Il faut bien dire ce qui est, la musique de Tim Presley, aka White Fence, n’a toujours suscité chez nous qu’une indifférence polie. Une politesse sans doute entretenue par l’étonnante indulgence de nos petits camarades de la presse indie, le sujet n’étant pas non plus suffisamment important pour provoquer une quelconque irritation. Le psych-rock du bon poto de Ty Segall – lui aussi à l’affiche du festival et chouchouté par la presse –  nous a toujours semblé avoir des prétentions dépassant de loin ses capacités. Loin de nous l’idée de nous justifier, mais tout ça pour dire qu’au moment où le Californien s’excitait sur la scène de la Grande Halle, on profitait encore de la clémence de la météo en ce vendredi soir où il faisait bon siroter une bière sur la terrasse de la petite halle. Ah oui, et autant vous le dire tout de suite, Sauna Youth, programmé dès 19h00, est aussi passé à la trappe pour à peu près les mêmes raisons.

Dans tous les cas, on était là pour les autres protagonistes de la soirée se succédant un peu plus tard: Frustration et Sleaford Mods. Et là, pas d’anicroche: l’enchaînement fut parfait, les performances pleinement satisfaisantes. On avait été sacrément bluffés par Uncivilized, le second album de Frustration sorti en 2013 – lire la chronique – , qui réussissait un sacré tour de force: balancer une sauce post-punk avec une énergie et une authenticité interdisant tout soupçon de singerie de leurs figures tutélaires avouées, de Warsaw à The Fall. Sur scène ce soir-là, le même constat s’impose: les Parisiens envoient du lourd, enchaînant leurs titres avec une rage et une rigueur donnant rapidement à leur performance l’épaisseur d’une main qui vous gifle. Chant habité, batterie martiale et guitare au cordeau, tout est bon dans Frustration et le public ne s’y trompera pas, s’agitant dans une Grande Halle à deux doigts de la syncope. Le highlight de la soirée interviendra en fin de set, lorsque Fabrice Gilbert invitera Jason des Sleaford Mods à les rejoindre sur scène pour un Tweet Tweet Tweet dantesque.

À peine le temps de mettre un slip sec et les Anglais investissent d’ailleurs la scène, pour un set tout aussi cathartique: fâché tout rouge, Jason Williamson éructe ses textes de prolo comme on cracherait à la gueule du bourgmestre local, et c’est sacrément réjouissant. Visiblement à l’aise dans son pantacourt à cordelettes et accompagné par son pote Andrew Fearn qui décapsule une bière après chaque manipulation de son laptop, le gars Jason impressionne par cette énergie sans fond qui porte son spoken word, propulsé à une vitesse folle sur une bass music sortie des profondeurs des Midlands. Un concert jouissif, baigné par une pluie de bière, qui nous aura mis sur une voie royale pour rejoindre le Salon Des Amateurs, ou l’on recroisera d’ailleurs un Jason à l’air satisfait.

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