Fort d’une année de programmation tout azimut à Paris via les successives Mutant Area, et dont la prochaine édition à lieu vendredi prochain au Klub (Event FB), Tripalium s’inscrit désormais dans le paysage électronique tel un label au spectre aussi large que sa première compilation Mutant Area 2014 le laisse entendre, quelque part entre Orphan Swords, Karen Gwyer et Paulie Jan. Paulie Jan justement qui avec l’EP Tesla, en écoute intégrale ci-après, ouvre la numérotation des Digital Mutant Series dudit label, lardant celle-ci de quatre morceaux techno aux saveurs multiples, de l’expérimentalisme hypnotique de 7 à la mélancolie planante et texturée de 13 en passant les fractales futuristes 8 et 2 jouant inconsidérément sur la déconstruction rythmique. Se dédouanant de tout artifice mélodique, le producteur parisien en profite pour jeter une nouvelle fois plus loin les bases de sa recherche sonore, contrecarrant l’effort technique par une immédiateté de la production. On lui a posé quelques questions.

Quelle était ta volonté avec cet EP, notamment en termes de recherche sonore ?

En fait ça va peut-être te paraître bizarre, mais je n’avais pas de volonté particulière au départ. Je me suis juste dit que je ne voulais pas refaire le même disque, je voulais me rapprocher de trucs plus traditionnels, plus minimalistes, comme des percussions africaines ou asiatiques, mais en utilisant les sons d’aujourd’hui. Il fallait aller chercher tout ça dans un monde à la fois matérialiste et dématérialisant. Un monde post-industrialiste qui a peur de sa dimension technique, alors même que cette technique nous a façonnés, nous sommes irrémédiablement en elle, et elle est en nous pour toujours, ce truc-là me fascine et je voulais quelque part en rendre compte de manière sonore.

Dans quelles conditions cet EP a-t-il été enregistré ?

Bon, déjà, en conditions jeune daron… donc dans l’urgence et la panique. J’ai tout fait chez moi. Chaque morceau est le résultat d’une seule prise live, sauf 13 qui a nécessité deux prises, puisque la basse a été jouée séparément des claviers. Ensuite il y a eu quelques édits mais très peu, juste pour raccourcir certains passages, mais sur 13 ou 7 par exemple, il n’y a aucun édit. En tout, j’ai dû enregistrer une vingtaine de tracks. Quand Tripalium m’a contacté pour sortir un truc, j’étais en plein là-dedans, on est tombé d’accord sur un scope de trois à six morceaux… On peut dire que tout ça s’est fait en quatre semaines. Ensuite j’ai fait un peu de post-prod avant d’envoyer tout ça au mastering.

Tu as la réputation d’être quelqu’un de perfectionniste. C’était une volonté d’aller si vite ?

Oui, j’avais envie d’enregistrer plus vite, d’être plus spontané et aussi de produire beaucoup pour dégager une sorte de ligne directrice, favoriser l’émergence plutôt que d’y aller aux forceps. Ça tombait aussi très bien vu que quand t’as un mioche qui arrive, ça devient beaucoup plus compliqué de passer quatre jours en calbut dans ton studio à ne faire que du son sans que personne ne t’interrompe… J’ai réalisé que je n’aurais jamais le temps de faire ce que j’avais fait pour Humian (lire) ou Trunkenstein (lire).

Du coup, dès que j’avais un peu de temps, je fabriquais des sons dans tous les sens, field recording, synthés, YouTube, de tout et n’importe quoi. Je les ai passés dans des trucs pourris, comme dans du matos de fou que j’ai emprunté… Ensuite j’ai traité les résultats parfois avec des algorithmes, parfois avec la bande magnétique… Bref, je me suis retrouvé avec des bouts de sons que j’ai sélectionnés puis entassés un peu n’importe comment dans mon sampler, un peu comme si j’avais chargé un énorme flingue avec toutes les munitions possibles, même des glands, des cailloux ou des boulons. J’ai installé mon set-up live, sampler, synthé, trois pédales d’effets dans la console et j’ai improvisé… et quand j’entendais des trucs qui me plaisaient, je gardais.

Aprè,s sur le côté perfectionniste, je m’échine à le cultiver ailleurs, soit dans d’autres aspects de ma musique, soit sur les projets d’autres musiciens avec qui je collabore comme Leave Things ou Holy Strays, dont je mixe certaines prod. J’aime bien me mettre au service d’un musicien, mixer le disque de quelqu’un d’autre apporte beaucoup à sa propre vision des choses.

Quels sont tes projets proches et futurs ?

J’aimerais bien des vacances… Sinon je joue vendredi pour la soirée Mutant Area au Klub, ou j’improvise avec des machines (Event FB). Il y aura pas mal de d’artistes bien techno, indus barrés, etc. Voilà pour le très proche. Pour ce qui est du futur, pourquoi pas un LP en vinyle chez Fin de Siècle vers fin 2015…

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Paulie Jan – Tesla EP (Tripalium – Digital Mutant Series, 10 décembre 2014)

A1. 7
A2. 8
B1. 2
B2. 13

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