Patronyme avant d’être un pseudo scénique, Terdjman enracine son étymologie dans le mot arabe « tourdjoumân », un interprète ottoman. C’est la musique une fois encore vue comme vecteur universel, elle-même médium de l’interprète chanteur, mais se suffisant aussi — comme s’y entend Nicolas Armand quand il traduit par un jeu de modulations rauques et stridentes une angoisse métaphysique sur fond d’iconographie religieuse — d’une exploration sonore pour transmettre directement de l’objet au tympan, sans autre intermédiaire que les ondes parcourant l’espace, un message de l’affect. Au langage devenu superflu et contournant ainsi notre malédiction babélienne, Terdjman substitue le signifiant-son, la linguistique phonique et ses syllabes douées d’émotion brute à défaut de parole.

Dans Ov Control, son dernier LP à paraître demain sur Tripalium et en écoute intégrale et exclusive ci-dessous, le drogman parisien arrondit son vocabulaire d’une approche techno qu’on lui a déjà connue sur Alphonse Louis, et dont il infléchit le discours industriel d’incursions bruitistes (Skullfuck Ritual) et de sombres plages ambient (Séance Disciplinaire). C’est une oraison noire à la syntaxe ritualisée faisant le lien entre une liturgie cabalistique et ses formes les plus expressives, quelque part entre le kick pesant de Stella Matutina et la rondeur organique de l’éponyme et conclusif Ov Control. À l’oreille l’impression est double, sensation d’un côté, séquelle physique de l’autre, marquant l’écoute comme on marque le cuir d’une bible hermétique, de ce genre d’artefacts fétiches du black metal dont s’inspire Terdjman pour s’extraire des cloisonnements stylistiques de la techno contemporaine. On échappe au pire, le black metal c’est aussi ça.

La release party d’Ov Control se tiendra vendredi 1er avril au Supersonic en compagnie de Paulie Jan, Ramcé, Gakona et Paris Acid Boysevent FB.

Vidéo

Terdjman – Skullfuck Ritual

Full stream

Terdjman – Ov Control (Tripalium, 31 mars 2016)