On y était – Soirée BimBamBoum #4

memoryhouse0004Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Il y a des choses que l’on ne peut éluder. Des petits riens gênants, des broutilles malhabiles. J’ai cette drôle d’idée en caboche quand je gagne Jaurès d’un pas chaotique, me promettant à moi même de ne pas trop en dire, de jauger la courtoisie. Je crachote mes poumons en arrivant Quai de Valmy. Il fait beau et cette irréfrénable envie de m’enfermer dans un four malodorant est à mille lieux de mes préoccupations. Et visiblement, je ne suis pas le seul, une drôle de ribambelle savamment lookée s’étale, un verre à la main, le long d’un canal fourmillant. Devant l’entrée du point FMR, les têtes sont sensiblement les mêmes qu’en début de mois, lors d’une même soirée aux trois B, organisée par la même revue de référence. S’il s’agissait déjà de canadiens, le show des ineffables Born Ruffians avait été à la hauteur de nos (hautes) espérances. Mais ce soir, il y a comme un parfum de vacances, de démobilisation.

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C’est donc avec un retard certain que je me fais tamponner l’avant bras. Résultat des courses, le bar est moitié moins blindé que celui qui jouxte la salle, mais de Romeo and Sarah, jouant en quatuor en compagnie de deux membres d’Original Folks, je ne perçois que trois accords et un au revoir sans trop de conviction. Pas assez pour en dire plus sur ces espoirs de l’ondoyante écurie strasbourgeoise Herzfeld, forcément. Je repasse de l’ombre déjà moite au ciel d’azur. L’allez-retour est inconséquent : la flegme est totale. Dehors les voix vuvuzélent et j’imagine l’évasion estivale, le grand sud et bien au-delà. Futilement, au détour de quelques sourires biaisés, je me remémore les trop nombreux concerts () de l’ami Jeremy Jay, ne désespérant pas de retrouver cette grâce acoustique qui embrassait ces pop-songs d’alors. Le temps passe et rien ne change, seul ou accompagné, le trentenaire à la gueule d’angelot s’accroche corps et âme à sa guitare électrifiée, celle-ci déformant, tel un prisme équivoque, la beauté gracile de ses compositions. Seul donc, vagabondant de droite à gauche, la mèche sur les yeux, sans rythme et sans vie, Jeremy traine son allure et ses guêtres, sans trop savoir quoi faire, ni comment s’arrêter. Si l’analogie footballistique prévaut en ces temps de ballons roi, je pense au valeureux pétard mouillé Vincent Péricard. Et si votre curiosité daigne vous en dire un peu plus (en cliquant ), pour moi, il s’agit de regagner la douce brise d’un soir d’été, histoire de s’en griller une sans trop médire.

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Étrangement, l’objet censé m’aiguiser verve et plume se soustrait à mon encre, n’arrivant pas à coucher consciemment sur papier l’essence de quelques songes. Car le duo canadien Memoryhouse procède d’une alchimie singulière, conjuguant son propre spectre virtuel à sa matérialité la plus évasive. Émanation spectrale d’une blogosphère ébahie, Evan Abeele et Denise Nouvion, d’une audace bien sentie, placée sous le signe d’un blog et d’un label pas comme les autres, ont réussi le pari de transmuer leurs célestes comptines, telle To The Lighthouse, à la faveur d’incarnations physiques et sidérantes, de Londres à Paris, en attendant la plage du Midi, gorgeant d’électricité et d’un troisième homme les atours atmosphériques d’une dream pop aux abysses incertains. J’entre à reculons dans le gouffre mélodique, horrifié d’une telle intensité sourde et lacrymale. Mes esprits se font la malle sur le dos de mes sens, mes guiboles flanchent et mon verre de vodka se vide. Les trois se jouent de ma corde sensible égrainant leurs virtuoses balades (Lately, Sleep Patterns, Night Swimming) doublés de leurs brumeux palimpsestes (Foreground de Grizzly Bear, These Days de Nico), tandis que défilent des images à la saveur surannée, signées Jamie Harley (en extrait ici). Je reste coït, décontenancé, abasourdi, quand la lumière se rallume, puis s’éteint à nouveau pour un bref rappel en forme de cover. Je n’ai rien vu passer, je ne peux rien vous dire de plus tangible que le vide de ces phrases ne le laisse supposer. Je ne sais déjà plus sur quel bois marteler ce cœur et ces initiales qui vont avec, scellant la passion indéfectible. J’exagère et je tempère, il ne reste plus que l’empreinte fragile d’une écume immaculée sur le sable, le goût humide et léger des lèvres de sa promise. L’évanescence se meut dans le dur et le certain, le duo prépare un album inaugural intitulé Looms Of Youth tandis qu’un livre de photographies prises par Denise et accompagné d’un disque signé Evan poursuit son petit bonhomme de chemin. Nous en sommes là : l’onirique pâmoison ne célèbre que ses prémisses.

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