Un collectif/label dont on parle un peu moins, mais autour duquel on tourne pas mal depuis quelques temps déjà, c’est Staycore. Des Suédois bien intéressants réunis autour de Dinamarca, Toxe, Mechatok, Mobilegirl et quelques autres. Enfin des Suédois, des Suédois Soundcloud, donc forcément ça brasse large autour du monde, des Bernadotte contemporains, on dira. Staycore est plutôt connu pour ses compilations d’été (SUMMER JAMS 2K15 notamment)et quelques EP (Muscle Memory de Toxe par exemple).

Erelitha est la dernière sortie du collectif et elle réserve plein de belles surprises. Une intro sur des bruits d’orages et des instrus néo-R’n’B; un morceau vraiment très très cool d’Oklou, assez différent des productions habituelles de la jeune Picte, plutôt Lotic que le R’n’B tumblr « post-internet » de Coucou Chloé ou Lauren Auder sur ce coup là, et c’est vraiment très réussi (en plus il y a des petits bruits d’animaux bizarres sur le morceau). Trois tubes qui s’enchainent, Bite de Toxe (qu’on a beaucoup aimé pour un remix débile drôle de Britney), Day lite de Mechatok (qu’on connait plus comme producteur), Tanta Negro de Zutzut (qui d’habitude traine ses guêtres chez les Mexicains de N.A.A.F.I) et même un morceau de MM, Miss Modular, dont on avait vraiment bien apprécié la dernière sortie néo-voguing techno bien méchante chez les Londoniens de Her Records. Ça fait déjà pas mal de raisons de télécharger cette compilation d’un été suédois.

Globalement la compilation est construite comme une mixtape, ce qui lui donne une cohérence plutôt intéressante. On retrouve quelques tropes de la scène monstrueuse qu’on essaie de définir depuis les premières sorties de Lotic. Des samples de voix bizarres, une manière de pratiquer la boucle, de jouer sur les codes aussi bien du dancehall, du dubstep, que de la vogue musique ou de la techno. Et un soin particulier apporté à la basse, ou à la percussion à contre-temps. Staycore mélange aussi cette scène monstrueuse avec une certaine frange de la scène R’n’B d’aujourd’hui qu’on aime bien, et notamment plein de petites instrumentations mignonnes au synthé ou un goût pour les tentatives de ré-utilisation des sonorités eurodance, dancehall et vaporwave (RIP).

Ça donne une compilation plutôt bien dans l’air du temps, plutôt très intéressante et qui n’est pas sans rappeler la compilation Bala Club dont on a parlé il y a quelques jours. Une version scandinave de la scène club qui remue un peu nos habitudes molles de conservateurs.

Il y aussi dans cette compilation, déjà une sorte d’héritage, et peut-être qu’il serait intéressant de revenir un jour, notamment sur les productions et remixes de Nguzunguzu et de ce que ce duo new yorkais a pu apporter comme relecture, d’abord de la scène new yorkaise issue des années 90/2000 (notamment le Gang Gang Dance de Brian Degraw), de la scène vogue et aussi d’une scène R’n’B qui émergeait déjà à la fin des années 2000. Je crois qu’on peut affirmer maintenant que Fade To Mind, Night Slugs et GHE20G0TH1K ont participé d’un véritable élan dans la musique d’aujourd’hui, il serait peut-être temps de se pencher sur la question.

Quoi qu’il en soit, Erelitha est un beau croisement entre une scène monstrueuse, une scène happy hardcore,, et une scène R’n’B d’aujourd’hui. Un croisement qui est au cœur de la musique comme elle se renouvelle, et c’est vraiment plutôt très pertinent comme insurrection, on ne cesse de le répéter. Et puis c’est quand même une ode à l’été! Mais un été mondial, et comme vous le savez, c’est une chose qui n’arrive jamais. Pour une fois, et dans une seule et même compilation, tous les pôles imaginent une saison fictive. Une saison qui n’existera jamais. C’est beau d’imaginer cela, une narration autour d’une saison fictive entre les deux hémisphères. On vous laisse apprécier la petite histoire.

Audio

Staycore – Erelitha

Tracklist

Staycore – Erelitha
01. Erelitha
02. Pininga – Gaibu
03. Oklou – Silicium
04. Toxe – Bite
05. Mechatok – Day Lite
06. Zutzut – Tantra Negro
07. Jackie – Twi
08. MM – Zero-G
09. Resla – Nitro
10. Dinamarca – Libro
11. Mobilegirl – GGC
12. Don Sinini – Chapati