Scratch Massive l’interview

Scratch Massive n’est autre que Maud Geffray et Sébastien Chesnut, couple de DJ actifs de la scène électronique française depuis plus de dix ans – de leur résidence au Pulp (leur mix-CD Naked du même nom) à leurs albums Enemy & Lovers (2003) et Time (2007), s’autorisant même un crochet par le cinéma en signant la bande originalr de Broken English de Zoé Cassavetes. Et en 2011, sans crier gare, ils reviennent avec Nuit de Rêves, rêves/cauchemars mi-éveillés d’une techno fortement teintée de new wave (s’offrant même la voix de Jimmy Sommerville). Maud s’explique sur cet album qui est sûrement l’un des plus marquants de cette année.

Que s’est-il passé entre la B.O. pour Zoé Cassavetes et Nuit de Rêve ?

La compilation JOY, sortie en 2009, et la réalisation de deux courts métrages en 2010 (on a aussi fait la musique de ces deux films). Il s’agissait d’un docufiction d’une douzaine de minutes (qui a tourné en festivals de cinéma) et d’une fiction avec des ados sur l’époque des raves (diffusée sur Canal + en 2010).

Votre album est très cinématographique et théatral, telle une B.O. pour un film de S.F. (John Carpenter). L’expérience pour Cassavetes a-t-elle laissé des traces ?

On a tous les deux fait des études de cinéma, et on est hyper fan de musique de film. Après, si cet album était une B.O., ce serait sans doute celle de nos propres rêves (ou cauchemars), une B.O. très nocturne. C’est une musique assez imagée, onirique, donc oui quelque part assez cinématographique. Et pour Zoé Cassavetes, elle va bientôt tourner son second film et nous confie à nouveau la musique, on est forcément ravi…

Vous explorez le thème de l’onirisme, du rêve et de la nuit. Quelque chose de plus trouble, de moins rock’n’roll (comparé à Enemy & Lovers et Time), c’est plus 80’s… Que cherchiez-vous à explorer ?

Disons qu’on ne prépare jamais rien avant d’entrer en studio… Et après quelques séances de studio, l’ambiance, les mélodies se sont dessinées très nettement. Du coup, l’univers de l’album a très vite pris forme. Quelque chose de très onirique, de très mélodieux, même si les rêves virent parfois aux cauchemars… On cherchait vraiment à explorer nos émotions les plus enfouies, lointaines. Le titre Nuit de mes Rêves est assez ambivalent, assez ironique même, ça pourrait vraiment être le titre d’une compil’ un peu paillette d’électro made in Ibiza. Les nôtres sont un peu plus noirs, chacun ses rêves…

Jean-Pierre Alaux a dessiné la pochette de l’album, ce qui enfonce le clou de ce côté onirique et poétique. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix ?

Au départ, on voulait collaborer avec un dessinateur. Mais on ne savait pas trop où ni comment chercher… Et un jour, par hasard, je suis retombée sur un vieux numéro du magazine Plexus (ancien magazine érotique et vraiment génial des 60’s) et j’ai flashé sur la couverture de ce numéro datant de 1966. C’était un dessin qui représentait exactement ce qu’on pouvait imaginer pour notre pochette. Du coup, j’ai cherché par tous les moyens à joindre le peintre, Jean-Pierre Alaux. Quand j’ai enfin réussi à trouver son contact, je l’ai appelé directement, on a discuté, il était hyper sympathique, et il nous a offert ce dessin gracieusement pour notre pochette d’album.

Sébastien Fouble de Remote est aussi de la partie. Quel était son rôle ? A quel niveau est-il intervenu ?

Seb Fouble nous a aidé sur la prod’ de l’album ; autrement dit, il a collaboré avec nous pour peaufiner le son général, et sur 2 ou 3 tracks, il nous a aidés à faire des choix dans nos structures. On est des gens très bordéliques, et parfois un regard extérieur sur nos morceaux nous aide à éclaircir tout ce bordel….

Vous avez également fait appel à des featurings (Chloé, le chanteur de GusGus, Koudlam…). Il y a aussi Jimmy Sommerville, choix plus que surprenant… Pourquoi eux ? Que cherchiez-vous aux travers de ces collaborations ?

Les choix se sont faits petit à petit, très instinctivement. Sur certains morceaux, on ressentait le besoin de voix, du coup on a fait appel à des chanteurs qui pouvaient correspondre à nos envies. On a fait appel à chacun d’eux parce qu’on adore leur travail. Ce sont des musiciens qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres, le défi était vraiment de rendre l’ensemble cohérent. A chacun, on leur a proposé des bases de morceaux sur lesquels ils ont chanté, puis on a construit les chansons à partir de ce qu’ils nous avaient proposé…
Concernant le choix de Jimmy Somerville, on est tout simplement ultra fan depuis notre enfance et on a vraiment halluciné qu’il accepte de travailler avec nous. Et il y a aussi un tout jeune chanteur qu’on a rencontré au studio Agnès B., Andreas de Pluah (eluah) qui a posé quelques voix sur l’album, et on est très content de chacune de ces collaborations.

Il y a une grande cohérence dans l’album, entre les morceaux, la construction de l’album et aussi au niveau des sons. C’était un des objectifs principaux de créer une œuvre aussi homogène ?

Oui complètement, on y tenait beaucoup. On a petit à petit défini les sons de synthés qui correspondaient à ce qu’on cherchait (au final, essentiellement du Minimoog et du Yamaha CS 80). On a utilisé des vrais et des « faux » synthés, les émulateurs de chez Arturia qu’on adore… On tenait aussi à garder un tempo assez commun et du coup, le tempo global est assez lent et cette lenteur permet de raconter beaucoup de choses au niveau des mélodies, ça laisse de l’espace…

En 2008, vous avez sorti Underground Needs Your Money Baby, un album live. Vous comptez retenter l’expérience du live avec Nuit de Rêves ?

Oui on devrait faire un live autour de ce nouvel album, avec un travail de sons et d’images sur scène.

D’ailleurs, le nom de cet album, Underground Needs Your Money Baby, révèle un principe que pourtant l’underground est censé refuser, « l’argent ». Mais pourtant celui-ci a besoin de l’autre pour pouvoir exister et perdurer. L’underground, ça commence quand et ça s’arrête quand ? A quel moment ne faut-il pas laisser l’un prendre le pas sur l’autre ?

Je ne sais pas si l’underground existe encore aujourd’hui, les frontières sont très poreuses. Les codes de l’underground sont récupérés à une vitesse folle par la musique dite commerciale… Et je n’ai jamais vraiment chercher à entrer dans ce genre de débat car je pense tout et son contraire. En gros, « Underground needs your money babe« , c’était un slogan plein d’humour, basé sur toutes ces contradictions…

Il y a un certain renouveau de la scène parisienne, qui réapparaît après les années Pulp. Vous vous sentez/sentiez proche de cette scène ? On vous a toujours sentis, à l’instar de Remote, un peu a l’écart… non ?

Oui, enfin c’est comme « la grande famille du cinéma », ce sont souvent des relations fortes de tournage… et les tournages pour nous ce sont les soirées… Après on ne passe pas forcément notre vie avec les gens d’une même scène musicale, les affinités ne se créent pas forcément par là… On ne cherche pas trop à se situer en fait, il y a des affinités qui se créent, après…

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