Dans le cadre du Sonic Protest – festival parisien de fabuleux défricheurs, courant les deux premières semaines d’avril Hartzine s’est porté volontaire pour anoblir une poignée de groupes du festival, et pas forcément les plus médiatisés.

Initialement, chaque texte devait mettre en avant un morceau de chaque groupe, et évidemment, comme toute saine entreprise, ça déraille dès la première tentative : on a beau avoir essayé, il est virtuellement impossible de détricoter Trente Jours à Grande Échelle, le premier album des Bordelais de Rien Virgule – dont on a déjà pu croiser certains membres à travers France Sauvage, Nouvelles Impressions d’Afriques ou même le Cercle des Mallissimalistes. Impossible de ne pas présenter l’album autrement que comme un ensemble de lourdes sentences s’arrimant à merveille sur une âme innocente.

Trente Jours à Grande Échelle est un album diablement déstabilisant. Rarement l’impression de parcourir une route n’a été aussi forte : un sombre sentier aux allures menaçantes, une atmosphère grondante recouvrant un indescriptible amas de sons menant sans ménagement aux plus ténébreux souterrains de la damnation. Ce tourbillon de sonorités fameusement ombragées laisse pourtant indiquer une direction. C’est-à-dire que la musique de Rien Virgule se met en mouvement vers quelque chose, un point de haute voltige, un mont à gravir, seulement, le quatuor bordelais ne cesse d’user d’arides mises en forme pour y arriver, mais – et c’est là que réside toute la force du groupe – avec un équilibre toujours suffisamment bien pesé pour ne jamais s’abîmer dans l’obscure caverne de l’abstraction.

Un cadre enrobe cette musique, une logique la fait avancer vers un objectif fixe, une sourde tension l’habite, quelque chose de mystique, d’imprévu, de fatal et décisif. Tout est réglé au millimètre et semble s’orchestrer au service de ces paroles italiennes, avec quelle souveraineté le chant d’Anne Careil vient escalader les tailles escarpées libérées par les synthétiseurs de Duval et Reilla, solennellement soulevés par la batterie de Matthias Pontévia. Anne Careil a cette façon divine d’asséner d’une auguste attitude une suite d’inévitables vérités, cette voix qui s’impose à la fois contre cette masse grouillante et vivante de notes, de souffles et de raclements, mais qui l’accompagne également, en la dirigeant impérieusement vers un ultime lieu de culte.

Tout concourt à transmettre cette façon de transe, à s’élever au plus intense des rituels, à définitivement s’acoquiner à l’occulte : Rien Virgule possède cette science secrète de l’infini, cette impénétrable détermination qui laisse le regard tout avaler à travers des cercles de feu. Le groupe, avant la sortie de ce disque, n’a cessé de retourner les têtes lors de ses prestations live, et c’est véritablement là qu’il faut les capter. En tournée le mois prochain, les Bordelais s’arrêteront à Paris le samedi 2 avril à l’Archipel avec N.M.O (comprenant notamment Morten Olsen, des bons malades de MoHa !), dans le cadre du festival Sonic Protest, pour défendre cet impressionnant premier album. Nous y serons !

Audio

Tracklisting

Rien Virgule – Trente Jours à Grande Echelle (La République Des Granges, Les Potagers Natures, Permafrost, micr0lab, Animal Biscuit , Do It Youssef !, Attila Tralala, Phase! Records, 27 octobre 2015)

A1. Igloo Dentelle
A2. Trafic De Masques
A3. Stella Canibale
B1. Les Épaules Du Mordu
B2. L’Épouse Des Congères
B3. Des Punks Sur Nos Caillebotis