On y était – The Black Box Revelation

bbr-36-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

The Black Box Revelation, Le Point Ephémère, Paris, mercredi 14 avril 2010

A chaque fois, c’est pareil. Il y a certains groupes pour lesquels je suis incapable de réfréner mon enthousiasme. En particulier lorsque c’est la première fois que je les vois sur scène et que j’attends impatiemment cette soirée depuis des mois. Sans compter l’euphorie qui m’a envahie suite à l’interview du groupe en question, qui s’est révélé aussi civilisé que sa musique est sauvage. Mais si, sur le moment, je savoure cette ardeur qui s’empare de moi et m’empêche de m’ennuyer ne serait-ce qu’une seconde, je me la reproche souvent au moment d’écrire. Comment apprécier un concert à sa juste valeur, comment être attentif aux erreurs et aux faiblesses, comment être objectif, en somme, quand on est immanquablement atteint de cette fougue groupiesque à chaque concert que dieu fait ? Je ne sais même pas si le temps ou l’âge seront de bons remèdes à cette exaltation. Je ne sais pas si, quand j’aurai vu plusieurs centaines de concerts, mon esprit critique saura se réveiller à l’heure. Je n’en sais rien.

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Et il me semble que, comme moi, aucun spectateur du Point Ephémère n’a pu ce soir rester froid devant l’explosion provoquée par The Black Box Revelation. Chauffés à blanc par une première partie énergique, mais oubliable – les Irlandais de General Fiasco -, mes voisins ont déjà perdu cinquante litres de sueur quand Jan et Dries débarquent sur scène tels des ombres pas du tout mystérieuses, malgré force fumée et lumière mauve. Non, les deux acolytes ne font ni dans le raffinement, ni dans l’énigmatique. D’entrée, ils balancent un Run Wild incandescent ; plusieurs départs de feu sont déclarés dans la salle. Il leur faudra néanmoins quelques titres encore pour dévorer totalement le public, qui ne manque pas de se manifester par moult slams et pogos. Quand je vois à ma droite cette femme d’une soixantaine d’années prise de son plein gré dans le chahut, je me dis que, décidément, le temps n’apporte pas forcément mesure et modération. Une dizaine de morceaux plus tard, la secousse devient définitive et irrémédiable quand le grand échalas à la guitare annonce Love Licks : « This is a sex song. » (Jan, épouse-moi.) Jusqu’à la fin du concert, les vagues se font de plus en plus violentes dans la fosse. Dries, imperturbable, continue de marteler ses fûts comme un métronome, son éternel sourire jovial cloué aux lèvres. Pas un sourire niais et diffus dû à l’abus de substances illicites, non : le sourire franc et massif d’un musicien emballé qui n’intellectualise pas. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est communicatif (Dries, épouse-moi). Avant de nous quitter une première fois, le duo nous met le feu à la tête (Set Your Head On Fire) avant de revenir pour un rappel plus mesuré. Avec Never Alone, Always Together et Here Comes The Kick, BBR nous rappelle en effet l’étendue du chemin parcouru depuis le premier album. A grands coups de pédales d’effets, Jan tire des plaintes de sa guitare, des plaintes infinies qui résonnent encore longtemps une fois la scène et la salle vidées.

Alors oui, certains ont déploré la longueur et l’inégalité du set et regrettent déjà l’époque pas si lointaine pendant laquelle The Black Box Revelation se contentait de courtes mais fulgurantes premières parties. Certes. Pour moi, qu’importent les déséquilibres, les maladresses ou les omissions : je suis incapable de rester tiède face au rock’n’roll.

Photos

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Setlist

1. Run Wild
2. Where Has All This Mess Begun
3. Gravity Blues
4. High On A Wire
5. 5 O’Clock Turn Back The Time
6. Our Town Has Changed For Years Now
7. You Better Get In Touch With The Devil
8. You Got Me On My Knees
9. Sleep While Moving
10. Love Licks
11. I Think I Like You
12. Do I Know You
13. Don’t Want It
14. Set Your Head On Fire
15. Never Alone, Always Together
16. Here Comes The Kick