La no wave est née du dénis des influences, celle de la new wave d’abord dont elle tire son nom, celle du punk ensuite et sa récupération des carcans rock. De la non-musique dans son sens traditionnel, voilà ce que, à la fin des années 70, faisait découvrir la no wave avec ses dissonances, ses expérimentations cacophoniques et bruitistes. Expression de l’intellect vers et pour le corps, parcourant la trame d’une musicalité atonale, la no wave agit comme un réflexe extenseur chez le toubib, guettant la réaction physique provoquée par des combinaisons allant de l’orchestration dissonante à l’improvisation aléatoire, sans chorus pour soutenir.

Apparentés au punk autant qu’à la no wave, les Danois de Pardans ont hérité de cette esthétique protéiforme, cherchant la structure sans jamais la définir, affleurant d’autres styles — jazz, blues, ska, drone — sans jamais les percuter. L’exercice est puissant et physique, en témoigne le clip Moonlit Bags Of Meat en avant-première ci-dessous où guitare, batterie, basse, violon, sax et voix s’entrechoquent entre douleur, extase et projections de sueur dans une frénésie complice et précoce, de celles qui ont contribué à faire la réputation scénique de groupes comme XTC avant leur virage commercial.

Heaven, Treason, Women est le premier album du jeune groupe originaire de Copenhague, ville déjà riche en formations punks, mais on sent derrière la juvénilité du projet une assurance totalement libérée et portée par un désir d’expérimentation. Le premier des huit morceaux ouvre sur une basse épisodique et dramatique prête à lancer son gimmick, rapidement rejointe par une bousculade de breaks aux cymbales explosives et les trémolos d’un violon triste, avant de laisser le sax accompagner de ses plaintes une voix grave et théâtrale qui résonnera jusqu’à la brutale cacophonie unissant tous les instruments pour quelques secondes d’éruption sonore. La tempête s’apaisera deux minutes avant de réveiller le volcan, à nouveau, pour conclure sur une session de punk hardcore.

Le ton est donné d’un album à l’expressivité sublime qui ne cessera de slalomer entre les approches et les ambiances, offrant de belles séquences inattendues comme cette mélancolique harmonie violon/sax à la fin d’Over The Alps, Into Milan ou cette interminable intro progressive et dissonante à Under The Sun, Under Your Dress, comme si Glenn Branca et Stephen O’Malley se battaient pour la même pédale overdrive. Entre urgence et apathie, la voix chante à peine, s’exclame, déclame, traîne ses glissements et sa douleur sifflante de baryton, accroche par son timbre et des lyrics brefs, collés bout à bout comme une prose hachée de points virgules. Expérience à vivre en live, les intéressés pourront prendre l’occasion de parfaire leur opinion le 30 octobre prochain au Klub à Paris.

Avant-première

Pardans – Moonlit Bags Of Meat

Tracklist

Pardans – Heaven, Treason, Women (17 septembre 2016, Third Coming Records)
1. Let Darkness Descend
2. Moonlit Bags Of Meat
3. Over The Alps, Into Milan
4. Blow Me (Some More Wind In My Sails)
5. Under The Sun, Under Your Dress
6. Eurostar
7. Her, The Money, The Heels
8. Roared With Delight (Digital Bonus Track)