The Autumn Defense – Fifth

Une chronique d’un album de soft rock sur hartzine ? Eh bien oui, vous n’hallucinez pas, nous osons… Parce qu’il nous faut bien comme à tout un chacun une bande-son à nos matins d’hiver, nos dimanches d’automne, nos lendemains de soirées souvent bruyants, nos rêves de road trip californien…

Bien sûr, dans le soft rock, il y a beaucoup à jeter (Chicago — le groupe — … in… America !), voire à brûler (toutes ces déclinaisons FM à vomir produites dans les 80’s…). Mais il y a aussi du bon, tout ce qui renvoie aux grands classiques ayant servi de base à l’éducation musicale mainstream de bon nombre de musiciens ou de critiques dont les parents n’avaient dans leur discothèque que l’album « bleu » des Beatles, Hotel California de The Eagles, et pour les plus érudits d’entre eux, Rumours de Fleetwood Mac, Harvest de Neil Young ou encore le premier album de Gram Parsons.

C’est du côté de ces derniers que s’inscrivent John Stirratt et Pat Sansome avec leur bien nommé projet The Autumn Defense. Échappés de Wilco, ce groupe majeur des vingt dernières années pourtant non reconnu chez nous à sa juste valeur, et de l’emprise de son génial leader Jeff Tweedy, ces deux multi-instrumentistes brillants nous démontrent qu’ils sont la substantifique moelle et le ciment du groupe de Chicago (la ville).

theautumndefense2_wide-f769a376e1bccd2d54fbbbfaa58a5a67864ab846-s6-c30

Ce side-project,  créé en 1999 alors que Sansome n’est encore que musicien de studio pour d’autres et que Stirratt et ses comparses viennent de sortir dans la douleur leur excellent Summerteeth, en est  aujourd’hui à son cinquième album avec la sortie de Fifth (Yep Roc Records), faisant suite notamment au LP Circles (Arena Rock Recording Co, 2003) déjà largement acclamé outre-Atlantique. Cette nouvelle production est faite dans le même pot que les précédentes, à savoir celui du meilleur rock West Coast des 60’s et des 70’s, avec des compositions léchées, des harmonies somptueuses et une réalisation archi soignée. On sent le duo maîtriser parfaitement son art, après des années de tournées avec Wilco.

On pense bien sûr à Big Star (les voix entremêlées rappellent par moment étonnemment celle d’Alex Chilton) : un morceau tel que Things On My Mind joue par exemple dans la cour d’un September Gurls, sans pour autant atteindre sa perfection. Il faut aussi chercher leurs influences du coté des Anglais de The Beatles bien sûr (la guitare de Harrison  est convoquée ici et là), The Kinks, The Zombies (le titre The Light In Your Eyes en particulier), et de leurs pendants US The Beach Boys (I Want You Back n’aurait pas dénoté sur un album de Brian Wilson) ou encore Love.

À la première écoute, les mélodies sont familières et transmettent leur chaleur et leur douce mélancolie à l’auditeur, l’embarquant sans détour sur une plage de Santa Monica (Why Dont’ We). L’écriture ciselée rappelle celle d’un McCartney, à l’image des arpèges d’Under The Wheel, couplés avec un son plutôt cotonneux dont est adepte chez nous le Suédois Peter Von Poehl. La ballade de clôture What’s It Take pourrait quant à elle être tirée d’un Greatest Hits de Harvey Williams.

Bien sûr, il faut mettre les choses en perspectives, ce groupe n’est pas révolutionnaire et leur disque n’est tout de même pas un chef-d’œuvre mais pour autant, point de remplissage chez The Autumn Defense, qui séduit par la sincérité et l’humilité de ses compositions aux références non dissimulées, totalement à l’image de ce duo on ne peut plus sympathique (on prend ici à témoin la poignée de curieux à avoir assisté à leur showcase décontracté dans la minuscule boutique Fargo seulement quelques minutes avant le concert parisien de Wilco en 2012).

Là où les expérimentations virtuoses de Wilco (il n’y a qu’à voir Nels Cline et Glenn Kotche sur scène…) forcent le plus souvent son public à des écoutes attentives et répétées pour saisir tout  le génie du groupe, la simplicité apparente des chansons de The Autumn Defense convainc immédiatement, laissant trotter dans nos cerveaux un trop-plein de musique leurs mélodies à fredonner sous la douche.

Audio

Tracklist


The Autumn Defense – Fifth (Yep Roc Records, février 2014)

1. None Of This Will Matter
2. This Thing That I’ve Found
3. I Can See Your Face
4. I Want You Back
5. Walling Your Name
6. Can’t Love Anyone Else
7. August Song
8. Under The Wheel
9. Why Don’t We
10. The Light In Your Eye
11. Things On My Mind
12. What’s It Take