Roman Ruins Homebuilding visuel


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par | sam,10 mars, 2012

On devrait s’intéresser plus souvent aux batteurs des groupes qu’on affectionne, à ces membres de l’ombre, qu’on prend souvent à tort pour les laborieux de la troupe, les bas du front du fond de la scène… En tous les cas, depuis que le premier LP de Roman Ruins est arrivé entre nos mains, on réfléchira à deux fois avant d’avoir ce genre de préjugés. Derrière ce projet au patronyme impérial se cache Graham Hill, qui officiait jusqu’à maintenant derrière les futs des recommandables Beach House et Papercuts. Par ailleurs architecte de métier, le bonhomme démontre avec Homebuilding son talent pour les constructions aériennes, légères, mais reposant sur des fondations solides. Ces fondations, bien sûr, sont avant tout dûes à cette appétence naturelle pour  les rythmes et percussions, tant organiques que synthétiques, sur lesquelles reposent les dix chansons du disque. Des rythmiques intelligemment construites, parfois savantes, mais jamais alambiquées. On en a d’ailleurs la preuve dès le coup d’envoi, avec Mighty Love, premier extrait du disque (dont vous pouvez voir la jolie vidéo ici) qui s’articule, au départ, sur le son d’un pas de course… Course qui, on vous rassure tout de suite, ne nous mènera pas jusqu’à l’essoufflement : on s’ immerge dans Homebuilding comme on se loverait dans un doux cocon, le disque tirant plus ses gouttes de sueur d’une  délectable chaleur tropicale que d’un quelconque effort physique. En effet, Hill a su ici faire fructifier ses passages chez les deux groupes sus cités : de Beach House, il a ainsi gardé un goût immodéré pour les ambiances éthérées, vaporeuses, les voix recouvertes d’écho, et sans nul doute aussi, l’amour des rêverie solitaires dans des paysages ensoleillés. De Papercuts, il aura conservé ce côté electro-folk à haute teneur en romantisme adolescent. Et c’est justement par ce joyeux cocktail que Roman Ruins s’affranchit de ses références, assumant pleinement ses racines pour s’évader vers des horizons plus personnels. Ainsi, à travers Mighty Love ou Wildflower, c’est même aux cinglés du Beta Band que l’on pense, dans l’emploi de trames répétitives et enfumées, soutenues par un chant lointain mais sûr de lui, au pouvoir évocateur étonnant. Avec Lights Out, on s’aventure du côté d’un agréable versant chillwave, dont on pensait pourtant qu’il n’y avait plus rien à attendre depuis les travaux des sympathiques Washed Out ou Neon Indian. Mais dans ce long format aux sonorités électroniques omniprésentes, Roman Ruins ne s’interdit rien, et surtout pas l’emploi de guitares réverbérées qui, lorsqu’elles se font plus présentes (Mother’s Day), donnent à ce disque une patine psyché-pop, à l’instar d’un Seabear, qui touche directement au cœur. Et lorsque Graham Hill s’autorise une incursion du côté d’une folk rêveuse nimbée de quelques arpèges bien sentis, cela donne Cherry Picker, crève-cœur immédiat et sommet d’un album qui nous fait dire que son auteur aura encore de sacrées surprises à nous offrir à l’avenir s’il s’aventure à nouveau sur ce genre de territoires… On reste donc sous le charme de ce LP qu’on n’attendait pas, et qui nous aura emballés dès le premier soir, en dépit de nos principes de bienséance. Le genre de disque qu’on voudrait garder pour soi, mais dont on sait qu’il ne nous appartiendra pas longtemps, tant son auteur semble promis à un brillant avenir.

Audio

Tracklist

Roman Ruins – Homebuilding (Gold Robot Records, 2012)

1. Mighty Love
2. Wildflower
3. Lights Out
4. Night
5. Mother’s Day
6. Only Son
7. People Street
8. Cherry Picker
9. Outer
10. Freret Jet