On y était - Lotus Plaza

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Lotus Plaza – Nudge – Blackthread, Paris, Espace B le 13 novembre 2009

Déluge de pop atmosphérique et inoffensive dans le 19ème un vendredi soir; le mot est passé et on croise plusieurs têtes aperçues quelques semaines plus tôt pour le vrai-faux concert de John Maus dans cette fausse-vraie salle qu'est le Panic Room. Affluence moyenne et climat détendu à l'intérieur de l'espace b. La moitié de la chambrée est affalée sur des tapis à même le sol et scrute les yeux dans les vides la prestation de Blackthread. Le flyer en dira d'ailleurs beaucoup plus que moi sur la prestation du lyonnais. Le temps d'observer le changement de plateau et l'apparition de multiples pédales d'effets et boite à rythmes et Lotus Plaza aka Lockett Pundt balance sa première boucle de guitare. Si son jeu de guitare est techniquement banal, le traitement des couches de sons est vraiment bon. Bon ok, ça remue un paquet de clichés post-rock mais l'effort replique montre est dosé : immédiate sans trop l'être, assourdissante sans trop l'être, la musique de Lotus Plaza surprend (nouveaux morceaux, parties improvisées, goût pour l'archi saturation...) autant qu'elle conforte (intentions pop palpables malgré tout) et ne déçoit que très rarement : la partie vocale (rythmes africains + boucles de voix) du show restant le seul moment faible de la piste unique interprétée ce soir la. Une sorte de Deerhunter ante-microcastle en somme. Nudge boucle la soirée... pardon la technologie numérique en termes de création musicale boucle la soirée et malgré tout l'intérêt que nous manifestons pour les derniers plug-in Fruity Loops, nous quittons la rue Barbanègre bien avant le dernier métro.

Nicolas

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Memory Tapes - Stop Talking

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Dayve Hawk n'est pas schizophrène. Pourtant c'est par trois qu'il avance masqué sur la toile. S'étant déjà fait remarquer via Memory cassette, pour ses balades électro-digitales, et par Weird tapes, pour ses instrumentaux aussi cosmiques qu'acidulés, c'est avec un nouveau projet, Memory Tapes, et un album, Seek Magic, paru sur le bien bottes ugg pas cher nommé Something in construction records, que l'introspectif bonhomme chevelu nous revient. L'homme qui, pour le blé, remixa Britney Spears en un jour - If U Seek Amy - est avant tout attaché à dépeindre par sa musique ce qu'il est, loin des faux-semblants. Force est de constater que Seek magic, de son propre aveu, constitue le juste milieu, entre Memory cassette et Weird Tapes. D'où Memory Tapes. Américain d'origine, du New Jersey et des grands espaces forestiers, c'est pourtant du côté de l'Angleterre post-industrielle que Dayve Hawk puise son inspiration, tant il marie avec finesse et générosité l'electronica made in Sheffield de Plaid aux sonorités les plus pop des mancuniens cultes de New Order. L'album, ramassé en huit titres, où d'oniriques synthés font la part belle aux étoiles scintillantes, en appelle un suivant prévu pour la fin de l'année. Mais avant cela, silence. Stop Talking, morceau phare de l'album, est ici en écoute.

Thibault

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Memory Tapes - Stop Talking


Bibio - The Apple And The Tooth

584Autant le dire tout de suite, lorsque Warp présente un album comme le bon complément d'un disque préalablement sorti, on peut, sans dénigrer la qualité et l'originalité de l'artiste, sentir le coup fumant, l'effet d'aubaine que représente un succès d'estime encore récent. Utile  retour en arrière : Stephen James Wilkinson est un amoureux de la nature, habitant des West Midlands en Angleterre. Jusque là rien de très original. Le jeune homme va régulièrement pécher au Pays de Galle avec son père tout en s'éprenant de sons organique et d'ambiances éthérées propres au duo écossais Boards Of Canada. Là, tout s'emballe : de la pêche, il tire son nom de scène, Bibio, soit l'espèce de mouches utilisées par son père pour appâter la poiscaille, des promoteurs du mirifique Music Has the Right to Children (Warp - 1998), il extrait la substantifique moelle nécessaire à la mise en branle de sa démarche musicale. Lors de studieuses années londoniennes, il jette les bases d'une délicate et colorée "folktronica", subtil mélange de guitares folks estampillées sixties et d'expérimentations électroniques savamment texturées. Fort logiquement, le jeune homme trouve vite terre d'accueil sur l'aventureux label hip hop Mush Records, par le biais duquel il égraine une discographie éloquente, dont "fi" (2004) intronisé "album de l'année" par Michael Sandison himself, moitié de Boards of Canada. Dès lors, l'amitié qui se tisse entre les maîtres et le prodige aboutit à la sortie d'Ambivalence Avenue (mai 2009) sur Warp, label légendaire en pleine célébration de son vingtième anniversaire. Alliant de subtiles aquarelles sonores dignes des canadiens de Caribou, à la finesse d'arrangements remémorant un certain Kieran Hebden, alias Four Tet, Bibio obtient le statut incontestable de bande son de l'été pour tout amateur de mélodies rafraichissantes et aériennes (Haikuesque, Lover's Carving) matinées de divagations électroniques assumées (Sugarette, Dwrcan). Cinq mois plus tard donc, Bibio propose The Apple And The Tooth, dont la sortie est prévue le 16 novembre 2009, composé de quatre inédits et de huit remixes de morceaux présents sur Ambilence Avenue. Des quatre inédits, tout est à prendre, rien est à laisser. Plus que de ludiques face B, The Apple and the Tooth comme Rotten Rudd et Bones & Skulls perpétuent cette science du bricolage kaléidoscopique où de cristallines guitares s'entrechoquent harmonieusement à une litanie de beats aussi efficaces qu'inattendus. S'agissant des remixes, mis à part deux exceptions plus que notables - Haikuesque remixé par The Gentleman Losers et Lovers' Carvings retoqué par Letherette - rien de très marquant : dispensables sans être inécoutables. L'impression première est donc la bonne : ça sent le réchauffé. Mais six titres sur nike air max pas cher douze d'un tel brio, c'est déjà ça de gagné !

Thibault

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Bibio - Bones & Skulls

Tracklist

Bibio - The Apple And The Tooth (Warp, 2009)

01. The Apple And The Tooth
02. Rotten Rudd
03. Bones & Skulls
04. Steal The Lamp
05. S'vive (Clark Remix)
06. Sugarette (Wax Stag Remix)
07. Dwrcan (Eskmo Remix)
08. Lovers' Carvings (Letherette Remix)
09. Haikuesque (the Gentleman Losers' whispers in the rain mix)
10. All The Flowers (Lone Remix)
11. Fire Ant (Keaver & Brause Remix)
12. Palm Of Your Wave (Bibio Remix)


No Age - Loosing Feeling

NoAge_LP_FRONTLes No age en remettent une couche. Tout juste remis d'une tournée haletante avec Deerhunter et Dan deacon, le rocambolesque "No Deachunter tour", soldée pour le guitariste du groupe, Randy Randall, par une luxation de l'épaule suite à un concours de break-dance aussi scabreux qu'aviné, les deux acolytes, via leur label Sub Pop, ont sorti début octobre l'EP Losing Feeling, . En droite ligne des deux albums précédents, Weirdo Rippers (Fat Cat records, 2007) et Nouns (Sub Pop, 2008), les quatre morceaux que contiennent Losing Feeling concassent, avec efficacité, un ineffable sens de la formule pop, aux fulgurance noise-punk revêches et accrocheuses. Marchant sur les pas de géant d'Husker Dü, Dean Allen Spunt, chanteur et batteur du groupe, et Randy Randall, affinent dans Losing Feeling la production de leurs compositions ramassées tout en conservant l'urgence comme valeur cardinale. La vidéo - toute fraîche - illustre à merveille ce que le duo d'activiste skateurs vocifère, à savoir une franche déconnade, ébouriffée et addictive. Pas mal pour des végétariens. En écoute, pour rappel, Here Should Be my Home, l'un des hymnes noise du groupe présent sur Nouns.

Thibault

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No Age - Here Schould Be My Home

Video


Tracklist

No Age - Loosing Feeling  (Sub Pop, 2009)

01. Losing Feeling
02. Genie
03. Aim At The Airport
04. You’re A Target


Radiohead - Nude (Saycet Remix)

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Salut c'est rigobert, cette semaine un désormais classique de Radiohead, Nude, remixé par un talentueux groupe parisien, sayCet, dont le second album est imminent.

Et parce que noël approche, on vous offre literature review writing en plus de la  Radio, Le Panda en pluche tout doux qui va avec.

Audio

Radiohead - Nude (Saycet Remix)

Panda Bear - I'm Not (Saycet Remix)


On y était - Bat For Lashes, Festival inrocks 2009

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Bat For Lashes, Festival des Inrocks, l'Olympia le 4 novembre 2009

Tête d'affiche de la soirée des Inrocks de l'Olympia mercredi dernier, Natasha Khan alias Bat For Lashes a offert un show de haute voltige à un public visiblement en attente de sensations.

C'est quand même particulier le Festival des Inrocks, microcosme d'hommes et de femmes satellites du milieu musical parisien, tout le monde se connaît, se fait la bise, alors ça va? La moyenne d'âge monte tout de même plus qu'à l'accoutumée, têtes grisonnantes et pattes d'oies dans tous les coins. Ce curieux phénomène de nostalgie des 80's s'explique par la présence de Bad Lieutenant, nouveau groupe du chanteur de feu New Order, Bernard Sumner. C'était génial New Order, mais il n'existe malheureusement pas de lien à effet.

Arrive Bat For Lashes. Poignante fillette à la robe rouge, petit chaperon enchanteur qui ne peut que rappeler Björk à ses débuts. Minois adorable et métissé à la voix impressionnante. La jeune femme anglo-pakistanaise installe son monde sur scène. Ce monde pop et magique, créé en deux albums Fur and Gold (2006) et Two Suns (2009), se pose ce soir à l'Olympia et déploie ses ailes, aidés par un magnifique jeu de lumière, un mélange de sonorités tout droit sorti d'un conte de Perrault et une prestation vocale tout en subtilité.

Car elle est chez elle Natasha, aucun doute là-dessus. Cette fille-là maîtrise aussi bien la douceur d'un piano/voix émouvant dans Moon And Moon, la montée en puissance de ses mélodies poussés par des percussions envoûtantes dans Two Planets, ou la danse chamanique à la fois électronique et organique de What's A Girl To Do? où les sons synthétiques ne font qu'un avec tambourins et clochettes enchanteresses.

Bat For Lashes ouvre grand la porte et on s'engouffre dans son univers sans résister, on se fait bercer. Oh Natasha! vient me border ce soir. Dommage toutes fois, que nous n'ayions pas complètement envie de dormir ce soir. Passé l'émerveillement face à une artiste au talent et à la sincérité indéniable, la comptine de Bat For Lashes se fait répétitive, et l'envie de se réveiller devient plus forte. On émerge alors dans la nuit, engourdi et las, avec une impression d'inachevé, un petit regret dans le coin de l'oreille. Les grands concerts vous laissent parfois dans cet état.

Virginie Polanski.


Turzi - B

turziC'était un jeudi soir pas comme les autres (29/10/2009). Ou presque. L'Élysée Montmartre ouvre tôt ses portes, et pour cause, la liste des artistes venus célébrer la sortie de B, second album de Turzi, est longue comme un bras. Un bras seulement amputé des anglais d'Action Beat, annulés. Étienne, moitié-Jaumet moitié-Zombie, au cours d'un dj set allumé, puis SCUM et Koudlam préparent avec leurs bonnes manières respectives un public relativement nombreux pour l'occasion et le lieu. Mention spéciale à Koudlam qui termine son set d'une involontaire acrobatie qui aurait pu être drôle s'il n'avait pas flingué son mac en l'aspergeant abondamment de bière. Lorsque Romain Turzi prend place au centre de la scène, entouré de son Reich IV, la salle est brusquement plongée dans une demie-obscurité qu'elle ne quittera plus. L'auditoire exalté entame alors un voyage roboratif en plein cœur des villes cartographiées par B via l'imposant écran disposé en arrière plan. Seules deux incursions en territoire connu (Alpes et Afghanistan du précédent album A) jalonnent cette balade sinueuse et extatique, au son puissant et aux multiples sommets. Le concert est bon, impressionnant de maîtrise, celle qui libère et permet l'accès de fièvre sans pour autant en gripper la machine. Les variations sonores des guitares et des claviers se déploient sur la durée quand la rythmique, plus massive qu'auparavant, cercle d'une discipline imparable la liberté de ton et de style du groupe. Ahuri, les oreilles vrillées, je rentre chez moi, le vynil sous le bras. Une nuit en points de suspension m'attend.

Après Made Under Authority, mini-LP sorti en 2006, et A paru en 2007 sur Record Makers, B est le second volet d’une trilogie qui sera complétée ultérieurement par un C. Romain Turzi et son Reich IV déclinent de la sorte leur alphabet doublé d'une intime géographie urbaine puisque les dix morceaux que comporte B portent le nom de villes éparpillées sur le globe commençant par la lettre b. Le choix des villes semble curieux, surtout lorsque Romain déclare ne jamais y avoir mis les pieds, mais un simple coup d'œil à une mappemonde ornant son local au point FMR suffit pour comprendre : en reliant chacune d'entre elles d'un trait, on obtient un B. Le type même de décalage amusé coloriant l'univers d'un groupe que l'on a tôt fait d'imaginer sombre, élégiaque. Le Reich IV - hommage appuyé à Steve Reich, pape de la musique répétitive, et à son IV organs - est composé de Sky Over (batterie), Judah Warsky (keyboards), Gunther Rock (Guitare) et Arthur Rambo (Basse). D'eux, tous amis de longue date, Romain Turzi est catégorique : "plus qu'un backing band, ce sont des éléments de mon esprit". Autant dire que Turzi ne s'assimile pas à Romain Turzi, qui, seul, dans un projet parallèle portant lui-aussi le nom de Turzi, décline une musique électronique introspective. Et lorsque Marc Tessier, patron de Records Maker, propose à Romain d'enrôler, pour les voix de B, Damo Suzuki, second chanteur de Can, groupe élémentaire de la kosmiche music (1969 - 1975), lui se permet de refuser, voulant au contraire s'affranchir de tout code référentiel, forcément restrictif. C'est dans cet ordre d'idées, contre-indiquées, que Romain ira chercher, pour deux des morceaux les plus extravaguant de B - Baltimore, tout en puissance et Bamako, longue complainte à la noirceur vénéneuse - Bobby Gillespie, chanteur de Primal scream et Brigitte Fontaine , rencontrée par l'intermédiaire de son compagnon légendaire, Areski Belkacem, compositeur de génie (Fontaine, Barbara, Higelin...), lui même invité à décliner, tout au long de l'album, sa science des percussions. Si Romain Turzi revendique une filiation précise, dessinant un croissant pan-européen (la France de Camembert de Gong, Alpes, Heldon, Catharsis et De Roubaix, l’Allemagne identitaire de Can, Gottschring, Deuter, Harmonia et Faust et l’Italie de Morricone, Cipriani et Goblin) en plus d'un pont transatlantique (de l'Angleterre shoegaze des Jesus and mary chain, My bloody valentine et Ride à l'Amérique minimaliste - Reich, Glass, Chatham - ou noise de la No Wave et SonicYouth), il ne veut en aucun cas imiter et reproduire pour reproduire, à défaut de figer l'identité de son groupe qu'il estime en perpétuelle mutation. En 2007, lors de la sortie de A, Turzi est rapidement intronisé par la critique comme la contribution française la plus aboutie d'un revival krautrock en pleine ébullition. Loin d'être immérité, tant sur A renaît de la plus belle des manières le rock disciplinaire incarné par Neu!, Can ou Faust, Turzi jouant aussi bien sur la longueur des morceaux que sur la répétition de motifs simples et subtilement évolutifs, ce constat élogieux n'est pas ce qui intéresse Romain. Alors B est un contre-pied, tout en finesse : "ce que l'on cherche au final, c'est plus de jouer sur des paysages que sur des structures". Ainsi le disque est à prendre comme un tout, un ensemble nimbé d'électricité, mâtiné de claviers omniscients. Dès le début de B, une hostilité blanche se déploie, menaçante et incisive, à la frontière de l'indus anglo-saxon (Beijing, Bombay, Bangkok), remémorant en cela les bonnes heures du groupe angevin Hint, quand d'hypnotiques interludes, à connotations plus franchement germaniques, de Can à Tangerine Dream (Buenos Aires, Bethlehem, Brasilia), tempèrent, dans un registre plus familier au groupe, un album qui fera date. Turzi, et ses pendants psychédéliques (Étienne Jaumet), clubbin' (Joakim ) ou expérimentaux (Aqua nebula oscillator), dessinent les contours de formes musicales nouvelles, bien que référencées, et influentes bien au-delà de nos frontières. Ce n'est pas pour rien que le label qu'il a contribué à créer avec Arthur Rambo se nomme Pan european recordings (Koudlam, One Switch to Collision, Service).

Thibault

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Turzi - Brasilia

Tracklist

Turzi - B (Records Maker, 2009)

1. Beijing
2. Buenos Aires
3. Bombay
4. Bethlehem
5. Baltimore (feat. Bobby Gillespie)
6. Brasilia
7. Bangkok
8. Baden Baden
9. Bogota
10. Bamako (feat. Brigitte Fontaine)


The So So Glos - Tourism/Terrorism

the-so-so-glos-tourism_terrorismAutant le dire d'entrée, le deuxième album des So So Glos donne dès la première écoute l'envie de tout lâcher, de se lever, et d'aller crier avec eux : "Well fuck 'em all !" Car les quatre petits gars de Brooklyn font du punk, du vrai. Dès leur premier EP éponyme, sorti fin 2007, Alex Levine, Ryan Levine, Matt Elkin et Zach Staggers ont annoncé la couleur : ils ne feront pas dans le joli. Leur deuxième rejeton, Tourism/Terrorism, est de la même trempe : rauque, agressif, furieux.

"Brooklyn Calling"

Dès le premier titre, on ne peut s'empêcher de penser aux Libertines pour la musique et aux Clash pour la voix : cette ligne de guitare claire sur un gros son foutraque, ce chanteur qui ne maîtrise pas grand chose... Mais les So So Glos sont moins élégants que leurs confrères anglais, moins british, en somme. Et ils ne sont certainement pas dupes du monde dans lequel ils vivent, comme le révèlent leurs paroles, à la fois engagées ("Standing in front of the camera's a lot like standing in front of the TV it hurts to smile but after a while you get the money, you feel breezy ") et délicieusement sans queue ni tête ("But don't you feel afraid that your 40oz will be a cappuccino some day ?").
S'il y a un reproche que l'on ne peut pas faire à cet album, c'est celui d'être inégal : chacun des neuf titres a été enregistré avec la même grâce fêlée. De "Throw Your Hands Up", parfait pour sautiller dans une boîte punk, à la frêle comptine "There's A War (Holiday Version)", de l'efficace "Isn't It A Shame" à "Love Or Empire", fragile chanson d'amour toute cassée, les So So Glos ne renoncent jamais. Tourism/Terrorism culmine avec l'excellent "Execution", un hymne jouissif chanté d'une seule voix par le groupe et dont on imagine aisément l'effet dévastateur en concert.

"Fuck Art, Let's Dance"

Fidèles jusqu'au bout à l'esprit DIY du punk, les So So Glos ont fondé une communauté près de Brooklyn, à Bushwick. Point de cheveux longs, de poux et de discours soporifiques sur la paix dans le monde au Market Hotel, mais des concerts, des concerts et des concerts, ouverts à tous. Il suffit de regarder les quelques photos ratées qui traînent sur le MySpace pour deviner l'ambiance déglinguée qui doit y régner.
Alors, les So So Glos ont-ils tout bon ? Pas loin. Avec vingt-sept minutes de bonheur seulement (pour convenir à la génération iPod, dixit Alex Levine), la claque est aussi furieuse qu'elle est courte. C'est loin d'être original, ce n'est pas soigné, c'est mal chanté, c'est brutal et primaire, mais comme aurait pu le dire un célèbre rock critic, plus le boucan est grossier, plus c'est bon.

Emeline Ancel-Pirouelle

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The So So Glos - Execution

Vidéo

Tracklist

The So So Glos - Tourism/Terrorism (Green Owl, 2009)

1. There's A War
2. My Block
3. Throw Your Hands Up
4. There's A War (Holiday Version)
5. Execution
6. Isn't It A Shame
7. Love Or Empire
8. Island Loops
9. Underneath The Universe


Girls - Lust for Life (Hardcore version)

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On vous parlait la semaine passée de Seth Bogart à l'origine de Hunx and his punx, on le retrouve encore cette semaine, bite à l'air,  à l'affiche de la vidéo non officiel, non équivoque et néanmoins admirable de Lust for Life,  les trois minutes de musique les plus belles de l'année, emmenées par les surdoués de Girls.

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Le corps mince de Françoise - Something Golden

lecorpsmincedefrancoiseOn connaissait plutôt la Finlande pour sa fameuse école de conduite, sa Lapin Kulta et son métal faisandé que pour sa pop moderne et chaloupée. Il faudra désormais compter sur ces trois demoiselles venues du pays des rennes - au nom digne d'un film de Rivette et donné en hommage au pauvre chat anorexique de l'une d'elle - pour vendre la huitième maison de Kitsuné.

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LCMDF - Something Golden


Chris Garneau - El Radio

el-radioC'est un jour d'octobre, le soleil flatte mollement la nostalgie des cigales du Midi Festival. J'ai coché cette date d'un grand M, celui d'une maroquinerie assiégée, où Jeremy Jay nous a donné rendez-vous. Son concert à la Villa Noailles de Hyères, comme ses deux disques sortis coup sur coup (a place were could go - octobre 2008 - Slow Dance - février 2009), ont hissé haut le jouvenceau dans l'estime de la petite planète pop cousue dentelle. Du firmament, il redescend bas - le temps d'un concert espérons - étouffé d'une lourdeur inhabituelle, digérant mal la présence d'une seconde guitare (voix trop forte, saturations ferrailleuses). Tandis que la salle se vide avant la fin de ce set éprouvant, d'aucun n'est pourtant persuadé d'avoir fleurté, quelques instants auparavant, avec un monde magique et sensible où l'apesanteur des sens incommode l'idée d'un temps qui passe. Comme revenu d'un rêve éveillé, les lumières de la salle s'éclairent et surprennent, Chris Garneau et son groupe se lèvent, saluant une dernière fois un public médusé. L'homme, aussi timide que sa musique n'est fragile, vient présenter El radio, paru, comme son précédent album, Music for tourist (2007), sur Absolutely Kosher. Et pas grand chose ne prédisposait l'esprit critique à une telle supplique céleste. Sacrifier deux de ses doucereuses comptines sur l'autel d'états d'âme d'un bloc opératoire cathodique (grey's anatomy) a de quoi effrayer, surtout lorsqu'une publicité, vantant un parfum non moins délicat, enfonce le clou en s'appropriant l'intonation lascive d'Hometown Girls, présent sur El radio. Faisant fi de tout ce tralalala, les disques ne se vendent plus et il faut bien vendre, l'imagination trotte et se laisse joliment embringuer dans quelques merveilles qui la dépassent, à la manière d'Alice, l'illustre ingénue. La voix de Chris Garneau, mutine et inclassable, sublimé d'un confondant piano cristallin, insinue élégamment les arrangements d'une violoncelliste altruiste et d'un batteur beau à voir jouer. Les morceaux défilent et, sans écoute préalable, El radio se pare déjà d'une ineffable fraîcheur pop, accordant, poétiquement, la plus franche des mélancolies à l'enjouement des plus subtils. Précisément là où l'épure ascète de Music for Tourist avait de quoi refroidir. Enregistré aux confins d'une pleine nature américaine, dans le New Hampshire, El radio, comporte quatre parties pour douze morceaux suivant le rythme des saisons et lorsque certains citent non sans raison feu Elliot Smith - pour la voix - et Sufjan Stevens - pour les arrangements - comme influences, lui préfère mentionner Jeff Buckley et Nina Simone. Ce qui n'est finalement qu'évidence tant la tension dramatique, oscillant entre joie et désespoir, habite El radio. La complainte inaugurale The Leaving Song, montée tout en cordes et en intensité, trouve son exact double inversé dès la plage suivante avec Dirty Night Clowns, chanson de cabaret à l'espièglerie magnifiquement orchestrée, tandis que le dépouillé Raw and Awake conclu la partie printanière du disque. L'été fait grâce du premier single No more pirates, rappelant la grandiloquence d'un Sufjan Stevens inspiré, et d'un hymne délicieusement mutin - Fireflies - contrastant de la plus belle des manière avec Hands on a radio, où l'intimité du new-yorkais s'expose avec cette finesse qui caractérisait Elliot Smith. L'automne est la saison la plus triste - Over and oOer - et sans doute la moins attachante - Hometown girl - même si Cats and Kids transpire d'une amertume salée assurément poignante. L'instrumentale Les Lucioles en ré Mineur, clin d'œil à ses quelques années passées à Paris lors de son enfance, entame l'hiver d'un malicieux petit air trouvant son échos regretté avec Things she Said et sa langueur crépusculaire. Pirates Reprise, s'octroie un onirisme que Jason Lytle ne dédaignerait aucunement, surtout au moment décisif de clôturer un album délesté d'une année calendaire bien remplie. Mature mais vulnérable, les deux faces d'une pièce des plus précieuses.

Thibault

Bonus

Nous avons capté le New Yorkais lors de sa dernière descente parisienne, deux titres live spécialement pour nous!

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Chris Garneau - Dirty Night Clowns

Tracklist

Chris Garneau - El radio (Naïve, 2009)

01. The Leaving Song
02. Dirty Night Clowns
03. Raw and Awake
04. Hands on the Radio
05. No More Pirates
06. Fireflies
07. Hometown Girls
08. Over and Over
09. The Cats & Kids
10. Les Lucioles en ré Mineur
11. Things She Said
12. Pirates Reprise
13. Black Hawk Waltz (Bonus track)


On y était - BBmix Festival

Pour sa cinquième édition, le festival boulonnais BB Mix prend ses quartiers dans la grande salle flambant neuve du Carré Bellefeuille.

Jour 1 : Comme une ombre

Et ce soir, le public est à l’image de cette dernière : il est propre et il sent bon. A l’ouverture des portes, personne ne se presse : aujourd’hui, on ne vient clairement que pour les Shades, la tête d’affiche, qui ne jouera qu’après vingt-deux heures.

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PRIVATE

Les organisateurs ont parié sur ce groupe, directement issu de l’écurie BB Mix puisqu’il répète dans les locaux gérés par l’équipe, pour ouvrir l’édition 2009 du festival. Mais à part ses proches, Private a du mal à conquérir le public clairsemé – et assis, à cause de la configuration de la salle. Et cela malgré l’enthousiasme communicatif de son chanteur, Alex Aguiar, et son harmoniciste suréquipé – cinq instruments au compteur ! Présentés sur le programme comme les « dignes fils spirituels de Jacques Dutronc » et les « rejetons français des Strokes » (ils y sont peut-être allés un peu fort), les membres de Private présentent ce soir au public leur premier album, qui sortira prochainement. Les morceaux sont carrés et efficaces, mais loin d’être révolutionnaires, et les paroles laissent parfois un goût amer – on a beau dire, pubis, ça passe mieux en anglais.

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HECUBA

Les fans des Shades, apparemment beaucoup plus lookés qu’ouverts d’esprit, accueillent avec des ricanements le duo californien. Il est vrai qu’Isabelle Albuquerque et Jon Beasley ont l’air de venir d’une autre planète. Coiffés et habillés strictement de la même façon – si bien qu’on a presque du mal à distinguer l’homme de la femme – les deux acolytes nous livrent sans ciller leur show spatial. Isabelle, qui maîtrise parfaitement ce petit mouvement de jambes entre le moonwalk et les claquettes, semble en proie à une sorte de transe statique, tandis que son partenaire se déchaine sur son ordinateur, son clavier et sa guitare. On s’aperçoit assez rapidement que les chansons qui nous avaient paru d’une froideur chirurgicale à l’écoute de l’album (Paradise, leur premier opus, sorti cette année) sont en réalité fondées sur des mélodies pop à la fois sucrées et glaciales, qui donnent à cette prestation étrange un petit goût de reviens-y.

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ULTRA ORANGE

La salle se remplit peu à peu, mais les spectateurs persistent à rester assis. Et malgré ses nobles efforts, le groupe le plus hype de Boulogne – avec Booba – ne parviendra pas à les faire se lever ; ça n’aura pas été faute d’essayer. Pour présenter leur quatrième album, à paraître, Gil Lesage et Pierre Emery sont accompagnés d’un bassiste et d’un batteur. Emery mène le show avec une sauvagerie élégante – ce n’est pas sans raison qu’Iggy Pop himself l’a surnommé « l’Iguane français » – tandis que sa femme, un peu trop effacée, ressemble à une sorte d’Alison Mosshart (monomaniaque, moi ?) plus mûre et un brin usée. Mais si sa guitare n’a qu’une corde, elle la torture avec grâce, tout en jouant des talons aiguilles sur sa pédale avec beaucoup de sensualité. Ses mouvements sont lourds et poussiéreux, comme les nouvelles compositions d’Ultra Orange, qui prend soin tout de même de satisfaire les quelques fans qui se sont déplacés en jouant son classique « J’ai du Cream sur mon Jean ». Le duo élargi livre donc une prestation rock’n’roll à l’ancienne, et tente même de faire participer le public léthargique. Qui est toujours assis, donc.

shades1LES SHADES

Mais enfin, la salle se remplit – sans être pleine tout à fait – de jeunes filles toutes plus fashion les unes que les autres. Certaines, presqu’à moitié nues, espèrent sans doute attirer l’attention d’un membre du groupe. Les journalistes et les caméras sont là, il ne s’agirait pas de passer inaperçue. En attendant l’arrivée des Shades, la salle retentit de flashes et autres « Noooon, pitiéééé, ne la mets pas sur Facebook ! » Finalement, les lumières s’éteignent, les appareils photo se dressent (n’y voyez aucune allusion phallique) et les oreilles se tendent. Benjamin et sa doudoune sans manches débarquent sur scène, vite rejoints par les quatre autres membres du groupe. Acclamés par la presse rock à la sortie de leur premier album, Le Meurtre de Vénus, en mars 2008, les Shades viennent présenter en exclusivité ce soir leur deuxième opus, 5 sur 5, qui sera dans les bacs en janvier 2010. Le public se réveille peu à peu, mais a toujours les fesses vissées à son siège. Et pourtant, le groupe se donne à fond pour présenter ses nouveaux morceaux, toujours aussi efficaces. On remarque surtout le très élégant Etienne à la guitare – il faut croire que les mocassins à glands ne sont pas un obstacle quand on est doué – qui n’hésite pas à mouiller sa chemise et à montrer qu’il connaît les paroles par cœur, même s’il ne chante pas. A la fin du concert, Benjamin explique au public qu’il regrette que la configuration de la salle n’ait pas permis un concert plus rock’n’roll (« J’ai l’impression d’être au cinéma »), mais exprime aussi son plaisir d’avoir joué devant un public assis (oui, toujours), attentif et intéressé. A la fin de la dernière chanson du set, dans un dernier élan pour tenter de provoquer une réaction chez le public, il fracasse sa guitare au sol. Et s’en va.

Jour 2 : I feel like a porn movie

De retour au Carré Bellefeuille pour la deuxième soirée du festival BB Mix, on constate tout de suite que le public a bien changé, depuis hier : plus âgé, plus branché, il est venu pour découvrir la programmation pointue du jour. Les festivités commencent à 17h avec la projection d’un film sur Syd Barrett (John Edginton, The Pink Floyd & Syd Barrett Story) suivie d’une conférence donnée par Jean-Michel Espitallier, l’auteur de Syd Barrett, le rock et autres trucs. Quoi de mieux que de nous raconter l’histoire de l’ange maudit du psychédélisme pour nous préparer à cette soirée placée sous le signe des freaks?

dogbowlDOGBOWL

C’est au new-yorkais Stephen Tunney que revient la lourde tâche d’ouvrir les réjouissances. Il n’aura aucune peine à s’en acquitter, ses fans ayant répondu présent à l’appel de BB Mix. L’ex-King Missile, seul sur scène avec sa guitare et son ordinateur (« This is my group »), nous livre avec une désarmante simplicité ses modestes comptines douces-amères. Les paroles sont attendrissantes, l’accompagnement acidulé, et tout contribue à rendre Dogbowl touchant – même sa danse d’albatros un peu pathétique. On a presque du mal à croire que ce vieux monsieur un peu bedonnant est l’un des acteurs les plus convaincants de l’underground new-yorkais – et ce depuis plus de trois décennies – tant il est humble. Le festival n’est pas encore terminé, mais on peut déjà affirmer que Dogbowl en restera l’une des rencontres les plus attachantes.

momus

MOMUS

Attachant n’est pas le terme qui convient le mieux à Momus. Dès son entrée sur scène, l’énergumène annonce la couleur : cagoulé, il se traîne sur le sol en imitant un infirme et en psalmodiant de sa voix grave et nasillarde son premier titre, en français, dont il lit les paroles manifestement fraîchement écrites sur son iPod. Fidèle aux thèmes qu’il aborde tout au long de ses vingt-et-un albums, il déblatère un monologue à peine chanté sur les toilettes réservées aux handicapés. C’est bizarre, et c’est drôle. A la fin de ce numéro, il se découvre le visage, se présente, et nous fait partager son univers lubrique et malsain. Il fait des claquettes, mime une valse ou parle à ses partenaires imaginaires, sans jamais ignorer le public pour autant. On sent parfois un léger malaise parcourir la salle, et je peux affirmer qu’avoir cet individu à quelques centimètres de soi n’est en effet pas l’expérience la plus rassurante que j’aie vécu. Si les avis sont sans doute partagés sur cet artiste, personne ce soir n’a pu rester indifférent à cette créature qui semblait tout droit sortie du laboratoire d’un savant mal intentionné.

JAUNE SOUS-MARIN

Aujourd’hui, entre chaque concert, les deux facétieux trublions de Jaune Sous-Marin présentent leur performance au bar du Carré Bellefeuille. Le concept est simple : donner une traduction littérale en français des grands tubes de la pop culture. Et les arrangements musicaux sont, comme les paroles, malmenés : on se souviendra longtemps des grands solos muets de « Mauve Brouillard » ou de « Ma Génération », ou des riffs avortés de « Dieu Sauve La Reine » ou de « Méchant » (mais si, vous savez, le grand tube de Michael Jackson). Ils n’ont pas peur non plus de mimer la scène mythique de la guitare-fellation entre David Bowie et Mick Ronson. Le résultat, aussi jouissif qu’horripilant, est absolument génial, et le public, qui s’amuse à chaque nouvelle intervention à retrouver les chansons originales, ne s’y trompe pas, et ne manque pas de manifester son enthousiasme.

gravenhurstGRAVENHURST

Mais c’est déjà le tour de Nick Talbot, alias Gravenhurst, de monter sur scène. Changement de style : après les deux fondus du bocal adeptes des rapist glasses et du pantalon de contrôleur de la RATP un peu tombant, c’est un jeune homme bien propre sur lui qui vient nous proposer ses ballades émouvantes. Seul sur scène, il livre une prestation intimiste dans un silence presque religieux. C’est bien ficelé, presque parfait, mais ça manque un peu de nerf, et malgré sa voix céleste, Gravenhurst paraît un peu fade au regard de la programmation de ce soir.

thedrones

THE DRONES

Heureusement, les quatre Australiens des Drones ne tardent pas à arriver. On note un changement d’attitude chez le public : pour la première fois, on se bat pour les places au premier rang. Les chevelus à barbe remplacent peu à peu les branchés over-lookés, et ça commence à sentir la bière – jusqu’ici, on était resté très Coca Zéro. Les Drones attaquent avec leur premier titre, redoutablement efficace, et il se passe un truc inédit dans le public – franchement, on n’a pas idée de se lever pour aller se tenir debout devant la scène ! Pour la première fois depuis le début du festival, les gens sont debout. Et on les comprend : le rock noisy des Australiens donne furieusement envie de se balancer sur place. Fondée sur une section rythmique hyper carrée – Fiona Kitchin, à la basse, joue d’ailleurs dos au public, concentrée qu’elle est sur le jeu du batteur, Michael Noga – leur musique puise dans le rock traditionnel et le blues pour les mélanger à des sonorités atonales qui semblent soudain évidentes. Gareth Liddiard, dont le corps est sans cesse tendu entre sa guitare trop basse et son micro trop haut, s’époumone, chuchote parfois. Et si, au début de la prestation, Dan Luscombe, le guitariste, avait avoué au public encore assis qu’il avait l’impression d’être un « unpopular movie », on ne peut que lui donner tort : ce soir, les Drones ont enfin réussi à enflammer BB Mix.

Jour 3 : De l’appétit au dégoût, du dégoût à l’appétit

Plus les jours passent, et plus le public de BB Mix vieillit. Ce soir, les amateurs éclairés de l’immense Marc Ribot remplacent les groupies prépubères des Shades. Pour la première fois depuis le début du festival, le public se presse devant les portes du Carré Bellefeuille dès 19h et, la salle à peine ouverte, se jette sur les premiers rangs. Ça promet.

skeletonSKELETON$

Pour ouvrir le bal, BB Mix a choisi ce jeune quatuor new-yorkais, adepte d’une musique atonale et arythmique. Portées par des beats tribaux, leurs expérimentations sont riches, mais très atypiques. Si leurs morceaux sont « impossibles à chanter sous la douche », comme le disait hier Jean-Michel Espitallier à propos de Syd Barrett, ils sont très bien reçus du côté des spectateurs – peut-être parce que le guitariste ressemble au fils de Romain Duris et d’un mannequin Dolce&Gabbanna, mais ne nous égarons pas. Très honorés de jouer en première partie de Marc Ribot, comme le précise le guitariste sus cité, les quatre geeks ont réussi de façon très convaincante à préparer le public à la performance plus qu’expérimentale qui va suivre.

ribot

MARC RIBOT'S CERAMIC DOG

Quand le rideau rouge s’ouvre à nouveau après la pause, le guitariste mythique est acclamé. Et pourtant, loin de l’image traditionnelle du guitar hero, l’homme ne paye pas de mine : prostré sur son instrument tout le long du concert, il tourne presque le dos au public. Le set des Ceramic Dog, son dernier groupe, dont le premier album, Party Intellectuals, est sorti en juin 2009, débute par une reprise de Gainsbourg, « Un Poison Violent C’est Ça L’Amour », en hommage à Alain Bashung, dont Ribot a été le guitariste. Ce dernier tient bien son rôle de maître de cérémonie : ses trois musiciens gardent sans cesse les yeux rivés à son index, qui leur désigne le départ de leurs solos. Ils malmènent leurs instruments pour en tirer des sons improbables, et le résultat est pour le moins déroutant – mon voisin de droite dessine des lettres dans le vide : « WTF ? ». On accordera une mention spéciale au batteur, Ches Smith, sorte de génie autiste et dégingandé qui tape sur tout et n’importe quoi, mais qui ne tombe absolument jamais à côté – parvenir à refaire ses lacets et cracher du Red Bull tout en continuant de jouer, c’est fort. Au milieu de ces tentatives musicales obscures émergent parfois de purs moments de bon vieux rock’n’roll ; on ferme les yeux, et la voix de Marc Ribot ressemble étrangement à celle de Bob Dylan. Les morceaux des Ceramic Dog semblent en constante création/évolution. On savoure d’ailleurs ces moments de suspens où aucun des musiciens, les yeux toujours fixés sur le maître, ne semble savoir où il va. Quand le rideau se referme, le public, admiratif autant que surpris, en réclame encore. Le groupe revient pour un dernier moment de grâce avec sa géniale reprise du « Break On Through » des Doors, qui conclut dans un splendide fracas l’édition 2009 du festival BB Mix.

Si l’on excepte le premier soir, un peu à part, on ne peut que féliciter l’équipe de BB Mix pour la cohérence et l’exigence de sa programmation, très east coast et lunettes ringardes qui, si elle nous a fait passer du dégoût (Private) à l’appétit (The Drones) ou de l’appétit (Marc Ribot’s Ceramic Dog) au dégoût (Momus), n’a en tout cas laissé personne indifférent.

Emeline Ancel-Pirouelle

credits photos : Emeline Ancel-Pirouelle


Hartzine Autumnmix#2

autumn1Attente. Affalé dans le canapé. L'air est froid. Automne à Paris. Les minutes passent et ne provoquent rien. L'impression d'attendre. Quelque chose d'indéfinissable. Loin de tout. Expulsé du reste. C'est agréable. Je porte nike air max pas cher
attention à l'écran, la fumée emplit la pièce. Musique crépusculaire, manies irrépressibles. Je glisse doucement dans la nuit. Les yeux mi-clos. Mon stylo ne servira pas. Mes livres resteront fermés. Je scrute un silence qui n'existe nike air max pas cher nike air max 90 pas cher nike air max pas cher pas. Pas d'autre ambition que celle de rester affalé. Et les feuilles peuvent toujours tomber.

Thibault

01. The Antlers - Thirteen / extrait de l'album Hospice ( Frenchkiss, 2009)
02. The XX - Islands / extrait de l'album XX (Young Turks, 2009)
03. Kings of Convenience - Boat Behind / extrait de l'album Déclaration of Dependance (EMI, 2009)
04. Sparklehorse feat. Julian Casablancas - Little Girl / extrait de l'album Dark Night of the Soul
05. Chris Garneau - Fireflies / extrait de l'album El radio (Naïve, 2009)
06. I am Kloot - Strange Little Girl / extrait de l'album B (Townsend Records, 2009)
07. The Wave Pictures - Canary Wharf / extrait de l'album If you Leave it Alone (Moshi Moshi, 2009)
08. Gravenhurst - I Found the F / extrait de l'album Warp 20 Recreated (WARP, 2009)
09. The Pains of Being Pure at Heart - Higher than the Stars (Saint-Etienne visits Lord Spank mix) / extrait de l'abum Higher than the Stars (Slumberland, 2009)
10. Jeffrey Lewis and The Junkyard - The Upside Down Cross / extrait de l'album Em Are I (Rough Trade, 2009)

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Hunx and his Punx - Teardrops on my Telephone (videos)

hunk1

On ne connait pas grand chose de ce groupe étrange originaire de San Francisco, outre qu'il s'agit d'un side project emmené par Hunx alias Seth Bogart de Gravy Train!!! et ancienne figure mythique de la presse alternative gay. Pendant Rock'n Roll des Bad Queer Boys du groupe de rap gay V.I.P , Hunx and his Punx, à travers son esthétique camp et son emphase de folle dingue interroge, pour mieux la déconstruire, l'imagerie populaire et hétéronormée de l'homosexualité. Queer as Punk!

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Chairlift L'interview

char

De passage en France pour assurer la première partie de la tournée de Phoenix, Aaron Pfenning, Caroline Polachek et Patrick Wimberly, les trois membres de Chairlift, nous ont, à la sortie de leur prestation au Zenith de Paris le 19 octobre dernier, accordé quelques minutes pour répondre aux différentes questions qui, depuis la sortie l'an passé de leur séminal premier album Does you Inspire you, nous brûlaient les lèvres.

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