« Un intervalle, c’est comme une distance, mais dans un espace-temps. C’est-à-dire l’espace plus le temps », synthétisait l’auteur d’anticipation Arthur C. Clarke. Dans cette assertion, ce qui est vrai pour une partition où les notes et leurs intervalles sont traduits à l’oreille par l’instrument, l’est aussi en astrophysique où la notion d’espace ne peut être envisagée qu’en rapport avec celle du temps, où l’éloignement finit par ne plus être traduit par la distance mais par le délai entre l’émission et la réception. La temporalité est un filtre supplémentaire à la perception que partagent astronomie et musique, et qui depuis l’apparition des techniques acousmatiques et des procédés électroniques permet à un auditoire de s’extraire de l’apesanteur par son seul sens de l’ouïe.

C’est dans cette sphère d’extra-sensorialité qu’évolue le duo Sphyxion, dont les compositions, qu’on dirait reposer sur la mélodie des planètes, font écho à leurs expérimentations dessinées. À ce drone astral qui sert d’arrière-plan à des réverbérations étirées à l’infini répondent des boucles déformées par la courbure de l’espace et des accords schulzéens envoyés par delà notre système vers un univers à l’expansion encore mal mesurée, destinés à se perdre entre deux amas de matière noire et que seule l’empreinte humaine de la rythmique et de quelques bruits de laser évite de confondre avec un field recording intersidéral. Si la musique est un message, envoyons celui-ci au-delà de la stratosphère.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Sphyxion – Sphyxion (Anywave, 3 mai 2015)

01. Sphyxion1
02. Sphyxion2
03. Sphyxion3
04. Sphyxion4
05. Sphyxion5
06. Sphyxion6
07. Sphyxion7
08. Sphyxion8
09. Sphyxion9
10. Sphyxion10
11. Sphyxion11