucoup d'artistes en contact avec FMLY. Quelles sont les relations de FMLY avec eux ? Juste de l'amitié ?
Hartzine loves Ghost Animal, Jeans Wilder etc... many artists in contact with FMLY. What are the relations between FMLY and them? Just friendship?

De l'amitié, le partage d'intérêts communs... Je n'ai pas encore rencontré Andy ou Michael, mais Cameron si. Si un groupe est associé d'assez près avec FMLY pour avoir une relation dans la durée, c'est complètement naturel. Ce n'est pas comme si nous étions des cartes Pokémon, et FMLY se rapproche de Truman Peyote ou de n'importe quel son tordu de ce genre. C'est juste que ces gens sont nos amis, et quand tu traînes ensemble avec les mêmes croyances, tu finis par te rencontrer. Il est important de dire que FMLY n'est pas un site web mais l'identification visible d'un groupe de gens. C'est la croyance partagée que l'on peut changer les choses nous-mêmes. C'est de l'amour pour les gens qui nous entourent. Nous nous aimons les uns les autres.

Friendship, sharing general interests, etc. I still haven't met Andy or Michael, but Cameron has. If a band is associated with FMLY closely enough to notice a relationship, it's totally natural. It's not like we're Pokemon cards and that FMLY is getting closer with Truman Peyote or anything weird and fucked up like that. It's just that these folks are our friends, and when you're hangin' with the same general beliefs you're going to meet eventually. It's important to stress that FMLY is not a website, but a visible identification of an extension present in a group of people. It's the shared belief that we can make change happen on our own. It's a love for the people that surround us. We will love each other.

Quel est ton sentiment sur l'industrie de la musique et internet ? Les choses ont elles changées ? La musique a-t-elle un prix ? Quel est ta conception de l'objet "disque" et du téléchargement ?
How do you feel about the music industry and the internet ? Are things different ? Hasn't the music more price ? What is your vision of the object "record" and "download" ?

Pour moi il y a une tension entre l'externalisation du son, la musique comme industrie et comme produit du net, particulièrement concernant les blogs musicaux. Je n'apprécie pas vraiment quand un morceau, quelque chose de si personnel, peut se transformer en un objet de critique par quelqu'un qui n'a peut-être pas l'expérience, qui n'a jamais enregistré ou même écrit de la musique. L'identité de quelqu'un est masquée par le goût subjectif de quelqu'un d'autre... Personne n'a le droit de faire ça. C'est pour ça que j'apprécie les gens d'Hartzine, Jheri (Get Off The Coast), Ian (Friendship Bracelet), Henning (No Fear of Pop), et Impose (même si c'est plus une figure de l'underground culturel pour moi). Ce que j'aime voir émerger sur le net, c'est les artistes prenant directement les choses en main. Je pense à Bradford Cox, Grizzly Bear, Hear Hums, Weed Diamond, Tan Dollar, Ryan Hemsworth, Brian Miller, qui continuent d'avoir des blogs actifs, tout comme des disques et des productions de jams mortels.

Things are tense with me and the externalization of sound. Music as an industry and as a web product, especially when getting to the music blog. I don't appreciate that something so personal, a piece of someone, can for no reason transform into an object to be critiqued and mauled by another who may have no experience recording sounds or even writing. It's turning a subjective "taste" upon someone else's identity...and no one has the right to do that. That's why I appreciate folks like Hartzine, Jheri [Get Off The Coast], Ian [Friendship Bracelet], Henning [No Fear of Pop], and Impose [however, Impose is more of an underground cultural icon to me]. What I'd like to see happening more with music on the internet is musicians taking things into their own hands like Bradford Cox, Grizzly Bear, Hear Hums, Weed Diamond, Tan Dollar, Ryan Hemsworth, Brian Miller [of course], and so on who keep an active music blog as well as record and produce consistently amazing jams.

Quels sont les projets sur le feu pour FMLY ? La même chose en mieux ?
What's the near future of FMLY? The same in better?
Nous avons travaillé sur la refonte du site, Chad d'Emperor X est en train de le construire. Ça va être beau et bien plus efficace pour que les différents éléments communiquent : on tente de faire un grand forum ouvert. Nous prévoyons de sortir de la musique plus activement, et on espère que FMLY Rides va bouger sur encore plus de villes quand il fera un peu plus chaud. Je ne veux pas voir trop grand, mais 2011 va être une renaissance.
We've been working on redesigning the site, Chad of Emperor X is building it as I type. It's going to look good, feel good, and be much more effective and getting things communicated and becoming more of an open forum. We have plans of releasing music much more actively, and FMLY Rides will hopefully be going down in a few more cities when it gets warm again. I don't want to get over-excited, but 2011 will see a re-birth.

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?
Can you introduce your mixtape?

Cette mixtape ne couvre pas tout ce que j'aimerais, mais c'est certainement une bonne introduction à nos amis et à ce j'écoute le plus tous les jours. J'adorerais que vous la chargiez dans l'ordre que j'ai écrit si ça ne se fait pas automatiquement. J'espère surtout que vous allez l'aimez.
This mixtape doesn't cover everything I'd love it to, but it is certainly a great introduction to our friends and what I mostly listen to everyday. I'd love it if you could drag it into its own playlist and arrange it in the tracklist order I wrote out if that doesn't happen automatically, but at the very least I just hope you enjoy it.


Michel Cloup - Le Cercle Parfait

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Le froid racle l'os quand la pluie balaye la rue et les espoirs.

Je m'enfonce dans la nuit, l'œil torve, l'humeur vagabonde. Mine renfrognée, les mains passablement enfoncées dans les poches. Mes pas charrient l'incongruité d'une trajectoire rectiligne. Le goudron défile en remémorant ses heures d'hier, l'attention imprégnée d'une poésie urbaine, toulousaine... étrangement plus la vie ressemble à un roman plus le roman s'éloigne de la vie (Une Histoire de Séduction)... heureusement il y a la viande pour arrondir les angles, la viande folle à l'intérieur et au-dehors, aux fenêtres aux corridors, dans les immeubles et dans les cimetières (Les Angles)... Diabologum sonnait telle une gageure dans le conformisme ambiant d'un rock français n'osant plus se l'ouvrir en patois. Puis il y eut les suites en ordre dispersé (Expérience, Programme), et il faut bien le reconnaître, j'ai moins suivi. La rage supplante, le mot se délite et use la corde. Lâchés, écorchés. Jusqu'à ce single, Le Cercle Parfait. Accompagné de Patrice Cartier à la batterie, et porté à mes oreilles par Club Bureau, Michel Cloup sort du bois, démasqué, sa voix délibérément livrée à elle-même, confondante de nudité. Délaissant l'activisme hip hop des Binary Audio Misfits, l'intrépide, préparant un album pour 2011, revient à ses premières amours et cette écriture sensible, à couteaux tirés. L'impression de retrouver un ami, Un Instant Précis. Celui qui tape sur l'épaule quand tout va mal, pour dire que tout va mal, mais que c'est pas si grave. On est quand même pas si abîmé que ça.

Audio


Noir Prod.

noir

D'un point de vue interne, l'activité d'Emmanunel Vion-Dury pourrait se résumer à ceci : produire ou mourir... Noir Prod est né de la frustration de cher Bordelais à la rupture au tout mercantile. Un rêve de gosse où la musique aurait encore un sens, et modulerait nos songes, bon gré, mal gré. Un fantasme qui tiendrait de l'utopie selon certains. Et pourtant ! Si l'entreprise n'était certes pas évidente, elle a le mérite de mettre ses détracteurs au pied du mur. Voici les réponses à nos questions d'un des derniers artisans musicaux de ce nouveau siècle.

Emmanuel, sur ton site tu résumes plutôt bien ce qui t'a amené à monter Noir Prod. Depuis quand cette idée germait-elle en toi ?

C'est un vieux rêve qui remonte à la fin de mes études, pas si lointain mais suffisamment pour que les choses aient pas mal évolué dans ma tête depuis. Disons que cet apprentissage théorique, puis pratique, des codes juridiques, sociaux, fiscaux, éthiques du milieu de la musique s'est à l'époque révélé être un déclencheur en sus de ma passion de simple auditeur qui m'animait, elle, depuis pas mal d'années. L'idée est née à ce moment-là, pendant mes premiers boulots dans le secteur culturel. A un moment donné, d'obscures raisons privées m'ont petit à petit forcé à quitter ce milieu et à trouver un simple boulot alimentaire, faute de mieux. L'idée a vraiment pris forme pendant cette période, je n'avais pas envie de rester dans cette situation, même si elle était confortable. J'ai petit à petit testé les pistes qui pouvaient s'offrir à moi pour retrouver une place dans cette activité qui me fait tellement vibrer. J'ai fouillé, creusé, contacté, pendant mon temps libre, et quand je me suis senti prêt, j'ai tout agencé pour arriver à tout mettre en place. J'en suis là aujourd'hui, l'activité est créée et j'applique ce que j'ai imaginé.

Pourquoi être devenu producteur et pas musicien ?

Je suis aussi musicien ! Mais bon, pas assez doué sûrement, et puis de toute manière j'aime être discret. Mais tu dois bien t'en rendre compte, dans ce milieu, tout le monde touche un peu à la musique avec le temps, ou bien pas mal de musiciens en arrivent à faire d'autres activités pour le monde du spectacle parce qu'ils n'arrivent pas vraiment à en vivre, quand bien même ils sont très doués.

Donc « producteur » comme tu dis, bien grand mot, ce n'est pas pour le fantasme du producteur tyrannique et plein de fric qui mène les artistes avec des biftons, pas pour le sentiment de pouvoir qu'on imagine de l'extérieur, ni parce que c'est « cool », c'est simplement que j'aime être au contact d'artistes d'un point de vue humain, de musiciens aux vies folles, et que je sais pertinemment que la plupart se contrefoutent de savoir comment marche la SACEM, les contrats du spectacle, de faire leur communication. Ils veulent juste jouer et ils ont raison, et même si parfois ils s'y mettent, il leur manque parfois des connaissances, de la pratique, des contacts, etc. Je me mets à leur service, et surtout pas l'inverse, pour que ces gens dont je trouve la musique fort intéressante puisse se développer et perdurer dans le temps.

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Comment choisis-tu les artistes avec qui tu souhaites travailler ?

Deux aspects sont à considérer selon moi. Le premier est évidemment artistique. Il faut croire en ce que font les personnes que je défends sinon ce n'est même pas la peine. Je cherche des gens qui, de mon point de vue, savent se remettre en question en permanence, artistiquement, veulent créer leur propre langage et leur propre personnalité. Si tu y regardes de plus près, beaucoup de groupes aujourd'hui ressassent la même grammaire, recyclent des facilités éculées. Ça peut paraître un peu adolescent comme démarche de ma part, mais il n'en est rien. Je te parle ici de musique savante, de créativité objective, de gens qui trouvent des niches où très peu de gens vont, où alors ils le font de manière singulière.

Le deuxième aspect que je considère est humain. Je l'ai dit, j'aime échanger avec les artistes, comme j'échangerais avec n'importe qui que je trouve intéressant. Une relation de confiance s'installe, ce qui, pour prendre des décisions et avancer ensemble, est plus qu'important. Donc de tout le roster Noir Productions, il n'y a pas un seul artiste avec lequel je ne m'entende pas bien, et pour les rares avec qui je ne suis en contact qu'avec un agent, le courant passe très bien avec eux.

La plupart des artistes que tu représentes façonnent une musique hybride, crépusculaire... Est-ce ta définition de la musique ?

Oui c'est ce que je disais, c'est ce que je recherche. L'hybridation me fascine, l'expérimentation, il y a tellement de possibilités et de pistes à explorer que je suis presque déçu qu'une grande partie des choses qui marchent aujourd'hui soit si peu créative. Et puis musique originale, nouvelle, savante, contrairement aux idées, reçues, ça n'est pas forcément chiant, inaccessible, pompeux, ou branlette. Tout ne va pas se résumer au lettrisme ou aux concepts en apparence foireux de recherche théorique, qui eux peuvent apparaître rebutants. Mais il ne faut pas oublier que ces recherches débouchent sur une infinité d'applications et de déclinaisons. Il n'y a qu'à voir où en est la musique concrète aujourd'hui. Elle est partout ! Mais qui écoute L'Apocalypse de Jean de Pierre Henry aujourd'hui en rentrant du taff ? Pas grand monde. Bref donc oui, l'hybridation pour moi n'a pas de limites, et je ne vois pas l'intérêt de se farcir un énième groupe de thrash metal ou un DJ house sans âme, alors que dans les deux cas les choses pourraient, d'un point de vue commercial, très bien marcher, et que l'hybridation et la singularité sont beaucoup plus dure à défendre.

Pour le côté sombre, crépusculaire, je crois que c'est une affaire de goûts personnels. L'exploration des sentiments sombres m'a toujours fasciné. Ça plus qu'autre chose, je t'avoue que je ne saurais pas vraiment l'expliquer.

Comment se retrouve-t-on du jour au lendemain à travailler avec un groupe aussi culte que The Legendary Pink Dots ?

Avec un peu de culot, une démarche bien expliquée et des échanges riches, on peut échanger avec plein de gens. Ils ne sont pas inaccessibles, loin de là. Ils ont eu l'habitude jusqu'à présent de tout gérer eux-mêmes, et restent très humains malgré la longueur de leur carrière. Ils ont d'ailleurs beaucoup de choses à m'apprendre je pense.

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Noir est un tout jeune label. Raconte-nous un peu les joies et les désillusions que procure la naissance d'une telle entreprise.

C'est marrant que tu utilises le mot label en fait. Noir Productions n'est pas à proprement parler ce qu'on appelle un label, on ne sort pas de disques, du moins pas encore, et ça se fera sous un autre nom (Beyond The Noize pour ne pas le nommer). Pour l'instant, Noir, c'est de la tournée, de la promo et du management. Mais je souhaite réellement avoir l'état d'esprit de ce qu'est un label avant d'être une simple structure qui sort des disques, à savoir une entité qui réunit des artistes autour d'une activité sous une même philosophie, comme un étendard vis-à-vis du public garantissant un certain nombre de valeurs.

Bref, désolé pour le hors-sujet, je reviens à ta question. C'est vrai que se lancer dans un tel projet, a fortiori tout seul, c'est un peu con. Les joies, ce sont les gens qui te disent que ce que tu fais est bien, fou mais bien. Ce sont tous ces échanges dont je parlais, déjà extrêmement enrichissants, le plaisir d'être libre et autonome, de se lever le matin pour faire ce qu'on aime. Les côtés négatifs, c'est tout ce qui est relatif à la gestion de projet en France, la lourdeur des administrations, être parfois mal accueilli par certains interlocuteurs voyant d'un mauvais œil le projet pour diverses raisons. Parfois je me sens seul, même si des tas de gens commencent à m'accompagner. Mais globalement, l'aventure est passionnante, pour rien au monde je n'y renoncerais.

Quels sont tes projets à venir pour 2011 ?

Et bien il y a le montage des premières tournées. La tournée des 30 ans de carrière des Pink Dots en avril, un tour commun Grumpf Quartet et Ni, la venue en France d'Alamaailman Vasarat, le retour de Kristin Asbjornsen, d'Arve Henriksen, Equus, et tous les plus petits qui vont jouer le plus possible j'espère. Et puis comme je le disais, le développement de l'activité disque avec Beyond The Noize, le premier album de [bleu], de Ni, des surprises, et puis de nouveaux groupes à venir dans le roster. Donc plein plein de choses. La phase de vie de l'entreprise si tu veux.

Que représente le noir pour toi ?

Un tas de choses, et rien à la fois. C'est un espace infini pour l'imaginaire, plus que n'importe quelle autre teinte, le néant, les sentiments les plus ténébreux, la sobriété, la classe ou la quiétude la plus pure. Ça m'inspire pas mal, et c'est probablement lié à mon attirance pour les musiques sombres, et l'exploration de ces sentiments noirs qui n'en finit pas.

Chroniques

bleu-sincere_autopsie_de_la_finesse-front[bleu] - Sincère autopsie de la finesse.

Si ce premier album a été composé dans l'urgence, ces cinq magnifiques pièces livrées par le duo franco-suisse n'en laissent rien transparaître. Des mélodies couleur pastel s'entrechoquent à des fracas notes cendrées. Un cumulus de battements, tandis qu'au loin s'approche le grondement. [bleu] dessine en musique une cartographie de nos rêves agités à traves des nappes électroniques enveloppant une ossature post-classique. Envoûtant !


Ecouter : [Bleu] -  Auto-gerbés

grumpf-quartetGrumpf Quartet - Grumpf Quartet

A la question : "la musique bruitiste peut-elle être élégante ?", Grumpf Quartet apporte une réponse toute en finesse. Crossover noise, mathrock et pop mélodique, le band bordelais tranche avec habileté en composant un opus à la fois ténébreux, lourd mais oxygéné. S'éloignant des poncifs du genre, Grumpf Quartet apporte un peu de légèreté dans un monde de brutes... Mais pas trop. Le trio ne donne pas non plus dans les hits pour midinettes (Ushika Ajime), empruntant au jazz sa structure morcelée et ses beats à contre-pied (Stravinsky on da Rocks). Une vision sophistiquée de la brutalité.

Ecouter : Grumpf Quartet - Racine de deux

kaliayevKaliayev - Solipsism

Le solipsisme est la théorie selon laquelle tout est une conception de notre esprit qui lui, est la seule chose véritable. De cette idée, Sébastien Boess invente un monde fait d'illusions, de chausse-trappes et de faux-semblants, miroir de ses chimères et de ses déceptions. Kaliayev, alter-ego conscient et désabusé du musicien, construit un patchwork éraillé, assemblé de ballades sombres, de mélodies synthé-folk désabusées, d'incantations xylophoniques baroques saisissantes. Bidouilleur élégant, l'homme derrière le band s'invente un univers aux couleurs passées, harmonisé d'un sens de la poésie insolite à la fois saisissant et brumeux. Solipsism est le sanctuaire méandreux des architectures abrasives composé par un mystificateur sonore en quête de soi.

Ecouter : Kaliayev - Don't Snap Me

the-legendary-pink-dotsThe Legendary Pink Dots - Seconds Late for the Brighton Line

Si l'année 2010 voit la célébration de la trentième année de carrière des Pink Dots, Seconds Late for the Brighton Line marque également la quarante-cinquième sortie du groupe le plus prolififique ayant été assimilé à la scène batcave. Un nouvel album aussi compact que foisonnant, à travers lequel Edward Ka-Spel continue d'expérimenter avec sérénité (Leap of Faith). God and Machines n'est pas, lui, sans rappeler les grandes heures du label 4AD, une comparaison dont ne peuvent que rougir les Pink Dots tant leur influence sur l'héritage gothique fut incommensurable. Pourtant, parler de legs serait bien vite les enterrer puisque le combo britanno-néerlandais redynamise le romantisme noir d'un prisme électrique aveuglant (No Star Too Far). Ce nouvel opus au climat éthéré et à l'aura glaciale fait preuve d'un équilibre saisissant. Une vraie cure de jouvence.

Ecouter : The Legendary Pink Dots -God and Machines

Mixatpe

Lorsque je demandai à Emmanuel Vion-Dury, boss de Noir Prod, de me concocter une playlist dressant un panel de ce qui passait régulièrement sur ses platines, j'étais loin de m'imaginer recevoir une sélection aussi pointue. L'avant-garde y côtoie le hip-hop, et les pluies de riffs se superposent aux arpèges classiques de requiems symphoniques. Voilà une sélection qui s'éloigne un brin des clichés actuels. Un recueil de choix pour mélomanes exigents.

1. Bleu - Temps temps temps temps temps (Noir Prod)
2. Alamaailman Vasarat -  Käärmlautakunta (Laskeuma Records / Noir Prod)
3. The Lengendary Pink Dots - The Heretic (Ding Dong Records and Tapes)
4. Grumpf Quartet - Gopvenoob (Noir Prod)
5. Supersilent - 6.4 (Rune Grammofon)
6. Francesco Agnello - Hang 11
7. Nonstop - J'ai rien compris mais je suis d'accord (auto-produit)
8. Györgi Ligeti - XIII. Escalier du diable (Sony)
9. Biosphère - Poa Alpina (Origo Sound)
10. Der Blutharsch - II (WKN)
11. Steve Reich - Sextet, 1st Movement (Nonesuch)


Jeans Wilder - In My Dreams

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L'artiste et son disque n'étaient pas passés inaperçus sur Hartzine. Andrew Caddick, aka Jeans Wilder, épanchant sa sensibilité à fleur de peau au cours d'un entretien à (re)lire par là, nous avait même gratifiés d'une mixtape révélant peu ou prou l'essence d'un Nice Trash paru en co-réalisation le 8 décembre dernier sur les luminescents labels Atelier Ciseaux et La Station Radar. De quoi donner copieusement l'eau à la bouche avant la tournée européenne de ce dernier dont on retiendra la date dijonnaise, organisée par nos amis de Sabotage (le 8), et celle parisienne, deux jours plus tard, à la Flèche d'Or. Et s'il fallait remettre une délicate couche d'admonestation bienveillante, Andrew Caddick étrenne In My Dreams, aux charmes délicieusement surannés, le temps d'un vidéo-clip réalisé par Stephanie Wuertz. Le flegme romantique du morceau prend ici une toute autre dimension, abstrait mais toujours aussi sensuel et intemporel.

Vidéos

Tournée

jeans-wilder-tournee-europeenne03/06 - Lyon Le Sonic
03/07 - Metz House show
03/08 - Dijon La Consortium
03/09 - Bordeaux Saint-Ex
03/10 - Paris La Fleche d'Or
03/11 - Gent Kinky Star
03/12 - Amsterdam De Nieuwe Anita
03/15 - Offenbach Hafen 2
03/17 - Hamburg Molotow
03/18 - Berlin Mme Claude
03/19 - Erfurt Franz Mehlhose
03/20 - Bremen Cafe Kurzschluß
03/21 - Kiel Blauer Engel
03/22 - Jena Cafe Wagner
03/24 - Köln Sonic Ballroom
03/25 - Kassel ARM
03/29 - Brno Borno Club
03/30 - Prague Final Club


On y était - Patti Smith à Paris

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Photo © Emeline Ancel-Pirouelle

Patti Smith : Picturing Robert, La Cité de la Musique, Paris, 18 janvier 2011
Patti Smith : Unplugged Dreams, La Cité de la Musique, Paris, 20 janvier 2011
Patti Smith & Philip Glass : Hommage à Allen Ginsberg, Salle Pleyel, Paris, 21 janvier 2011
Patti Smith joue Horses, Salle Pleyel, Paris, 22 janvier 2011

Elle nous enterrera tous. Alors que Jimi Hendrix et Janis Joplin ne sont plus que des mythes dont on se demande s'ils ont un jour vraiment existé et que Jim Morrison bouffe les pissenlits par la racine depuis un certain temps pas loin d'ici, alors que Mick Jagger s'est perdu dans un stade et que les poètes beat ne sont plus que des lettres imprimées sur du papier de mauvaise qualité, elle est toujours là, avec les cheveux un peu plus blancs mais toujours droite dans ses bottes. C'est drôle de voir une rock star avec des cheveux blancs. Ça ne vieillit pas, une rock star. Le rock, c'est censé être l'adolescence éternelle, la violence et la mort fulgurante. La légende. Celle qui ne prend pas le risque de s'entacher à vivre trop d'années. La mort, elle l'a connue. Tous ses amis, ou presque, sont tombés les uns après les autres sur le champ de bataille du XXe siècle. Les drogues, le sida et un certain vague-à-l'âme. Elle, elle a fait le choix de vivre. D'être une épouse, d'être une mère, et un jour, inévitablement, d'être une vieillarde. Mais elle s'en fout, parce que la moustache qui pique, ça fait déjà bien longtemps qu'elle l'a.

Jour 1 : We'll meet again/I don't know when

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Depuis son retour sur scène à la fin des années quatre-vingt, Patti Smith n'a pas été avare de concerts. On l'a vue dans des festivals et beaucoup en Italie, mais je n'y étais pas. Trop jeune. Mais cette fois-ci, elle est à Paris pour une semaine et ça fait un bail que je garde mes quatre billets aussi précieusement que le Graal. En un an, j'ai souvent pensé à ce mois de janvier 2011, mais toujours sans impatience. Je savais que ça valait la peine d'attendre. Pourtant, ce matin du 18 janvier, je suis nerveuse et inquiète. J'envisage pour la première fois la possibilité d'être déçue. Tout en étant persuadée que ça n'arrivera pas.
Je ne sais pas si les autres spectateurs sont aussi fébriles que moi, mais la salle de concert de la Cité de la Musique est en tout cas plongée dans un silence presque religieux. Je fixe mon regard sur le Polaroid projeté sur le fond de la scène pour tenter de maîtriser cette émotion qui m'envahissait déjà dans le métro à l'écoute de Horses - une sorte de rituel préliminaire que je m'étais imposé.

20h14, la lumière s'éteint. Elle entre. Avec ses cheveux blancs, ses rides, sa moustache et un enthousiasme extraordinaire. Un peu grave, aussi. Cette soirée est dédiée à son double, Robert Mapplethorpe, avec qui elle a vécu, à la fin des années soixante, son éveil à l'art, à la musique, son éveil à New-York et à la poésie urbaine. Son amant homosexuel. Elle entame lentement un poème chinois ; alors qu'elle fait doucement tomber ses marque-pages de fortune par terre, les larmes commencent à rouler doucement sur mes joues, au même rythme. En silence. Elle enchaîne avec un extrait de The Coral Sea, recueil de poèmes composé après la mort de Robert, en 1989. Ces textes écrits en sa mémoire ont été brillamment mis en musique en 2008 avec le guitariste Kevin Shields de My Bloody Valentine. Ici, les nappes de musique, tour à tour délicates et inquiétantes, sont interprétées discrètement par Jesse Smith, sa fille, au piano, Michael Campbell aux percussions, Tony Shanahan à la basse, Jack Petruzzelli et Luca Lanzi à la guitare, Andreas Petermann au violon et, bien sûr, le fidèle Lenny Kaye, celui avec qui tout a commencé. Influencé par le Velvet Underground, son jeu sec s'accorde parfaitement aux expérimentations mouvantes de Shanahan, qui torture son instrument jusqu'à créer une atmosphère sombre, lourde, à l'image de la mer d'huile mouvante projetée sur l'écran. Par-dessus, la voix rauque et sèche de Patti dit les mots crus, sans enrobage, avec toute la conviction du monde.

Quand elle se met à chanter, c'est l'extase dans la salle : Paths That Cross, Dancing Barefoot, et Morning Glory parce que Tim Buckley était le musicien préféré de Robert. Puis Pissing in a River et Because the Night, le tube écrit avec Springsteen, dont elle nous régalera consciencieusement tous les soirs de cette semaine. Ce n'est pas son meilleur morceau, loin de là, mais il est fédérateur : qu'importent les sièges et les places numérotées, les gens se lèvent et rejoignent le devant de la scène, entonnant en choeur le refrain - parce que cette nuit nous appartient, c'est vrai.

Chaque morceau, chaque poème est dédié à un être cher disparu. "In memory of". Une expression qui sera répétée inlassablement pendant la semaine par la rescapée qui a vu les têtes tomber, impuissante. A travers elle, ce sont tous ces morts qui s'expriment, avec fidélité parce qu'on sait qu'elle est une amie sincère. A la faveur de ces hommages répétés de par le monde, Patti Smith met en scène sa douleur et fait sa catharsis, tout en dédiant à Mapplethorpe un épitaphe infini, poétique et sans cesse renouvelé. Revivre sa peine pour mieux l'apprivoiser. Avec pudeur, elle lit la dernière lettre écrite à Robert, celle qu'il n'a jamais reçue, avant d'entonner, a capella, seule sur scène et dans un silence respectueux, la chanson composée pour l'enterrement de son ami. "If I cup my hand, could I make him stay?" Ne pas respirer-Ne pas respirer-Ne pas respirer. Un seul souffle pourrait faire s'écrouler cette pyramide érigée dans la douleur, cette construction fragile faite de peine inconsolable et de souvenirs heureux, d'un amour aveugle et de beaucoup de mots.

Brisant courageusement le silence poisseux, un applaudissement, puis cent, puis mille. Quinze minutes après que les lumières ont été rallumées, les paumes des mains douloureuses frappent toujours les unes contre les autres. Personne ne veut quitter la salle. Personne ne veut soumettre son émotion intime à l'épreuve du vent, du froid, ni à celle du métro puant, aspirateur de sentiments, rouleau compressant toutes les passions sur des rails interminables. Mais je ne m'inquiète pas. "We'll meet again/I don't know when."

Jour 2 : I fuck plenty with the past

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Photo © Alain Dister

Deux jours plus tard, toujours un peu sous le choc, retour à la Cité de la Musique. Ce soir, Patti Smith a choisi de nous évoquer ses "rêves acoustiques". Une appellation délicate pour un concert qui, on s'en doute, ne le sera pas. Car si elle a accepté de sacrifier à cet exercice, on sait qu'elle n'est pas vraiment une adepte des ritournelles jouées sur la plage au coin du feu. Ses morceaux ne sont pas taillés pour ça. Et c'est avec cet espoir électrique que les fidèles affluent une nouvelle fois dans la salle qui, à plusieurs reprises, prendra des airs de chapelle.

En mémoire du premier concert acoustique auquel elle a assisté, Patti entonne Spanish Boots de Bob Dylan, dressée dans ses santiags, en jetant des coups d'oeil complice à Lenny Kaye. Elle continue avec des hommages, toujours : "in memory of" Jerry Garcia, Tom Verlaine, John Lennon ou encore "a very nice pirate friend of mine" - probablement Johnny Depp. Sa voix, d'abord apaisée, s'emballe au rythme des mots, jusqu'à ce Ghost Dance mystique. "Shake shake shake out the ghost dance." On se surprend debout, les paumes levées vers le ciel, à croire dur comme fer que Patti Smith est là pour nous sauver.

Comme un seul corps, le public frissonne des pieds à la tête et reprend avec force le refrain de People Have the Power, cette chanson écrite avec son mari Fred 'Sonic' Smith et taillée pour les stades. Pourtant pas vraiment adepte des mouvements de foule, je ne peux m'empêcher de prendre part à la manifestation. Patti Smith est du côté du peuple, depuis toujours, et aujourd'hui c'est en prêtresse qu'elle redonne le goût du combat à un public parfois trop apathique, installé confortablement dans son siège en velours avec sa cravate autour du cou et son programme sur les genoux. "COME ON PEOPLE!" Galvanisée par ce réveil soudain, l'assemblée refuse une nouvelle fois de rentrer chez soi. Spontanément, Patti Smith remonte sur la scène, et glisse le nom du morceau à jouer à ses musiciens qui l'accueillent avec un franc sourire. Un éclair, un miracle.

"I haven't fucked much with the past, but I've fucked plenty with the future!"

On sait tous ce que cette phrase-manifeste annonce : un Rock'n'roll Nigger révolutionnaire, qui finit d'achever le public dans un grand éclat de violence. On retrouve la Patti Smith des années soixante-dix, celle qui jeta un pont entre la fin des 60's et la nouvelle ère qui allait donner naissance au punk. Dans un hurlement rauque, elle rugit les paroles savamment composées avec le savoir-faire de la beat generation. La répétition jusqu'à l'hypnose, jusqu'à l'éclatement en soi de toutes les barrières. CSP++ et hippies sur le retour, tous scandent sans faute le programme des générations passées et à venir : "nigga nigga nigga nigga nigga nigga", jusqu'à plus soif. Jésus était noir, Jackson Pollock était noir, nos grands-mères étaient noires, Patti Smith est noire, nous sommes tous noirs. Mais les lumières se rallument déjà et il est déjà temps de réintégrer la société. Ou au moins de faire semblant.

Jour 3 : Starving hysterical naked

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Photo © Allen Ginsberg

A mi-parcours, changement de décor : je rejoins la Salle Pleyel, ses petits vieux en fourrure et ses quatre étages à gravir en courant pour rejoindre le deuxième balcon tandis que la sonnerie stridente retentit. Putain, c'est haut. Passablement énervée d'être aussi loin, je maudis un coup cette salle trop grande et trop froide et les fortunés du premier rang qui lisent sagement La Terrasse. Le coup d'oeil que je jette rapidement au programme distribué par l'ouvreuse n'arrange pas mes affaires : "Cette soirée est surtitrée." Ben voyons. Ça rime à quoi, du Ginsberg traduit en français ? Honnêtement, je n'ai aucune envie de le savoir.
Patti Smith est en effet sur le point de rendre hommage au poète Allen Ginsberg, son regretté ami et professeur, membre fondateur de la beat generation et fameux activiste homosexuel. A l'hôpital, le 5 avril 1997, un autre musicien était présent pour veiller sur lui : le grand Philip Glass, aussi légendaire pour les adeptes de musique contemporaine que Patti Smith peut l'être pour les fans de rock. Et il est là aussi ce soir sur scène avec son amie, malgré ses 73 ans bien tassés et sa démarche peu assurée.

C'est bien connu, Patti Smith est venue au rock par la poésie, et c'est avec passion qu'elle sacrifie encore régulièrement à la tradition de la lecture, qui, si l'on a la chance d'y assister en vrai, rend évident le cheminement qui l'a menée des mots à la musique. D'ailleurs, nombreux sont ses morceaux qui ne sont rien d'autres que de la poésie plus ou moins chantée. On pense par exemple au Babelogue, souvent déclamé en introduction de Rock'n'roll Nigger et esquissé hier soir, sorte de prière intense et vulgaire qui a donné son nom au nouveau langage inventé par Patti Smith. Fortement influencée par les poètes beat, elle a su transposer leur art de la répétition hypnotique à la musique en lui donnant vie à travers une langue universelle, ni masculine, ni féminine, proche du prêche et propre à faire entrer le public en transe.

C'est avec cette diction si particulière, très rythmée et portée par les cris et les frappements de mains de son audience, qu'elle nous fait goûter au poème écrit juste après la mort de Ginsberg, Notes to the Future. Soutenus par le jeu circulaire de Glass au piano, les mots tourbillonnent jusqu'à l'apogée, engendrant acclamations et encouragements dans le public, puis redescendent doucement dans un souffle pour venir mourir en bas, dans les limbes de la voix grave de Patti Smith. Ré-mi-ré-mi-ré-mi-ré-mi. Les touches tourbillonnent, la voix s'envole. "And who will call? And who will they call? Will they call to God? The air? The fowl?" La musique répétitive est propice à la méditation. Essayant d'ignorer les horribles sous-titres qui dénaturent le texte, je me laisse porter par les mots que Patti Smith nous jette en pâture, violemment, elle qui sait si bien cracher la mort à la face du monde. Les sonorités de la langue américaine sont si expressives en elles-mêmes qu'il n'est même plus la peine de chercher le sens des termes dans son dictionnaire interne.

Wichita Vortex Sutra, maintenant, une ode moderne composée par le barbu en 1966. On y retrouve tous les symboles prosaïques de l'univers des poètes beat : l'Amérique, la highway et des jeunes hommes pas farouches. Une longue déclaration en prose qui se déroule dans le chaos sur la langue de Patti Smith et sur le piano de Philip Glass, et qui s'envole chez les dieux orientaux. Trop crue pour y trouver sa place, elle s'échoue au bord de la route, dans la poussière : "stop for tea & gas". C'est la vie.

Les doigts de Glass se promènent une dernière fois sur les touches pour The Blue Thangka - mais il reviendra. Jesse Smith, Michael Campbell et Lenny Kaye rejoignent la scène pour quelques chansons jouées "in memory of" - toujours - William Blake et Mère Nature, entre autres. Introduisant Pissing in a River, Patti Smith confie que c'est Allen Ginsberg qui lui a donné le goût de se battre, encore et encore, même si ça implique de "lose lose lose lose lose and lose again" interminablement. Une belle devise pour cette femme qui n'a jamais cessé de célébrer la vie, quand bien même tout s'écroulait autour d'elle.

Pour calmer les esprit qui commencent à s'échauffer sous le coup des tubes assénés par son idole, Philip Glass revient, seul, pour interpréter trois études pour piano. Fidèle aux principes qu'il a lui-même contribué à instaurer, il répète chaque note dans un mouvement rotatoire pour construire une sorte de fascinant mantra pour l'esprit, repoussant les limites de la perception. On saisit ainsi mieux les raisons qui l'ont poussé à collaborer avec Ginsberg : il applique en musique les mêmes préceptes que les beats en poésie. Ce redoublement jusqu'à la dépossession de soi, on le retrouve dans les mots récités par Patti Smith à son retour sur scène : "I noticed the grass/I noticed the hills/I noticed the highway/I noticed the dirt road/I noticed the car rows in the parking lot/ I noticed.../I noticed.../I noticed..." (On the Cremation of Chogyam Trungpa Vidyadhara, 1987). Patti dit les mots des autres comme si elle parlait une langue étrangère qu'elle aurait finalement fait sienne. Cette appropriation culmine avec la lecture de la sublime Footnote to Howl (1955) qui conclue le plus célèbre poème de Ginsberg, et sans doute le plus lucide. "Holy! Holy! Holy! Holy!" Patti Smith bouillonne, crache, vitupère. "Holy! Holy! Holy! Holy!" Elle sort d'elle-même, s'élève dans la rage, elle crie maintenant. "The world is holy! The soul is holy! The skin is holy! The nose is holy! The tongue and cock and hand and asshole holy!" Nos larmes sont des torrents qui renversent toute l'histoire sur leur passage. "Everything is holy! everybody's holy! everywhere is holy! everyday is in eternity! Everyman's an angel!" En transe, en pleurs, nous sommes bien tous conscients d'être au sommet de tout. De vivre la quintessence de la vie. Si Dieu existe, il est dans ces mots, dans ce crachat balancé sur la moquette brillante de Pleyel, dans les morceaux de métal secoués par Lenny Kaye au rythme des mains de la femme qui n'est plus que ses tripes et une bouche déformée qui hurle la beauté du monde.

Que dire après ça ? Que faire après ça ? On voudrait pouvoir appuyer sur replay ou juste arrêter de vivre. Patti Smith sait cependant comment aider l'assistance tétanisée à revenir sur terre, et elle entonne une nouvelle fois son hymne, le dédiant cette fois à l'humble vendeur de fruits tunisien qui s'est sacrifié pour son peuple. Comme un seul homme, tout Pleyel est soudain debout et vomit sa joie en hurlant le refrain de People Have the Power. Même Philip Glass est là sur la scène, du haut de ses sept décennies, tout simplement pour frapper dans ses mains avec le groupe. Son visage souriant et ses doigts ridés ne sont là que pour exprimer gratuitement l'amitié la plus profonde. Une nouvelle fois, le public refuse de laisser Patti Smith quitter la scène, faisant trembler un bon coup le plancher d'une salle Pleyel qui n'en demandait pas tant. Et ça marche. Sur quelques notes jetées par son collègue sur le piano, elle improvise, racontant à une salle comblée l'histoire de sa rencontre avec Ginsberg, dans un resto pourri de New-York où il l'avait prise pour un jeune homme à qui il pourrait faire quelque avance. Comme soulagée d'une tension, l'audience rit volontiers aux mésaventures de la jeune Patti, et c'est détendu qu'il accepte finalement de la laisser partir. Difficile malgré tout de retrouver le pavé. Le froid is holy. Le métro is holy. Le Roumain qui reprend la chanson de Titanic au saxophone is holy. Paris is holy. Les rats are holy. Everything is holy. Difficile de s'en convaincre.

Jour 4 : Surrounded by horses horses horses horses

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Samedi, dernier voyage à la Salle Pleyel pour ce qu'on nous annonce comme l'apogée de cette semaine - même si pour moi celle-ci a déjà eu lieu hier : l'interprétation du mythique Horses de 1975, d'un bout à l'autre et dans le respect du tracklisting original. Inutile de rappeler l'importance du premier album de Patti Smith, produit par le Velvet Underground John Cale et rapidement interprété comme le pivot entre l'idéalisme hippie des 60's et la violence urbaine des années soixante-dix. Pas la peine non plus d'évoquer la légendaire photo de la pochette, réalisée par le fidèle Robert Mapplethorpe entre deux natures mortes sado-maso. Ce n'est que la troisième fois que cet événement historique se produit, après les performances londoniennes et new-yorkaises de 2005.

Les deux musiciens survivants de l'enregistrement original sont acclamés dès leurs premiers pas sur scène : Lenny Kaye, bien sûr, mais aussi Jay Dee Daugherty, "le seul batteur que j'aie jamais eu", dixit Patti. Dès les premières secondes, tout le parterre est déjà debout, en suspens. Patti Smith s'avance et, pour la première fois depuis mardi, se fait avare de paroles : à peine un salut, pas de "how are you?" et encore moins d'introduction à l'oeuvre qui va suivre. C'est dans le dénuement le plus total, simplement accompagnée par Tony Shanahan au piano, qu'elle balance, toute en désinvolture, le credo de toutes nos générations réunies : "Jesus died for somebody's sins but not mine". C'est rapidement l'explosion et les "G. L. O. R. I. A." scandés par une foule prédisposée au délire. Grâce à cette phrase, elle se fait la prêtresse du fun, de l'instant présent, la seule philosophie qui vaille encore. Elle enchaîne avec l'exotique Redondo Beach, un reggae sobre et dansant, avant d'atteindre un premier pic d'intensité avec Birdland, morceau mi-récité, mi-chanté, dans lequel un jeune garçon - Peter Reich - attend que son père mort revienne le délivrer. Comme d'habitude, Patti Smith fait prendre corps à son texte, lançant un cri déchirant : "No, daddy, don't leave me here alone, take me up, daddy, to the belly of your ship".

Tout le monde connaît l'album par coeur et accueille sans surprise un énergique Free Money dédié à Richard Sohl, le pianiste d'origine de l'enregistrement lui aussi disparu - encore un. Viennent ensuite Kimberly, puis Break it Up, composé en souvenir de Jim Morrison, et enfin l'acmé du disque : Land, la sainte trilogie composée de Horses, Land of a Thousand Dances et La Mer (de). Patti brode autour de la première partie, faisant languir son public jusqu'à l'explosion de la pièce centrale. Elle tourne, tourne, tourne comme un derviche. "Do the watusi!" Après, c'est la resdescente aquatique et les images cauchemardesques. Tandis qu'elle plonge sa main dans le crâne de Johnny, que l'air s'infiltre subrepticement dans les cheveux du garçon, la rengaine se radine à nouveau dans un ouragan de joie. "Do the watusi!". Le groupe fait glisser le poème entre les mains de Patti, qui relance la fin de Gloria en éructant. "G.L.O.R.I.A.!"

Une chape de plomb tombe sur Pleyel pour honorer le dernier morceau du disque, cette Elegie composée à la mort d'Hendrix et traditionnellement dédiée depuis à tous les disparus. Se transformant soudain en maîtresse de cérémonie funéraire, Patti psalmodie les noms des défunts : "Robert Mapplethorpe... Fred 'Sonic' Smith... Richard Sohl... Todd Smith..." Leur écho résonne encore quand le groupe quitte la scène une première fois, "for five minutes". Cinq minutes pour réaliser que, ça y est, on a vécu Horses. Vraiment ?

photo-jour-4bis-patti-smith-first-single-hey-joepiss-factoryQuand Patti Smith revient, toujours entourée de ses musiciens, c'est pour réciter Piss Factory, la face B de son tout premier single, au long de laquelle elle évoque avec ressentiment ses petits boulots de jeunesse en usine. Les mots galopent puis s'emmêlent. Elle s'interrompt : "I don't know, I don't feel like it", rigole un coup et termine finalement le poème à toute vitesse. Au temps pour elle. Sans doute échauffée par la première partie de son concert, elle préfère livrer un rappel électrique : Ask the Angels, Pissing in a River, Dancing Barefoot, Because the Night, People Have the Power... Presque exclusivement des titres déjà joués cette semaine, mais qui lui en tiendrait rigueur ?
Après un court retour en coulisses, elle réapparaît encore, plus puissante que jamais. Dès les premières notes de la chanson, c'est littéralement le débordement dans la salle. The Who, My Generation. Encore un hymne, décidément. Dans un monstrueux final psychédélico-bruitiste, elle empoigne sa Fender, la brandit, puis en arrache violemment les cordes une à une en proférant : "This is the only weapon of our generation!" Transportés par cet accès de rage politique, nous ne sommes plus qu'une seule génération, celle qui vit. Celle qui acclame Patti Smith, 64 ans dont presque quarante consacrés à l'activisme punk. Et c'est convaincue qu'elle ne mourra jamais que je la quitte, un peu sonnée et taraudée par une question urgente : est-ce qu'on peut mourir de joie ?