Certes, l’auditeur averti aura pris soin de prendre connaissance de l’objet sus-nommé dès février dernier. Dans notre autarcie hexagonale, il ne sortira qu’en octobre. Cependant, c’est bien maintenant le moment idéal pour placer ce disque sur sa platine. Oui, Headbangers in Ecstasy est un disque de l’été. De ceux qui évoquent d’emblée l’azur sans nuage, l’eau miroitant sous les rayons dorés, tout ça. Un disque chaud et sucré, flamboyant et chatoyant, sensuel et féminin. Loin de moi l’idée de m’attaquer par là à la virilité de l’auditeur. Ce disque s’adresse tout aussi bien aux rêveuses de bon goût qu’à leurs homologues masculins. Déjà, ces deux Virgin Suicides (Skylar n’a que seize ans !) attaquent de front la libido via une esthétique mêlant sexy seventies et innocence hamiltonienne. La sublime pochette, elle, nous les livre alanguies sur draps de satin. On peut caresser le lapin ?

De quoi se laisser guider sans complexe par ces deux sirènes le long de cet album qui, à défaut de nous faire dodeliner de la tête, sait très bien nous plonger dans un état proche de l’extase. Si la structure du disque ne parvient pas à trouver son originalité dans les interludes bruitistes inutiles (pourtant concoctées par R. Stevie Moore, vétérant lo-fi), il n’en demeure pas moins que les dix chansons de celui-ci sont une réussite d’homogénéité et de classe. Distillant un son shoegaze en apnée nimbé de voix enchanteresses, les deux demoiselles évitent cependant de nous noyer dans un tourbillon noisy grâce à la clarté des guitares et le minimalisme probant des compositions. Les voix angéliques des deux sÅ“urs, magnifiques lorsqu’elles chantent en choeur, contribuent fortement à cette atmosphère d’onirisme teenage. On pense au Souvlaki de Slowdive qui serait passé dans la machine à barbe-à-papa… C’est léger, plaisant, ça en devient addictif, on a même droit au chant des oiseaux (Everybody’s Sick).


Non contentes de se reposer sur cette charmante recette, les sÅ“urs Kaplan se veulent plus audacieuses sur le disco-funky No Mames  ou sur le riff vengeur et la rythmique à la I Wanna be Adored de Slivers of You . On croise également l’incontournable Ariel Pink sur Stilyagi, hommage aux hipsters dissidents fans de rock’n’roll dans l’URSS des années 40 à fin 60. Rien que ça. Une attirance pour cette époque que Piper défend également dans son amour pour la soviet pop (original mais pas terrible). Ariel Pink, quant à lui, tient un peu le rôle du gentil parrain (lui confieriez-vous vos filles ?), ayant embarqué sur sa tournée le duo, à l’époque où il s’appelait encore Pearl Harbor. De cette période, Puro Instinct présente ici deux nouvelles versions (à peu de choses près) de Luv Goon et Lost at Sea, les morceaux les plus Beach Girls du disque, qui les avaient fait connaître.

Avec Headbangers in Ecstasy, Puro Instinct a créé plus qu’un son, un état d’esprit. C’est un disque qu’on se plaira à écouter les yeux fermés au bord de l’eau, à l’ombre des arbres en fleurs ou les yeux fermés sur son lit, draps de satin en option. Franchement revigorant à notre époque. On peut caresser le lapin ?

Audio

Puro Instinct – Slivers of You

Tracklist

Puro Instinct – Headbangers in Ecstasy (Record Makers , 2011)

1. KDOD 1
2. Everybody’s Sick
3. Lost at Sea
4. KDOD 2
5. Silky Eyes
6. Slivers of You
7. KDOD 3
8. Stilyagi
9. Escape Forever
10. KDOD 4
11. No Mames
12. Vapor Girls
13. California Shakedown
14. KDOD 5
15. Luv Goon