Producteur des Doors à leurs débuts, Paul Rothchild interdit en 1967 à Robbie Krueger d’utiliser sa pédale wah-wah, réussissant par là à extraire le groupe de ses influences comme Hendrix et le rendant aussi identifiable qu’intemporel. À l’identique, et faisant défaut à la tendance contemporaine au psychédélisme noise, Rhyton a pris le parti de mesurer ses effets pour revenir à un rock psychédélique détaché des excès de saturation et de réverb. Il s’éloigne ainsi de ses quatre efforts précédents perdus entre Ty Segall et Beak>, et lorgne même du côté de tropes comme la country et la folk, américaine ou européenne.

S’enfermant dans un quasi mutisme qui fait la part belle à l’instrumentation, le trio de Brooklyn se présente avec The Nine et sa cascade de cymbales, ses breaks coulés à même la matière sonore, son jeu de cordes inspiré de la musique traditionnelle grecque et soutenu par quelques effets discrets et éphémères avant d’être dilué dans un blues méditerranéen fluide et exalté par des percus à peau de chèvre. Cette esthétique entre l’expérimentation et la folk se poursuivra sur le morceau suivant, Redshift, lancé sur une musique country, des vocales nasillardes aux cordes hillbilly avant d’évoluer vers la moitié du titre — qui dure près de neuf minutes — et de se laisser aspirer dans une éruption expérimentale inattendue partagée entre psychédélisme saturé et recherches électroniques.

S’inscrivant dans une relecture contemporaine et expérimentale des arcanes du rock à l’aune d’un psychédélisme mondialisé, la formation new-yorkaise ne se satisfait pas des seuls parangons folks cités plus haut mais aligne aussi les références au jazz — D.D. Damage finira presque par prendre des airs de chorus pour guitare et orgue improvisés — et au blues sans y rester cloisonné. Concentric Village est à cet égard un beau blues au contraste opportun, entre mélodie liquide sur fond d’accords réverbérés et ligne de basse aride, composant un paysage sans géologie ni géographie identifiables puis cédant à End of Ambivalence le terrain d’un blues moins rural, rythmé comme une virée en caisse nocturne dans une métropole striée d’éclairages urbains. C’est les États-Unis du Melting Pot, du multiculturalisme et des traditions assimilées, traduisant une richesse presque politique à l’aube d’élections où le rejet et le repli font campagne pour le pire.

Audio

Rhyton – End of Ambivalence

Vidéo

Rhyton – D.D. Damage

Tracklist

Rhyton – Redshift (22 juillet 2016, Thrill Jockey)
01. The_Nine
02. Redshift
03. Concentric Village
04. End of Ambivalence
05. D.D. Damage
06. Turn to Stone
07. The Variety Playhouse