La première fois qu’il nous a été donné de nous frotter à la musique du très discret Klaus Von Barrel, celui-ci sévissait sous le sobriquet de Die Jungen, livrant une dream pop humant le cuir usé d’une vieille Plymouth, l’huile de moteur et la gomina. De doucereuses pop songs semblant s’ancrer dans la désuétude des sixties. The KVB changea la donne avec un Into The Night signé chez Downwards révélant les penchants du musicien anglais pour les ambiances plus ténébreuses, devenant par la même occasion l’un des emblématiques fleurons du label hétéroclite mais ombrageux du producteur Karl O’Connor, aux côtés de Tropic Of Cancer et Pink Playground. Quelques jours avant sa venue à l’Espace B, nous nous devions de lever le voile sur la dernière production de cet artiste résolument majeur paru en octobre dernier sur le label Clan Destine Records.

On se laisse volontiers pénétrer par les volutes shoegaze éraillées de Closing In, hommage passéiste et persistant convoquant les fantômes d’un post-punk des plus mancuniens. Slalomant hors-piste entre cold wave exaltée et dark wave hypnogène, Subjection/Subordination nous plonge dans un état de semi-coma permanent, oscillant entre cauchemar nébuleux, vicié, fiévreux… et hallucination apathique, quasi-lynchienne. Un univers moribond où se croisent vrilles bruitistes et manifestes pop aux couleurs délavées. Des titres comme Slow Death ou Again And Again en sont l’exemple parfait. Si l’on ne peut s’empêcher de penser à la fine fleur du label Factory sur le très corrosif Who Knows, Klaus Von Barrel pervertit ses mélodies de riffs incisifs. La voix lointaine, noyée dans l’écho des larsens, le musicien déploie son spleen, ses pensées s’enchevêtrant dans un marasme  de déflagrations électriques, s’évaporant comme un nuage de fumée au milieu du crépitement de multiples étincelles. Cependant, bien que faisant appel à de bonnes vieilles méthodes que n’auraient pas reniées Joy Division ou Suicide, la musique de The KVB est loin de paraître rétrograde. La profusion d’éléments électroniques est là pour nous le rappeler. Un usage que Klaus utilise sans abus, comme sur Sleeping Walking, où la boîte à rythme dessert la trivialité d’une ligne de percussion lourde et abyssale, figeant le track dans un abîme caverneux. Une délicate pousse noirâtre, bordée d’épines, que l’on ne peut malgré tout s’empêcher de caresser. Un album bercé par une digue de claviers spectraux, hantant des mélodies déchaînées par le tumulte de lignes synthétiques menaçantes, dont la seule rémittence permise est dûe à cette voix à la fois monocorde mais captivante l’habitant. Voyageant inlassablement entre lumières et ténèbres, l’aura musicale de Subjection/Subordination se distancie de quelconques étiquettes pour se révéler au fil d’hymnes DIY comme un objet étonnant d’intense fascination.

Difficile de décoller ses esgourdes de cette compilation de tracks s’imbriquant habilement pour former l’une des plus viscérales et jouissives découvertes de cette fin d’année 2011. C’est à ce titre qu’Hartzine conviera The KVB autour d’un concert exclusif le 14 janvier prochain à l’Espace B, permettant de saluer le talent de l’artiste sur les planches et de s’abreuver de mélodies délicieusement écorchées dont Klaus a l’art et la manière de nous sublimer.

Vidéo

Tracklist

The KVB – Subjection/Subordination (Clan Destine Records, 2011)

1. Closing In
2. Burning World
3. Slow Death
4. Nightmares #2
5. 8 Hours
6. Sleep Walking
7. Who Knows
8. Again And Again