Spectrals – Bad Penny

On a tous des plaisirs coupables, certes. On peut aimer tout et son contraire ; c’est même plutôt une attitude conseillée et en vogue de nos jours. Mais je voudrais ici non pas m’attarder sur les pseudo-plaisirs que l’on revendique au nom du sacro-saint second degré, mais sur la véritable admiration nourrie pour des artistes ni underground, ni hype, ni fashion qui présentent un projet en toute humilité qu’ils défendront ensuite sur scène sans artifice, en misant tout sur l’authenticité et la sincérité. Les artistes qu’on chérit tout particulièrement parce qu’ils sont à notre sens injustement sous-estimés. Et ce n’est pas seulement parce que l’auteur du graphisme de l’album de Spectrals s’appelle Stephen Duffy que j’ai pensé aux seconds rôles pop et que je me suis intéressé à Bad Penny, mais aussi et surtout pour ses titres un brin ringards et pourtant certainement indémodables qui soufflent une bise fraîche sur l’actuelle redondance « noisy-atmosphérique » indigeste. Car si, comme bon nombre de ses contemporains, Louis Jones revisite les 80’s avec Bad Penny, le jeune Anglais préfère désormais flirter avec Roddy Frame ou Paul Weller (époque The Style Council) qu’avec les frères Reid à qui son projet Spectrals avait été comparé à ses débuts. Il aura fallu au Leedsien une rupture douloureuse pour nous livrer, un an après un single (Peppermint, Captured Tracks) et un EP (Extended Play, Moshi Moshi Records) remarqués,ce premier album extrêmement riche. Qu’il chante sa déception amoureuse et le questionnement intrinsèquement lié sur des morceaux aux teintes garage sixties (Get A Grip, You Can’t Live On Love Alone), qu’il nous fasse sautiller sur des titres à la production propre et lisse (Big Baby, Confetti) ou qu’il épanche son spleen à l’image des émouvants Lockjaw, Many Happy Returns et du parfait Luck Is There To Be PushedSpectrals convainc et ravit. L’amour encore, l’amour toujours, seul responsable de l’évolution fulgurante de la pop de Spectrals qui accouche donc d’un Bad Penny (Wichita Recordings) réfléchi, mûr et homogène. Reste à souhaiter à Louis Jones un prompt rétablissement mais peut-être aussi d’autres déconvenues sentimentales…

Audio

Spectrals – Luck Is There To Be Pushed

Vidéo

Tracklist

Spectrals – Bad Penny (Wichita Recordings, 2011)

1. Get A Grip
2. Lockjaw
3. You Don’t Have To Tell Me
4. Big Baby
5. Many Happy Returns
6. You Can’t Live On Love Alone
7. Doing Time
8. Confetti
9. Luck Is There To Be Pushed
10. Brain Freeze
11. If I Think About The Magic Will It Go Away?