On y était – Motorama à Petit Bain

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Motorama, Petit Bain, Paris, le 19 septembre 2013

Il y a plus de deux ans déjà, notre estimé collègue Éric nous faisait partager son émotion et son enthousiasme suite à la prestation dans un rade lillois de nos désormais meilleurs amis russes (lire). Depuis lors, de l’eau a coulé sous les ponts de Rostov-sur-le-Don : signature chez Talitres, publication d’un second album parfait (chronique), réédition officielle d’Alps (chronique) et reconnaissance critique et publique. Publique, sans doute pas encore assez, d’ailleurs. Car même si l’on aurait voulu garder précieusement pour soi le secret de cette musique en or, comment ne pas souhaiter à la petite bande le succès le plus large possible ? À les voir sur la scène d’un Petit Bain copieusement garni en cette rentrée, on est bien obligé de se dire que cette musique mériterait des espaces bien plus vastes, dont l’ampleur rendrait justice à celle de ces compositions au rayonnement sans limite. Car les racines cold ont déjà depuis un bail évolué vers des territoires mélodiques luxuriants, donnant naissance à des chansons alliant à merveille sécheresse Factory et fertilité Sarah. Après seulement deux albums, la richesse du répertoire de Motorama est particulièrement frappante sur scène, où les titres s’enchainent sans temps mort, une chanson parfaite après l’autre. Difficile, donc, pour votre serviteur, de retenir un quelconque climax. On assiste plutôt, médusé, à une implacable succession de highlights. Si l’on pourra regretter une seconde un son pas franchement optimal – trop de basse, pas assez de voix, pour faire simple – rien n’entravera vraiment le plaisir ressenti à l’écoute des titres d’un groupe qui confirmera ce soir-là sur scène la sensation ressentie à l’écoute de Calendar : à mesure que le temps passe, le groupe gagne inexorablement en assurance, et chacun des instruments en ampleur. Ainsi, si Image, to the South ou Young River confirment que le combo n’a rien perdu de son implacable justesse rythmique, bien au contraire, ce sont bien les titres tirés de Alps qui démontreront à la faveur du live à quel point le groupe a progressé, des reliefs inédits et intrigants apparaissant sur Ghost ou Wind in Her Hair notamment. D’une placidité à toute épreuve, Motorama déroulera au final, sans baisse de régime,  une très grande partie de son stock de chansons, injectant à son set de sérieuses montées de sève proches de la soudaine crise épileptique, tant durant une In Your Arms transfigurée qu’à la faveur d’une version d’Alps apocalyptique, et peut-être plus gracieux moment d’un concert inspiré et élégant, du début à la fin. On compte déjà les jours qui nous séparent d’une nouvelle rencontre avec ces géants russes, dont le talent ne semble décidément trouver aucune limite.