Maud Geffray – 1994 (PREMIERE)

Le 30 janvier dernier a eu lieu la release party à la Gaïté Lyrique de l’EP-film 1994 initié par Maud Geffray, moitié du duo Scratch Massive, et sortant physiquement demain, le 3 février, sur Pan European Recording. L’occasion pour la néo-parisienne d’inviter à ses côtés, Altern 8, Optimo et The Hacker, en plus de son fidèle camarade de jeu Sébastien Chenut, et de présenter le film, montage d’images tournées en super 8 par Christophe Turpin lors d’une rave ayant eu lieu en 1994 sur les côtes de Carnac en Bretagne et autour duquel le projet s’est cristallisé. Figurant sans discontinuer l’irrépressible hédonisme s’étant emparé sporadiquement de l’hexagone cet été là et né d’une techno alors balbutiante de côté-ci de la Manche, où comme le dit si bien Maud Geffray la temporalité était distendue au point de ne représenter plus qu’une série de petits matins sans fin, 1994 est avant tout un touchant témoignage synthétisant à la fois visuellement et musicalement une insouciance parenthèse estivale. S’écartant quelque peu de la noirceur émotionnelle qui fait l’âme de Scratch Massive, Maud Geffray a retravaillé cette collection d’images, où l’on devine sa fluette silhouette, composant parallèlement l’évanescent morceau qui l’englobe, prenante montée extatique à la coloration intemporelle. Le tout est à découvrir ci-après, en plus des réponses aux quelques questions qu’on lui à posé.

Vidéo (PREMIERE)

Maud Geffray l’interview

Alexia Cayre

1994 c’est désormais un EP-film pour toi. Mais c’est avant tout une année charnière dans ta vie. Tu peux nous en parler, nous décrire ce que tu as vécu, et faire le lien avec ce film ?

1994, une année charnière parce que je découvrais une nouvelle musique, et aussi tout un nouveau monde. J’etais une ado à Saint-Nazaire (petite ville de loire atlantique) et là bas, soit on écoutait de la musique qu’on aimait chez nos potes (de la new wave, de la pop de manchester, les Pixies , Morissey…), soit je sortais en boite pour rigoler mais la musique y était du genre abominable… de la grosse Dance immonde. C’est cette année là où j’ai découvert la techno et les raves parties, énorme flash : une musique puissante, universelle, euphorisante, mais aussi la rencontre de nouveaux gens, de milieux sociaux très différents, des endroits de fêtes totalement improvisés, une liberté nouvelle. L’été 1994 bercé au rythme de la techno, à courir les raves, une véritable chasse au trésor. Pour moi ça n’a duré qu’un été à ce rythme, mais ça a fixé ma passion pour cette musique.

S’agissant du film, d’où vient cette collection d’images ? Où ont-elles été tournées ?

Cela faisait quelques années que me revenait aux oreilles cette histoire d’images d’une rave party qui circulaient, des images en super 8, tournées l’été 1994. Il semblait aussi qu’on m’apercevait dans cette vidéo. Je ne savais pas très bien comment m’y prendre pour la voir, qui possédait vraiment ces images, et j’ai laissé faire le hasard. Et quelques années plus tard, un garçon qui était à cette fête m’a remis les fameuses images et m’a mis en contact avec celui qui les avait tourné à l’époque. L’auteur des images s’appelait Christophe Turpin. Christophe avait tourné ces images au matin de cette fête improvisée dans les dunes de Carnac, en Bretagne. Quand le soleil se levait, il a sorti sa camera super 8 et il nous a filmé au milieu des dunes et des blockhaus. Je n’ai aucun souvenir de Christophe et sa caméra se balladant dans la fête. Le temps était en apesanteur, flottant. Christophe a su saisir ces gros plans sur les visages, le dancefloor disséminé, les dunes à perte de vue, ces images sont magnifiques.

J’imagine qu’elles sont représentatives à tes yeux de ce qu’a pu vivre une certaine minorité disséminée en France et inspirée de ce qui se faisait outre-Manche. Dans quelles dispositions as-tu eu la volonté de sortir ce film ? Est-ce une sorte de témoignage, d’éclairage documentaire ? Ou une sorte de pulsion mélancolique ?

C’est une pulsion, pas une pulsion mélancolique, à vrai dire je trouve ça presque antinomique. C’est une pulsion, un désir de rendre hommage, de raconter. Un trésor déterré qu’il fallait faire revivre. Il n’y a pas de point de vue documentaire, je suis de toute façon trop impliquée pour avoir un quelconque recul. Mais en tout cas, ressusciter des sensations, les partager, trouver un langage et une musique qui laisse les images d’épanouir. Essayer de donner aux images un visage intemporel, ne pas chercher à dater, à y coller une musique « d’époque », c’est plutôt un geste poétique.

Depuis la création de Scratch Massive en 1999, tu n’as jamais signé de composition en solitaire. Est-ce un début, une amorce, ou juste une façon de marquer ton attachement personnel à ce film ?

En fait au départ je me demandais quoi faire avec ces images.. un clip, autre chose? Mais j’avais envie que ce soit plus impliquant. Quand j’ai trouvé ce que je voulais en faire, c’est allé hyper vite, je m’étais donné une mission, et Seb (moitié de scratch massive) n’étant pas en france, ça m’a incité à travailler autrement. Il a fallu un mois de travail presque non-stop, de multiples allées et retour entre images et son, entre le studio son des Sex Schon et l’ordi de montage où je travaillais avec Basile Belkhiri, un ami.

Le morceau en lui-même est une sorte de montée volubile, lancinante et obsédante. Qu’as-tu voulu transmettre par ce biais ? Est-ce un clin d’œil particulier à cette époque ?

Oui c’est ça, une montée de basses grinçantes, lente, inexorable qui se termine par une éclosion de mélodies. Un sentiment de tension, on s’interroge, qui sont ces gens, c’est mystérieux, et petit à petit on se rapproche et la musique « s’ouvre ». Il ya une volonté d’accompagner les images en les laissant vivre au maximum. La musique, c’était quelque part le seul point de vue possible sur l’objet. D’où cette volonté de pas le dénaturer mais l’accompagner en essayant de l’amener vers cette intemporalité. Un pur moment de rêverie.

Les morceaux de Scratch Massive qui suivent ont-ils été conçus avec cette même nostalgie de l’été 1994 ?

Non il n’y pas de nostalgie vivace concernant cette année, après c’est forcement une année fondatrice pour un paquet d’émotions, de couleurs musicales, et donc pour l’univers de scratch massive, oui. Mais je n’y vois pas de nostalgie, ça englobe ces forts souvenirs musicaux, plutôt.

La Gaïté Lyrique vous a laissé carte blanche le 30 janvier dans le cadre d’une release de l’EP-film. Peux-tu nous esquisser ta vision de ce line-up réunissant Altern 8, Optimo et The Hacker ?

Altern 8 j’ai toujours été fan d’eux et ça fait quelques temps que je voulais les voir jouer a Paris. Au Pulp j’avais essayé de le faire venir dans une de nos soirées mais ça ne s’était pas fait. Là c’est l’occasion rêvée, et puis Mark Archer est un excellent dj. Optimo parce qu’ils ont une collection de disques géniale et que j’adore leurs sets qui ne se contentent jamais de jouer les 3 nouveautés de maxis. c’est riche. Et the Hacker parce que je sais qu’il a une collection de disques de détroit qui vaut le détour .

Un nouvel album de Scratch Massive est attendu cette année. Tu peux nous en dire un peu plus sur la direction empruntée ?

La direction est en train de se faire. Comme on passe pas mal de temps à Los Angeles depuis l’an dernier, je pense que ça va jouer dans la couleur des nouveaux titres. la bas on se rend au studio en voiture tous les jours, au studio on a une petite fenêtre avec la vue sur les montagnes, et il y a fait une chaleur à crever. On ne va pas se mettre à la sokka dance ou à une musique des tropiques, mais en tout cas il y a une notion d’espace qui se dégage dans les tracks qu’on a démarré.

Tracklisting

Maud Geffray / Scratch Massive – 1994 (Pan European, 3 février 2015)

01. 1994
02. In the Wild
03. Jade
04. Micropoint
05. n the Wild II