On y était : Pissed Jeans @ Le Batofar

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All photos © Cédric Rizzo

On y était : Pissed Jeans au Batofar le 20 juin 2015 – Par Samuel Falafel

Les Pissed Jeans, ces infâmes bandits aux disques servant à la louche morgue de vandale et défonce véritable, venaient, pour la deuxième fois de leur courte mais vénérable existence, saccager la ville de Paris sur la scène flottante du Batofar. Autant dire que ces bons bâtards ont tout pété, point de surprise : ce qui se présentait déjà comme une avalanche de coups de mule sur enregistrement s’est révélé hautement définitif dans les conditions du live.

Ces renégats n’en font qu’à leur tête, une tête bien pleine d’une graisseuse et liquide boue qu’ils ont indécemment prit plaisir à brutalement verser sur nos frêles corps de sages mélodistes. Ce fût abject, crasseux, rural et sauvage : j’admire cette façon qu’ont ces parfaits crétins d’envoyer paître toute forme de réflexion, posant une colère maladive, virulente, presque abâtardie, se laissant traîner dans la saleté comme quelques enfants demeurés trop heureux d’agir comme les pires souillons. Tout est grossier, franchement  déplacé, les riffs fusent comme des masses d’argiles liquides : Bradley Fry gigote comme une anguille, balance sa guitare et molarde de son ampli une lourde et malpropre once de purin électrique.

Qu’il est bon d’encrasser nos simples et virginales figures, et qu’il est doux de nous faire asperger de cette sainte huile à la triple épaisse couche de larsens : le souple, l’agile, l’insaisissable Matt Corvette nous le rappelle à chaque instant, sur chaque mesure, entre chaque morceau, et s’équilibre à la perfection sur cette fine ligne qui sépare l’ivresse du génie. Il larde le premier rang de ses regards lubriques, ondule sensuellement son bassin, multiplie les poses équivoques : l’antithèse absolue d’un chanteur de bon rock. C’est ce juste entre-deux qui séduit le plus, cette espèce d’attitude dont on ne sait si elle naît d’une déficience mentale profonde et vicieuse ou d’une arrogante posture de jeune premier, distribuant son ironique mépris par souveraines pelletées : les deux cas m’enchantent fort, je ne demande que cela, de toute façon, me faire traîner dans cette insalubre fange, en ressortir purifié comme le premier des nouveaux-nés, vaincre ardemment les tyranniques signes de la bienséance. Moins définitifs qu’à Londres – l’année dernière lors de l’effondrement du Jabberwocky d’ATP – mais peut-être plus sérieux et efficaces, les Pissed Jeans d’Allentown n’oublieront nullement de nous gratifier de leur exceptionnelle connerie lors du rappel, qui verra paraître Corvette à la basse et Fry à la batterie pour une courte touchette grindcore, tandis que le batteur et son bel air de bon benêt nageait torse nu dans la foule. Le bassiste, quant à lui, avait disparu. Fantastique tacle à la gorge, concert d’honneur et d’excellence, si ces bons garçons repassent en France, voyez-les.

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