On y va tout droit, et c’est ainsi. Mais il faut s’accrocher et sauver ce qui peut être sauvé. Je m’explique : ce n’est un secret pour personne, nos sociétés contemporaines aussi diverses soient-elles préfèrent aujourd’hui, s’agissant du passé, le langage de l’émotion plutôt que celui de la compréhension, de la commémoration plutôt que de la mémoire. Logique, une telle option est bien plus soluble dans un discours médiatique et des formules préconçues relayées en 140 signes. L’on préférera ainsi poser une plaque, avec ou sans fautes, plutôt que de sauver un musée. Et pourtant, quand un musée meurt, si modeste soit-il, c’est une partie de notre patrimoine culturel qui s’étiole. Et lorsqu’il s’agit d’un musée dédié à l’histoire de l’enregistrement sonore, il convient, lorsque l’on est mélomane, de prendre part à la mobilisation et se bouger sans hésiter. Pourquoi ? Situé au 53 boulevard de Rochechouart, dans le 9ème arrondissement de Paris, le Phono Museum a ouvert ses portes en septembre 2014, exposant didactiquement des phonographes, gramophones, électrophones, juke-box, lecteurs K7 et autres lecteurs sonores, tout retraçant par le biais de supports pédagogiques quelques cent-quarante années d’histoire de l’enregistrement sonore. Pour mesurer à sa juste valeur une telle visée, il faut bien comprendre que l’enregistrement sonore est une révolution sans précédent, ayant littéralement bouleversé la sphère musicale notamment dans son rapport au temps. Question simple : sans sa découverte, comment écouter quoi que ce soit autrement que par la représentation scénique ? Si l’on creuse dans cette direction, comment ne pas reconnaître par ailleurs à l’enregistrement deux autres bienfaits majeurs, à savoir comme l’introduit Guillaume Kosmicki dans son livre Musiques Electrniques (le Mot et le Reste, 2010), « la diffusion d’influences fondamentales à l’évolution esthétique de la musique du XXe siècle« , mais aussi « l’apparition de nouvelles musiques, et parmi elles les musiques électroniques qui, du fait de technologies encore laborieuses, ne pouvaient se réaliser en direct et ne trouvaient leur aboutissement que fixées sur un support« . Dès lors, il n’ a pas trente-six solutions pour garder à Paris un musée vivant, ayant à cœur de transmettre plutôt que de juste donner à voir : il faut venir le visiter ou alors faire un don.

Pour fêter ce jeudi 17 mars la fin de la campagne de financement participatif pour sauver le Phono Museum, un phonographe à double pavillon pour salle de bal va rugir du jazz des Années Folles à partir de 18h. L’occasion de s’y radiner de toute urgence donc.

Le Phono Museum en vidéo