The rodeo coverAssis sur le lit défoncé d’une chambre miteuse à deux dollars la nuit entre John Fante et ce bon vieux Hank, tu sirotes ta bière réchauffée à l’abri du soleil qui cogne sur Sunset Boulevard. Les minces rais de lumière qui s’échappent des persiennes te laissent à peine distinguer les fissures qui parcourent les murs moisis. Les voitures glissent devant la fenêtre comme les vagues s’échouent sur la plage. Pour rien au monde tu n’échangerais ta place contre une suite au Château Marmont. Même les cafards qui s’échappent des planches du parquet ont un air amical.
Et puis tu te réveilles. La pluie qui frappe mollement tes carreaux fait s’écrouler brutalement cette vision persistante. Sauf les cafards. Non, tu n’es pas à Los Angeles mais dans la chambre parisienne minuscule que tes modestes revenus te forcent à habiter. Et ça a beau être tout aussi pourri, ça a nettement moins de charme que si c’était sur la côte californienne. Découragé, tu t’écroules à nouveau sur ton oreiller, tentant désespérément de retrouver cette sensation, la chaleur du soleil brûlant à travers les volets, l’ombre glauque et protectrice, les compagnons littéraires, l’alcool bon marché. C’est là que The Rodeo intervient.
A l’heure où tu te traînais de bus en métro à un énième job d’été inintéressant, Dorothée Hannequin, sac au dos, parcourait déjà les routes californiennes en Greyhound au beau milieu du peuple américain, du vrai. Elle en a ramené une musique apatride, ni vraiment américaine, ni vraiment française, mais qui mêle avec brio traditions étasuniennes et second degré pop. Son accent non identifiable, cette façon si particulière qu’elle a d’enrober les -r- et ses références cultivées lui permettent cependant d’obtenir un passeport au pays des gens de goût. Après deux EP remarqués, My First EP et le bien nommé Hotel Utah, Dorothée vient de présenter au public désormais avide de sa musique son premier album, Music Maelstrom. Si les deux EP qui l’ont faite connaître étaient assez éclectiques et marqués par une culture pop de la reprise, ce premier opus, plus cohérent, se recentre sur une americana mâtinée d’une discrète ambiance de saloon.
L’album s’ouvre sur le déjà fameux On The Radio, désormais accompagné d’un clip digne de ce nom. Quelques secondes suffisent pour nous ramener dans notre ditch fantasmé. Notre rêverie s’envole avec la mélodie pop de Love Is Not On The Corner, puis s’installe délicatement dans les ambiances sobres et discrètes de My Ode To You, Bird, Modern Life ou High Resolution. Les arrangements délicatement ciselés ne tombent pour autant jamais dans la niaiserie : la voix légèrement éraillée de Dorothée sort Hand Shadows de la joliesse gratuite. Il ne s’agirait pas d’oublier l’avertissement prodigué dès le premier titre de My First EP : « I’m rude« . Avec Little Soldier et Passing Through, The Rodeo distille savamment ses influences country, de Gene Autry à Hank Williams en passant par les premiers Elvis Presley. Le premier de ces titres nous pousse sans regret hors du confort déglingué de la chambre pour nous emmener dans un de ces bars où les cow-boys alcoolisés renchérissent avec classe sur ses paroles, formant une sorte de choeur aussi docile que sauvage. Dorothée les dompte à merveille ; pour une Française, elle n’a pas à rougir de sa country. Quand elle quitte les vachers, c’est pour retrouver Uncle Sam, un personnage inspiré par les marginaux qui peuplent la littérature américaine, celle de John Fante et de Bukowski, justement. Cet oncle littéraire dispense son influence bienfaisante sur l’album, et on ne regrette même pas qu’il siffle désespérément faux. On quitte Dorothée à regret avec le dernier titre de Music Maelstrom, l’impitoyable I’m Gonna Leave You, qui incarne néanmoins à merveille la quintessence de The Rodeo : une musique soigneusement sculptée dans un amour brut pour la culture américaine et qui se caractérise par l’élégante sobriété qu’elle sait conserver en toute circonstance.

Interview

Un article signé Patrice

Audio

The Rodeo – Uncle Sam

Bonus

Tracklist

The Rodeo – Music Maelstrom  (Emergence/Naïve, 2010)

1. On The Radio
2. Love Is Not On The Corner
3. My Ode To You
4. Bird
5. Little Soldier
6. Uncle Sam
7. Hand Shadows
8. Modern Life
9. Passing Through
10. High Resolution
11. I’m Gonna Leave You

mais aussi en tournée
24/03 @ 6 PAR 4 – Laval
26/03 @ ECHONOVA – Vannes
30/03 @ Café de la danse – Paris
01/04 @ La Péniche – Lille
03/04 @ La Cartonnerie – Reims
09/07 @ La Fourmi – Limoges
10/04 @ La Coop de Mai – Clermont-Ferrand
15/04 @ Antipoe – Rennes
19/04 @ Rock School Barbey – Bordeaux
22/04 @ La Laitierie – Strasbourg